Madeleines au citron et aux amandes

Dimanche avec l’ambassadrice turque

On reprend maintenant « Sodome et Gomorrhe ». Cette fois, j’ai avancé de 35 pages.

Ayant échoué dans la tâche de recruter quelqu’un — vraiment, n’importe qui ! — pour le présenter au prince de Guermantes, le narrateur revient vers (roulement de tambour)… vous le saviez déjà :

Je n’avais plus recours qu’auprès de M. de Charlus, rentré dans une pièce du bas

J’ai lu des trucs sur ce livre au-delà du texte lui-même, et je sais que les critiques considèrent M. de Charlus d’être quelqu’un de dégoûtant, mais pas pourquoi. J’ai tout à coup une idée :

« Mon cousin, dit Mme de Gallardon, permettez-moi de vous présenter mon neveu Adalbert… »

il ajouta sans même regarder le jeune homme : « Bonsoir, Monsieur », d’un air bourru et d’une voix si violemment impolie, que tout le monde en fut stupéfait…

peut-être, désireux de pousser plus tard sa pointe avec un aussi agréable cousin, voulait-il se donner les avantages d’une agression préalable, comme les souverains qui, avant d’engager une action diplomatique, l’appuient d’une action militaire.

J’ai abrégé une discussion de l’avis de Mme de Gallardon sur les mœurs de de Charlus, mais cette dernière partie est dégueulasse, peu importe son avis de l’homosexualité. Les réunions de famille ne sont pas de sites de rencontres ! (La première personne qui évoque soit le nord de la France soit le sud-est des États-Unis aura des problèmes.)

De Charlus est quand même sur le point de rendre le service souhaité au narrateur, qui fait un Justin :

si je n’avais pas eu la malheureuse idée d’ajouter par scrupule… « Vous savez que je les connais très bien, la Princesse a été très gentille pour moi. — Hé bien, si vous les connaissez, en quoi avez-vous besoin de moi pour vous présenter »

Bravo, chapeau. Je n’aurais pas pu faire pire.

C’est enfin M. de Breauté qui fait l’affaire, et le prince semble connaître un peu la famille, en répondant :

« Est-ce que vous comptez suivre la carrière de monsieur votre père », me dit-il d’un air distant, mais d’intérêt.

Mais la conversation est interrompue car le prince voit Swann, pas invité, et :

l’avait aussitôt, avec la puissance d’une pompe aspirante, entraîné avec lui au fond du jardin, même, dirent certaines personnes, « afin de le mettre à la porte ».

L’ambassadrice turque fait son retour :

« Ah ! quelle femme délicieuse que la Princesse ! Quel être supérieur à tous ! »

Il n’y avait pas si longtemps que chez « Oriane » cette même personnalité diplomatique m’avait dit, d’un air motivé et sérieux, que la princesse de Guermantes lui était franchement antipathique. 

Charmant, ce comportement.

Le duc et duchesse arrivent enfin. Vous souvenez-vous que le narrateur croyait que l’invitation était une farce ? La duchesse s’en moque :

« Cette idée de croire que vous n’étiez pas invité ! Et puis, il y avait moi. Croyez-vous que je n’aurais pas pu vous faire inviter chez ma cousine ? »

La traduction anglaise ajoute « On est toujours invité ! » après la première phrase, ce que je trouve franchement impossible à croire dans la bouche d’Oriane. Le narrateur ajoute :

Je dois dire qu’elle fit souvent, dans la suite, des choses bien plus difficiles pour moi…

Je suis sur le point d’espérer qu’elle trompe le duc avec le narrateur. Les trois le mériteraient, tous pour des raisons différentes.

Je m’ennuie du sujet, mais le narrateur écoute M. de Charlus en train de parler à M. de Vaugoubert sur certains employés du Quai d’Orsay :

comme chaque sens perd de sa force et de sa vivacité, s’atrophie quand il n’est plus mis en usage, M. de Vaugoubert… avait perdu la perspicacité spéciale qui se trouvait rarement en défaut chez M. de Charlus… à reconnaître ceux qui, sous le déguisement de l’uniforme, étaient au fond ses pareils.

C’est-à-dire qu’il n’a plus son « gaydar », comme on dit en anglais (et apparemment, en argot français). Encore une fois, Proust en fait un parallèle avec le judaïsme, en rappelant Racine :

Mais ces révélations rapides, pareilles à celles qui dans les tragédies de Racine apprennent à Athalie et à Abner que Joas est de la race de David, qu’Esther assise dans la pourpre a des parents youpins…

Wiktionnaire ajoute que ce dernier mot est « nettement raciste et antisémite » ; il ne m’est pas clair que ces sentiments sont donc attribués à Charlus ou Vaugoubert.

On passe une douzaine de pages avec les mésaventures d’une certaine Mme de Saint-Euverte, qui assiste à ces soirées pour recruter des invités pour ses propres salons. Mais on finit cette fois avec quelque chose qui met la lumière sur l’hypocrisie des Guermantes à la fin du dernier tome. On voyait qu’Oriane ressentait clairement de l’amitié envers Swann, et était mal à l’aise face aux bêtises de son mari. Cependant, quand un invité, le colonel de Froberville lâche :

Le Prince a purement et simplement fait une algarade à Swann et lui a fait assavoir, comme disaient nos pères, de ne plus avoir à se montrer chez lui, étant donné les opinions qu’il affiche… [il] aurait dû en finir il y a plus de six mois avec un dreyfusard avéré.

le duc de Guermantes répond que :

rien que pour Oriane, il n’aurait pas dû faire cela, il aurait dû désavouer ouvertement les Juifs et les sectateurs du condamné.

Oriane trahit l’amitié dont on a entendu parler au fil des trois tomes précédents en répondant :

« Mais c’est vrai, je n’ai aucune raison de cacher que j’avais une sincère affection pour Charles ! »

Aussi récemment que plus tôt dans la même soirée. Dante l’aurait mis dans le Cocyte pour ça. Ou peut-être pas, vu que Swann ne compte pas comme être humain.

Les aveugles voyants

Avec toutes mes excuses à Il Est Quelle Heure au cas où mon gros titre la dérangerait, je n’ai qu’une courte note aujourd’hui — car je suis tout à coup hyper-sensible à la lumière depuis ce matin et ne peux guère regarder un écran (je soupçonne l’un de mes médicaments) — sur quelque chose qui me dérange de plus en plus.

Dame avec un bandeau qui couvre complètement les yeux et le front, Photo par Dale et Kim Schoonover, CC BY 3.0

Peut-être que vous vous souvenez de ce qui m’est arrivé sans voiture en août — je marchais partout et, encore et encore, les voitures ont failli me renverser. À cause de ça, j’ai modifié mes habitudes — plutôt que marcher de chez moi au centre commercial, je roule au centre, m’y gare, puis prends une balade sans croiser les rues, en faisant des tours autour d’un grand bâtiment.

Au moins, ça a bien réduit le nombre de fois où je vois les calandres des voitures de trop proche. Mais depuis ce temps-là, je suis devenu très au courant d’un autre phénomène.

Il me semble que je suis la seule personne qui a même un peu de connaissance de la situation autour de moi. On dit souvent que tout le monde ne regarde que son portable, et c’est certainement une partie du problème. Mais ça fait 7 semaines que je marche uniquement dans le centre commercial, et je suis convaincu que j’ai observé assez de monde pour en tirer une conclusion.

Personne, et je veux dire absolument personne, ne bouge pour m’éviter. Il y a des fois où ils ne regardent que le sol. Il y a des fois où ils restent debout sur un trottoir en parlant avec d’autres personnes et ne souhaitent pas bouger. Mais le plus souvent, ils ont la tête orientée dans la bonne direction, et c’est simplement soit qu’ils ne regardent pas autour d’eux, ou s’attendent à ce que je bouge.

Ce soir, une famille marchait sur le même trottoir que moi, mais dans l’autre sens. Leur fils a failli me bousculer, et je lui ai dit, « Excuse-toi ». Il n’a pas levé les yeux du sol même une fois, jusqu’au moment où j’ai dit quelque chose, mais il a répondu avec « Désolé ». Après, j’ai réfléchi que c’était la première fois de ces 7 semaines où on s’était reconnu coupable de ne pas faire attention.

Je ne sais pas vous, mais ce niveau de manque de connaissance n’arrive pas par hasard. Je suppose que pour tous, ne pas bouger ou indiquer même la moindre connaissance qu’il y a un autre sur le chemin, c’est une sorte de doigt d’honneur sans cesse, une façon de dire « Je suis le seul qui compte ». J’aurais aimé croire qu’il s’agissait juste des portables, mais on parle de centaines de personnes à ce point, et la plupart n’en a pas. On le fait exprès, et ce n’est pas pour le meilleur.

Ici et là

Je continue de suivre les aventures de Maiso Hirose, la boulangerie japonaise-alsacienne. Je ne me moquerait jamais de la stagiaire qui est là pour apprendre le français (ainsi que le métier). Il faut savoir que le japonais n’a pas de genres grammaticaux, alors dire « andolsheimois, andolsheimoise », comme elle fait ici, n’est pas naturel pour madame. Mais elle semble avoir maîtrisé l’idée — jusqu’à la fin, ce qui rend ses derniers mots plutôt hilarants.

J’ai laissé un commentaire en japonais pour la corriger. Gentiment, j’espère — je voulais juste l’aider !

Je mentionne de moins en moins les ligues professionnelles américaines, mais il faut que je dise que ceci est la meilleure nouvelle de l’année jusqu’à ce point :

Classement de baseball pro

Tous ces 4 équipes ont joué 158 matchs (il y en a 162 dans une saison de baseball). Si les Padres de San Diego en gagnent 1 des 4 restants, ou les Diamondbacks d’Arizona en perdent 1, les Padres gagneront une place dans les éliminatoires. C’est assez rare pendant ma vie.

On dit dans ce cas que le « nombre magique » est 1, car seulement 1 résultat est nécessaire, que ce soit une victoire pour les Padres ou une perte pour les Diamondbacks. Hier, c’était 2 pour les Padres, puis ils ont gagné. Ça a baissé le nombre par un, car ils avaient besoin de 2 résultats qui les favorisaient, et maintenant, c’en est 1. Voilà, vous connaissez maintenant un fait divers pour répéter aux soirées, que personne en France n’aura déjà connu. Ni s’y sera intéressé non plus, mais ce n’était pas le but !

J’ai lu un article sur un auteur canadien inconnu pour moi, Thélyson Orélien, mais si vous en avez déjà entendu parler, peut-être qu’auteur est le mauvais mot. Anciennement, il y avait des soupçons que son dernier roman a été écrit par une IA. Ses défenseurs ont trouvé ça insultant, bien sûr. Maintenant, il s’avère plutôt que ses textes sont les résultats de plagiat. Quand la question n’est plus « êtes-vous un escroc ? », mais seulement « vous l’avez fait comment ? », ce n’est pas bon signe.

Le trafic venant de Google est en chute libre encore une fois, et je me demande si c’est lié à une tendance des derniers mois :

Je ne comprends pas du tout pourquoi il y a tant de visites venant de la Chine. J’imagine qu’il s’agit de l’IA. Pour la deuxième fois cette année, tout à coup la page de blagues a été éliminée des résultats de Google — il y a des rapports pour les 28 et 90 derniers jours, mais pas les 7 derniers :

Rapport de performance -- il y a des choix pour les 28 et 90 derniers jours, mais les 7 derniers jours sont en gris et ne peut pas être choisis

Cette fois, je crois sincèrement que je n’ai rien fait. Mais comme dirait mon ex, « Et alors ? »

Les cookie bars de Péla

J’ai eu un peu d’une crise ce week-end. Le 20, Péla a publié ces cookies en form de barres, mais à cause d’un échange de garde, je n’allais pas avoir La Fille à la maison cette semaine sauf pour le 22. Alors il me fallait les préparer vite. Heureusement, ils sont aussi faciles que délicieux !

Assiette de cookie bars avec un badge qui dit « La Fille approuve »
Haute résolution en cliquant

Allons les préparer !

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L’histoire française d’un tube américain

Il n’y a pas de question que ma chaîne préférée sur YouTube est celle de l’Institut national de l’audiovisuel, ou comme il est connu des internautes, INA. Je ne connais pas de meilleure ressource pour la culture générale française, et c’est lié ici trop de fois pour compter au fil des 6 dernières années. C’est grâce à eux que j’ai récemment découvert que l’un des tubes des années 70, une chanson si bien-aimée qu’elle se trouve à tout genre d’événement familial — les mariages, les quinceañeras (fêtes de 15 ans pour les filles mexicaines), même les bar-mitsva — est en fait un produit français. Je parle de « YMCA » du groupe Village People.

En ce qui suit, je suis largement le récit suivant d’INA, sauf que je corrige plusieurs malentendus dus à un manque de connaissance de la culture américaine :

INA ouvert le récit en 1977 à Greenwich Village, un quartier new-yorkais qu’il appelle « le quartier gay ». Ce n’est pas faux, mais ça réduit « the Village », comme il est connu même en dehors de New York City, à seulement une partie de sa réputation. C’était aussi connu comme le quartier artistique, et surtout un lieu important dans l’histoire du jazz, grâce au club « The Village Gate » (lien en anglais). Le journal « The Village Voice » (lien en anglais) occupait une place dans la culture américaine pas si différent des Cahiers du cinéma en France.

Peu importe le choix de description du quartier, ce qui compte le plus, c’est la présence d’un expatrié français, Jacques Morali, âgé de 30 ans à l’époque. Il avait envie de créer un groupe de disco autour des stéréotypes américains, d’où les célèbres costumes des Village People — un marin, un ouvrier du bâtiment, un amérindien, et ainsi de suite.

Les Village People en 1978, Photo par Mario Casciano, CC BY-SA 3.0

Pour cette affaire, M. Morali avait l’aide d’un autre expatrié français, Henri Belolo, avec qui il avait déjà créé un groupe de disco féminin, The Ritchie Family. Mais ce dont ils avaient besoin, c’était un single et une voix, et c’était comme ça que les deux ont fini par recruter un chanteur américain, Victor Willis. Messrs Morali et Willis ont écrit la chanson ensemble, avec le premier comme compositeur et le dernier comme parolier — INA suggère que M. Belolo était aussi un auteur de la chanson, mais après un procès légal tenté par M. Willis, son nom a été enlevé des crédits. Ça dit, M. Belolo a certainement écrit d’autres tubes du groupe, tels que « Macho Man » et « In the Navy ». Voici le clip tel que tout le monde le connaît :

Dans une interview de 2018, dont INA montre un extrait, la chanson se décrit comme « inspirée des auberges de jeunesse américaines ». Cette description rendrait perplexe, entre autres, La Fille, qui a appris à nager à notre YMCA local. Il y a environ 800 établissements YMCA partout aux États-Unis, et celui de Greenwich Village était l’un de très peu qui offrait des logements — la grande majorité offrent des salles de sport, des piscines, des camps et des activités périscolaires. J’ai été perplexe à cause de ça pendant toute ma jeunesse, car j’assistais à quelques programmes de la YMCA sans jamais voir où on pouvait passer la nuit.

M. Belolo ajoute, et la narratrice d’INA est bien d’accord, que « nous avons contribué à démystifier l’homosexualité ». Ici aussi, l’histoire est plus compliquée que ça. C’était certainement le cas que Messrs Morali et Belolo, comme beaucoup de monde travaillant dans le genre de disco, faisaient partie de cette communauté. Mais le chanteur principal, M. Willis, trois fois marié à des femmes (pas en même temps), a dit en 2024 que :

« Comme j’ai dit de nombreuses fois au passé, c’était une fausse hypothèse à cause du fait que mon partenaire d’écriture était gay, et certains, mais pas tous, des Village People étaient gay et que le premier album avait traité de la vie homosexuelle. »

Reportage de CNN

Les paroles étant à M. Willis, il saurait mieux que n’importe qui ce qu’il voulait dire, mais c’est certainement le cas qu’une fois sortie, une chanson a sa propre vie. Et il faut ajouter que le titre de l’album où cette chanson est parue, c’était Cruisin’, un mot qui veut dire en même temps rouler sans destination et ce qui faisaient le baron de Charlus et le duc de Châtellerault.

Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que le groupe Village People existait uniquement à cause des efforts de deux expatriés français, et si cette musique ne fait pas partie de la chanson française, c’est certainement une histoire qui n’aurait pas eu lieu sans la France.

Saison 5, Épisode 25 — Nuit d’ivresse à Chambord

J’étais à un concert de Weird Al Yankovic samedi soir avec La Fille. J’ai tourné ce clip de son entrée sur scène en chantant sa chanson « Tacky » (rustaud, de mauvais goût). Ça donne une idée de l’ambiance et son sens de l’humour… unique.

En juin, je vous ai parlé de l’inflation chez Corner Bakery, un resto rapide, dont une promotion avait haussé de 6,99 $ à 7 99 $. Ça n’a pas duré longtemps. Début septembre, la promotion est disparue pendant une semaine. Elle est de retour — mais le prix est désormais 9,99 $. L’inflation à la californienne, c’est 42 % comme le pays du Tiers monde que nous sommes :

En cherchant de bonnes nouvelles en France, j’ai croisé ce gros-titre chez BFM. Je ne savais pas que l’on pouvait utiliser « tutoyer » pour la relation entre deux choses :

Les prix des carburants poursuivent leur hausse : le gazole tutoie les 2,41 euros le litre en moyenne ce dimanche en France
Capture d’écran

J’avais mentionné que nous allions voir Coyote vs. ACME, le dernier film de Looney Tunes. Impossible pour moi d’en chanter trop les louanges. Ce n’était pas seulement le meilleur film que j’ai vu avec ces personnages, c’était le meilleur film que je verrai cette année. Le procès légal est ridicule, comme on s’y attendrait. Mais pour autant que je n’aime pas l’emprunt de l’expression « feel-good » en français, ce sont vraiment les bons mots — c’est un film qui ne triche même pas un peu pour gagner sa fin heureuse.

Je dois partager une histoire absolument hilarante pour en finir. Jeudi matin, j’ai reçu un SMS pour me gronder de la part de mon ex : « Tu t’es inscrit pour servir en tant que bénévole vendredi le 19 au match de football où la fanfare jouera. Sauf qu’elle n’en fait plus partie. Qu’est-ce que tu vas faire ? » Je savais que je m’étais inscrit en tant que bénévole, mais je croyais que c’était uniquement en octobre. Je lui ai demandé si elle était sûre. Elle a répondu par m’envoyer une capture d’écran en preuve de mon manque de responsabilité.

Oui, je m’étais inscrit pour vendredi le 19 septembre — en 2025.

Notre blague traite d’un touriste en Irlande. Nos articles sont :

Les Bonnes Nouvelles cette semaine traitent du château de Chambord. Les gros-titres sont Anniversaire et Égalité.

Sur le blog, il y a aussi Les problèmes se multiplient, plus de nouvelles sur mes efforts de rétablir après la perte de données, Adieu, Mme Ringer, mon hommage à la chanteuse décédée, L’égout d’Internet, sur la chute sans cesse du site Quora et Ici et là, des nouvelles personnelles.

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Madeleines au citron et aux amandes

Dimanche avec le duc de Châtellerault

On reprend maintenant « Sodome et Gomorrhe ». Cette fois, j’ai avancé de 25 pages.

Vraiment, aucun temps ne s’est passé entre le dernier tome et celui-ci. La deuxième partie ouvre sur :

Comme je n’étais pas pressé d’arriver à cette soirée des Guermantes où je n’étais pas certain d’être invité, je restais oisif dehors

Moi aussi, je traîne souvent devant les maisons de gens qui ne m’ont pas invité chez eux.

On n’a que commencé avec les rencontres clandestines et anonymes :

Devant l’hôtel de la princesse de Guermantes, je rencontrai le duc de Châtellerault…

Il y avait quelqu’un qui, ce soir-là comme les précédents, pensait beaucoup au duc de Châtellerault…c’était l’huissier de Mme de Guermantes. [Cette Mme est la princesse, pas la duchesse — Justin]

l’huissier de la princesse avait rencontré dans les Champs-Élysées un jeune homme qu’il avait trouvé charmant mais dont il n’avait pu arriver à établir l’identité… Toutes les faveurs que l’huissier s’était figuré avoir à accorder à un monsieur si jeune, il les avait au contraire reçues. Mais M. de Châtellerault… s’était borné à se faire passer pour un Anglais, et à toutes les questions passionnées de l’huissier, désireux de retrouver quelqu’un à qui il devait tant de plaisir et de largesses, le duc s’était borné à répondre, tout le long de l’avenue Gabriel : « I do not speak french. »

Pauvre M. le duc — l’huissier est responsable d’annoncer les invités en entrant dans la maison, et il reconnaît son sex-friend (Quoi ? C’est du français !) :

En demandant à son « Anglais » de l’avant-veille quel nom il devait annoncer, l’huissier n’était pas seulement ému, il se jugeait indiscret, indélicat… Le duc le regarda, le reconnut, se vit perdu…

Le narrateur n’est pas Dieu, alors je dois poser la question, même si rhétorique : comment sait-il tout ça ? Il a aperçu les ébats de Julien et de Charlus, mais il n’a rien vu chez M. de Châtellerault.

On apprend enfin que l’invitation était réelle :

Elle m’aperçut comme j’étais à quelques pas d’elle et, ce qui ne me laissa plus douter que j’avais été victime d’une machination, au lieu de rester assise comme pour les autres invités, elle se leva, vint à moi.

Est-ce que le cercle est sur le point de s’agrandir ?

De profession à profession, on se devine, et de vice à vice aussi. M. de Charlus et M. de Sidonia avaient chacun immédiatement flairé celui de l’autre…

Nan, et vous êtes tous des pervers pour avoir pensé autrement :

…et qui, pour tous les deux, était, dans le monde, d’être monologuistes, au point de ne pouvoir souffrir aucune interruption.

Vous ne vous souvenez certainement pas du professeur E…. Oui, c’est son nom dans le livre, points de suspension compris. C’était le médecin qui avait visité la grand-mère juste avant sa mort, après Cottard :

Je fus à ce moment arrêté par un homme assez vulgaire, le professeur E… Il avait été surpris de m’apercevoir chez les Guermantes. Je ne l’étais pas moins de l’y trouver, car jamais on n’avait vu, et on ne vit dans la suite, chez la princesse, un personnage de sa sorte. Il venait de guérir le prince, déjà administré, d’une pneumonie infectieuse…

C’est ça, la gratitude. Il ne reste qu’un serviteur aux yeux de cette classe.

Professeur E… aurait aimé rester dans la compagnie du narrateur, car il ne connaît personne, mais le narrateur aperçoit le marquis de Vaugoubert, de qui il désire un service. Il ajoute :

Les proportions de cet ouvrage ne me permettent pas d’expliquer ici à la suite de quels incidents de jeunesse M. de Vaugoubert était un des seuls hommes du monde (peut-être le seul) qui se trouvât ce qu’on appelle à Sodome être « en confidences » avec M. de Charlus. 

Si laconique, Proust !

Il passe des pages pour nous raconter la médiocrité de Vaugoubert en tant que diplomate, mais le narrateur voulait que monsieur lui présente au prince de Guermantes. Au lieu de ça, le narrateur se retrouve avec Mme la marquise de Vaugoubert, ce qui l’ennuie parce que :

j’avais convenu avec Albertine… qu’elle viendrait me voir un peu avant minuit.

Ne vous inquiétez pas, il a ses priorités :

on fût à cette époque torride de l’année où la sensualité libérée visite plus volontiers les organes du goût, recherche surtout la fraîcheur. Plus que du baiser d’une jeune fille elle a soif d’une orangeade, d’un bain, voire de contempler cette lune épluchée et juteuse qui désaltérait le ciel.

Quant à la relation entre le marquis et sa femme :

On disait au ministère… que… c’était le mari qui portait les jupes et la femme les culottes… Mme de Vaugoubert, c’était un homme. 

Il ne dit pas qu’elle est lesbienne, juste que :

la femme n’a d’abord pas les caractères masculins, elle les prend peu à peu, pour plaire à son mari

De sa part, son avis du narrateur :

je sentais qu’elle me considérait avec intérêt et curiosité comme un de ces jeunes hommes qui plaisaient à M. de Vaugoubert

Il ne vous étonnera pas à découvrir qu’elle ne présente pas le narrateur au prince !

Ici et là

Aimeriez-vous une bonne nouvelle qui est un peu en conséquence de la perte de mes données ? Je vous ai dit que j’ai perdu mes deux prochains poissons d’avril. Mais en expliquant la situation à un ami anglophone — qui ne parle pas du tout le français et visite ce blog de temps en temps uniquement pour des photos de la pâtisserie — il m’a donné une idée si brillante, si amusante, que j’ai tout de suite commencé à travailler sur le brouillon ce même jour-là, pendant le déjeuner. Je lui ai envoyé un peu en anglais, et nous sommes d’accord que ce sera parmi les meilleures réussites du blog.

Oubliez tout ça maintenant ; tout va le mieux quand vous oubliez tous que c’est le 1er avril.

Malheureusement, j’ai découvert trois nouvelles conséquences de la perte, quand une lectrice m’a envoyé une annonce sur cet hommage de Taratata à Catherine Ringer (lien valable jusqu’au 23 septembre — pas trop longtemps !). Il faut faire quoi pour regarder des clips sur le site de France TV ? « Connecter avec un logiciel pour faire semblant d’être dans l’Hexagone », me dites-vous ? Oh, bravo, vous êtes tous si attentifs ! Oui, mais après ça, il faut se connecter avec un… (roulement de tambour)… mot de passe ! J’ai perdu mes mots de passe pour France TV, TF1 et M6. Je sais, ce sont faciles à réinitialiser, c’est vraiment pas grave, mais je déteste devoir le faire encore et encore. Il reste peut-être autant que 50 mots de passe à régler.

J’ai fait une farce contre La Fille sans l’avoir voulu, et je le regrette. Le 18 octobre, elle passera le PSAT, un examen très important pour son futur. Mercredi, on a reçu une invitation de son lycée pour passer une version pratique samedi à 9h, offert par une entreprise qui aide les élèves à préparer. Cependant, je ne l’ai enregistrée jusqu’à vendredi après-midi. Au lieu d’aller au lycée pour passer l’examen à 9h, elle devra se réveiller tôt pour le passer de chez nous en ligne — à 6h. Je me sens énormément coupable.

Vendredi soir, nous sommes allés au ciné pour regarder La Fin d’Oak Street, toujours dans des salles de ciné ici et là en France. Ce film porte ma recommandation la plus haute. Au moins si vous aimez des films tels que Jurassic Park et un peu de sang ne dérange pas trop. Je ne veux pas donner des divulgâcheurs — mais il s’agit un peu de voyage dans le temps et de dinosaures, et beaucoup d’une famille sous pression. Les spectateurs d’Allociné ne l’ont donné qu’une note moyenne de 2,8 — peut-être que les nombreuses références culturelles aux États-Unis de 1982 pendant les 10 premières minutes les ont laissés perplexes. Je ne savais même pas que les acteurs principaux étaient Ewan MacGregor et Anne Hathaway, mais peu importe — ce qui compte, c’est que la famille au centre de l’histoire est sur le point de l’effondrement au début et ils doivent apprendre à travailler ensemble et résoudre leurs problèmes afin de survivre.

Le centre commercial n’a guère de magasins — regardez comme c’est vide :

Nous allons bientôt regarder Coyote vs. ACME, ce qui risque de ne pas sortir en France, sauf en VO dans quelques cinés à Strasbourg le 26 septembre. C’est une réussite critique aux États-Unis, l’histoire d’un procès intenté par Vil Coyote contre le fabricant de toutes ses pièges pour Bip Bip qui ne marchent pas comme prévues.

Google a encore une fois décidé de tuer la page de blagues — voici une réduction par 3/4 de son trafic au fil des 5 derniers jours :

Mais pour finir sur une meilleure note, voici la coupe glacée que l’on a partagé après le film hier. On a tant souffert, évidemment !

De la glace "cookie dough" à la sauce au chocolat avec plein d'éclats de cacahuètes.

L’égout d’Internet

Il y a une vingtaine de références sur ce blog au site web Quora, ce que je suivais à partir de 2012 en tant que responsabilité professionnelle (c’était un peu un concurrent à l’époque), puis en tant qu’utilisateur. Pour ceux qui ne le connaissent pas, l’idée était (accent sur le caractère passé de ce propos) que des internautes pouvaient y poser des questions sur tout genre de sujet, et d’autres utilisateurs, bien informés, y répondraient. On mettait habituellement ses qualifications avec son nom d’utilisateur afin de montrer pourquoi on pouvait faire confiance à la réponse.

Égout romain en Allemagne, Photo par Raimond Spekking, CC BY-SA 4.0

J’ai arrêté d’y écrire en 2017 parce que c’était devenu un cloaque complètement sans normes de comportement (« Sois gentil, sois respectueux » était anciennement la première règle du site). Puis, j’y suis revenu brièvement en 2020 et 2021, également en français qu’en anglais, pour écrire sur mes expériences en tant qu’élève de français. La version en français était moins nulle qu’en anglais, mais de même façon qu’un accident en cuisine est moins nul que la catastrophe de Bhopal. C’était en partie des expériences malheureuses sur Quora en français qui m’a convaincu qu’il fallait lancer un blog pour m’exprimer — ici, la communauté de lecteurs est respectueuse et il n’y a pas de gens qui voient un article par hasard et décident de jouer au méchant juste pour s’amuser.

En même temps, Quora m’offrait parfois un microphone grand format, où je pouvais m’adresser à un public beaucoup plus grand qu’ici. Quand j’ai râlé sur un échange méchant sur ce site-là en 2023, c’était quelque chose qui m’est arrivé parce que 110 000 francophones avaient vu mon écriture dans un courriel :

Félicitations, nous avons mis votre réponse en vedette dans la Sélection Quora de plus de 110 000 personnes !

Malgré l’accueil plutôt positif pour certaines choses, je ne regrette pas que j’aie quitté le site. L’une des raisons principales, c’est que de temps en temps, on trouve une vieille réponse de ma part et m’écrit quelque chose de vraiment malpoli qui arrive dans mes courriels par surprise.

C’est ainsi que l’on a trouvé une veille réponse — écrit en 2021 — et en a profité pour me traiter de piñata. Voici ce que j’avais écrit :

Question : Est-il difficile de vivre aux États-Unis sans voiture ?

Réponse : Ça dépend. Où?

J'habite à Irvine en Californie. C'est impossible de vivre ici sans voiture. Il y a des transports publics, mais ceux ne visitent jamais la plupart des quartiers. L'école de ma fille est à 12 km de chez moi. Nous n'allons jamais marcher!

À New York City, c'est très courant de ne pas avoir de voiture. Presque tout le monde utilise le métro.

Au milieu du pays c'est aussi impossible de vivre sans voiture. Il y a beaucoup de fermes, et les villages sont souvent éloignés les uns des autres. On a besoin d'une voiture pour aller aux centres commerciales, aux restos, ou chez le médecin.
Capture d’écran

Vous voyez le moindre mot sur la France ? Quelque chose de grossier ? Moi non plus. Mais voici le commentaire du jour :

Reste aux USA et nous fait pas chier avec ton bouffon jaune. Dis à tes kon-citoyens qu'on ne veut plus des ricains. Est-ce clair ?

C'est suivi par une fausse photo de Trump et Pourine en train de s'embrasser.

Pour être clair, cette fausse photo n’est pas la seule dans son commentaire. Le type a mis 5 photos manipulées après son texte.

J’ai dit avant qu’environ 10 % des internautes inconnus se comportent comme ça sur Quora, et que le taux est acceptable, car c’est encore pire dans la vraie vie. J’essaie quand même de soigner les plaintes de ceux qui ont une dent contre tout Américain, car j’espère — follement — qu’il s’agit simplement de ne pas en connaître.

Votre méchanceté n'est en réponse à rien que j'ai dit. Il n'y a aucune critique de la France ici, et en plus, vous parlez à un type qui a écrit plus de 1,3 millions de mots sur le pays pendant les 7 dernières années. Veuillez découvrir mon Tour des Départements, où j'ai écrit quelque chose sur chacun, et peut-être que vous apprendrez à ne pas juger par les origines : (lien vers la page du Tour)

Je ne sais pas pourquoi je me fais perdre du temps comme ça. Il le justifie :

Les USA sont la PLAIE du monde. Comment tant de ricains ont pu voter pour un bouffon tel que "Trompe molle"?

Rien que ça, ce n'est pas de la méchanceté c'est de la LUCIDITÉ !! Que cela plaise ou pas (tant mieux!). Pays de merde !!

Et ce sentiment anti USA n'est seulement de moi ! La France entière et l'Europe en a assez de votre koku qui foit le monde à mal. D'où sort il toutes ses konneries et mensonges ? Il a un groupe spécial konneries mensonge dans sa maison jaune ???

Vous ne pouvez pas le voir, mais il devait revenir pour ajouter le dernier paragraphe. Seulement les deux premiers étaient dans la notification originale dans mes courriels.

Dois-je vous dire que je n’ai jamais une fois cherché l’écriture d’un Français en anglais pour lui dire « Restez en Europe » ? Ce serait malpoli. En plus, tel ou tel internaute ne parle pas pour son pays entier — et n’est pas responsable pour son gouvernement non plus. (Si l’internaute s’appelait Jean-Noël Barrot, ben, il parlerait pour le pays, mais je suis sûr qu’il n’est pas un troll sur Quora. Enfin, j’espère.)

Je ne veux pas que vous pensiez qu’il s’agit d’un problème uniquement français. En août, on a trouvé quelque chose que j’ai écrit en 2020 sur un rendez-vous catastrophique en 2013 (le seul de ma vie avec une femme qui n’était pas mon ex), et m’a laissé ce bijou :

Traduction dans l'article
Capture d’écran

Ça dit : « Est-il possible qu’elle plaisantait et que tu paniques comme un chat effrayé ? » On parle de quelqu’un qui a passé une heure en disant encore et encore qu’elle avait hâte d’adopter La Fille. C’était pourtant notre première rencontre !

Après un certain point, laisser des commentaires sous de vieux contenus, c’est plus du graffiti que du dialogue. Mais quand on nage dans l’égout d’Internet, c’est tout ce à quoi on peut s’attendre.

M. Descarottes trouve son verbe

Il n’y a pas assez de matière ici pour déclarer ce billet une Langue de Molière, mais cette semaine, j’ai trouvé ce qui aurait été sans doute le verbe préféré de M. Descarottes.

M. Descarottes à ses 2 ans, dans sa cage, la tête posée au-dessus d'une gamelle rouge pleine de croquettes et quelques petites carottes.

D’abord, je dois vous présenter l’un des comptes les plus marrants d’Instagram, Wakaka le lapin. L’humour est, disons, pas élevé — dans chaque clip, Wakaka, qui est un lapin en peluche, essaye de « cuisiner » un plat typique français, mais le rate en prenant le nom dans le mauvais sens. Il y a une dame qui réagit à ses bêtises, jamais nommée mais qui fait toujours mine exaspérée.

Par exemple, dans ce clip, il promet de vous montrer comment préparer une « tarte aux herbes de Provence », ce qu’il « réussit » en prenant un train de Paris jusqu’en province pour acheter ses herbes :

Oui, c’est une blague bien pourrie et presque tous ses clips sont à ce niveau. Mais il a récemment promis d’expliquer comment faire un « carrot cake ». Voilà :

Selon lui, il faut repérer une personne qui a un cake et attendre à un moment où elle ne fait pas attention. Puis — je cite — « tu carottes le cake ».

Naturellement, je devais vérifier mon dictionnaire Oxford :

C'est l'entrée pour carotter du dictionnaire Oxford. Le premier sens est « extorquer », en anglais, "cheat". L'autre sens est technologique, d'enlever un échantillon d'un rocher ou un glacier pour l'analyser.

C’est bien là, mais le sens donner est plus « extorquer » que « voler ». Dans les trois exemples, quelqu’un se fait tricher, pas exactement la même chose que ce qu’il fait dans le clip. Mais c’est assez proche vu son style.

Bien sûr, j’ai montré ce clip à La Fille. C’était exactement son sens de l’humour et si j’ai bien compris, sa classe fera la connaissance de Wakaka plus tard aujourd’hui.

Je regrette horriblement que je n’ai pas connu ce mot pendant la vie du pauvre M. Descarottes. Il aurait tellement profité des calembours qui allaient avec !