Dépêchez-vous pour attendre

Bonjour de Tokyo ! Je suis à 7 heures en avance sur vous pendant ces vacances, mais pour garder ma séquence de jours de suite, je continuerai de publier au même moment par rapport au fuseau horaire californien. Alors, même si, le temps que vous vous réveillez, j’aurai déjà visité mes deux premiers arrêts. Plutôt que confondre les jours pour mes récits, le blog sera donc en retard d’où je suis.

La chanson du jour, c’est « Hurry! » (Dépêchez-vous) par Nobuo Uematsu :

Si vous avez un homme adulte dans votre famille, autre que moi, car je suis — je le crois presque 100 % sincèrement — le seul d’avoir atteint l’éclaircissement sur ce sujet et devenu le Bouddha du voyage ([Avec le ventre pour aller avec. — M. Descarottes])… il y a un obsédé dans votre famille qui croit qu’il faut non seulement arriver 3 heures à l’avance pour les vols domestiques, mais encore plus tôt pour les vols à l’étranger. « À cause de la sécurité, bla-bla-bla. » (On n’est plus 2002. Ça fait plus de deux décennies depuis la dernière fois où j’ai fait la queue pendant plus de 20 minutes, peu importe 1 heure.) C’est ainsi qu’à cause de mon père, nous sommes partis d’Elbe-en-Irvine à 11h pour aller à LAX (une distance de 50 km), pour un vol partant à 17h15.

Alors, quand nous sommes arrivés à LAX, il s’est avéré que le comptoir pour s’enregistrer chez All Nippon Airways (ANA) ne s’ouvre que jusqu’à 14h15. La bonne nouvelle et la mauvaise nouvelle ont donc été la même chose — nous ne pouvions pas déjeuner derrière la sécurité, mais la seule option devant la sécurité était quand même ce que l’on aurait choisi, W Pizza par Wolfgang Puck (pendant la grande majorité de ma vie, considère le meilleur chef aux États-Unis).

Les prix sont toujours de folie aux aéroports, mais cette fois, bien qu’une « cheese pizza » (au fromage et à la sauce tomate) coûte 22,09 $, le « spécial passager » était cette même pizza ainsi qu’un soda pour seulement 18,50 $. C’est le truc le plus proche d’un bon rapport qualité prix que vous trouverez dans un aéroport, et en fait, je suis grand fan des pizzas du chef Puck, même si j’aurais préféré la margherita. À vrai dire, deux pizzas entre nous 3 auraient suffi — nous nous attendions à de petits trucs insultants pour le prix, et ce n’est pas du tout ce qui s’est passé !

Moi voilà, assis chez W Pizza :

Moi dans un polo gris, avec la grande salle du terminal derrière moi. Il y a une plante vérité à ma gauche, et je ne regarde pas directement dans la photo car je me concentrais sur les contrôles pour la selfie.

Il y a tout genre de magasin intéressant dans le terminal international, à ne pas dire que les prix sont raisonnables si vous pouvez attendre. Par exemple, ce magasin ne stocke que du scotch Macallan, en général considéré le meilleur. La Fille ne m’a pas autorisé d’entrer.

Un resto rapide dit « Beecher’s Handmade Cheese » promet des sandwichs dont les fromage est « fait à la main » (d’où le nom). Selon son site, leur fromage dit « Flagship » passe 15 mois en cave. Peut-être que j’y serais allé si j’avais su — c’est mieux que les 2-3 heures de nos fromages typiques !

J’ai fait une crise cardiaque en voyant ceci :

Malgré étant une épicerie à LAX, pas en France, le panneau dit Relay.

C’est juste le nom ! Il n’y a aucun numéro du Canard ou sac de Savaroises là-dedans !

On peut y trouver des macarons de mauvaise qualité à des prix de folie — 4 $ chacun et la moitié sont brisés !

Les boutiques dites « Duty Free » sont sans impôts — mais vous payerez si cher là-dedans qu’il n’y a aucune économie ! Par exemple, les sacs de chocolats Ghirardelli à gauche coûtent 37 $ chacun, mais 25 $ au supermarché ! Ça dit, le panneau dit 2 achetés, 1 offert, alors avec 3, on réalise une petite économie. À droite, je ne connais pas le scotch Glengoyne. Mais 1150 $ pour une bouteille de 26 ans dans le fût ? Il fût vraiment l’aimer !

Dans l’avion, il y avait de belles vues de la Californie — à gauche, Los Angeles disparaît sous les nuages, à droite, on voit la côte près de San Francisco :

Voici nos deux repas ; le dîner, à gauche, était une sorte de poulet grillé ; le petit-déjeuner, à droite, était un curry au bœuf — on est loin de la viennoiserie ! Mais ke riz, c’est pire pour mon taux de glycémie qu’un croissant !

Nous sommes à un hôtel d’une chaîne nommée « Villa Fontaine ». Vous allez voir pendant les prochains jours exactement à quel point la France est prestigieuse ici — mais surtout, veuillez ne pas vous plaindre de l’authenticité. Sinon, vous risquez d’être gravement déçus !

Dimanche dans un hikooki

Pensiez-vous qu’il n’y aurait pas de Dimanche avec Marcel juste parce que j’étais dans un avion (hikooki en japonais) ? Mais non — j’ai apporté « Le Côté de Guermantes » dans mon sac à cabine. Cette fois, je n’ai pas eu la VO avec moi, parce que je n’ai pas eu d’Internet, alors pas de citations directes. Mais j’ai avancé beaucoup plus loin que d’hab — 110 pages.

Le narrateur reçoit la visite d’un certain Charles Morel, fils de l’ancien valet de son oncle Adolphe, dont on a entendu la mort dans le premier tome.. M. Morel est là pour livrer certaines affaires de l’oncle, dont des photos d’actrices (comme celle de la Berma qu’il avait acheté). Comme tout le monde, Morel se montre un arriviste et demande d’être présente à un poète inconnu aux lecteurs. Ça ne mène nulle part.

Le narrateur se retrouve en compagnie de Mme Swann avec qui il’n’a pas parlé depuis longtemps. Mme Swann lui dit qu’elle a récemment vu M. de Norpois, qui a dit du narrateur qu’il était « un petit flatteur hystérique ». Ô, M. de Norpois, comme vous avez raison !

Naturellement, des moments après ça, de Norpois est encore une fois avec le prince Gesundheit (mot allemand utilisé en anglais quand un autre vient de tousser), et lui présente le narrateur comme un exemplaire distingué de la société française. Après ça, le narrateur rattrape M. de Charlus en train de quitter la soirée (interminable !) avec le chapeau du duc de Guermantes. La lettre G est visible à l’intérieur mais de Charlus insiste que c’est le sien.

Il y a une conversation bizarre entre Mme de Marsantes (la mère de Saint-Loup) et le narrateur en voyant Saint-Loup quitter la soirée — elle semble regretter son rôle en faisant de Saint-Loup ce qu’il est, surtout quand il s’agit de sa relation avec sa maîtresse, Rachel. Le narrateur pense que pour sa part, il serait content de les aider à mettre un terme à ladite relation, mais il sait que ça ne plairait pas à Saint-Loup.

Puis, le narrateur lui-même quitte la soirée (ALLÉLUIA !), et part avec M. de Charlus. Tout est très elliptique, mais disons que j’ai l’impression que M. de Charlus veut recruter le narrateur pour une relation autre que l’amitié. Il parle de tous les secrets qu’il pourrait révéler au narrateur, qu’il fait partie d’une « sorte de franc-maçonnerie » qui ne compte moins de 4 rois européens parmi son nombre, qu’en entrant dans une relation où les deux se voient tous les jours, il pourrait l’aider à avancer dans la société. Il prend le narrateur par le bras pour cette conversation, mais le laisse tomber dès que les deux rencontrent M. d’Argencourt dans la rue. Pour sa part, M. d’A réagit de façon dégoûtée. Le narrateur est perplexe. Je crois que j’ai raison.

Avant de partir, M. de Charlus exige du narrateur « un sacrifice » — de ne plus sortir en société, de frayer uniquement chez les hommes avec ceux choisis par M. de Charlus. Il ajoute qu’il s’en fiche si le narrateur prend une maîtresse; ses règles concernent uniquement les hommes. Il dit que le narrateur devrait passer plusieurs jours en y pensant avant de répondre ; avec ça, il part enfin.

La grand-mère du narrateur tombe malade et avec une température de 101 °F (c’est ce qui dit le roman en anglais ; je ne peux pas vérifier si l’original dit °C, mais ce serait 38.3 °C), la famille a peur qu’elle meure. Cependant, un autre docteur, un certain de Boulhon, qui est psychologue, vient à la maison, et il lui dit que tout est dans sa tête, exactement comme la tante Léonie à Combray.

Mais quand la grand-mère sort avec le narrateur aux Champs-Élysées, elle reste très longtemps dans les toilettes. Quand elle revient enfin, le narrateur nous dit qu’elle avait eu « un petit AVC ». Il n’y en a pas vraiment de « petit », non ?

Ça, c’est la fin de la « première partie » selon la version finale, mais on est toujours dans la « deuxième partie » selon la version de Gallimard, alors continuons.

Le narrateur, en cherchant de l’aide, tombe sur un certain Professeur E——- (c’est ce qui y est écrit, ne me regardez pas comme ça) dans la rue. Il est pressé, mais consente à voir la grand-mère chez lui avant qu’il ne parte pour un dîner avec un ministre. Là, il dit au narrateur qu’elle est en train de mourir d’un AVC suite à une « urémie » (je ne la connais pas).

Il suite des pages sur ses traitements aux mains du docteur Cottard. Plus de morphine veut apparemment dire plus d’albumine, et on est censés comprendre que c’est pour le pire.

De divers parents refusent de venir de Combray pour visiter la grand-mère. Mais devinez qui vient tous les jours ? Bergotte. Le narrateur nous dit qu’il est lui-même devenu aveugle et ne peut plus écrire, et qu’il mourra aussi bientôt, mais que sa réputation littéraire est en train de croître. Une comparaison est faite entre lui et Renoir à cet égard.

Où j’ai enfin quitté le livre, la grand-mère est toujours en vie, mais par tours sourd, aveugle, ou sénile, selon les effets des divers traitements. Le docteur Cottard utilise de la morphine, mais aussi des sangsues, et on sait à quel point elles ne servent à rien. La prochaine fois sera sans doute la fin pour elle, mais aïe, quel cauchemar cette scène de maladie prolongée.

Ici et là

On est samedi, et vous n’avez toujours pas entendu ohayou gozaimasu ou konnichi wa de mon côté. Par processus d’élimination, c’est donc aujourd’hui le jour de notre départ. Je ne voulais pas annoncer une date exacte jusqu’au dernier moment, car en Californie, on a une tradition très spéciale. Tous les jours, les cambrioleurs lisent les nécrologies (lien en anglais) dans les journaux, et c’est comment ils choisissent où visiter pendant la journée. D’accord, c’est peu probable que l’on lise un blog français pour réussir ce but, mais j’étais l’animal de compagnie d’un cobaye, après tout. J’ai hérité ses tendances paranoïaques.

J’étais chez le médecin hier, et j’ai de bonnes et de très mauvaises nouvelles. Les bonnes nouvelles, c’est que sans aucun effort de ma part à part de prendre mes cachets, je n’ai jamais eu de si bons résultats quant au cholestérol. Et si les mauvaises nouvelles n’étaient pas arrivées, tout aurait suffi pour ne pas voir le médecin jusqu’en décembre.

Les mauvaises nouvelles, c’est le retour de l’anémie avec vengeance. J’ai fait attention à ne pas faire un don de sang trop proche à cette prise — le dernier a eu lieu environ 40 jours avant. J’ai quand même eu les pires chiffres de ma vie. Pour l’instant, je commence à prendre un supplément de fer. Mais à ce niveau, il faut penser à d’autres problèmes. Espérons que le supplément suffit pour régler l’anémie.

J’étais chez McDo avec La Fille hier après le rendez-vous, afin d’essayer d’augmenter le taux de fer avec de la viande rouge. Voici les décorations à cause de la Coupe du monde :

Des ballons verts, blancs et rouges, entourés de deux ballons en forme de ballon de foot.

Mignon, hein ? Mais on n’est pas au Mexique et ce ne sont pas les couleurs du logo de la Coupe :

Logo officiel, ©️FIFA

On aura une aventure à l’aéroport cet après-midi. Je nous ai enregistré pour le vol, mais pour des raisons inconnues, je suis le seul à avoir une carte d’embarquement, sans explication de la compagnie aérienne, All Nippon Airways. J’attends l’explication avec impatience.

Ça doit être assez pour cette fois, car je dois vraiment essayer de dormir — c’est moi qui va vous conduire à LA pour le vol !

La musique de mon Japon

Peut-être que vous pensez la plus grande nombre de pistes dans ma collection de musique vient de Rush. Après tout, ils ont sorti 19 albums studio, et je les ai tous. Si pas ça, Indochine, non ? Mais non. En fait, ce n’est pas proche du tout. Il y a 211 pistes de Rush et 197 d’Indochine (sans compter les albums Singles Collection et le Central Tour). Cependant, si je compte uniquement les pistes du plus grand compositeur de bandes-sonores de jeux vidéo, Nobuo Uematsu, il y en a 775. Et si j’ajoutais les contributions de ses collègues chez Square Enix — Masashi Hamauzu, Mitsuto Suzuki, Noriyasu Agematsu et Naoshi Mizuta, il y en aurait 174 de plus.

Il faut d’abord dire que puisqu’il s’agit de bandes-sonores, beaucoup de ces pistes ont été composées pour servir des buts très particuliers. C’est peut-être injuste de compter les airs très brefs pour sauvegarder les progrès ou dire « jeu terminé ». Mais même s’il me valait la peine de faire le tri, je suis sûr qu’il resterait deux fois la quantité des autres.

Évidemment, il doit y avoir quelque chose de valeur, au moins à mes yeux, pour acheter tout cette musique, un projet qui a commencé en 1995, avec l’achat de 3 disques pour la BO du jeu Final Fantasy III (de nos jours connu comme VI — plusieurs jeux sortis au Japon n’ont pas été commercialisés en Amérique du Nord ni en Europe).

C'est un arrière-plan très sombre, dans des nuances de violet. En bas, il y a un Moogle, une petite créature un peu comme un ours polaire qui marche sur deux pieds, avec des ailes de dragon. Le titre dit : « Kefka's Domain: la BO complète du jeu vidéo Final Fantasy III ».
Couverture de la BO de FF III pour les États-Unis, Source, ©️NTT Publishing

On pourrait dire, « Mais Justin, c’est un produit culturel, peut-être, mais ce n’est pas l’ongaku — désolé, la musique — que les Japonais écoutent eux-mêmes, non ? » Or, même si ça semble un peu ringard ([Plus qu’un peu. — M. Descarottes]), les compositeurs des BO pour les jeux et les animes sont des célébrités là, de façon impossible d’imaginer dans l’Ouest, sauf peut-être pour un John Williams ou un Vladimir Cosma. Il y a des concerts de cette musique au Japon, souvent joués par des orchestres de qualité.

Impossible de séparer la musique de Nobuo Uematsu des jeux Final Fantasy, mais il y a certaines choses que l’on peut dire qui ne comptent pas sur une connaissance de la série. Chaque nombre a lieu dans un monde différent (FF I se déroule dans un monde qui n’a rien à voir avec celui de FF II, etc. — mais tous les jeux dont le titre comprend « FF VII » se déroulent dans le même monde). Cependant, il y a certaines choses devenues traditionnelles au fil des 39 ans de la série, qui représentent un dialogue avec les fans.

Voici, par exemple « Le prélude », le générique du premier jeu. Malgré ses racines dans la NES, on reconnaît que c’est une série d’arpèges sur une harpe :

3 jeux plus tard, c’était toujours là, plus élaboré avec plus d’instruments :

Meme dans le neuvième volet, c’était toujours là — plus triste que jamais, un signe que ce jeu a marqué la fin d’une époque, et ne se dérouleraient plus dans des mondes médiévaux :

Après, les formes sont devenues différentes, mais c’est une signature aussi sûre qu’un blogueur qui écrit souvent « On continue maintenant le Tour… ».

L’esthétique appelée steampunk est fortement identifiée avec la culture japonaise, un mélange de haute technologie et de magie avec l’aspect de l’Europe du XIXe siècle. On le voit dans les navires volants dits « airships », à ne pas confondre avec les dirigeables, souvent appelés par ce mot en anglais. On parle de trucs comme ça :

C'est un navire avec 3 mâts et une hélice à la proue, volant dans un ciel bleu et un peu nuageux
Capture d’écran de l’introduction de Final Fantasy IV 3D, Source, ©️Square Enix

M. Uematsu a créé de la musique bien digne de ces merveilles fictives :

Pendant des décennies, il n’y a eu rien auquel les fans s’attendaient plus que découvrir le prochain air que M. Uematsu avait écrit pour les scènes de combat. J’oserais dire que la plupart d’entre nous est d’accord que le nec plus ultra vient de Final Fantasy VII :

« Mais Justin », me dites-vous, « quel rapport avec la musique traditionnelle japonaise, avec les kotos et les shamisens ? » Ça s’y trouve aussi :

Mais Uematsu-sama (le terme pour indiquer le plus profond respect) serait le premier à vous dire que ce n’est pas la grandeur de Final Fantasy, ni de la musique des jeux vidéo japonais. Un maître tel que lui est confortable avec l’orgue, même au point de citer Bach, pour le thème d’un méchant :

Mais aussi d’écrire dans un mode cinématique pour mon moment préféré de toute la série, quand les magiciennes Grenat et Eiko invoquent la chimère gardienne Alexandre pour protéger leur ville du dragon Bahamut :

La musique de mon Japon n’est pas celle des restos japonais, ou des palais des shoguns. C’est celle qui permet l’auditeur d’échapper à tout autre monde, qui pourrait être n’importe où dans l’univers. Même, n’oublions pas, la France.

Le japonais avec Duolingo

Je pars bientôt pour le Japon, alors on va se concentrer sur ce sujet pendant les deux semaines prochaines. Je vous promets que pas du tout comme mes mésaventures à Boston,quand je ne pouvais penser qu’à la France, vous n’entendrez parler que du Japon et de la culture japonaise. Il y aura quand même des liens — et si je vous disais que le mot japonais pour le pain, c’était « pan », pourriez-vous deviner d’où ça venait ?

Ah oui, je vous ai dit ça il y a trois ans. Alors je vous rappellerai l’autre truc que j’ai dit en même temps:

Mais on dit en japonais « arubaito » pour le boulot, d’après l’allemand « arbeit ». (Savez-vous où on trouve ce mot ? Je dis ça, je dis rien.)

En fait, je vais essayer de fermer la bouche sur la Seconde Guerre mondiale cette fois. J’avais un grand-oncle qui a servi dans le Pacifique à l’époque, et disons que j’ai des avis forts dans ce cas. Mais moi et ma grande gueule, nous nous sommes déjà trop coûtés à cet égard, à commencer par la fille de l’histoire du meurtrier que je connaissais. Elle avait plein d’autres raisons pour me haïr, racontées au lien, alors je dirai simplement : ne tombez jamais amoureux d’une fille venue d’un pays dont vous n’êtes pas prêt à chanter ses louanges. Parce que la vie est drôle comme ça, il y en a eu 3 autres par le passé, mais après la première, j’ai appris à fermer la bouche. Pourtant, ça n’a rien amélioré, donc moi voilà.

Pendant la semaine dernière, j’ai étudié furieusement avec Duolingo. Si je savais où trouver mes vieux manuels, ce serait une meilleure utilisation de mon temps — Duolingo épuise vite « l’énergie » dans chaque lesson alors même sans faire d’erreurs, il faut regarder beaucoup de pubs.

Alors, je vais vous donner un petit goût d’apprendre le japonais, façon hibou vert. C’est dommage qu’au contraire du français, Duolingo n’explique pas les formes des verbes. Où les verbes français se terminent tous en -er, -ir, -re, etc., il y a beaucoup plus de formes en japonais — -mu, -bu, -nu, -ru, -ku, etc. — mais beaucoup moins de conjugaisons. Par exemple :

Exercice pour lire les caractères du verbe "yomu", conjugué dans le présent

Ici, on voit le verbe « yomu », qui veut dire « lire ». Duolingo veut juste que l’on apprend à lire les caractère, mais ce n’est pas complètement évident comment ça se fait. En haut, il y a le kanji, prononcé « yo », suivi de 3 caractères dans l’alphabet hiragana : mi, ma, su. On prononce donc ce verbe « yomimasu ». « Mais Justin », me dites-vous, « où sont les romaji, les caractères de l’alphabet latin ? » Bonne question ! Alors que l’on tape sur le clavier latin, Duolingo remplace chaque paire de caractères par son équivalent en hiragana. Alors, j’ai tapé « yo », et sur l’écran a apparu le premier des 4 caractères que je pouvais taper. 3 en sont pareils à l’exemple car Duolingo teste ma connaissance de l’alphabet en faisant ça. Je n’ai jamais oublié la grande majorité des lettres.

Mais le verbe n’est pas « yomimasu » ; c’est « yomu ». -imasu, c’est la conjugaison du présent — pour toutes les personnes ! Dans ces deux exemples, on apprend à dire « Je joue au foot/basket », et le verbe est juste « shimasu », le présent de « suru ». Duolingo ne le mentionne pas.

Remarquez qu’il y a un caractère entre les noms et les verbes, prononcé « o ». Ça s’appelle une « particule » — on les utilise pour indiquer le rôle du nom précédent. Dans ce cas, c’est l’objet. Au fait, il n’y a pas de sujet dans ces phrases, alors on sait qu’il s’agit de la personne qui parle. On pourrait dire « watashi wa » pour indiquer ça (watashi = moi, et wa = sujet), mais c’est facultatif et aucun autochthon ferait pareil.

Quand plusieurs noms partagent le même rôle, on ajoute « to » entre les noms (« et »), et la particule apparaît après le dernier. Ici, Eddy dit « Oui, je regarde la télé et des films ». Sauf qu’il dit « terebi » (télé) et « eiga » (film) sans pluriel ni article. On n’utilise ni l’un ni l’autre dans de tels cas.

Il y a beaucoup de pratique pour les kanjis, dont le bon ordre pour les traits, mais sans expliquer que les parties comptent pour quelque chose. Voici des captures d’écran qui montre qu’il y a de moins en moins d’instructions à suivre. C’est le « yo » de « yomu » que l’on a déjà vu. Dans les deux premières captures, il y a des guides pour chaque trait, et l’appli vous montre où commencer. Dans la troisième, il y a juste où commencer. On finit par « Souvenez-vous de tout, tout seul ! »

Je ne suis pas sûr que Duolingo soit aussi efficace pour le japonais que le français. J’ai sauté 10 % du cours avec ce que je savais déjà. Mais il y a plein de règles très régulières en japonais, et l’appli ne fait rien pour apprendre ça aux élèves.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Des omelettes et du fromage

Voici une Langue de Molière pas comme les autres. Depuis des années, je veux partager une de ces deux histoires avec vous, mais je la jugeais trop courte pour être son propre billet. Grâce à La Fille, j’ai une deuxième, et les deux vont ensemble sous la rubrique du français comme point de départ dans un scénario.

Remontons le temps jusqu’en 1996. À l’époque, Cartoon Network est l’une des chaînes de télé les plus intéressantes, car la gestion permet l’équipe de faire des expériences avec beaucoup de nouvelles émissions ; si quelque n’est pas aimé du public, il meurt après une poignée d’épisodes. C’est l’époque qui nous a donné Les Super Nanas, Cléo et Chico, Johnny Bravo, Malices et Menaces et surtout Le Laboratoire de Dexter. Cette dernière a mis en vedette un petit garçon avec un fort accent russe (sans raison évidente — sa famille a des accents américains) qui est un génie — il inventé tout genre de truc, souvent avec des conséquences marrantes.

Ici, on parle d’un épisode en particulier, « The Big Cheese » (expression idiomatique qui se traduit par « le grand fromage », mais signifie quelqu’un d’important). Pendant les premières semaines de mon apprentissage de français, le plus grand choc a été certainement la découverte que cet épisode contenait une erreur de grammaire française — quand il n’y avait qu’une phrase en français qui se répétait encore et encore.

Je vais vous donner un clip en VO de 2 minutes qui contiennent toutes les parties importantes — c’est la moitié de l’épisode en tout cas :

Ce qui se passe, c’est que Dexter a beaucoup de tâches à faire avant de se coucher. Son ordinateur lui rappelle qu’il doit réviser pour un examen de français le lendemain, mais il grogne : « Il y a des choses plus importantes qu’un cours de français ! » Quand ses parents lui disent qu’il faut absolument se coucher, il décide d’utiliser l’une de ses inventions — une machine qui lui apprendra des choses pendant qu’il dort, avec un casque audio. La machine utilise des disques vinyle, et il en sélectionne un intitulé « Learn French » (Apprenez le français). Cependant, il y a une erreur — le disque saute, et il n’entend qu’une phrase toute la nuit :

« omelette du fromage »

Je sais, je sais. Le matin, quand il se réveille, il découvre qu’il ne peut plus dire que cette expression unique, peu importe ce qu’il veut dire. Sa sœur le reconnaît vite, et le taquine sans pitié (normal pour elle). C’est la fin du clip, mais l’épisode continue avec son arrivée à l’école — heureusement pour lui, la seule et unique question est de traduire « cheese omelette », alors il réussite à 100 %. En même temps, toutes les filles de l’école tombent amoureuses de lui car il ne parle qu’en français. Comme attendu, il faut l’ajouter.

Selon Wikipédia, l’épisode a été traduit comme « L’Omelette au fromage », alors les téléspectateurs français ne seraient pas au courant de l’erreur dans l’original. Puisque ce n’est pas reconnu comme erreur dans le scénario, la correction ne change rien d’autre. Au fait, voici un lien vers la VF sur TikTok, qui montre ses aventures à l’école.

L’autre chose vient de la série de Disney, Raiponce, la série. Cette série suit les aventures de Raiponce après le film de 2010. Notamment, il reste des questions à résoudre sur ses cheveux magiques. De toute façon, dans un épisode de la deuxième saison, Rapunzeltopia (Le Rêve de Raiponce en VF), le français joue un rôle non crédité — après tout, l’Europe n’existe pas dans le monde de Raiponce, ou au moins, elle n’apparaît jamais directement.

À 17s, on rencontre le méchant de l’épisode, un sorcier appelé Tromus, qui a jeté un sort sur Raiponce, de manière qu’elle hallucine une autre vie sans ses aventures. Tant qu’elle reste dans le monde du rêve, il peut contrôler ses pouvoirs. Ses paroles sont truffées de mots français : « Magnifique » et « mon ami ». À 1:10, sa mère, toujours dans le rêve, lui donne un journal intime. C’est similaire au sien dans la vraie vie, mais les pages sont vides. Il y a une inscription sur la couverture, prononcée à haute voix par la reine : « Sois satisfaite ». En VO, elle explique que ça veut dire « be satisfied » (qu’est-ce que vous voulez ? Que je la traduise par « Sois satisfaite » ?). La fausse reine veut persuader Raiponce à rester dans le château à jamais, à ne plus partir à l’aventure.

Avec l’aide de Disney Moins, j’ai trouvé la VF, mais ça empêche tout enregistrement. Alors, il va falloir me croire sur parole qu’exactement comme dans Le Laboratoire de Dexter, il y a des changements car le français n’a pas l’air exotique en français. Mais cette fois, certains sont bizarres — le sorcier dit « Merveilleux » et « Mon cher », même si les mots originaux suffisent ! Quand la reine donne le journal à Raiponce, il n’y a pas besoin d’expliquer la signification, alors elle dit plutôt « C’est ce qui compte ».

Comme dans les jeux vidéo, tels que Dragon Quest IV, où un monde francophone entier nommé « Layssez Fayre » est remplacé par une version anglophone dit « Teafortwo », ceux qui expérimentent ces choses en VF n’ont aucune idée que la culture française est bien présente dans ces œuvres. Tout parce que des traductions en anglais des mots français n’auraient aucun sens dans les mondes fictifs !

Des réflexions sur Lyhanna

Ce week-end, j’ai suivi les mêmes nouvelles que le reste d’entre vous. Je ne croyais pas que j’allais les mentionner, parce que ce n’est pas en général un blog d’actualités, sauf que j’ai vu quelque chose qui m’a fait pleurer. Je n’exagère pas du tout. Et après, j’ai décidé que c’était trop important pour laisser tomber.

Ne vous trompez pas à cause du fait que c’est l’humoriste Arnaud Demanche qui apparaît dans l’aperçu de ce clip. Il prête son compte Instagram à une jeune femme, Olympe, pour qu’elle puisse parler franchement de son propre cauchemar :

Ces histoires me brisent le cœur. J’ai lutté pour rester dans la vie de La Fille, une bataille qui m’a coûté comme vous ne le comprendrez vraiment. C’est pour ça que je pouvais bien comprendre quand plusieurs amies, des mères toutes, ont posté des appels pour la peine de mort pour les Jérôme Barrella du monde. Certainement, je comprends le père au Texas qui a surpris un inconnu en train de violer sa fille de 5 ans — et a tué ledit inconnu (lien en anglais) avec des coups de poing. Je ferais pareil sans regret.

Ça devient plus compliqué quand le parent décide plus tard de se venger du criminel. En 1984, en Louisiane, un certain Jeffrey Doucet a kidnappé un garçon de 11 ans, Jody Plauché, et l’a emmené en Californie, où il l’a violé. Heureusement, il a été reconnu par un citoyen qui a fait appel à la police, qui l’a renvoyé en Louisiane pour être jugé. Mais le père de Jody, Gary Plauché, est allé à l’aéroport local et a tiré sur M. Doucet, qui est mort un jour plus tard. Gary Plauché a été reconnu coupable, mais a reçu 7 ans de prison avec sursis, alors il n’est jamais allé en prison. Ça ne me dérange pas, mais il faut avouer que c’est imprudent de tirer sur d’autres personnes dans un espace public. Et s’il avait tué la mauvaise personne ?

Néanmoins, le temps que ces tragédies arrivent, c’est déjà trop tard pour les enfants. On ne manque pas d’histoires pareilles aux États-Unis où les soi-disant responsables pour protéger les enfants échouent horriblement. En Virginie-Occidentale en 2025, Miana Moran (lien en anglais), une fillette de même âge que Lyhanna, est morte pour manque de nourriture — car sa « belle »-mère refusait de la nourrir, et elle ne pesait que 20 kg au moment de sa mort. L’office dit « Child Protective Services » (Service de la protection des enfants) avait visité la famille sans rien faire. Dans le Michigan, il y a 3 mois, deux garçons ont été sauvés (lien en anglais) après que CPS a ignoré 8 plaintes pendant les 3 années précédentes — c’était seulement l’intervention d’un hôpital qui a enfin mis une terme aux mauvais traitements. Il y a 2 ans, à Baltimore, Gerald et Bernice Byrd (lien en anglais) ont été arrêtés après la mort de leur fille de 5 ans, Zona, qui ne pesait que 8 kg. 3 autres enfants mal nourris ont été trouvés à la maison en même temps. Cette histoire est particulièrement horrible parce que les parents gardaient plein de nourriture dans un coffre-fort dans leur chambre. Selon une députée, CPS était au courant des problèmes depuis 5 ans sans agir.

Je ne mentionne pas ces histoires pour dire « Voilà, c’est pire ici. » C’est plutôt parce que M. Darmanin lui-même a dit que c’était en même temps un « immense échec » mais pas « un manque de moyens ». Je suis mal placé à évaluer ces propos, ainsi que celui d’Olympe ci-dessus, qu’il y a 70 000 dossiers exactement comme le sien. Ce que je sais avec certitude, et je peux multiplier les exemples toute la journée sans problème, c’est que ce genre de problème, où les autorités en sont bien au courant, mais ne font rien jusqu’à ce que ce soit trop tard, c’est universel. Les britanniques ont certainement un mot à dire sur le sujet.

Puisque M. Barrella a été placé en garde à vue — et apparemment, son frère aussi — j’espère que la famille ne se débrouillera pas de façon Gary Plauché. Ça dit, si quelque chose arrive à ce monsieur et il meurt avant le début du procès, ce n’est pas moi qui posera des questions. Mais ce que l’on doit à Lyhanna, à Zona — à Olympe, pour qui il n’est pas trop tard — c’est d’exiger mieux partout.

Saison 5, Épisode 12 — Des fleurs pour Duolingo

Il faut fredonner le gros titre de cette semaine sur un air d’Indochine. Le clip officiel n’a absolument rien à voir avec la musique, encore moins que d’hab pour le genre.

Je dois vous dire, je suis encore une fois malade, avec le nez qui coule sans cesse. C’est venu juste à temps pour ma prise de sang, à 9h chez moi — donc ça va gâcher la fête traditionnelle chez Stonefire Grill pour le déjeuner, un sandwich de bœuf barbecue et un gâteau aux carottes. Mais toujours avec du thé sans sucre — faut pas manger trop de sucre, après tout.

Au fait, j’ai passé le nom anglais du sandwich — « tri-tip barbecue » — à Google Translate, curieux des résultats. Le site a rendu « trois conseils de barbecue », « tip » étant un mot anglais pour conseil ou astuce. Mais « tri-tip », selon Wikipedia en anglais, c’est en fait « aiguillette baronne » en France.

Je suis un peu inquiet. Si tous les trois mois étaient comme le dernier, je ferais vraiment la fête. Mais comme vous pouvez lire, les derniers 90 jours ne sont pas à la hauteur des 30 derniers. Avril a été une catastrophe.

Tableau de 4 moyens de taux de glycémie : 109 pendant les 7 derniers jours, 120 pendant les 14 derniers, 134 pendant les 30 derniers et 148 pendant les 90 derniers.

En lisant le post du jour d’Il Est Quelle Heure, j’ai fini par télécharger une appli nommée La Belle Vie, pour la livraison de courses en Île-de-France. Ensuite, j’ai dû créer un compte pour tester le panier, la seule chose dont j’avais envie. J’allais me désabonner après ça, mais il y avait un problème. Peut-être que vous le trouverez dans cette capture d’écran du courriel de confirmation.

Le sujet est « Bienvenue ». L'expéditrice est « Aurélie de La Belle Vie ».

Bof. Les élèves du blog auront remarqué au fil des années que j’ai une faiblesse pour le prénom Aurélie comme rien d’autre (voilà, voilà, voilà, voilà). Je n’arrive pas à le trouver, mais j’aurais juré que j’ai écrit une fois que la seule raison pour laquelle je reste abonné aux courriels du site Kwiziq, c’est qu’il me plaît de recevoir des courriels signés « Aurélie ». Voici un exemple :

Fin d'un courriel en anglais du site Kwiziq signé par son chef d'instruction, Aurélie Drouard.

Pour ce qu’il vaut, je n’en connais aucune, sauf pour une personne remerciée dans mon livre, rencontrée bien après l’écriture de presque tous ces posts. (Pour autant que je sache, aucune lectrice du blog porte ce prénom. Si je me trompe, merci de vous présenter, Aurélie.)

Sans mentionner des dates exactes, je pars pour le Japon cette semaine, alors il n’y aura pas de balado lundi prochain. Je suis toujours un peu perplexe sur les dates car on va croiser la Ligne de date internationale. Mais si je me souviens d’apporter Proust avec moi, vous aurez une sacrée mise à jour !

Notre blague traite d’une fleuriste. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont GIGN et WiFi.

Sur le blog, il y a aussi C’est pas le 1er, version juin 2026, ma revue mensuelle de mes blogs préférés, Premier tour californien, sur l’élection de mardi dernier, Re-adieu, hibou vert, sur la deuxième fois où j’ai épuisé les contenus de Duolingo et Le Système D en action, sur une urgence en cuisine.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Dimanche avec Mme de Marsantes

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 20 pages.

Pouvons-nous dire que Proust a fait une blague belge ? (À vrai dire, même 6 ans après le début, je ne sais toujours pas s’il s’agit d’une blague sur les Belges ou par les Belges.)

— Vous parliez des Sept Princesses, duchesse, vous savez (je n’en suis pas plus fier pour ça) que l’auteur de ce… comment dirai-je, de ce factum, est un de mes compatriotes, dit M. d’Argencourt… Oui, il est belge de son état, ajouta-t-il.

La mère de Robert de Saint-Loup, Mme de Marsantes, rejoint enfin cette soirée sans fin. Elle est la sœur du duc de Guermantes, alors la belle-sœur de la duchesse qui rend si fou le narrateur. Elle n’est donc pas lié par sang à Mme de Villeparisis, la hôtesse (les personnages se multiplient sans cesse). Alors que le narrateur nous dit qu’elle est une personne exceptionnelle, on n’a pas besoin d’attendre les 10 pages habituelles pour le rebondissement :

Mme de Marsantes était considérée dans le faubourg Saint-Germain comme un être supérieur, d’une bonté, d’une résignation angéliques…

Mme de Marsantes agaçait un peu dans la conversation parce que, chaque fois qu’il s’agissait d’un roturier, par exemple de Bergotte, d’Elstir, elle disait en détachant le mot, en le faisant valoir, et en le psalmodiant sur deux tons différents en une modulation qui était particulière aux Guermantes : « J’ai eu l’honneur, le grand hon-neur de rencontrer Monsieur Bergotte… » soit pour faire admirer son humilité, soit par le même goût qu’avait M. de Guermantes de revenir aux formes désuètes…

Je ne sais pas vous, cher lecteur — oups, mauvais blog ! — mais la fausse humilité ne m’impressionne pas trop. Il me semble que c’est donc avec le plus grand sarcasme qu’il nous dit que :

la pureté d’un sang où depuis plusieurs générations on ne rencontrait que ce qu’il y a de plus grand dans l’histoire de France avait ôté à sa manière d’être tout ce que les gens du peuple appellent « des manières » et lui avait donné la parfaite simplicité.

Si seulement « Les Aventures du docteur McNinja » (lien en français !) était toujours en ligne — j’aurais le dessin parfait pour ce moment.

On ne peut pas s’échapper à l’affaire Dreyfus, qui revient encore une fois. Mme de Villeparisis prévient à la duchesse que Mme Swann viendra bientôt, signe pour elle qu’il est temps de partir. On apprend que Mme Swann est particulièrement anti-Dreyfus, « craignant que les origines de son mari ne se tournassent contre elle ». Pour sa part, Mme de Marsantes dit à la duchesse de Guermantes que : « Je ne fréquenterai plus personne de cette nation. »

On apprend aussi que parmi les qualités de Mme de Marsantes :

Chaque fois que le duc avait délaissé trop ouvertement sa femme, Mme de Marsantes avait pris avec éclat contre son propre frère le parti de sa belle-sœur.

Il y a un moment gênant où la duchesse doit s’asseoir à côté du narrateur. Si les mots étaient des glaçons…

Nous nous tûmes tous deux.

— Je vous aperçois quelquefois le matin, me dit-elle comme si ce fût une nouvelle qu’elle m’eût apprise, et comme si moi je ne la voyais pas. Ça fait beaucoup de bien à la santé.

Puis la soirée est gâchée par l’arrivée de l’une de ces personnes :

On vint annoncer que le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen faisait dire à M. de Norpois qu’il était là.

Le prince n’est pas alsacien, mais du Saint-Empire. Malgré ça, il est là pour demander à M. de Norpois de l’aider à être élu à l’Académie des Sciences morales et politiques. Il s’avère qu’il « avait fait avoir à M. de Norpois le cordon de Saint-André. » Cependant, cet honneur ne produit pas le résultat souhaité ; de Norpois lui dit :

Tant que les idées de mes collègues resteront aussi arriérées, j’estime que la sagesse est de s’abstenir.

C’est ça la diplomatie.

On apprend qu’en fait, la raison pour laquelle le prince est venu est qu’il y a tout un jeu d’échecs entre lui et M. de Norpois à propos de cette Académie. Il a offert plusieurs choses à de Norpois en échange de son soutien, à chaque fois sans succès. Mais quand il dit enfin :

Elles vont donner quelques dîners, notamment en l’honneur du roi et de la reine d’Angleterre, et leur rêve aurait été de pouvoir offrir à leurs convives une personne pour laquelle, sans la connaître, elles éprouventtoutes deux une grande admiration… Cette personne s’appelle la marquise de Villeparisis.

Ça intéresse assez de Norpois (j’ai du mal à comprendre pourquoi), et il arrange enfin l’élection du prince. De son tour, il est venu inviter Mme de Villeparisis au dîner.

C’est comme ça que le monde tourne, et si à votre avis, c’est ridicule de faire de si elliptique demandes pour tout, désolé, mais vous n’êtes pas assez snob pour accéder à ce monde. D’autre part, c’est pour le mieux, je vous rassure.

Le Système D en action

Juste un petit mot avant Proust, car je suis à une soirée de jeux après un après-midi pas comme les autres. J’allais faire des éclairs au chocolat. J’ai préparé ma pâte à choux et j’ai essayé de pocher des éclairs plus fins que d’hab, façon L’Éclair de Génie :

Mais entre ça et mon four trop imprévisible quand la température est supérieure à 180 °C, c’était la catastrophe :

Mais j’avais déjà préparé de la crème pâtissière ! Quoi faire quand il ne reste que 2 heures avant l’événement ? On ne panique pas, on fait de la pâte sucrée, on la met au frigo, et on part au supermarché pour des fraises. Le temps que je suis revenu, c’était toujours un peu plus mou que souhaité, mais on fait ce que l’on peut. Voici le résultat final :

Je n’ai pas eu le temps de dîner, mais quand tout le monde s’attend à vos pâtisseries, il faut faire des sacrifices, n’est-ce pas ?