On reprend maintenant « Sodome et Gomorrhe ». Cette fois, j’ai avancé de 18 pages.
Ayant quitté Albertine pour les semaines à venir, le narrateur nous menace avec un deuxième « À l’ombre des jeunes filles en fleurs » :
Certes ces causes d’erreur étaient loin d’être les seules, mais je n’ai plus le temps, avant mon départ pour Balbec (où, pour mon malheur, je vais faire un second séjour qui sera aussi le dernier)…
Je rêve — sincèrement — de dîner chez Le Balbec au Grand Hôtel, mais seulement s’il y a une autre avec moi, et si cette personne est prête à quitter Cabourg tout de suite après. C’est trop traumatisant autrement.
Quelqu’un d’horrible va rentrer dans l’histoire :
quand, avec l’efflorescence prodigieuse des ballets russes, révélatrice coup sur coup de Bakst, de Nijinski, de Benoist, du génie de Stravinski, la princesse Yourbeletieff, jeune marraine de tous ces grands hommes nouveaux, apparut portant sur la tête une immense aigrette tremblante inconnue des Parisiennes… on put croire que cette merveilleuse créature avait été apportée dans leurs innombrables bagages, et comme leur plus précieux trésor, par les danseurs russes ; mais quand à côté d’elle… nous verrons Mme Verdurin, nous pourrons répondre aux gens du monde qui crurent aisément Mme Verdurin fraîchement débarquée… que cette dame avait déjà existé dans des temps différents, et passé par divers avatars dont celui-là ne différait qu’en ce qu’il était le premier qui amenait enfin… le succès si longtemps et si vainement attendu par la Patronne.
Je savais déjà qu’elle jouera un rôle très important ; je me demandais seulement sous quelle porte elle allait glisser comme un serpent. On lit, étonnés, que :
Certes, le petit clan des Verdurin avait actuellement un intérêt autrement vivant que le salon légèrement nationaliste, plus encore littéraire, et avant tout bergottique, de Mme Swann.
Madame Swann, littéraire ? Je meurs ! Mais il s’avère que les Verdurin sont des dreyfusards, alors que :
Pour Mme Swann, les antidreyfusards lui savaient, au contraire, gré d’être « bien pensante », ce à quoi, mariée à un juif, elle avait un mérite double.
Même avec cette vue en arrière, je refuse de croire que les Verdurin auraient pris parti de quelqu’un condamné par le gratin de la société. C’est contre leur caractère. C’est une fausse note, Proust ; je ne le crois pas du tout.
L’hilarité augmente vite :
Pour Odette, au commencement, quelques hommes de la plus haute société, curieux de connaître Bergotte, avaient été dîner chez elle… Ils parlèrent d’elle à quelques femmes de leur monde capables de s’intéresser à tant de nouveauté. Elles étaient persuadées qu’Odette, intime de Bergotte, avait plus ou moins collaboré à ses œuvres, et la croyaient mille fois plus intelligente que les femmes les plus remarquables du faubourg…
Arrête, Marcel, JPP ! J’ai lu Du côté de chez Swann ; c’est trop ! Pourtant :
« Quand nous ne nous doutions pas même qu’elle avait commencé à monter, se dit-on d’Odette, au moment où on vit entrer la comtesse Molé dans la loge, elle a franchi le dernier échelon. »
Bonjour, c’est le SAMU américain. On a retrouvé M. Busch dans le coma chez lui. On l’a ressuscité en lui lisant le suivant :
De sorte que Mme Swann pouvait croire que c’était par snobisme que je me rapprochais de sa fille.
Ça, c’est La Recherche que je connais ! Et ça continue :
Mais même le dreyfusisme de Swann était utile à Odette… Swann… ne se gênait pas, s’il voyait Odette se faire présenter à quelque dame nationaliste, de dire : « Ce serait une platitude de votre part de vous faire présenter à des antisémites. Je vous le défends. »… Pour la première fois ils voyaient quelqu’un qui se croyait « plus » qu’eux…Les hommes distingués pensaient que le fait que Mme Swann connût peu de gens du grand monde tenait à ce qu’elle devait être une femme supérieure…
Cette comédie d’erreurs, c’est La Recherche telle que l’on la connaît !
On passe ici à quelque chose entre les premier deux chapitres, intitulé « LES INTERMITTENCES DU CŒUR ». On est maintenant à Balbec.
Le directeur était venu en personne m’attendre à Pont-à-Couleuvre… Du reste, au fur et à mesure qu’il apprenait de nouvelles langues, il parlait plus mal les anciennes.
Il procède à mal prononcer beaucoup de français, comme « fixures » pour « fissures ».Ce qui suit est un peu un chef-d’œuvre de traduction, car le traducteur devait inventer tous autres jeux de mots pour remplacer ce qui n’aurait aucun sens en anglais.
On a bel et bien le bon narrateur encore une fois. Il est à Balbec en partie parce que :
les Verdurin… y avaient invité Mme Putbus. Le soir où je l’avais appris (à Paris), j’envoyai, en véritable fou, notre jeune valet de pied s’informer si cette dame emmènerait à Balbec sa camériste… D’ailleurs elle aurait peut-être meilleure idée de moi encore en sachant que je connaissais, non seulement les bourgeois locataires de la Raspelière mais ses propriétaires, et surtout Saint-Loup qui, ne pouvant me recommander à distance à la femme de chambre (celle-ci ignorant le nom de Robert), avait écrit pour moi une lettre chaleureuse aux Cambremer.
Oui, il est là pour draguer la camériste, tout parce qu’il avait entendu parler à Paris que son employeuse serait à Balbec en compagnie des Verdurin. Il est exactement l’homme que l’on ne le pense.












































