Dimanche avec Philippe-Égalité

On reprend pour la dernière fois « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 92 pages. Ayant terminé le tome précédent le 27 janvier (c’était exceptionnellement un mardi à cause d’autres choses), il m’a fallu 7 mois pour ce tome. C’est moins grave que je le croyais, mais je sais que pour beaucoup de monde, on dirait plutôt une décennie.

Proust présente les Guermantes comme descendants de Jean Poton de Saintrailles, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc :

Et comme Saintrailles, ce compagnon de Jeanne d’Arc, avait en épousant une Guermantes fait entrer dans cette famille le comté de Combray…

Mais selon Wikipédia :

Il meurt au château Trompette Bordeaux le 7 octobre 1461, sans postérité.

Jean Poton de Xaintrailles

Ne connaissant pas bien les fables de La Fontaine, cette pépite était choquante une fois expliquée :

celui-ci avait refusé en faisant mettre sur l’enveloppe : « M. de ***, meunier », à quoi le grand-père avait répondu : « Je suis d’autant plus désolé que vous n’ayez pas pu venir, mon cher ami… il n’y aurait eu au repas que le meunier, son fils et vous. »

Le narrateur dit que c’est un mensonge par une ambassadrice turque. Cette même ambassadrice prévient le narrateur de se méfier du duc de Guermantes :

« Vous avez l’air d’être très bien dans les papiers du duc de Guermantes, prenez garde », et comme je demandais l’explication : « Je veux dire, vous comprendrez à demi-mot, que c’est un homme à qui on pourrait confier sans danger sa fille, mais non son fils. »

Lui qui change de maîtresse tous les six mois ! J’en doute. Elle dit en plus que :

Son frère Mémé… a un vrai chagrin des mœurs du duc.

Attendons le 4e tome pour ça ! Plus sérieusement, tout ce parler d’ancêtres et d’homosexualité est pour un aparté qui prendra un aspect plus sérieux plus tard :

Un jour prochain le voyageur qui, au fond de la Bourgogne, s’arrêtera dans le petit village de Charlus pour visiter son église… ignorera que ce nom de Charlus fut celui d’un homme qui allait de pair avec les plus grands.

Je me demande si Proust connaissait bien Shelley.

Le narrateur arrive enfin à quitter le dîner des deux-cents dernières pages, en faisant un faux pas — mais la Princesse de Parme le sauve :

Dans le vestibule où je demandai à un valet de pied mes snow-boots… ne me rendant pas compte que c’était peu élégant, j’éprouvai, du sourire dédaigneux de tous… je vis que Mme de Parme n’était pas partie et me voyait chaussant mes caoutchoucs américains. La princesse revint vers moi. « Oh ! quelle bonne idée, s’écria-t-elle, comme c’est pratique ! voilà un homme intelligent. »… les invités s’empressaient autour de moi pour s’enquérir où j’avais pu trouver ces merveilles.

En quoi sont les aristocrates différents des lycéens populaires ? Rien.

Le narrateur part chez M. de Charlus. Il est très tard quand il voit enfin le baron, qui est mécontent :

« Monsieur, me dit-il… l’entretien que j’ai condescendu à vous accorder, à la prière d’une personne qui désire que je ne la nomme pas, marquera pour nos relations le point final. Je ne vous cacherai pas que j’avais espéré mieux… »

Parmi d’autres choses, il est en colère que le narrateur ne reconnaît pas de messages codés :

Pareillement, vous n’avez même pas reconnu dans la reliure du livre de Bergotte le linteau de myosotis de l’église de Balbec. Y avait-il une manière plus limpide de vous dire : « Ne m’oubliez pas ! »

De Charlus sait faire des crises comme seulement une autre personne de ma connaissance :

— Non, que vous ayez dit que vous me connaissiez quand c’était vrai — car maintenant cela va cesser de l’être — je ne puis trouver cela que naturel et je le tiens pour un hommage, c’est-à-dire pour agréable…

— Monsieur, je vous jure que je n’ai rien dit qui pût vous offenser.

— Et qui vous dit que j’en suis offensé ? s’écria-t-il avec fureur en se redressant violemment sur la chaise longue… Vous ne savez donc pas à qui vous parlez ? Croyez-vous que la salive envenimée de cinq cents petits bonshommes de vos amis, juchés les uns sur les autres, arriverait à baver seulement jusqu’à mes augustes orteils ?

Le narrateur en a assez :

je me précipitai sur le chapeau haut de forme neuf du baron, je le jetai par terre, je le piétinai

Mais c’est un peu de théâtre de la part du baron :

Si la sympathie de M. de Charlus n’avait pas été détruite, il n’aurait pourtant pas pu agir autrement, puisque, tout en me disant que nous étions brouillés, il me faisait rester, boire, me demandait de coucher et allait me faire reconduire.

De Charlus accompagne le narrateur dans la voiture à sa maison en ajoutant :

Un autre vous offrira peut-être un jour sa sympathie comme j’ai fait. Que l’exemple actuel vous serve d’enseignement. 

Je suis ravi de me débrouiller sans.

Dans des réflexions sur la variété de personnalités qu’il vient de rencontrer chez les Guermantes, il laisse tomber :

Les formes d’esprit sont si variées, si opposées, non seulement dans la littérature, mais dans le monde, qu’il n’y a pas que Baudelaire et Mérimée qui ont le droit de se mépriser réciproquement.

De Charlus avait menacé que sans son aide, le narrateur ne se fasse jamais invité chez la princesse de Guermantes (cousine de la duchesse). Mais le narrateur reçoit une invitation, ce qu’il croit une farce. Le jour de cette soirée, il passe par chez le duc et duchesse, où le duc se plaint d’un visiteur dont on n’a pas entendu le nom depuis longtemps :

En revanche, il a suffi que les recherches de Swann sur les Templiers (car c’est inouï la rage des gens d’une religion à étudier celle des autres) l’aient conduit à l’Histoire des Chevaliers de Rhodes, héritiers des Templiers, pour qu’aussitôt Oriane veuille voir les têtes de ces chevaliers. 

Le duc a hâte d’assister à la soirée, et quand d’autres cousines essayent de le reprocher car ils ont tous un cousin gravement malade, il les renvoie :

Aussi, bien que descendues des hauteurs de l’hôtel de Bréquigny pour voir la duchesse… ne restèrent-elles pas longtemps, et, munies de leur bâton d’alpiniste, Walpurge et Dorothée (tels étaient les prénoms des deux sœurs) reprirent la route escarpée de leur faîte. 

Swann arrive et parle au narrateur de l’affaire Dreyfus, ce qui mène à :

— Pour le prince de Guermantes, dis-je, il est vrai, on m’avait dit qu’il était antisémite.

— Oh ! celui-là, je n’en parle même pas. C’est au point que, quand il était officier, ayant une rage de dents épouvantable, il a préféré rester à souffrir plutôt que de consulter le seul dentiste de la région, qui était juif, et que plus tard il a laissé brûler une aile de son château, où le feu avait pris, parce qu’il aurait fallu demander des pompes au château voisin qui est aux Rothschild.

Il s’avère que Swann n’a pas été invité à la soirée. Le duc et duchesse commencent à se disputer sur le caractère du prince devant lui. Certaines choses ne sont jamais oubliées :

Mme de Guermantes… a cru devoir aller mettre une carte dans la semaine à l’Élysée. Gilbert a peut-être été un peu loin en voyant là comme une tache sur notre nom. Mais il ne faut pas oublier que… M. Carnot… était le petit-fils d’un membre du tribunal révolutionnaire qui a fait périr en un jour onze des nôtres. »

— Alors, Basin, pourquoi alliez-vous dîner toutes les semaines à Chantilly ? Le duc d’Aumale n’était pas moins petit-fils d’un membre du tribunal révolutionnaire, avec cette différence que Carnot était un brave homme et Philippe-Égalité une affreuse canaille.

Vu le contexte des pages précédentes, je dois imaginer que Philippe-Guillotiné était évoqué comme rappel que l’on peut changer de nom, mais ça ne va pas le sauver de ce que l’on est.

Vous souvenez-vous de Poullein, le domestique qu’Oriane avait empêché de voir sa fiancée ?

Il allait enfin pouvoir passer de longues heures avec sa promise qu’il ne pouvait quasiment plus voir, depuis qu’à la suite d’une nouvelle scène avec le concierge, la duchesse lui avait gentiment expliqué qu’il valait mieux ne plus sortir pour éviter de nouveaux conflits. Il nageait, à la pensée d’avoir enfin sa soirée libre, dans un bonheur que la duchesse remarqua et comprit. Elle éprouva comme un serrement de cœur et une démangeaison de tous les membres à la vue de ce bonheur qu’on prenait à son insu, en se cachant d’elle, duquel elle était irritée et jalouse. « Non, Basin, qu’il reste ici, qu’il ne bouge pas de la maison, au contraire. »

Les 30 dernières pages sont un tourbillon pour attacher tous ces fils. Les Guermantes ne veulent rien entendre qui les détourneront de la fête. Pourtant :

— Ce sont les médecins qui ont dit qu’il ne passerait pas la soirée. 

— Taisez-vous, espèce d’idiot, cria le duc au comble de la colère.

Et la nouvelle la plus choquante :

— Oui, mon petit Charles, je trouve que vous n’avez pas bonne mine du tout…

— Mais, ma chère amie, c’est que je serai mort depuis plusieurs mois. D’après les médecins que j’ai consultés, à la fin de l’année le mal que j’ai… ne me laissera pas en tous les cas plus de trois ou quatre mois à vivre, et encore c’est un grand maximum, répondit Swann en souriant…

Oriane ne sait plus quoi faire :

Placée pour la première fois de sa vie entre deux devoirs aussi différents que monter dans sa voiture pour aller dîner en ville, et témoigner de la pitié à un homme qui va mourir, elle ne voyait rien dans le code des convenances qui lui indiquât la jurisprudence à suivre…

Sur quoi finit ce tome ? Quel est son choix ? Vous le savez déjà. Le dernier mot est au duc :

— Et puis vous, ne vous laissez pas frapper par ces bêtises des médecins, que diable ! Ce sont des ânes. Vous vous portez comme le Pont-Neuf. Vous nous enterrerez tous !

Avez-vous compris ces 7 derniers mois ? Ces bonhommes, ces monstres de la société, ces piliers du Faubourg Saint-Germain… ne sont en rien de meilleurs gens que vous. Que moi, oui, absolument. Mais vous n’avez absolument aucune raison de les envier.

Les cookies arc-en-ciel

Aujourd’hui, on reprend Un Coup d’Italie avec la meilleure recette italienne-américaine. Ce dessert est inconnu en Italie elle-même, mais c’était inventé par des immigrés italiens pour rendre hommage à leur pays natal. On les appelle « rainbow cookies » ; en français, on dirait « cookies arc-en-ciel ». Voilà :

Gros plan d'une assiette pleine de cookies arc-en-ciel. Ils sont rouge au fond, nature au centre, vert vers le haut, et couvert avec du chocolat.
Haute résolution en cliquant

Je ne sais pas vous, mais je ne peux plus attendre. Allons les préparer !

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Je découvre Yarol Poupaud

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata. Cette fois, c’est Yarol Poupaud, le dernier musicien sur scène avec Pascal Obispo et d’autres pour « Allumer le feu ». (Pouvez-vous donc deviner qui est le prochain sujet ? Apportez du pop-corn !)

Yarol Poupaud (à gauche) et FFF aux Vieilles Charrues 2017, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 4.0

Stanislas Poupaud est né en 1968 à Neuilly-sur-Seine, où l’état civil a fait son tout pour sauver le nouveau-né de ses parents, en refusant le nom « Yarol » pour son acte de naissance. Mais ses parents étaient tombés amoureux d’un recueil de science-fiction avec un personnage nommé Yarol, alors ils l’ont surnommé quand même. Le jeune Yarol a rencontré Marguerite Duras, ce qui rendait Nicolas Sirkis jaloux à jamais, car sa mère travaillait avec l’écrivaine célèbre. En 1987, à ses 20 ans, il fonde un groupe de rock, la Fédération française de fonck (FFF), avec deux amis, et en 1990, ils gagnent un contrat chez Sony. C’est ainsi que leur premier album, Blast Culture, sort en 1991. (À noter : Yarol est guitariste sur l’album mais aucune chanson ne porte son nom comme compositeur.)

La première piste, « New Funk Génération », et son clip officiel annoncent clairement leurs espoirs. Ça commence avec le musicien américain légendaire George Clinton, en train de les adouber sur les marches du Sacré-Cœur :

Les autres singles, « Devil in Me » et « Marco », sont très typiques du genre de « funk » lié à M. Clinton, au point où Marco cite son tube mondial, « Atomic Dog« . L’album s’écoule à 80 000 exemplaires, un modeste succès mais pas un album d’or à l’époque.

En 1993, le groupe sort son deuxième album, Free For Fever (Libre pour fièvre, ne me regardez pas comme ça). L’album est largement en anglais, mais… je ne peux rien comprendre de sa piste « Silver Groover » :

Ça dit, l’ouverture de cette chanson met Yarol en avant comme soliste et il est plutôt bon. « Stone to the Bone » me rappelle fortement le groupe Rage Against the Machine (lancé en même temps que FFF). « King of Party » est plus du premier album, mais encore plus bruyant.

1996 voit un album éponyme, FFF, ce qui gagne une Victoire de la musique, mais pour le meilleur concert plutôt que pour l’album lui-même. Cette fois, l’album est largement en français. Le seul single est « Le pire et le meilleur » ; c’est encore plus de la même chose, mais en français :

Le clip officiel était bien diffusé en France, car on y trouve une jeune Mélanie Thierry. (C’est sur Dailymotion, donc impossible à embarquer directement.) Puis… comment dire ça…

Vous souvenez-vous de ce qui est arrivé à Jaïn ? Que la presse américaine la détestait, car ils croyaient tous qu’elle se moquait de l’accent des noirs ? C’était ridicule, c’était dégoûtant, et ils ont écrasé sa personnalité avec de fausses accusations. Je ne peux pas dire pareil de « Niggalize It ». Je peux seulement dire que si j’ai prononcé ce titre à haute voix dans le bureau de n’importe quelle entreprise, ressources humaines assureraient que je trouvais la porte le plus vite possible. Un homme blanc est strictement interdit de dire soit ce mot soit la plupart des paroles (difficiles de trouver en ligne !) aux États-Unis. Les rappeurs, par contre, peuvent le répéter sans cesse et tout le monde les félicite pour leur courage. Pour un avis que si ce mot est offensif, personne ne devrait le dire, veuillez consulter l’écrivain noir Jason Whitlock (lien en anglais).

C’est donc là où j’arrête de parler de FFF. Cependant, M. Poupaud a aussi une petite carrière en tant qu’artiste solo, avec 4 albums sous son propre nom. On zappe le premier, sorti en 2008, car c’était un EP promotionnel. Mais en 2019, il a sorti un album éponyme, Yarol. Je ne peux pas vous donner un lien, même vers Wikipédia ; pour un si récent album, il y a très peu d’infos en ligne. J’ai trouvé ce single, « Girls » (Filles) :

Sa voix est assez bonne, et la musique révèle qu’il est exactement le guitariste que j’avais cru — très capable. J’ai aussi trouvé ce clip (avec seulement environ 200 vues) d’un concert où il a joué une autre chanson de l’album, « What Am I Supposed to Do? » (Que suis-je censé faire ?). Cette critique fait la comparaison avec Santana, et oui, moi aussi, j’entends « Oye como va » dans la mélodie.

Il y a deux autres albums solos, mais franchement, j’en ai entendu assez. Je ne parle pas de ses autres collaborations, avec Johnny ou Les Vieilles Canailles (Johnny avec Eddy Mitchell et Jacques Dutronc), car c’est déjà évident — il a assez de talent, mais ce n’est pas de sa propre musique.

Que penser de Yarol Poupaud ? C’est probablement évident du texte que je connaisse suffisamment ses sources, mais qu’elles ne soient pas ma tasse de thé. Yarol est assez compétent en tant que guitariste pour avoir une bonne carrière, et il l’a, mais il ne s’agit pas de classiques de la chanson française. Et vous n’avez vraiment aucune idée à quel point cette chanson-là m’a traumatisé. Je ne peux — et je ne veux — avoir rien à voir avec.

Ma note : JE CHANGE DE CHAÎNE AVANT QUE JE NE SOIS VIRÉ.

La rentrée de la rentrée, version 1ère/11e

Il y a deux ans, tout au début de la carrière lycéenne de La Fille, j’ai partagé un peu sur « Back to School Night », la rentrée pour les parents. Hier soir, j’étais de retour pour ce qui se considère l’année la plus importante pour les lycéens, première — ou comme on dit en anglais, 11e.

La Fille suit 6 cours cette année. La première, c’est l’histoire américaine. Je ne connais pas les attentes pour l’examen de « placement avancé » à la fin de l’année, mais selon le prof, il faudra apprendre tous les 47 présidents, les dates de leurs mandats et les partis. Ça me semble inutile — on n’a certainement pas fait ça à mon époque. C’est un peu intéressant que le président William Henry Harrison n’a vécu que 31 jours après son investiture à la Maison Blamche — car il a donné un discours d’environ 2 heures sous la pluie, et a attrapé une pneumonia en conséquence — mais il n’a rien fait d’important dans ce rôle. Son successeur, John Tyler, est largement connu pour être devenu traître pendant la Guerre de Sécession, bien après son mandat. Si c’est ça la qualité des normes éducatives de nos jours, je crains le futur.

Le deuxième cours, c’est la 4e année de français, et sera la fin de ses études à cet égard au lycée. Et si je vous disais que je portais mon t-shirt avec une image de Louis de Funès et son képi de gendarme ? Hihihi, la prof savait exactement de qui j’étais le père ! Elle m’a dit : « Ta fille est si motivée ». S’il ‘est vrai — et il l’est — c’est parce qu’elle a vu ce qui s’est passé sur ce blog pendant les 6 dernières années, ainsi que dans la vraie vie avec l’OCA. Il n’y a pas de meilleure motivation que voir des résultats utiles. Si elle avait appris l’espagnol, la limite de ça serait de passer ses commandes chez Miguel’s en espagnol. Je suppose que nous aurions regardé des films de Cantinflas aussi (on le considère le meilleur acteur comique mexicain, mais même s’il est enterré dans le Panthéon mexicain, je ne le crois pas l’égal de de Funès ou de Bourvil). Je suis soulagé d’avoir évité ce futur.

Il nous va falloir acheter ces deux livres :

Photo d'une diapositive avec 2 manuels que nous sommes censés acheter.

À gauche, c’est Barron’s Guide à l’examen AP de langue et de culture française (ma traduction du titre, évidemment). Barron’s est un journal consacré aux affaires, mais aussi la marque d’une série de référence pour les lycéens. À droite, c’est « 5 Étapes pour réussir un cinq » — la note la plus élevée pour les examens AP. Je ne connais pas cette série, mais le livre pour l’examen de français est écrit par une nommée Geneviève, alors on peut espérer.

Je vais sauter les profs de physique et d’anglais, car ils n’ont eu rien d’intéressant à dire. Ça peut être une bonne chose — j’ai quitté leurs salles sans être choqué.

Le prof de maths s’imagine un humoriste de stand-up. Voici son introduction pour lui-même :

C'est une diapositive avec le nom du prof, les noms de ses cours, et un dessin comme ferait un enfant de 5 ans.

Au-dessous du dessin, il a écrit « Mon premier fourmilier, par <nom supprimé>, 20e année ». Il plaisante — 20e serait un diplôme de la fac, puis la quatrième année d’études pour un doctorat. Je doute qu’il ait un doctorat. Le fourmilier est la mascotte de la fac locale, l’Université de Californie à Irvine.

Mais il est aussi quelqu’un de sérieux. Il a partagé une citation du physicien américain Carl Sagan pour expliquer son but en tant que prof :

Texte traduite dans l'article.

Google traduit ce texte comme :

Je pressens une Amérique telle qu’elle sera à l’époque de mes enfants ou de mes petits-enfants : une nation dont l’économie reposera sur les services et l’information ; où la quasi-totalité des industries manufacturières aura migré vers d’autres pays ; où des pouvoirs technologiques prodigieux seront aux mains d’une infime minorité, sans que quiconque représente l’intérêt public ni même ne saisisse les enjeux ; où la population aura perdu la capacité de définir ses propres priorités ou de remettre en question, en connaissance de cause, ceux qui détiennent l’autorité ; où, cramponnés à nos cristaux et consultant nerveusement nos horoscopes — nos facultés critiques en déclin, incapables de distinguer le sentiment de bien-être de la vérité —, nous glisserons, presque sans nous en rendre compte, vers la superstition et l’obscurantisme…

Selon le prof de maths, il veut éviter ça. Moi, je dirais que nous sommes déjà là.

La meilleure nouvelle de la soirée venait du prof de la fanfare. Il avait planifié un samedi début octobre où la fanfare participerait à un défilé le matin — et un autre le soir. Il vient de décider de supprimer le deuxième défilé de l’horaire. J’en suis ravi.

Mais ne vous méprenez pas — cette année, elle sera stressante.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Il est de nul part

Attendez avec les commentaires, la faute du gros titre est le sujet de la Langue de Molière du jour !

De temps en temps, je peux me féliciter de ne jamais faire certaines erreurs, simplement car je ne les ai pas entendues. En voici une.

Le Figaro a posé la question ainsi :

Faut-il écrire «il n’est nul part» ou «il n’est nulle part» ? Les deux formules caracolent sur le papier. L’une d’elles est pourtant inexacte.

«Nul(le) part»: ne faites plus la faute !

Le problème, selon son autrice, Alice Develey,, c’est que le Français dans la rue, son nez dans son portable qui enseigne toutes les mauvaises leçons des réseaux sociaux, entend dans la tête un accord où il n’y en a pas. Des exemples offerts par Mme Develey :

«Un espèce de manteau», «belle armistice», «grandes pétales», «aphte douloureuse»…

Dans presque tous ces cas, c’est juste une question de se tromper de genre, où de penser qu’il y a un accord avec un objet en dehors de l’expression elle-même. Comme explique Madame Develey :

…l’expression «nulle part» a toujours été au féminin. Le mot «nul» est accordé au mot «part». Cela en fait une locution adverbiale. Elle est donc invariable.

J’ai du mal à voir comment on fait cette erreur par hasard, car j’ai appris « nulle part » comme une expression en soi. Je suppose que si j’avais grandi avec la langue, je pourrais penser que « nulle » devait accorder avec « il » dans, par exemple, la chanson de Mme Sanson. Cependant, ça me semble bizarre, parce que « de » établit que ce qui suit est sa propre expression, que « nul » va donc avec « part » ; ce n’est pas la même chose que « il est nul/elle est nulle ».

Mais ! J’ai dit qu’il y avait une exception ci-dessus, que l’une de ces erreurs n’était pas comme les autres (il y a une comptine en anglais sur ça, « Une de ces choses n’est pas comme les autres »). Et là, on peut justement s’en vouloir à de grands écrivains, au niveau du Panthéon.

« Un espèce de manteau » semble être une erreur où on accorde le genre de l’expression avec « manteau », car c’est une espèce. À l’origine, au XIIIe siècle, espèce venait du latin et était uniquement au féminin :

1. a) XIIe s. vraie espesse « signe, révélation (de Dieu) » (Alexis, ms. S, éd. Paris et Pannier, 1298), attest. isolée

Espèce, Trésor de la Langue française

Mais en fait, il était une fois, les aristocrates se distinguaient de tels que moi en utilisant « espèce » au masculin :

Puis, patatras au XVIIIe siècle! L’aristocrate décide d’employer le mot «espèce» au masculin pour signifier sa différence avec les roturiers, explique le linguiste Claude Duneton. C’est ainsi que le libertin Duclos put écrire en 1751: «L’espèce est l’opposé de l’homme de considération.»

Ces fautes d’inattention qu’on fait au quotidien

Mme Develey nous raconte que tout un défilé de grands écrivains l’ont adopté au masculin comme insulte :

Très apprécié pour son aspect péjoratif, l’espèce passe alors chez les écrivains. Voltaire écrit «un espèce de grand homme», Victo Hugo «un espèce de maure» et Claudel «et quant aux Arabes, tous ces espèces de prophètes à la manque». Non content d’être du mauvais genre, l’«espèce» est aussi de mauvais genre et s’emploie pour insulter. «Espèce d’abruti», «espèce de dindon»… Au vocatif, le mot dépossédé de masculin ou de féminin permet de rendre la femme et l’homme égaux devant l’injure.

Mais comment est-ce possible qu’elle ne mentionne pas le plus grand utilisateur d’espèce comme insulte ? Je parle du capitaine Haddock, naturellement ! Wikipédia garde une liste de toutes ses insultes, et tel est son usage que les éditeurs ont développé un code pour ça :

Lorsqu’une référence est précédée de e, le terme est précédé de « espèce(s) de » dans l’original. Lorsqu’elle est suivie de s, l’expression originale est au pluriel.

Exemple : ectoplasme | eOML.56B3s | Lire : « espèces d’ectoplasmes » (pour cette référence).

Vocabulaire du capitaine Haddock

Alors, pour cet exemple d’ectoplasme, on trouve :

C'est les références pour les mots écornifleur, écraseur et ectoplasme.
Capture d’écran

On voit dans le tableau qu’il y a 15 exemples dans les albums de Tintin, et à 4 fois, il a dit « espèce d’ectoplasme ». Si c’est un peu difficile à suivre, ben, c’est aussi le cas pour notre cher capitaine.

Mais on voit en quoi le capitaine est trop malin pour l’Académie et ses immortels. Il n’y a jamais d’accord avec « espèce » dans cette construction, alors on ne sait pas si le capitaine fait des erreurs.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec le problème de traduire l’un des discours les plus fous jamais enregistrés en anglais.

Hommage à Philippe Bouvard

Sans doute la pire chose sur arriver avec tant de retard à la culture française, c’est que beaucoup de monde appartient déjà au passé. Eddy Mitchell avait déjà pris sa retraite — deux fois ! — avant ma toute première leçon. Belmondo est mort juste une année après. Michel Drucket… ben, nous sommes juste de brèves étincelles de son point de vue. Et ça nous amène au sujet malheureux du jour, l’adieu à Philippe Bouvard.

Philippe Bouvard sur le plateau des Grosses Têtes en 2009, Photo par Jérémy-Jean, CC BY-SA 3.0

J’ai entendu la nouvelle en allumant la radio ce matin pour écouter Les Grosses Têtes, comme souvent pendant l’année scolaire. C’est comme ça que j’ai trouvé l’hommage à Bouvard en train de se diffuser. Au moment où j’ai commencé à écouter, déjà très tard dans l’épisode, c’était le chanteur Éric Laugérias au téléphone pour parler de ses souvenirs (il commence à 25:00 dans cet extrait). Là, j’ai appris une pépite que je n’avais pas connue — je savais que M. Bouvard avait été viré des Grosses Têtes par RTL afin de trouver quelqu’un de plus jeune, mais je ne savais pas que la première fois, c’était pour laisser place à Christophe Dechavanne en 2001 et non Laurent Ruquier en 2014. En plus, c’était l’intervention de M. Ruquier qui a restauré M. Bouvard à son poste pendant 13 ans de plus. J’avais toujours compris que M. Bouvard s’en voulait à M. Ruquier mais je n’ai jamais entendu le côté de M. Ruquier. Franchement, je trouve ce geste étonnant, et je suppose que personne n’aurait pu vraiment faire plaisir à M. Bouvard en tant que successeur. J’ai lu du parler sur Stéphane Bern, mais à vrai dire, c’est facile à dire de telles choses quand elles restent théoriques.

De toute façon, écoutez surtout M. Laugérias à partir de 26:00 dans le clip lié ci-dessus. Il mentionne qu’avec Karl Zéro, il avait produit des sketches pour M. Bouvard où il faisait semblant d’être « un général russe, un cuisinier italien », et alors que presque personne ne lisait ce blog à l’époque, en 2021 j’ai parlé d’une autre collaboration de Messrs Zéro et Laugérias que je connaissais en tant que fan des X-Files dans les années 2000. Il reprend brièvement cette matière, et ça vaut la peine.

Je dois dire que je trouve la couverture tous azimuts de RTL à cette occasion un peu trop, avec une chaîne tout Bouvard dans l’appli :

Capture d'écran de la nouvelle chaîne sur web « RTL Radio Bouvard », avec une photo de lui des années 1970.

Après tout, si M. Ruquier a les mains propres, c’est certainement moins le cas pour la gestion qui l’a viré deux fois ! Il me semble que c’est plus apprécié après sa mort qu’à la fin de sa vie, et ça, je trouve dommage.

Si ce blog a un tout petit rôle dans les événements du jour, c’est qu’en quelque sorte, je suis devenu la référence pour l’histoire de Mme Leprieur d’Agon-Coutainville. Une centaine d’internautes l’a visitée hier :

Capture d'écran de mes statistiques du 24 août -- l'article sur Mme Leprieur en tête avec 95 vues, devant même les blagues

Je ne l’aurais jamais cru, mais après Wikimanche, le site officiel de référence pour son département, je suis le deuxième résultat pour une recherche de « Madame Leprieur » :

Capture d'écran de Google -- barre de recherche, Wikimanche, puis ce blog

C’est étonnant de relire cette histoire, aussi écrit en 2021, en se rendant compte qu’il me fallait une année de plus, et la recommandation d’une amie, pour découvrir Les Grosses Têtes — il ne m’est jamais arrivé à l’esprit que l’émission existait toujours !

Mais mon souvenir de Philippe Bouvard ne vient vraiment pas des Grosses Têtes. Pour moi, il sera toujours l’animateur de « Tous les coups sont permis », l’émission fictive où Charles Duchemin affronte enfin Jacques Tricatel à la fin de L’Aile ou la cuisse. Ici, on le voit en train d’organiser l’affaire :

On peut voir le débat sur Facebook, mais pas de façon intégrée ici. Je le recommande sans hésiter. C’est évidemment le trio de de Funès, Coluche et Julien Guiomar qui sont les stars, mais on voit clairement l’assurance de M. Bouvard dans son élément, le maître du plateau.

C’est impossible pour moi de parler profondément de sa carrière à la radio. Je savais où le trouver sur RTL à la fin, avec sa courte émission, À mon humble avis, le dimanche, mais il ne s’agissait pas du format qui a fait sa renommée. Et il faut dire que même Les Grosses Têtes telle que je la connais n’est plus la même émission — à partir du fait que l’on n’entend jamais des pseudos humoristiques pour les auditeurs, Mme Bellepaire de Loches ou M. Jules d’Orange. Mais on vit tous dans le monde médiatique qu’il a créé, ce qui m’a tout de suite séduit dès le premier jour, et pour ça, je remercie Philippe Bouvard.

Saison 5, Épisode 21 — Paella et Orangina

Vous avez sûrement remarqué que j’étais bien trop épuisé pour écrire vendredi. J’espère que ça ne deviendra pas habituel. La séquence continue tant que je publie avant minuit dans mon fuseau horaire. (Je veux toujours dire « fusée », mais je sais que c’est faux.)

J’ai enfin eu une publicité bienvenue ce week-end, de Montres Breguet :

Capture d'écran d'une publicité où un jeune homme avec sa main gauche sur son cou, pour que sa poignée soit face au lecteur, porte une montre en or blanc.

C’est pour son dernier tourbillon, le 7357, bon marché en or blanc à seulement 184 000 $. Quoi, vous n’avez pas assez de sous sous le canapé non plus ? C’est la loterie ou rien, je suppose. Mais en fait, mon Breguet préféré est Le Réveil du Tsar, malheureusement seulement disponible d’occasion, mais à 1/4 du prix du nouveau. Comme si c’était abordable !

Voici ma page de recettes du dernier numéro du bulletin de l’OCA, qui paraîtra lundi après-midi. Vous reconnaîtrez sûrement les deux recettes, les tagliatelles à la moutarde de Meaux et le Paris-Deauville. C’est un peu hilarant — il n’y a que 6 ingrédients dans le dessert, pourtant ça prend presque les 2/3 de la page !

Capture d'écran des deux recettes sur une page. Les tagliatelles portent le gros-titre « Cuisine de nos grand-mères » ; le dessert, « Cuisine d'aujourd'hui ».

J’essaie d’avoir quelque chose de classique et de moderne dans chaque numéro. Mais pour le dernier numéro de l’année, c’est toujours quelque chose de Thanksgiving et de Noël. Je commence déjà à penser à quoi faire.

On a imprimé exactement une feuille cette semaine, en noir et blanc. L’imprimante continue de montrer que les cartouches en couleur sont pleines. Depuis le moment où il m’est arrivé à l’esprit que HP veut me faire payer 100 $ pour les trois cartouches en couleur tous les 6 mois, peu importe la quantité d’encre utilisée, je suis de très mauvais humeur à cet égard. Au fait, il n’est plus possible d’acheter les cartouches individuelles dans les magasins ici — il faut acheter un carton des trois en même temps. On peut toujours les commander par courrier, mais je trouve ça très avide.

Quelque chose d’amusant pour finir ? Voici un texto que j’ai récemment reçu :

Capture d'écran d'un texto spam, traduit dans l'article

Ça dit : « Bonjour Justin, c’est Emily. J’ai la société Busch Service de lutte antiparasitaire approuvée pour 180K $. Quel est votre meilleure adresse e-mail ? Si tu as besoin de plus de capital, tiens-moi au courant. » À part le fait que je n’ai rien à voir avec la lutte antiparasitaire (un métier important, pour être clair), j’ai fait des recherches et il n’y a apparemment pas de société avec ce nom dans tout le pays ! Quel genre de con penserait que c’était une bonne idée de répondre ?

Notre blague traite d’une rencontre entre Messrs Macron et Poutine. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Subtilités et Asperges.

Sur le blog, il y a aussi Une farce avec mon plus vieil ami, sur Crocker Spaniel à une réunion de bureau, La paella et l’espionnage, sur une pub qui a fini par me suivre partout et Ici et là, des nouvelles personnelles.

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Dimanche avec Orangina

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 40 pages. Il nous en reste 90, et on finira dimanche prochain.

Vous souvenez-vous que le narrateur avait voulu voir des tableaux d’Elstir chez les Guermantes ? Naturellement, ça veut dire que les deux méprisent le peintre, malgré avoir acheté plusieurs de ses tableaux. M. le duc :

Swann avait le toupet de vouloir nous faire acheter une Botte d’Asperges… Mais moi je me suis refusé à avaler les asperges de M. Elstir. Il en demandait trois cents francs. Trois cents francs une botte d’asperges ! 

Et Mme la duchesse :

— Est-ce qu’il n’avait pas commencé un portrait de vous, Oriane ? demanda la princesse de Parme. 

— Si, en rouge écrevisse, répondit Mme de Guermantes, mais ce n’est pas cela qui fera passer son nom à la postérité. C’est une horreur, Basin voulait le détruire…

— Il me voit probablement comme je me vois, c’est-à-dire dépourvue d’agrément, dit Mme de Guermantes…

Qui suis-je pour dire le contraire ?

Mais c’est, selon le narrateur, son esprit et ses choix de mots à la base de son obsession :

Là encore l’esprit de Mme de Guermantes me plaisait justement par ce qu’il excluait (et qui composait précisément la matière de ma propre pensée) et tout ce qu’à cause de cela même il avait pu conserver, cette séduisante vigueur des corps souples qu’aucune épuisante réflexion, nul souci moral ou trouble nerveux n’ont altérée. Son esprit d’une formation si antérieure au mien, était pour moi l’équivalent de ce que m’avait offert la démarche des jeunes filles de la petite bande au bord de la mer.

Ô, Marcel. C’est beaucoup de mots pour dire « Elle est folle, mais pas comme moi » (veuillez consulter la blague de 23/3/26).

Un aparté sur M. Breauté mérite d’être cité :

Sa haine des snobs découlait de son snobisme, mais faisait croire aux naïfs, c’est-à-dire à tout le monde, qu’il en était exempt.

Puis la conversation tourne vers Bloch :

Mme de Villeparisis avait présenté Bloch à Mme Alphonse de Rothschild, mais mon camarade n’avait pas entendu le nom et, croyant avoir affaire à une vieille Anglaise un peu folle, n’avait répondu que par monosyllabes aux prolixes paroles de l’ancienne Beauté quand Mme de Villeparisis, la présentant à quelqu’un d’autre, avait prononcé, très distinctement cette fois : « la baronne Alphonse de Rothschild »… il avait eu comme un coup au cœur, un transport au cerveau et s’était écrié en présence de l’aimable vieille dame : « Si j’avais su ! » exclamation dont la stupidité l’avait empêché de dormir pendant huit jours.

Il n’y a vraiment pas un centime de différence entre l’arriviste Bloch et les Guermantes, juste une question des idées des autres.

Veuillez vous souvenir de ceci pour le prochain tome :

Remarquez que ce sont quelquefois les plus sincères, il y a en somme plus d’amants que de maris inconsolables. »

— Pourtant, Oriane, regardez justement votre beau-frère Palamède dont vous êtes en train de parler ; il n’y a pas de maîtresse qui puisse rêver d’être pleurée comme l’a été cette pauvre Mme de Charlus.

de Charlus s’était marié à une femme, J’omets les détails, mais il la visitait tous les jours au cimetière. Un indice du futur par la duchesse :

«…il est délicieux, il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n’en ont pas généralement. C’est un cœur de femme, Mémé ! »

Il s’avère que les Guermantes ont inventé Orangina (ce que Proust n’a jamais connu) :

On n’avait jamais connu, des Guermantes, dans ces après-dîners au jardin, que l’orangeade… ce jus de fruit n’est jamais en assez grande quantité pour qu’il désaltère. Rien ne lasse moins que cette transposition en saveur, de la couleur d’un fruit, lequel cuit semble rétrograder vers la saison des fleurs.

L’histoire réunionnaise de mon livre fait une apparition :

Aussi ne pouvait-on jamais avoir de fruits jusqu’au jour où un jeune nègre natif de la Réunion et nommé Albins, ce qui, entre parenthèses, est assez comique pour un noir puisque cela veut dire blanc, eut l’idée, à l’aide d’une petite pointe, de mettre en rapport les organes séparés.

C’était Albius.

Un peu plus tard, on entend peut-être la vraie leçon de ce tome :

Après avoir gravi les hauteurs inaccessibles du nom de Guermantes, en descendant le versant interne de la vie de la duchesse, j’éprouvais à y trouver les noms, familiers ailleurs, de Victor Hugo, de Frans Hals et, hélas, de Vibert, le même étonnement qu’un voyageur, après avoir tenu compte, pour imaginer la singularité des mœurs dans un vallon sauvage de l’Amérique Centrale ou de l’Afrique du Nord… éprouve à découvrir… des habitants qui… sont en train de lire Mérope ou Alzire.

C’est-à-dire, malgré les titres et la richesse, ces gens ne sont pas si différents de vous et moi après tout. (Sauf que je n’ai pas lu ces œuvres de Voltaire.)

Ici et là

Quelle semaine, les 48 dernières heures. La Fille change de maison tous les mercredis, et dès qu’elle est rentrée cette semaine, elle m’a dit « Papa, j’ai besoin de cookies pour la réunion du bureau du club de français jeudi. » Quand les enfants s’inscrivent à des activités, c’est vraiment les parents qui sont inscrits. J’ai donc fait cette recette de Péla, mais avec les quantités augmentées de 20 % pour en avoir assez. Pas de photos ou de publication cette fois, car j’ai dû travailler vite, mais j’en ai goûté un et c’était aussi bon qu’attendu. Vraiment, quand on a besoin de cookies, on passe par chez Péla et c’est tout — il y a toujours la bonne chose pour n’importe quel événement.

Mais après cette réunion, est-ce que La Fille pouvait rentrer du lycée ? Noooooon, nous sommes pleinement au milieu de la saison du football américain. Sa fanfare devait jouer à un match. Je ne l’ai récupérée du lycée qu’à 22h30. Vous pensez que je plaisante, mais vraiment, pas du tout. Ai-je mentionné qu’elle avait des devoirs de 4 cours pour ce soir ? Heureusement seulement deux doivent en être rendus vendredi.

Au moins j’ai eu l’opportunité pour une petite balade avec tout ce temps. Mais pas autant que je n’aurais aimé — j’ai passé des heures à travailler sur mon prochain numéro du bulletin de l’OCA. Ça doit être prêt dimanche soir.

Vous souvenez-vous de Mehmet, le vendeur de tapis turcs qui ne me permettra jamais d’oublier que j’ai acheté un tapis chez lui en 2008 ? Il m’a appelé d’un numéro de téléphone turc cette semaine — je crois pour la première fois. D’habitude, il utilise un numéro américain différent à chaque fois pour qu’il soit impossible de le bloquer.

Capture d'écran de la notification de l'appel de Mehmet. La moitié du numéro est supprimée.

J’adore que même si mon portable est en anglais, le pays s’identifie comme « Türkiye ». Pendant la Coupe du monde, deux pays — la Turquie et le Cap-Vert — ont décidé d’insister qu’il fallait désormais écrire leurs noms en anglais selon leurs langues, Türkiye et Cabo Verde au lieu de Turkey et Cape Verde. (En fait, selon Wikipedia en anglais, les turcs ont exigé ça en 2022 — mais personne ne l’a pris au sérieux jusqu’à la Coupe.) Je n’ai trouvé aucune preuve qu’ils insistent sur ça en n’importe quelle autre langue. Je ferai ça au moment où ils écrivent exclusivement « United States » dans leurs langues au lieu de « Amerika Birleşik Devletleri » et « Estados Unidos ». J’étais donc très déçu de voir que mon opérateur a plié le genou à cette demande déraisonnable.

J’ai vu un clip sur Facebook qui a ouvert mes yeux. Voici une maison tout près de Tokyo (moins de 1/2 heure de Tokyo Station par le train), 5 chambres ainsi que la cuisine et salle à manger pour 21.5M ¥. Ça sonne comme beaucoup d’argent, mais c’est seulement 135 000 $ ou 113 000 €. Je doute que ça change mes buts, et je ne serai jamais aussi capable en japonais qu’en français — à ne pas mentionner que je préfère la cuisine française à tout autre chose. Mais je ne mentirai pas — je suis gravement tenté.

En parlant de Facebook, cette appli apprend trop d’un seul clic ou abonnement. J’ai récemment suivi un compte nommé « L’eau songeante », une expatriée française qui habite aux États-Unis et est paraplégique. Tout à coup, entre toutes les pubs pour des poêles, la moitié de posts dans mon fil sont des paraplégiques américaines. Euh… je ne suis pas obsédé comme ça, Facebook.

Finissons sur quelque chose de drôle ? La Fille reçoit une folle quantité de courriers de nos jours de la part de facs partout aux États-Unis. (N’oubliez pas, il n’y a rien comme Parcoursup ici — sauf un cas spécial pour les docteurs. Chaque université gère ses propres candidatures.) Elle a reçu une carte postale de l’Université de Chicago — en général considérée l’une des 10 meilleures du pays — pour dire que si elle y va, elle peut participer à un jeu de piste annuel dont l’un des objets à chercher est « Gelato von Bismarck ». Ne me croyez jamais sur parole, voici la preuve :

Il coûte 73 mille dollars par année (lien en anglais) pour y assister. Je dis ça, je dis rien !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Je n’ai rien acquis

Il y a des semaines, la lectrice Vanadze m’a envoyé un post d’Instagram avec une règle de grammaire déroutante :

Au passé, on a discuté l’idée de supprimer l’accord du participe passé. Ce que je n’ai pas mentionné à l’époque, car je ne le savais pas, c’est que c’est impossible de faire ça sans supprimer des sens différents. J’explique :

L’exemple donné par le compte « sayitinfrench2.0 » (j’adore qu’un compte consacré à la grammaire française se nomme en anglais) vient du verbe « acquérir ». Le participe, c’est « acquis ». Mais ce verbe a une propriété surprenante — les deux phrases suivantes sont également correctes, mais ne veulent pas dire la même chose :

Le peu de connaissances qu’il a acquis…

Le peu de connaissances qu’il a acquises…

La différence expliquée par le post est incroyablement subtil, au point où j’ai franchement du mal à la garder en tête. L’idée, c’est que sans l’accord, l’accent est sur « il », que la phrase veut dire « C’est un con, lui, il n’a acquis que quelques connaissances. » Mais avec l’accord, l’accent est plutôt sur les connaissances, et la phrase veut dire plutôt quelque chose comme : « Après une décennie où il n’a suivi que des cours de maths à la fac, il n’a acquis que des connaissances du calcul, mais il connaît le calcul mieux que n’importe qui. »

J’ai tardé à publier ceci, parce que j’essayais de faire l’enquête — s’agit-il d’une règle générale sur les participes, ou est-ce plutôt quelque chose de particulier sur le verbe acquérir ? Ou pire, s’agit-il de l’interaction entre « le peu » et « acquis », tel qu’il ne sert à rien à connaître cette règle ?

Le post original cite le Dictionnaire de l’Académie française, alors j’y ai jeté un œil. Il y a deux entrées qui nous intéressent. D’abord celle d’acquis dans son usage en tant qu’adjectif. Ça n’a rien à voir avec l’accord en tant que verbe, mais nous donne une idée plus précise de la gamme de significations. Là, on voit :

1.  Obtenu par l’action, l’habitude, l’éducation, l’influence du milieu. Des connaissances difficilement acquises, mais solides.

3.  Gagné de façon ferme et sûre. Il vous est acquis et absolument fidèle. Je vous suis tout acquis, tout dévoué.

Tout ça semble parler du sens censé aller avec l’accord, « les connaissances qu’il a acquises. » Mais quant au verbe ? Voici l’entrée. Je dois vous dire très franchement que j’ai lu et relu cette page de nombreuses fois, mais je ne vois pas d’exemple de ce dont le post original parle. Il y a un sens marqué vieilli qui semble correspondre à la version sans accord, qui met l’accent sur la personne :

3.  Absolument. Vieilli. S’améliorer. Cet enfant a beaucoup acquis, depuis quelque temps.

Mais il n’y a pas d’exemple qui oppose les deux sens. Et je n’y vois pas d’exemple où le COD est placé devant le verbe, ce qui pourrait éclaircir la situation.

Il faut noter un commentaire sous le post original :

En quoi est-ce une règle spéciale ? C’est juste l’application élémentaire de l’accord du participe passé…

Ah oui ? Si je dis :

La collection de bêtises qu’il a raconté

La collection de bêtises qu’il a racontée

il y a donc une différence entre ces deux ? Non, pour autant que je sache, le premier est simplement une erreur. Mais peut-être que je rate quelque chose.

J’ai fouillé dans le Trésor, mais n’a rien trouvé. Sauf que tout au fond de l’entrée, il y a :

12. Non seulement j’avais la confiance la plus absolue en Saint-Loup, en la loyauté de son amitié, et il l’avait trahie (…), mais il me semblait que, de plus, il eût dû être empêché de le faire (…) par cet extraordinaire acquis d’éducation qui pouvait pousser la politesse jusqu’à un certain manque de franchise.M. Proust, À la recherche du temps perdu,Le Côté de Guermantes 2, 1921, p. 399.

Acquis

Punaise, on m’avait promis qu’il n’y aurait pas de Proust ici hors le dimanche !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine au milieu de nulle part.