On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois j’ai avancé de 23 pages.
La dernière fois, on a quitté le narrateur, Saint-Loup et Rachel, la maîtresse de ce dernier, quand ils étaient sur le point de déjeuner ensemble. Au resto, M. de Charlus (l’oncle de Saint-Loup) vient chercher son neveu. Saint-Loup se plaint de lui :
N’est-ce pas tout de même dégoûtant qu’un vieux coureur de femmes comme lui, qui n’a pas dételé, me donne perpétuellement des leçons et vienne m’espionner !
Veuillez garder ça en tête pour le prochain tome.
Saint-Loup et sa maîtresse se mettent en colère car il pense qu’elle accorde trop d’attention à un autre homme au resto, et elle le lui reproche :
— Mais, Zézette, c’est pour moi que c’est désagréable. Tu nous rends ridicules aux yeux de ce monsieur, qui va être persuadé que tu lui fais des avances et qui m’a l’air tout ce qu’il y a de pis.
— Moi, au contraire, il me plaît beaucoup ; d’abord il a des yeux ravissants, et qui ont une manière de regarder les femmes ! on sent qu’il doit les aimer.
Les trois vont dans un théâtre où Rachel fait quelque chose de désagréable :
Une jeune femme que détestaient Rachel et plusieurs de ses amies devait y faire dans des chansons anciennes un début sur lequel elle avait fondé toutes ses espérances d’avenir et celles des siens. Cette jeune femme avait une croupe trop proéminente, presque ridicule, et une voix jolie mais trop menue, encore affaiblie par l’émotion et qui contrastait avec cette puissante musculature. Rachel avait aposté dans la salle un certain nombre d’amis et d’amies dont le rôle était de décontenancer par leurs sarcasmes la débutante…
Ça réussit suffisamment après deux chansons que « bien que le programme en comportât encore cinq, le régisseur fit baisser le rideau ». C’est un acte de cruauté. Mais ça provoque le narrateur à raconter comment Saint-Loup est tombé amoureux de Rachel, comment il l’avait regardé des années plus tôt dans un autre théâtre :
À une distance convenable, tout cela cessait d’être visible et, des joues effacées, résorbées, se levait, comme un croissant de lune, un nez si fin, si pur, qu’on aurait souhaité être l’objet de l’attention de Rachel, la revoir autant qu’on voudrait, la posséder auprès de soi, si jamais on ne l’avait vue autrement et de près.
Dans les coulisses du théâtre, Saint-Loup se fâche contre Rachel à cause d’un autre gars :
Mais au même instant Saint-Loup s’imagina que sa maîtresse faisait attention à ce danseur en train de repasser une dernière fois une figure du divertissement dans lequel il allait paraître, et sa figure se rembrunit.
Il lui gronde, mais je vais sauter les détails. L’important… comment dire ça… c’est que si on souhaite ne pas être jaloux de sa copine, peut-être ne choisissez pas une ancienne prostituée ? Je sais, je suis la dernière personne à qui on devrait demander de telles astuces, mais c’est juste l’une de mes idées folles.
Après un échange tendu qui implique non seulement le danseur mais 3 journalistes qui voient tout, le narrateur réfléchit :
J’avais compris le matin, devant les poiriers en fleurs, l’illusion sur laquelle reposait son amour pour « Rachel quand du Seigneur », je ne me rendais pas moins compte de ce qu’avaient au contraire de réel les souffrances qui naissaient de cet amour.
La jalousie de Saint-Loup est assez sincère, mais son jugement est bien remis en cause. Et des secondes plus tard, encore une fois, pour des raisons bien différentes :
je vis qu’un monsieur assez mal habillé avait l’air de lui parler d’assez près. J’en conclus que c’était un ami personnel de Robert… cette pièce d’artifice n’était qu’une roulée qu’administrait Saint-Loup… l’aspect du monsieur médiocrement habillé, lequel parut perdre à la fois toute contenance, une mâchoire, et beaucoup de sang.
C’était un promeneur passionné qui, voyant le beau militaire qu’était Saint-Loup, lui avait fait des propositions.
Encore une fois, Proust met l’accent sur l’idée qu’un homosexuel qui se trompe des intérêts des autres risque d’être violemment battu.
Avec ceci, on atteint la fin de ce qui a été publié chez Gallimard comme la première partie de ce tome en 1921. Saint-Loup renvoie le narrateur à visiter sa tante, Mme de Villeparisis, qui nous avons rencontré à Balbec, mais vu que Proust voyait évidemment ce point comme un bon arrêt, je fais pareil. Disons que je considère que cette partie a parlé très mal du caractère de Saint-Loup — il se montrait jaloux, avec un tempérament irascible, et comme nous avons déjà remarqué avant, cette relation semble répéter celle entre Swann et Odette. Je suppose que c’est pour montrer que la différence entre la bourgeoisie et la noblesse ne vaut pas un clou (ou comme on dirait en anglais, ne vaut pas une « dîme », une pièce de dix centimes.)




































