Je n’ai pas demandé le droit de publier ce qui suit, mais aucun vrai nom sera utilisé, sauf le mien.
Entre les deux tomes de Lewis Carroll sur son personnage Alice, je préfère Les Aventures d’Alice au pays des merveilles. Mais c’est le titre de la suite, « Through the Looking-Glass », De l’autre côté du miroir, qui est devenu une expression en anglais pour une situation apparemment surréaliste pourtant réelle.

Il y a deux semaines, La Fille a passé son tout premier entretien d’embauche pour un boulot. À vrai dire, j’étais contre cette idée. La onzième année, ou comme on l’appelle en français, première, se considère l’année la plus importante pour les candidatures aux facs américaines. Je préférerais qu’elle se concentre sur ses études, mais quelqu’un insiste autrement. Et cette personne ne me parle plus du tout sur ce qui se passe dans la vie de La Fille.
Et oui, vous allez dire, « Vous êtes quoi, un saucisson ? Les parents doivent être d’accord, non ? » Bien sûr, je pourrais insister sur mes droits et prendre rendez-vous chez l’arbitre. Ce serait cher, et il n’y a aucune garantie quant au résultat.
Alors, l’entretien. C’était chez une entreprise consacrée au soutien scolaire pour les élèves des écoles primaires et des collèges. J’ai fait de mon mieux pour préparer La Fille — j’ai trouvé des questions mentionnées par des anciens candidats sur des sites consacrés à l’emploi, et on a fait des répétitions. Je n’étais pas présent, mais selon La Fille, l’entretien semblait bien passer, et elle a entendu qu’elle aurait une décision d’ici une semaine.
Ça nous amène à mon vrai sujet, le manque total de professionnalisme dans ce pays. Seulement une entreprise m’a jamais contacté après un entretien pour me dire non, Google. Je vous ai raconté l’histoire de ce qui s’est passé chez Samsung — il valait mieux que ce gérant-là se taise, au lieu de ce qu’il a fait. Mais autrement, alors qu’il vous faut faire attention à écrire des notes après un entretien, remercier tous concernés pour leur temps, etc., si l’entreprise ne vous veut pas, elle laisse tomber sans un mot. C’est pour ça que j’ai évoqué De l’autre côté du miroir — comment ose-t-on insister que le reste du monde ait des qualités que l’on ne possède pas du tout ?
Il me semble que l’on a donc la décision dans ce cas. Mais La Fille n’accepte pas cette situation, et je l’ai aidé à écrire une courte note pour relancer avec le gérant. Je la traduis :
Bonjour Monsieur,
J’aimerais relancer après mon entretien récent pour un poste au sein de votre entreprise. Y a-t-il d’autres questions que vous avez pour moi ?
J’ai profité de l’opportunité pour en savoir plus sur cette opportunité et j’espère prendre des nouvelles bientôt. Merci encore de votre temps.
Sincèrement, La Fille
En tant que parent, la lettre que j’écrirais à sa place, en sachant que l’on sait vraiment déjà, elle serait tout autre chose :
Cher Connard,
Vous avez plein à dire sur l’importance d’être fiable et responsable, mais il n’y a évidemment pas de miroirs chez vous.
Je vous prie d’accepter, Monsieur, mes salutations les plus distinguées d’un bon voyage pour vous faire voir chez les Grecs.
Sincèrement, Justin
Je regrette tellement que ce soit ainsi que La Fille commence à apprendre vraiment comment marche le travail aux États-Unis. Mais après tout ça, je dois poser la question intéressée : puis-je m’attendre à mieux en France ?

















