Je vais vous raconter une histoire absolument ridicule qui s’est déroulée mardi soir, qui ne touche que très légèrement aux sujets de blog, dans ce cas l’apprentissage de français. Mais pour ceux qui l’aiment quand je cafarde sur moi-même, ce sera un bijou.
Remontons le temps jusqu’en septembre 2010. Après des négociations tendues entre nos avocats, j’avais 10 jours pour quitter la maison familiale et trouver un nouvel appartement. Je devais tout emballer le plus vite possible, et des cartons ont été remplis dans l’espoir qu’un jour, je me souviendrais de les examiner. Dans le chaos, je croyais que j’ai perdu la seule peluche que j’ai achetée adulte, un monstre de la série Final Fantasy dit Tomberry en français (c’est plutôt Tonberry en anglais).
Mardi, La Fille m’a dit « Papa, il faut que je trouve mes devoirs de français du début de l’année scolaire, car je dois assembler un portfolio pour montrer mes progrès. » Alors, c’est quoi le problème ? « Je ne sais pas ce que l’on en a fait ! » Oh, super.
On a passé une jolie heure en ouvrant chaque carton dans sa chambre ou les placards pour chercher les devoirs. On n’a rien trouvé… sauf pour le Tomberry disparu ! Ça fait presque 16 ans que l’on ne s’est pas vus !
Il est adorable, n’est-ce pas ? Il faut faire attention, car un Tomberry marche lentement, mais a l’attaque la plus puissante du jeu, « Everybody’s Grudge, » traduite dans les jeux comme « Rancune » — mais une traduction plus exacte serait « La Rancune de chacun/tous ». Plus le joueur tue des ennemis, plus cette attaque devient forte, car les dégâts sont calculés selon une formule qui comprend le nombre d’ennemis déjà tués. D’habitude, le temps que l’on rencontre un Tomberry, il peut tuer vos personnages en un seul coup.
Ça lui rend le monstre le plus terrifiant de ces jeux. Mais on s’en fout, car il est mignon ! (Et tout le monde pense que les hommes n’aiment pas Hello Kitty — nan, c’est juste que l’on cherche une Hello Kitty tueuse !)
Quant aux devoirs ? Il s’est avéré que La Fille les avait tous rendus fin décembre, alors nous ne les avions plus !
Cette semaine, je teste une appli non seulement pour enseigner le français aux étrangers, mais à tous les Français de souche qui n’ont réussi qu’un 8/20 dans leur cours de langue. Ce n’est pas seulement mieux que Duolingo, mais comme on va voir, c’est une appli avec une ambiance extrêmement française. Je parle de Français sans Fautes.
« Mais Justin », me dites-vous, « selon vous, les applis ne sont vraiment pas utiles au-delà du niveau B2. Et vous étiez récemment de retour sur Duolingo, alors que se passe-t-il ? » Super, content de voir que vous êtes tous si attentifs ! Ce qui s’est passé, c’est d’abord que j’ai commencé à voir des pubs pour cette appli partout — mais je ne fais rien jamais à cause de pubs, exprès. Mais la semaine dernière, on a posé des questions sur cette appli dans mon groupe d’utilisateurs de Duolingo, et ça a piqué ma curiosité. Alors, je me suis abonné pour un essai gratuit de 7 jours. Il ne m’en a fallu que 2 pour tout essayer, et je suis très enthousiaste.
Commençons avec le début. Qui d’autre pour nous accompagner en explorant notre belle langue que Molière lui-même ? J’entends parler que l’on écrit une colonne hebdomadaire en son honneur. Mais il y a un problème :
Momo ?!? Ça, c’est un Mohammed ou un Mamadou, pas l’auteur de L’Avare ! Mais à vrai dire, ce sera ma dernière plainte hormis le prix.
Il suit des questions pour établir qui est l’utilisateur. Je regrette un peu d’avoir donné mon âge, car selon les agences de publicités américaines, je mourrai en novembre (on considère que seulement ceux entre 18-49 comptent).
On peut choisir un surnom. Si je savais ce qui suivrait, je n’aurais pas choisi « Justin » :
Pour mes priorités, j’ai choisi « Maîtriser la grammaire », mais je n’étais pas d’accord avec la description proposée après, et j’ai dit « non ». Je crois que je suis mieux que ça !
Ils font des promesses aussi extravagantes que celles de Duolingo. 5 minutes par jour n’est pas assez, mais c’est la concurrence, je comprends.
Ça coûte cher; c’est moins par mois pour un abonnement annuel, mais il faut tout payer d’un coup :
On passe à ce qui rend l’appli hyper-française. Plutôt que construire des phrases en choisissant des mots comme Duolingo, il faut chercher les fautes. Seulement l’allemand contient le bon mot pour la joie du développeur derrière ce système. C’est brutalement efficace, et je me suis senti très idiot une fois éliminé.
Il y a un calendrier pour vous encourager à ne pas rater un jour qui apparaît après cet examen, exactement comme Duolingo :
C’est à ce point où on choisit enfin un avatar. Pas comme Duolingo, il n’y a que quelques choix, mais tous ont une signification. J’approuve — cette appli cible l’intégration culturelle autant que l’apprentissage, et si je crois que si ce blog a des fans pour une raison, c’est que j’insiste sur ce point sans arrière-pensée.
Comme Duolingo, il y a des badges à gagner, encore une fois avec des significations réelles :
Mais attendez — c’est juste « chocolatine », et non « pain de chocolatine », n’est-ce pas ? Peu importe, ce sont des symboles importants, et il y a des explications utiles :
Quant aux symboles à côté des scores, ce sont des macarons, la « monnaie » de l’appli. Je me sens vu.
Il y a plein d’autres exercices que chercher les fautes. Voici la liste de défis pour connaître l’appli :
On doit parfois donner des synonymes de mémoire. Ce n’est pas l’un de mes points forts :
Les « notions » sont des explications de règles de grammaire. Voici un exemple :
J’ai fait une dictée. Mon score était pire qu’attendu :
L’écriture libre est un peu mieux allée :
J’ai fini par débloquer le képi du général :
Ayant tout testé, c’était assez pour moi pour me forger mon avis. C’est un niveau bien au-delà de Duolingo, j’apprécie tellement les faits divers culturels et le manque de trucs trop mignons, et en plus, ce n’est pas du tout répétitif comme Duolingo non plus. Le système de chercher les fautes fait faire attention à l’utilisateur, et c’est en fait quelque chose où Duolingo est nul, car il ignore les majuscules ainsi que toute ponctuation sauf pour les apostrophes.
Je vais quand même l’annuler car avril se prononce « impôts » aux États-Unis, et j’aurai d’autres dépenses en plus. Duolingo n’a jamais eu un centime de moi, juste de l’attention aux pubs. Français sans Fautes est un meilleur produit pour l’élève sérieux, et le budget est la seule raison pour laquelle je ne garderai pas l’abonnement.
Je vous jure, j’allais revisiter le sujet originalement planifié pour Langue de Molière la semaine dernière, mais je ne veux — je ne peux — pas résister à la une du Canard enchaîné cette semaine. Et il n’y aurait pas de Langue de Molière s’il n’y avait pas de Canard !
Chaque semaine, je poste la une sur Facebook, mais pas publiquement — uniquement où seulement des amis peuvent la voir — et pose des questions si j’en ai. Cette semaine, il y avait deux questions.
La première concerne le dialogue des canards. Ça dit :
Titre : Bayrou battu
Canard gauche : C’est dans les vieux d’Pau qu’on fait…
Canard droite : …les meilleures déconfitures !
Alors, il s’agit de M. Francis Bayrou, brièvement premier ministre et plus longtemps maire de Pau. À vrai dire, je n’étais pas complètement sûr de comment prononcer « Pau », car je croyais que ça pourrait être du basque, comme Riez est du provençal et ne vient pas du verbe « rire ». Mais vu la référence à la confiture, c’est évidemment identique à « pot ». Cependant, je ne connaissais pas le calembour, alors, j’ai posé la question à des amis. Voici la réponse :
Mais la soupe et la confiture ne sont pas la même chose ! Est-ce que l’une est plus correcte que l’autre ? Non, selon Louise Pointu d’Imbleval, journaliste pour Femme Actuelle, qui nous explique que :
Selon le site J’aime les mots, cette phrase signifie simplement que « les vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves sont parfois plus efficaces que les nouvelles, encore non rodées ».
Néanmoins, avec cette expression, les becs salés ne sont pas en reste ! En effet, il est en réalité possible de dire les deux.
Mais l’autre question, c’était sur le gros titre. Ici, j’avoue que pour le meilleur ainsi que pour le pire, j’aurai 12 ans à jamais. Pour rappeler, ça dit :
Et maintenant la course à la présidentielle : Plus qu’un a pour soigner les troubles de l’élection !
J’ai lu ça avec des fous rires. Était-il possible que la France était exactement pareille aux États-Unis à cet égard ? Vous voyez, si on écoute les chaînes consacrées au sport à la radio, vu que le public est presque entièrement des hommes d’un certain âge, la plupart des publicités sont pour des produits ciblant la « santé masculine » ou la « performance masculine ». C’est très délicat, car ça implique de nombreuses lois sur les traitements médicaux, ainsi que la publicité mensongère. Mais curieusement, on sait tous que la « santé masculine » n’a rien à voir avec le cancer de la prostate ou l’hypertension. Nope. Il s’agit uniquement d’un sujet, qui rime avec « élection », également en français qu’en anglais. Je ne connais pas les publicités sur RMC Sport, ou Radio Sports, mais c’était suffisant pour poser la question. Et la réponse de la même amie ?
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler finalement de la crique. Mais vous allez revoir M. Molière lui-même demain pour un billet bien inattendu !
Hier, Les Grosses Têtes ont diffusé un hommage à Isabelle Mergault. J’ai écouté pas mal de l’épisode, mais je ne vais pas écrire un long sommaire. Pour une chose, et ce n’est pas la première fois où je le dis, malgré le fait que ça fait 4 ans que j’écoute Les Grosses Têtes, je ne reconnais toujours personne avec certitude à part Laurent Ruquier. Sans images, je n’ai pas de contexte, et à vrai dire, je n’ai jamais pu distinguer Mme Mergault de Caroline Diamant quand les deux étaient sur le plateau ensemble. Alors, je peux dire qu’Isabelle Mergault a fait une partie importante de ma vie pendant ces 4 dernières années, mais j’ai du mal à préciser comment.
Isabelle Mergault, Photo par Bernard Grychowski, CC BY-SA 4.0, Lionel Jospin, Photo par Édouard Hue, CC BY-SA 4.0
Ça dit, je recommanderai une pépite que RTL a préparé pour lui rendre hommage, ses 10 meilleures blagues. L’une d’entre elles apparaîtra dans le prochain épisode de la balado.
Mais l’autre adieu du jour, c’était l’ancien premier ministre, Lionel Jospin. On penserait que je ne le connaissais pas bien, car je dis parfois que nous ne connaissons que les présidents français aux États-Unjs, et tous les présidents avant M. Macron étaient François Mitterand. (Il y a une plus longue explication dans le livre — avec des preuves.) Ça dit, j’ai vu un clip que j’ai vraiment envie de le partager, un échange entre Messrs Jospin et Chirac pendant un débat en 1995 quand ils croyaient que les micros étaient éteints :
C’est un moment de vrai respect, même amitié, entre les deux. M. Jospin dit que pendant les meetings, c’est « l’agressivité tout le temps » et que l’on lui a dit, à propos de M. Chirac, que « tu vas le plier ». M. Chirac montre qu’il est d’accord, que c’est pareil de son côté, et que « ça, c’est les militants ». La vérité, peu importe ce qui s’est passé lors du débat, c’est que les deux ne se haïssaient pas.
Cet échange m’a rappelé le meilleur débat que j’ai jamais vu à la télé américaine, presque de la même époque. C’était en 2000, entre les deux candidats pour vice-président, Joe Lieberman pour les Démocrates et Dick Cheney pour les Républicains. Je suis sûr que vous êtes tous de grands fans de M. Cheney vu les années suivantes, mais je suis complètement sincère que pendant 90 minutes, ça a été un échange respectueux, sans insultes, avec de vraies idées et un manque de haine. Je n’ai jamais rien vu comme ça avant, et certainement pas après.
Disons que l’image de M. Chirac dans la presse américaine des années 2000 n’était pas la plus flatteuse. Pas dans le film français Mystère à Saint-Tropez, qui a reçu une très bonne note ici, non plus. Et je ne savais vraiment rien de M. Jospin, sauf qu’il était anciennement premier ministre, et ça, sous ce même Chirac ! Mais ce petit clip d’une minute parle très bien des deux. J’ai certainement une impression très positive de M. Jospin après l’avoir regardé.
Alors, si les nouvelles de ces derniers jours sont à regretter, quelle chance pour la France d’avoir connu Mme Mergault et M. Jospin !
Vous avez bien profité du deuxième tour des municipales ? Pas autant que les Balkany — je suis mort à cause de cet extrait des Guignols !
C’est le début d’une nouvelle saison de la balado, car je l’ai lancée pour fêter le 500e post il y a 4 ans, alors les saisons finissent vers le 20 mars. Mais je me sens comme si cette fois, je dois vraiment recommencer, et comme si ce n’est pas seulement une question de rembobiner le compteur. Le nombre de pages pas plus indexées par Google vient d’exploser. Plus de 500 pages jetées de l’indice en deux semaines. Je peux faire des demandes pour les restaurer, 10 pages par jour. Il me faudra des mois pour reconstruire ce que je viens de perdre. Mais j’essaierai de garder espoir — après tout, « Un jour dans notre vie », la chanson du blog, commence avec quoi ? Un coup de feu. On a pris une balle ici, mais je refuse que ce soit la fin.
On a de vraies Bonnes Nouvelles dans cet épisode, et rien d’ironique comme « les municipales sont terminées » (les Bonnes Nouvelles ne sont jamais ironiques comme ça). C’est un conte inspirateur d’un garçon de 6 ans.
Mon appli Facebook est en français et presque tous mes groupes le sont aussi. Alors pourquoi est-ce que Facebook me montre des publicités pour le prochain film de Mario en espagnol ? Voici la preuve :
Si jamais vous m’entendez dire « J’ai fait cette pâtisserie et je vais en partager avec mes parents », veuillez me cogner sur la tête avec une batte de baseball. Si vous n’en avez pas, il y en a une dans notre placard à manteaux (je ne plaisante pas). J’ai donné deux mirlitons à mes parents, et le retour le plus gentil est venu de mon père, qui m’a dit « J’aurais préféré quelque chose au chocolat. » L’autre, je ne vais même pas le répéter, mais c’était blessant.
Je suis content de vous dire que la vitesse de livraison de courriers entre nos pays en ce moment est la plus vite que j’ai vue. J’ai envoyé une carte de vœux à mon ami dans la Somme le 13 ; il l’a reçue ce week-end, en 9 jours, bien avant son anniversaire. Je m’attendais à un délai de 2 semaines entières. Je n’ai pas payé une livraison express, juste un timbre de 3,40 $. C’était une carte avec du son et de la lumière — on a tourné une vidéo avec la même carte, et je la recommande fortement. C’est tellement mon genre de carte !
La Fille et moi étions chez Costco samedi et je lui ai dit « Attends, je dois prendre des photos de ces deux trucs dans la boulangerie, car les Français deviendront fous rien qu’en les voyant ! » HIHIHIHI :
Haute résolution en cliquant les deux
À gauche, ce sont les « barres dessert du printemps » selon l’étiquette — si ultra-transformées que même moi, j’hésiterais à les acheter ! À droite, je dois traduire l’étiquette littéralement, car je vais profiter des réactions : « Croissants caramélisés au cheesecake aux myrtilles ». Il y a certainement de la pâte feuilletée là, mais ce ne sont pas en forme de croissants. Pour commencer !
Notre blague traite d’un espion de Napoléon. Nos articles sont :
On reprend maintenant Le côté de Guermantes. Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.
Le narrateur rend visite à Saint-Loup à Doncières, son quartier militaire pas loin de Balbec. Dans la chambre de Saint-Loup, il remarque :
Saint-Loup y semblait presque présent grâce aux livres de travail qui étaient sur sa table à côté des photographies parmi lesquelles je reconnus la mienne et celle de Mme de Guermantes
Pourquoi est-ce que Saint-Loup a une photo de Mme de Guermantes ? Tout le monde, est-il aussi obsédé que le narrateur ? (Ah non, j’avais oublié — c’est sa tante.)
Le son de la montre de Saint-Loup sur la table provoque des réflexions sur les sens, mais surtout l’ouïe.
Celui qui est devenu entièrement sourd ne peut même pas faire chauffer auprès de lui une bouillotte de lait sans devoir guetter des yeux, sur le couvercle ouvert, le reflet blanc, hyperboréen, pareil à celui d’une tempête de neige et qui est le signe prémonitoire auquel il est sage d’obéir en retirant… les prises électriques…
Et pour ce sourd total, comme la perte d’un sens ajoute autant de beauté au monde que ne fait son acquisition, c’est avec délices qu’il se promène maintenant sur une Terre presque édénique où le son n’a pas encore été créé.
Je ne suis pas sûr qu’il ait parlé à une personne sourde pour apprendre son avis sur cette « Terre presque édénique ». Je dirais simplement que même à son époque je crois que j’aurais hésité à idéaliser une situation que je ne connaissais pas personnellement. En anglais, je lui dirais en argot « you do you » ; après des recherches, l’expression la plus proche reste « Faites comme vous voulez. » Je suis profondément mal à l’aise avec ce morceau.
Le narrateur décide qu’il préférerait rester dans la chambre de Saint-Loup plutôt qu’à son hôtel. Il s’avère que Saint-Loup avait prédit ça et l’a déjà demandé à son capitaine. Mais quand le narrateur chante ses louanges, Saint-Loup répond :
l’homme que vous « adorez » pour peu de chose est le plus grand imbécile que la terre ait jamais porté.
J’ai l’impression que Proust ne connaissait pas beaucoup de militaires non plus. Ils se diraient de telles choses les uns aux autres sans question — mais même là, uniquement aux autres de même grade ; à un civil, c’est tout autre chose.
Le narrateur pense à demander à Saint-Loup de lui donner la photo de Mme de Guermantes, mais ne le fait pas à haute voix. Dommage, d’un point de vue. On serait presque terminés avec la lecture :
Un jour Saint-Loup téléphona la duchesse pour lui passer le bonjour. Il lui mentionna qu’il avait donné sa photo à un certain garçon dont la famille vivait dans un appartement dans son hôtel particulier. Des jours plus tard, le jeune se retrouva dans une gendarmerie, et personne n’en entendit plus jamais parler.
Fin
La Recherche si Justin l’avait achevé après la mort de Proust
Je sais, je sais, c’est beaucoup trop court pour avoir l’air authentique.
Après une nuit à la caserne, le narrateur est obligé de se rendre à son hôtel. Ça provoque des réflexions sur le sommeil :
Malgré tout, le monde dans lequel on vit pendant le sommeil est tellement différent, que ceux qui ont de la peine à s’endormir cherchent avant tout à sortir du nôtre…
Non loin de là est le jardin réservé où croissent comme des fleurs inconnues les sommeils si différents les uns des autres, sommeil du datura, du chanvre indien…
Près de la grille est la carrière où les sommeils profonds viennent chercher des substances qui imprègnent la tête d’enduits si durs que, pour éveiller le dormeur, sa propre volonté est obligée, même dans un matin d’or, de frapper à grands coups de hache, comme un jeune Siegfried…
Quelquefois je n’avais rien entendu, étant dans un de ces sommeils où l’on tombe comme dans un trou duquel on est tout heureux d’être tiré un peu plus tard
Je n’ai pas la moindre idée de quoi il parle, faisant partie de « ceux qui ont de la peine à s’endormir ». Je suis jaloux de savoir qu’il y ait des gens pour qui il existe des genres de sommeil différents !
Il se passe que le narrateur décide qu’il pose trop de problèmes pour Saint-Loup de quitter la caserne pour lui rendre visite à l’hôtel, alors il commence à traîner autour des militaires. Essayez ça dans une base militaire de nos jours ! De toute façon, c’est comment :
il m’arrivait d’entendre parler de lui ; et je pus bien vite me rendre compte combien il était aimé et populaire.
Absolument étonnant qu’un civil puisse juste faire n’importe quoi dans ce contexte. D’autre part, peut-être que c’est plus réaliste que je ne le pense — dans Les Combattantes, qui s’est déroulé pendant la Première Guerre mondiale, des civils faisaient pareil.
J’arrête en notant que dans le deuxième tome, les vacances à Balbec ont été censées durer une semaine, mais ont fini par durer tout l’été ; dans ce même tome-là, Saint-Loup demandait au narrateur de lui rendre visite pendant un week-end. On a déjà passé plus de temps que ça à Doncières — je crains que ce soit le week-end le plus long de l’histoire !
C’était un jour bien sombre hier — Chuck NorrisetIsabelle Mergault en même temps ? RTL a un hommage à Mme Mergault sur son site, et j’entends parler que l’épisode des Grosses Têtes pour lundi le 23 mars sera consacrée à elle en plus. À vrai dire, je ne connais pas son travail à part Les Grosses Têtes, mais j’ai l’impression qu’il me faudra améliorer cette situation.
Quant à Chuck Norris, je ne sais pas si les mêmes mèmes existent sur lui en français qu’en anglais, mais je ne les ai jamais vus. J’en ai trouvé, mais ils ne sont pas commun sur les réseaux sociaux pour moi. Je veux dire des trucs comme celui-ci :
Il n’y a pas de mèmes pareils en anglais pour Schwarzenegger ou Bronson ou les autres stars d’action de la même époque. On avait toujours l’impression qu’il était presque uniquement dur et fort.
J’ai fait une autre douzaine de mirlitons de Rouen pour La Fille hier soir. Mais elle s’est couchée avant qu’ils ne soient prêts. Dommage. Hâte d’entendre son avis !
J’aurais dû compter mes œufs avant de commencer — j’avais exactement la bonne quantité pour finir, et pas plus. Non, il n’y a pas encore de pénurie — sinon, j’aurais dit à La Fille qu’il fallait attendre son anniversaire pour les goûter.
J’adore tellement cette recette, et surtout cette technique de pâte feuilletée dans un moule, que je pense à d’autres garnitures.
C’est la fin de la saison des « Girl Scout Cookies » aux États-Unis cette semaine. Chaque année, les Girl Scouts — éclaireuses — vendent des biscuits partout dans le pays, 6 $ la boîte. C’est une industrie énorme qui récolte plus d’un milliard de dollars par année. Pendant 5 années, j’ai été responsable d’aider La Fille à vendre ces cookies — et ça ne me manque pas, car on compte sur des techniques comme supplier ses amis et sa famille d’en acheter. J’ai acheté deux boîtes cette année :
La boîte verte, « Thin Mints » (Menthes fines), est de loin la sorte la plus populaire, des biscuits au chocolat trempés dans du chocolat parfumé à la menthe. La boîte jaune. « Lemonades » (Limonades) sont des sablés avec un glaçage au citron. Quelque chose qui les rend amusants pour ce blog ? Les cookies sont produits par plusieurs biscuiteries industrielles à travers le pays — et pendant les années 80s, ils ont été fabriqués par Burry-LU, une filiale d’exactement l’entreprise à laquelle vous pensez.
Ce n’est pas drôle de penser que j’ai mangé plus de Girl Scout cookies de LU que de Chamonix, ou bien de Pim’s, pendant ma vie.
Il y a longtemps, j’ai écrit une Langue de Molière sur les petits noms. Hier, Duolingo m’a donné une leçon pleine de trucs que je connaissais déjà, même si je trouvais le dialogue amusant :
Mais cette histoire en a présenté un que je ne suis pas sûr existe vraiment :
On dit vraiment « petit canard en sucre » ? C’est pénible si oui !
D’autre part, vu les folles quantités de sucre dans ce post, qui suis-je pour m’en plaindre ?
Si je fais les choses correctement, la prochaine entrée dans le Projet 30 Ans de Taratata doit être consacrée à Françoise Hardy, car nos 6 derniers artistes se sont réunis sur le plateau pour « Le Temps de L’Amour ». Cependant, je faisais des recherches pour la prochaine collection, et c’est comment j’ai découvert l’enquête judiciaire la plus française de tous les temps. Il n’y a pas besoin de connaître les autres, tellement ce propos est évident.
C’était une recherche sur le chanteur Cali qui m’a mené à sa chanson « Amour m’a tuer » [sic], écrit exactement comme ici avec l’infinitif à la place du participe. De sa part, Cali avait tiré son inspiration d’un détail d’un meurtre horrifiant dans les Alpes-Maritimes, connu sous le nom « l’Affaire Omar Raddad ». Il s’agit d’un indice du genre qu’à vrai dire, je croyais existait uniquement dans les romans policiers.
La victime, Ghislaine Marchal, était la veuve riche d’un industriel, et propriétaire d’une villa dans la ville de Mougins. Ce que l’on sait de son dernier jour, c’est qu’elle a été censé déjeuner avec deux amis le 23 juin 1991, à 13h. Quand elle n’a pas apparu chez eux, ils ont fait des appels à 13h30. Sans réponse, ils attendent jusqu’à 18h pour se rendre à sa maison. Le lendemain, ils reviennent avec une autre amie, mais ne trouvent pas Ghislaine. C’est seulement la nuit du 24, où les gendarmes la trouvent, morte dans sa cave. Près du cadavre, on a écrit — avec du sang — « Omar m’a tuer », ce qui semblait faire référence au jardinier, M. Omar Raddad.
Il faut ajouter que l’on a fait des efforts pour cacher le corps. La porte de la cave a été verrouillée, avec un lit pliant et un tuyau en métal utilisés pour barrer la porte de l’intérieur. L’autopsie montre qu’elle a été tuée par « cinq coups violents à la tête, portés avec un chevron, ‘assénés pour tuer et non pour assommer’ » ainsi qu’une « une plaie en V à la gorge » et « dix plaies au thorax et à l’abdomen ». Malgré ces chiffres étonnants, il semblait qu’elle pouvait écrire, de son propre sang, « Omar m’a tuer » et ailleurs, « Omar m’a t ». Ces deux phrases ont été écrites sur une porte et le mur d’un couloir dans la cave — des tests génétiques montrent définitivement qu’il s’agit du sang de la victime.
Mais on est en France. Est-ce que la question est « Une femme si gravement blessée, pouvait-elle vraiment écrire ces choses elle-même avant de mourir ? » ou bien « Est-ce que le vrai meurtrier a fait ça pour porter des soupçons vers la mauvaise personne ? »
Non. Comme expliqué source fréquente du blog Sandrine Campese du Projet Voltaire, d’abord les enquêteurs croyaient que c’était impossible qu’une si bien éduquée femme puisse faire de telles erreurs :
La faute d’accord a été au cœur des interrogations des enquêteurs. D’abord, ils ont pensé qu’une femme aussi respectable que Mme Marchal n’avait pas pu commettre une telle erreur ! Puis, ils se sont rendu compte, en épluchant ses correspondances, qu’elle n’était pas à sa première entorse à la langue de Molière et qu’elle était même complètement fâchée avec les participes passés.
Il me semble qu’il y a de bonnes questions ainsi que des questions stupides à poser à cet égard. Parmi les bonnes, il y a notamment : est-ce que Mme Marchal a pu se déplacer assez loin pour écrire ces inscriptions là où elles ont été trouvées ? Il semble que les experts n’étaient pas bien informés avant d’en tirer leurs conclusions ; selon Wikipédia :
L’expert écrit que le scripteur « n’a pu se déplacer pour tracer la fin de son second message, puisque c’est là que l’on a retrouvé son cadavre ». On notera qu’il semble ignorer que le corps n’a pas été retrouvé devant cette porte.
Je n’exprime pas le moindre avis sur la coulabilité de M. Raddad — c’est un sujet bien compliqué. Mais je suis absolument étonné que l’accord soit une question sérieuse — si c’était à madame, il ne lui restait que quelques minutes pour l’écrire. Pense-t-on qu’elle se soucierait de trouver assez de sang pour faire de bons accents ? Ça, je trouve trop bête ! Remettre en cause si c’était son écriture tout court, ça me semble très logique. Mais oh là là, comme c’est français de se soucier de l’orthographe même au moment de la mort !
Pendant les 4 dernières semaines, je déprime sévèrement à cause de ce qui arrive à ce blog sur Google. Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne sais pas s’il y a un moyen de le régler, mais c’est choquant et je ne le comprends pas du tout.
L’une des meilleures surprises de 2025, c’était la croissance des blagues de la semaine. Pas comme beaucoup de pages similaires, c’est mis à jour fréquemment (je vous regarde, Topito et Le Tribunal du Net). On peut voir que depuis juin dernier, c’était une vraie réussite :
Mais quelque chose s’est passé le 17 février, et je ne sais pas quoi, mais les conséquences sont catastrophiques. Voici les 3 derniers mois ; la grande chute est le 17. Je ne sais pas pourquoi tout avait explosé juste avant ça, et le pic le rend difficile à voir, mais la nouvelle réalité est la moitié du traffic d’avant :
Une semaine après la chute, j’ai pris deux captures d’écran qui montrent de plus proche le problème. Voici les 4 dernières semaines à ce point — on penserait que tout allait bien :
Mais la vérité de cette semaine-là, c’était que tout à coup, Google avait dévalorisé la page, au point de supprimer presque tout son traffic — de 400 clics par semaine jusqu’à 30, une perte de plus de 90 % des visiteurs. Et c’est apparemment durable, parce que c’est pareil pour chaque semaine après.
En novembre, j’avais remarqué les performances époustouflantes des blagues pour plusieurs mots clés, dont « blagues drôles à tomber par terre » :
C’est beaucoup plus bas maintenant — il n’y a même plus de statistiques pour la semaine dernière, ni le mois dernier !
Il m’a fallu 3 ans de travail sur cette page pour en faire une réussite de façon « organique », et tout a disparu en un jour, avec des effets qui continuent. Le traffic du site au-delà les blagues a aussi baissé lourdement :
J’écris principalement pour les abonnés, par pour Google. Mais j’avais espéré utiliser la croissance du blog pour enfin reconnaître des résultats ailleurs, notamment avec des maisons d’édition, et c’est comme si les deux dernières années du blog ont tout à coup complètement disparu.C’est une catastrophe et comme j’ai dit au début, je ne comprends ni pourquoi ni quoi faire.
Ce n’est pas la Langue de Molière que j’avais planifiée pour aujourd’hui, mais avant de l’écrire, un ami m’a envoyé une petite histoire vue sur Twitter, et c’est tellement moi (dans le mauvais sens) que c’est notre sujet du jour à la place de l’originale.
Alors, on a posté une capture d’écran de ce post sur l’appli Threads :
Je viens de voir un type dans le métro draguer une fille très respectueusement, elle lui a poliment montré sa bague de fiançailles et les deux ont partagé un petit rire. Il a haussé les épaules et a dit « I had to shoot my shot » (littéralement : « J’ai dû tirer ma balle »).
De nulle part, avec un fort accent français, tout le car entend, « Vous les Américains ! Toujours avec les fusillades. »
Mais ce que j’ai dit à mon ami (qui n’avait pas lu le contexte original), c’était « Super, je viens de finir une leçon sur Duolingo sur exactement ce sujet, alors maintenant il s’agit de Langue de Molière. » (En anglais. Il ne parle pas français.) Alors, voici l’exemple que j’ai enregistré il y a une semaine, sans savoir pour quel moment je le gardais :
L’important ici, c’est la traduction donnée pour « se prendre un râteau ». C’est « to get shot down, » ce qui se traduit plus littéralement par : « se faire abattre », dans le sens d’un avion. Ce qui est un peu amusant ici, c’est qu’un râteau est un outil de jardinage, dit en anglais « rake », et on a une expression très similaire pour quelqu’un qui se fait ridiculiser, « step on a rake » ou « marcher sur un râteau » (l’idée étant qu’il agit comme un levier, et on finit par se faire frapper droit dans le visage). Mais dans ce contexte de rencontres, Duolingo donne une meilleure traduction, car pour nous, le râteau est plus typiquement un autre genre de faux pas, comme dire « Félicitations d’être tombée enceinte » à quelqu’un qui a pris du poids.
Alors oui, en anglais on parle de tirer et de fusillades aux deux côtés de cette activité. On tire sa balle en faisant une demande de sortir, et on est fusillé en recevant un « non ». Curieusement, il n’y a pas d’expression dans cette famille pour un essai qui réussite. Ça me rend curieux si, de l’autre côté, le français utilise d’autres expressions à base d’outils de jardinage. Je n’ai rien trouvé, mais sur une page consacrée aux synonymes, « tenter sa chance » a rendu des expressions comme « sauter dans le grand bain » et « mettre ses tripes ». À noter, quand on dit que l’on a pris un bain en anglais comme métaphore, c’est-à-dire que quelque chose est très mal allé.
Mais vous n’allez pas sortir de celle-ci aussi vite, car j’ai pris d’autres captures d’écran. Celle-ci m’a presque abattu, car il ne faut absolument pas faire comme ça aux États-Unis :
J’ai dû répéter celle-ci à haute voix plusieurs fois, ce que je n’ai pas aimé :
Et puisque Duolingo ne sait pas ce qui est écrit sur ce blog, l’appli pense à m’enseigner ce que j’ai déjà dit :
Mais croiriez-vous qu’après ces leçons, l’appli est passé au sujet des accouchements et des nouveaux-nés ? Je ne plaisante pas — je viens d’apprendre « faire ses nuits » et « faire ses dents » cette semaine, deux choses que je n’avais jamais appris autrement ! Super de ranger les choses comme ça, mais je suppose que la séquence est logique.
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler finalement de la crique.