C’est la semaine que je déteste la plus au monde, celle avant la Saint-Valentin, avec des courriels sans cesse pour me vendre des offres de dîner pour 2, ainsi que d’autres bibelots pour me faire honte à cause d’être célibataire. Mais cette année, j’ai vu quelque chose de si choquant qu’à votre place, je commencerais à paniquer à l’idée que l’Apocalypse approche de sa fin.
Mettons la scène. En 2023, je vous ai parlé de l’impôt célibataire, l’idée états-unienne que les célibataires devraient payer deux fois ce qui payent les couples, et ne pas avoir le droit de manger dans certains restos non plus. (« Mais Justin », me dites-vous, « vous détestez le mot ‘états-unien’. Que se passe-t-il ? » Ben oui, et je déteste les gens qui me prennent pour une piñata et veulent m’exclure comme ça.) À l’époque, je vous ai même montré cet exemple, de comment je suis barré du resto BOA Steakhouse à Santa Monica, car célibataire :

Je me cite pour l’expliquer :
À gauche, ça dit « Plus on est de fous, plus on rit : BOA exige 2+ personnes pour réserver une table ». À droite, même temps, même resto. Ils ne manquent pas de tables ; ils préfèrent juste les laisser vides qu’accepter des clients célibataires.
Pour info, j’ai vérifié, et ça reste le cas chez BOA. Mais Fleming’s, un concurrent de menu et de prix très similaire, fait tout autre chose cette année :

Le gros-titre dit « Réservez la Saint-Valentin 3 plats ». Le début de la phrase suivante a failli me faire une crise cardiaque. « Que vous leviez un verre soit à la romance soit à l’amitié soit juste à votre amour de la bonne nourriture et du bon vin… » Quoi ? Vous voulez me dire que pour la Saint-Valentin, je ne suis pas être obligé d’y aller en couple ? Mais ça continue : « Notre carte pour une personne met en vedette un filet et une queue de homard farcie au crabe… »
Désolé, mais quoi ? Vous voulez me dire non seulement que vous accepteriez une réservation de ma part, mais qu’il y a une carte spéciale en plus ? On est toujours aux États-Unis ? Non, pas les États-Unis mexicains, les autres. Au nord. SÉRIEUSEMENT ?
Dès que j’ai vu ce courriel, j’ai appelé un ami pour lui dire : « Je ne sais pas si je devrais pleurer de rires, car après 16 ans seul, je suis enfin accepté quelque part, ou pleurer car les restos sont évidemment sur le point de mourir. Mais il y aura des larmes en tout cas ! »
Il faut ajouter que je ne vais pas y aller. Ce menu coûte 108 $, et je ne dépense pas de telles sommes pour moi-même. Mais l’idée que ça existe tout court, c’est sincèrement choquant. Les choses doivent aller très mal pour que l’on pense à accueillir des clients célibataires. Je vais vous montrer une dernière preuve à cet égard :


Vous pouvez voir qu’il ne reste que deux places le 14 pour 1 personne, à 20h45 et à 21h. Mais nous ne sommes pas limités au bar ou à la terrasse — la capture d’écran à droit montre que je peux choisir la salle à manger, non seulement la terrasse !
Je ne sais même pas comment réagir. Tout ça me semble impossible. Je vous ai rappelé BOA pour vous montrer que ce n’est pas juste mon imagination, que les restos préféreraient laisser des tables vides plutôt que d’accepter un client célibataire. C’est sincèrement la première fois dans mes souvenirs — même avant mon mariage — où on fait de la publicité pour dire que les clients célibataires sont bienvenus. Si c’est vraiment où nous sommes, soit il n’y a plus assez de couples soit il n y a plus assez de personnes avec assez d’argent pour payer deux places.
Mais peut-être qu’il n’y a pas de crise. Peut-être que le resto veut juste sauver les femmes du Comté d’Orange des Dilbert du monde, dont moi :

Dans la première case, Dilbert dit à la femme à table avec lui : « Personne ne veut prendre plus que la moitié de ce qui reste du dernier donut. » Dans la deuxième, il y a la chute de sa blague : « C’est pour ça que je l’appelle le donut de Zénon ! Hihi ! », référence à la paradoxe de Zénon, où on n’arrive jamais à parcourir toute une distance, car à chaque moment, il reste la moitié. Dans la dernière case, une serveuse dit « J’ai entendu un peu de ça. Tu veux changer en alcool fort ? » et madame répond « Dépêche-toi ! »
Mais nous étions tous là avant sans que ça n’arrive. Pour autant que je plaisante ici, si les restos n’ont plus envie de discriminer les célibataires, l’économie doit aller très, très mal, peu importe la raison.






























