Histoire d’amour

Je vous ai promis quelque chose d’hilarant et énervant en même temps dans ma quête à remettre l’horaire des posts. Nous voilà.

Je vous ai parlé de ce compte, « L’eau songeante » il y a deux semaines, et qu’à partir du moment où j’ai commencé à la suivre, mon fil d’actualités ne contient rien d’autre que des influenceuses paraplégiques. Ça a commencé à ralentir un peu ce week-end, mais vraiment, je n’aurais jamais deviné qu’il y avait tant de telles influenceuses. De toute façon

Malgré étant française, madame écrit uniquement en anglais. Je vais donc traduire des captures d’écran pour vous tous, en essayant de capturer le ton plutôt que la bonne grammaire française. Voici la source originale :

Alors, dans cette première capture, elle utilise un mot argotique qui n’a pas de traduction exacte, au moins pas dans un dictionnaire. Ça dit : « Les activités ‘ragebaiting’ de mon mari lui valaient une femme. »

Le verbe « bait » en anglais est soit « appâter » soit « taquiner », et les deux sens sont utiles ici. On pourrait dire « appâter pour faire enrager » et ce serait assez proche.

Elle continue : « Nous nous sommes rencontrés dans les commentaires de ce mème. » Le mème dit : « Pourquoi les chars français ont-ils des rétroviseurs ? — Je ne sais pas, pourquoi ? — Pour qu’ils puissent voir le champ de bataille. »

Nous sommes bien d’accord que je ne dirais jamais une telle chose, j’espère.

Elle continue : « Je suis Française. » On ne le saurait pas sans les emojis de drapeau et de baguette, je suppose.

« Et il est Américain. » Super l’emoji du canyon. Il doit être du sud-ouest comme moi.

« C’étaient ses premiers mots à moi » Il a écrit : « Pas vraiment me vantant de rien mon pote. Juste un autre Frenchie offensé. » Son choix du mot « buddy » suggère qu’il ne savait pas qu’elle était une femme.

« Voici ma réponse » Il y a un message après ça qui dit « Votre commentaire a été supprimé. Seulement vous pouvez voir ces infos. » Le commentaire : « Vous êtes si arrogant et n’avez aucune raison de l’être. Juste un autre être lambda qui se cache derrière un écran et aime se vanter de rien. Pathétique. »

J’ai du mal à comprendre pourquoi les deux commentaires n’ont pas reçu le même traitement !

C’est ici où l’histoire devient énervante :

« Nous voilà moins de deux mois plus tard. » La conversation dans Messenger : « Aussi wouah. Laisse-moi t’épouser déjà. — Je ne peux pas attendre. –Jamais cru que je trouverais mon âme sœur si vite. Mais savoir que l’on aura les 80 prochaines années ensemble fait rater un battement à mon cœur. »

J’aimerais bien savoir ce qui était la deuxième chose que chacun avait dite à l’autre.

Ceci dit : « Notre mariage 9 mois plus tard. »

Et pour finir, « Puis j’ai déménagé aux États-Unis pour être avec lui. »

Nan, mais sérieusement !

C’était trop. Je devais poser une question :

Moi : Attendez, QUOI ? Ça fait 6 ans que j'étudie le français, et même pas un rencard en résultat !

Elle : malheureusement c'est une méthode qui a peu de succès

Je n’ai pas de mots.

Saison 5, Épisode 22 — Des cookies pour Philippe-Égalité

D’abord, mes excuses pour la longueur du dernier Dimanche avec Marcel, si long que je n’osais même pas ajouter mes excuses afin de ne pas le grandir. Puisque l’on est à moitié fini avec Proust, plus tard cette semaine on aura le bilan des 3 premiers tomes — en partie parce qu’il y a une phrase que j’ai écrite et que j’ai coupée juste pour économiser une douzaine de mots. Mais elle resume parfaitement ce qui m’énerve chez lui.

J’ai presque fait un post sur la première mort d’une célébrité de ma vie qui m’a vraiment angoissé. Cette semaine, Peter Cullen, le doubleur d’Optimus Prime, le héros principal des Transformers, est mort. Ce lien est vers AlloCiné — je ne sais pas combien de fois les Français ont entendu sa voix avec des sous-titres au lieu d’être doublé en français, mais l’auteur connaît très bien son travail. J’ai pleuré. Depuis mes 8 ans, Optimus est mon héros, et ça n’a jamais changé.

Je dois poser une question, et je suis un peu surpris que personne ne l’ait pas évoqué. Dans le texte en anglais, ainsi que le texte français de Wikisource, Philippe-Égalité s’écrit avec un trait d’union, comme si c’est un prénom composé. Pourtant, l’entrée de Wikipédia n’utilise pas de trait d’union, comme si c’est un nom de famille. Quel est correct ?

Plus tard aujourd’hui, vous aurez une petite prime, un court deuxième billet juste pour remettre l’horaire dans l’ordre pour que je ne doive plus publier avant minuit (en conséquence d’avoir raté un jour). Je vous promets, j’ai trouvé quelque chose de drôle. Et énervant. Mais drôle.

Il faut que mentionné cet article du Gorafi qui capture parfaitement un phénomène réel :

Hélène, 36 ans, de quitter [sic] Jérémy, 38 ans, après 11 ans de relation. En cause : son manque d’attention envers elle et ses passions qui prennent toute la place dans le couple. Jérémy, ne cache pas sa déception, mais regrette surtout qu’elle l’ait quitté sans comprendre l’importance de Méfalzyr, son mage de niveau 25.

Elle le quitte sans comprendre l’importance de son mage niveau 25

C’est vraiment difficile à atteindre un tel niveau avec un mage dans D&D. En plus, et je parle par expérience, il est peu probable qu’un tel boive, parie, ou drague. Je partage la déception du nommé Jérémy.

Je ne sais pas vous, mais je crois que le grand chef Philippe Conticini est en train de perdre la tête. La légende de cette vidéo décrit une croûte de « feuilletage inversé caramel ». Ça doit être de loin le feuilletage le plus fin jamais réalisé, car invisible !

Dans me souvenirs sur Facebook hier, il y avait cette photo :

Capture d'écran décrit dans l'article.

C’est une capture d’écran d’un registraire de domaine, pour m’inviter à acheter un domaine « .sucks ». Littéralement, c’est « sucer », mais c’est plutôt à comprendre comme « est nul ». Le titre en grosses lettres dit « On présente Enregistrement de domaines défensif »., suivi de « Sauvegarde la réputation de ta marque aujourd’hui ! » Ah non, vous présentiez du chantage. Créer un domaine diffamatoire, puis offrir de me le vendre, ce n’est pas un service utile. Heureusement, il n’y en a pas un avec mon nom (et c’est impressionnant, car il y a un homme politique qui le partage). Que ça reste le cas !

Finissons sur une petite bonne nouvelle. Aujourd’hui est le dernier jour d’un événement dans le jeu Pikmin Bloom. J’ai réussi à collectionner tous les Pikmin du mois (il y a un thème différent chaque mois). hier soir, juste au dernier moment — et regardez à quel point le nombre de pas quotidiens a augmenté ! J’ai même perdu 1,5 kg en août !

Notre blague traite de bananes. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Trop et Concours.

Sur le blog, il y a aussi Hommage à Philippe Bouvard, sur l’animateur de légende, La rentrée de la rentrée, version 1ère/11e, notre retour au lycée, Je découvre Yarol Poupaud, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata et Les cookies arc-en-ciel, le dessert italien-américain.

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Dimanche avec Philippe-Égalité

On reprend pour la dernière fois « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 92 pages. Ayant terminé le tome précédent le 27 janvier (c’était exceptionnellement un mardi à cause d’autres choses), il m’a fallu 7 mois pour ce tome. C’est moins grave que je le croyais, mais je sais que pour beaucoup de monde, on dirait plutôt une décennie.

Proust présente les Guermantes comme descendants de Jean Poton de Saintrailles, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc :

Et comme Saintrailles, ce compagnon de Jeanne d’Arc, avait en épousant une Guermantes fait entrer dans cette famille le comté de Combray…

Mais selon Wikipédia :

Il meurt au château Trompette Bordeaux le 7 octobre 1461, sans postérité.

Jean Poton de Xaintrailles

Ne connaissant pas bien les fables de La Fontaine, cette pépite était choquante une fois expliquée :

celui-ci avait refusé en faisant mettre sur l’enveloppe : « M. de ***, meunier », à quoi le grand-père avait répondu : « Je suis d’autant plus désolé que vous n’ayez pas pu venir, mon cher ami… il n’y aurait eu au repas que le meunier, son fils et vous. »

Le narrateur dit que c’est un mensonge par une ambassadrice turque. Cette même ambassadrice prévient le narrateur de se méfier du duc de Guermantes :

« Vous avez l’air d’être très bien dans les papiers du duc de Guermantes, prenez garde », et comme je demandais l’explication : « Je veux dire, vous comprendrez à demi-mot, que c’est un homme à qui on pourrait confier sans danger sa fille, mais non son fils. »

Lui qui change de maîtresse tous les six mois ! J’en doute. Elle dit en plus que :

Son frère Mémé… a un vrai chagrin des mœurs du duc.

Attendons le 4e tome pour ça ! Plus sérieusement, tout ce parler d’ancêtres et d’homosexualité est pour un aparté qui prendra un aspect plus sérieux plus tard :

Un jour prochain le voyageur qui, au fond de la Bourgogne, s’arrêtera dans le petit village de Charlus pour visiter son église… ignorera que ce nom de Charlus fut celui d’un homme qui allait de pair avec les plus grands.

Je me demande si Proust connaissait bien Shelley.

Le narrateur arrive enfin à quitter le dîner des deux-cents dernières pages, en faisant un faux pas — mais la Princesse de Parme le sauve :

Dans le vestibule où je demandai à un valet de pied mes snow-boots… ne me rendant pas compte que c’était peu élégant, j’éprouvai, du sourire dédaigneux de tous… je vis que Mme de Parme n’était pas partie et me voyait chaussant mes caoutchoucs américains. La princesse revint vers moi. « Oh ! quelle bonne idée, s’écria-t-elle, comme c’est pratique ! voilà un homme intelligent. »… les invités s’empressaient autour de moi pour s’enquérir où j’avais pu trouver ces merveilles.

En quoi sont les aristocrates différents des lycéens populaires ? Rien.

Le narrateur part chez M. de Charlus. Il est très tard quand il voit enfin le baron, qui est mécontent :

« Monsieur, me dit-il… l’entretien que j’ai condescendu à vous accorder, à la prière d’une personne qui désire que je ne la nomme pas, marquera pour nos relations le point final. Je ne vous cacherai pas que j’avais espéré mieux… »

Parmi d’autres choses, il est en colère que le narrateur ne reconnaît pas de messages codés :

Pareillement, vous n’avez même pas reconnu dans la reliure du livre de Bergotte le linteau de myosotis de l’église de Balbec. Y avait-il une manière plus limpide de vous dire : « Ne m’oubliez pas ! »

De Charlus sait faire des crises comme seulement une autre personne de ma connaissance :

— Non, que vous ayez dit que vous me connaissiez quand c’était vrai — car maintenant cela va cesser de l’être — je ne puis trouver cela que naturel et je le tiens pour un hommage, c’est-à-dire pour agréable…

— Monsieur, je vous jure que je n’ai rien dit qui pût vous offenser.

— Et qui vous dit que j’en suis offensé ? s’écria-t-il avec fureur en se redressant violemment sur la chaise longue… Vous ne savez donc pas à qui vous parlez ? Croyez-vous que la salive envenimée de cinq cents petits bonshommes de vos amis, juchés les uns sur les autres, arriverait à baver seulement jusqu’à mes augustes orteils ?

Le narrateur en a assez :

je me précipitai sur le chapeau haut de forme neuf du baron, je le jetai par terre, je le piétinai

Mais c’est un peu de théâtre de la part du baron :

Si la sympathie de M. de Charlus n’avait pas été détruite, il n’aurait pourtant pas pu agir autrement, puisque, tout en me disant que nous étions brouillés, il me faisait rester, boire, me demandait de coucher et allait me faire reconduire.

De Charlus accompagne le narrateur dans la voiture à sa maison en ajoutant :

Un autre vous offrira peut-être un jour sa sympathie comme j’ai fait. Que l’exemple actuel vous serve d’enseignement. 

Je suis ravi de me débrouiller sans.

Dans des réflexions sur la variété de personnalités qu’il vient de rencontrer chez les Guermantes, il laisse tomber :

Les formes d’esprit sont si variées, si opposées, non seulement dans la littérature, mais dans le monde, qu’il n’y a pas que Baudelaire et Mérimée qui ont le droit de se mépriser réciproquement.

De Charlus avait menacé que sans son aide, le narrateur ne se fasse jamais invité chez la princesse de Guermantes (cousine de la duchesse). Mais le narrateur reçoit une invitation, ce qu’il croit une farce. Le jour de cette soirée, il passe par chez le duc et duchesse, où le duc se plaint d’un visiteur dont on n’a pas entendu le nom depuis longtemps :

En revanche, il a suffi que les recherches de Swann sur les Templiers (car c’est inouï la rage des gens d’une religion à étudier celle des autres) l’aient conduit à l’Histoire des Chevaliers de Rhodes, héritiers des Templiers, pour qu’aussitôt Oriane veuille voir les têtes de ces chevaliers. 

Le duc a hâte d’assister à la soirée, et quand d’autres cousines essayent de le reprocher car ils ont tous un cousin gravement malade, il les renvoie :

Aussi, bien que descendues des hauteurs de l’hôtel de Bréquigny pour voir la duchesse… ne restèrent-elles pas longtemps, et, munies de leur bâton d’alpiniste, Walpurge et Dorothée (tels étaient les prénoms des deux sœurs) reprirent la route escarpée de leur faîte. 

Swann arrive et parle au narrateur de l’affaire Dreyfus, ce qui mène à :

— Pour le prince de Guermantes, dis-je, il est vrai, on m’avait dit qu’il était antisémite.

— Oh ! celui-là, je n’en parle même pas. C’est au point que, quand il était officier, ayant une rage de dents épouvantable, il a préféré rester à souffrir plutôt que de consulter le seul dentiste de la région, qui était juif, et que plus tard il a laissé brûler une aile de son château, où le feu avait pris, parce qu’il aurait fallu demander des pompes au château voisin qui est aux Rothschild.

Il s’avère que Swann n’a pas été invité à la soirée. Le duc et duchesse commencent à se disputer sur le caractère du prince devant lui. Certaines choses ne sont jamais oubliées :

Mme de Guermantes… a cru devoir aller mettre une carte dans la semaine à l’Élysée. Gilbert a peut-être été un peu loin en voyant là comme une tache sur notre nom. Mais il ne faut pas oublier que… M. Carnot… était le petit-fils d’un membre du tribunal révolutionnaire qui a fait périr en un jour onze des nôtres. »

— Alors, Basin, pourquoi alliez-vous dîner toutes les semaines à Chantilly ? Le duc d’Aumale n’était pas moins petit-fils d’un membre du tribunal révolutionnaire, avec cette différence que Carnot était un brave homme et Philippe-Égalité une affreuse canaille.

Vu le contexte des pages précédentes, je dois imaginer que Philippe-Guillotiné était évoqué comme rappel que l’on peut changer de nom, mais ça ne va pas le sauver de ce que l’on est.

Vous souvenez-vous de Poullein, le domestique qu’Oriane avait empêché de voir sa fiancée ?

Il allait enfin pouvoir passer de longues heures avec sa promise qu’il ne pouvait quasiment plus voir, depuis qu’à la suite d’une nouvelle scène avec le concierge, la duchesse lui avait gentiment expliqué qu’il valait mieux ne plus sortir pour éviter de nouveaux conflits. Il nageait, à la pensée d’avoir enfin sa soirée libre, dans un bonheur que la duchesse remarqua et comprit. Elle éprouva comme un serrement de cœur et une démangeaison de tous les membres à la vue de ce bonheur qu’on prenait à son insu, en se cachant d’elle, duquel elle était irritée et jalouse. « Non, Basin, qu’il reste ici, qu’il ne bouge pas de la maison, au contraire. »

Les 30 dernières pages sont un tourbillon pour attacher tous ces fils. Les Guermantes ne veulent rien entendre qui les détourneront de la fête. Pourtant :

— Ce sont les médecins qui ont dit qu’il ne passerait pas la soirée. 

— Taisez-vous, espèce d’idiot, cria le duc au comble de la colère.

Et la nouvelle la plus choquante :

— Oui, mon petit Charles, je trouve que vous n’avez pas bonne mine du tout…

— Mais, ma chère amie, c’est que je serai mort depuis plusieurs mois. D’après les médecins que j’ai consultés, à la fin de l’année le mal que j’ai… ne me laissera pas en tous les cas plus de trois ou quatre mois à vivre, et encore c’est un grand maximum, répondit Swann en souriant…

Oriane ne sait plus quoi faire :

Placée pour la première fois de sa vie entre deux devoirs aussi différents que monter dans sa voiture pour aller dîner en ville, et témoigner de la pitié à un homme qui va mourir, elle ne voyait rien dans le code des convenances qui lui indiquât la jurisprudence à suivre…

Sur quoi finit ce tome ? Quel est son choix ? Vous le savez déjà. Le dernier mot est au duc :

— Et puis vous, ne vous laissez pas frapper par ces bêtises des médecins, que diable ! Ce sont des ânes. Vous vous portez comme le Pont-Neuf. Vous nous enterrerez tous !

Avez-vous compris ces 7 derniers mois ? Ces bonhommes, ces monstres de la société, ces piliers du Faubourg Saint-Germain… ne sont en rien de meilleurs gens que vous. Que moi, oui, absolument. Mais vous n’avez absolument aucune raison de les envier.

Les cookies arc-en-ciel

Aujourd’hui, on reprend Un Coup d’Italie avec la meilleure recette italienne-américaine. Ce dessert est inconnu en Italie elle-même, mais c’était inventé par des immigrés italiens pour rendre hommage à leur pays natal. On les appelle « rainbow cookies » ; en français, on dirait « cookies arc-en-ciel ». Voilà :

Gros plan d'une assiette pleine de cookies arc-en-ciel. Ils sont rouge au fond, nature au centre, vert vers le haut, et couvert avec du chocolat.
Haute résolution en cliquant

Je ne sais pas vous, mais je ne peux plus attendre. Allons les préparer !

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Je découvre Yarol Poupaud

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata. Cette fois, c’est Yarol Poupaud, le dernier musicien sur scène avec Pascal Obispo et d’autres pour « Allumer le feu ». (Pouvez-vous donc deviner qui est le prochain sujet ? Apportez du pop-corn !)

Yarol Poupaud (à gauche) et FFF aux Vieilles Charrues 2017, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 4.0

Stanislas Poupaud est né en 1968 à Neuilly-sur-Seine, où l’état civil a fait son tout pour sauver le nouveau-né de ses parents, en refusant le nom « Yarol » pour son acte de naissance. Mais ses parents étaient tombés amoureux d’un recueil de science-fiction avec un personnage nommé Yarol, alors ils l’ont surnommé quand même. Le jeune Yarol a rencontré Marguerite Duras, ce qui rendait Nicolas Sirkis jaloux à jamais, car sa mère travaillait avec l’écrivaine célèbre. En 1987, à ses 20 ans, il fonde un groupe de rock, la Fédération française de fonck (FFF), avec deux amis, et en 1990, ils gagnent un contrat chez Sony. C’est ainsi que leur premier album, Blast Culture, sort en 1991. (À noter : Yarol est guitariste sur l’album mais aucune chanson ne porte son nom comme compositeur.)

La première piste, « New Funk Génération », et son clip officiel annoncent clairement leurs espoirs. Ça commence avec le musicien américain légendaire George Clinton, en train de les adouber sur les marches du Sacré-Cœur :

Les autres singles, « Devil in Me » et « Marco », sont très typiques du genre de « funk » lié à M. Clinton, au point où Marco cite son tube mondial, « Atomic Dog« . L’album s’écoule à 80 000 exemplaires, un modeste succès mais pas un album d’or à l’époque.

En 1993, le groupe sort son deuxième album, Free For Fever (Libre pour fièvre, ne me regardez pas comme ça). L’album est largement en anglais, mais… je ne peux rien comprendre de sa piste « Silver Groover » :

Ça dit, l’ouverture de cette chanson met Yarol en avant comme soliste et il est plutôt bon. « Stone to the Bone » me rappelle fortement le groupe Rage Against the Machine (lancé en même temps que FFF). « King of Party » est plus du premier album, mais encore plus bruyant.

1996 voit un album éponyme, FFF, ce qui gagne une Victoire de la musique, mais pour le meilleur concert plutôt que pour l’album lui-même. Cette fois, l’album est largement en français. Le seul single est « Le pire et le meilleur » ; c’est encore plus de la même chose, mais en français :

Le clip officiel était bien diffusé en France, car on y trouve une jeune Mélanie Thierry. (C’est sur Dailymotion, donc impossible à embarquer directement.) Puis… comment dire ça…

Vous souvenez-vous de ce qui est arrivé à Jaïn ? Que la presse américaine la détestait, car ils croyaient tous qu’elle se moquait de l’accent des noirs ? C’était ridicule, c’était dégoûtant, et ils ont écrasé sa personnalité avec de fausses accusations. Je ne peux pas dire pareil de « Niggalize It ». Je peux seulement dire que si j’ai prononcé ce titre à haute voix dans le bureau de n’importe quelle entreprise, ressources humaines assureraient que je trouvais la porte le plus vite possible. Un homme blanc est strictement interdit de dire soit ce mot soit la plupart des paroles (difficiles de trouver en ligne !) aux États-Unis. Les rappeurs, par contre, peuvent le répéter sans cesse et tout le monde les félicite pour leur courage. Pour un avis que si ce mot est offensif, personne ne devrait le dire, veuillez consulter l’écrivain noir Jason Whitlock (lien en anglais).

C’est donc là où j’arrête de parler de FFF. Cependant, M. Poupaud a aussi une petite carrière en tant qu’artiste solo, avec 4 albums sous son propre nom. On zappe le premier, sorti en 2008, car c’était un EP promotionnel. Mais en 2019, il a sorti un album éponyme, Yarol. Je ne peux pas vous donner un lien, même vers Wikipédia ; pour un si récent album, il y a très peu d’infos en ligne. J’ai trouvé ce single, « Girls » (Filles) :

Sa voix est assez bonne, et la musique révèle qu’il est exactement le guitariste que j’avais cru — très capable. J’ai aussi trouvé ce clip (avec seulement environ 200 vues) d’un concert où il a joué une autre chanson de l’album, « What Am I Supposed to Do? » (Que suis-je censé faire ?). Cette critique fait la comparaison avec Santana, et oui, moi aussi, j’entends « Oye como va » dans la mélodie.

Il y a deux autres albums solos, mais franchement, j’en ai entendu assez. Je ne parle pas de ses autres collaborations, avec Johnny ou Les Vieilles Canailles (Johnny avec Eddy Mitchell et Jacques Dutronc), car c’est déjà évident — il a assez de talent, mais ce n’est pas de sa propre musique.

Que penser de Yarol Poupaud ? C’est probablement évident du texte que je connaisse suffisamment ses sources, mais qu’elles ne soient pas ma tasse de thé. Yarol est assez compétent en tant que guitariste pour avoir une bonne carrière, et il l’a, mais il ne s’agit pas de classiques de la chanson française. Et vous n’avez vraiment aucune idée à quel point cette chanson-là m’a traumatisé. Je ne peux — et je ne veux — avoir rien à voir avec.

Ma note : JE CHANGE DE CHAÎNE AVANT QUE JE NE SOIS VIRÉ.

La rentrée de la rentrée, version 1ère/11e

Il y a deux ans, tout au début de la carrière lycéenne de La Fille, j’ai partagé un peu sur « Back to School Night », la rentrée pour les parents. Hier soir, j’étais de retour pour ce qui se considère l’année la plus importante pour les lycéens, première — ou comme on dit en anglais, 11e.

La Fille suit 6 cours cette année. La première, c’est l’histoire américaine. Je ne connais pas les attentes pour l’examen de « placement avancé » à la fin de l’année, mais selon le prof, il faudra apprendre tous les 47 présidents, les dates de leurs mandats et les partis. Ça me semble inutile — on n’a certainement pas fait ça à mon époque. C’est un peu intéressant que le président William Henry Harrison n’a vécu que 31 jours après son investiture à la Maison Blamche — car il a donné un discours d’environ 2 heures sous la pluie, et a attrapé une pneumonia en conséquence — mais il n’a rien fait d’important dans ce rôle. Son successeur, John Tyler, est largement connu pour être devenu traître pendant la Guerre de Sécession, bien après son mandat. Si c’est ça la qualité des normes éducatives de nos jours, je crains le futur.

Le deuxième cours, c’est la 4e année de français, et sera la fin de ses études à cet égard au lycée. Et si je vous disais que je portais mon t-shirt avec une image de Louis de Funès et son képi de gendarme ? Hihihi, la prof savait exactement de qui j’étais le père ! Elle m’a dit : « Ta fille est si motivée ». S’il ‘est vrai — et il l’est — c’est parce qu’elle a vu ce qui s’est passé sur ce blog pendant les 6 dernières années, ainsi que dans la vraie vie avec l’OCA. Il n’y a pas de meilleure motivation que voir des résultats utiles. Si elle avait appris l’espagnol, la limite de ça serait de passer ses commandes chez Miguel’s en espagnol. Je suppose que nous aurions regardé des films de Cantinflas aussi (on le considère le meilleur acteur comique mexicain, mais même s’il est enterré dans le Panthéon mexicain, je ne le crois pas l’égal de de Funès ou de Bourvil). Je suis soulagé d’avoir évité ce futur.

Il nous va falloir acheter ces deux livres :

Photo d'une diapositive avec 2 manuels que nous sommes censés acheter.

À gauche, c’est Barron’s Guide à l’examen AP de langue et de culture française (ma traduction du titre, évidemment). Barron’s est un journal consacré aux affaires, mais aussi la marque d’une série de référence pour les lycéens. À droite, c’est « 5 Étapes pour réussir un cinq » — la note la plus élevée pour les examens AP. Je ne connais pas cette série, mais le livre pour l’examen de français est écrit par une nommée Geneviève, alors on peut espérer.

Je vais sauter les profs de physique et d’anglais, car ils n’ont eu rien d’intéressant à dire. Ça peut être une bonne chose — j’ai quitté leurs salles sans être choqué.

Le prof de maths s’imagine un humoriste de stand-up. Voici son introduction pour lui-même :

C'est une diapositive avec le nom du prof, les noms de ses cours, et un dessin comme ferait un enfant de 5 ans.

Au-dessous du dessin, il a écrit « Mon premier fourmilier, par <nom supprimé>, 20e année ». Il plaisante — 20e serait un diplôme de la fac, puis la quatrième année d’études pour un doctorat. Je doute qu’il ait un doctorat. Le fourmilier est la mascotte de la fac locale, l’Université de Californie à Irvine.

Mais il est aussi quelqu’un de sérieux. Il a partagé une citation du physicien américain Carl Sagan pour expliquer son but en tant que prof :

Texte traduite dans l'article.

Google traduit ce texte comme :

Je pressens une Amérique telle qu’elle sera à l’époque de mes enfants ou de mes petits-enfants : une nation dont l’économie reposera sur les services et l’information ; où la quasi-totalité des industries manufacturières aura migré vers d’autres pays ; où des pouvoirs technologiques prodigieux seront aux mains d’une infime minorité, sans que quiconque représente l’intérêt public ni même ne saisisse les enjeux ; où la population aura perdu la capacité de définir ses propres priorités ou de remettre en question, en connaissance de cause, ceux qui détiennent l’autorité ; où, cramponnés à nos cristaux et consultant nerveusement nos horoscopes — nos facultés critiques en déclin, incapables de distinguer le sentiment de bien-être de la vérité —, nous glisserons, presque sans nous en rendre compte, vers la superstition et l’obscurantisme…

Selon le prof de maths, il veut éviter ça. Moi, je dirais que nous sommes déjà là.

La meilleure nouvelle de la soirée venait du prof de la fanfare. Il avait planifié un samedi début octobre où la fanfare participerait à un défilé le matin — et un autre le soir. Il vient de décider de supprimer le deuxième défilé de l’horaire. J’en suis ravi.

Mais ne vous méprenez pas — cette année, elle sera stressante.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Il est de nul part

Attendez avec les commentaires, la faute du gros titre est le sujet de la Langue de Molière du jour !

De temps en temps, je peux me féliciter de ne jamais faire certaines erreurs, simplement car je ne les ai pas entendues. En voici une.

Le Figaro a posé la question ainsi :

Faut-il écrire «il n’est nul part» ou «il n’est nulle part» ? Les deux formules caracolent sur le papier. L’une d’elles est pourtant inexacte.

«Nul(le) part»: ne faites plus la faute !

Le problème, selon son autrice, Alice Develey,, c’est que le Français dans la rue, son nez dans son portable qui enseigne toutes les mauvaises leçons des réseaux sociaux, entend dans la tête un accord où il n’y en a pas. Des exemples offerts par Mme Develey :

«Un espèce de manteau», «belle armistice», «grandes pétales», «aphte douloureuse»…

Dans presque tous ces cas, c’est juste une question de se tromper de genre, où de penser qu’il y a un accord avec un objet en dehors de l’expression elle-même. Comme explique Madame Develey :

…l’expression «nulle part» a toujours été au féminin. Le mot «nul» est accordé au mot «part». Cela en fait une locution adverbiale. Elle est donc invariable.

J’ai du mal à voir comment on fait cette erreur par hasard, car j’ai appris « nulle part » comme une expression en soi. Je suppose que si j’avais grandi avec la langue, je pourrais penser que « nulle » devait accorder avec « il » dans, par exemple, la chanson de Mme Sanson. Cependant, ça me semble bizarre, parce que « de » établit que ce qui suit est sa propre expression, que « nul » va donc avec « part » ; ce n’est pas la même chose que « il est nul/elle est nulle ».

Mais ! J’ai dit qu’il y avait une exception ci-dessus, que l’une de ces erreurs n’était pas comme les autres (il y a une comptine en anglais sur ça, « Une de ces choses n’est pas comme les autres »). Et là, on peut justement s’en vouloir à de grands écrivains, au niveau du Panthéon.

« Un espèce de manteau » semble être une erreur où on accorde le genre de l’expression avec « manteau », car c’est une espèce. À l’origine, au XIIIe siècle, espèce venait du latin et était uniquement au féminin :

1. a) XIIe s. vraie espesse « signe, révélation (de Dieu) » (Alexis, ms. S, éd. Paris et Pannier, 1298), attest. isolée

Espèce, Trésor de la Langue française

Mais en fait, il était une fois, les aristocrates se distinguaient de tels que moi en utilisant « espèce » au masculin :

Puis, patatras au XVIIIe siècle! L’aristocrate décide d’employer le mot «espèce» au masculin pour signifier sa différence avec les roturiers, explique le linguiste Claude Duneton. C’est ainsi que le libertin Duclos put écrire en 1751: «L’espèce est l’opposé de l’homme de considération.»

Ces fautes d’inattention qu’on fait au quotidien

Mme Develey nous raconte que tout un défilé de grands écrivains l’ont adopté au masculin comme insulte :

Très apprécié pour son aspect péjoratif, l’espèce passe alors chez les écrivains. Voltaire écrit «un espèce de grand homme», Victo Hugo «un espèce de maure» et Claudel «et quant aux Arabes, tous ces espèces de prophètes à la manque». Non content d’être du mauvais genre, l’«espèce» est aussi de mauvais genre et s’emploie pour insulter. «Espèce d’abruti», «espèce de dindon»… Au vocatif, le mot dépossédé de masculin ou de féminin permet de rendre la femme et l’homme égaux devant l’injure.

Mais comment est-ce possible qu’elle ne mentionne pas le plus grand utilisateur d’espèce comme insulte ? Je parle du capitaine Haddock, naturellement ! Wikipédia garde une liste de toutes ses insultes, et tel est son usage que les éditeurs ont développé un code pour ça :

Lorsqu’une référence est précédée de e, le terme est précédé de « espèce(s) de » dans l’original. Lorsqu’elle est suivie de s, l’expression originale est au pluriel.

Exemple : ectoplasme | eOML.56B3s | Lire : « espèces d’ectoplasmes » (pour cette référence).

Vocabulaire du capitaine Haddock

Alors, pour cet exemple d’ectoplasme, on trouve :

C'est les références pour les mots écornifleur, écraseur et ectoplasme.
Capture d’écran

On voit dans le tableau qu’il y a 15 exemples dans les albums de Tintin, et à 4 fois, il a dit « espèce d’ectoplasme ». Si c’est un peu difficile à suivre, ben, c’est aussi le cas pour notre cher capitaine.

Mais on voit en quoi le capitaine est trop malin pour l’Académie et ses immortels. Il n’y a jamais d’accord avec « espèce » dans cette construction, alors on ne sait pas si le capitaine fait des erreurs.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec le problème de traduire l’un des discours les plus fous jamais enregistrés en anglais.

Hommage à Philippe Bouvard

Sans doute la pire chose sur arriver avec tant de retard à la culture française, c’est que beaucoup de monde appartient déjà au passé. Eddy Mitchell avait déjà pris sa retraite — deux fois ! — avant ma toute première leçon. Belmondo est mort juste une année après. Michel Drucket… ben, nous sommes juste de brèves étincelles de son point de vue. Et ça nous amène au sujet malheureux du jour, l’adieu à Philippe Bouvard.

Philippe Bouvard sur le plateau des Grosses Têtes en 2009, Photo par Jérémy-Jean, CC BY-SA 3.0

J’ai entendu la nouvelle en allumant la radio ce matin pour écouter Les Grosses Têtes, comme souvent pendant l’année scolaire. C’est comme ça que j’ai trouvé l’hommage à Bouvard en train de se diffuser. Au moment où j’ai commencé à écouter, déjà très tard dans l’épisode, c’était le chanteur Éric Laugérias au téléphone pour parler de ses souvenirs (il commence à 25:00 dans cet extrait). Là, j’ai appris une pépite que je n’avais pas connue — je savais que M. Bouvard avait été viré des Grosses Têtes par RTL afin de trouver quelqu’un de plus jeune, mais je ne savais pas que la première fois, c’était pour laisser place à Christophe Dechavanne en 2001 et non Laurent Ruquier en 2014. En plus, c’était l’intervention de M. Ruquier qui a restauré M. Bouvard à son poste pendant 13 ans de plus. J’avais toujours compris que M. Bouvard s’en voulait à M. Ruquier mais je n’ai jamais entendu le côté de M. Ruquier. Franchement, je trouve ce geste étonnant, et je suppose que personne n’aurait pu vraiment faire plaisir à M. Bouvard en tant que successeur. J’ai lu du parler sur Stéphane Bern, mais à vrai dire, c’est facile à dire de telles choses quand elles restent théoriques.

De toute façon, écoutez surtout M. Laugérias à partir de 26:00 dans le clip lié ci-dessus. Il mentionne qu’avec Karl Zéro, il avait produit des sketches pour M. Bouvard où il faisait semblant d’être « un général russe, un cuisinier italien », et alors que presque personne ne lisait ce blog à l’époque, en 2021 j’ai parlé d’une autre collaboration de Messrs Zéro et Laugérias que je connaissais en tant que fan des X-Files dans les années 2000. Il reprend brièvement cette matière, et ça vaut la peine.

Je dois dire que je trouve la couverture tous azimuts de RTL à cette occasion un peu trop, avec une chaîne tout Bouvard dans l’appli :

Capture d'écran de la nouvelle chaîne sur web « RTL Radio Bouvard », avec une photo de lui des années 1970.

Après tout, si M. Ruquier a les mains propres, c’est certainement moins le cas pour la gestion qui l’a viré deux fois ! Il me semble que c’est plus apprécié après sa mort qu’à la fin de sa vie, et ça, je trouve dommage.

Si ce blog a un tout petit rôle dans les événements du jour, c’est qu’en quelque sorte, je suis devenu la référence pour l’histoire de Mme Leprieur d’Agon-Coutainville. Une centaine d’internautes l’a visitée hier :

Capture d'écran de mes statistiques du 24 août -- l'article sur Mme Leprieur en tête avec 95 vues, devant même les blagues

Je ne l’aurais jamais cru, mais après Wikimanche, le site officiel de référence pour son département, je suis le deuxième résultat pour une recherche de « Madame Leprieur » :

Capture d'écran de Google -- barre de recherche, Wikimanche, puis ce blog

C’est étonnant de relire cette histoire, aussi écrit en 2021, en se rendant compte qu’il me fallait une année de plus, et la recommandation d’une amie, pour découvrir Les Grosses Têtes — il ne m’est jamais arrivé à l’esprit que l’émission existait toujours !

Mais mon souvenir de Philippe Bouvard ne vient vraiment pas des Grosses Têtes. Pour moi, il sera toujours l’animateur de « Tous les coups sont permis », l’émission fictive où Charles Duchemin affronte enfin Jacques Tricatel à la fin de L’Aile ou la cuisse. Ici, on le voit en train d’organiser l’affaire :

On peut voir le débat sur Facebook, mais pas de façon intégrée ici. Je le recommande sans hésiter. C’est évidemment le trio de de Funès, Coluche et Julien Guiomar qui sont les stars, mais on voit clairement l’assurance de M. Bouvard dans son élément, le maître du plateau.

C’est impossible pour moi de parler profondément de sa carrière à la radio. Je savais où le trouver sur RTL à la fin, avec sa courte émission, À mon humble avis, le dimanche, mais il ne s’agissait pas du format qui a fait sa renommée. Et il faut dire que même Les Grosses Têtes telle que je la connais n’est plus la même émission — à partir du fait que l’on n’entend jamais des pseudos humoristiques pour les auditeurs, Mme Bellepaire de Loches ou M. Jules d’Orange. Mais on vit tous dans le monde médiatique qu’il a créé, ce qui m’a tout de suite séduit dès le premier jour, et pour ça, je remercie Philippe Bouvard.

Saison 5, Épisode 21 — Paella et Orangina

Vous avez sûrement remarqué que j’étais bien trop épuisé pour écrire vendredi. J’espère que ça ne deviendra pas habituel. La séquence continue tant que je publie avant minuit dans mon fuseau horaire. (Je veux toujours dire « fusée », mais je sais que c’est faux.)

J’ai enfin eu une publicité bienvenue ce week-end, de Montres Breguet :

Capture d'écran d'une publicité où un jeune homme avec sa main gauche sur son cou, pour que sa poignée soit face au lecteur, porte une montre en or blanc.

C’est pour son dernier tourbillon, le 7357, bon marché en or blanc à seulement 184 000 $. Quoi, vous n’avez pas assez de sous sous le canapé non plus ? C’est la loterie ou rien, je suppose. Mais en fait, mon Breguet préféré est Le Réveil du Tsar, malheureusement seulement disponible d’occasion, mais à 1/4 du prix du nouveau. Comme si c’était abordable !

Voici ma page de recettes du dernier numéro du bulletin de l’OCA, qui paraîtra lundi après-midi. Vous reconnaîtrez sûrement les deux recettes, les tagliatelles à la moutarde de Meaux et le Paris-Deauville. C’est un peu hilarant — il n’y a que 6 ingrédients dans le dessert, pourtant ça prend presque les 2/3 de la page !

Capture d'écran des deux recettes sur une page. Les tagliatelles portent le gros-titre « Cuisine de nos grand-mères » ; le dessert, « Cuisine d'aujourd'hui ».

J’essaie d’avoir quelque chose de classique et de moderne dans chaque numéro. Mais pour le dernier numéro de l’année, c’est toujours quelque chose de Thanksgiving et de Noël. Je commence déjà à penser à quoi faire.

On a imprimé exactement une feuille cette semaine, en noir et blanc. L’imprimante continue de montrer que les cartouches en couleur sont pleines. Depuis le moment où il m’est arrivé à l’esprit que HP veut me faire payer 100 $ pour les trois cartouches en couleur tous les 6 mois, peu importe la quantité d’encre utilisée, je suis de très mauvais humeur à cet égard. Au fait, il n’est plus possible d’acheter les cartouches individuelles dans les magasins ici — il faut acheter un carton des trois en même temps. On peut toujours les commander par courrier, mais je trouve ça très avide.

Quelque chose d’amusant pour finir ? Voici un texto que j’ai récemment reçu :

Capture d'écran d'un texto spam, traduit dans l'article

Ça dit : « Bonjour Justin, c’est Emily. J’ai la société Busch Service de lutte antiparasitaire approuvée pour 180K $. Quel est votre meilleure adresse e-mail ? Si tu as besoin de plus de capital, tiens-moi au courant. » À part le fait que je n’ai rien à voir avec la lutte antiparasitaire (un métier important, pour être clair), j’ai fait des recherches et il n’y a apparemment pas de société avec ce nom dans tout le pays ! Quel genre de con penserait que c’était une bonne idée de répondre ?

Notre blague traite d’une rencontre entre Messrs Macron et Poutine. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Subtilités et Asperges.

Sur le blog, il y a aussi Une farce avec mon plus vieil ami, sur Crocker Spaniel à une réunion de bureau, La paella et l’espionnage, sur une pub qui a fini par me suivre partout et Ici et là, des nouvelles personnelles.

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Dimanche avec Orangina

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 40 pages. Il nous en reste 90, et on finira dimanche prochain.

Vous souvenez-vous que le narrateur avait voulu voir des tableaux d’Elstir chez les Guermantes ? Naturellement, ça veut dire que les deux méprisent le peintre, malgré avoir acheté plusieurs de ses tableaux. M. le duc :

Swann avait le toupet de vouloir nous faire acheter une Botte d’Asperges… Mais moi je me suis refusé à avaler les asperges de M. Elstir. Il en demandait trois cents francs. Trois cents francs une botte d’asperges ! 

Et Mme la duchesse :

— Est-ce qu’il n’avait pas commencé un portrait de vous, Oriane ? demanda la princesse de Parme. 

— Si, en rouge écrevisse, répondit Mme de Guermantes, mais ce n’est pas cela qui fera passer son nom à la postérité. C’est une horreur, Basin voulait le détruire…

— Il me voit probablement comme je me vois, c’est-à-dire dépourvue d’agrément, dit Mme de Guermantes…

Qui suis-je pour dire le contraire ?

Mais c’est, selon le narrateur, son esprit et ses choix de mots à la base de son obsession :

Là encore l’esprit de Mme de Guermantes me plaisait justement par ce qu’il excluait (et qui composait précisément la matière de ma propre pensée) et tout ce qu’à cause de cela même il avait pu conserver, cette séduisante vigueur des corps souples qu’aucune épuisante réflexion, nul souci moral ou trouble nerveux n’ont altérée. Son esprit d’une formation si antérieure au mien, était pour moi l’équivalent de ce que m’avait offert la démarche des jeunes filles de la petite bande au bord de la mer.

Ô, Marcel. C’est beaucoup de mots pour dire « Elle est folle, mais pas comme moi » (veuillez consulter la blague de 23/3/26).

Un aparté sur M. Breauté mérite d’être cité :

Sa haine des snobs découlait de son snobisme, mais faisait croire aux naïfs, c’est-à-dire à tout le monde, qu’il en était exempt.

Puis la conversation tourne vers Bloch :

Mme de Villeparisis avait présenté Bloch à Mme Alphonse de Rothschild, mais mon camarade n’avait pas entendu le nom et, croyant avoir affaire à une vieille Anglaise un peu folle, n’avait répondu que par monosyllabes aux prolixes paroles de l’ancienne Beauté quand Mme de Villeparisis, la présentant à quelqu’un d’autre, avait prononcé, très distinctement cette fois : « la baronne Alphonse de Rothschild »… il avait eu comme un coup au cœur, un transport au cerveau et s’était écrié en présence de l’aimable vieille dame : « Si j’avais su ! » exclamation dont la stupidité l’avait empêché de dormir pendant huit jours.

Il n’y a vraiment pas un centime de différence entre l’arriviste Bloch et les Guermantes, juste une question des idées des autres.

Veuillez vous souvenir de ceci pour le prochain tome :

Remarquez que ce sont quelquefois les plus sincères, il y a en somme plus d’amants que de maris inconsolables. »

— Pourtant, Oriane, regardez justement votre beau-frère Palamède dont vous êtes en train de parler ; il n’y a pas de maîtresse qui puisse rêver d’être pleurée comme l’a été cette pauvre Mme de Charlus.

de Charlus s’était marié à une femme, J’omets les détails, mais il la visitait tous les jours au cimetière. Un indice du futur par la duchesse :

«…il est délicieux, il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n’en ont pas généralement. C’est un cœur de femme, Mémé ! »

Il s’avère que les Guermantes ont inventé Orangina (ce que Proust n’a jamais connu) :

On n’avait jamais connu, des Guermantes, dans ces après-dîners au jardin, que l’orangeade… ce jus de fruit n’est jamais en assez grande quantité pour qu’il désaltère. Rien ne lasse moins que cette transposition en saveur, de la couleur d’un fruit, lequel cuit semble rétrograder vers la saison des fleurs.

L’histoire réunionnaise de mon livre fait une apparition :

Aussi ne pouvait-on jamais avoir de fruits jusqu’au jour où un jeune nègre natif de la Réunion et nommé Albins, ce qui, entre parenthèses, est assez comique pour un noir puisque cela veut dire blanc, eut l’idée, à l’aide d’une petite pointe, de mettre en rapport les organes séparés.

C’était Albius.

Un peu plus tard, on entend peut-être la vraie leçon de ce tome :

Après avoir gravi les hauteurs inaccessibles du nom de Guermantes, en descendant le versant interne de la vie de la duchesse, j’éprouvais à y trouver les noms, familiers ailleurs, de Victor Hugo, de Frans Hals et, hélas, de Vibert, le même étonnement qu’un voyageur, après avoir tenu compte, pour imaginer la singularité des mœurs dans un vallon sauvage de l’Amérique Centrale ou de l’Afrique du Nord… éprouve à découvrir… des habitants qui… sont en train de lire Mérope ou Alzire.

C’est-à-dire, malgré les titres et la richesse, ces gens ne sont pas si différents de vous et moi après tout. (Sauf que je n’ai pas lu ces œuvres de Voltaire.)