Madeleines au citron et aux amandes

Dimanche avec la marquise de Surgis

On reprend maintenant « Sodome et Gomorrhe ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.

On écoutait aux portes d’une conversation où Swann avait été dénoncé pour être dreyfusard la dernière fois. Je ne sais pas si l’on disait « Français de souche » à l’époque, mais quelque part, Charles Maurras sourit en écoutant le duc de Guermantes :

Mais jusqu’à ce jour — excusez-moi, Froberville — j’avais eu la faiblesse de croire qu’un juif peut être Français, j’entends un juif honorable, homme du monde. Or Swann était cela dans toute la force du terme. Hé bien ! il me force à reconnaître que je me suis trompé, puisqu’il prend parti pour ce Dreyfus (qui, coupable ou non, ne fait nullement partie de son milieu, qu’il n’aurait jamais rencontré)

Ce « coupable ou non » met le sujet complètement au-delà des faits, non ? C’est désormais une question de « s’il ne le connaissait pas personnellement, il fallait prendre parti contre ». Mais après ça, il critique Swann pour son mariage, disant que le choix d’Odette a blessé Oriane (comment ça ? Elle avait déjà épousé le duc !). Il se plaint :

Que voulez-vous, l’amour est l’amour quoique, à mon avis, il doive rester dans certaines bornes. J’excuserais encore un jeune homme, un petit morveux, se laissant emballer par les utopies.

Si j’étais là, j’aurais rétorqué : « Vous auriez pu le présenter à quelqu’un d’autre, vous ! » J’ai exactement la même plainte contre des américains de ma connaissance qui me critiquent pour être single cinglé célibataire.

Je veux désespérément quitter le sujet, mais le duc dit quelque chose qui pourrait être dans les journaux de nos jours :

[M]ême au point de vue de ses chers juifs, puisqu’il tient absolument à les soutenir, Swann a fait une boulette d’une portée incalculable. Il prouve qu’ils sont en quelque sorte forcés de prêter appui à quelqu’un de leur race, même s’ils ne le connaissent pas. C’est un danger public.

Ces « ils » sinistres. Comme j’aurais aimé lire l’avis de Proust sur notre époque racisée !

Pour sa part, la duchesse se plainte au narrateur qu’elle ne veut pas faire la connaissance de Gilberte et Odette, car :

ces deux créatures… m’ont privée du plus agréable de mes amis pendant quinze ans

Mme la duchesse s’excuse de la soirée en disant que demain, elle part de Paris :

Je vous dirai… que je suis arrivée à mon âge sans connaître les vitraux de Montfort-l’Amaury. C’est honteux, mais c’est ainsi. Alors pour réparer cette coupable ignorance, je me suis promis d’aller demain les voir.

Il s’agit de l’église Saint-Pierre, dont sa forme présente date du XVe siècle et la reine Anne de Bretagne. Voici un album avec les vitraux. Cependant, le village se trouve à 30 km de Versailles, à seulement 45 km de la Tour Eiffel.

Ayant passé un agréable 300 pages sans avoir vu Saint-Loup, il revient, étant à la soirée du prince de Guermantes. La première chose qu’il fait, c’est de se plaindre au narrateur :

Ne nous mettons pas près de mon oncle Palamède, sans cela nous allons être happés… Je n’en veux pas à mon oncle, seulement je trouve drôle que mon conseil de famille, qui s’est toujours montré si sévère pour moi, soit composé précisément des parents qui ont le plus fait la bombe, à commencer par le plus noceur de tous, mon oncle Charlus… qui a eu autant de femmes que don Juan, et qui à son âge ne dételle pas.

Nan, mais sérieusement ! Qui lui raconte ces salades à la sauce don Juan ?

En aparté, le narrateur se pense :

Robert avait bien tort de trouver extraordinaire que des leçons de sagesse fussent données à un jeune homme par des parents qui ont fait les fous, ou le font encore.

Le narrateur lui pose la question :

« Mais es-tu sûr que M. de Charlus ait eu tant de maîtresses ? » demandai-je, non certes dans l’intention diabolique de révéler à Robert le secret que j’avais surpris, mais agacé cependant de l’entendre soutenir une erreur avec tant de certitude et de suffisance.

Ça ne mène nulle part. Il fallait essayer.

Pour sa part, de Charlus taquine une certaine marquise de Surgis, dans le but de lui faire le présenter à ses deux fils :

« Comme ces deux jeunes gens ont un air étrange ! Regardez cette curieuse passion du jeu, marquise », dit M. de Charlus, en désignant à Mme de Surgis ses deux fils… « ce sont peut-être des Turcs »…

Celle à qui il pouvait tenir indéfiniment les propos les plus complimenteurs aurait pu être jalouse du regard que, tout en causant avec elle, il lançait à un homme qu’il feignait ensuite de n’avoir pas remarqué.

Mme de Surgis lui présente ainsi Arnulphe et Victurnien. Un Saint-Louo dégouté et naïf aura le dernier mot :

C’est à mourir de rire. Jusqu’au chien du logis, il s’efforce de complaire. C’est d’autant plus drôle que mon oncle déteste les gigolos.

Un véritable inspecteur Clouseau, celui-ci !-

L’album de sa vie : Eddy Mitchell

Quand je vous ai parlé de mon dernier achat de la FNAC, Coucou Bonjour !, je n’ai pas mentionné qu’il y avait autre chose dans le colis. Il m’a fallu du temps pour tout écouter, car il y a presque 6 heures de musique sur les 5 disques de ce coffret, mais après 3 mois, j’ai enfin fini les 100 chansons de L’album de sa vie pour Eddy Mitchell (lien non-rémunéré vers la FNAC).

L’album de sa vie est en fait une série par Universal Music France ; il y a d’autres coffrets portant le même nom pour d’autres musiciens tels que Georges Brassens, Alain Bashung, Dalida, etc. Il y a souvent des versions plus courtes de 50 chansons et plus longues de 100, mais vu que l’on parle d’un type qui parle souvent de suivre « le chemin d’Eddy Mitchell » — j’entends parler qu’il y a un livre qui divise la France entre Eddy et Maïté — dois-je vraiment vous dire lequel j’ai acheté ? (Les 100, au cas où.) C’est la première fois où j’ai acheté un album de cette série — et à cause de DHL, la dernière — alors je ne peux pas faire la comparaison entre la qualité de ce coffret et les autres.

Ce que je peux vous dire pour commencer, c’est que le conditionnement, c’est de première classe. Voici la boîte :

Et le dos, avec sa liste de titres :

Il y a 5 disques, chacun dans sa propre housse en papier, ainsi qu’une brochure avec des notes de doublure. Malheureusement, cette dernière est juste la liste de crédits obligatoires pour les compositeurs et paroliers — un essai sur le contexte historique des contenus aurait été le bienvenu, même si les paroles étaient une attente irréaliste.

C’est souvent le cas que de telles collections sont remastérisées pour profiter d’avances dans les équipements, mais je ne pouvais rien trouver à cet égard. Ça dit, le niveau de bruits et de craquements ou clics est très bas dans les vieux enregistrements , même si certains ont toujours une qualité d’échos qui montre qu’il restait plus à savoir sur comment monter un studio.

L’ordre est juste chronologique par année de la sortie originale. Le Cimetière des éléphants, par exemple, apparaît sur le 3e et 5e disques, mais la première fois, c’est car on est en 1982, et la deuxième fois car Eddy a enregistré une reprise aux côtés de Véronique Sanson en 2018. (On y reviendra vers la fin.)

J’ai déjà beaucoup dit sur sa carrière pour le Projet 30 Ans de Taratata, alors ici je parlerai juste des pépites intéressantes que j’ai ratées la première fois.

Le premier disque traite largement de sa carrière des années 60, à commencer avec « Repose Beethoven » jusqu’à une version en live de « Be Bop A Lula ». C’est donc presque tout des reprises de musique américaine. Mais « L’épopée du rock », c’est original et puissant — Eddy ne manque de rien par rapport à « Twist and Shout » des Beatles, une bonne comparaison :

Je ne savais pas qu’en plus de « Eddy sois bon » (pas dans cette collection) il y avait aussi « Bye bye Johnny B. Good ». C’est trop de reprises de la même matière.

Le régal du deuxième disque est « Le parking maudit » de 1978. Si la musique rappelle une centaine de choses des années 60, c’est toujours à lui, et les paroles sont humoristiques, livrées avec un clin d’œil. J’adore :

« La Fille du motel » vaut aussi le coup, ainsi que « Pas de Boogie Woogie ». Il a tellement maîtrisé les formes américaines, mais ce sont à lui. Il a sa voix mature à ce point, et je la préfère fortement au premier disque.

Le troisième disque est peut-être mon préféré, même si « La dernière séance » est sur le deuxième. « Faut pas avoir le blues » est parfaite, une chanson qui aurait sa place dans n’importe quel bar à Chicago, la maison des blues :

« J’vous dérange ? » tire évidemment de l’inspiration de « Teddy Bear » d’Elvis, mais j’en ai profité énormément. « L’Idole chante au dessert » est purement un produit des années 80, et rappelle The Police, surtout « I’ll Be Watching You » avec la guitare. « Nashville ou Belleville » aurait pu être une chanson de Johnny Cash, une piste country avec une mélodie aussi simple que celle de « Folsom Prison Blues », mais avec des paroles émouvantes au maximum — j’ai pleuré à la fin. Si vous avez remarqué le point auquel je déteste Serge Gainsbourg, il sera très surprenant quand je vous dis que la piste que j’ai écoutée la plus à ce point est « Vieille Canaille », un duo avec les deux :

Le quatrième disque est presque aussi bon que le troisième. « Lèche-Botte Blues » est hilarante :

« Tell It Like It Is », un duo avec Aaron Neville, est vraiment au chanteur américain, mais Eddy tient bien sa place face à cette star. « Rio Grande » est à Eddy, et montre encore une fois qu’il est un maître du genre country. « J’aime pas les gens heureux » pourrait être mon générique avec 7 semaines restantes avant mon 50e. Cependant, j’étais amèrement déçu par « Ma Nouvelle-Orléans », en duo avec le pianiste de légende de cette ville, Dr. John. Enregistrée après l’ouragan Katrina, il fait des commentaires politiques à mon avis très mal placés. Je doute qu’Eddy sache qui étaient Mary Landrieu et Ray Nagin. Mais c’est ma seule plainte de ce genre au fil de 100 chansons.

Le dernier disque contient un meilleur hommage à la Nouvelle-Orléans, « Laisse le Bon Temps Rouler » :

« Les Vrais Héros » est la chanson parfaite pour notre époque de films de super-héros, un rappel qu’ils sont fictifs. Le disque se termine sur une série de duos avec d’autres stars telles que Véronique Sanson, Gregory Porter, Michel Jonasz et Christophe, tous tirés des deux albums dits La Même Tribu. Et c’est ça ma petite dernière plainte sur le coffret. Il n’y avait pas de problème de droits d’auteur avec ces deux albums, alors je ne sais pas comment la maison de disques aurait pu terminer ce coffret avec une chanson autre que « La Même Tribu », l’hommage ultime des plus grandes vedettes de la chanson française à Eddy. Elle n’est même pas sur le disque. Je trouve ça une erreur.

Pour le fan convaincu d’Eddy Mitchell, s’il n’a pas déjà une belle collection de ces chansons sur d’autres disques, ce coffret est un must. Mais même si on n’est pas aussi fan d’Eddy que ça — j’entends parler que ces gens existent — c’est une fenêtre ouverte sur toute la gamme de ses intérêts, qui sont impossibles à résumer en un ou même trois genres. Eddy Mitchell est un musicien par excellence, et si je n’aurai jamais l’opportunité de le voir en live, L’Album de Sa Vie est sans doute la deuxième meilleure option.

Bardot à Claremont

Les lecteurs ici depuis le plus longtemps se souviendront d’une série, « Je critique », où je visitais des entreprises françaises autour de Californie du Sud (largement des restos et des pâtisseries, mais pas seulement). Ça fait belle lurette ([La lurette, est-elle vraiment belle ? — Équipe 1er degré]) depuis la dernière entrée, mais suite à un trajet inattendu, je reprends quelque chose que j’ai mentionné — en 2023.

Je devais passer par Claremont, le village où je suis allé à la fac. La raison n’est pas importante, mais vu que j’étais là, je me suis dit : « Soit vous allez visiter le centre commercial où vous traîniez tout le temps, soit vous allez aller chez Bardot, qui a remplacé votre resto préféré. » Rouler par Montclair Place a suffi pour me convaincre que la première option ne valait pas la peine (la chute des centres commerciaux ici est un développement lamentable).

Évidemment, le restaurant porte son nom à l’honneur de l’ancien footballeur des années 30, Charles Bardot. Non, je plaisante, on sait tous qu’il s’agit de Brigitte. Serait-ce un resto à la française, à la californienne, ou tout autre chose ? Je devais savoir.

En ce qui suit, toutes les photos de l’architecture ou de la cuisine sont à ma résolution typique, mais celles des cartes sont à plus haute résolution pour les lire de proche si souhaité.

Voici l’extérieur :

À gauche, il y a un parasol de table géant au-dessus d'une ardoise et un bureau de réception. Il y a un bâtiment de deux étages en brique, avec le nom "Harvard Square" visible sur un panneau noir. L'entrée du resto n'est pas bien visible.

Et voici la terrasse, où j’ai dîné. Les meubles ont changé, mais l’ambiance était très familière.

Un gros auvent beige couvre 3 rangs de tables. Il y a deux lampes blanches posées vers le centre en décoration. Des buissons sont partout aux bords.

Voici la porte du resto de plus proche, car la porte de la première photo est en fait pour les autres magasins du bâtiment :

Le nom Bardot est en gros lettres argentées sur une porte en verre.

Quand on entre, il y a des tables à l’intérieur :

C'est très chic -- des banquettes en cuir noir, le mur à droit couvert en miroirs, un néon rose qui étend de l'un bout de la pièce à l'autre sur le plafond.

À gauche de ça, l’ancienne salle à manger a toujours quelques tables, mais le bar prend la majorité de l’espace. J’aimais anciennement manger également à l’intérieur que sur la terrasse, mais le choix d’aller dehors était très facile, car je déteste être assis dans les bars.

Dernière vue du resto, de ma table :

C’est une ambiance très agréable, non ? Les lampes ne sont pas à mon goût, mais il n’y a rien de mauvais. À noter, il n’y a pas d’élèves dans cette foule, et oui, ils sont là depuis 5 semaines déjà. Vous allez voir que c’est trop cher pour eux.

Voyons enfin la carte, à commencer par les boissons alcoolisées. Les vins californiens que je reconnais — Rodney Strong, Caymus, Justin (aucune relation) — sont de qualité. Les cocktails sont tous à 18 $, alors je n’allais jamais en commander un. Il y a quelques bières familières ici — Kronenbourg, Stella Artois, Duvel — mais ce sont largement californiennes. Cependant, 8 $ pour Coors, une bière des stations-service, c’est scandaleux. Les autres sont raisonnables.

J’ai oublié de prendre des photos des pages d’entrées et des salades. ([Oublié, rien. On sait tous que vous donniez les salades à M. Descarottes. — le lecteur biche*]) Mais voici les cartes des burgers, de pâtes et de plats principaux :

C’est cher mais pas de folie. 20 $ pour un burger de qualité n’est pas cher en Californie du Sud de nos jours, alors 25 $ pour un burger de 200 grammes au gorgonzola et au gruyère, c’est trop pour tous les jours, mais une fois, je ne m’en plains pas. Les pâtes sont toutes chères vu leurs contenus. Les plats principaux étant largement entre 40 et 50 $, ça risquait de me faire pleurer. (Ça dit, l’ancien Harvard Square Café coûtait 20-25 $ pour la majorité des choses à l’époque, pas pire vu l’inflation.)

Heureusement, il y avait aussi la carte déjeuner, ici posée au centre de la photo :

Choix de 8 salades, burgers et sandwiches à tarif réduit pour le déjeuner.

J’ai décidé de commander le sandwich « short rib »,plat de côte, cuit de façon similaire à notre plat italien de pappardelle. Pour 25 $ avec des frites, c’était pas mal :

Je ne peux pas manger comme ça tous les jours, mais c’était exactement le bon choix. La viande était tout ce dont j’espérais, si cuite moins longtemps que pour les pâtes afin de garder sa forme. Le pain brioche était bon, mais il y en a meilleur en France. Les frites étaient bonnes comme accompagnement, mais dans le Pas-de-Calais, tout le monde les trouveraient pas assez cuites (car évidemment seulement une fois en les goûtant).

Mais la meilleure raison pour y aller, c’était le dessert. La carte n’est pas grande, mais il y avait les seuls mots dont j’ai envie de voir dans cet espace, « tarte Tatin ». C’était ici, dans son prédécesseur, où j’ai découvert cette tarte. Pas le même propriétaire, pas la même équipe, mais je devais savoir.

7 choix : crème brûlée, tarte Tatin, gâteau au chocolat, cheesecake à la new-yorkaise, et des glaces.

Je n’osais pas m’attendre à ce qui est arrivé :

À gauche, une coupe de glace à la vanille. À droite, une tranche de tarte Tatin, avec du caramel versé sur l'assiette, légèrement saupoudrée de sucre glace.

La glace est dans une coupe au lieu d’être sur la tarte, et le bout est plus mince qu’avant, mais c’est exactement la tarte de mes souvenirs d’il y a 30 ans. On dirait que c’est ma tarte Tatin de Proust. Voici un gros-plan :

Gros-plan de la tarte. Les pommes sont en couches, et le fond est plus épais que typique chez les Français.

Si je pouvais manger cette tarte tous les jours, je serais l’homme le plus heureux du monde. Mais à vrai dire, je sais maintenant que ce ne serait pas complètement à vos goûts. Il y a une pâte feuilletée au fond, mais c’est plus épaisse que les vrais Français l’étalent, et elle était un peu molle à cause du jus des pommes. Vous préféreriez probablement qu’elle soit plus croustillante. Mais moi, je m’en fiche. Il n’y avait rien au monde que j’ai voulu plus pendant mes années universitaires que de dîner sur cette terrasse avec une certaine Dana, et tout le monde qui me connaissait à l’époque savait que ce serait le dessert. Je ne croyais pas que je revoie jamais cette tarte après la fermeture du Harvard Square Café il y a une décennie ; pourtant, la voilà.

Claremont est à 50 km de chez moi, et vu le prix d’essence et le traffic, j’ai dépensé la moitié du repas (au total, 52 $ après taxe et pourboire) pour l’aller-retour. Et si j’y revenais, ce serait probablement pour visiter mon autre resto préféré de l’époque, Tutti Mangia (oui, italien ; je suis rien que prévisible).

Si Brigitte Bardot pouvait le voir, approuverait-elle ? Probablement pas. Ce n’est pas particulièrement français hormis la carte de desserts, et la carte est pleine de viande (il y a des salades ; voici la preuve). La nourriture est bonne, mais le rapport qualité prix n’a rien de spécial. Cependant, s’il y avait une centaine de miracles, et je me trouvais sur un cinquième rendez-vous avec quelqu’un, savez-vous ce que je ferais ? Je dirais, «!Nous allons rouler à Claremont, nous allons nous promener autour du village, puis nous allons dîner chez Bardot. » Je connais déjà le dessert.

Qualité : Bon.

Rapport qualité prix : Moyen pour vous ; inestimable pour moi.

Recommandation : J’y reviendrais.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version octobre 2026

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Il y a beaucoup de retours ce mois ; j’ai dit la dernière fois que vous étiez tous des aoûtiens — et j’avais raison. ([Ça n’arrivera pas deux fois. — M. Descarottes])

Au fait, je viens de renouveler mon domaine, alors vous ne vous débarrasserez de moi pendant au moins une année de plus ! (Ceux qui connaissent « whois » peuvent le vérifier.) Après tout, je ne vais pas m’infliger le baron de Charlus tout seul, n’est-ce pas ?

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Nouveaux à moi :

  • Un Pas de Côté est le nouveau blog d’amie du blog Marlabis, anciennement écrivaine d’En filigrane.

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things explique pourquoi les Parisiennes sont si minces. Si je devais tant marcher tous les jours, moi aussi, hein ? ([Elle sait se maîtriser devant un mille-feuille. Vous, pas autant. — M. Descarottes])

À encourager :

Rien de nouveau chez La Plume artiste, Madame Radio, Bonheur des yeux et du palais, Les papiers de Mrs. Turner, Planète Vegas, Les souris de Paris, Bibliofeel, La bibliothécaire, Un Esprit Sain Dans Un Corsage, Maman Lyonnaise, Carnets d’une plume, Manonpatis, Le site du Shifâ’, Thriller Addict , La lectrice en robe jaune, Et si Facebook disparaissait?, Bessie’s Bazaar, L’Atelier du Phoenix, et Bonheurs culinaires. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Les correcteurs automatiques

Hier soir, j’ai saisi l’opportunité de l’année pour faire une farce contre La Fille. J’espère que vous en profiterez une fois expliquée. Il s’agit de la correction automatique. Mais avant ça, je veux parler de quelque chose qu’Apple a lancé avec iOS 26, ce que je sais a haussé le taux d’erreurs ici. (Je dirais que je suis quand même responsable pour la très grande majorité, pour être clair.) Je promets qu’il s’agit au moins du même sujet.

Il y a un an, je me suis plaint du clavier bilingue, censé être une amélioration par rapport à taper sur un clavier uniquement anglophone qui croyait que chaque mot français était une erreur. Je n’avais aucune idée de la vraie horreur à suivre.

Je remarque que c’est souvent le cas que si je tape sur le dernier rang, surtout les lettres «c, V, b, n, m », ça résulte en un espace plutôt que les bonnes lettres. C’est aussi le cas que si je tape la touche Maj, le clavier enregistre souvent un « Z » en même temps.

Il s’avère que ce n’est pas juste moi. Dans cette vidéo en anglais, un autre non-fan d’iOS 26 donne ses astuces pour désactiver certaines choses qui produisent ces problèmes. Par exemple, la saisie gestuelle, qui essaye de prédire ce que vous allez vouloir taper en glissant entre les touches. Problème : je l’ai déjà désactivé ! J’ai lu, mais ne peut plus trouver la référence, qu’en fait, Apple a eu l’idée d’ajuster les zones sur le clavier qui correspondent aux touches, pour accorder avec ses prédictions — ce qui ne marche pas très bien quand on utilise le même clavier pour deux langues différentes !

Alors, la farce. D’abord, je dois expliquer les erreurs d’un autre correcteur, celui de Google pour la saisie semi-automatique de vos recherches. Remontons le temps en 2023. Le meilleur jeu de tous les temps (à ce point), Tears of the Kingdom, vient de sortir. Peut-être que vous vous souvenez que j’ai fait un gâteau du jeu précédent, Breath of the Wild, pour fêter l’occasion. C’était une bonne recette, même si j’étais déçu par l’aspect.

L’important, c’est que personne ne va taper tout ça plusieurs fois dans le même document, dans un SMS, etc. Alors le premier jeu est largement connu parmi les fans par ses initiales, BOTW. Et le deuxième jeu est TOTK.

Dès que TOTK est sorti, les joueurs ont commencé à rechercher des soluces et des astuces. Mais les correcteurs étant basés sur les statistiques, TOTK semblait être une erreur. Alors, Google est devenu célèbre pour avoir proposé de nombreux autres mots en anglais comme remplacement : les noms York et Toto, et le mot total. Vous pouvez les voir tous dans cette capture d’écran des suggestions pour « does totk » à l’époque, tirée du site GameSpot :

Liste de 10 suggestions, dont Toto, total, York, TikTok, tork et Tokyo
Source

La Fille m’a récemment rappelé ça dans une conversation sur tout autre chose, pas important. C’était donc à nouveau dans la tête. Alors, quand j’ai reçu ce courriel de son lycée, un rappel de s’inscrire sur un site nommé « Total Registration » pour des examens de fin de l’année scolaire :

je lui ai envoyé une capture d’écran avec les message (en anglais) : « N’oublie pas de t’inscrire sur le site TOTK Registration. »

Voici l’échange :

D’abord, elle a répondu « Tu veux dire Total ? » Puis, elle a compris et a ajouté « Je te déteste ». Ce qui a bien mérité mes emojis riants ! Elle a fini par « Ces corrections-là datent d’il y a 3 ANS ! »

Ouais, mais elle les a toujours reconnues, non ?

Francemaxxing

Il y a des mois, l’homme le plus con aux États-Unis a visité la France. Je voulais en écrire à l’époque, mais je l’ai laissé tomber car à vrai dire, il est un peu notre baron de Charlus (mais hétéro), et je ne savais pas comment faire sans me sentir comme si j’avais sali le blog.

Je sais maintenant.

Des instagrammeurs européens — largement des expatriés, et non seulement des Français — sont en train de perdre la tête à cause d’une boulangerie new-yorkaise. Je laisserai Mme Charlotte Vautier vous présenter Rye (l’anglais pour seigle) :

J’ai beaucoup de problèmes avec ce clip. Elle veut un peu épater les paysans : regardez ces cons américains qui payent 60 $ pour une miche qui coûterait 7 € à la maison ! Soyons réalistes : la boulangerie la plus « froufrou » (on dit ça en anglais, j’espère que c’est pas trop loin de l’usage français — mon dictionnaire l’a, mais suggère qu’il s’agit de vêtements) de la Côte Ouest, c’est sans doute Tartine, de San Francisco et plus récemment, de Los Angeles. Et ses pains de taille similaire (environ 1,5 kg) ne coûtent que 15 $. Encore plus réaliste, je peux aller dans n’importe quel supermarché non-mexicain et acheter des pains de la La Brea Bakery pour 7 $ (c’est juste sur la Côte Ouest ; une expatriée à l’autre côté ne le connaîtrait pas). Ça ne pèse qu’un kg, mais vous avez l’idée — ceci n’a rien de typique.

(Pour être clair, je ne défends Rye pour rien. Ces filles font de meilleur travail en se moquant de la boulangerie.)

Miche de pain de seigle, Photo par HadynMD, CC BY-SA 4.0

Elle fait la comparaison avec Wonder Bread, un produit industriel que je connais mais n’ai jamais acheté ni mangé chez mes parents. Voici la liste d’ingrédients d’une baguette « sourdough » de La Brea :

Unbleached Enriched Flour (Wheat Flour, Malted Barley Flour, Niacin, Reduced Iron, Thiamine Mononitrate, Riboflavin, Folic Acid), Water, Sour Culture, Salt, White Degerminated Corn Meal, Wheat Germ

C’est à dire : farine avec quelques vitamines ajoutées, eau, levure boulangère, sel, farine de maïs, germe de blé. On est loin de la liste énorme de produits chimiques qu’elle mentionne.

Mais elle mentionne un mot, un néologisme vraiment, « Europemaxxing » — c’est-à-dire, vivre à l’européenne au maximum. Madame, je faisais ça avant que cette horreur ne soit inventée, mais je n’ai jamais créé un mot pour ça. Je vois qu’il y a même des Français dans l’Hexagone qui l’ont adopté, même si l’usage n’est pas exactement pareil. (J’adore que ce dernier lien vient d’une décoratrice d’intérieur dont le nom de famille est « Ranger ».)

Alors vous comprenez maintenant « maxxing », ce qui nous amène au con promis. Braden Peters, se surnommé « Clavicular », est surtout célèbre — je vous jure que c’est 100 % vrai — pour se frapper droit dans le visage avec un marteau, encore et encore, afin de briser et remodeler les joues. Le lien, c’est au Monde, pas besoin de me croire sur parole. Ça fait partie de ses efforts pour ce qu’il appelle « looksmaxxing », un effort d’améliorer son aspect. ([Moi, je suis prête à frapper Justin dans le visage avec un marteau s’il veut le tester. — Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom])

M. Clavicular est aussi connu à cause de ce tweet sur lui :

Clavicular was mid jestergooning when a group of Foids came and spiked his Cortisol levels 😭

Is Ignoring the Foids while munting and mogging Moids more useful then SMV chadfishing in the club?
Source

Ça semble être écrit en anglais, mais la moitié de ces mots ne se trouvent dans aucun dictionnaire — c’est célèbre pour être du n’importe quoi le plus pur !

Alors, notre « looksmaxxeur » est arrivé en France pour Fashion Week (pourquoi ne dit-on pas « La Semaine de la Mode » ?), car il a été embauché comme mannequin, et il a décidé de draguer les parisiennes — pendant une séance de streaming.

C’est ici où je fais une pause pour remercier le Bon Dieu pour ne pas m’avoir fait aussi idiot que ça.

Ici, il dit à des filles assises devant un café qu’il est célèbre et l’une d’entre elles lui répond : « Profitez de Paris ». C’est-à-dire : sans nous.

Et ce n’était pas son seul échec ; ici, il essaie, « Hé, les filles » et quand elles l’ignorent, il répond, « Alors, pas d’anglais ? »

À son retour aux États-Unis, comme raconte Le Parisien, il s’est plaint : « Elles doivent être lesbiennes ». Je compatis juste un peu, ayant fait cette erreur une fois (peut-être deux). Mais non, il méritait tout le mépris qu’il a gagné.

À ce point, vous avez sûrement compris le vrai point : les gens qui parlent de « maxxing », ce sont les gens à éviter !

Saison 5, Épisode 26 — Proust à la YMCA

Il y a 25 années, j’étais fan d’un humoriste américain qui publiait un billet hebdomadaire, « Enemy of the Week », l’Ennemi de la Semaine. C’était une blague, mais toujours sur telle ou telle personne connue qui l’énervait. Dans cet esprit, l’Ennemi de la Semaine est sans doute le grand pâtissier Jeffrey Cagnes. Oui, le clip a déjà 3 mois, mais je viens de le voir. (Pour être clair, c’est purement car j’ai envie de son Paris-Brest, et je ne peux que le regarder !) Non, ce ne va pas devenir régulier.

J’ai vu cet autre clip sur Instagram, d’un compte inconnu pour moi, sur le petit-déjeuner dans un hôtel aux États-Unis, qui a provoqué des commentaires acerbes de ses abonnés français. Les jus de fruits d’une machine, les machines à pancakes, les pâtisseries bas-de-gamme, tout ça pue ce que l’on appel un « motel » (contraction de moteur et hôtel), des hôtels à prix bas qui offrent souvent le petit-déjeuner compris. La qualité n’est pas la meilleure, mais c’est une catégorie bien connue. Je dirais qu’un Ibis Styles typique fait mieux, mais ce n’est pas typique du pays entier, juste de quand on fait des économies. Bien sûr, ce que vous voyez à ma table n’est pas typique non plus !

En parlant de clips vus ailleurs, j’en ai vu un qui m’a convaincu que tout ça était une grosse erreur et j’aurais dû poursuivre l’italien après tout. Oui, vous l’avez déjà deviné, il s’agit d’une pâtisserie, dans ce cas le « Roccobabà ». Voici un lien — en italien — vers son fabricant.

Ai-je mentionné que je suis dans la période de 3 mois avant une prise de sang où je dois être hyper-sage ? Et que ça me rend encore plus rêveur en ce qui concerne les desserts ? J’attends le 3 décembre pour vivre encore une fois. La bonne nouvelle, s’il y en a une, c’est que j’étais plutôt sage pendant les 3 mois après le dernier test, alors c’est plus une question de maintenir où je suis qu’être en pleine panique.

J’ai été fâché par des cons encore une fois pendant ma balade quotidienne samedi soir. Au centre commercial où je marche, j’ai vu un couple d’environ 60 ans, dont monsieur était en fauteuil roulant. J’ai vu que madame galérait un peu en poussant le fauteuil, alors je leur ai dit, « Dites-moi où vous allez, et j’ouvrirai la porte. » Ils m’ont donné le nom du resto, et j’ai couru vers la porte. Juste au moment où ils l’ont atteinte, une famille de 6-7 personnes ont couru pour les couper, en me traitant de portier. Ils ont clairement vu le monsieur en fauteuil roulant. Je n’aurais pas fermé la porte, mais il fallait le laisser passer en premier !

Un peu d’humour sur le même sujet ? Voici un gros-titre du Midi Libre. Pas un coup du Gorafi !

Il circulait en fauteuil roulant dans le supermarché : pris en flagrant délit de vol, l’homme s’enfuit en courant
Capture d’écran

Encore une fois, je vous dois un petit truc juste pour régler l’horaire, car j’ai raté samedi. Mais je ne l’ai pas encore.

Notre blague traite d’un sujet familier, des visiteurs accueillis par Saint-Pierre. Nos articles sont :

Les Bonnes Nouvelles cette semaine traitent d’une victoire française en Grande-Bretagne. Les gros-titres sont Syllabe et AdopteUnMec.

Sur le blog, il y a aussi Les cookie bars de Péla, une recette de cookies très appréciée à la maison, Ici et là, des nouvelles personnelles et Les aveugles voyants, sur le manque de politesse chez les piétons.

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Madeleines au citron et aux amandes

Dimanche avec l’ambassadrice turque

On reprend maintenant « Sodome et Gomorrhe ». Cette fois, j’ai avancé de 35 pages.

Ayant échoué dans la tâche de recruter quelqu’un — vraiment, n’importe qui ! — pour le présenter au prince de Guermantes, le narrateur revient vers (roulement de tambour)… vous le saviez déjà :

Je n’avais plus recours qu’auprès de M. de Charlus, rentré dans une pièce du bas

J’ai lu des trucs sur ce livre au-delà du texte lui-même, et je sais que les critiques considèrent M. de Charlus d’être quelqu’un de dégoûtant, mais pas pourquoi. J’ai tout à coup une idée :

« Mon cousin, dit Mme de Gallardon, permettez-moi de vous présenter mon neveu Adalbert… »

il ajouta sans même regarder le jeune homme : « Bonsoir, Monsieur », d’un air bourru et d’une voix si violemment impolie, que tout le monde en fut stupéfait…

peut-être, désireux de pousser plus tard sa pointe avec un aussi agréable cousin, voulait-il se donner les avantages d’une agression préalable, comme les souverains qui, avant d’engager une action diplomatique, l’appuient d’une action militaire.

J’ai abrégé une discussion de l’avis de Mme de Gallardon sur les mœurs de de Charlus, mais cette dernière partie est dégueulasse, peu importe son avis de l’homosexualité. Les réunions de famille ne sont pas de sites de rencontres ! (La première personne qui évoque soit le nord de la France soit le sud-est des États-Unis aura des problèmes.)

De Charlus est quand même sur le point de rendre le service souhaité au narrateur, qui fait un Justin :

si je n’avais pas eu la malheureuse idée d’ajouter par scrupule… « Vous savez que je les connais très bien, la Princesse a été très gentille pour moi. — Hé bien, si vous les connaissez, en quoi avez-vous besoin de moi pour vous présenter »

Bravo, chapeau. Je n’aurais pas pu faire pire.

C’est enfin M. de Breauté qui fait l’affaire, et le prince semble connaître un peu la famille, en répondant :

« Est-ce que vous comptez suivre la carrière de monsieur votre père », me dit-il d’un air distant, mais d’intérêt.

Mais la conversation est interrompue car le prince voit Swann, pas invité, et :

l’avait aussitôt, avec la puissance d’une pompe aspirante, entraîné avec lui au fond du jardin, même, dirent certaines personnes, « afin de le mettre à la porte ».

L’ambassadrice turque fait son retour :

« Ah ! quelle femme délicieuse que la Princesse ! Quel être supérieur à tous ! »

Il n’y avait pas si longtemps que chez « Oriane » cette même personnalité diplomatique m’avait dit, d’un air motivé et sérieux, que la princesse de Guermantes lui était franchement antipathique. 

Charmant, ce comportement.

Le duc et duchesse arrivent enfin. Vous souvenez-vous que le narrateur croyait que l’invitation était une farce ? La duchesse s’en moque :

« Cette idée de croire que vous n’étiez pas invité ! Et puis, il y avait moi. Croyez-vous que je n’aurais pas pu vous faire inviter chez ma cousine ? »

La traduction anglaise ajoute « On est toujours invité ! » après la première phrase, ce que je trouve franchement impossible à croire dans la bouche d’Oriane. Le narrateur ajoute :

Je dois dire qu’elle fit souvent, dans la suite, des choses bien plus difficiles pour moi…

Je suis sur le point d’espérer qu’elle trompe le duc avec le narrateur. Les trois le mériteraient, tous pour des raisons différentes.

Je m’ennuie du sujet, mais le narrateur écoute M. de Charlus en train de parler à M. de Vaugoubert sur certains employés du Quai d’Orsay :

comme chaque sens perd de sa force et de sa vivacité, s’atrophie quand il n’est plus mis en usage, M. de Vaugoubert… avait perdu la perspicacité spéciale qui se trouvait rarement en défaut chez M. de Charlus… à reconnaître ceux qui, sous le déguisement de l’uniforme, étaient au fond ses pareils.

C’est-à-dire qu’il n’a plus son « gaydar », comme on dit en anglais (et apparemment, en argot français). Encore une fois, Proust en fait un parallèle avec le judaïsme, en rappelant Racine :

Mais ces révélations rapides, pareilles à celles qui dans les tragédies de Racine apprennent à Athalie et à Abner que Joas est de la race de David, qu’Esther assise dans la pourpre a des parents youpins…

Wiktionnaire ajoute que ce dernier mot est « nettement raciste et antisémite » ; il ne m’est pas clair que ces sentiments sont donc attribués à Charlus ou Vaugoubert.

On passe une douzaine de pages avec les mésaventures d’une certaine Mme de Saint-Euverte, qui assiste à ces soirées pour recruter des invités pour ses propres salons. Mais on finit cette fois avec quelque chose qui met la lumière sur l’hypocrisie des Guermantes à la fin du dernier tome. On voyait qu’Oriane ressentait clairement de l’amitié envers Swann, et était mal à l’aise face aux bêtises de son mari. Cependant, quand un invité, le colonel de Froberville lâche :

Le Prince a purement et simplement fait une algarade à Swann et lui a fait assavoir, comme disaient nos pères, de ne plus avoir à se montrer chez lui, étant donné les opinions qu’il affiche… [il] aurait dû en finir il y a plus de six mois avec un dreyfusard avéré.

le duc de Guermantes répond que :

rien que pour Oriane, il n’aurait pas dû faire cela, il aurait dû désavouer ouvertement les Juifs et les sectateurs du condamné.

Oriane trahit l’amitié dont on a entendu parler au fil des trois tomes précédents en répondant :

« Mais c’est vrai, je n’ai aucune raison de cacher que j’avais une sincère affection pour Charles ! »

Aussi récemment que plus tôt dans la même soirée. Dante l’aurait mis dans le Cocyte pour ça. Ou peut-être pas, vu que Swann ne compte pas comme être humain.

Les aveugles voyants

Avec toutes mes excuses à Il Est Quelle Heure au cas où mon gros titre la dérangerait, je n’ai qu’une courte note aujourd’hui — car je suis tout à coup hyper-sensible à la lumière depuis ce matin et ne peux guère regarder un écran (je soupçonne l’un de mes médicaments) — sur quelque chose qui me dérange de plus en plus.

Dame avec un bandeau qui couvre complètement les yeux et le front, Photo par Dale et Kim Schoonover, CC BY 3.0

Peut-être que vous vous souvenez de ce qui m’est arrivé sans voiture en août — je marchais partout et, encore et encore, les voitures ont failli me renverser. À cause de ça, j’ai modifié mes habitudes — plutôt que marcher de chez moi au centre commercial, je roule au centre, m’y gare, puis prends une balade sans croiser les rues, en faisant des tours autour d’un grand bâtiment.

Au moins, ça a bien réduit le nombre de fois où je vois les calandres des voitures de trop proche. Mais depuis ce temps-là, je suis devenu très au courant d’un autre phénomène.

Il me semble que je suis la seule personne qui a même un peu de connaissance de la situation autour de moi. On dit souvent que tout le monde ne regarde que son portable, et c’est certainement une partie du problème. Mais ça fait 7 semaines que je marche uniquement dans le centre commercial, et je suis convaincu que j’ai observé assez de monde pour en tirer une conclusion.

Personne, et je veux dire absolument personne, ne bouge pour m’éviter. Il y a des fois où ils ne regardent que le sol. Il y a des fois où ils restent debout sur un trottoir en parlant avec d’autres personnes et ne souhaitent pas bouger. Mais le plus souvent, ils ont la tête orientée dans la bonne direction, et c’est simplement soit qu’ils ne regardent pas autour d’eux, ou s’attendent à ce que je bouge.

Ce soir, une famille marchait sur le même trottoir que moi, mais dans l’autre sens. Leur fils a failli me bousculer, et je lui ai dit, « Excuse-toi ». Il n’a pas levé les yeux du sol même une fois, jusqu’au moment où j’ai dit quelque chose, mais il a répondu avec « Désolé ». Après, j’ai réfléchi que c’était la première fois de ces 7 semaines où on s’était reconnu coupable de ne pas faire attention.

Je ne sais pas vous, mais ce niveau de manque de connaissance n’arrive pas par hasard. Je suppose que pour tous, ne pas bouger ou indiquer même la moindre connaissance qu’il y a un autre sur le chemin, c’est une sorte de doigt d’honneur sans cesse, une façon de dire « Je suis le seul qui compte ». J’aurais aimé croire qu’il s’agissait juste des portables, mais on parle de centaines de personnes à ce point, et la plupart n’en a pas. On le fait exprès, et ce n’est pas pour le meilleur.

Ici et là

Je continue de suivre les aventures de Maiso Hirose, la boulangerie japonaise-alsacienne. Je ne me moquerait jamais de la stagiaire qui est là pour apprendre le français (ainsi que le métier). Il faut savoir que le japonais n’a pas de genres grammaticaux, alors dire « andolsheimois, andolsheimoise », comme elle fait ici, n’est pas naturel pour madame. Mais elle semble avoir maîtrisé l’idée — jusqu’à la fin, ce qui rend ses derniers mots plutôt hilarants.

J’ai laissé un commentaire en japonais pour la corriger. Gentiment, j’espère — je voulais juste l’aider !

Je mentionne de moins en moins les ligues professionnelles américaines, mais il faut que je dise que ceci est la meilleure nouvelle de l’année jusqu’à ce point :

Classement de baseball pro

Tous ces 4 équipes ont joué 158 matchs (il y en a 162 dans une saison de baseball). Si les Padres de San Diego en gagnent 1 des 4 restants, ou les Diamondbacks d’Arizona en perdent 1, les Padres gagneront une place dans les éliminatoires. C’est assez rare pendant ma vie.

On dit dans ce cas que le « nombre magique » est 1, car seulement 1 résultat est nécessaire, que ce soit une victoire pour les Padres ou une perte pour les Diamondbacks. Hier, c’était 2 pour les Padres, puis ils ont gagné. Ça a baissé le nombre par un, car ils avaient besoin de 2 résultats qui les favorisaient, et maintenant, c’en est 1. Voilà, vous connaissez maintenant un fait divers pour répéter aux soirées, que personne en France n’aura déjà connu. Ni s’y sera intéressé non plus, mais ce n’était pas le but !

J’ai lu un article sur un auteur canadien inconnu pour moi, Thélyson Orélien, mais si vous en avez déjà entendu parler, peut-être qu’auteur est le mauvais mot. Anciennement, il y avait des soupçons que son dernier roman a été écrit par une IA. Ses défenseurs ont trouvé ça insultant, bien sûr. Maintenant, il s’avère plutôt que ses textes sont les résultats de plagiat. Quand la question n’est plus « êtes-vous un escroc ? », mais seulement « vous l’avez fait comment ? », ce n’est pas bon signe.

Le trafic venant de Google est en chute libre encore une fois, et je me demande si c’est lié à une tendance des derniers mois :

Je ne comprends pas du tout pourquoi il y a tant de visites venant de la Chine. J’imagine qu’il s’agit de l’IA. Pour la deuxième fois cette année, tout à coup la page de blagues a été éliminée des résultats de Google — il y a des rapports pour les 28 et 90 derniers jours, mais pas les 7 derniers :

Rapport de performance -- il y a des choix pour les 28 et 90 derniers jours, mais les 7 derniers jours sont en gris et ne peut pas être choisis

Cette fois, je crois sincèrement que je n’ai rien fait. Mais comme dirait mon ex, « Et alors ? »