Les 2 000 Coups de Foudre

Aujourd’hui marque une étape de folie pour ce blog. C’est le 2 000e article publié sur Un Coup de Foudre. Voici les statistiques d’hier :

J’aime les gros chiffres ronds, et je remarque toujours les multiples de 500, parce que c’est beaucoup de travail (500, 1000, 1500). Puisque je ne peux pas lancer une autre balado ou chaîne YouTube comme la première fois, ces étapes sont toujours le moment pour un bilan et comme dites vous les anglophones, un « best-of ».

À noter, en moyen, je n’ai jamais raté un jour, mais ce n’est pas vrai — j’ai raté peut-être une vingtaine pendant tout ce temps. Mais aujourd’hui, on est aussi à 2 000 jours depuis la première publication :

Calculatrice d’Ouest-France

Deux projets ont eu lieu complètement pendant ce temps : la lecture de Proust, lancée en janvier 2025, et l’écriture de mon propre livre. Ils restent en cours, et vous entendez assez souvent parler des deux. C’est assez pour dire que j’apprécie tellement le soutien que je reçois dans les deux cas, même si, pour des raisons différentes, il y a autant de larmes que de sourires autour des deux projets.

Mes recettes préférées depuis les 1 500 : Les vraies baguettes sont la recette la plus importante quand on cuisine à la française et n’a pas de boulangerie à prix raisonnable. Les madeleines à la framboise et au chocolat, créées pour lire Proust, sont mes madeleines préférées parmi tous les parfums testés ici. Les mirlitons de Rouen sont une réussite aussi traditionnelle que technique. La bûche « Truffe framboise », une originale du blog, est parmi mes plus grandes réussites. Le « king cake » de la Nouvelle-Orléans, n’a pas plu beaucoup de lecteurs, mais la Nouvelle-Orléans est au cœur de ce blog encore plus que l’originale, et travailler rigoureusement dans ses traditions est autant un plaisir que n’importe quelle recette. Adapter la « tarte à la crème de Boston » était un défi que je me suis mis avec plaisir — qu’un jour je la fasse pour quelqu’un de spécial ! Le macaron Saint-Valentin, format gâteau est le chef-d’œuvre des macarons du blog, celui qui fait tourner les têtes.

Les moments les plus hilarants : Entendre mon ex parler en français à La Fille, je ne l’aurais jamais deviné ! Lire des blagues en français dans Final Fantasy V, je ne m’attendais pas à ça non plus — et surtout au fait que j’ai raté la référence aux Tortues ninjas (une tortue qui mange de la pizza) ! Il y avait la fois où j’ai dû expliquer à La Fille que l’on n’utilise pas « d’accord » comme Jacquouille avec OK. Personne n’oubliera le meilleur poisson d’avril du blog, où j’ai été « démasqué » comme éboueur à Clermont-Ferrand. Et même si j’avais un but sérieux, je vous ai raconté l’histoire la plus drôle que j’ai lue dans un magazine américain.

Les moments les plus touchants ou tristes : Je dois dire que pendant cette période, j’ai été plus franc sur les coulisses — il y a eu plein de drame pendant les deux premières années, mais je l’ai caché. Deux semaines après les 1 500 posts, on a dit adieu à M. Descarottes — puis on devait attendre deux mois de plus pour ses funérailles. Il me manque tous les jours. J’ai raconté une histoire que j’ai gardée secrète pendant presque 30 ans, sur la rencontre ratée avec une Française qui aurait pu changer ma vie. On a dû parler d’un autre épisode de « Restez aux États-Unis ». Je me suis lancé avec Podcasthon pour soutenir la Fédération française de la cardiologie ainsi que la Fédération des aveugles et amblyopes de France. J’étais tellement fier des efforts de La Fille pour apprendre les croissants ainsi que les macarons — et d’écrire son propre article. J’ai accueilli enfin des amis expatriés chez moi, un moment fier comme rien d’autre.

Les coups de cœur culturels : Le moi qui aura 10 ans à jamais ai adoré la reprise moderne du Comte de Monte-Cristo. J’ai tellement aimé écrire sur Julien Clerc, Sandrine Kiberlain et Julie Zenatti pour le Projet 30 Ans de Taratata. (Et j’étais étonné quand Juliette a deviné quelque chose qui m’a posé des problèmes au moins deux fois dans la vie.) J’adore partager les histoires des Français aux États-Unis, et j’espère que celles de Don Luis del Aliso et des Simplot vous ont plu. Voir Paul Taylor en live, l’un des héros de cette histoire, était un rêve devenu réalité. Et même si seulement par Internet, j’étais ravi de revoir Indochine en concert.

Comme je dis à la fin d’une diffusion hebdomadaire — mais personne ne le sait selon les statistiques de Spotify — merci de m’avoir lu. Ça reste le plus grand plaisir de ma vie.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Chercher midi chez Paul Bismuth

Il y a deux semaines, l’auteur de qui je suis le plus jaloux, un certain Paul Bismuth, a apparu à la une du Canard enchaîné. Je vous rappelle que je dis parfois que j’espère ne jamais apparaître à la une du Canard, car ça veut dire que l’on a fait une grosse boulette. Mais voilà, dans le dialogue des canards :

Canard à gauche : Sarko clame son innocence en appel.  « Arrêtez de chercher… »

Canard à droite : « Libye à 14 heures ! »

Évidemment, il s’agit de l’expression « chercher midi à 14h ». Ça veut dire, selon notre vieil ami, le site dit La langue française :

Chercher un problème là où il n’y en a aucun ; chercher quelque chose à sa mauvaise place.

Chercher midi à quatorze heures

J’avoue que malgré le fait que je la connais depuis 5 ans déjà, je suis absolument incapable de l’utiliser moi-même. Ça fait mal aux oreilles même quand on l’explique. Et c’est quoi l’explication ? Selon eux, ça vient :

D’une coutume encore en vigueur dans plusieurs villes d’Italie, consistant à compter les 24 heures à partir du coucher du Soleil. Ainsi, midi ne peut jamais coïncider avec 14h, mais seulement, au minimum, avec 16h. Chercher midi à quatorze heures, ce serait donc rechercher un jour où le Soleil se couche à 22h, chose impossible en France métropolitaine ou en Italie.

À vrai dire, ça ne me parle pas du tout. Vous et votre habitude de compter les heures 24 à la fois, je suppose. N’oubliez pas qu’aux États-Unis, 14h se prononce « 2h — de l’après-midi ». Mais ça me rappelle au moins une blague, trop bête pour être la Blague de la Semaine :

Un policier voit un homme ivre sur ses quatre pattes, en train de chercher quelque chose au-dessous d’un lampadaire. Il lui demande ce qui se passe, et l’ivre lui répond qu’il cherche ses clés. Le policier décide de l’aider, mais après quelques minutes sans succès, lui demande s’il est sûr de les avoir perdues dans cet endroit. L’ivre dit que non, et en fait, il les a perdues dans un parc au bout de la rue. Le policier lui demande donc pourquoi il les cherche sous le lampadaire.

Vient la réponse : « Car la lumière est meilleure ici. »

Effet lampadaire, Wikipedia (ma traduction de l’anglais)

Je n’ai pas dit que c’était une bonne blague. Mais c’est ce que l’expression me rappelle.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un détail d’une blague qui était assez bonne pour être celle de la semaine.

Ô non, canon !

La dernière fois où on a parlé de canons ici, il s’agissait de Langue de Molière. Mais ce week-end, j’ai lu un article sur tout autre chose qui partage ce nom, et à vrai dire, il s’agit du deuxième sentiment d’insécurité le plus important du blog. (Si vous ne savez pas quel est le premier, bienvenue au blog pour la première fois, enchanté, et ainsi de suite.)

Quatre canons rangés sur une plage tropical, prêts à tirer sur la mer
De vrais canons français au Barachois, La Réunion, Photo par BBCLCD, CC BY-SA 4.0

Même avant le début du blog, j’étais au courant des polémiques autour de questions telles que « Le couscous, est-il vraiment le plat préféré des Français ? » et « Y a-t-il trop de kebabs en France ? » Sauf pour de petits soucis tels que l’âge de retraite, la difficulté du bac, et le droit du sol à Mayotte, j’ai du mal à penser à un sujet qui suscite plus de colère rien qu’en l’évoquant. Ce n’est presque jamais le cas que l’on parle vraiment de la validité d’un sondage ; c’est vraiment une question d’identité, d’attitudes envers l’immigration, de préférences politiques. Je connaissais déjà les expressions « Français de souche » et « Français de papier » avant de me lancer, et s’il semblait qu’un blog qui parle sans gêne de terroirs et de traditions serait le chouchou d’un certain genre de personne, je suis tellement au courant qu’il y a une différence entre la fierté et le chauvinisme, et qu’un tel que moi n’est pas le bienvenu parmi tous ceux qui parlent le plus fort sur ce sujet. Au fil des années, j’ai publié une belle collection de commentaires reçus ailleurs sur Internet qui m’invitent à rester aux États-Unis ; je suis moins perplexe sur ça qu’il ne le semble.

Tout ça est une longue introduction au sujet du jour, l’article le plus écœurant que j’ai lu depuis le report du Central Tour en 2021 (dites-donc, j’ai toujours mes priorités). Il vient de France 3 Normandie et s’intitule « Le « Banquet normand » rassemble plus de 4 000 personnes malgré la polémique liée à Pierre-Edouard Stérin ». Je n’avais jamais entendu parler de ce monsieur, et franchement, on peut facilement le mettre de côté. C’est ledit « banquet » qui est le problème.

J’avais du mal au début à comprendre pourquoi l’on se plaindrait d’un dîner. J’ai vite trouvé un clip sur Instagram d’un événement précédent, où plusieurs milliers de personnes ont chanté ensemble « Le chasseur » de Michel Delpech. C’est exactement le genre de chanson que je peux facilement imaginer mettre sur ma propre chaîne YouTube. Et le site web de ces dîners, Le Canon français, promet tout au début « Valoriser le terroir et le patrimoine français ». Ça semble exactement la matière du Tour, du Projet 30 Ans de Taratata, de tout ce que je suis.

Mais j’en ai lu plus. Là, j’ai découvert que :

En novembre dernier en Bretagne, plusieurs habitants avaient réclamé l’annulation de plusieurs banquets au Château des Pères à Piré-sur-Seiche, évoquant des « saluts nazis »qui auraient été arborés par « certains participants à ces réunions ». Les événements avaient finalement été annulés et organisés dans un autre lieu comme l’ont relayé nos confrères de France 3 Bretagne.

Des « saluts nazis » ? Il n’y a rien de ça ici. Pas surprenant que les organisateurs le nient :

Une autre plainte a été déposée contre Emanuel Descours du journal Libération « pour falsification d’image et diffamation faisant croire à des saluts nazis ».

Je suis mal placé pour juger cet argument. L’année dernière, il y avait une polémique autour de M. Musk aux États-Unis : a-t-il fait un tel salut lors d’un « meeting » ? Et si oui, comment ne pas dire que le sénateur démocrate Cory Booker n’avait pas fait pareil ? (Liens en anglais.) Pour ce qu’il vaut, je trouve les deux d’être des accusations commodes de mauvaise foi. Je l’évoque seulement pour dire que cette question est parfois une d’utilité ; il y a d’autres problèmes plus urgents.

Qu’il y ait des saluts Nazis ou pas, il y a des citoyens qui croient que le projet est pourri :

« Je ne permettrais pas de dire que ces 4000 personnes sont des fascistes, ce n’est pas vrai. Mais il y a derrière cet événement une organisation qui avance à bas bruit. Nous sommes là pour dire qu’il faut lutter contre ces idées », témoigne Séverine Lelong, participante au pique-nique citoyen organisé sur le parc de la Prairie.

France 3 raconte qu’il y avait une pétition avec plus de 2 500 signatures pour l’annuler.

Qu’est-ce que j’en tire ? Sans des recherches profondes, il me semble que j’ai bel et bien mis les pieds au cœur d’un conflit beaucoup plus grand que ce petit blog. Je peux facilement voir comment un éditeur penserait : « Je publie un livre sur les terroirs et tout le monde me prendra pour un facho. » Je crois que c’est impossible de lire mon manuscrit et le croire sincèrement, mais les gens font leurs devoirs avant leurs avis depuis quand ? Ouais.

J’ai franchement du mal à comprendre quel est le rapport entre ces banquets et un canon, mais laissez tomber. Le projet de ce blog est, depuis le début, de valoriser la France exactement parce que je me sens reconnaissant, en tant qu’étranger, que tant de monde m’a accueilli ; je dis souvent même « adopté ». Si je mets l’accent sur m’intégrer, c’est parce que je crois que la première tâche d’un invité est de se montrer digne de son accueil, exactement ce que j’exige chez moi. Sans prononcer sur la question de si ces événements ont un côté obscur, il suffit de dire qu’il n’y a pas de parti pris ici et que je ne suis certainement pas le partisan d’un programme qui a pour but que je reste condamné à la Californie !

Saison 5, Épisode 5 — Mayday pour les oiseaux

La Fille et moi sommes allés au ciné dimanche matin pour regarder Super Mario Galaxy une deuxième fois. Le seul autre film à recevoir cet accueil de notre part ? Le premier Super Mario Bros. Peut-être que vous pensez que je plaisantais sur la qualité de ces films, mais par rapport à l’égout qui est Hollywood, je suis 100 % sincère. Mais si La Fille veut me taquiner que j’étais là juste pour l’apparition tout à la fin de mon plus grand coup de cœur fictif, qui suis-je pour la contredire ?

Au fait, cette semaine a vu la fin de l’une de mes quêtes les plus longues. Pendant les 6 dernières années, en plus de Duolingo, mon autre appli quotidienne a été Mario Kart Tour, car je voulais gagner la récompense pour atteindre le 80e niveau. Mardi soir, je l’ai enfin réussi :

À vrai dire, le jeu n’a jamais été aussi bon que ça, mais quand on veut le faire sans payer, c’est un défi.

Près du ciné, il y avait une nouvelle pâtisserie. Malgré le nom « Le Macaron » et le fait qu’elle vend les célèbres chocolats belges Leonidas, elle cible un clientèle uniquement asiatique et les produits sont de mauvaise qualité. Voici des photos :

Ces photos sont à une plus haute résolution que d’hab, mais pas au niveau de mes recettes. Vous pouvez voir que les coques des macarons sont pleines de bulles et de grumeaux — je ne parle pas des décorations en sucre, mais de poudre d’amande mal tamisée. Les « chocolat beignets » n’ont rien à voir avec les beignets français frits dans de l’huile, mais sont de petits pains d’un genre vendu dans les boulangeries chinoises de la région, telles que la chaîne taïwanaise 85 Degrés. Le « chou à la crème » semble être en fait une religieuse, mais nous étions d’accord que c’était une fausse pour la vitrine. Les éclairs ont l’air peut-être bon, mais la collection n’était pas assez prometteuse pour les goûter.

Demain, je publierai un billet certain à susciter la polémique. Ceux qui me suivent sur Facebook auront déjà eu un goût du sujet. Disons que je suis en plein panique que moi, con, j’ai écrit le mauvais livre au mauvais moment.

Alors, finissons sur une meilleure note ? J’ai lu une blague qui ne marcherait pas à haute voix, mais que je voulais partager quand même. Il y a toujours une blague dans l’enregistrement ; considérez celle-ci une prime, surtout si vous comprenez un peu l’anglais :

Un belge, un allemand et un français passent un entretien d’embauche. Le recruteur les soumet à une épreuve d’expression orale en anglais : « Faites une phrase avec les mots green, pink et yellow. »

Le belge commence :

« I wake up in the morning, I eat a yellow banana, a green pepper and in the evening I watch the Pink Panther on TV. »

L’ allemand se lance :

« I wake up in the morning, I see the yellow sun, the green grass and I think to myself : I hope it will be a pink day. »

Et le français termine :

« Euh… i wake up in ze mornine, I hear ze phone : green…green…green…
I pink up ze phone and I say : ‘Yellow ?’ »

Pour être bien clair, je ne connais personne qui parle comme ce dernier !

Notre blague traite d’une ferme. Nos articles sont :

Les Bonnes Nouvelles traitent des oiseaux français. Les gros-titres sont Fausse Alerte et Personnel.

Sur le blog, il y a aussi L’attaque de mes cousins, le récit des mésaventures de ma voiture par M. Descarottes, La meilleure maladie au monde — ou la pire, sur le syndrome de l’accent étranger, Un conte de deux desserts, sur le repas des bénévoles de l’OCA et Ici et là, des nouvelles personnelles.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Dimanche avec Mme Sazerat

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.

Notre « héros » se plaint que Françoise a une famille et une vie privée et n’existe pas seulement pour lui :

Elle sortait infailliblement les jours où j’avais besoin d’elle. C’était toujours pour aller voir son frère, sa nièce, et surtout sa propre fille arrivée depuis peu à Paris. Déjà la nature familiale de ces visites que faisait Françoise ajoutait à mon agacement d’être privé de ses services…

Au moins il se reconnaît ordure :

Aussi je n’écoutais jamais ses excuses sans une mauvaise humeur fort injuste…

Son père voit M. de Norpois, absent depuis le séjour à Balbec, qui parle très chaleureusement de M. de Guermantes :

Il m’a parlé de M. de Guermantes comme d’un homme tout à fait distingué : je l’avais toujours pris pour une brute… Il paraît que l’empereur d’Autriche, l’empereur de Russie le traitent tout à fait en ami.

C’est à un tel que le narrateur imagine qu’il va lui voler sa femme ?

C’est à mon tour de me plaindre. Le narrateur dit de son écriture :

ce qui finissait toujours par sortir de mes efforts, c’était une page blanche, vierge de toute écriture

Ça fait plus de 1520 pages à ce point ; je ne veux plus jamais entendre ça de sa part !

Vous souvenez-vous qu’à la fin du premier tome, j’ai déclaré Mme Sazerat la gagnante, car on en avait entendu parler, mais jamais un mauvais mot ? Désolé, madame, c’est à votre tour :

Il passa dans la rue près de Mme Sazerat, dont la pauvreté relative réduisait la vie à Paris à de rares séjours chez une amie…

Le lendemain ma mère rencontra Mme Sazerat dans un salon. Celle-ci ne lui tendit pas la main et lui sourit d’un air vague et triste comme à une personne avec qui on a joué dans son enfance, mais avec qui on a cessé depuis lors toutes relations parce qu’elle a mené une vie de débauches, épousé un forçat ou, qui pis est, un homme divorcé.

Vous allez payer cher ce dernier commentaire, Marcel.

Il s’avère que Mme Sazerat est mécontent de la famille du narrateur car elle est la seule dreyfusarde à Combray. Puis, cet épisode se termine sans que Mme Sazerat dise un mot, comme toujours. Il est très injuste envers elle, notre Proust.

Puis, pour aucune raison évidente, il croise M. Legrandin dans la rue, un autre personnage de Combray que l’on n’a pas vu depuis le premier tome. Legrandin le reproche :

Il est vrai que vous devez être un mondain, faire des visites !… Vous savez que j’estime la jolie qualité de votre âme ; c’est vous dire combien je regrette que vous alliez la renier parmi les Gentils… vous rendez contre votre avenir la condamnation, la damnation du Prophète… On doit me considérer dans votre groupe comme un vieux troupier ; j’ai le tort de mettre du cœur dans ce que j’écris, cela ne se porte plus ; et puis la vie du peuple ce n’est pas assez distingué pour intéresser vos snobinettes. 

J’attribue à M. Legrandin le plus haut honneur, le titre « Héros du blog ».

On a enfin la réponse à la question qui me dérangeait, pourquoi Saint-Loup n’a pas demandé sa maîtresse en mariage :

Si délicat pour tout le reste, il envisageait la perspective d’un brillant mariage, seulement pour pouvoir continuer à l’entretenir, à la garder… S’il ne l’épousait pas c’est parce qu’un instinct pratique lui faisait sentir que, dès qu’elle n’aurait plus rien à attendre de lui, elle le quitterait ou du moins vivrait à sa guise, et qu’il fallait la tenir par l’attente du lendemain. Car il supposait que peut-être elle ne l’aimait pas.

Car il ne veut pas finir par être divorcé, Marcel ? Dites-le moi en face, vous !

Mais dès que le narrateur rencontre enfin ladite maîtresse, il y reconnaît une autre Odette de Crécy — sauf qu’il la connaît d’ailleurs :

je reconnus à l’instant « Rachel quand du Seigneur », celle qui, il y a quelques années… disait à la maquerelle : « Alors, demain soir, si vous avez besoin de moi pour quelqu’un, vous me ferez chercher. »

La Rachel de qui il parle vient de l’opéra La Juive de Jacques Fromental Halévy ; c’est également le surnom qu’il avait donné à une prostituée du premier tome. C’est la même personne.

Je ne vous ennuierai pas avec plus de citations, mais c’est évident que Saint-Loup reprise de façon ironique la vie de Charles Swann. Les deux tombent amoureux de prostituées quand pour des raisons différentes, les deux devraient être l’envie de beaucoup de monde — Swann, le bourgeois prospère ; Saint-Loup, l’aristocrate. Ils ont des défauts aux yeux de leurs classes sociales — Swann est juif ; Saint-Loup, socialiste ou bien anarchiste — et ça les mène au même acte de mauvais jugement. Ah, les hommes — tous pareils !

Ici et là

D’abord, la nouvelle la plus importante de l’année : j’ai enfin ma voiture. Peut-être que vous vous souvenez qu’il y a une semaine, elle est tombée en panne. Et que je suis allé chez le concessionnaire sans rendez-vous lundi. Alors que M. Descarottes s’est moqué de l’incident des rats, il a exprimé l’espoir que ses cousins n’avaient eu rien à voir. Il avait raison.

J’ai vu des photos vendredi après-midi. Il s’est avéré que le tuyau en plastique se termine en une pièce en plastique qui se branche dans une autre pièce en métal. Au fil du temps (plus d’une décennie dans ce cas), avec assez de chaleur, la pièce en plastique peut se rétrécir, d’où la fuite. Aucun rat ne s’est impliqué dans l’affaire.

Mais, j’ai dû proroger la durée de la location d’une voiture, car parce que le concessionnaire a fait le travail très lentement. J’avais attendu à payer 28 $ ; j’ai fini par payer 84 $ pour ça. Il y a un dicton en anglais, « Le temps, c’est l’argent. » Ça date d’une rédaction de Benjamin Franklin en 1748 (lien en anglais).

Un ami français, en entendant parler de ça, m’a posé une question presque touchante, le genre de chose qui parle bien de son bon cœur, moins de sa compréhension de l’esprit californien : « Il n’y avait pas de voiture de courtoisie ? » Pardonnez-moi.

HAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA !

Pendant le Covid, le prix de toute voiture d’occasion est monté en flèche à cause de la fermeture des usines. Quand ça s’est passé, tous les concessionnaires sauf les plus hauts de gamme (les BMW, les Mercedes, les Ferrari, etc.) ont vendu leur stock de voitures de courtoisie. Désormais, l’ennemi — désolé, le client — peut se faire voir chez une agence de location grecque. C’est comme les demandes de pourboires quand on paye à un kiosque, une autre prime de la vue après-Covid — l’idée de service aux clients est absolument morte dans ce pays. Rien n’est plus compris, tout est payant, et si vous vous en plaignez, c’est vous le cinglé.

De meilleures nouvelles ? La Fille m’a envoyé un texto jeudi — en anglais, alors pas de capture d’écran — pour me dire : « Madame m’a dit d’arrêter de traduire un poème pendant mon cours de français ce matin. C’était censé contenir des mots que nous ne savions pas déjà. » Parmi les mots que ces élèves de 3e année de français étaient censés ne pas connaître ? « Loin » et « bruit ». Je ne sais pas vous, mais je suis certain que j’ai appris « loin » et « proche » pendant les 3 premiers mois de leçons. La Fille a sauté une année, mais elle reste quand même en tête.

En parlant de leçons de français, j’ai presque fini les nouvelles parties de Duolingo. L’appli va me renvoyer en disant que c’est fou. Regardez cet exemple stupide qui n’a aucun sens :

Ça dit : « J'ai mangé le macaron de trop. »

Il n’y a pas de telle chose que « le macaron de trop ». L’épinard, oui, le chou de Bruxelles, absolument. Mais même un macaron de chez Walmart n’est jamais « de trop ».

Autre chose jeudi : j’ai appris que je ne connais vraiment pas l’œuvre de Céline Dion. J’ai écouté un épisode du Grand Récit — j’adore André Dussollier — consacré à la relation entre elle et Jean-Jacques Goldman. Je n’avais aucune idée, mais je me pardonne un peu, parce que sa musique en français n’est jamais diffusée à la radio en Californie du Sud. Puis j’ai écouté Bonus Track avec Éric Jean-Jean (qui me rend un peu fou car il a ce qui s’appelle « NPR voice » aux États-Unis, la voix de la Radio publique nationale, où tous les animateurs sont formés à sonner exactement comme M. Jean-Jean sans le savoir). Lui aussi, il parlait de Céline Dion. C’est comme ça que j’ai découvert que je ne savais pas que c’était elle derrière beaucoup de chansons que j’entendais souvent dans les années 90. « The Power of Love« , « All by Myself« , « Overjoyed » en duo avec Stevie Wonder — je n’avais aucune idée. Tout ce que je peux dire, c’est que je n’écoute jamais la radio pour la musique en anglais, une préférence depuis 30 ans, alors je n’entends jamais les animateurs avec ces infos. Je les connais des centres commerciaux, des restos, et ainsi de suite. Il va me falloir écrire « Je découvre Céline Dion », et vous allez tous rigoler.

Pourquoi est-ce que je n’écoute pas la radio pour ça ? Je sais depuis longtemps que c’est payé, et je ne veux que personne achète mes goûts. Alors je dois tout découvrir moi-même. C’est un effort. Et il faut ajouter que tous ces programmes consacrés à Madame Dion n’étaient pas par hasard — elle vient de sortir une nouvelle chanson. Alors je fais partie des pubs gratuitement !

Un conte de deux desserts

Hier soir, j’étais au repas des bénévoles pour l’OCA. Comme je vous ai dit, c’est moi qui a fait le dessert. Ce que personne là ne savait, c’était que j’ai eu une catastrophe en cuisine. Mais je partage mes échecs ici, non seulement les réussites, alors vous allez tout voir.

Je vous ai dit lundi que j’allais préparer les macarons crème brûlée de Pierre Hermé, mon dessert parisien. On dit en anglais de ce genre de recette que c’est « a pain in the butt », que ça fait mal au cul — il y a deux coques différentes à préparer, et non seulement une ganache, mais un caramel qui doit être préparé séparément pour aller dans la ganache. 4 parties, tout pris en compte.

Mardi soir, j’ai fait le caramel — voici le truc étalé sur du papier de cuisson, brisé avec un rouleau, rendu plus fin dans un robot, tout prêt à utiliser. Tout semble bien aller :

Mercredi soir, j’ai fait les coques. Ça fait plus d’une année depuis la dernière fois où j’ai fait une meringue italienne pour des coques ; ça a fini par être trop lisse, et il s’avère qu’en plus, mon four est trop chaud par rapport aux marquages sur les commandes. Mais même là, j’ai réussi à avoir deux douzaines de belles coques de chaque genre :

C’était jeudi matin, quand j’ai fait la ganache, que tout est parti en vrille. Elle ne s’est jamais prise, même après 6 heures au frigo. 14 $ de chocolat blanc, complètement gaspillé. J’ai toujours les coques ; je ne sais pas quoi faire.

Mais s’il y a quelque chose que je sais faire, même en grand format, c’est le gâteau Napolitain, le coup de cœur qui a lancé des centaines d’autres trucs. Le gâteau au yaourt a été le tout premier gâteau en 2020, mais le Napolitain a été la première recette de Cook&Record. On peut simplement multiplier les quantités de ma recette par 2,5 et voilà, un « quarter-sheet » comme on dit aux États-Unis, suffisant pour 16-20 parts (mais on parlera plus) :

Le Napolitain m’a appris la leçon la plus importante en cuisine — la question n’est pas si tout est parfait, mais si les clients doivent savoir que ce n’était pas le cas. Voici le gâteau tel que je l’ai mis au frigo pour sécher le fondant :

Et voici le gâteau tel que les bénévoles l’ont vu :

Il n’y a rien comme un bon couteau pour obtenir des bords nets ! Hyper-professionnel, même si c’est moi qui le dis.

Mais. Mais, mais, mais. Je suis mais-content de son accueil. Quand j’ai fait un gâteau de même taille la première fois, pour une soirée de ciné, il y avait une trentaine d’invités mais je suis quand même rentré avec des restes, car les Français mangent comme des oiseaux. Cette fois, j’ai regardé la moitié aller dans la poubelle avec 16 invités. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Une personne — une amie, pour être clair — l’a coupé en 16 parts. On l’a distribué ainsi. Après 20 minutes, j’ai regardé autour de la table et me suis rendu compte que presque tout le monde n’avait mangé que la moitié de ce qu’ils ont reçu. Dit autrement, ils ont tous mangé comme les invités de la première soirée, mais on leur a donné deux fois ce dont ils avaient envie. Alors chacun a jeté les restes dans la poubelle.

Je crois que ce n’était pas une question de ne pas l’aimer. J’étais surpris à découvrir que certains ne connaissaient pas les Napolitains de LU, alors ce n’était pas le Napolitain de Proust que je l’avais cru pour tout le monde. Mais il m’a fallu 3 heures de travail pour faire ce gâteau (à ne pas mentionner 20 $ d’ingrédients). Je ne voulais pas le couper avant l’événement, et j’ai payé cher pour ça,

Je l’ai vu assez de fois pour le comprendre. Si un Français tombe sur un dessert, il doit tout couper, à parts égales. C’est aussi naturel que respirer. C’est « le grand souci d’égalité » comme a dit Anatole France. Mais je croyais que l’horreur de gaspiller était également forte. Pas pour la première fois, je me suis trompé !

La meilleure maladie au monde — ou la pire

J’ai vu ce clip effrayant hier, où Faustine Bollaert parlait à une certaine Laeticia qui a subi une intervention chirurgicale au cerveau. Quelque chose d’horrible est arrivé à sa voix. Essayez de l’écouter sans lire la description, ou au moins avant de la lire, si possible.

À mes oreilles, ce n’est pas du tout un accent « anglais ». Elle ne sonne pas comme la Reine, mais heureusement pour elle, pas comme Ed Sheeran non plus. Je dirais que c’est son propre genre d’enfer. Elle sonne comme un californien.

Les commentaires sur Instagram ne sont pas du tout gentils. D’abord, il y a l’opportuniste :

Commentaire du compte officiel de Duolingo France : « C'était moi le chirurgien ».

Puis, il y a le méchant — et je suis hyper-sensible sur ce sujet car un inconnu a fait la comparaison entre moi et Jane Birkin pour m’insulter :

Commentaire qui dit : « Possédée par Jane Birkin ».

Il s’avère que je n’ai jamais partagé ça, alors voilà :

Tweet par moi : Après avoir lu un article par @moutet, des réflexions sur la bise (lien)

Réponse : C'est bien et rafraîchissant d'écrire comme Jane Birkin parle.

Une autre s’est moquée de l’anglophone le plus célèbre du pays :

Commentaire : « For sureeeee » (imitation de M. Macron)

Et encore une autre a suggéré qu’il y a de pires accents :

Commentaire : « Ça aurait été plus drôle avec l'accent ivoirien »

Mais essayons de le prendre au sérieux pour un moment. Parmi les commentaires plus sérieux, beaucoup de monde est d’accord qu’elle a perdu le contrôle pour ses /r/. Je suis un peu d’accord avec ça, mais le /r/ prononcé en anglais américain vient d’une partie différente de la bouche que le /r/ français. Il y a plus de désaccord sur ses voyelles ; certains disent qu’elles restent grosso modo typiquement français, mais d’autres croient qu’elles ont aussi changé. Je les trouve plutôt proche des miennes, alors je crois qu’elle a dû subir des changements là aussi.

Cependant cette situation est connue par les médecins, et a un nom, le syndrome de l’accent étranger. Il n’y a qu’une soixantaine de cas dans la littérature médicale, et les résultats sont très variés. Par exemple, après une blessure au cerveau, Cindy Lou Romberg, habitant de l’État de Washington, a fini par sonner comme une russe (lien en anglais). Sarah Colwill, une britannique, a subi un AVC et a fini par sonner comme une chinoise, malgré le fait qu’elle n’a jamais appris cette langue ni visité le pays.

Alors, pourquoi est-ce que je dirais que ce cauchemar, qui risque de vous faire parler comme le chef suédois, pourrait être la meilleure maladie au monde ? Parce qu’il y a des cas où on a fini avec un bon accent français ! Leanne Rowe, une australienne, a reçu ce cadeau suite à un accident de voiture — mais se plaint dans le clip lié (en anglais) que : « Ça me met tellement en colère car je suis australienne et pas française. » Kay Russell, une britannique, a souffert une migraine et a aussi fini par avoir un accent dit français. Dans ce dernier cas, alors qu’elle dit certains mots exactement comme on les dirait en français, je trouve que son anglais est autrement simplement bizarre, pas comme ce que j’entends des expatriés du tout.

On penserait donc qu’après la bonne chirurgie, je pourrais atteindre ce que six ans de pratique n’a toujours pas réussi. Mais en fin de compte, il faut avouer que cette idée serait désastreuse. Personne ne peut prédire l’accent qui résulte de ces changements, et la qualité n’est souvent pas la meilleure. Ce qui est assez logique, vu que l’on parle de dégâts.

Mais c’est vraiment dingue à quel point la pauvre Laeticia sonne comme moi ! ([Ce qui prouve que quelque chose est arrivé à son cerveau, comme je dis depuis longtemps. — Celle dont on ne doit pas prononcer le nom])

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Au secours !

La Fille est rentrée à la maison la semaine dernière avec une nouvelle. « Papy », m’a-t-elle dit, « j’ai ta prochaine Langue de Molière ». « Excusez-vous », ai-je répondu, « mais c’est ‘Papa’, pas ‘Papy’. » « Mais tu as connu les dinosaures. C’est ce qui dit ma mère. Tu ne veux pas que je lui dise que tu as dit qu’elle avait tort, n’est-ce pas ? » Elle m’a eu. « Alors, ma grande, qu’est-ce que tu veux raconter à ton arrière-daron ? » Et c’est ainsi que l’on a notre note hebdomadaire.

Peut-être que vous avez eu la malchance d’être sur un bateau qui commence à couler. Le capitaine, ou si c’est assez grand, le chargé de communication, prend le micro de la radio et supplie de l’aide avec une expression bizarre en anglais : « May Day! » May Day, c’est le 1er mai, particulièrement dans son aspect de jour férié communiste (raison pour laquelle on fête les ouvriers en septembre aux États-Unis). Bien sûr, en Angleterre, c’est plutôt une fête païenne, la nuit de Walpurgis, où tout le monde danse autour d’un mât pour cacher les débauches de la nuit du 30 avril.

Ou peut-être que c’était choisi comme appel de détresse en honneur de l’une des méchantes les plus inhabituelles des films de James Bond, aussi May Day, apparue dans Dangereusement vôtre (tourné en partie au Château de Chantilly) :

Grace Jones dans le rôle de May Day, ©️United Artists, Fair use

Mais en fait, selon La Fille, c’est un peu de français mal formé, « m’aidez », quand la commande devrait être plutôt « aidez-moi ». Il s’avère qu’elle se trompe légèrement — c’est en fait tronqué d’une plus longue commande, « Veuillez m’aider », mais il n’y a pas un centime de différence entre les deux sons.

D’où vient ce choix pour l’appel universel ? Remontons le temps jusqu’en 1923. C’est Frederick Stanley Mockford, chargé de radio à l’aéroport Croydon (Londres avant Heathrow), qui a été chargé par ses supérieurs à trouver un appel qui serait compris par tous les pilotes. Étant exactement comme moi, il a raisonné que le monde entier comprenait juste les deux côtés de la Manche, car tout le trafic venant de l’étranger venait du Bourget à l’époque. Il fallait donc trouver quelque chose de raisonnable en anglais et en français. Vu que « Help me! » (Aidez-moi) est difficile à prononcer en français, mais la transcription phonétique de « Venez m’aider » marchait bien en anglais, le choix de privilégier le français était assez évident.

Mais « mayday/m’aider » est réservé aux situations où il y a un risque de perdre des vies. Qu’est-ce que l’on est censé dire si on est juste con et n’a plus d’essence pour son bateau ? Encore une fois — mais je ne le savais pas jusqu’au moment de faire ces recherches — c’est la langue française à l’honneur. On dit « panne panne », transcrit en anglais comme « pan pan« , pour dire que l’on est en panne. On fait semblant de dire qu’en anglais, « pan » veut dire « Possible Assistance Needed » (Besoin d’assistance possible), mais en fait, je sais la vérité. C’est-à-dire qu’il ne reste que les pizzas de la chaîne Little Caesar’s dites « Pan Pan », anciennement vendues deux à la fois (lien à une pub en anglais), à manger. On savait tous que cette situation était la catastrophe, même s’il n’y avait pas de vies en jeu. (Des toilettes, oui.) C’est ainsi que le sens d’une urgence est préservé à travers les deux langues.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour donner rendez-vous à un certain M. Paul Bismuth et un canard.

L’attaque de mes cousins

Bonjour, tout le monde, c’est M. Descarottes à la parole. Le gros type est dans tous ses états en ce moment — comme d’hab — alors c’est à moi de vous amuser. Heureusement, quand on est rongeur, on a une grande famille — pas autant que les cafards, peut-être, mais assez — et il s’avère que mes cousins ont repris mon travail éternel de ne jamais le laisser tranquille.

M. Descarottes dans sa cage, regardant l'appareil photo de près, le nez contre les barres, la tête tournée légèrement à droite. Sa gamelle en métal est visible derrière lui.

Vous savez déjà qu’il ne peut plus aller nulle part, car sa voiture est en panne. Vu mon dernier trajet dans sa fichue bagnole — je ne suis pas revenu encore vivant, ça vous parle ? — je m’en fous absolument pour lui. Mais La Fille doit toujours aller au lycée alors je suppose que c’est important de régler le problème.

De toute façon, je sais qu’il n’a rien dit, mais la semaine dernière, il avait lavé sa voiture. Qu’est-ce qui est donc arrivé hier matin ? Il pleuvait, mais juste un peu ! Juste assez pour gaspiller l’argent qu’il avait dépensé ! Je vis pour ces moments. Ou plutôt… bah, vous savez.

Quand il est arrivé chez le concessionnaire, il a dû attendre 20 minutes avant que quelqu’un n’arrive enfin l’aider. Sous la pluie. Il a expliqué au conseiller ce qui s’est passé, puis le mec a ouvert le capot. Et c’est comme ça qu’il a découvert que mes cousins étaient occupés. Voilà !

C'est le couvercle qui couvre les cylindres du moteur. Des crottes sont visibles dans les fissures entre les cylindres.
Gros-plan de leur travail dans toute sa splendeur

Il a dit au gros, « Tu te soucies de ta voiture même un peu, toi ? Ce sont des crottes de rats ! »

HAHAHAHAHAHAHAHAHAHA !

Le gros, con qu’il est, a répondu, « Mais je te jure que ce n’était pas là quand j’ai ajouté de l’antigel hier ! » Comme s’il faisait la moindre attention ! Il n’a aucune idée !

On attend toujours l’explication de ce qui s’est passé. Il a fait appel au garagiste vers 15h30 pour prendre des nouvelles de son corbillard, et c’est ainsi qu’il a découvert qu’en fait, personne n’allait examiner le truc jusqu’à mardi. Il y en a trop, là. Alors, permettez-moi de râler brièvement de deux choses que je n’aime pas chez les concessionnaires, parce que se foutre de sa gueule, c’est réservé à moi et à La Fille !

D’abord, tout le monde aux États-Unis dit « Je serai bientôt à ta disposition » en voyant un client, et ce n’est presque jamais le cas que la première personne — ou la deuxième — qui le dit finira par vous aider. C’est un mensonge stupide car « quelqu’un » ne sonne pas assez personnel, et donner de fausses impressions de s’en soucier, de la fausse amitié, c’est la tâche la plus importante pour les états-uniens (vous savez qu’il déteste ce mot, hihihi). Franchement, s’il avait eu l’habitude de me dire pareil quand je couinait pour signaler l’heure de carottes, j’aurais été mort de faim bien avant le moment maudit. Ne le lui dites jamais, s’il vous plait, mais j’apprécie un peu qu’il ne m’ait jamais menti comme ça.

L’autre chose, c’est que tous les concessionnaires ne veulent plus que les clients s’attendent à parler à la même personne même pendant une seule visite. Quand il a fait son appel et a demandé à parler à Connardo (peut-être un pseudonyme), son conseiller, la standardiste lui a répondu que « un membre de l’équipe te rappellera ». (N’oubliez pas, tout « you » en anglais se traduit par « tu ». Je propose « tu-tous » pour le pluriel.) La Fille a besoin de la voiture d’ici mercredi ; à défaut, d’une voiture de location ! Quelqu’un doit prendre en charge la responsabilité de réparer ce truc.

Mais quand un mécanicien ouvre le capot demain et trouve le problème, j’espère sincèrement qu’il ne sera pas le cas que l’un de mes cousins en est responsable. Non parce que je me sentirais coupable ou honteux, rien comme ça. Non, c’est plutôt parce que l’antigel est bien toxique, et je ne veux pas penser qu’en plus de ses autres défauts, il ait empoisonné l’un de mes cousins !