On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois j’ai avancé de 40 pages. Il nous reste 130 dans ce tome, et je vais le finir avant septembre à tout prix. C’est plus long que les deux précédents, mais j’en ai assez des Guermantes, même s’ils sont moins insupportables que les Verdurin !
Vous vous demandez pourquoi cette tâche passe si lentement ? Parce qu’il faut souvent déchiffrer des pages comme ça :
Quant aux actions mondaines, c’était encore un autre plaisir arbitrairement théâtral que Mme de Guermantes éprouvait à émettre sur elles de ces jugements imprévus qui fouettaient de surprises incessantes et délicieuses la princesse de Parme. Mais ce plaisir de la duchesse, ce fut moins à l’aide de la critique littéraire que d’après la vie politique et la chronique parlementaire…
(200 mots de rien)
…On sait que quand un ministre explique à la Chambre qu’il a cru bien faire en suivant une ligne de conduite qui semble en effet toute simple à l’homme de bon sens… ce lecteur de bon sens se sent pourtant remué tout d’un coup, et commence à douter d’avoir eu raison d’approuver le ministre, en voyant que le discours de celui-ci a été écouté au milieu d’une vive agitation et ponctué par des expressions de blâme telles que : « C’est très grave », prononcées par un député dont le nom et les titres sont si longs et suivis de mouvements si accentués que, dans l’interruption tout entière, les mots « c’est très grave ! » tiennent moins de place qu’un hémistiche dans un alexandrin.
Il suit des exemples d’un tel texte, dignes du Journal officiel de la République. Si seulement Proust avait vu ce site, le docteur Cottard l’aurait ordonné pour la grand-mère du narrateur, pour l’aider à dormir !
Incroyablement, il y a une raison pour ça — c’est pour avoir une métaphore pour madame :
Pour en revenir à ces décisions artificielles et émouvantes comme celles des politiciens, Mme de Guermantes ne déconcertait pas moins les Guermantes, les Courvoisier, tout le faubourg et plus que personne la princesse de Parme, par des décrets inattendus sous lesquels on sentait des principes qui frappaient d’autant plus qu’on s’en était moins avisé.
C’est pour établir que comme certains qui vivent pour surprendre (toux, mon frère, toux toux):
Et de la « dernière d’Oriane », comme du dernier « mot » d’Oriane, on répétait : « C’est bien d’Oriane » ; « c’est de l’Oriane tout pur. »
Proust fait une digression pour se vanter d’avoir visité le Louvre :
le duc avait le goût des femmes grandes, à la fois majestueuses et désinvoltes, d’un genre intermédiaire entre la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace
On dirait que le duc avait le goût des femmes dépourvues de bras, à juger par ces éléments !
Pourquoi est-ce que l’on apprend ça ? Car Mme de Guermantes a l’habitude d’inviter les anciennes amantes du duc à ses salons ! (Raison pour laquelle il fallait savoir qu’elle ne faisait pas comme le reste du monde, je suppose.)
Il s’avère que j’ai lu ces trois tomes juste pour cette phrase :
cet Hercule en « smoking » (puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre)
HAHAHAHAHAHAHAHA !
Au cas où vous commenceriez à éprouver de la sympathie envers la duchesse, elle est aussi cruelle que son mari :
— Poullein, dit-elle, vous irez chercher les faisans de M. le comte et vous les rapporterez de suite…
Poullein était devenu blanc ; son rendez-vous avec sa fiancée était manqué. Cela suffisait pour la distraction de la duchesse qui tenait à ce que tout gardât un air humain.
— Je sais que c’est votre jour de sortie, dit-elle à Poullein, vous n’aurez qu’à changer avec Georges…
Mais le lendemain la fiancée de Poullein ne serait pas libre. Il lui était bien égal de sortir. Dès que Poullein eut quitté la pièce, chacun complimenta la duchesse de sa bonté avec ses gens.
On passe à une conversation où Mme de Guermantes méprise sa cousine Mme d’Heudicourt :
c’est un cas pour un médecin, cela a quelque chose de pathologique, c’est une espèce d’« innocente », de crétine, de « demeurée »
Elle a comme invitée à sa table une Mme d’Arpajon, amante récente de son mari. Après une conversation sur Hugo en tant que poète, elle en parle à la princesse de Parme :
— Mais… pardon de vous dire cela à vous… cependant elle l’aime vraiment !
— Mais pas du tout, elle en est incapable, elle croit qu’elle l’aime comme elle croit en ce moment qu’elle cite du Victor Hugo parce qu’elle dit un vers de Musset.
Je ne sais pas vous, mais Mme de Guermantes a un mot critique à dire sur tout le monde derrière son dos, et je trouve ça loin d’être admirable.


















