Dimanche avec un poisson

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, je n’ai avancé que de 17 pages.

Où nous avions arrêté la dernière fois, notre héros était sur le point d’embrasser Albertine, puis s’est arrêté pour demander un « bon pour un baiser » plus tard. Et on dit que moi, je raconte des salades. Il réfléchit :

je n’avais pas songé que l’homme, créature évidemment moins rudimentaire que l’oursin ou même la baleine, manque cependant encore d’un certain nombre d’organes essentiels, et notamment n’en possède aucun qui serve au baiser. À cet organe absent il supplée par les lèvres

Je ne sais même pas où commencer avec lui. On n’a rien de bon à utiliser pour manger, alors on utilise plutôt la bouche, c’est ça ? Mais après deux pages de telles réflexions, il remarque :

tout d’un coup, mes yeux cessèrent de voir, à son tour mon nez s’écrasant ne perçut plus aucune odeur, et sans connaître pour cela davantage le goût du rose désiré, j’appris à ces détestables signes, qu’enfin j’étais en train d’embrasser la joue d’Albertine.

La pauvre.

Albertine était censée partir pour dîner avec une autre personne après cette visite, mais au lieu de ça, elle reste parce que :

Elle semblait gênée de se lever tout de suite après ce qu’elle venait de faire, gênée par bienséance

Le narrateur fait une comparaison entre elle et Françoise à cet égard, et laisse tomber cette pépite :

De Françoise, qui devait pourtant bientôt devenir sa mortelle ennemie…

Je suis certain qu’en fait, Françoise essaiera de sauver Albertine d’elle-même en lui disant de garder sa distance de ce type.

Naturellement, quand elle part enfin, le chien nous révèle que ses pensées sont déjà ailleurs :

— Puisque vous m’y autorisez, quand je pourrai je vous ferai chercher.

Je n’osai lui dire que je voulais tout subordonner à la possibilité de voir Mme de Stermaria…

Françoise m’apporta une lettre qui me remplit de joie, car elle était de Mme de Stermaria, laquelle acceptait à dîner.

Pour ceux qui comprennent l’anglais, il me faut recommander ce clip du Muppet Show, « Quand je ne suis pas près du poisson que j’aime, j’aime le poisson près duquel je suis. »

Ça dit, le narrateur, lui aussi, était censé être ailleurs, chez Mme de Villeparisis. Il y arrive juste à temps pour entendre des ragots à propos du duc et de la duchesse de Guermantes : qu’ils se sont séparés. Il pense aux mots de sa mère :

« Ne continue pas tes sorties pour rencontrer Mme de Guermantes, tu es la fable de la maison. D’ailleurs, vois comme ta grand’mère est souffrante, tu as vraiment des choses plus sérieuses à faire que de te poster sur le chemin d’une femme qui se moque de toi »

La sagesse est à portée.

Il s’avère qu’il avait abandonné ses balades matinales à cause de ça, mais vient de les reprendre, ce qui l’amène à une découverte :

Ce qui me faisait de la peine c’était d’apprendre que presque toutes les maisons étaient habitées par des gens malheureux. Ici la femme pleurait sans cesse parce que son mari la trompait. Là c’était l’inverse. 

Il nous dit ça parce qu’avec la nouvelle de la séparation des Guermantes, il ajoute :

Mais je n’avais pas songé que ma guérison, en me donnant à l’égard de Mme de Guermantes une attitude normale, accomplirait parallèlement la même œuvre en ce qui la concernait et rendrait possible une amabilité, une amitié qui ne m’importaient plus.

Pourtant, comme une dame de ma connaissance qui en se rompant avec son mari a fini par chercher un autre homme avec 10 ans de moins, Mme de Guermantes a tout à coup d’autres idées :

Mme de Guermantes m’aperçut sur ma bergère, véritable indifférent qui ne cherchais qu’à être aimable…

— Non, ne vous dérangez pas, vous permettez que je m’asseye un instant à côté de vous ? me dit-elle…

Mme de Villeparisis passa à ce moment-là.

— Mais je ne veux pas déranger votre conversation avec Oriane, ajouta-t-elle… Vous ne voulez pas venir dîner mercredi avec elle ?

C’était le jour où je devais dîner avec Mme de Stermaria, je refusai.

— Et samedi ?

Ma mère revenant le samedi ou le dimanche, c’eût été peu gentil de ne pas rester tous les soirs à dîner avec elle ; je refusai donc encore.

— Ah ! vous n’êtes pas un homme facile à avoir chez soi.

— Pourquoi ne venez-vous jamais me voir ? me dit Mme de Guermantes quand Mme de Villeparisis se fut éloignée…

— C’est ennuyeux de ne jamais se voir que chez les autres. Puisque vous ne voulez pas dîner avec moi chez ma tante, pourquoi ne viendriez-vous pas dîner chez moi ?

Je meurs. On a passé des centaines de pages où telle ou telle personne nous raconte que la duchesse déteste le narrateur, et maintenant, elle n’est qu’une de 3 balles qu’il jongle avec. De tous les rebondissements de La Recherche, celui-ci est de loin le dernier auquel je m’attendais !

Ici et là

Ça fait un moment depuis la dernière entrée dans cette série, non ?

Vous reconnaissez sûrement le panneau à gauche, mais pas le resto qui va avec :

La porte du resto Knife Pleat. Le nom est à droite. À gauche, un panneau rouge dit : Michelin, 1 étoile, 2025.

Knife Pleat était le seul resto français à Orange County à porter même une étoile Michelin. Mais depuis fin juin, pas plus. Je suppose que ce n’est pas malhonnête à afficher un panneau qui dit qu’ils avaient une étoile en 2025 — mais j’ai pris cette photo plusieurs jours après l’annonce, et je suis mal à l’aise avec l’idée de suggérer que ça dure. Vous n’avez jamais lu une critique ici et ça ne changera pas, car il coûte plus de 100 $ la personne pour y manger depuis son début, et je ne vais pas dépenser une telle somme pour moi-même tout seul. Et ça, c’est juste pour le déjeuner — le dîner, c’est plutôt plus de 200 $ après la taxe de vente.

Pour emprunter une expression à quelqu’un, ceci n’est pas un macaron :

Biscuit sandwich en forme de Kirby ; le visage war tamponné sur le haut avec un colorant. Il y a un carré rose de chocolat au goût de fraise au centre, plus grand que le biscuit rond.

Nous avons acheté cette boîte de 6 biscuits chez Kirby Café au Japon :

J’en ai goûté un, et ce n’est certainement pas un macaron, mais j’ai du mal à décrire le biscuit lui-même. Le centre est un carré de chocolat au goût de fraise ; j’imagine qu’avec un sac de Valrhona Inspiration Fraise, je pourrais faire pareil, mais c’est coûteux même par rapport aux autres produits de Valrhona (environ 75 € le kg ici de nos jours).

Voici une traduction de Google du texte de l’intérieur du carton :

Bienvenue au Kirby Café ! Des biscuits moelleux parfumés à la fraise et au beurre fermenté. Du chocolat fouetté à la fraise, à la fois sucré et acidulé. Du chocolat au lait aromatisé à la fraise. Dessinez un visage rond de Kirby sur un « Burger aux fraises » pour savourer le goût de la fraise et obtenir un « Burger sucré de Kirby » ! Bon appétit !

Je serai à une soirée tarot ce soir pour la première fois en 3 mois plus tard aujourd’hui. J’ai déjà fabriqué mon dessert, quelque chose de jamais vu ici, mais il n’est pas prêt à démouler — il doit passer au moins 12 heures au frigo. Alors je ne sais pas encore si c’est une assez grande réussite pour l’apporter, ou s’il me faudra le remplacer avec autre chose. J’ai toujours peur de démouler les choses qui prennent tant de temps, car c’est dommage quand elles échouent au dernier moment. J’espère que ça réussira ; si oui, vous en saurez plus la semaine prochaine.

En parlant de cuisine, si jamais je tourne des vidéos pour mes recettes, vous ne verrez jamais ce qui se passe dans celle-ci :

Elle goûte son appareil — puis elle continue de remuer avec la même cuillère. Je sais, elle ne va pas partager le résultat avec une autre personne, mais je m’en fous. Si vous saviez combien de fois je lave les mains en cuisine, peu importe les ustensiles, vous m’appelleriez Lady Macbeth !

Alors, pour finir, quelque chose d’amusant ? Il y a des semaines, j’ai vu ce dessin sur Instagram par une artiste, Héloïse Weiner (c’est la deuxième partie d’une série de deux) :

Fillette dans une robe rose qui crie : « Eh bon je t'inviterai pas à mon anniversaire ! »
Source

Quand La Fille avait ses 4 ans, j’ai vu une affiche chez son médecin avec des bornes du développement de l’enfant. À 12 mois, ramper, 16 mois, marcher, vous avez l’idée. À 4 ans, l’affiche a ajouté que les enfants commenceraient à menacer tout le monde avec « Tu ne peux pas venir à mon anniversaire » quand ils étaient mécontents. Et voilà, j’avais déjà commencé à remarquer exactement ça non seulement chez elle, mais parmi ses copains de classe. J’adore qu’il s’avère que ce comportement est universel !

Little Tokyo à LA

Hihihi, vous avez tous cru que nous avions fini avec le Japon, mais la vérité, c’est que c’était juste le pays lui-même. Deux jours après notre retour, je me suis retrouvé chez Mitsuwa, une chaîne de supermarchés en Californie du Sud, à la recherche d’un paquet de chocolats Crunky, une bouteille de chocolat froid Georgia, quoi que ce soit. Les symptômes de sevrage étaient graves.

J’ai manger de la cuisine authentique après la déception de tous ces repas à l’américaine. Alors :

Bol de légumes tempura sur un lit de riz blanc

C’est de la tempura, bien sûr, même si aux goûts américains — pas de feuilles de shiso ou de racine de lotus, juste des carottes, des pommes de terre, et des crevettes. À noter, c’est lourdement plus frit que chez Kakaya — plus de panure, et frit à une couleur beaucoup plus foncée. Il y a une leçon, là.

Je n’ai rien trouvé de ma liste, mais j’ai vu ces produits avec plus de « envie d’être français » sur l’emballage. Ce sont tous les deux des langues de chat, mais à gauche, il y a un nom ridicule, « Couque D’asses », alors que les autres promettent simplement d’être des rangu do sha — langue de chat. « Asses » ressemble au pluriel de « ass » en anglais, ce qui veut dire soit « âne » soit « cul ».

Déçu, j’ai dit à La Fille, « Vendredi de cette semaine, tu n’as rien à faire, alors on partira pour Little Tokyo à Los Angeles, à la recherche des choses qui nous manquent ! » En plus, le Square Enix Café et Boutique venait d’ouvrir ses portes, le 20 juin en fait. J’ai donc eu une autre raison pour y aller !

On s’est garé au parking de « Japanese Village Plaza », le centre commercial qui est aussi le centre du quartier. À l’extérieur de trouve une fresque :

Fresque de Little Tokyo

Voici l’entrée. Ça dit clairement « Japanese Village Plaza » :

6 caractères japonais qui donnent le nom

Ben, ça dit Nihon Mura Puraza, où Nihon = Japon, Mura = Village, et Puraza est simplement la translittération du mot anglais « plaza ». On peut dire « place » en français. À côté, il y a une tour en forme de pagode, le point de repère phare du quartier :

Tour rouge avec un toit en forme de pagode

On est passés d’abord par une boutique plein de jouets et d’autres souvenirs, Maneki Neko (les chats qui apportent de la chance). Au-dedans, il y a des trucs de Gundam et d’Evangelion, parmi d’autres :

Vous souvenez-vous des onigiri kujo miso que j’ai découverts à Kyoto ? Le supermarché là, Nijiya, a tout genre de boule de riz comme ça — mais comme Mitsuwa, rien de nos souhaits. Je crois que ces choses ne sont pas du tout importés aux États-Unis. Hélas.

Des centaines de boules de riz triangulaires, avec de nombreux parfums. Chacune est emballée pour être vendue seule.

Voici quelques photos des boutiques. Il y a une boulangerie, Yamasaki (rien à voir avec la société derrière Vie de France), une glacerie, des boutiques de thé, et un resto rapide coréen, Two Hands, qui vend des « corn dogs » (saucissons à bâtonnet, selon les Québécois) :

Derrière ces boutiques, un bâtiment s’appelle « Le Petit Akihabara », d’après le quartier de Tokyo célèbre pour les appareils électroniques :

Entrée du « Petit Akihabara » : un escalier mené à des boutiques au 1er étage, et il y en a aussi au RDC

Comme au Japon, il y a des machines à capsule à go-go :

Boutique Bandai Gashapon, pleine de machines à capsule

Mais aussi une boutique temporaire — les Français disent « pop-up » — consacré à Sega, et les personnages de Sonic, le hérisson :

Quelque chose de spécial pour vous tous : vous savez peut-être que Goldorak était originalement une série japonaise, Grendizer. À son tour, Grendizer faisait partie d’un plus grand univers, Mazinger. Le créateur de Mazinger, Go NAGAI, est passé par cette boutique. En plus de la statue du robot Mazinger, voici un dessin qu’il a fait pour la boutique, ainsi qu’une photo de lui avec son robot :

La boutique de Square Enix est au coin de la rue du Petit Akihabara. Dans son parking, il y a une fresque qui adapte les mascottes de ses deux grandes séries, Chocobo de Final Fantasy et Slime de Dragon Quest, à la vie californienne :

Voici le « café et boutique » lui-même :

Entrée du Café Square Enix

« Mais Justin », me dites-vous, « il n’y a pas de tables ? » Il y a une porte en arrière-plan, au fond de la pièce — le café est par là. C’était fermé au moment de notre visite. Mais je sais que vous voulez voir les peluches dans la vitrine de plus proche :

Vitrine avec deux peluches : Chocobo et Slime en forme de cube

Il n’y avait pas grand-chose dans la boutique — des t-shirts, des Thermos, des peluches — mais j’ai pu poser pour une photo avec Chocobo et Slime :

Moi, portant un polo orange et un jean, à côté d'une statue de Chocobo et Slime

Cependant, il y avait aussi des bandes-sonores. C’est ainsi que j’ai enfin trouvé ce que je cherchais sans succès au Japon, la BO de Final Fantasy VII Rebirth :

Couverture de la BO de FF7 Rebirth

Il y a 7 disques et l’art dans le carton est vraiment superbe, alors voici des photos à haute résolution :

Le reste du quartier a vu de meilleurs jours :

Avant de partir, nous avons déjeuné chez Sushi Gala. Je ne peux pas le recommander — le bœuf teriyaki était mauvais, et même si les sushis de La Fille étaient bons, 50 $ pour le tout était franchement scandaleux :

Il faut finir avec une fresque géante de quelqu’un qui vous ne reconnaîtrez pas. Shohei Ohtani est un joueur de yakyuu — désolé, baseball — pour les Dodgers de LA. Il est peut-être le meilleur joueur de tous les temps — certainement, le seul comparaison qui reste est Babe Ruth, des années 1920. À 10 étages de hauteur vous pouvez voir à quel point ils sont fiers de le revendiquer.

Fresque géante de Shohei Ohtani avec une batte de baseball dans les mains

La mousse glacée aux cookies de Péla

Je vous promets la prochaine recette de Péla ici depuis une semaine et demi, et nous voilà. Pour mettre la scène, littéralement 3 heures après notre retour au comté d’Orange, La Fille est partie chez sa mère pour revenir en vacances, à l’autre côté du pays. Puisque c’était dans le mauvais sens par rapport au Japon, le décalage horaire pour elle était encore pire que pour moi. Je voulais donc avoir une nouveauté de Péla prêt pour son retour. La voilà :

Ramequin de mousse avec des éclats de cookies. En bas à droite, il y a un badge en rouge et bleu qui dit « La Fille approuve ! ».

Allons la préparer !

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Portrait de Molière par Nicolas Mignard

La vérité, c’est où ?

C’est le retour de Langue de Molière avec quelque chose de court que je garde depuis quelques mois. Pour le 1er avril, j’ai écrit un petit fantasme complotiste, et je l’ai intitulé « La vérité est ailleurs », la traduction fournie par Wikipédia du slogan célèbre de la série X-Files, en anglais « The truth is out there. »

Juste après, j’ai vu ce moment absolument hilarant en VF :

Tourné en 1995 et diffusé en VO en novembre de cette année, l’agent Scully dit quelque chose d’absolument ridicule en français : « Je vais appeler Internet. » En soi, ça n’a aucun sens : je me souviens d’un journaliste à l’époque, mais j’oublie qui, qui a dit — en anglais, évidemment — « J’ai posté un courriel à Internet. » On peut excuser un peu ces bêtises, car très peu de monde comprenait comment marchait ces choses. ([Nous, on conjuguons ça plutôt au présent. — Mes parents])

Cependant, c’était un peu moins stupide en VO. En VF, la phrase entière était :

Je vais appeler Internet et leur demander de me faxer les numéros de téléphone de toutes ces femmes.

J’ai trouvé le bon moment en VO dans ce clip de « réactions » par un type qui se croit un influenceur. Ça n’arrivera pas, mon gars. Mais l’important, c’est qu’elle dit plutôt « on-line service » — une bonne traduction littérale serait « le service en ligne ». Malheureusement pour le public français, c’est évident que l’on a mis l’expression originale dans un dictionnaire et à trouvé soit « fournisseur d’accès Internet » (le choix de mon dictionnaire Oxford pour « Internet service provider ») soit juste « Internet » ou « en ligne ». Ne vous méprenez pas — ce n’était pas super en anglais, mais on pouvait imaginer qu’il s’agissait d’un centre d’appels.

Mais dans les commentaires, du clip d’Instagram, j’ai vu une explication éclaircissante :

Mauvaise traduction ! (La pire étant : la vérité est ailleurs quand out there veut dire « à portée »)

Ça a provoqué de nombreuses critiques que j’ai trouvées… mal placées. D’abord, on s’est plaint que « out there » voulait dire « au dehors » [sic], mais que « à portée » voulait dire assez proche pour tenir. Un autre s’est plaint que l’idée est peut-être que c’est proche, mais c’est inaccessible, alors « ailleurs » marche mieux.

Naturellement, ça m’a rendu très curieux car, à vrai dire, je n’ai jamais entendu « à portée » avant. J’ai consulté mon dictionnaire Oxford pour des exemples :

Ça a suffi pour me convaincre que le premier commentaire avait raison. On peut dire « arme de longue/courte portée » pour faire la différence entre une lance et un obusier. On peut également dire « à portée de canon » ou « missile d’une portée de 900 km » — ces distances dépassent clairement ce que l’on peut atteindre avec les deux mains.

Et c’est exactement ça le sens de la phrase originale. Les agents Mulder et Scully cherchent la vérité, et ça veut dire qu’elle existe quelque part et est en principe joignable, même si le moyen pour l’atteindre n’est pas évident. Ça ne veut pas dire que c’est dans l’espace avec les extra-terrestres, mais vu les sujets de la série, je peux comprendre si on en tire cette conclusion.

J’ai donc laissé un commentaire pour en dire autant. Naturellement, tous les experts en anglais m’ont ignoré.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un conte de Toy Story.

Le Japon vous aime

J’avais promis que la fin de nos explorations japonaises serait un cadeau pour vous tous. Le voilà. Tout au début du blog, j’ai écrit un petit billet intitulé « Tout le monde veut être français ». À l’époque, j’ai mentionné des boulangeries asiatiques et britanniques aux États-Unis qui faisaient semblant d’être français. Mais aujourd’hui, je vais vous montrer à quel point la France est populaire au Japon. Vraiment, je n’avais aucune idée que je trouverais tant de preuves !

Toutes les photos dans ce post sont à haute résolution en cliquant.

Notre toute première journée a commencé à Ginza, un quartier plein de boutiques de mode ainsi les grandes surfaces, dont Mitsukoshi. Mais pour y aller nous avons dû prendre un train de la Gare de Shimbashi jusqu’à la Gare de Yurakucho. Et qu’est-ce que l’on voit en sortant de Yurakucho ?

C’est la carte de « Kougnané » (lien en japonais), une pâtisserie à la fois japonaise et française. « Mais Justin », me dites-vous, « ces trucs en forme de hot-dog, même si sucrés, ne ressemblent à rien en France. » Pourtant, ce sont deux spécialités françaises adaptées aux goûts japonais — des kouign-amanns, fourrés sur commande avec de la crème pâtissière ! On ne les trouve pas partout — c’est l’emplacement local d’une pâtisserie à Kyoto.

Regardez Mitsukoshi de plus proche qu’avant. Ils font la publicité des marques Chanel et Goyard :

Dans la rue, toujours à Ginza, se trouve une boutique de Vacheron Constantin, l’horloger suisse :

La Suisse n’est pas la France, je le sais. Mais regardez les vitrines de plus proche :

Tout est en français — les étalages disent « Sud, plein Sud », « L’Essence de l’Orient » et « Les Grands Vents de l’Ouest ». Ce ne sont pas traduits en japonais, car le français est prestigieux.

Peut-être que vous ne me croyez pas : « Mais Justin, c’est juste la campagne du moment. » Descendons au sous-sol de Mitsukoshi. C’est grosso modo un supermarché, comme le sous-sol du Gourmet chez Galeries Lafayette Haussmann. Je vous rassure que tout ce qui suit est 100 % réel ; afin de vous épargner de magnifier les images, des transcriptions suivent.

Première photo : Que désirez-vous ? Vous pouvez en choisir un, pour le manger ce soir ? Voilà mademoiselle, c’est le meilleur. Il est magnifique.

Deuxième photo : Bonjour, monsieur. J’ai goûté un vin de Loire que vous m’avez proposé l’autre jour, il était excellent ! Aujourd’hui, je voudrais un vin riche et puissant. J’ai ce qu’il vous faut !

Troisième photo : Voulez-vous le goûter ? Oui, merci. C’est doux et très bon !

Et ailleurs, sur les fromages, se trouve ce panneau. Je ne pouvais pas prendre les fromages individuels en photo, car j’ai attiré l’attention d’une vendeuse, mais il y avait de la mimoretto sur l’étagère — ou comme on dit en Normandie, de la mimolette.

L'ardoise au-dessus des fromages dit : « Je préfère plus salé. Ça me plaît bien, ce goût. C'est délicieux. » Puis, il y a une liste : « Boutargue, canette rôtie, haricots cuits, pâtes ».

Il n’y a qu’une ardoise dans tout l’étage avec de telles expressions qui n’est pas en français. Elle se trouve en haut d’un étalage de plats préparés :

Ça dit en espagnol : « ¡ Hola ! ¿ Cómo está ? Estoy bien, gracias. » (Allo. Comment allez-vous ? Je vais bien, merci.) Puis en anglais : "Are you hungry? I'm starving. Is there a house specialty?" (Avez-vous faim ? Je meurs de faim. Y a-t-il une spécialité de la maison ?)

Puisque nous sommes chez Mitsukoshi, je dois faire un aparté sur un phénomène japonais — les fruits hyper-ultra-chers. On ne paye pas ces prix pour des fruits typiques. Mais les japonais sont ob-sé-dés par des objets « parfaits », et ils sont prêts à payer des sommes de folie pour des fruits sans fautes. Voici des exemples avec les prix comme légendes :

Ailleurs dans le supermarché de Mitsukoshi, on trouve de nombreuses marques japonaises qui ont pris des noms français et offrent des produits de façon française, si à la japonaise. J’avais deux personnes avec moi qui en avaient déjà eu marre de toutes mes photos, alors je n’ai pu prendre qu’un comptoir en photos, mais vous aurez l’idée. Cette marque, « Galette au Beurre » est fière d’afficher ses liens avec les produits d’Isigny-Sainte-Mère :

Très proche de Mitsukoshi, toujours à Ginza, on a peint les couleurs du drapeau français sur des conduits de climatisation, avec la légende « Aux Amis » :

Retournons à Shimbashi-eki, la Gare de Shimbashi. Là, vous trouverez cette boulangerie, Délifrance, avec ses panneaux qui évoquent la France, même si les petits pains en forme d’oiseau ne sont pas exactement ce qui se trouve là-bas :

N’oubliez pas que c’était dans cette même gare que nous sommes passés par chez Paul !

À la Gare de Komagome se trouve une pâtisserie très française. Malheureusement, j’ai oublié de prendre la pancarte en photo et n’ai pas de nom. Mais vous pouvez voir un choix de 5 parfums de madeleines, ainsi que de nombreuses coupes de sorbets. On a goûté une madeleine au chocolat — je vous dirai que ce n’était pas exactement comme les miennes, mais pas mal.

Vitrine d'une pâtisserie dans la gare. En premier plan, il y a 5 parfums de madeleine : nature, matcha, chocolat, orange et fraise. Pas sûr des parfums des sorbets à gauche, où de l'identité des pâtisseries emballées à droite.

Dans le même quartier, très proche du jardin de Rikugien, se trouve un resto français, Le Lutin (lien en japonais). J’ai franchement très peu d’idées de ce qui dit l’affiche dans sa vitrine, mais il y a une liste de noms en français et japonais sous la date septembre 1989 — L’Aubergade, Le crocodile, Michel Guérard, etc. — et je peux vous dire que le chef s’appelle Takashi ISOGAI (ce qui apparaît en haut de la page avec la liste). Peut-être qu’il s’agit de son CV.

On a dîné un soir au resto de l’hôtel Villa Fontaine. La carte est plutôt « générique asiatique et américain » — poulet tandoori, porc d’Okinawa, burgers, etc. :

Mais en dessert ?

Capture d'écran d'un dessert avec la légende : « Dessert du jour : chiboust à l'orange de Setoka »

À vrai dire, je ne suis même pas sûr de quel est ce « chiboust à l’orange de Setoka ». Il semble être une sorte de biscuit avec une couche de crème (chiboust ? Peut-être), et une couche de sucre caramélisé. Ce qui compte, c’est que le resto cherchait un dessert français pour la carte.

Dans la Gare de Kyoto, en plus de la pâtisserie Grandir, on a trouvé cette pâtisserie, spécialiste en cheesecakes, qui s’appelle « Frais Frais Bon » (lien en japonais). Le nom est écrit en caractères katakana pour les japonais dans les points sur les « i » et sous le point d’exclamation :

Dans une grande surface à Tokyo, Lumine (lien en japonais et anglais), on trouve des douzaines de boutiques de marques différentes. On était là le dernier jour pour chercher un cadeau pour ma mère. On ne l’a pas trouvé dans cette boutique, mais encore une fois, les japonais choisissent un nom français pour avoir l’air chic :

L'enseigne dit « Deuxième Classe »

À Akihabara, nous sommes passés par cette boulangerie, anciennement bien-aimée de moi quand c’était à South Coast Plaza avec un menu plus authentiquement français, Vie de France. C’est en fait une chaîne fondée sur la Côte Est des États-Unis, mais achetée en 1991 par Yamazaki, une grande société de boulangeries au Japon — tout s’explique sur son site américain. Dans les vitrines, encore une fois on voit que la gamme est très loin de ce qui se trouve en France :

Et pour finir, quelques choses que j’ai gardées du magasin 7-Eleven à l’aéroport — car elles montrent une forte influence française. À gauche, oui c’est un Mont Blanc, et le paquet à droite dit « custard cream puff » en anglais — choux à la crème — mais en japonais, ça dit clairement shyū, certainement un effort d’écrire « choux ».

J’espère que ce tour du Japon à la française vous aura convaincu — le Japon vous aime !

Saison 5, Épisode 14 — Au revoir, le Japon

Cette semaine, c’est enfin un pas vers la normalité. Je vous ai promis un cadeau à la fin des histoires japonaises — ça arrive demain. Puis, il y aura le retour de Langue de Molière, et après ça, une recette de Péla. Mais après ça, il y aura une histoire des retombées de nos vacances.

J’ai tenté de faire une recette japonaise ce week-end ; on pouvait manger les résultats, mais ils n’étaient pas à la hauteur de mes attentes pour une publication. Il y aura plus d’expériences. Mais je dois vous raconter le truc le plus ridicule. Mon thermomètre est mort à cause de cette recette. Il y a un mois, il avait déjà commencé à avoir des problèmes. Mais cette fois, le fil qui reliait la sonde à l’écran est tombé dans de l’huile chaude. Je l’ai vu se faire frire, et avec ça, le truc ne s’allume plus.

J’ai eu un moment très inconfortable dimanche à cause du groupe WhatsApp lié aux soirées mecs de l’OCA. Il n’a pas d’événement prévu jusqu’au 23, mais à cause de la Coupe du monde, tout le monde restait actif. Et le sujet du moment était la nouvelle sur Monsieur Balogun et son carton rouge. Disons que je ne suis pas le seul américain du groupe, car il y a quelques maris de françaises, mais je suis certainement le seul prêt à défendre ce qui s’est passé, car à mon avis — et celui d’Andy Davies (lien en anglais), ancien arbitre du championnat d’Angleterre — le contact n’a pas mérité le carton, et en plus (selon M. Davies), l’utilisation d’un clip ralenti pour prendre la décision était contre les règles. Mais à vrai dire, la discussion n’a eu rien à voir avec le carton en soi. Il s’agissait du président américain. Je me suis tu, mais disons que j’étais mécontent de me trouver dans une telle conversation pour les mêmes raisons que je préfère ne pas exprimer d’avis sur la politique française — mais cette fois, ce n’était pas moi l’invité.

Juste à temps pour le pire anniversaire de ma vie, le 50e, Indochine sortira un film de l’Arena Tour, et il y aura 3 concerts à Paris les 26, 27 et 28 novembre. Je sais ce que vous pensez. Cependant, le 26 est Thanksgiving et cette année, La Fille sera chez moi. Ça n’arrivera pas.

Je suis sûr que vous avez tous entendu parler des mésaventures de Lidl quant aux climatiseurs. Profitez donc de cette parodie de Martine vu dans un groupe privé sur Facebook :

Ça dit « Martine à Lidl », et l'image est d'une émeute où Martine lutte contre une femme adulte pour un climatiseur mobile.

Studiocanal est au centre d’un beau scandale mondial, car beaucoup de films de chez eux seront bientôt supprimés des médiathèques des pauvre cons qui ont fait confiance à Sony que le mot « acheter » voulait dire « appartenir ». Tout le monde se moque de moi pour ne pas utiliser de streaming. Mais le 1er septembre, j’aurai toujours tous les films Studiocanal de ma collection dont La Grande Vadrouille, La Cité de la peur et L’Aile ou la cuisse.

La Fille m’a convaincu à télécharger une appli, Pikmin Bloom, pour que nous marchions plus ensemble. Moi voilà dans l’appli (je n’ai pas changé mon « Mii » depuis 10 ans déjà ; je sais qu’il ne me resemble plus, surtout à cause des lunettes) :

C'est un peu moi, avec plus de cheveux blonds qu'au présent, des lunettes rectangulaires, une veste noir, une chemise blanche et un jean bleu.

Notre blague traite d’un concessionnaire automobile. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Traductions et Première Fois.

Sur le blog, il y a aussi La cuisine japonaise, sur les plats goûtés en vacances, C’est le 1er, version juillet 2026, ma revue mensuelle de mes blogs préférés, Les achats des vacances, sur les souvenirs achetés pendant le voyage et Mes plaintes, édition soleil levant, la traditionnelle liste de plaintes après chaque voyage.

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Dimanche avec un bon

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.

Quand nous avions quitté le livre la dernière fois, la grand-mère du narrateur était en train de mourir. Les Guermantes ont insisté sur faire un appel à un certain docteur Dieulafoy, qui arrive maintenant :

 Le docteur Dieulafoy a pu en effet être un grand médecin, un professeur merveilleux ; à ces rôles divers où il excella, il en joignait un autre… qui était de venir constater l’agonie ou la mort.

Il excelle surtout à reconnaître l’évident :

Après avoir regardé ma grand’mère sans la fatiguer, et avec un excès de réserve qui était une politesse au médecin traitant, il dit à voix basse quelques mots à mon père… Mais déjà celui-ci avait détourné la tête, ne voulant pas importuner, et sortit de la plus belle façon du monde, en prenant simplement le cachet qu’on lui remit.

Finalement, après des douzaines de pages, la grand-mère n’est plus :

Françoise ne put résister à cette vue et éclata en sanglots. Me rappelant ce que le médecin avait dit, je voulus la faire sortir de la chambre. À ce moment, ma grand’mère ouvrit les yeux… Ma grand’mère était morte.

On passe maintenant au deuxième chapitre, intitulé ainsi :

CHAPITRE DEUXIÈME

VISITE D’ALBERTINE. PERSPECTIVE D’UN RICHE MARIAGE POUR QUELQUES AMIS DE SAINT-LOUP. L’ESPRIT DES GUERMANTES DEVANT LA PRINCESSE DE PARME. ÉTRANGE VISITE À M. DE CHARLUS. JE COMPRENDS DE MOINS EN MOINS SON CARACTÈRE. LES SOULIERS ROUGES DE LA DUCHESSE.

Le narrateur décide de rendre visite encore une fois à Mme de Villeparisis :

je comptais ce soir même aller entendre une petite pièce qu’on jouait chez Mme de Villeparisis. 

Un détail qui parle de l’époque :

Depuis le matin on avait allumé le nouveau calorifère à eau.

Êtes-vous prêts pour une surprise ?

Il me pesait d’autant plus d’être seul ce dimanche-là que j’avais fait porter le matin une lettre à Mlle de Stermaria. 

Quoi ? Il avait quitté Balbec il y a un tome sans jamais lui parler ! Mais la raison est assez surprenante :

Robert de Saint-Loup, que sa mère avait réussi à faire rompre, après de douloureuses tentatives avortées, avec sa maîtresse, et qui depuis ce moment avait été envoyé au Maroc pour oublier celle qu’il n’aimait déjà plus depuis quelque temps… il avait rencontré à Tanger Mlle ou plutôt Mme de Stermaria, car elle avait divorcé après trois mois de mariage. Et Robert se souvenant de ce que je lui avais dit à Balbec avait demandé de ma part un rendez-vous à la jeune femme.

J’imagine que dans les coulisses, elle a dû faire quelque chose d’horrible à Saint-Loup pour mériter cette punition. Mais je ne comprends pas bien Saint-Loup, car :

La rupture de Saint-Loup avec Rachel lui était très vite devenue moins douloureuse, grâce au plaisir apaisant que lui apportaient les incessantes demandes d’argent de son amie.

Hein ? Le narrateur explique, mais je ne le trouve guère éclaircissant, que :

Aussi chaque demande est-elle accueillie avec la joie que produit une accalmie dans la souffrance du jaloux, et suivie immédiatement d’envois d’argent, car on veut qu’elle ne manque de rien, sauf d’amants…

Ça dit, ce n’est pas Mme de Stermaria qui rend visite au narrateur :

Tout d’un coup, sans que j’eusse entendu sonner, Françoise vint ouvrir la porte, introduisant Albertine qui entra souriante, silencieuse, replète, contenant dans la plénitude de son corps, préparés pour que je continuasse à les vivre, venus vers moi, les jours passés dans ce Balbec où je n’étais jamais retourné.

Notre génie des relations amoureuses nous dit que :

Certes, il est plus raisonnable de sacrifier sa vie aux femmes qu’aux timbres-poste, aux vieilles tabatières, même aux tableaux et aux statues. Seulement l’exemple des autres collections devrait nous avertir de changer, de n’avoir pas une seule femme, mais beaucoup. 

Les vieilles habitudes d’instrumentaliser les autres reviennent vite :

Voulant et n’osant m’assurer si maintenant elle se laisserait embrasser, chaque fois qu’elle se levait pour partir, je lui demandais de rester encore… Certes je n’aimais nullement Albertine… il me faisait rêver à la fois de mêler à ma chair une matière différente et chaude, et d’attacher par quelque point à mon corps étendu un corps divergent…

Mais après une intrusion de Françoise, on entend :

Quand Françoise fut sortie de la chambre et Albertine rassise sur mon lit :

— Savez-vous ce dont j’ai peur, lui dis-je, c’est que si nous continuons comme cela, je ne puisse pas m’empêcher de vous embrasser.

— Ce serait un beau malheur.

Ah oui, est-ce que ça arrive enfin ?

— Si vraiment vous permettez que je vous embrasse, j’aimerais mieux remettre cela à plus tard et bien choisir mon moment. Seulement il ne faudrait pas que vous oubliiez alors que vous m’avez permis. Il me faut un « bon pour un baiser ».

C’est une façon de dire que « non ».

La porte fermée

Au passé, j’ai parlé de ma curiosité sur une autre vie, celle où j’ai appris le français au lycée au lieu de l’espagnol. En fait, ce n’était pas le seul tel rêve. À la fac, j’ai dû apprendre une langue asiatique en tant que linguiste, et le japonais a été le choix évident. En partie à cause d’une certaine Dana (qui n’était pas japonaise elle-même), en partie à cause de mes passions pour les jeux vidéo et l’anime — et en partie, pour une autre raison souvent méprisée.

En 2022, je vous ai parlé d’un t-shirt, un souvenir de mon premier cours de japonais, avec 10 raisons pour le suivre, dont :

Numéro 8 : « Nihonjin no kanojo ga dekiru » — « Être capable d’avoir une copine japonaise ». Aux États-Unis, tout le monde croit que c’est la seule et unique raison pour laquelle un homme étudie le japonais. Je dirais deux choses : 1) Ce cours est arrivé 3 ans après le lycée, où j’ai demandé de sortir deux fois avec la mémé japonaise sans succès. C’était donc trop tard. 2) Vu qu’il y a presque 2 fois plus de japonais que de français (124 M versus 68 M), si c’est vrai, je suis bien incapable de compter.

Parlons en japonais

En fait, j’ai minimisé le mépris lié à cette raison. Pour autant que je sache après des recherches, il n’y a pas de page sur Wikipédia en français avec un article équivalent. En anglais, on a tout un vocabulaire pour mépriser un homme s’il apprend n’importe quelle langue asiatique : « yellow fever », littéralement, fièvre jaune, considéré une fétiche (lien en anglais) ; « weeaboo » ou « wapanese », des mots particulièrement pour un homme blanc si on le juge trop intéressé au Japon en particulier ; même « egg », littéralement, œuf — blanc à l’extérieur, jaune à l’intérieur.

Ça dit, Mireille Dumas en était bien au courant en 1989, et l’INA est revenu sur le sujet en 2023. L’interview est professionnelle, mais… disons que M. Jarry montre toutes les qualités (ou défauts, selon votre point de vue) de cette personnalité :

Je suppose que j’ai avoué une certaine culpabilité avec ma bibliothèque de musique, mais je nie absolument tout ressemblance à ce type, même à la fac.

J’ai une grande faiblesse pour la culture, pour de nombreuses raisons. Si je suis grand fan auto-proclamé du vouvoiement, que penser d’une culture où tout le monde s’incline en remerciant les autres, ou bien en entrant dans la voiture d’un train ? Que penser d’un pays qui utilise mes jeux préférés comme des pubs pour visiter ses propres régions, comme ça :

Si c’est vrai que je n’aime pas une belle partie de la cuisine japonaise — notamment tous les trucs fermentés, le natto et les tsukemono — ben, c’est également le cas que je n’aime pas la choucroute. Pourtant, vous avez vu au fil du voyage que je n’ai pas hésité à goûter des choses nouvelles pour moi, et que je les ai aimées. Il aurait été très facile pour moi d’adopter cette culture-là de même façon que sur ce blog.

Or, il y a longtemps, j’ai fait un choix exprès de ne pas la poursuivre, et c’est parce que je suis arrivé à croire qu’il y aurait toujours des limites au point où je serais accepté, et pire, que je ne comprendrais vraiment jamais quand on n’était pas honnête avec moi, de peur de donner offense. Je vous ai donné un peu de l’histoire de cette fille au lycée, mais ce que je n’ai pas dit, c’est que bien qu’elle soit l’une des deux personnes les plus brillantes que j’ai connues, et peut-être encore plus naïve que moi, elle m’a donné l’excuse la plus stupide que j’aie jamais entendue de la vie. Au début, je croyais que c’était simplement qu’elle m’a pris pour un con (pas sans raison). Cependant, au fil des années, je suis arrivé à reconnaître que les rejets des japonaises n’étaient pas comme les autres. Ce n’est pas une réflexion originale à moi, mais c’est vraiment difficile de dire simplement « non » dans cette culture. Pour être bien clair, je parle strictement de laisser de faux espoirs. Mais ça apporte son propre genre de malentendus.

Alors, après un certain temps, j’ai décidé qu’il me fallait quitter cette culture, et fermer la porte à clé. J’ai abandonné l’anime tout court un ou deux ans après la naissance de La Fille, j’ai laissé tomber mes connaissances de la langue bien que le japonais soit le sujet de mon mémoire de master, et j’ai limité les jeux vidéos pour moi-même aux classiques du passé, même avant les problèmes de mes mains à tenir des manettes. Ce n’est pas par hasard que j’ai joué à Final Fantasy V en français, au lieu de Final Fantasy XVI.

Je ne comptais pas sur revoir le Japon — cette année marque 30 ans depuis mon autre visite. Cependant, La Fille voulait le voir, et je n’ai jamais oublié ce que j’aimais. Je n’ai jamais jeté mes collections de musique ou de cassettes VHS non plus (même si je n’ai plus de magnétoscope). J’étais bien choqué par quel point je me suis senti à la maison pendant ce voyage, entouré par des affiches où la compagnie ferroviaire fait le lien avec Détective Conan, une série que j’aimais tellement :

Affiche qui annonce une promotion de Japan Rail, utilisant les personnages de la série Détective Conan

Depuis notre retour, je trouve que c’est encore une fois difficile à lâcher prise. Je continue toujours avec Duolingo en japonais, même si ça ne sert à rien, et je viens d’acheter les ingrédients pour l’une des recettes du voyage que je veux tester. C’est une affaire amoureuse qui ne m’a jamais apporté que des chagrins ; pourtant, j’ai encore du mal à la quitter.

Mes plaintes, édition soleil levant

Je sais qu’à la fin de chacune de mes vacances, ce à quoi vous vous attendiez le plus, c’est que je râle. Mais la plus vieille partie de cette tradition, c’est que je râle sur la France. Et vu que je viens de passer une semaine entière dans un pays où les traditions datent d’un millénaire, même plus, il faut respecter les traditions, non ?

C'est l'entrée au hall où les passeports sont contrôlés à Los Angeles -- le panneau sur la porte dit « Bienvenue aux États-Unis d'Amérique ».
Le retour malheureux

Commençons donc avec ce que l’on appelle « l’éléphant dans la pièce » en anglais, la question de la langue. J’ai étudié le japonais pendant 2 années — il y a 30 ans. Et franchement, j’ai réussi toutes mes leçons de Duolingo en juin avec des scores de 98 %, non parce que je suis un génie, mais parce que j’ai raté l’examen au début, et l’appli m’a mis dans une unité trop facile en conséquence. Je connaissais déjà tout ce que j’ai fait avec Duolingo avant le voyage. Pourtant

Savez-vous où je vais ?

Je suis arrivé au Japon avec un niveau tellement pire que mon premier voyage en France, un niveau qui aurait faire pleurer ma chère Miyake-sensei à la fac… mais avec seulement deux ou trois exceptions, les japonais ont vraiment apprécié mes efforts, même s’attendant à un niveau que, franchement, je n’ai jamais possédé de la vie. Partout où je suis allé, je commençais les conversations avec un « Ohayō gozaimasu » (bonjour avant environ 11h), « Konnichi wa » (bonjour jusqu’au coucher du soleil) ou « Konban wa » (bonsoir), je m’inclinais, et ça suffirait pour que la conversation se déroule presque entièrement en japonais. Parfois, j’ajoutais même un « Sumimasen, sukoshi nihongo ga dekimasu, ne » (Désolé, je ne parle qu’un peu le japonais ») et ça provoquait presqu’un sens de gratitude, suivi par des inondations de japonais à un niveau qui dépassait mes compétences. J’étais, comme on dit en anglais, « aussi content qu’une palourde » (veuillez ne pas me demander pourquoi, je n’ai aucune idée — mais c’est une bonne chose).

Que les Français fassent attention à cet exemple !

Cependant, je suis bien au courant que ça vient d’un fond de… comment dire ça… pas racisme, exactement, mais d’attentes si basses que même un koi pourrait les dépasser. Pendant le mois dernier, plus mon compte Insta a reconnu que je cherchais des contenus japonais, plus j’ai vu des clips amers tournés par des Américains d’origine asiatique pour se plaindre qu’en Asie (non seulement au Japon), les locaux flagornaient les blancs qui montraient la moindre compétence en japonais ou en chinois, alors qu’ils pouvaient connaître tres bien les langues et étaient quand même méprisés pour ne pas avoir un niveau natif. C’est-à-dire que cette appréciation est un peu de tricherie de ma part, car j’ai l’air étranger.

Peut-être que c’est un peu mon problème en France ?

Je ne veux pas du tout suggérer que c’était insincère. Il y a eu un moment presque touchant à Kyoto, dans le parc Uzumasa, quand j’ai fait mes excuses pour mon niveau et la femme qui prenait ma commande m’a répondu « Eigo ga dekimasen » (Je ne parle pas anglais). Il n’y avait que très peu de touristes non-japonais dans le parc — c’est vraiment pour les autochtones — et je suis certain qu’elle était vraiment reconnaissant. J’étais sûr d’ajouter « Oishii deshita, arigatō gozaimashita » en partant, « C’était délicieux, merci tellement », et je sais que c’était apprécié.

Ça nous amène à l’autre problème de langue. J’entends souvent des Français, « Bah, notre niveau en anglais, c’est gênant. » Pourtant, même aux stations-service en Normandie, presque tout le monde pouvait changer en anglais dès qu’ils ont entendu mon accent. Au Japon, le niveau d’anglais est tellement pire qu’en France. Même à Tokyo, c’était souvent le cas que le personnel aux grandes surfaces et aux restos ne connaissait que quelques mots. Naturellement, mon père, comment a-t-il réagi ? En « anglaissant » plus lentement et plus fort aux pauvres (La Fille et moi avons fini par adopter le mot « English » comme verbe). Encore pire, il insistait sur utiliser des mots certainement inconnus. Aux États-Unis, si vous buvez soit du café soit du thé dans un resto, il y aura au moins 3, souvent 4 ou 5, couleurs de petits paquets sur la table, chacune avec un genre différent d’édulcorant artificiel (ainsi que du sucre). En anglais, ceux qui ne sont pas de sucre se disent « sweetener ». Et il ne prend jamais du sucre, alors il utilisait ce mot avec tout le monde — je vous promets, personne ne l’a jamais compris.

Il y avait pire. L’une des choses que je déteste le plus en Europe, c’est les lecteurs de cartes de crédit apportés à la table. Dans un pays comme le mien où on ajoute un pourboire, c’est inacceptable que le serveur reste debout et vous regarde en train de le calculer. Ici, le serveur apporte l’addition à la table, et si vous payez par carte, il l’apporte à la caisse et revient avec un ticket que vous signez en ajoutant le pourboire, avec un stylo, sans le serveur. Au moins, c’était comment on faisait avant d’adopter le système européen partout ces 5 dernières années. Je mentionne tout ça car au Japon, en fait vous êtes censé aller à la caisse après avoir lu l’addition, puis le caissier l’entre dans le lecteur, où vous vous occupez de la transaction. Ils ne veulent pas toucher à votre carte.

Mon père insistait encore et encore sur donner la carte aux serveurs, ce qui les rendait visiblement inconfortables. Après plusieurs fois, je lui ai dit, « Arrête de faire ça, c’est bien évidemment pas comment on fait dans ce pays. » Sa réponse ? « C’est comment on fait dans mon pays. »

Je n’en peux plus de ça. Je ne devrais pas partager cette anecdote, je le sais, mais c’était l’expression de tout ce qui énerve le monde entier quant aux Américains. Avez-vous remarqué que j’apprends la langue de chaque pays que je visite, sauf l’Italie ? Ce n’est pas par hasard — on dit en anglais, « Quand on est à Rome, il faut faire comme les Romains. » On sait mieux que notre réputation. Après un certain point, je dois croire que c’est pour me montrer qu’il ne va jamais me laisser mener les choses.

J’ai une petite plainte qu’il faut avoir des billets pour utiliser des cartes. Partout, on n’accepte pas de cartes bancaires, juste des billets ou — de préférence — des « cartes IC ». Une carte IC s’utilise exactement comme une carte bancaire, mais il faut l’acheter uniquement avec des billets. Je n’avais apporté aucun billet, car j’avais entendu parler que l’on utilisait des cartes partout. Comme Humphrey Bogart dans le film Casablanca, j’ai été mal informé.

Vous avez sûrement remarqué que mes plaintes cette fois ne sont guère sur les japonais eux-mêmes. Ce n’est pas par hasard. Demain, il y aura un dernier billet avec mes réflexions sur la grande tristesse derrière ce voyage. Puis, j’ai un cadeau pour vous tous, et après ça, on quittera enfin le Japon.