Il y a un dicton en anglais : « Un mensonge peut voyager au bout du monde avant que la vérité ne puisse se mettre son pantalon. » Ou ses chaussures ; ce n’est pas bien établi. Veuillez ne pas me demander d’où vient cette métaphore bizarre, mais l’idée devrait être assez évident. Les fausses infos se diffusent beaucoup plus vite que les vraies.
Et depuis le 17, il y a une dame qui se fait connaître parmi les anglophones qu’elle le veuille ou pas. Commençons avec le clip en question sur un compte français :
Je ne suis pas sûr dans quelle ville ce clip a été tourné. Mais la dame rousse essaye d’empêcher une bande d’hommes en cagoules de piller une épicerie. Elle crie encore et encore, « Arrêtez ! » et « C’est pas la cause ». Un casseur un peu moins diabolique que les autres l’éloigne de la porte et lui dit : « Vous allez vous blesser. Ils pourront pas entendre raison. » Ce qui ne l’empêche pas de porter une cagoule et faire partie du saccage.
Mais qui est-elle ? Une manifestante ? Une employée ? Une citoyenne simplement sous le choc ? Je ne le sais pas — ce clip ne fournit pas de contexte. Entrent les je-sais-touts anglophones pour expliquer ce clip dont ils ne comprennent pas un mot :

Celui-ci dit : « Nouvelles : Une femme en détresse est restreinte par des voyous gauchos et forcée de regarder la destruction de ses moyens de subsistence. La France est devenue l’Enfer sur Terre. »
C’est ridicule, ce dernier propos ; le pays entier n’est pas devenu Besançon. (Nan, mais sérieusement, regardez le clip lié ; rien à voir avec les actualités et tellement drôle.) Mais vous voyez la confiance avec laquelle cet internaute invente des faits qu’il ne connaît pas. Et c’est loin du pire.

Ça dit : « Une Française libérale explique à ces envahisseurs islamistes africains qui pillent le magasin de sa famille qu’elle est de leur côté, qu’elle a voté pour leur venue et pour le désarmement de la police. Ils se sont moqués d’elle, ont volé toute sa marchandise et l’ont probablement violée. » (J’ai laissé Google faire cette traduction, mais c’est bon.)
Peut-il tirer ça du clip ? Non, pas du tout. Mais il y a des milliers de tweets pareils en anglais avec des réponses pareilles, qui disent souvent une expression argotique, « FAFO », ce qui veut dire « fuck around and find out » (foutre le bordel et découvrir les conséquences). Attention, c’est très vulgaire ; ne dites pas ça à une connaissance au travail. A-t-elle foutu le bordel ? Je ne le sais pas, pas à cause de ce clip. J’ai expliqué à quelques personnes, mais j’ai enfin décidé de suivre les conseils de ce dessin célèbre :

Ça dit : « Viens te coucher. — Je ne peux pas. C’est important. — Quoi ? — On a tort sur Internet. »
C’est de plus en plus l’esprit de ce qui se lit sur les réseaux en anglais : que les Français ont voté pour ça, et récoltent les fruits. Ça fait mal au cœur, mais je n’ai pas la plateforme pour l’expliquer à tout le monde — j’attends toujours que même une seule personne répond à mes traductions et explications !
Peut-être que vous avez entendu parler de Pierre, le héros niçois, qui a essayé d’empêcher le pillage d’un magasin Micromania ? Le compte Viségrad, dont on a parlé avant, a récolté plus de 5,2 millions de vues pour son partage du clip. Parmi les réponses :

Ça dit : « C’est vraiment frustrant parce que le propriétaire du magasin aurait simplement pu financer de manière adéquate les écoles publiques, et rien de tout cela ne serait en train d’arriver. » (Traduction du site X)
Ou encore :

Ça dit : « Ce mec est le propriétaire de magasin de jeux vidéo tout droit sorti d’un manuel. Dommage que ce ne soit pas un jeu vidéo. Prenez des flingues. »
Le manque de sympathie, c’est écœurant.
Mais je dirais que la perception de ce côté de l’Atlantique, c’est que la France officielle — le gouvernement et la presse — joue à Frank Drebin dans Y a-t-il un flux pour sauver la reine ?. La réplique en question : « Ça suffit ! Y’a rien à voir ! »
Et quand on n’entend pas de réponse, on croit aux infos non-vérifiées. En ce moment, il y a un clip de Paul Amar sur CNews qui circule partout sur les réseaux anglophones, qu’à Marseille, les émeutiers « avaient les adresses… de pas mal de commerçants juifs ». Des exemples se trouvent ici, ici et ici. Pourtant — et j’avoue, j’étais prêt à le croire — c’est le Crif local qui le nie. On ne trouve pas ça en anglais.
Encore une fois, les infos que l’on reçoit sur la France sont pleines d’erreurs, mais ce qui me dérange le plus, c’est qu’il y a un vide d’infos en ce moment, et les pires personnes sont ravies de le remplir.






































