On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 25 pages ; il ne me reste que 100 dans ce tome. J’espère le finir en janvier, car je suis bien prêt à quitter Balbec.
J’avoue, j’ai dû rechercher les Albertine sur Politologue. C’était assez populaire à l’époque de Proust — 1 000 naissances par année entre 1902 et 1914, mais la dernière année à voir 200 nouvelles Albertine, c’était 1937, et il n’y a qu’une dizaine par année de nos jours. Mais c’était un choix raisonnable pour une jeune fille fictive au moment du roman.

Le narrateur reprend ses pensées sur, euh, ses pensées :
Variation d’une croyance, néant de l’amour aussi, lequel, préexistant et mobile, s’arrête à l’image d’une femme simplement parce que cette femme sera presque impossible à atteindre. Dès lors on pense moins à la femme, qu’on se représente difficilement, qu’aux moyens de la connaître… L’amour devient immense, nous ne songeons pas combien la femme réelle y tient peu de place.
Encore une fois, Gilberte dit « Nan, il déconne ! » à Mlle de Stermaria.
Que connaissais-je d’Albertine ?
C’est lui qui l’a dit !
dans la série indéfinie d’Albertines imaginées qui se succédaient en moi heure par heure, l’Albertine réelle, aperçue sur la plage, ne figurait qu’en tête
Je pense au film « The Wall », réalisé par Pink Floyd pour aller avec son album du même nom, surtout cette scène :
Je ne souhaite pas faire la comparaison entre Albertine elle-même et le défilé de marteaux marchants sans cesse. C’est juste l’aspect infini.
Le narrateur rejoint Elstir, qui lui offre un esquisse fait pour une de ses peintures. Mais au lieu de l’accepter :
— J’aurais beaucoup aimé, si vous en possédiez, avoir une photographie du petit portrait de Miss Sacripant ! Mais qu’est-ce que c’est que ce nom ? — C’est celui d’un personnage que tint le modèle dans une stupide petite opérette. — Mais vous savez que je ne la connais nullement, monsieur, vous avez l’air de croire le contraire.
Elstir se tut. « Ce n’est pourtant pas Mme Swann avant son mariage », dis-je…
Et c’est exactement un portrait d’Odette. Tout est lié dans ce roman, et de façon étroite ! Mais y avait-il une relation entre Elstir et madame ? La réponse est indirecte, mais poser la question est d’y répondre à l’affirmatif.
Serait-il possible que cet homme de génie, ce sage, ce solitaire, ce philosophe à la conversation magnifique et qui dominait toutes choses, fût le peintre ridicule et pervers, adopté jadis par les Verdurin ? Je lui demandai s’il les avait connus, si par hasard ils ne le surnommaient pas alors M. Biche. Il me répondit que si…
« Il n’y a pas d’homme si sage qu’il soit, me dit-il, qui n’ait à telle époque de sa jeunesse prononcé des paroles, ou même mené une vie, dont le souvenir ne lui soit désagréable et qu’il ne souhaiterait être aboli… »
Dit autrement, « Oui, et Gilberte aurait pu être ma fille ! » J’aurais dû l’avoir deviné : comme la règle de Nostradamus, toute coïncidence qui peut être la réalité est la réalité chez Proust. C’est une version extrême du fusil de Tchekhov. Avec ça, il part de chez Elstir, ce que j’aurais juré était déjà arrivé.
Le marquis de Saint-Loup quitte enfin Balbec, ce que j’aurais aussi juré était arrivé, et la grand-mère du narrateur a un cadeau pour lui :
Je lui dis qu’il était grand admirateur de Proudhon et je lui donnai l’idée de faire venir de nombreuses lettres autographes de ce philosophe qu’elle avait achetées
La réunion des poulets qui soutiennent KFC est déclarée ouverte !
Mais ne vous inquiétez pas, ce noble admirateur de Proudhon apprécie vraiment le cadeau :
Saint-Loup avait si peur d’avoir mal remercié ma grand’mère qu’il me chargeait encore de lui dire sa gratitude le surlendemain, dans une lettre que je reçus de lui de la ville où il était en garnison.
Notre petit manipulateur, qui voulait utiliser Odette pour s’approcher de Gilberte, Gilberte et de Norpois pour s’approcher de Bergotte, et Mme de Villeparisis pour s’approcher de Mlle de Stermaria, utilise maintenant Elstir :
Quand, quelques jours après le départ de Saint-Loup, j’eus réussi à ce qu’Elstir donnât une petite matinée où je rencontrerais Albertine
J’espère — sincèrement — qu’un jour il paiera ce comportement.
Étant lui-même, à la fête :
Il y avait bien une jeune fille assise… où je ne retrouvais pas l’entité que j’avais extraite d’une jeune cycliste se promenant coiffée d’un polo, le long de la mer. C’était pourtant Albertine. Mais même quand je le sus, je ne m’occupai pas d’elle.
JPPJPPJPPJPP ! (Explication.)
Il voulait tant ce moment que :
Au moment où Elstir me demanda de venir pour qu’il me présentât à Albertine, assise un peu plus loin, je finis d’abord de manger un éclair au café…
Je rentrai en pensant à cette matinée, en revoyant l’éclair au café…
quelques mois plus tard, à mon grand étonnement, comme je parlais à Albertine du premier jour où je l’avais connue, elle me rappela l’éclair
Je suis gravement tenté de remplacer les madeleines qui font les couvertures de ces billets par une assiette d’éclairs au café !

❤
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C’est la diversité des références par lesquelles tu accommodes ta lecture qui fait le sel de ton analyse et le plaisir que je prends à te lire ! De Nostradamus aux Pink Floyd, des poulets KFC à Tchekhov, tu nous fais voyager dans le temps et sur la Planète ! Un divertissement culturel que je compte bien ne jamais rater, même en quittant Balbec !
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C’est exactement ce que je ressens !
Les phrases et les pensées si confuses de Marcel sont d’un tel ennui. Mais Justin et ses analyses pleines d’humour sont pour nous le divertissement du dimanche !!!
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Merci !
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