C’est le 29 mars, ce que je considère mon « anniversaire français », parce que c’était la date de ma première leçon en 2020 (2021, 2022, 2023, 2024, 2025). Chaque fois, c’est le moment pour un peu de recul, de regarder autour de moi (lien vers une chanson de Rush) et voir où je suis dans ce projet.

Depuis le début, je dis encore et encore que mon plus grand rêve, au-delà de vivre en France, est simplement de m’intégrer, de ne pas être une petite célébrité comme pendant cette première année-là dans le groupe Génération 80s — « Regardez-moi ça ! C’est l’Américain ! » Mais qu’est-ce que ça veut dire vraiment ?
C’est certainement à dire que la France devait arrêter d’être Disneyland pour moi. Je crois que je n’arrêterai jamais de voir Carrefour comme une sorte de caverne d’Ali Baba — après des décennies de me sentir de plus en plus comme un extra-terrestre chez moi, l’idée qu’ailleurs dans le monde, il existe des marchés pour des gens comme moi, c’est un conte de fées. Mais mes relations avec les autres devaient devenir plus « normales », moins comme une visite au zoo (dans les deux sens, pour être clair). Où suis-je sur ce chemin ?
J’ai été très honnête en vous disant que j’espérais que devenir rédacteur du bulletin de l’OCA aiderait certaines personnes à se méfier moins de moi. En général, je crois que j’ai réussi ce but. Il n’y a plus personne qui exprime des doutes que j’en sois capable. Si ma relation avec la présidente a été tendue pendant la première année, à cause d’être exclu du bureau, tout va très bien maintenant. De sa propre façon, « Devrais-je rester ou devrais-je partir ? » a montré que je peux avoir des malentendus importants avec les Français autant qu’avec les Américains. Peut-être que c’est ironique de le dire, mais c’est aussi un signe que la vie devient de plus en plus « normale ».
Avoir enfin des invités francophones à la maison, c’était une étape importante à cet égard. C’est impossible d’exprimer vraiment à quel point être toujours l’invité, jamais l’hôte, me met mal à l’aise. Je ne vous ai pas dit qu’après toutes les préparations soigneuses, j’avais oublié d’avoir des serviettes ! (D’habitude, on utilise juste des essuie-touts en papier chez nous.) C’était gênant, mais peut-être aussi bon de voir que je pouvais faire une erreur sans que tout parte en vrille.
Alors, le projet de « normalisation » va assez bien. ([La dédiabolisation, pas autant. — M. Descarottes]) Mais peut-être que j’ai perdu un atout important en la cherchant. Si j’avais essayé de vendre l’image « Regardez, l’explorateur étranger, venu pour tourner des clips Insta pour réagir à notre cuisine et nos monuments ! », j’ai l’impression que mon manuscrit serait déjà mon livre publié. Je ne voulais pas vivre comme ça, mais ma bibliographie est plein de citations de personnes qui font leur vie en faisant exactement ça.
Tout ça dit, alors que j’ai toujours la matière pour une décennie de posts, je me sens de plus en plus inquiet pour le grand projet de déménagement. Il me semble que cette année, je dois vraiment me concentrer sur certaines questions : me faire embaucher, même si c’est toujours trop tôt ; faire des enquêtes sur un titre de séjour ; décider quoi faire avec tous les meubles et les biens d’une vie, car je ne peux pas tout envoyer. Hâte de voir la réaction de mes parents qui n’ont toujours aucune idée. Ils s’attendent à ce que je reste pour m’occuper d’eux à jamais alors que mon frère reste libre à vivre sa vie. On s’amusera bien fin 2028.
Mais toutes ces pensées ne seraient jamais venues à l’esprit si un jour en 2020, je n’avais pas ouvert Duolingo. Pour autant que je m’inquiète sur telle ou telle chose liée à ce chemin, il reste absolument dingue que j’y pense tout court.


















































