On reprend maintenant « Sodome et Gomorrhe ». Cette fois, j’ai avancé de 35 pages.
Le narrateur est parti dans une pièce avec M. de Charlus et les fils de Mme de Surgis, quand Mme de Saint-Euverte passe devant eux. Le baron, voulant insulter cette dernière, lâche :
— Croyez-vous que cet impertinent jeune homme, dit-il en me désignant à Mme de Surgis, vient de me demander… si j’allais chez Mme de Saint-Euverte, c’est-à-dire, je pense, si j’avais la colique.
Dans la version anglaise, il dit plutôt la diarrhée. Il poursuit cette ligne :
Je tâcherais en tout cas de m’en soulager dans un endroit plus confortable que chez une personne qui, si j’ai bonne mémoire, célébrait son centenaire quand je commençai à aller dans le monde, c’est-à-dire pas chez elle.
Il y en a beaucoup plus, mais ça donne l’idée. Elle a son côté arriviste, comme tous les personnages, mais vraiment, c’est indécent. Pour une fois, le narrateur est d’accord :
Pour ma part, j’étais indigné de l’abominable petit discours que venait de tenir M. de Charlus.
Puis, le narrateur parle de l’une de mes bêtes noires, car Mme de Saint-Euverte ri de sa propre réponse :
Je restai sérieux… D’autre part, les gens qui rient si fort de ce qu’ils disent, et qui n’est pas drôle, nous dispensent par là, en prenant à leur charge l’hilarité, d’y participer.
Le narrateur reprend avec Swann avant de quitter enfin cette soirée interminable. Swann confie sa version de sa conversation avec le prince de Guermantes :
« Mon cher Swann, m’a dit le prince de Guermantes, vous m’excuserez si j’ai paru vous éviter depuis quelque temps… j’avais entendu dire… que vous aviez, dans la malheureuse affaire qui divise le pays, des opinions entièrement opposées aux miennes. Or, mon cher Swann, il y a environ un an et demi, une conversation que j’eus avec le général de Beauserfeuil me donna le soupçon que, non pas une erreur, mais de graves illégalités, avaient été commises dans la conduite du procès. »
Le narrateur interrompt Swann pour demander si les rumeurs sur Charlus sont vrais, nous disant que « je mentais doublement… je savais fort bien… que ce que je voulais dire était vrai. » Swann montre sa naïveté :
il ne va jamais très loin avec les femmes, cela a donné une espèce de crédit aux bruits insensés dont vous voulez parler.
Non, moi, je ne vais jamais très loin, Swann ; Charlus va dans l’autre sens. C’est pas la même chose ! Ça dit, Swann reprend sur le prince :
Mais par cette idée d’illégalité, je me mis à étudier ce que je n’avais pas voulu lire, et voici que des doutes, cette fois non plus sur l’illégalité mais sur l’innocence, vinrent me hanter… Mais je suis d’une famille de militaires, je ne voulais pas croire que des officiers pussent se tromper… Dès lors, en cachette de la Princesse, je me mis à lire tous les jours le Siècle, l’Aurore ; bientôt je n’eus plus aucun doute…
Il demande donc à son prêtre de dire une messe pour Dreyfus. Mais il y a un problème — quelqu’un d’autre l’a déjà demandé :
Comment, lui dis-je, il y a un autre catholique que moi qui est convaincu de son innocence ? — Il faut le croire. — Mais la conviction de cet autre partisan doit être moins ancienne que la mienne. — Pourtant, ce partisan me faisait déjà dire des messes quand vous croyiez encore Dreyfus coupable. — Ah ! je vois bien que ce n’est pas quelqu’un de notre milieu. — Au contraire ! — Vraiment, il y a parmi nous des dreyfusistes ? Vous m’intriguez ; j’aimerais m’épancher avec lui, si je le connais, cet oiseau rare. — Vous le connaissez. — Il s’appelle ? — La princesse de Guermantes.
Vraiment, c’est le moment le plus hilarant de tout Proust jusqu’ici !
Swann évoque Gilberte avec le narrateur, et les vieilles bêtises reviennent :
Je n’avais plus envie de la voir ni même cette envie de lui montrer que je ne tenais pas à la voir et que chaque jour, quand je l’aimais, je me promettais de lui témoigner quand je ne l’aimerais plus.
Le narrateur parle avec la princesse de Guermantes sur M. de Charlus et décide qu’elle est tombée amoureuse de lui. Ceci, c’est choquant :
Mais ce qui me révéla tout d’un coup l’amour de la Princesse, ce fut un fait particulier et sur lequel je n’insisterai pas ici, car il fait partie du récit tout autre où M. de Charlus laissa mourir une reine plutôt que de manquer le coiffeur qui devait le friser au petit fer pour un contrôleur d’omnibus devant lequel il se trouva prodigieusement intimidé.
Le narrateur quitte enfin la soirée en compagnie du duc et de la duchesse de Guermantes. Il veut rentrer (car Albertine est censée lui rendre visite), mais le duc essaie de le convaincre de venir avec eux à encore une autre soirée où il y aura la princesse de Parme. On finit avec son boniment :
Elle chante tout le temps vos louanges, elle ne jure que par vous. Vous avez la chance — comme elle est un peu mûre — qu’elle soit d’une pudicité absolue. Sans cela elle vous aurait certainement pris comme sigisbée, comme on disait dans ma jeunesse, une espèce de cavalier servant.
Pour info :
Un sigisbée… est un homme qui, dans la noblesse de l’Italie du xviiie siècle, accompagnait officiellement et au grand jour une dame mariée.
Sigisbée
Mme Lemoine, si vous en cherchez un, je connais un type !













































