Je sais qu’à la fin de chacune de mes vacances, ce à quoi vous vous attendiez le plus, c’est que je râle. Mais la plus vieille partie de cette tradition, c’est que je râle sur la France. Et vu que je viens de passer une semaine entière dans un pays où les traditions datent d’un millénaire, même plus, il faut respecter les traditions, non ?

Commençons donc avec ce que l’on appelle « l’éléphant dans la pièce » en anglais, la question de la langue. J’ai étudié le japonais pendant 2 années — il y a 30 ans. Et franchement, j’ai réussi toutes mes leçons de Duolingo en juin avec des scores de 98 %, non parce que je suis un génie, mais parce que j’ai raté l’examen au début, et l’appli m’a mis dans une unité trop facile en conséquence. Je connaissais déjà tout ce que j’ai fait avec Duolingo avant le voyage. Pourtant…
Savez-vous où je vais ?
Je suis arrivé au Japon avec un niveau tellement pire que mon premier voyage en France, un niveau qui aurait faire pleurer ma chère Miyake-sensei à la fac… mais avec seulement deux ou trois exceptions, les japonais ont vraiment apprécié mes efforts, même s’attendant à un niveau que, franchement, je n’ai jamais possédé de la vie. Partout où je suis allé, je commençais les conversations avec un « Ohayō gozaimasu » (bonjour avant environ 11h), « Konnichi wa » (bonjour jusqu’au coucher du soleil) ou « Konban wa » (bonsoir), je m’inclinais, et ça suffirait pour que la conversation se déroule presque entièrement en japonais. Parfois, j’ajoutais même un « Sumimasen, sukoshi nihongo ga dekimasu, ne » (Désolé, je ne parle qu’un peu le japonais ») et ça provoquait presqu’un sens de gratitude, suivi par des inondations de japonais à un niveau qui dépassait mes compétences. J’étais, comme on dit en anglais, « aussi content qu’une palourde » (veuillez ne pas me demander pourquoi, je n’ai aucune idée — mais c’est une bonne chose).
Que les Français fassent attention à cet exemple !
Cependant, je suis bien au courant que ça vient d’un fond de… comment dire ça… pas racisme, exactement, mais d’attentes si basses que même un koi pourrait les dépasser. Pendant le mois dernier, plus mon compte Insta a reconnu que je cherchais des contenus japonais, plus j’ai vu des clips amers tournés par des Américains d’origine asiatique pour se plaindre qu’en Asie (non seulement au Japon), les locaux flagornaient les blancs qui montraient la moindre compétence en japonais ou en chinois, alors qu’ils pouvaient connaître tres bien les langues et étaient quand même méprisés pour ne pas avoir un niveau natif. C’est-à-dire que cette appréciation est un peu de tricherie de ma part, car j’ai l’air étranger.
Peut-être que c’est un peu mon problème en France ?
Je ne veux pas du tout suggérer que c’était insincère. Il y a eu un moment presque touchant à Kyoto, dans le parc Uzumasa, quand j’ai fait mes excuses pour mon niveau et la femme qui prenait ma commande m’a répondu « Eigo ga dekimasen » (Je ne parle pas anglais). Il n’y avait que très peu de touristes non-japonais dans le parc — c’est vraiment pour les autochtones — et je suis certain qu’elle était vraiment reconnaissant. J’étais sûr d’ajouter « Oishii deshita, arigatō gozaimashita » en partant, « C’était délicieux, merci tellement », et je sais que c’était apprécié.
Ça nous amène à l’autre problème de langue. J’entends souvent des Français, « Bah, notre niveau en anglais, c’est gênant. » Pourtant, même aux stations-service en Normandie, presque tout le monde pouvait changer en anglais dès qu’ils ont entendu mon accent. Au Japon, le niveau d’anglais est tellement pire qu’en France. Même à Tokyo, c’était souvent le cas que le personnel aux grandes surfaces et aux restos ne connaissait que quelques mots. Naturellement, mon père, comment a-t-il réagi ? En « anglaissant » plus lentement et plus fort aux pauvres (La Fille et moi avons fini par adopter le mot « English » comme verbe). Encore pire, il insistait sur utiliser des mots certainement inconnus. Aux États-Unis, si vous buvez soit du café soit du thé dans un resto, il y aura au moins 3, souvent 4 ou 5, couleurs de petits paquets sur la table, chacune avec un genre différent d’édulcorant artificiel (ainsi que du sucre). En anglais, ceux qui ne sont pas de sucre se disent « sweetener ». Et il ne prend jamais du sucre, alors il utilisait ce mot avec tout le monde — je vous promets, personne ne l’a jamais compris.
Il y avait pire. L’une des choses que je déteste le plus en Europe, c’est les lecteurs de cartes de crédit apportés à la table. Dans un pays comme le mien où on ajoute un pourboire, c’est inacceptable que le serveur reste debout et vous regarde en train de le calculer. Ici, le serveur apporte l’addition à la table, et si vous payez par carte, il l’apporte à la caisse et revient avec un ticket que vous signez en ajoutant le pourboire, avec un stylo, sans le serveur. Au moins, c’était comment on faisait avant d’adopter le système européen partout ces 5 dernières années. Je mentionne tout ça car au Japon, en fait vous êtes censé aller à la caisse après avoir lu l’addition, puis le caissier l’entre dans le lecteur, où vous vous occupez de la transaction. Ils ne veulent pas toucher à votre carte.
Mon père insistait encore et encore sur donner la carte aux serveurs, ce qui les rendait visiblement inconfortables. Après plusieurs fois, je lui ai dit, « Arrête de faire ça, c’est bien évidemment pas comment on fait dans ce pays. » Sa réponse ? « C’est comment on fait dans mon pays. »
Je n’en peux plus de ça. Je ne devrais pas partager cette anecdote, je le sais, mais c’était l’expression de tout ce qui énerve le monde entier quant aux Américains. Avez-vous remarqué que j’apprends la langue de chaque pays que je visite, sauf l’Italie ? Ce n’est pas par hasard — on dit en anglais, « Quand on est à Rome, il faut faire comme les Romains. » On sait mieux que notre réputation. Après un certain point, je dois croire que c’est pour me montrer qu’il ne va jamais me laisser mener les choses.
J’ai une petite plainte qu’il faut avoir des billets pour utiliser des cartes. Partout, on n’accepte pas de cartes bancaires, juste des billets ou — de préférence — des « cartes IC ». Une carte IC s’utilise exactement comme une carte bancaire, mais il faut l’acheter uniquement avec des billets. Je n’avais apporté aucun billet, car j’avais entendu parler que l’on utilisait des cartes partout. Comme Humphrey Bogart dans le film Casablanca, j’ai été mal informé.
Vous avez sûrement remarqué que mes plaintes cette fois ne sont guère sur les japonais eux-mêmes. Ce n’est pas par hasard. Demain, il y aura un dernier billet avec mes réflexions sur la grande tristesse derrière ce voyage. Puis, j’ai un cadeau pour vous tous, et après ça, on quittera enfin le Japon.
































































































































































































































































