Cette semaine, Langue de Molière est très courte, car honnêtement, je n’ai aucune idée de la bonne réponse. Mais il y a deux semaines, La Fille m’a posé une question que je trouvais très intéressante, même si je ne savais pas comment répondre.
Mettons brièvement la scène. On est bien d’accord que le pluriel de nombreux mots qui se terminent par « -u » s’écrit « -ux », non ? On a :
Eau/eaux
Tuyau/tuyaux
Bateau/bateaux
Chou/choux
Vœu/vœux
Feu/feux
Ça dit, quand il y a des cas exceptionnels pour ces modèles, le pluriel prend toujours un « -s » . On est certainement d’accord que l’on n’ajoute jamais « -es », non ?
Avec tout ça dans l’esprit, voici sa question :
« Du » est le singulier formé par de + le. Alors, pourquoi est-ce que le pluriel est « des », et non « dux » ou « dus » ?
« Mais La Fille », lui dites-vous, « c’est pourtant simple ! Dans tous les exemples, il y an encore une autre voyelle devant ‘ -u ‘ ! Il s’agit toujours de ‘-au, -eu, -eau, ou -ou’ ! »
Pourtant, aucun ne change en -es ; on ne s’écrit pas « chou/choes » ou « tuyau/tuyaes ». Il n’est donc pas du tout évident pourquoi de + le = du, mais de + les = des.
Le Trésor de la Langue française n’illumine vraiment pas la question. « Des » est la seule forme attestée depuis le XIIe siècle :
Étymol. et Hist. Ca 1150 (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 2202 : Si li tendoit des blanches flors). Art. partitif des, formé de de* + les.
Des
« De » en revanche, était anciennement prononcé plus comme « di », si on remonte au IXe siècle :
Étymol. et Hist. A. Temps, origine 842 d’[ist di] « à partir de » [ce jour] (Serments de Strasbourg, 2 ds Henry Chrestomathie
De
Quant à « du », le Trésor nous dit seulement de consulter l’entrée pour « de », alors ça n’aide à rien.
Mais « parce que » comme explication ne satisfait pas. La Fille ne comprend vraiment pas le processus par lequel les voyelles peuvent changer au fil des siècles, mais « du » a environ le même âge que « des », et les prononciations étaient assez similaires à celles du présent à l’époque. On n’a donc pas progressé depuis notre point de départ, mais je suis bien d’accord avec elle — je me serais bien attendu à ce que le pluriel sonne plus comme une version plurielle du mot singulier. Et ce n’est pas le cas.
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec la réponse définitive à une question qui agace tout enfant anglophone — car cette réponse se trouve uniquement en français !





































