Saison 5, Épisode 21 — Paella et Orangina

Vous avez sûrement remarqué que j’étais bien trop épuisé pour écrire vendredi. J’espère que ça ne deviendra pas habituel. La séquence continue tant que je publie avant minuit dans mon fuseau horaire. (Je veux toujours dire « fusée », mais je sais que c’est faux.)

J’ai enfin eu une publicité bienvenue ce week-end, de Montres Breguet :

Capture d'écran d'une publicité où un jeune homme avec sa main gauche sur son cou, pour que sa poignée soit face au lecteur, porte une montre en or blanc.

C’est pour son dernier tourbillon, le 7357, bon marché en or blanc à seulement 184 000 $. Quoi, vous n’avez pas assez de sous sous le canapé non plus ? C’est la loterie ou rien, je suppose. Mais en fait, mon Breguet préféré est Le Réveil du Tsar, malheureusement seulement disponible d’occasion, mais à 1/4 du prix du nouveau. Comme si c’était abordable !

Voici ma page de recettes du dernier numéro du bulletin de l’OCA, qui paraîtra lundi après-midi. Vous reconnaîtrez sûrement les deux recettes, les tagliatelles à la moutarde de Meaux et le Paris-Deauville. C’est un peu hilarant — il n’y a que 6 ingrédients dans le dessert, pourtant ça prend presque les 2/3 de la page !

Capture d'écran des deux recettes sur une page. Les tagliatelles portent le gros-titre « Cuisine de nos grand-mères » ; le dessert, « Cuisine d'aujourd'hui ».

J’essaie d’avoir quelque chose de classique et de moderne dans chaque numéro. Mais pour le dernier numéro de l’année, c’est toujours quelque chose de Thanksgiving et de Noël. Je commence déjà à penser à quoi faire.

On a imprimé exactement une feuille cette semaine, en noir et blanc. L’imprimante continue de montrer que les cartouches en couleur sont pleines. Depuis le moment où il m’est arrivé à l’esprit que HP veut me faire payer 100 $ pour les trois cartouches en couleur tous les 6 mois, peu importe la quantité d’encre utilisée, je suis de très mauvais humeur à cet égard. Au fait, il n’est plus possible d’acheter les cartouches individuelles dans les magasins ici — il faut acheter un carton des trois en même temps. On peut toujours les commander par courrier, mais je trouve ça très avide.

Quelque chose d’amusant pour finir ? Voici un texto que j’ai récemment reçu :

Capture d'écran d'un texto spam, traduit dans l'article

Ça dit : « Bonjour Justin, c’est Emily. J’ai la société Busch Service de lutte antiparasitaire approuvée pour 180K $. Quel est votre meilleure adresse e-mail ? Si tu as besoin de plus de capital, tiens-moi au courant. » À part le fait que je n’ai rien à voir avec la lutte antiparasitaire (un métier important, pour être clair), j’ai fait des recherches et il n’y a apparemment pas de société avec ce nom dans tout le pays ! Quel genre de con penserait que c’était une bonne idée de répondre ?

Notre blague traite d’une rencontre entre Messrs Macron et Poutine. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Subtilités et Asperges.

Sur le blog, il y a aussi Une farce avec mon plus vieil ami, sur Crocker Spaniel à une réunion de bureau, La paella et l’espionnage, sur une pub qui a fini par me suivre partout et Ici et là, des nouvelles personnelles.

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Dimanche avec Orangina

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 40 pages. Il nous en reste 90, et on finira dimanche prochain.

Vous souvenez-vous que le narrateur avait voulu voir des tableaux d’Elstir chez les Guermantes ? Naturellement, ça veut dire que les deux méprisent le peintre, malgré avoir acheté plusieurs de ses tableaux. M. le duc :

Swann avait le toupet de vouloir nous faire acheter une Botte d’Asperges… Mais moi je me suis refusé à avaler les asperges de M. Elstir. Il en demandait trois cents francs. Trois cents francs une botte d’asperges ! 

Et Mme la duchesse :

— Est-ce qu’il n’avait pas commencé un portrait de vous, Oriane ? demanda la princesse de Parme. 

— Si, en rouge écrevisse, répondit Mme de Guermantes, mais ce n’est pas cela qui fera passer son nom à la postérité. C’est une horreur, Basin voulait le détruire…

— Il me voit probablement comme je me vois, c’est-à-dire dépourvue d’agrément, dit Mme de Guermantes…

Qui suis-je pour dire le contraire ?

Mais c’est, selon le narrateur, son esprit et ses choix de mots à la base de son obsession :

Là encore l’esprit de Mme de Guermantes me plaisait justement par ce qu’il excluait (et qui composait précisément la matière de ma propre pensée) et tout ce qu’à cause de cela même il avait pu conserver, cette séduisante vigueur des corps souples qu’aucune épuisante réflexion, nul souci moral ou trouble nerveux n’ont altérée. Son esprit d’une formation si antérieure au mien, était pour moi l’équivalent de ce que m’avait offert la démarche des jeunes filles de la petite bande au bord de la mer.

Ô, Marcel. C’est beaucoup de mots pour dire « Elle est folle, mais pas comme moi » (veuillez consulter la blague de 23/3/26).

Un aparté sur M. Breauté mérite d’être cité :

Sa haine des snobs découlait de son snobisme, mais faisait croire aux naïfs, c’est-à-dire à tout le monde, qu’il en était exempt.

Puis la conversation tourne vers Bloch :

Mme de Villeparisis avait présenté Bloch à Mme Alphonse de Rothschild, mais mon camarade n’avait pas entendu le nom et, croyant avoir affaire à une vieille Anglaise un peu folle, n’avait répondu que par monosyllabes aux prolixes paroles de l’ancienne Beauté quand Mme de Villeparisis, la présentant à quelqu’un d’autre, avait prononcé, très distinctement cette fois : « la baronne Alphonse de Rothschild »… il avait eu comme un coup au cœur, un transport au cerveau et s’était écrié en présence de l’aimable vieille dame : « Si j’avais su ! » exclamation dont la stupidité l’avait empêché de dormir pendant huit jours.

Il n’y a vraiment pas un centime de différence entre l’arriviste Bloch et les Guermantes, juste une question des idées des autres.

Veuillez vous souvenir de ceci pour le prochain tome :

Remarquez que ce sont quelquefois les plus sincères, il y a en somme plus d’amants que de maris inconsolables. »

— Pourtant, Oriane, regardez justement votre beau-frère Palamède dont vous êtes en train de parler ; il n’y a pas de maîtresse qui puisse rêver d’être pleurée comme l’a été cette pauvre Mme de Charlus.

de Charlus s’était marié à une femme, J’omets les détails, mais il la visitait tous les jours au cimetière. Un indice du futur par la duchesse :

«…il est délicieux, il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n’en ont pas généralement. C’est un cœur de femme, Mémé ! »

Il s’avère que les Guermantes ont inventé Orangina (ce que Proust n’a jamais connu) :

On n’avait jamais connu, des Guermantes, dans ces après-dîners au jardin, que l’orangeade… ce jus de fruit n’est jamais en assez grande quantité pour qu’il désaltère. Rien ne lasse moins que cette transposition en saveur, de la couleur d’un fruit, lequel cuit semble rétrograder vers la saison des fleurs.

L’histoire réunionnaise de mon livre fait une apparition :

Aussi ne pouvait-on jamais avoir de fruits jusqu’au jour où un jeune nègre natif de la Réunion et nommé Albins, ce qui, entre parenthèses, est assez comique pour un noir puisque cela veut dire blanc, eut l’idée, à l’aide d’une petite pointe, de mettre en rapport les organes séparés.

C’était Albius.

Un peu plus tard, on entend peut-être la vraie leçon de ce tome :

Après avoir gravi les hauteurs inaccessibles du nom de Guermantes, en descendant le versant interne de la vie de la duchesse, j’éprouvais à y trouver les noms, familiers ailleurs, de Victor Hugo, de Frans Hals et, hélas, de Vibert, le même étonnement qu’un voyageur, après avoir tenu compte, pour imaginer la singularité des mœurs dans un vallon sauvage de l’Amérique Centrale ou de l’Afrique du Nord… éprouve à découvrir… des habitants qui… sont en train de lire Mérope ou Alzire.

C’est-à-dire, malgré les titres et la richesse, ces gens ne sont pas si différents de vous et moi après tout. (Sauf que je n’ai pas lu ces œuvres de Voltaire.)

Ici et là

Quelle semaine, les 48 dernières heures. La Fille change de maison tous les mercredis, et dès qu’elle est rentrée cette semaine, elle m’a dit « Papa, j’ai besoin de cookies pour la réunion du bureau du club de français jeudi. » Quand les enfants s’inscrivent à des activités, c’est vraiment les parents qui sont inscrits. J’ai donc fait cette recette de Péla, mais avec les quantités augmentées de 20 % pour en avoir assez. Pas de photos ou de publication cette fois, car j’ai dû travailler vite, mais j’en ai goûté un et c’était aussi bon qu’attendu. Vraiment, quand on a besoin de cookies, on passe par chez Péla et c’est tout — il y a toujours la bonne chose pour n’importe quel événement.

Mais après cette réunion, est-ce que La Fille pouvait rentrer du lycée ? Noooooon, nous sommes pleinement au milieu de la saison du football américain. Sa fanfare devait jouer à un match. Je ne l’ai récupérée du lycée qu’à 22h30. Vous pensez que je plaisante, mais vraiment, pas du tout. Ai-je mentionné qu’elle avait des devoirs de 4 cours pour ce soir ? Heureusement seulement deux doivent en être rendus vendredi.

Au moins j’ai eu l’opportunité pour une petite balade avec tout ce temps. Mais pas autant que je n’aurais aimé — j’ai passé des heures à travailler sur mon prochain numéro du bulletin de l’OCA. Ça doit être prêt dimanche soir.

Vous souvenez-vous de Mehmet, le vendeur de tapis turcs qui ne me permettra jamais d’oublier que j’ai acheté un tapis chez lui en 2008 ? Il m’a appelé d’un numéro de téléphone turc cette semaine — je crois pour la première fois. D’habitude, il utilise un numéro américain différent à chaque fois pour qu’il soit impossible de le bloquer.

Capture d'écran de la notification de l'appel de Mehmet. La moitié du numéro est supprimée.

J’adore que même si mon portable est en anglais, le pays s’identifie comme « Türkiye ». Pendant la Coupe du monde, deux pays — la Turquie et le Cap-Vert — ont décidé d’insister qu’il fallait désormais écrire leurs noms en anglais selon leurs langues, Türkiye et Cabo Verde au lieu de Turkey et Cape Verde. (En fait, selon Wikipedia en anglais, les turcs ont exigé ça en 2022 — mais personne ne l’a pris au sérieux jusqu’à la Coupe.) Je n’ai trouvé aucune preuve qu’ils insistent sur ça en n’importe quelle autre langue. Je ferai ça au moment où ils écrivent exclusivement « United States » dans leurs langues au lieu de « Amerika Birleşik Devletleri » et « Estados Unidos ». J’étais donc très déçu de voir que mon opérateur a plié le genou à cette demande déraisonnable.

J’ai vu un clip sur Facebook qui a ouvert mes yeux. Voici une maison tout près de Tokyo (moins de 1/2 heure de Tokyo Station par le train), 5 chambres ainsi que la cuisine et salle à manger pour 21.5M ¥. Ça sonne comme beaucoup d’argent, mais c’est seulement 135 000 $ ou 113 000 €. Je doute que ça change mes buts, et je ne serai jamais aussi capable en japonais qu’en français — à ne pas mentionner que je préfère la cuisine française à tout autre chose. Mais je ne mentirai pas — je suis gravement tenté.

En parlant de Facebook, cette appli apprend trop d’un seul clic ou abonnement. J’ai récemment suivi un compte nommé « L’eau songeante », une expatriée française qui habite aux États-Unis et est paraplégique. Tout à coup, entre toutes les pubs pour des poêles, la moitié de posts dans mon fil sont des paraplégiques américaines. Euh… je ne suis pas obsédé comme ça, Facebook.

Finissons sur quelque chose de drôle ? La Fille reçoit une folle quantité de courriers de nos jours de la part de facs partout aux États-Unis. (N’oubliez pas, il n’y a rien comme Parcoursup ici — sauf un cas spécial pour les docteurs. Chaque université gère ses propres candidatures.) Elle a reçu une carte postale de l’Université de Chicago — en général considérée l’une des 10 meilleures du pays — pour dire que si elle y va, elle peut participer à un jeu de piste annuel dont l’un des objets à chercher est « Gelato von Bismarck ». Ne me croyez jamais sur parole, voici la preuve :

Il coûte 73 mille dollars par année (lien en anglais) pour y assister. Je dis ça, je dis rien !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Je n’ai rien acquis

Il y a des semaines, la lectrice Vanadze m’a envoyé un post d’Instagram avec une règle de grammaire déroutante :

Au passé, on a discuté l’idée de supprimer l’accord du participe passé. Ce que je n’ai pas mentionné à l’époque, car je ne le savais pas, c’est que c’est impossible de faire ça sans supprimer des sens différents. J’explique :

L’exemple donné par le compte « sayitinfrench2.0 » (j’adore qu’un compte consacré à la grammaire française se nomme en anglais) vient du verbe « acquérir ». Le participe, c’est « acquis ». Mais ce verbe a une propriété surprenante — les deux phrases suivantes sont également correctes, mais ne veulent pas dire la même chose :

Le peu de connaissances qu’il a acquis…

Le peu de connaissances qu’il a acquises…

La différence expliquée par le post est incroyablement subtil, au point où j’ai franchement du mal à la garder en tête. L’idée, c’est que sans l’accord, l’accent est sur « il », que la phrase veut dire « C’est un con, lui, il n’a acquis que quelques connaissances. » Mais avec l’accord, l’accent est plutôt sur les connaissances, et la phrase veut dire plutôt quelque chose comme : « Après une décennie où il n’a suivi que des cours de maths à la fac, il n’a acquis que des connaissances du calcul, mais il connaît le calcul mieux que n’importe qui. »

J’ai tardé à publier ceci, parce que j’essayais de faire l’enquête — s’agit-il d’une règle générale sur les participes, ou est-ce plutôt quelque chose de particulier sur le verbe acquérir ? Ou pire, s’agit-il de l’interaction entre « le peu » et « acquis », tel qu’il ne sert à rien à connaître cette règle ?

Le post original cite le Dictionnaire de l’Académie française, alors j’y ai jeté un œil. Il y a deux entrées qui nous intéressent. D’abord celle d’acquis dans son usage en tant qu’adjectif. Ça n’a rien à voir avec l’accord en tant que verbe, mais nous donne une idée plus précise de la gamme de significations. Là, on voit :

1.  Obtenu par l’action, l’habitude, l’éducation, l’influence du milieu. Des connaissances difficilement acquises, mais solides.

3.  Gagné de façon ferme et sûre. Il vous est acquis et absolument fidèle. Je vous suis tout acquis, tout dévoué.

Tout ça semble parler du sens censé aller avec l’accord, « les connaissances qu’il a acquises. » Mais quant au verbe ? Voici l’entrée. Je dois vous dire très franchement que j’ai lu et relu cette page de nombreuses fois, mais je ne vois pas d’exemple de ce dont le post original parle. Il y a un sens marqué vieilli qui semble correspondre à la version sans accord, qui met l’accent sur la personne :

3.  Absolument. Vieilli. S’améliorer. Cet enfant a beaucoup acquis, depuis quelque temps.

Mais il n’y a pas d’exemple qui oppose les deux sens. Et je n’y vois pas d’exemple où le COD est placé devant le verbe, ce qui pourrait éclaircir la situation.

Il faut noter un commentaire sous le post original :

En quoi est-ce une règle spéciale ? C’est juste l’application élémentaire de l’accord du participe passé…

Ah oui ? Si je dis :

La collection de bêtises qu’il a raconté

La collection de bêtises qu’il a racontée

il y a donc une différence entre ces deux ? Non, pour autant que je sache, le premier est simplement une erreur. Mais peut-être que je rate quelque chose.

J’ai fouillé dans le Trésor, mais n’a rien trouvé. Sauf que tout au fond de l’entrée, il y a :

12. Non seulement j’avais la confiance la plus absolue en Saint-Loup, en la loyauté de son amitié, et il l’avait trahie (…), mais il me semblait que, de plus, il eût dû être empêché de le faire (…) par cet extraordinaire acquis d’éducation qui pouvait pousser la politesse jusqu’à un certain manque de franchise.M. Proust, À la recherche du temps perdu,Le Côté de Guermantes 2, 1921, p. 399.

Acquis

Punaise, on m’avait promis qu’il n’y aurait pas de Proust ici hors le dimanche !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine au milieu de nulle part.

La paella et l’espionnage

Langue de Molière est reportée d’un jour parce que je cherche quelques autorités de plus pour mon sujet. Au lieu de ça, je vais vous présenter un rappel de pourquoi il n’y a absolument pas de cookies de suivi sur ce site.

J’ai reçu un courriel absolument écœurant d’un centre commercial ici, Fashion Island. Vous n’entendez jamais parler que de South Coast Plaza sur ce blog, car en plus d’être le centre commercial le plus rentable du pays, c’est où se trouve mon resto italien préféré. Mais Fashion Island est « l’autre » — c’est en fait dans un quartier plus prestigieux, Newport Beach, et pendant une décennie, La Fille et moi l’a visité chaque mardi. Un jour, je vous dirai pourquoi. Mais l’important, c’est qu’ils voulaient annoncer l’ouverture d’un nouveau resto espagnol :

Vous pouvez tout de suite voir ce qui m’a attiré. C’est la paella. Quand je suis allé en Espagne en 1993, ma prof a amené notre groupe dans l’un des meilleurs restos de ma vie (rien à voir les étoiles Michelin ; il n’y en a pas dans ce cas), La Paella Real (lien en espagnol). Je n’avais jamais goûté une paella même une fois de la vie ; je suis parti convaincu que c’était l’un des 10 meilleurs plats au monde. Un de ces quatre, il me faudra publier un vrai classement.

De toute façon, malgré le fait que je suis complètement entouré par la cuisine mexicaine, pensez-vous que l’espagnole existe ici ? Presque pas du tout. Il y a une chaîne ici et là, Café Sevilla (lien en anglais), pas la pire, mais je déteste son ambiance de bar. Et hélas, c’est tout. Mais si vous connaissez la paella, vous savez que c’est en général un grand plat, préparé pour plusieurs personnes en même temps. Tout à coup, comprenez-vous pourquoi j’ai dit que ce courriel était écœurant ?

J’ai quand même cliqué sur le menu, et il m’a dit exactement ce que je craignais :

« Nos paellas sont fabriquées sur commande. Un rituel espagnol, fait pour être partagé »

S’il y a des restes pires que le riz après une nuit au frigo, je ne les connais pas. J’ai donc besoin d’au moins une autre personne pour y aller. Et je vais vous dire très franchement qu’il n’y a même pas besoin de demander — ni mes parents ni La Fille ne goûteraient ces plats. La Fille déteste tout fruit de mer sauf les palourdes, mon père ne mange rien venant de la mer sauf le fish and chips, et ma mère ne touchera pas à un plat où les crevettes ont toujours leur tête. Il est possible que l’un des trois décide de jouer le martyr, mais faites-moi confiance — je veux éviter la suite à tout prix. Alors, si je veux aller chez Telefèric…

… j’ai besoin d’un rendez-vous.

Je fais une pause pour que vous puissiez tous aller aux urgences. Je sais que la moitié d’entre vous vient de faire une crise cardiaque à cause des rires et le reste devrait au moins consulter un médecin au cas où.

J’ai donc pensé au plan B plutôt qu’attendre la fin de l’univers. Je ne veux vraiment pas ajouter des poêles à ma collection — la seule à laquelle je pensais était une crêpière — mais si je veux une paella, il va me falloir la faire moi-même. Je me suis assis devant mon ordinateur et j’ai recherché une « paella pan » (poêlé à paella). Voici deux captures d’écran qui comprennent toute l’histoire dans mon navigateur :

Pour résumer, après avoir visité le site du resto et OpenTable, le site pour réserver une table, j’ai visité les sites de Williams-Sonoma (boutique culinaire), Google Shopping, World Market et La Tienda (deux boutiques trouvées par Google), les sites de Smithey, El Cid, All-Clad et Mauviel (tous des fabricants des bonnes poêles) et deux sites de critiques pour faire des comparaisons. Aussi Amazon. Tout est là pour les curieux.

Il faut ajouter que j’utilise un bloqueur de publicités sur mon navigateur, Firefox, que je refuse tout cookie de publicité quand il y a un choix d’après la loi RGPD et que je refuse tout cookie venant d’un tiers.

Plus tard, j’étais sur Facebook, sur mon portable. Voici des publicités que j’ai reçues :

Ce n’est même pas tout. J’ai fait tout ce que je pouvais pour éviter exactement ce genre d’espionnage, et pourtant c’était plus agressif que jamais. La protection des bloqueurs ne vaut évidemment rien.

Je suis déjà client d’All-Clad depuis des décennies et je ne veux pas dire non à Cristel, car c’est une bonne marque française. Mais je vous promets qu’aucun du reste ne verra jamais un centime de ma part, car je trouve ça absolument dégoûtant. Je ne suis pas sûr que les marques — et certainement pas les agences de publicité — aient compris : quand on a l’impression d’être surveillé sans cesse, ça ne suscite pas de sentiments chaleureux.

Tout ça dit, je ne suis rien que pragmatique, alors j’offre un accord à tous ces annonceurs : j’achèterai l’une de leurs poêles un jour après mon rendez-vous chez Telefèric. J’attends.

(Il n’y a pas assez d’argent dans leur budget de marketing pour que ça arrive.)

Une farce avec mon plus vieil ami

Si vous avez écouté les fins des deux derniers épisodes de la balado, vous savez déjà que la rentrée de La Fille était la semaine dernière. Avant ça, elle voulait complètement nettoyer sa chambre, car elle suivra 4 cours « AP » (placement avancé) et n’aura pas beaucoup de temps pour le ménage.

Oui, elle voulait faire ça. Je n’y suis pour rien. Était-ce censé être si facile de vivre avec une ado ? Mais si vous cherchez une arrière-pensée, c’est arrivé en forme de me faire honte : « Si j’ai enfin fini de déballer les cartons et tout ranger, pas plus d’excuses chez toi, papy. » (Oui, elle connaît la différence entre « papa » et « papy ». Vraiment, si c’est le pire, je n’ai rien pour m’en plaindre.)

Alors moi aussi, j’étais très occupé par le nettoyage dans les coulisses. Je suis derrière elle, car j’ai beaucoup plus de trucs, mais l’important, c’est qu’il y avait une réunion du bureau de l’OCA hier soir, et pour la première fois depuis notre déménagement, j’étais assez confortable avec l’état de ma chambre (qui est aussi mon bureau) que je n’ai pas utilisé ma photo habituelle comme arrière-plan sur Zoom.

« Mais Justin », me dites-vous, « quelle photo ? » Celle-ci, évidemment :

C'est un café Pierre Hermé. La porte est ouverte et il y a un chariot à glaces juste à gauche, aussi de Pierre Hermé.

Vous vous attendiez à autre chose ? (C’est le café Pierre Hermé, 126 Bd Saint-Germain, 75006. J’ai pris cette photo au début de la dernière journée de mon premier voyage.)

Quand on peut voir dans ma chambre, impossible d’éviter que l’on va voir mon lit. Dans mon ancien appartement, mon bureau était grosso modo en face du centre du lit ; dans le nouveau, on aperçoit juste un peu du bord. Alors — et je croyais que ce serait hyper-drôle, parce que jusqu’à ce mois, j’étais le seul homme du bureau — j’ai décidé de faire une farce avec mon plus vieil ami, qui vit avec moi depuis mes 4 ans. Je vous présente Crocker Spaniel :

C'est un petit chien marron en peluche. Il a un gros nez noir, et deux petits yeux noirs, et s'assied sur ses deux pattes arrière.

Je sais, vous penser que je viens de faire une faute de frappe. L’espèce de chien s’appelle cocker spaniel, pas de « r », ou comme on dit en français, « Cocker anaglais ». (Pourquoi on ne dit pas « épagneul », la traduction habituelle de « spaniel », aucune idée.) Mais voici deux photos qui expliquent tout :

Celle-ci montrent les deux faces d’une plaque qu’il porte autour de son cou. La première dit « Crocket Spaniel » ; la deuxième est le logo d’une ancienne banque californienne, Crocker Bank (lien en anglais), racheté par le géant national Wells Fargo dans les années 80. Alors oui, Crocker était un cadeau de la banque quand on ouvrait un compte pour les enfants. Au fait, il avait anciennement une petite sœur, Crocker Spanielette, mais ça fait 30 ans que l’on ne sait pas ce qu’elle est devenue. (Je crois que mon frère l’a jetée, malheureusement.)

La farce, et je l’ai soigneusement testée avant le début de la réunion, c’était que Crocker était pleinement visible sur mon lit, mais bien en arrière-plan. Il fallait faire attention à ma chambre pour le remarquer. Puisque personne n’a rien dit, je suppose que c’est passé inaperçu.

Voici une dernière photo de lui pour le voir en entier :

Meilleure vue de tout Crocker. On peut plus facilement voir sa bouche, avec une petite langue rouge. Il sourit.

« Alors Justin », me dites-vous, « vous voulez nous dire que vous dormez avec une peluche depuis tout ce temps ? » Ah non, pas du tout. En fait, il n’était même pas chez nous jusqu’en 2020, car ma mère m’avait interdit de le retirer de la maison de mes parents, au cas où mon frère aurait des enfants. (Super, maman, merci de l’interdire à votre petite-fille réelle en faveur d’un enfant théorique.) Mais cette année-là, au nom de commencer à vider ma chambre, elle m’a laissé le donner à La Fille.

Après un certain temps, elle m’a dit : « Nous nous en sommes parlés, et Crocker veut reprendre te veiller. » Alors il a pris une place à côté de mon bureau jusqu’au déménagement. Mais non, je ne dormais pas avec une peluche !

Ça dit, Crocker pose mon plus grand problème quant à déménager en France. Je veux qu’il soit présent pour la prochaine génération, les enfants de La Fille, et surtout qu’il ne soit pas jeté quelque part en France quand je partirai pour Saint-Sever. Je ne sais pas quoi faire avec lui quand La Fille sera à la fac.

Mais ça, c’est pour 2029. Pour l’instant, Crocker reste chez moi, et personne ne me connaît mieux.

Saison 5, Épisode 20 — Le narrateur, c’est moi

En enregistrant cet épisode, il m’est venu à l’esprit — pas pour la première fois — que je me reconnais beaucoup trop dans le narrateur de Proust. Le cœur d’artichaut, les rêves d’être écrivain professionnel en français, les châteaux en Espagne… qui se ressemble se rassemble, non ? Je ne peux guère dire que je suis plus concis que lui — même si c’est vrai que la longueur moyenne des billets ici a atteint son apogée il y a deux ans.

La concurrence entre moi et La Fille dans Pikmin Bloom est devenue rude. Voici les pas depuis la dernière balado — ouais, il y a 3 jours supérieur à 7 000 pas. Et devinez qui était chez moi pendant les deux jours nuls. Ouaip. Je soupçonne un effort de sabotage !

Graphique qui montre 7 135 pas pour dimanche, et entre 6 000 et 7 4000 pour chacun des 5 derniers jours. Les deux avant sont chacun inférieur à 3 000 pas.

Pour répondre à la question sur vos lèvres, je ne marche plus à partir de chez moi. Je roule au centre commercial le plus proche (à environ 1 km), et je fais des tours autour d’un bâtiment. Je ne m’intéresse plus à croiser les rues après mes expériences sans voiture il y a trois semaines.

C’est la saison (mi-juillet à mi-octobre) de « Hatch chiles » au sud-ouest des États-Unis, des piments verts qui poussent dans la vallée de Hatch au Nouveau-Mexique :

Les bons supermarchés les faire rôtir pour les clients au moment de l’achat. Naturellement, chez Ralphs ça veut dire « Fais-les rôtir toi-même. »

J’aimerais vous tenir au courant d’un projet que j’ai lancé fin juillet. Je soupçonne depuis longtemps que l’espérance de vie des cartouches HP n’a absolument rien à voir avec la quantité de pages imprimées et tout à voir avec leur droit à un loyer annuel. Dit autrement, vous allez être abonné de leur programme de remplacement sur un horaire que vous vous soyez abonné ou pas. Le 28 juillet, j’ai remplacé les 3 cartouches couleur. Depuis ce temps-là, on a imprimé exactement une page, en noir et blanc. Je garde un journal ; je vais mettre à jour cette annonce mensuellement.

J’ai vu un clip étonnant sur Instagram cette semaine, sur le Büchmesser de Strasbourg. Vous n’êtes ni Oth ni Sév et ça ne vous parle pas ? Il s’agit d’une colonne en marbre en face de la cathédrale, tout près du coin de son bâtiment — il ne fait que 35 cm d’espace entre les deux. Je vous laisse cliquer le lien ci-dessus ou lire l’article de Wikipédia sur pourquoi, mais à partir de 1567, une fois par année les bourgeois devaient se montrer capables de passer entre les deux. 70 % des Américains étant en surpoids (lien en anglais), pas surprenant que nous ne quittions jamais Paris, où de tels que Philippe Conticini et Pierre Hermé n’osent pas nous donner des leçons, juste des macarons. (Et oh là là, ce Paris-Brest !)

Vous savez qui se moquait de ces 35 cm ? Maître-espionne et héroïne du blog Marie-Madeleine Fourcade, qui a dû glisser entre les barreaux d’une prison pour s’échapper aux Nazis.

Selon un reportage de RMC, la Banque de France estime que le compte courant moyen des Français a un encours de 6 617 €. Cependant, si on supprime Arnault et Bolloré, ça ne fait que mille euros. Je plaisante, mais en fait, la banque précise que la médiane est à 1 000 €. Une leçon importante sur utiliser les bonnes statistiques !

Il y avait une annonce d’un plombier local dans mes courriers cette semaine. Si j’étais Nintendo, je poursuivrais cette entreprise en justice :

Il y a un dessin qui ressemble TELLEMENT à Luigi des Mario Bros., au milieu du nom "Broke Plumbing".

Et pour finir sur un sourire, voici un mème que j’ai vu cette semaine, avec une traduction hyper-littérale du nom de l’écrivain américain Truman Capote :

C'est le roman « Petit déjeuner chez Tiffany », mais attribué à "Vraihomme Préservatif"

Notre blague traite d’incendies en Belgique — pour être clair, c’est une blague belge, on ne se moque jamais de la souffrance ici (sauf pour les fans des Los Angeles Dodgers). Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont HP et LCP.

Sur le blog, il y a aussi Le brookie cheesecake de Péla, dessert si bon que c’est déjà refait, Les mésaventures de La Fille au pays du travail, où elle découvre les bêtises des adultes, Le coup de foudre du con, sur ma plus grande erreur de la semaine et Je découvre Cali, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata.

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Dimanche avec Poullein

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois j’ai avancé de 40 pages. Il nous reste 130 dans ce tome, et je vais le finir avant septembre à tout prix. C’est plus long que les deux précédents, mais j’en ai assez des Guermantes, même s’ils sont moins insupportables que les Verdurin !

Vous vous demandez pourquoi cette tâche passe si lentement ? Parce qu’il faut souvent déchiffrer des pages comme ça :

Quant aux actions mondaines, c’était encore un autre plaisir arbitrairement théâtral que Mme de Guermantes éprouvait à émettre sur elles de ces jugements imprévus qui fouettaient de surprises incessantes et délicieuses la princesse de Parme. Mais ce plaisir de la duchesse, ce fut moins à l’aide de la critique littéraire que d’après la vie politique et la chronique parlementaire…

(200 mots de rien)

…On sait que quand un ministre explique à la Chambre qu’il a cru bien faire en suivant une ligne de conduite qui semble en effet toute simple à l’homme de bon sens… ce lecteur de bon sens se sent pourtant remué tout d’un coup, et commence à douter d’avoir eu raison d’approuver le ministre, en voyant que le discours de celui-ci a été écouté au milieu d’une vive agitation et ponctué par des expressions de blâme telles que : « C’est très grave », prononcées par un député dont le nom et les titres sont si longs et suivis de mouvements si accentués que, dans l’interruption tout entière, les mots « c’est très grave ! » tiennent moins de place qu’un hémistiche dans un alexandrin. 

Il suit des exemples d’un tel texte, dignes du Journal officiel de la République. Si seulement Proust avait vu ce site, le docteur Cottard l’aurait ordonné pour la grand-mère du narrateur, pour l’aider à dormir !

Incroyablement, il y a une raison pour ça — c’est pour avoir une métaphore pour madame :

Pour en revenir à ces décisions artificielles et émouvantes comme celles des politiciens, Mme de Guermantes ne déconcertait pas moins les Guermantes, les Courvoisier, tout le faubourg et plus que personne la princesse de Parme, par des décrets inattendus sous lesquels on sentait des principes qui frappaient d’autant plus qu’on s’en était moins avisé.

C’est pour établir que comme certains qui vivent pour surprendre (toux, mon frère, toux toux):

Et de la « dernière d’Oriane », comme du dernier « mot » d’Oriane, on répétait : « C’est bien d’Oriane » ; « c’est de l’Oriane tout pur. »

Proust fait une digression pour se vanter d’avoir visité le Louvre :

le duc avait le goût des femmes grandes, à la fois majestueuses et désinvoltes, d’un genre intermédiaire entre la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace

On dirait que le duc avait le goût des femmes dépourvues de bras, à juger par ces éléments !

Pourquoi est-ce que l’on apprend ça ? Car Mme de Guermantes a l’habitude d’inviter les anciennes amantes du duc à ses salons ! (Raison pour laquelle il fallait savoir qu’elle ne faisait pas comme le reste du monde, je suppose.)

Il s’avère que j’ai lu ces trois tomes juste pour cette phrase :

cet Hercule en « smoking » (puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre)

HAHAHAHAHAHAHAHA !

Au cas où vous commenceriez à éprouver de la sympathie envers la duchesse, elle est aussi cruelle que son mari :

— Poullein, dit-elle, vous irez chercher les faisans de M. le comte et vous les rapporterez de suite…

Poullein était devenu blanc ; son rendez-vous avec sa fiancée était manqué. Cela suffisait pour la distraction de la duchesse qui tenait à ce que tout gardât un air humain.

— Je sais que c’est votre jour de sortie, dit-elle à Poullein, vous n’aurez qu’à changer avec Georges…

Mais le lendemain la fiancée de Poullein ne serait pas libre. Il lui était bien égal de sortir. Dès que Poullein eut quitté la pièce, chacun complimenta la duchesse de sa bonté avec ses gens.

On passe à une conversation où Mme de Guermantes méprise sa cousine Mme d’Heudicourt :

c’est un cas pour un médecin, cela a quelque chose de pathologique, c’est une espèce d’« innocente », de crétine, de « demeurée »

Elle a comme invitée à sa table une Mme d’Arpajon, amante récente de son mari. Après une conversation sur Hugo en tant que poète, elle en parle à la princesse de Parme :

— Mais… pardon de vous dire cela à vous… cependant elle l’aime vraiment !

— Mais pas du tout, elle en est incapable, elle croit qu’elle l’aime comme elle croit en ce moment qu’elle cite du Victor Hugo parce qu’elle dit un vers de Musset. 

Je ne sais pas vous, mais Mme de Guermantes a un mot critique à dire sur tout le monde derrière son dos, et je trouve ça loin d’être admirable.

Je découvre Cali

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec un autre chanteur sur scène avec Pascal Obispo. Cette fois, il s’agit de Cali.

Cali à la Pause Guitare en 2015, Photo par Gyrostat, CC BY-SA 4.0

Je dois dire au début que je ne l’ai vraiment pas remarqué dans l’ensemble pour « Allumer le feu », mais il est revenu sur scène deux fois de plus — une fois en tant que soliste pour « Pour un flirt » de Michel Delpech, et une fois pour « Super Nana », un de 5 chanteurs derrière Michel Jonasz. Dans les gros groupes, il a un peu disparu, car sa voix n’a rien de spécial — mais j’étais sérieusement impressionné par son énergie et présence en tant que soliste. (Voici le clip officiel, mais ça n’a pas marché quand j’ai essayé de le vérifier.)

J’étais donc étonné d’apprendre que Cali, de son vrai nom Bruno Caliciuri, est né en 1968 — je l’avais pris pour un homme de 30 ans. (Je suis vraiment nul avec les âges des autres.) De son côté paternel, sa famille est italien et espagnol ; du côté maternel, italien et français. Il a grandi à Perpignan, l’un de 5 enfants, et a perdu sa mère à cancer à ses 6 ans, et son père à ses 16 ans. C’était donc une enfance très difficile.

Après son bac, il s’est lancé en tant que musicien dans des groupes locaux, Indy et Tom Scarlett (voici un clip). Ce dernier group a fait la première partie pour Dionysos et Bénabar, mais est autrement peu connu. Cependant, une diffusion de sa piste solo, « Tout va bien », sur France Inter suffit pour le gagner un contrat chez EMI. Écoutez-la si vous voulez, mais je dirais que rien n’allait bien en écoutant cette piste plutôt lourde :

Cependant, en tant qu’une piste de son premier album, L’Amour parfait, c’est une réussite — l’album s’écoule à 550 000 d’exemplaires, un album platine. « C’est quand le bonheur ? » est meilleure comme chanson, mais toujours avec des paroles déprimantes :

« Le grand jour » mérite une place dans un bar quelque part, alors que la chanson éponyme, « L’Amour parfait », euh… ai-je mentionné sa vie difficile ? Vu la popularité de cet album, la bonne comparaison est le roman Les Souffrances du jeune Werther, de Goethe. Mais pour autant que je sache, personne ne s’est tué à cause de cet album.

La suite, Menteur, sort en 2005, se vend à 330 000 exemplaires, juste après la baisse de la signification de platine, de 500 000 à 300 000. C’est donc toujours platine !

« Qui se soucie de moi ? », la première piste, est une chanson presque positive — jusqu’à ce que l’on l’entende chanter :

« Pauvre garçon » est plus « métal », et « Menteur » plus… baroque ? (Il y a un clavecin.) « Je te souhaite à mon pire ennemi » évoque exactement les sentiments promis par le titre.

Son troisième album, L’Espoir, sort en 2008 et est accueilli comme plus positif. Il est brièvement classé numéro 1 en France. « Je ne te reconnais plus », avec Olivia Ruiz, ne somme pas comme Cali d’avant, avec des samples comme dans le rap :

Ses paroles me laissent un peu perplexe : « tu écoutes le jazz juste pour être accepté ». Croyez-moi, j’ai toute une collection de jazz, mais aucune idée de quoi il parle ! « 1000 cœurs débout » a des paroles bien Cali, mais ne le sonne pas. J’apprécie tellement le sentiment du « Droit des pères », mais c’est plus un discours qu’une chanson. Je note que Cali a aidé la création d’une association, Les Papas = Les Mamans, qui travaille pour exactement le droit des pères de rester actifs dans la vie des enfants après un divorce, et vous savez que rien n’est plus important pour moi.

Son quatrième album, La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur, est jugé « plus rock, moins engagé » par les critiques — qui ne l’aiment pas. Il ne se vend qu’à 80 000 exemplaires. Moi, j’aime bien « L’amour fou », moins d’un discours que beaucoup de sa musique d’avant :

Mais on veut engagé ? Il y a « Lettre au Ministre du saccage des familles et des jeunes existences dévastées ». Je ne plaisante pas. « Je regarde mes dix-sept ans » me rappelle un peu « A Pirate Looks at Forty » de Jimmy Buffett — pas la musique, mais le même thème mélancolique de vieillir.

Son cinquième album, Vernet-les-Bains, est un hommage à son village aux alentours de Perpignan. Télérama dit de cet album que c’est « comme quand on se réveille avec une gueule de bois ». Je ne sais pas — « Ce soir je te laisse partir » n’est pas plus déprimant que son œuvre du passé !

« La grotte des amoureux » a plus l’air « gueule de bois ».

L’âge d’or, sorti en 2015, n’a pas connu de succès même si les critiques l’aimaient. « La vie quoi ! » profite de techniques de production plus modernes que d’hab chez Cali. Je l’aime bien :

Je me demande s’il écoutait « Fields of Gold » de Sting juste avant d’écrire « Le grand chemin ». Je l’aime bien aussi.

Il y a deux albums de plus, sortis en 2016 et 2020, mais à vrai dire, j’ai assez entendu pour avoir mon avis. J’ai écouté juste « Annie Girardot », mais il n’y avait qu’une référence à l’un de ses films et je ne sais même pas lequel.

Que penser de Cali ? Il n’est pas un grand chanteur, mais je veux être gentil. Il n’a pas de voix particulièrement forte, sa musique est toujours compétente mais n’a que rarement des mélodies intéressantes, et ses textes font souvent envie de pleurer. Pourtant, je sais ce que j’ai vu sur le plateau de Taratata. J’ai l’impression que Cali est plus sympa sur scène que dans le studio. Si je n’ai pas particulièrement envie de l’ajouter à ma collection, j’aimerais toujours le voir en live si possible.

Ma note : J’irais au concert.

Le coup de foudre du con

Je vais vous raconter une histoire 100 % vraie. Tout s’est passé mercredi soir. Elle réunit toutes les idées fixes du blog d’un coup. Vraiment, c’est un peu étonnant.

Mercredi après-midi, je me suis dit, « La Fille est partie, alors vous êtes libre non seulement d’aller chez Miguel’s Jr. pour une quesadilla, mais de marcher autant que souhaité pour Pikmin Bloom. N’oubliez pas d’aller acheter un billet pour la loterie Mega Millions, car le jackpot vient d’atteindre un milliard. » C’est important à savoir qu’il y a deux loteries nationales aux États-Unis. L’heure limite pour acheter un billet de Mega Millions est 19h45, mais l’heure limite pour Powerball est 19h.

Et c’est exactement ce que j’ai fait. Je suis arrivé chez Miguel’s vers 17h30, dans l’attente d’y rester environ 45 minutes. En m’asseyant, il m’est arrivé à l’esprit que sans l’avoir planifié, j’avais fait le choix idéal pour tous mes buts : Miguel’s est juste au coin de la rue d’une station-service où j’ai l’habitude d’acheter les billets quand la loterie devient assez intéressante. En plus, ça pourrait être le début d’une belle balade de 5 km si je continuais vers la prochaine rue et faisait un aller-retour.

Cependant, je n’avais pas compté sur quelque chose que vous allez devoir croire sur parole. L’un des gags récurrents de ce blog est la série d’annonces que telle ou telle personnalité médiatique est désormais mon coup de cœur. J’avoue avoir un cœur d’artichaut, mais la raison plus sérieuse pour ça, c’est que c’est aussi ma seule façon d’exprimer de tels sentiments, dans un contexte où, franchement, il n’y aucune chance que quoi que ce soit arrive. Je suis au courant que certaines personnes préféreraient que ça arrête — mais vu ce qui se passe quand soit des connaissances soit des inconnues pensent que j’ai dit la moindre chose, et vu que j’ai définitivement quitté les applis de rencontre, vraiment, je garde la bouche fermée autrement.

« Que diable, Justin », me dites-vous, « qu’est-ce que ça a à voir avec Miguel’s ou la loterie ? » Tout ça est une longue explication de pourquoi je n’ai absolument rien dit quand une jolie femme s’est assise seule à deux tables de moi. J’ai pensé pendant une éternité à lui demander s’il la dérangerait à dîner ensemble. Mais en fait, seulement 5 minutes étaient écoulées. Puis, j’ai eu ma commande et elle la sienne, et j’ai décidé que le moment était passé, que c’était trop tard. Pourtant, je restais curieux, même si elle n’a jamais une fois arraché les yeux de son portable. (C’est malpoli de fixer les yeux ; je crois que j’ai évité ça.) Je n’ai pas quitté Miguel’s jusqu’au moment où elle s’est levée.

C’est ainsi que je ne suis pas arrivé à la station-service qu’à 19h05, et le caissier m’a dit que je viens de rater l’heure limite. J’ai quand même acheté deux billets pour le prochain tirage, le samedi, me disant que peut-être que personne ne gagne.

Vous savez déjà ce qui s’est passé, non ?

Gros titre du journal The Detroit News pour annoncer le résultat.
Capture d’écran

Ça dit : « Le gagnant de Powerball dans le Midwest aura 1 milliard de dollars ; 2 billets dans le Michigan valent 50K $. »

Bon travail, Justin. Au moins j’ai eu une bonne balade d’une heure :

C'est une carte qui montre ma route avec des fleurs virtuelles « plantées » pendant mon trajet.

J’ai l’impression que je vais regretter mercredi soir pendant longtemps, et je ne sais même pas si je parle des billets ratés.