On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, je n’ai avancé que de 17 pages.
Où nous avions arrêté la dernière fois, notre héros était sur le point d’embrasser Albertine, puis s’est arrêté pour demander un « bon pour un baiser » plus tard. Et on dit que moi, je raconte des salades. Il réfléchit :
je n’avais pas songé que l’homme, créature évidemment moins rudimentaire que l’oursin ou même la baleine, manque cependant encore d’un certain nombre d’organes essentiels, et notamment n’en possède aucun qui serve au baiser. À cet organe absent il supplée par les lèvres
Je ne sais même pas où commencer avec lui. On n’a rien de bon à utiliser pour manger, alors on utilise plutôt la bouche, c’est ça ? Mais après deux pages de telles réflexions, il remarque :
tout d’un coup, mes yeux cessèrent de voir, à son tour mon nez s’écrasant ne perçut plus aucune odeur, et sans connaître pour cela davantage le goût du rose désiré, j’appris à ces détestables signes, qu’enfin j’étais en train d’embrasser la joue d’Albertine.
La pauvre.
Albertine était censée partir pour dîner avec une autre personne après cette visite, mais au lieu de ça, elle reste parce que :
Elle semblait gênée de se lever tout de suite après ce qu’elle venait de faire, gênée par bienséance
Le narrateur fait une comparaison entre elle et Françoise à cet égard, et laisse tomber cette pépite :
De Françoise, qui devait pourtant bientôt devenir sa mortelle ennemie…
Je suis certain qu’en fait, Françoise essaiera de sauver Albertine d’elle-même en lui disant de garder sa distance de ce type.
Naturellement, quand elle part enfin, le chien nous révèle que ses pensées sont déjà ailleurs :
— Puisque vous m’y autorisez, quand je pourrai je vous ferai chercher.
Je n’osai lui dire que je voulais tout subordonner à la possibilité de voir Mme de Stermaria…
Françoise m’apporta une lettre qui me remplit de joie, car elle était de Mme de Stermaria, laquelle acceptait à dîner.
Pour ceux qui comprennent l’anglais, il me faut recommander ce clip du Muppet Show, « Quand je ne suis pas près du poisson que j’aime, j’aime le poisson près duquel je suis. »
Ça dit, le narrateur, lui aussi, était censé être ailleurs, chez Mme de Villeparisis. Il y arrive juste à temps pour entendre des ragots à propos du duc et de la duchesse de Guermantes : qu’ils se sont séparés. Il pense aux mots de sa mère :
« Ne continue pas tes sorties pour rencontrer Mme de Guermantes, tu es la fable de la maison. D’ailleurs, vois comme ta grand’mère est souffrante, tu as vraiment des choses plus sérieuses à faire que de te poster sur le chemin d’une femme qui se moque de toi »
La sagesse est à portée.
Il s’avère qu’il avait abandonné ses balades matinales à cause de ça, mais vient de les reprendre, ce qui l’amène à une découverte :
Ce qui me faisait de la peine c’était d’apprendre que presque toutes les maisons étaient habitées par des gens malheureux. Ici la femme pleurait sans cesse parce que son mari la trompait. Là c’était l’inverse.
Il nous dit ça parce qu’avec la nouvelle de la séparation des Guermantes, il ajoute :
Mais je n’avais pas songé que ma guérison, en me donnant à l’égard de Mme de Guermantes une attitude normale, accomplirait parallèlement la même œuvre en ce qui la concernait et rendrait possible une amabilité, une amitié qui ne m’importaient plus.
Pourtant, comme une dame de ma connaissance qui en se rompant avec son mari a fini par chercher un autre homme avec 10 ans de moins, Mme de Guermantes a tout à coup d’autres idées :
Mme de Guermantes m’aperçut sur ma bergère, véritable indifférent qui ne cherchais qu’à être aimable…
— Non, ne vous dérangez pas, vous permettez que je m’asseye un instant à côté de vous ? me dit-elle…
Mme de Villeparisis passa à ce moment-là.
— Mais je ne veux pas déranger votre conversation avec Oriane, ajouta-t-elle… Vous ne voulez pas venir dîner mercredi avec elle ?
C’était le jour où je devais dîner avec Mme de Stermaria, je refusai.
— Et samedi ?
Ma mère revenant le samedi ou le dimanche, c’eût été peu gentil de ne pas rester tous les soirs à dîner avec elle ; je refusai donc encore.
— Ah ! vous n’êtes pas un homme facile à avoir chez soi.
— Pourquoi ne venez-vous jamais me voir ? me dit Mme de Guermantes quand Mme de Villeparisis se fut éloignée…
— C’est ennuyeux de ne jamais se voir que chez les autres. Puisque vous ne voulez pas dîner avec moi chez ma tante, pourquoi ne viendriez-vous pas dîner chez moi ?
Je meurs. On a passé des centaines de pages où telle ou telle personne nous raconte que la duchesse déteste le narrateur, et maintenant, elle n’est qu’une de 3 balles qu’il jongle avec. De tous les rebondissements de La Recherche, celui-ci est de loin le dernier auquel je m’attendais !

























































































