Épisode 47 — du tri et ses résultats

Oh là là, mais cet épisode est biographique ! J’ai écrit sur certaines erreurs de genre, puis je viens de lire cet article d’Alexandre Pratt dans La Presse, un journal numérique de Montréal :

« Le hockey, c’est plus gros qu’on pense en France », a expliqué le hockeyeur d’origine française Antoine Roussel, à la balado Sortie de zone.

Sept suggestions pour le Canadien en Europe, Alexandre Pratt

Voyez-vous le problème ? C’est la balado, parce que c’est abrégé de « baladodiffusion ». OH, NOM D’UN COBAYE ! Et moi, con, je dis « si vous aimez ce balado » pendant l’introduction de chaque épisode. Vous n’avez aucune idée à quel point je suis gêné. Je sais, c’est pas la fin du monde, mon ex a le bon avocat pour ça. Mais ça doit être exactement le genre de chose qu’entendent les gens qui refusent de me parler en français. (À ne pas confondre avec les gens qui refusent de me parler en dehors d’un groupe de Français. Ou, vu que la Saint-Valentin s’approche, les gens qui refusent de me parler tout court. J’ai des compétences à cet égard, et je ne l’aime pas.)

Mais au-delà de tout ça, mon projet de faire le tri et créer de l’espace dans ma cuisine et ma chambre, c’est largement une réussite. Pas toujours fini, mais deux articles ont déjà été produits en résultat. Non, je ne m’attends pas à plus comme ça. Mais si je veux acheter plus de films de la FNAC, j’ai absolument besoin d’un nouveau meuble.

Notre blague de la semaine vient d’une conversation que j’ai lu sur Quora, et est liée à notre discussion de genre grammatical. Il y a trois versions, et je vous les racontent toutes.

Nos articles sont :

Il y a aussi C’est le 1er, version février 2023, devenu trop long pour lire à haute voix, et Une Chandeleur marocaine, avec la recette des msemen.

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Le livre de Piret’s

Ce week-end, je travaille dur pour me débarrasser des trucs inutiles. Ça ne fait pas partie de cette histoire. Mais pendant mes fouilles façon L’Appel d’Am-Heh dans mes cabinets, en plus de quelques artefacts diaboliques, dont la vidéo de mon mariage, j’ai enfin trouvé quelque chose que je veux vous partager depuis longtemps. Voici le livre de recettes de Piret’s, resto à San Diego fermé depuis environ 1991 :

Cette copie n’était pas originalement à moi. Je l’ai trouvé dans une librairie d’occasion il y a des années. Comme mon livre « À table avec Louis de Funès », il y une dédicace au-dedans. Trois dédicaces, en fait, dont une signée par les auteurs, George et Piret Munger.

Il me semble fort probable qu’en fait, l’un des deux l’a signé (en rouge), car toute la dédicace se ressemble — je doute qu’il ait été écrite par deux mains.

Alors, pourquoi partager ce livre ? Vous avez sûrement reconnu que le nom n’est pas français, mais les couleurs le sont assez. En fait, Piret, la femme du couple, était immigrante estonienne. Son mari, George, descendait d’immigrants anglais du XVIIe siècle. Mais ensemble, les deux ont ouvert une école de cuisine, « The Perfect Pan, » puis une chaîne de bistrots, tous appelés « Piret’s. » C’est chez eux où j’ai appris certaines de mes affections pour la cuisine française, ainsi que chez The French Goutmet et chez The Belgian Lion. Presque personne n’était ici quand j’ai raconté l’histoire des trois chefs qui m’ont rendu ce que je suis (les nombreuses erreurs ne sont pas à eux !). Le jeune moi ne le savait pas, mais Pascal Olhats, ma plus grande influence en tant qu’adulte, travaillait chez Piret’s. Il n’est pas mentionné du tout dans le livre, malgré le fait qu’il est sorti après son temps là-bas, alors bien que nous avions des connaissances mutuelles, je ne lui demanderais jamais des question sur le sujet.

Il faut que vous explique que la carte chez Piret’s était toujours « à la française », pas simplement française. D’abord, c’est parce que leur école avait de nombreux profs qui enseignaient des cuisines diverses. Mais c’était aussi un choix de s’adapter aux goûts californiens. Vous allez voir comment ils ont réussi ce but.

La toute première recette du livre est « spaghetti and meatballs » (des spaghettis aux boulettes de viande), une version fortement américaine. C’est un hommage aux origines de George Munger dans le Wisconsin, avec du piment en poudre et des biscuits dits « Saltines » :

Voici leur recette d’escargots. Il y a du beurre persillé, mais le tout est emballé dans de la pâte filo. Ils expliquent que c’était pour un client en particulier, un certain Tawfiq Khoury. Il était un promoteur immobilier très riche à San Diego à l’époque.

Un peu plus tard, on trouve leur recette de soupe à l’oignon. C’est à base de deux bouillons — moitié poulet, moitié bœuf. Je trouve ça inhabituel, mais ils disent que c’est selon la façon lyonnaise. J’ai mes doutes — beaucoup de recettes dites « lyonnaise » (voilà, voilà, voilà et voilà) utilisent soit juste de l’eau soit du bouillon de poule. En revanche, Jacques Pépin, Légionnaire d’Honneur, enseignait souvent chez les Munger, et il travaillait à Lyon au début de sa carrière. Je suis prêt à croire que c’est ça l’origine « lyonnaise ». N’oubliez pas, pour épater les clients américains, il suffit de mentionner un nom français. Vous sous-estimez votre prestige ici.

Malgré le fait que j’ai des souvenirs forts de mille-feuilles chez Piret’s, il y a très peu de desserts rigoureusement français dans ce livre. Voici leur sélection de tartes : au kiwi, aux pommes, rustique aux pommes, à la crème de citron, et à la ricotta et aux amandes. Il serait plus correct de dire que toutes sont élaborées avec des techniques françaises, mais qu’elles ne ressemblent pas trop aux tartes de Gaston Lenôtre.

Il y a au moins un Paris-Brest traditionnel :

Pour moi, Piret’s a disparu avant sa fin en 1991 ; leur adresse habituelle pour ma famille est fermée en 1988, si je me souviens bien. Mais dans une ville la plus connue (quant à la nourriture) pour être la maison de Jack-in-the-Box, une chaîne nationale de burgers qui aimerait être aussi bonne que McDo, Piret’s était une oasis de la culture et des standards élevés. Pour ça, je reste reconnaissant.

Les publicités

Je suis en train de faire le tri ce week-end et me débarrasser de beaucoup de trucs dont je n’ai plus besoin. Et si je suis brutalement honnête avec moi-même, il n’y a aucune excuse pour le fait que ce truc en bas a survécu jusqu’à ce moment. C’est une brochure de publicités que j’ai reçu dans un de mes colis de la FNAC. Je crois que c’était un accident, qu’ils me l’ont envoyée par hasard, parce que toutes ces promotions ne sont valides que dans l’Hexagone. Je n’en ai jamais reçue une autre. Mais à l’époque — je crois début 2021 — je n’ai toujours pas visité la France, et c’était une sorte de preuve que tout ça était réel. Ou au moins que l’on avait passé du temps en créant d’autres sites web pour me tromper, façon The Truman Show.

Alors, qu’est-ce que l’on va trouver au-dedans ? Des trucs absolument banals. Mais si vous ne me croyiez pas, que tout est plus intéressant en français… euh, ça ne va pas changer votre avis. Cependant, je vous promets qu’il y aura des choses à apprendre. Allons-y quand même !

Ce sont juste des draps et des serviettes. Mais j’ai quand même visité leur site, et j’étais choqué. Beaucoup de ces choses sont beaucoup moins chères qu’aux États-Unis. Bien sûr, je n’ai aucune idée du niveau de qualité. Mais même aux grands magasins ici, où les draps coûtent 2-3 fois ce que je vois ici, tout est fabriqué en Turquie, en Égypte, ou ailleurs. Jamais en France comme tous ces choix.

J’ai dû rire un peu avec celle-ci, car le vin me semble un peu stéréotypé. Mais oh là là, visiter leur site, c’est à pleurer — beaucoup de choses que je souhaite que je puisse trouver chez Total Wine. Ils ont quelques vins des Amériques, mais au-delà d’Opus One, je ne les connais pas.

Celle-ci m’a surpris. Un service pour faire garder ses enfants à la maison ? Ça n’existe pas aux États-Unis. On embauche les voisins (souvent leurs ados), ou d’autres familles que l’on connaît à l’école. J’ai trouvé exactement une entreprise dans tout mon pays en la cherchant, et c’est seulement disponible dans nos plus grandes villes. On penserait que c’est juste de la vie quotidienne, mais on s’organise de façon complètement différente.

Au fait, la prochaine fois où j’embauche une telle personne, n’importe comment, sera la première. Les grands-parents m’aident parfois, mais il faut d’abord en avoir besoin, et c’est ça le problème. Merci, les américaines.

Oh, comme celle-ci m’a fait rêver. Il n’y a rien comme Picard nulle part aux États-Unis. J’ai pas dit qu’il n’y a rien de surgelé. Mais un magasin complètement dédié à de tels produits, non. C’était ma curiosité qui m’a fait virer par le gérant la seule et unique fois où j’y ai visité. La prochaine fois, j’achèterai quelque chose.

Ce site me semble plus cher que le premier. Ils ont de bons vins des États-Unis, surtout le Stag’s Leap de Californie, mais vous payerez évidemment aussi cher pour l’avoir importé. Dans un pays où le Château Figeac existe, c’est pas logique. (Je sais, c’est trop cher pour boire tous les jours, mais les prix sont trop proches chez vous !) Ils ont plein de choix moins chers.

Ce truc n’a rien à voir avec moi.

Beaucoup des photos de Flunch Traiteur ont l’air bonnes, mais il faut y vivre pour avoir besoin d’un traiteur. J’ai horriblement du mal avec ce mot. « Traitor » en anglais est « traître », mais les 3 se ressemblent tous.

C’est quoi l’obsession des belges avec les journalistes ? Spirou, Tintin… c’est au moins deux fois le nombre de journalistes qui sont les héros que chez moi ! (L’envers est juste un formulaire pour le commander.)

Pour une fois, quelque chose qui ne donne pas envie. Je ne connais pas l’Olio Carli, mais même Oliviers et Co (qui existe également chez moi) vend principalement des huiles italiennes ou espagnoles. Nous avons un grand stock d’huile d’olive italienne chez moi, et en produisons beaucoup en plus.

Bof. C’est apparemment un magasin qui vend d’autres marques, dont certaines de chez moi. J’aimerai toujours Le Temps des Cerises, la marque que je porte avec fierté. (À chaque fois où j’assiste aux événements de l’OCA ou l’Alliance française, c’est avec leur jeans.)

J’aimerais tellement que la FNAC m’envoie plus de brochures comme celle-ci, mais deux ans plus tard, il y a évidemment très peu de risque que ça arrivera. Ça reste quand même la première chose que je cherche dans chaque colis !

Les impondérables

Quand j’apprenais l’espagnol au lycée, ma chère prof Señora Mouser avait un dicton. Les élèves se plaindraient d’un point de grammaire, puis elle leur répondait « Qu’est-ce que tu en penses ? Qu’il y a 500 ans, un comité de vieux se sont assis autour d’une table en se disant « Que peut-on faire pour embêter Raul ? » C’est ça ? » (N’oubliez pas que nous avions dû adopter des prénoms espagnols ; moi, je tourne toujours la tête si on dit « Diego ».)

Elle voulait être ironique, bien sûr, mais je me demande parfois si c’était seulement parce que la Real Academia Española n’a été fondée que jusqu’en 1713. C’est parce que de plus en plus, je me demande si l’Académie française existe pour exactement cette raison.

Tout ça a été provoqué quand je me suis rendu compte d’une erreur stupide dans ma critique de Prospérine Virgule-Point. Vous êtes apparemment tous trop gentils pour me parler d’une telle chose :

Une monnaie appelée « livre » n’est pas « le », mais plutôt « la ». Tout ce que je peux dire pour me défendre, c’est qu’il n’y a aucun article qui apparaît avec le mot dans le livre :

Toutes les mentions sont des quantités comme ici. Ce qui m’a enfin rendu au courant, c’était un article sur Quora qui a mentionné des exemples de mots qui ont des significations différentes selon leur genre, dont celles-ci. Je connaissais déjà la différence entre un manche :

et une manche :

Mais il y en a beaucoup plus : la politique est ce qui se passe à l’Assemblée Nationale, alors que le politique est la personne qui veut y être. La règle est soit un truc qu’on utilise pour mesurer la longueur des choses soit ce qui est produit par la politique. Cependant, j’ai peur de décrire l’état d’affaires où ce tas de trucs m’appartient :

Des règles et d’autres choses, Photo par Kmtextor, CC BY-SA 4.0

C’est curieux, cette façon d’interdire d’avoir plus qu’une règle à la fois au moyen d’un sale tour linguistique.

Au fait, ce sera le sujet de la prochaine blague de la semaine.

Mais j’ai une autre plainte sur ce thème. Ça concerne les noms de nos états en français. D’abord, je trouve vos habitudes en ce qui concerne les noms étrangers incompréhensibles. Parfois vous insistez pour traduire les noms propres de leurs langues maternelles, au moins de leurs formes en anglais. Par exemple, Kuwait est la version anglaise du nom arabe kuwayt ; en français, on écrit plutôt le Koweït. Par contre, on écrit le Costa Rica bien qu’il y ait une traduction exacte de l’espagnol, la Côte Riche.

Alors on trouve qu’aux États-Unis, New Mexico devient le Nouveau-Mexique et Hawaii devient Hawaï (sans article). Mais le New York n’est pas « Nouveau-York », le New Jersey n’est pas « Nouveau-Jersey », et Massachusetts est juste le Massachusetts bien que ça doive faire mal à la langue pour vous tous. Et croyez-moi, c’est franchement pas facile pour nous non plus ! C’est impossible de comprendre pourquoi vous traduisez certains, mais pas d’autres.

Encore pire, vous faites des exceptions aux règles ! Habituellement, si je vous dis que je suis dans ma ville, je dis « Je suis à Elbe-en-Irvine ». Dans mon comté, « dans le comté d’Orange ». Dans un état, ça suit les règles pour des départements selon le féminin ou le masculin : « en Californie », « dans le New Jersey ». Mais il y a deux exceptions : « au Texas » et « au Nouveau-Mexique ». Personne ne m’a jamais dit la raison, mais peut-être que ça a quelque chose à voir avec les deux ayant les noms d’autres pays. Après tout, il y avait une République de Texas avant qu’elle ne fasse partie des États-Unis. Pourtant, le Nouveau-Mexique n’était jamais son propre pays. Mais plus important :

Pourquoi est-ce que vous avez des avis forts sur ce sujet ?

Et franchement, je soupçonne depuis longtemps que l’on dit « au Québec » au lieu de « dans le Québec » pour être un peu coquin. Mon explication pour le Texas et le Nouveau-Mexique ne s’applique pas au Québec, parce qu’il était toujours soit une colonie soit une province, jamais un pays indépendant.

Tout ça, c’est-à-dire que dans une langue souvent très logique, quand vous faites des exceptions, elles ne sont jamais petites. Elles confondent. Mais peut-être que c’est pour s’assurer que les élèves font attention. Cela, ce serait l’explication la plus française de toutes !

Une Chandeleur marocaine

Désolé, mais j’ai oublié que j’avais déjà une recette à faire pour aujourd’hui. Je vous jure que Langue de Molière réapparaîtra demain.

Aujourd’hui étant Chandeleur, j’ai dû faire quelque chose de nouveau (voici 2021 et 2022 ; le dernier est la réussite des 2). Heureusement, mon amie rouennaise, qui m’envoie des idées presque tous les jours, m’a envoyé cette recette il y a un mois, et dès que je l’ai vue, je lui ai dit « Ce sera ma recette de Chandeleur » ! Voilà, les msemen :

L’autrice, qui utilise seulement son « nom d’Internet », Deli Cuisine, les décrit comme des « crêpes feuilletées », mais je les trouve plus proches du naan indien qu’aux crêpes. Mais dès que l’on dit « feuilletée », je dois au moins essayer. Et pas comme le naan, on mange les msemen avec du beurre et de la confiture. De toute façon, voici un lien vers sa vidéo.

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C’est le 1er, version février 2023

Je continue à copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles. Langue de Molière est donc reporté jusqu’à demain.

Nouveaux à moi :

  • Grain de Sable est le blog d’une française, expatriée aux États-Unis. Si j’ai bien compris, elle est en train de raconter la vie de son grand-père pendant les années 20, et je suis entré au milieu de l’histoire, qui a commencé ici.
  • Suzanne35 offre, plusieurs fois par jour, des réflexions courtes sur de nombreux sujets, souvent à partir d’un dessin ou une citation, comme ici.

Les habituels :

À encourager :

Rien de nouveau à L’Atelier du Phoenix et Histoire2Connaître. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Je découvre l’Orne

On continue maintenant le Tour avec le 61, l’Orne. C’est le département le vingt-troisième moins peuplé, et les habitants se nomment ornais. C’est notre quatrième séjour en Normandie ; il ne nous reste qu’un département normand de plus. Ça me rend triste, parce que comme je vous ai dit, la Normandie aura toujours un avantage injuste chez moi. Et oh là là, vous allez voir exactement à quel point cet avantage existe aujourd’hui !

On commence à la préfecture, Alençon, et surtout avec exactement le genre de renseignement que j’adore, quand les Français m’aident à trouver des pépites. C’est un M. Brisavoine, connaissance de Mme Moutet, qui m’a parlé sur Twitter des vitraux, surtout de l’Arbre de Jesse, de la Basilique de Notre-Dame (1 étoile Michelin). Cette église de la Guerre de Cent Ans, récemment devenue basilique, est aussi remarquable pour ses reliquaires des 3 saints de la famille Martin, Louis, Zélie, et leur fille, Sainte-Thérèse de Lisieux. Avec une telle richesse spirituelle, on passe aussi par la maison natale de Sainte-Thérèse, de nos jours le Sanctuaire Louis et Zélie.

Au Musée des Beaux-Arts et de la Dentelle (1 étoile), on arrête pour les deux collections nommées, dont des œuvres de Courbet et Watteau, ainsi que pour leur collection d’art cambodgien. Aux alentours de la ville, on visite Saint-Céneri-le-Gérei (1 étoile), l’un des Plus Beaux Villages de France, connu pour sa chapelle du XIVe siècle, ses ateliers d’artistes, et son ancienne auberge des sœurs Moisy, dont sa « salle de décapités ». Ce sont des dessins de profils, rien à voir avec Mme Guillotine. ([Dommage, j’avais envie d’en ajouter un. — Mon ex])

Notre prochain arrêt est Carrouges, pour son château (2 étoiles) très inhabituel en briques au lieu de pierres, avec un escalier d’honneur impressionnant, et le site du dernier duel judiciaire de l’histoire en 1386. Je vous conseille ces deux posts du Chat Voyageur pour explorer l’extérieur et l’intérieur en détail. Puis c’est la vieille ville (1 étoile) de Domfront, où on y trouve les ruines des vieux remparts, le donjon de l’ancien château et son jardin public (1 étoile), ainsi que l’Église Saint-Julien (1 étoile), une église en béton du XXe siècle. On part vers l’est, à Argentan, pour deux sites remarqués par Louloute au Chat Voyageur : le Musée Fernand Léger, consacré à l’artiste qui y est né, et le Mémorial de Montormel, (site officiel) où l’armée allemande a bien perdu la Bataille de Normandie en août 1944.

D’Argentan, on tourne un peu au sud-est pour Sées, à ne pas confondre avec See’s, le chocolatier californien célèbre. Mais en passant, on pourrait s’arrêter au Château de Sassy (site officiel), avec un spectaculaire jardin à la française selon les photos de Louloute. À Sées, on visite d’abord la Cathédrale (2 étoiles), érigée du XIIIe au XIVe siècle, avec encore plus de merveilleux vitraux et un autel en marbre du temps de Louis XVI. Puis on visite la Forêt d’Écouves (2 étoiles), pour faire de la randonnée parmi les « chênes, hêtres, sapins, pins sylvestres, et épicéas ».

Un peu à l’est de Sées, on va arrêter à un endroit très important à moi personnellement, l’Abbaye de La Trappe à Soligny-la-Trappe. Les Trappistes sont l’ordre du moine américain Thomas Merton, dont son autobiographie m’a mené aux pensées de Saint-John-Henry-Newman, le modèle pour toute ma personnalité (j’échoue, évidemment, n’étant pas saint).Le reste des américains veulent y passer car notre meilleur gâteau de fruits de Noël est fabriqué par les Trappistes. Si vous ne voulez pas m’accompagner par là, essayez le Musée de l’émigration française au Canada, très proche à Tourouvre-au-Perche. Nous n’avons que deux arrêts de plus. D’abord, le Haras national du Pin (2 étoiles), surnommé le « Versailles du cheval », où on peut assister à des spectacles de chevaux ou découvrir les écuries (ces deux derniers liens sont aussi au Chat Voyageur). On finit à Camembert, village de naissance du fromage célèbre, pour visiter la Maison du Camembert ou la fromagerie Durand, la seule qui reste dans le village lui-même.

Qui sont les personnages les plus connus de l’Orne ? Il y a l’écrivain célèbre, André Breton, né à Tinchebray malgré son nom de famille et fils d’un père des Vosges. Quelle famille perplexe sur la géographie ! Le philosophe et mouche du coche Michel Onfray (je le connais depuis les années 90) est né à Argentan, ainsi que le peintre Fernand Léger (consultez le Chat Voyageur pour plus d’infos) et le linguiste Paul Teyssier. Héroïne du blog et cauchemar des fabricants de baignoires Charlotte Corday est née à Ligneries. Sainte-Thérèse de Lisieux, de qui nous avons aussi parlé dans le Calvados, est née à Alençon, ainsi que le chanteur tragiquement décédé Daniel Balavoine. Marie Harel, inventrice du camembert — le fromage le plus important de la série Miraculous ! — est née à Crouttes.

Quoi manger dans l’Orne ? Est-ce une question ? Le camembert ! Il faut que nous distinguions entre le camembert AOP et le truc vendu aux États-Unis, même importé de la France. Disons-le ensemble : « fromage au lait cru ». Des plats locaux comprennent les tripes en brochette de La Ferté-Macé (à vous), le boudin blanc d’Essay, le boudin noir de Montagne, et la poule au blanc. En dessert, on y trouve la tarte normande, la crêpe à la normande et d’autres spécialités aux pommes. Pour boire, il y a du calvados et du cidre, comme partout en Normandie, ainsi que le poiré, un cidre à base de poires.

Épisode 46 — des dons et des réussites

J’ai essayé quelque chose de nouveau ce week-end. J’ai assisté à une conversation organisée par l’Alliance française, qui a lieu à Moulin tous les deux week-ends. D’une part, n’importe quelle raison pour y aller pour un Saint-Honoré ou un mille-feuille (j’aurai du mal à ne pas appeler ce dernier un « Napoléon » pour toujours) est une bonne raison. D’autre part, c’est pour tous les niveaux. J’ai pas de dent contre les novices, mais j’aimerais trouver un groupe plus avancé.

En parlant d’avoir une dent contre quelqu’un, nous avons dû faire baigner M. Descarottes aujourd’hui. C’est aussi effrayant pour ma fille et moi que pour lui, parce que nous avons peur qu’il aille sauter de l’évier. Si vous n’avez jamais vu un cobaye en train de se secouer afin de se sécher, c’est l’un des trucs les plus violents que j’ai vus. Voici une photo de son dernier bain ; il n’était pas content de moi. ([Je n’en suis toujours pas, sale #%+=€ ! — M. Descarottes])

De toute façon, notre blague de la semaine traite d’apprendre de nouvelles langues. Nos articles sont :

Il y a aussi Mon dîner oisien, avec des recettes du potage Crécy et de la mousse au chocolat avec de la crème Chantilly, et Ne dites pas « les Français » !, un moment bête de la vie anglophone.

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Ne dites pas « les Français » !

Ne me regardez pas comme ça, je suis ici pour vous parler du point auquel nos agences de presse anglophones sont connes. Je n’arrive toujours pas à croire que ça s’est passé.

Tout a commencé quand l’Associated Press a tweeté cet œuvre de génie :

Ça dit, et je suis vraiment désolé parce que vous allez devenir plus stupide en le lisant :

Nous recommandons d’éviter des étiquettes « le/la » générales et souvent déshumanisantes telles que les pauvres, les malades mentaux, les Français, les handicapés, les diplômés. Dites plutôt des choses comme « des personnes avec des malades mentaux ». Et utilisez-les seulement quand bien pertinent. [emphase ajoutée]

Je ne peux pas vous donner un lien vers le tweet original, parce qu’ils l’ont déjà supprimé avec une excuse qui a répété exactement la même chose : faut pas parler de groupes au singulier. Mais comme vous pouvez imaginer, certains ont saisi l’opportunité pour dire « évidemment, faut pas répéter « les malades mentaux » en disant les Français » :

Ha. Ha. Ha. Si drôle ! Évidemment il a dû y réfléchir pendant des heures pour l’avoir !

Puis il y avait plein de réponses comme celle-ci à l’excuse, « Félicitations, pour la première fois, on s’est rendu aux Français » :

J’en ai marre de ce genre de blague. Mais si nous sommes honnêtes, Versailles serait bondé pour toujours si on y emmenait tous les gens qui ont besoin de voir la Galerie des Batailles.

Heureusement, l’ambassade a eu la bonne réponse — « Je suppose que c’est nous maintenant, l’ambassade de francité aux États-Unis » :

Franchement, c’était juste un autre jour qui se termine par « y », comme on dit en anglais. (parce que tous les noms de jours en anglais se terminent ainsi). La langue anglaise dans toute sa splendeur, mesdames et messieurs ! Comprenez-vous maintenant pourquoi tout ceci ?

Prospérine Virgule-Point et la phrase sans fin

D’abord, je dois vous dire que cet article existe seulement grâce à l’aide de Light & Smell. Après sa critique de ce livre, qui m’a donné envie de le lire, elle a entendu parler que je ne pouvais pas l’acheter sur Kindle aux États-Unis, et m’a dit qu’elle allait régler le problème. Je n’arrive plus à trouver la bonne conversation, mais je me souviens qu’elle a enfin parlé à l’éditeur. Quelques semaines plus tard, voilà ! J’en ai besoin parce que ça me permet de chercher rapidement des mots dans un dictionnaire. De toute façon, je l’ai acheté le 11 novembre, et je viens de lire les 50 dernières pages en une nuit après mon examen mercredi !

Il y a à peu près 35 ans, j’ai lu l’un des livres les plus importants de ma vie, The Phantom Tollbooth (Le Péage fantôme). En anglais, naturellement, où c’est un classique de la littérature de jeunesse. Dans ce livre-là, un enfant, Milo, voyage à travers un monde où les maths et les langues sont bien réels, où on déclame son dîner, puis on mange littéralement ses mots.

Prospérine Virgule-Point me rappelle — tout heureusement — mon ancien livre. Tout d’abord, ce livre commence avec une des phrases les plus drôles que j’ai lues :

À l’époque, ce mariage avait fait scandale, car il n’était pas courant pour deux clans aussi importants que les Point et les Virgule de se mélanger et d’oser lier leurs noms par un vilain trait d’union.

Chapitre 1

Un vilain trait d’union ! L’idée elle-même est ridicule ! Pourtant, ça annonce exactement quel genre de livre on va lire. Au cas où ce serait pas clair, quelques pages plus tard, on lit :

Mme Virgule-Point n’appelait jamais son époux autrement que par son grade. Il y avait à ce formalisme une explication très simple : le maréchal avait perdu son prénom durant la guerre contre les Trémas. Cette blessure sur le champ de bataille lui avait d’ailleurs valu les honneurs militaires.

Chapitre 1

Est-ce assez clair ? Un autre exemple : un type plutôt désagréable, un certain Honoré Point-Virgule, parle avec un accent Où Tout Ce Qu’il Dit Commence Par Des Majuscules. (Plus tard, nous rencontrons sa fiancée. Elle Est Encore Pire. Au Moins Honoré s’arrête Parfois.) Où a-t-il appris ça ? À la Capitale, naturellement. Le truc dingue, c’est que je n’arrive même pas à imaginer le son dans les têtes des personnages, mais j’ai fortement l’idée qu’il sonne exactement comme la famille royale britannique, ou La Chenille d’Alice au pays des merveilles (au moins en VO). Le style de l’autrice se prête bien à l’imagination du lecteur, peu importe si on ne peut pas vraiment expérimenter son monde fictif.

Est-ce que je dois vous dire quelle monnaie s’utilise dans ce monde ? L’euro ? Bien sûr que non. Le franc ? Pas non plus. C’est le Livre, naturellement.

Au fait, pour mieux comprendre le monde du roman, les personnages du livre savent qu’ils doivent leur existence à la littérature française (et appellent notre monde le monde réel), mais ne sont pas français eux-mêmes, ni des personnages de la littérature non plus. Ça peut être un peu déroutant, et je me demandais à plusieurs fois s’ils étaient tous faits d’encre, mais c’est apparemment pas le cas. Disons que l’on peut se rendre fou en trop pensant aux règles qui gouvernent le monde de Prospérine. Il vaut mieux d’en profiter.

Il y a un tueur à gages, un certain M. A-N-O-N-Y-M-E, qui se dévoile comme antagoniste important. Je ne veux pas jouer le divulgâcheur, mais dans Chapitre 7 (de 22), son chef lui dit quelque chose qui m’a étonné :

Quant à vos Point et vos Virgule, je vais envoyer une Mary-Sue les surveiller.

Chapitre 7

Au moment de le lire, je me suis devenu fou en me demandant « On parle de la même idée d’un personnage avec trop de compétences et sans défauts qu’on entend par ce nom en anglais ? Je rêve, sûrement ! » Mais oui, c’est bel et bien elle, tirée originalement (lien en français !) des magazines de fans de Star Trek. Il me rend bien heureux de partager cette idée sans devoir l’expliquer.

Et je dois ajouter que pour autant que ce monde apparaisse mignon, pour autant que certaines choses soient difficiles à imaginer, quand M. A-N-O-N-Y-M-E font ses crimes, c’est horrifiant. L’autrice a un talent indéniable pour faire croire le lecteur à la gravité de ce monde. Tout ce parler d’encre et de ponctuation n’empêche pas l’immersion dans cette réalité et j’ai fini par détester M. A-N-O-N-Y-M-E (parmi d’autres) autant que n’importe quel meurtrier quotidien.

Mais c’est une chose de parler du monde que l’autrice a créé. Comment est-ce en tant qu’histoire ? Étonnant. Je me suis trompé sur tout dès le départ — je croyais au début que « la phrase sans fin » serait quelque chose comme « L’Histoire sans fin », qui se renouvelle éternellement. Mais en fait, c’est plutôt littéralement une phrase qui n’est pas terminée (on l’apprend vite), et ça a des conséquences graves. Sauf pour notre héroïne, je me suis trompé du destin de chacun et tous des personnages. Pourtant, il y a des indices pour le lecteur patient (et qui ne galère pas autant avec la langue). La fin est bien logique, et ma seule plainte est qu’elle se déroule plutôt vite dans les 30 dernières pages. Pourtant, je ne dirais jamais qu’il y a même la moindre partie gaspillée — ce monde est un tel délice qu’il vaut bien le coup d’y passer du temps.

J’avoue que je suis plus qu’un peu surpris que ce roman est considéré « de jeunesse ». C’est un roman fantastique, bien sûr, mais en plus de tous les jeux de mots, j’ai du mal à croire qu’un roman aussi complexe, de plus de 300 pages, convienne aux enfants de l’âge collégial.

Pour la troisième fois en trois essais, Mme Light & Smell a recommandé un livre qui valait tous mes efforts de le lire. À mon tour, je vais le recommander dans le groupe privé de l’OCA, car j’espère qu’il gagnera assez d’exemplaires vendus pour que l’édition sorte plus de livres aux États-Unis. J’espère certainement lire plus de livres par l’autrice, Mme Dargelos !