Le grand tour

Ça fait des mois où j’ai envie de vous montrer mes efforts de vivre à la française dans le nouvel appartement. Mais jusqu’à ce week-end, il restait trop de cartons partout. Cependant, le salon et la cuisine étaient enfin prêts, assez pour avoir des invités, et c’est presque tout ce que je voulais vous montrer. (Vous allez rire pour l’autre chose.)

Alors, je ne sais pas comment s’organisent les appartements typiques en France, mais en Californie, il y a une grande pièce qui sert également comme salle à manger et salon, et il n’y a pas de mur entre les deux. De plus en plus, c’est commun dans les maisons aussi — on appelle ça « open » (ouvert) plutôt qu’avouer que c’est juste une façon d’économiser sur les matériaux.

Dès que l’on entre, on voit le joyau de chez moi, l’affiche qui annonce « Bienvenue aux Français ». C’est l’affiche de Londres que j’ai acheté au Mémorial de Caen, et c’est directement en face de la porte d’entrée.

L'affiche a un gros-titre « À tous les Français », suivi du texte de l'appel du 18 juin 1940. La signature du général de Gaulle apparaît en bas. Le cadre est en bois d'érable.

Commençons quand même avec la salle à manger. On peut voir la table ronde avec un plateau en verre où chaque plat du blog a été photographié — je l’ai acheté en 2010, quand j’ai dû meubler mon propre appartement après 8 ans de vie conjugale. (Si je vous disais la vraie histoire sur les meubles partagés, vous m’appelleriez tous un gros menteur. Les lois californiennes en ce qui concerne le divorce permettent de sales tours.) Les 4 sièges viennent de la même époque. Pour accueillir 4 invités, j’ai emprunté un siège à mes parents. Les sets de table blancs viennent de la même époque aussi — quand La Fille avait ses 5 ans, je les ai remplacés avec des sets arc-en-ciel pour elle, mais j’ai gardé les originaux pour exactement de tels moments. Derrière la grande table ronde, il y a un petit table rectangulaire avec un plateau en verre. Anciennement, c’est où j’avais un aquarium. Mais j’avais déjà arrêté d’élever des poissons avant de commencer mes leçons de français — j’étais très doué et aussi très mauvais en tant qu’éleveur, et une autre fois, j’expliquerai de quoi je parle.

Les élèves d’IKEA remarqueront trois étagères « Kallax » dans la photo. Toutes datent depuis 2020 — j’avais besoin de plus d’espace pour ma bibliothèque de films et tous mes nouveaux outils de cuisine ! D’abord, examinons les deux à gauche — c’est le mur le plus long de la pièce, mais ces deux photos sont aussi à haute résolution, au cas où vous auriez envie de fouiller parmi mes disques et mes livres.

Bibliothèque en forme de cube, avec 4 étagères au total. Sur les 2 en haut, il n'y a que des DVDs et des Blu-Rays français, dont une vingtaine de films de Louis de Funès ainsi que des coffrets de Fantômas, de la 7e Compagnie, des Gendarmes de Saint-Tropez et de Belmondo. En bas, il y a des disques anglophones -- Father Brown de la BBC, Star Wars, le Seigneur des Anneaux, Indiana Jones et Matrix.
Bibliothèque à 4 étagères en forme de cube. En haut à gauche, une théière et des bouteilles d'eau ; à droite, des boites de pâtes, mes tapis en silicone et de gros sacs de sucre vanillé. En bas à gauche, des poches à douille ; en bas à droite, ma collection de livres de cuisine en français.

Vous avez sûrement remarqué qu’il y a quelque chose au-dessus de la première étagère. Voilà :

C’est un piège à fantômes des films « SOS Fantômes », qui sert en tant que seau à pop-corn. Il repose sur un petit tapis turc. Qui me l’a vendu ? Notre ami Mehmet. L’autre chose est un vieux calendrier que Disneyland a envoyé à ses abonnés il y a une décennie. Ça contient des affiches des attractions du parc, largement des années 60. Je peux le prendre en photos si vous en avez envie.

Voici l’autre étagère Kallax, bien stockée avec des outils de cuisine. La théière est du Creuset, ainsi que la poêle en fonte émaillée. En bas à droite, il y a une grosse boîte de bâtons de chocolat pour fabriquer des pains au chocolat.

Maintenant, j’ai la surprise des surprises pour la plupart d’entre vous (certains l’ont vue déjà). Au-dessus des deux premières étagères, il y a une affiche de Rabbi Jacob :

Affiche de la version restaurée 4K de Rabbi Jacob. Cadre en bois d'érable, avec un passe-partout vert de même couleur que le chewing-gum dans l'usine du film.

Et au-dessus de la table rectangulaire, de La Grande Vadrouille :

Affiche de la version restaurée 4K de La Grande Vadrouille, avec de Funès sur les épaules de Bourvil en premier plan, et  la Tour Eiffel en arrière plan. En haut, la légende dit : « Le film préféré des Français fête ses 50 ans ! ». Cadre en bois d'érable, passe-partout en bleu un peu plus foncé que le ciel derrière la Tour Eiffel.

J’ai commandé les deux à un magasin à Lyon, Loulou Affiche. Ce magasin porte ma recommandation la plus haute — les prix étaient raisonnables, et l’emballage était impeccable. Une amie lyonnaise qui connaissait le magasin a correctement deviné les contenus du colis rien qu’en voyant l’adresse.

Dans la cuisine, il y a un souvenir précieux :

Essuie-mains en vert clair avec un bord orange. Il y a un dessin du fromage Livarot cousu sur un côté.

C’est l’essuie-mains que j’ai reçu de la maîtresse de Flanel, le chat voyageur à la fin de notre rencontre à Lisieux.

Le four et la cuisinière sont efficaces, mais il y a un problème. Pouvez-vous le deviner ?

Cuisinière et four. Il y a une grosse cocotte du Creuset posée sur la cuisinière, et 4 bobines en fer pour chauffer les casseroles.

Les bobines en métal de la cuisinière réchauffent à chaque fois que le four se met en marche !

Je n’ai pas de plaintes sur les comptoirs. J’ai assez d’espace pour tout mon électroménager, et mon tapis en silicone pour étaler les pâtes rentre bien sur le comptoir en bas.

Alors, le salon. C’est le même téléviseur plasma et la même chaîne stéréo que j’utilise pour regarder tous mes films depuis le début . Les haut-parleurs viennent de l’entreprise californienne Revel, et ont été fabriqués ici. La caisse de basse vient d’une entreprise dite Hsu Research, encore plus près de chez moi.

Le canapé a presque autant d’années que La Fille. Les haut-parleurs aux côtés viennent aussi de chez Revel, mais ne sont pas encore branchés — je dois faire attention avec les fils.

Entre la télé et le canapé, il y a une table basse :

Table basse en bois de cerisier. Il y a un tissu au-dessus, et em bas, des boites pour des jeux vidéo.

Ah, quelque chose a attrapé votre œil, hein ? C’est un chemin de table du magasin niçois Tissus Toselli — mais je l’ai acheté chez Moulin. Ça m’a coûté 40 $. Je ne m’en plains pas.

Je gardais une chose pour la fin de ce tour, et nous voilà. Mes invités ont utilisé la salle de bain de La Fille. Voici ce qu’ils ont vu en y entrant :

C'est un rideau de douche avec Mario, Luigi et Toad, avec des blocs briques et ? en haut. un super champignon et des pièces à gauche, et un drapeau d'arrivée à droit.

Ouais, même si c’est une pièce que mes invités vont voir, je n’ai pas honte de signaler que c’est d’abord chez La Fille !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Maître-D

Cette semaine, Langue de Molière fait la rencontre avec Dimanche avec Marcel afin de nous amener enfin à une blague dans ma tête depuis des années. 5 années, pour préciser.

D’abord, revenons à un moment que j’ai mentionné dans Dimanche avec les de Stermaria, sans citer ces phrases exactes — juste la partie directement avant qui parlait des habitués de l’hôtel :

Ce petit groupe de l’hôtel de Balbec regardait d’un air méfiant chaque nouveau venu, et, ayant l’air de ne pas s’intéresser à lui, tous interrogeaient sur son compte leur ami le maître d’hôtel. Car c’était le même — Aimé — qui revenait tous les ans faire la saison et leur gardait leurs tables… [caractères en gras ajoutés — Justin]

À l’ombre des jeunes filles en fleurs

En anglais, on a emprunté « maître d’hôtel » au français il y a longtemps, mais de façon tronquée :

Entrée du dictionnaire Merriam-Webster pour "maitre d'"
Capture d’écran

On n’utilise que très rarement le mot « hôtel » après l’apostrophe, et presque jamais l’accent circonflexe. Si vous cliquez le lien de la photo, vous verrez que le circonflexe n’apparaît dans aucun des 5 exemples. Mais l’important ici, c’est que je veux que vous voyiez que l’on dit « maitre d' » en anglais. Sachez aussi que la traduction de « maître », c’est « master ».

Sautons du coq à l’âne ; restez avec moi, et je promets que l’on reviendra sur le sujet original. Parmi mes jeux vidéo préférés de tous les temps se trouve le chef-d’œuvre de chez Capcom pour la NES, ainsi que l’arcade, Bionic Commando. Dans ce jeu, on joue dans la peau d’un soldat équipé d’un bras bionique qui « lui permet d’attraper diverses surfaces afin de se propulser ou de s’y laisser pendre » (merci, Wikipédia, j’allais avoir du mal à expliquer ça). Mais l’arcade et la NES ont une différence importante. Voici une statue du méchant à la fin de la version arcade :

Jeu NES (alors pas trop réaliste) avec une statue en pierre gris d'un homme habillé en uniforme militaire, avec une casquette militaire, une longue barbe et des lunettes de soleil. Elle n'a pas de bras droit.
Capture d’écran

Je ne sais pas vous, mais à mon avis, il ressemble le plus au chanteur Billy Gibbons de ZZ Top. C’est la barbe follement longue :

Billy Gibboms porte une longue barbe, des lunettes de soleil, et un chapeau Stetson.
Billy Gibbons en tour à Tours, Photo par Tilly antoine, CC BY-SA 4.0

Mais le jeu de l’arcade est beaucoup plus court que le grand classique de la NES, et n’a pas d’histoire détaillée comme ce dernier. Pendant la grande majorité du jeu de la NES, on croit que le méchant est un certain Generalissimo Killt :

Generalissimo Killt menace le joueur, Capture d’écran par PPLToast, CC BY 3.0

Mais juste avant la fin du jeu, il s’avère que le vrai méchant est en fait le chouchou de Hollywood, ressuscité juste à temps :

Capture d’écran

Ouais, c’est le leader allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il dit « Tu m’as réveillé d’un long sommeil. Maintenant, je n’ai plus besoin de toi. » Au Japon des années 80, ça ne faisait pas polémique, et le jeu était connu sous le titre « Top Secret : La Résurrection d’Hitler ». Mais afin de le sortir en Amérique du Nord, Nintendo a insisté que le développeur doive enlever toute référence aux Nazis. Alors quand le generalissimo vous dit qu’il était en train de ressusciter le dictateur, il utilise un nom différent :

Capture d’écran

En particulier, il dit « Je viens d’éteindre le dispositif de résurrection. Master-D ne reviendra jamais. »

Et maintenant vous le voyez. Hitler est devenu « Master-D », alors une fois que j’ai appris un peu de français, j’ai enfin compris qu’il avait été renommé « maître d’hôtel ».

Si seulement il avait dit au joueur « Muskatnuss, Herr Müller ! » . Mais le jeune moi ne l’aurait pas compris.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un billet pas mal.

Saison 4, Épisode 40 — Un jour sans galette

Je n’arrive pas à le croire, mais c est le premier Jour des Rois du blog sans une galette ni autre recette pour la journée (en 2022, c’était Les haguignettes, une recette normande, mais autrement, c’est toujours une galette). À vrai dire, après tout le temps en cuisine dimanche, je suis trop fatigué — et il me reste trop de sucreries pour en vouloir plus.

(Si vous avez jamais vu L’Invasion des profanateurs, c’est ici où vous dites : « Qui êtes-vous et où est Justin ? »)

Aimeriez-vous entendre un moment de choc culturel — et thermique ? Je sais que la climatisation n’est pas partout en France comme aux États-Unis, mais il m’étonne que même après 20 ans ici, il y en ait qui ne s’y habituent pas. Il faisait chaud chez moi après des heures de cuisine, et l’une des invités m’a demandé d’ouvrir la fenêtre. J’ai offert la clim, mais elle préférait la fenêtre. Je n’ai pas l’habitude de l’ouvrir, alors j’ai oublié que je l’avais fait. Hier, je me demandais toute la journée : « Le chauffage, est-il en panne ? Il fait froiiiiiiiid ! » C’était la fenêtre. Je vous rassure, elle est fermée maintenant !

Je dois partager une super nouvelle, puis cafarder sur quelqu’un. Aux États-Unis, il faut réussir un écrit pour avoir ce que l’on appelle un « learner’s permit » (on pourrait dire « permis d’élève ») avant d’avoir son permis de conduire. Lundi, La Fille a passé son examen et l’a réussi avec une note de 40/45. En 6 mois, elle pourra passer l’examen pour avoir son permis.

On passe au cafardage. Il faut montrer deux documents comme preuves que l’on habite à l’adresse qui sera sur le permis. Ooooooooon — je n’ose pas dire qui — a décidé que puisque le nom de La Fille n’apparaissait pas sur les factures des services publics, ces documents ne comptaient pas, bien que le gouvernement dise autrement. Cette personne a donc donné à La Fille une carte postale de son lycée avec les dates de quelques concerts. Naturellement, le fonctionnaire qui traitait des données de La Fille ne l’a pas acceptée. Quelle surprise complètement prévisible. Bravo, Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.

Vous savez sûrement que je dis parfois que je me sens à l’aise autour des Français car on a les mêmes défauts. Parmi les pires défauts que la France partage avec la Californie, c’est que l’on adore nos squatteurs. Mais vous n’avez toujours pas la solution la plus californienne à ce problème. Pour quelques milliers de dollars, on peut embaucher un type qui squattera dans votre propre maison avec un sabre de samouraï (lien en anglais), pour convaincre les mauvais squatteurs à partir. Je ne plaisante même pas. Cet article date de septembre, mais il est tout à coup devenu très célèbre.

Au fait, je ne l’ai pas mentionné hier, mais j’ai suivi les conseils de la majorité ici, et il n’y avait pas de musique avec le dîner. Je vous écoute soigneusement, même quand ça veut dire ne rien écouter !

Notre blague traite d’un club de retraités. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Cohérence et Dulcinée.

Sur le blog, il y a aussi Le bilan de l’année 2025, le sommaire de l’année dernière, C’est le 1er, version janvier 2026, ma revue mensuelle de mes blogs préférés, La planification, où je me souciait du dîner de dimanche soir, et La honte nationale, sur le choix de symboles au World Trade Center.

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Le dîner, enfin

La balado est reportée d’un jour cette semaine pour des raisons qui seront bien évidentes. Dimanche soir, j’ai eu enfin des invités pour la première fois en 10 ans, et il s’agissait de 4 personnes pour qui je ferais tout. On parle de deux couples qui m’ont accueilli trop de temps pour compter chez eux pendant les 3 dernières années, pour des événements de l’OCA, et ça fait longtemps dont je veux rendre la faveur.

Je n’ai jamais publié des photos de ma chambre, ni dans le vieil appartement ni dans l’actuel, et c’est peu probable que ça change. Disons que le salon était parfait, la cuisine acceptable vu le niveau de travail, et ma chambre, mi-Mogadiscio, mi-Porte de la Chapelle. Bon, pas de Colline du Crack, mais il reste beaucoup de cartons pas rangés. Si j’avais 20 mètres carrés de plus, il n’y aurait pas de problème, mais ce n’est pas l’appartement que je loue. Plus tard cette semaine, vous aurez le tour du salon et de la cuisine — je suis sincèrement fier de ce que j’ai fait dans ces pièces.

On penserait que j’aurais plein de photos des plats, mais en fait, non. Il y a deux raisons pour ça : 1) vous avez déjà vu des exemples de tous sur ce blog, et 2) plus l’heure s’approche, moins je veux faire des pauses pour prendre des photos ! Cependant, il y avait quand même une nouveauté, et vous aurez la recette plus tard cette semaine.

Alors, la carte. Pour commencer, l’apéro : un mélange de fruits secs, du fromage brie, deux genres de fromage de chèvre local, mes biscuits salés préférés au monde entier (les Raincoast Crisps canadiens, aux raisins secs, romarin, et noix de pécan), et… et… des baguettes 100% maison.

Plateau d'apéro : baguette largement cachée derrière un bol de fruits secs, deux fromages de chèvre, un rond de brie, et 4 tas des biscuits "Raincoast Crisps" qui séparent les fromages.

La baguette est presque invisible dans cette photo. Ayez une autre avec les trois :

Plaque à trois baguettes, avec une baguette bien cuite dans chaque puits.

Je vous dirai deux choses sur ces baguettes : 1) elles exigeaient une sacrée quantité de travail, et 2) je ne dois pas d’excuses à Moulin. On pet trouver mieux partout en France. Mais pas ici.

Après ça, les trois plats étaient la soupe VGE de mon dîner rhodanien, le thon à la basquaise de mon dîner basco-béarnais et la bûche « Truffe framboise » du dernier Noël. Chacun est un boulot en soi, mais je voulais que ces amis comprennent exactement ce qu’ils signifient pour moi.

Voici les soupes VGE juste avant d’être dorées et enfournées :

Il y a 5 ramequins, chacun recouvert de pâte feuilletée.

Je regrette mon choix de viande — la première fois, je croyais que paleron voulait dire filet. Cette fois, j’ai acheté le bon paleron. À mon avis, c’était un peu trop dur. Mais la pâte ? Je sais ce que fais là. Et c’était fait hier matin afin de ne pas avoir le goût du congélateur. (S’ils avaient ouvert mon congélateur, ils n’auraient rien trouvé — je l’utilise très peu.)

Voici la bûche avant d’y mettre la ganache au chocolat. C’est amélioré car je me souviens de toutes les choses que je changerais après avoir essayé une recette pour la première fois. Il n’y a que deux feuilles de gélatine au lieu des trois de Noël ; pourtant, avec plus de temps au congélateur la veille du dîner, c’était aussi stable qu’avant.

Bûche faite de mousse au chocolat et à la framboise posée sur une grille au-dessus d'une grosse assiette.

J’ai dû acheter deux bouteilles d’alcool : du vermouth pour la soupe, et du vin blanc pour faire cuire le thon :

À gauche, une bouteille de vermouth Dolin blanc de 375 mL. À droite, une bouteille de Clos du Bois 2023. C'est un vin blanc inoffensif, mais pas plus.

Le vermouth est de la marque Dolin, un produit de Chambéry. J’ai dû l’acheter en souvenir de mon amie regrettée, Pascale. Le vin est un pinard californien bas de gamme, Clos du Bois. Pourquoi ai-je acheté cette bouteille ? Parce que je n’allais pas utiliser que la moitié, alors elle avait l’atout le plus important : un bouchon à vis. Sérieusement, c’est tout.

Mais j’avais déjà la bouteille la plus importante sous la main :

Une bouteille de vin Bourgueil AOP 2021. C'est un vin rouge du Val de Loire.

C’était un cadeau de mon amie rouennaise quand je lui ai rendu visite en 2023. Je la garde depuis ce temps-là, en attendant une opportunité de la partager avec des Français. Je ne peux pas boire autant tout seul, et il m’était important de la garder pour des gens comme elle, de vrais amis.

Mais je dois vous dire : je ne m’attendais pas à ce qu’ils restent jusqu’à minuit quand on est déjà dimanche. Je leur avais dit que je n’ai pas l’habitude de me coucher tôt (comme vous le savez tous), mais lundi n’est pas un jour férié ici. Ce que je ne savais pas, c’était que l’un des deux couples, qui m’accueille déjà pour les soirées de jeux de plateaux, apporterait plusieurs jeux de cartes. On a joué pendant deux heures et demi après le dessert.

J’ai toujours des larmes aux yeux. Je veux tellement faire ce dîner depuis des années. Et c’est enfin arrivé. Mais vous avez vu le niveau d’effort. Ai-je raison quand je dis : c’est bon de me connaître ?

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec Mme Elstir

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 20 pages.

La visite chez Elstir — quel nom bizarre ; le son ne me rappelle aucune langue de ma connaissance — continue, et le narrateur réussit à faire déprimer Elstir, car il essaye de le flatter : « je prononçai le mot de gloire. » En résultat :

Ceux qui croient leurs œuvres durables — et c’était le cas pour Elstir — prennent l’habitude de les situer dans une époque où eux-mêmes ne seront plus que poussière. Et ainsi en les forçant à réfléchir au néant, l’idée de la gloire les attriste parce qu’elle est inséparable de l’idée de la mort.

Vous vous flattez trop, Elstir. Je n’ai jamais entendu parler de vous jusqu’à la semaine dernière.

De toute façon, le narrateur croyait qu’il avait perdu sa chance avec la bande de filles en allant chez Elstir. Mais :

Tout à coup y apparut, le suivant à pas rapides, la jeune cycliste de la petite bande avec, sur ses cheveux noirs, son polo abaissé vers ses grosses joues, ses yeux gais et un peu insistant

Uh-oh. Ayez un pneu crevé tout de suite, mademoiselle — vous pouvez me remercier plus tard, mais ne vous approchez pas… et, tant pis :

Elstir me dit qu’elle s’appelait Albertine Simonet… Cette fois j’avais situé dans un milieu interlope des filles d’une petite bourgeoisie fort riche, du monde de l’industrie et des affaires. C’était celui qui de prime abord m’intéressait le moins, n’ayant pour moi le mystère ni du peuple, ni d’une société comme celle des Guermantes.

Je déteste son arrivisme. « Moi, qui ne fais pas partie de l’aristocratie, je suis trop bon pour traîner autour des bourgeois, juste les Guermantes. » (Ce n’est pas une citation ; c’est moi dans sa peau.) Avec son attention habituelle, toujours ciblant le prochain jouet :

Je ne savais guère ce qu’était Albertine Simonet. Elle ignorait certes ce qu’elle devait être un jour pour moi. 

La pire erreur de ma vie — et il y en a plein, mais celle-ci est sans question la pire — c’est que j’ai rencontré une fille à un déjeuner à la fac et réussi à m’en souvenir. Vous la connaissez sous le nom « mon ex ». Alors je ne compatis pas avec ce type quand il se plaint de ne pas s’être souvenu d’elle ailleurs :

si je veux remonter jusqu’à la jeune fille que je croisai le jour où j’étais avec ma grand’mère, il me faut ressortir à l’air libre. Je suis persuadé que c’est Albertine que je retrouve… mais toutes ces images restent séparées de cette autre parce que je ne peux pas lui conférer rétrospectivement une identité qu’elle n’avait pas pour moi au moment où elle a frappé mes yeux ; quoi que puisse m’assurer le calcul des probabilités, cette jeune fille aux grosses joues qui me regarda si hardiment au coin de la petite rue et de la plage et par qui je crois que j’aurais pu être aimé, au sens strict du mot revoir, je ne l’ai jamais revue.

C’est une façon très longue de dire qu’il est persuadé qu’il y avait encore une autre qu’il aurait dû poursuivre dans la bande de filles.

Avec ça, le narrateur reprend sa pire habitude, traiter les gens comme des outils :

Elstir tout en peignant me parlait de botanique, mais je ne l’écoutais guère ; il ne se suffisait plus à lui-même, il n’était plus que l’intermédiaire nécessaire entre ces jeunes filles et moi.

La pauvre Mme Elstir entre dans le studio et interrompt la conversation. Le narrateur a une mauvaise impression d’elle :

Je la trouvai très ennuyeuse ; elle aurait pu être belle, si elle avait eu vingt ans, conduisant un bœuf dans la campagne romaine ; mais ses cheveux noirs blanchissaient ; et elle était commune sans être simple, parce qu’elle croyait que la solennité des manières et la majesté de l’attitude étaient requises par sa beauté sculpturale à laquelle, d’ailleurs, l’âge avait enlevé toutes ses séductions. 

Mais ne vous inquiétez pas :

Plus tard, quand je connus la peinture mythologique d’Elstir, Mme Elstir prit pour moi aussi de la beauté.

Il faut le dire : son avis sur les femmes est presque toujours superficiel et une question d’aspect.

En quittant enfin le studio d’Elstir, il revoit encore la bande de filles et comme d’hab, la possibilité de rencontrer l’objet de ses passions produit l’effet inverse de celui attendu :

La certitude de la présentation à ces jeunes filles avait eu pour résultat, non seulement de me faire à leur égard jouer, mais éprouver, l’indifférence.

À vraie dire, La Recherche me semble de plus en plus être la version bourgeoise française du Don Quichotte. Ce gars construit des châteaux dans les airs toute la journée, et la seule chose qu’il craint vraiment, c’est de rencontrer la réalité. Heureusement, il a enfin quitté Elstir, alors peut-être que l’histoire avancera un peu la prochaine fois !

La honte nationale

Ce n’est pas du tout le post dont j’avais envie d’écrire. Mais hier, dans l’État de New York, le gouverneur a commis, à mon avis, l’acte le plus honteux de ma vie. Si on a hâte de dire « Mais le 6 janvier », une différence importante est que personne ne parlera contre ce que madame a fait. Même quelques sénateurs républicains ont voté pour destituer M. Trump après ce jour-là. Cette fois, on parle d’une capitulation à la terreur.

Antenne du One World Trade Center illuminée en vert, Photo par le Gouvernement de l’État de New York

Avant de continuer, imaginons un contexte français qui serait pareil. Imaginez que demain, Mme Rima Hassan annoncera : « On va fêter l’Islam en illuminant le Bataclan avec la couleur du drapeau de l’État islamique. » M. Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York, n’a pas fait cette annonce. Mais Mme Kathy Hochul, le gouverneur de l’État de New York, l’a faite à son honneur.

Je ne cache pas que je n’approuve pas le choix des new-yorkais. Ce n’est pas moi, ce n’est même pas M. Mamdani, qui dit qu’il ne se croit pas un citoyen. C’est sa mère :

He is not an Uhmericcan (American) at all. He was born in Uganda, raised between India and America. He is at home in many places. He thinks of himself as an Ugandan and as an Indian.

Il n’est pas un américain du tout. Il est né en Ouganda, élevé entre l’Inde et l’Amérique. Il est à l’aise dans beaucoup d’endroits. Il se croit un Ougandais et un Indien. [Ma traduction]

Interview avec Mira Nair, Hindustan Times (archivé)

Mais encore une fois, ce n’est pas lui qui a fait l’acte honteux. Pour fêter son investiture, Mme Hochul a proclamé (la dernière ligne) que janvier 2026 sera le mois du patrimoine musulman-américain :

Capture d’écran

Même ça, ce n’est pas honteux en soi. Selon le texte, « Les musulmans-américains ont un impact important sur notre paysage politique. » C’est un choix de mots époustouflant, « impact », surtout dans le New York, mais c’est l’annonce de la fête pour le soir-même qui est la honte nationale :

Capture d’écran

Ça dit : « Ces 16 sites emblématiques seront illuminés en vert à l’honneur du mois du patrimoine musulman-anéricain : 1 World Trade Center… ». Dit autrement, le tout premier site mentionné est exactement le bâtiment construit pour remplacer le World Trade Center original.

Parce que je voulais être juste, j’ai vérifié d’autres fois où des sites ont été illuminés à l’honneur de telle ou telle raison. Ce sont largement les mêmes choix à chaque fois : Memorial Day, la Ryder Cup, la Fête du travail (liens en anglais). Je devinerai donc que personne n’a pensé au problème — à partir de Mme le gouverneur.

Mais je suis bouche bée. Ce n’était pas les boudhistes qui ont fait tomber les « Twin Towers. » Ce n’était pas les israéliens — même s’il y a plein de complotistes qui disent ça. Ce n’était même pas le club de tricoteuses d’East Teaneck, dans le New Jersey. Illuminer le nouveau World Trade Center dans exactement la couleur des destructeurs de l’ancien n’est pas une façon de montrer que l’on s’entend avec l’Islam. C’est une façon de leur dire que nous avons soumis.

La planification

Je vous ai dit dans le bilan de l’année 2025 que je vais accueillir des invités chez moi dimanche. Puisque j’essaie de garder un ton optimiste pour les bilans, je ne vous ai pas dit que je suis désormais en plein panique. Heureusement, vous êtes tous ici pour aider avec la planification.

C'est une salle à manger avec un surtout de table en métal argenté de Christofle. Les murs sont dorés comme on trouve souvent dans les palais, Les sièges sont en cuir et en bois, et il y a trois candélabre à 10 branches devant la fenêtre, elle même recouverte d'un rideau blanc.
Salle à manger au palais du Louvre, Photo par Thomon, CC BY-SA 4.0

D’habitude, quand je vais chez les autres pour les événements de l’OCA, il y a de la musique. Pas très forte, afin de ne pas interrompre les conversations, mais quand même. Je dois vous dire, c’est plutôt étranger à moi, parce que je ne joue jamais de la musique comme fond sonore. Si je l’écoute, c’est tout ce que je fais. En voiture, évidemment c’est plus important à faire attention à la route — raison pour laquelle je préfère Les Grosses Têtes en voiture !

Alors, je dois rassembler une liste de lecture, ou comme dites vous les anglophones, une playlist. J’imagine que 3 heures de contenus suffisent. Mais rien ne devrait être trop bruyant. Pas d’Alice et June, pas des Histoires d’A. Il me semble que j’ai une belle demi-heure d’Indochine acoustique pour ça — quelques chansons enregistrées du concert à la Tour Montparnasse, des trucs de l’album Singles Collection, peut-être que « Le Lac » n’est pas trop bruyant. J’ai l’intégrale de Marie Laforêt, ainsi que celle de Téléphone, et tout l’album de Véronique Sanson, « De l’autre côté de mon rêve ». Il y aura du Sandrine Mallick et du Nicolas Moro. Je n’hésiterai pas à emprunter aux 30 Ans de Taratata, surtout pour les représentations d’Eddy Mitchell. Il y a un peu des Rita Mitsouko que je peux utiliser, comme 1928 de l’album La Femme Trombone, ou Même Si de l’album Variété. Mais je me sens comme si j’en ai besoin de plus. Vos suggestions sont les bienvenues !

Il me faudra avoir quelque chose pour grignoter avant d’aller à table, j’imagine. Un américain servirait un plateau de fromage et de biscuits salés avant le dîner. Mais j’ai l’impression que le fromage est toujours entre le plat principal et le dessert en France. Je ne veux pas faire un faux pas !

Les boissons posent un problème. Je n’ai pas l’habitude de boire que de l’eau et du thé glacé sans sucre. J’aurai une bouteille de vin blanc, et j’ai dit à un des deux couples qu’un vin rouge sera le bienvenu s’ils veulent apporter quelque chose. Mais je ne sais pas quoi servir d’autre. Je ne vois que très peu de sodas aux événements de l’OCA. C’est toujours du vin et de l’eau. Y a-t/il un autre bon choix non-alcoolisé ?

Au fil du Tour, je ne dirais pas que j’étais paresseux quant aux accompagnements, mais je ne faisais pas trop car les dîners étaient tous pour une personne. Le plat principal sera (je gâche la surprise pour vous, mais pas pour les invités) le thon à la basquaise. Je n’ai plus de riz de Camargue, mais je ne crois pas que ce soit le bon accompagnement non plus. L’écrasé de panais était une star du Tour, mais peut-être pas avec du thon. Vos suggestions sont aussi les bienvenues pour ça !

Quant au pain, doit-il être une baguette, ou puis-je servir un pain de mie maison ? J’en ai un bon du livre d’Apollonia Poilâne, mais mes baguettes ne sont pas à la hauteur. Il me faudrait en acheter. C’est quoi le bon choix ?

Comme vous pouvez voir, j’ai pensé principalement au menu, mais vu que je ne suis pas trop expérimenté en accueillant des invités en général, et surtout des Français, il y a des détails qui m’échappent !

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version janvier 2026

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Comme on sait, ce blog et son auteur ne dorment jamais — croyez-moi, ça me manque ! — alors même les fêtes n’empêchent pas C’est le 1er d’être publié. J’aimerais aussi juste vous remercier tous pour les gentils mots sous le bilan d’hier. Je les ai partagées avec La Fille, qui les a aussi appréciés.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

Adieu :

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things présente la meilleure pâtisserie de New York.

À encourager :

Rien de nouveau chez Jours d’humeur, Petits plats entre amis, Madame Radio, Bonheur des yeux et du palais, Thriller Addict , La lectrice en robe jaune, Un déjeuner en Provence, Et si Facebook disparaissait?, Bessie’s Bazaar, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Grain de Sable, et Bonheurs culinaires. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Le bilan de l’année 2025

C’est encore une fois le dernier jour de l’année, donc le temps pour revisiter le meilleur d’Un Coup de Foudre en 2025.

Bilan de 2025 : madeleines à l’orange et au chocolat, la boulangerie Boudin à San Francisco, le vignoble Guglielmo à Morgan Hill, la bûche truffe framboise, et le gâteau ardéchois de Millina

Comme d’habitude, on commence avec le trafic. Je vous ai dit à la fin de 2024 que j’ai toujours mon « but réaliste » et mon « but de rêve ». Je croyais qu’un but réaliste serait une croissance de 20 %, ou 60 000 vues, et de rêve serait 75 000 vues, une deuxième année de suite de croissance à 50 %. J’ai raté ça, mais j’ai quand même atteint 40 %, avec plus de 70 000 vues cette année de la part de plus de 44 000 visiteurs.

Capture d'écran des statistiques pour 2025 : 70 620 vues, 44 500 visiteurs, 7 746 mentions j'aime et 4 136 commentaires.

À noter, ça représente une augmentation entièrement de trafic venant des moteurs de recherche. La moitié de cette croissance est due à la star du blog, Les Blagues de la Semaine. Les autres chiffres qui témoignent à la taille de la communauté sont grosso modo pareils — 4 100 commentaires contre 3 900 ; 7 700 mentions j’aime contre 7 300. Je ne m’en plains pas, mais j’aimerais toujours que la communauté ici agrandisse. (C’est mon côté impérialiste, évidemment.)

Avant de continuer, je dois vous dire que 2025 se termine sur la meilleure nouvelle que j’aie eu cette année. Ça fait littéralement 10 ans depuis la dernière fois où j’ai accueilli des invités chez moi. Dimanche soir, deux couples de l’OCA viendront dîner chez moi. J’accepte depuis longtemps que les Américains ont fait leur choix sur moi, même si je crois qu’ils ont tort. Les Français, en revanche, m’ont accepté, autant dans le comte d’Orange que sur Internet, et je serai ravi de montrer enfin à quel point je l’apprécie. Le menu sera composé de deux des plats mentionnés dans le Grand Bilan du Tour ; le dessert sera la bûche truffe framboise, car je considère que j’ai appris des leçons en faisant la première, et elle sera améliorée. Je le dis souvent, c’est bon de me connaître.

Le grand projet de l’année, c’était d’écrire le livre du Tour, un projet qui a mangé grosso modo les 7 premiers mois de 2025. Je l’avais commencé en janvier 2023, mais c’était seulement avec les derniers mots du Tour que je me suis vraiment mis à la tâche. Je le considère à la fois une réussite et un échec à ce point. Côté réussite, j’aimerais bien voir le nombre de personnes qui écrivent un livre de 268 pages dans sa quatrième langue 5 ans après sa première leçon. Côté échec, il ne me reste pas beaucoup de maisons d’édition du premier groupe de tentatives. Il me reste certaines cartes à jouer à cet égard, et j’ai pris une décision de ne pas les tenter qu’en janvier, afin de ne pas être perdu à cause des fêtes de fin d’année. Ça dit, c’est évident que le livre ne sortira pas chez Les Arènes, ou chez Flammarion, ou chez Gallimard, mes éditions de rêve. Calmann-Lévy n’a jamais été qu’un coup de tête, même si à mon avis, certains livres montrent qu’en fait, mes contenus ne sont pas trop banaux pour l’éditeur de Proust. Et cet autre livre me laisse un peu douteux sur les priorités chez Fayard. D’accord, c’est les noms qui les vendent, et là, je n’ai rien par rapport aux hommes politiques les mieux connus du pays. Cependant, j’ai quelque chose à dire sur littéralement tous les Français, et toujours de façon positive, et c’est le manque d’accueil pour ça qui me rend un peu déçu.

Mais même là, ce dont je me souviendrai à jamais, c’est le nombre de personnes qui m’ont aidé à relire le livre. Quand j’écris que l’accueil des Français n’est rien d’autre que la meilleure expérience de ma vie, c’est la vérité. J’espérais trouver 5 ou 6 bénévoles, pas une quinzaine.

À vrai dire, je suis un peu déçu par le nombre faible de films vus et l’absence complète de livres terminés cette année (au-delà du premier tome de La Recherche). Ce n’était pas complètement exprès — le médicament qui vient d’être réduit avait des conséquences plus graves que vous ne le savez, et entre le livre et le déménagement, il y avait moins de temps que d’habitude. Mais trois films, après l’année où j’ai fêté mes 100 films, ce n’était pas planifié du tout. Heureusement, ils étaient tous de qualité : Le Comte de Monte-Cristo, Le Clan des Siciliens et Monsieur Aznavour. Je croyais que je terminerais au moins deux tomes de Guy-Roger Duvert cette année — il y en a plus que ça sur mon appli Kindle qui m’attendent, et j’aimerais vous rassurer que je n’ai pas changé d’avis sur lui du tout. Il en reste d’autres qui m’attendent aussi. J’espère que 2026 verra un retour aux sources ici, parce qu’atteindre un niveau suffisant pour lire des romans entiers pour adultes, c’était l’un des plus grands plaisirs de ma vie.

Mais même ici, il faut ajouter que le projet Dimanche avec Marcel est devenu un grand succès, et plus que ça, quelque chose d’important, de façon inattendue. Je ne savais vraiment pas à quoi m’attendre en plongeant dans cet univers pour la deuxième fois de ma vie. J’essaie toujours de me comporter de façon respectueuse en tout ce qui concerne la France, mais ici, j’ai laissé mon côté râleur prend la parole, et je crois que c’était en fait le bon choix. Je ne me considère pas du tout béotien — je suis la même personne qui a lu Hegel et Machiavel pendant un mois de vacances d’hiver à la fac, sans aucun rapport avec un cours à venir. Cependant, il y a plein d’études sérieuses de Proust pour ceux qui en ont envie, et le monde peut supporter une analyse qui jette un œil exaspéré sur les bêtises du narrateur et les prétentions de sa société. Je dis partout que ce blog est sur ma France, et ça veut dire une bonne dose de ma personnalité un peu inhabituelle.

Au fait, savez-vous pourquoi c’est Dimanche avec Marcel ? Il y avait une comédie musicale américaine, Sunday in the Park with George (Dimanche au parc avec George), inspiré par la vie de Georges Seurat. Le lien est en français et explique tout. J’ai toujours adoré le titre, d’où ce choix.

Il n’y avait pas de voyage important cette année, mais je crois que les récits de San Francisco et les producteurs du centre californien étaient bien appréciées.

Il y avait beaucoup moins de recettes que d’habitude, aussi une conséquence de mes préoccupations littéraires. Sur le tableau de bord du blog, je peux voir qu’il n’y a qu’une page et demi d’entrées dans la catégorie de recettes, où il y en avait 2 1/2 – 3 pour chacune des années précedentes. En partie, c’est parce qu’avec la fin du Tour, il y a moins de pression à cuisiner. Il y aussi des demandes pour revisiter certains desserts bien-aimés pour l’OCA. Mais j’ai raté mon but de cuisiner des plats de la francophonie. Il y a un plat en particulier dont j’ai envie de le faire pour vous depuis trois ans déjà, car c’est l’un de mes préférés au monde entier, mais aussi parce qu’il fera plaisir à l’une des personnes les plus importantes pour moi.

Je mentionnerai quand même quelques points forts. Le macaron Saint-Valentin, un classique du blog depuis 4 années, est devenu un gâteau, l’un des produits phares de ma cuisine. Les madeleines à l’orange et au chocolat conçues pour Dimanche avec Marcel sont bien élégantes. J’ai fait le vrai king cake de la Nouvelle-Orléans, un moment important pour les copains de classe de La Fille. Le gâteau ardéchois de Millina était une réussite énorme parmi mes amis expatriés. Et même si je crois qu’il restait des choses à améliorer chez la bûche Truffe framboise, la vérité est que je sais qu’elle prendra sa place aux côtés de l’autre grande bûche du blog, la Riviera.

On finit toujours avec un œil jeté sur les chemins des internautes vers ce blog. Selon Google, les internautes ont vu des liens vers ici 2,26 millions de fois — mais n’ont cliqué que de 35,3 milliers de fois. Ouf :

Ça dit, il n’y a plus besoin même de mentionner les brouteurs ou les vies privées de certaines chanteuses. De loin, la vedette des vedettes est la page de blagues :

7 pages les plus populaires selon Google : les blagues, un article sur l'identité des Salingers (enfin, Indochine), l'expression « un meurtre de corbeaux », le sandwich américain dit "French dip", les recettes des macarons de Boulay et du fion vendéen, et finalement, « la règle de 6-6-6 », sur les rencontres.

Les blagues sont 6x plus populaires que l’article le plus populaire de tous les temps, sur l’identité secrète des « Salingers », en réalité un projet d’Indochine. Et 16x plus populaire qu’un article sur le phénomène le plus détesté sur les applis des rencontres !

Si on m’avait dit que je serais connu pour des blagues, j’aurais dit que c’était la plus grosse blague de tout ! Mais comme je disais quand j’étais le chouchou des brouteurs, on ne peut pas choisir la façon de sa renommée. J’apprécie que c’est au moins la récompense pour rendre ce blog et sa balado plus accessibles aux sourds. Avec ça, comme je dis à la fin de chaque épisode, merci de m’avoir lu, je vous adore tous, et on se reverra en 2026 !

Les bonnes résolutions du nouvel an

C’est la fin de l’année, et demain sera notre bilan habituel, avec des statistiques, des souvenirs, des remerciements, etc. Avant ça, je veux réfléchir un peu.

Je n’ai pas l’habitude de faire des résolutions. Je trouve que j’ai du mal à les suivre, et qu’elles sont très stressantes. Néanmoins, je fais attention à mes propres comportements — peut-être trop — et il y a toujours quelque chose pour critiquer. ([FINALEMENT ! — Mon ex-belle-famille])

J’aimerais critiquer moins mes compatriotes ici. Ce n’est pas parce que je me suis réveillé un jour et me suis dit : « Ah, Ben Franklin avait raison. Ça ira. » C’est plutôt qu’en écrivant mon livre, et en le relisant, je me suis souvenu de pourquoi j’ai arrêté de faire attention à Sebastian Marx. Je n’étais pas heureux de son jeu de trouver sa place en France en se moquant des États-Unis. J’ai lancé ce blog sur le propos que j’étais ici pour partager les Bonnes Nouvelles sur la France, plutôt que pour râler sur les États-Unis. Ne vous méprenez pas sur ce que je dis : j’ai des plaintes. Comme j’ai des plaintes. Mais je dois vivre ici pendant au moins trois ans de plus, et ce n’est pas bon pour le moral.

J’aimerais me critiquer un peu moins. C’est plus difficile qu’il ne le semble. Une belle partie de l’humour du blog, ainsi que de ce qui se passe dans les coulisses, part de l’idée que tout le monde — que ce soit La Fille, M. Descarottes, même mes deux peluches (je ne plaisante pas ; vous les rencontrerez en janvier) — a une dent contre moi. Ça vient du pire conseil que j’ai jamais reçu au lycée, de me moquer plus de moi-même — c’est devenu une partie importante de ma personnalité. Mais ce n’est pas bon pour le moral non plus.

J’aimerais lire moins de choses négatives. Il y a un néologisme en anglais, « doomscrolling », qui veut dire être accroché à lire de mauvaises nouvelles. J’en suis aussi coupable que n’importe qui. Une partie de ça vient de mes méthodes pour rechercher les Bonnes Nouvelles pour la balado, parce que la vie est drôle comme ça. Mais j’ai la même habitude en anglais. Et ce n’est pas bon pour le moral

J’aimerais faire mieux avec mes projets caritatifs. Il y a les dons de sang, les cartes postales et depuis l’année dernière, Podcasthon. Je me sens comme si je pourrais faire mieux. Je donne déjà autant de sang que possible. Mais j’espérais augmenter mes efforts dans les autre cas, et j’ai raté ce but cette année.

Alors, ce sont mes bonnes résolutions. Je ne veux pas faire de promesses à leur égard. Mais j’aimerais toujours faire mieux.