Je suis — largement — fier des recettes qui apparaissent ici, car absolument tout est fait à la main et c’est mon propre travail. Je ne suis pas assez égocentrique pour faire semblant de croire que je suis le dernier mot sur n’importe quelle d’elles, et j’avoue très franchement que je n’ai pas de talents en décoration de gâteaux. Mais je ne triche jamais avec l’IA. Ça nous amène à une histoire embêtante qui s’est déroulée hier.
Comme tout le monde, Facebook me cache les posts de mes connaissances et abonnements, car il préfère me montrer d’autres gens dans l’espoir que je les suivrai. C’est comme ça que la photo suivante a été affichée par Facebook dans mon fil d’actualités :

Au début, je voulais en savoir plus, mais c’était immédiatement évident qu’il s’agissait d’une image créée par une IA. Si on donnait sa recette à une IA pour faire la mise en page, ce serait une chose, mais plus je pensais à cette image, moins j’étais convaincu que c’était réel. Voici mes observations :
- Le produit final a absolument aucune imperfection. On peut certainement faire des miracles avec un cadre, mais les lignes ne montrent même pas un millimètre de variation. En soi, ça ne prouve pas que ce n’est pas une photo de la réalité, mais j’ai mes doutes.
- La première vraie erreur, c’est qu’il y a une légende pour expliquer le montage, et elle n’accorde pas du tout avec le produit final. Il y a 7 couches dans la légende, dont deux qui se répetent deux fois. Le texte ne semble pas montrer les bonnes couches.
- Peu importe le nombre de couches, il y a seulement quatre listes d’ingrédients contre au moins cinq produits distincts. Même un chef experimenté ne peut pas réaliser ces brownies de ces listes, car il en manque une.
- Une fois que l’on commence à lire ces trucs de plus proche, il y a de nombreux problèmes techniques. La première recette est pour un soi-disant « biscuit brownie ». Il y a presque 1,8 kg d’ingrédients là. On dirait que c’est un brownie fondant. C’est pour une recette de quatre fois l’aire de surface que ma bûche « Truffe framboise », mais ma recette est un brownie de ce style et utilise 3 œufs, 170 grammes de beurre et 77 grammes de poudre de cacao (alors pas de beurre de cacao) contre 135 grammes de farine. On est censé croire que ce brownie se prendra avec 800 grammes de matière grasse et 6 œufs contre 160 grammes de farine ? Ne me faites pas rire — je ne testerais même pas ces chiffres car c’est déjà évident que ça ne marchera pas.
- Pour le « biscuit noix de pécan », sachant qu’un gros œuf pèse environ 50 grammes, avec 30 grammes de blancs et 20 grammes de jaunes, sa recette demande l’équivalent de 16 jaunes et 8 blancs. En quelque sorte ça doit se prendre avec seulement 48 grammes de farine ? Comment ça ?
- Peut-être le truc le plus étonnant est la « crème de fleur d’oranger ». Il y a deux quantités de sucre semoule là. Il semblerait qu’il va infuser la crème liquide (et pourquoi crème, pas lait ?) avec la gousse de vanille. Ça pourrait être la base d’une crème pâtissière, et avec ça, le beurre fait une mousseline, puis on ajoute la crème fouettée et c’est une crème chiboust — et avec la gélatine, une crème diplomat. Mais s’il va verser la crème infusée sur les œufs et la plus grande quantité de sucre semoule, pourquoi ajouter un petit peu de sucre à la crème ? Pour cette quantité de lait (vraiment pas crème liquide), on utiliserait entre 80-90 grammes de sucre pour mélanger avec les œufs, pas 352 ! Puis, la masse de cette recette est encore une fois presque 1,8 kg — et il va parfumer ça avec juste une gousse de vanille ? 90 grammes de masse gélatine veut dire environ 6 feuilles de gélatine ou 12 grammes de gélatine en poudre (car on utilise 7 fois le poids de gélatine en poudre pour l’eau). Ça marchera peut-être avec 1 kg de masse au total, mais c’est de la folie avec ces chiffres.
J’ai posé plusieurs de ces questions dans les commentaires du post original (le lien de la source pour la photo). J’étais très franc sur le fait que je croyais qu’il n’avait pas testé cette recette. Le proprietaire du compte a répondu par me bloquer une heure plus tard. Ça m’a dit tout ce dont j’avais besoin.
Alors, j’ai utilisé un autre navigateur dont je ne me suis jamais connecté à Facebook pour vérifier d’autres recettes de ce compte. Je ne vais même pas analyser la recette suivante comme la première. J’aimerais juste que l’on me dise comment on est censé lire les lignes qui connectent les 9 couches du produit final aux 13 étiquettes. Au-delà du fait que plusieurs étiquettes semblent indiquer la mauvaise chose, d’autres ne peuvent même pas être suivies.

Je ne vais pas nier ma motivation. Ce compte se vante d’avoir 112 milliers d’abonnés. Sur Facebook, j’en ai 9. Ces hallucinations d’IA n’ont rien à voir avec la vraie cuisine, mais je ne pourrai jamais faire de la concurrence avec ces images. Sur un air de la Compagnie créole, disons que c’est pas bon pour le moral.








