Archives pour la catégorie Projet 30 Ans de Taratata

Je découvre Yarol Poupaud

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata. Cette fois, c’est Yarol Poupaud, le dernier musicien sur scène avec Pascal Obispo et d’autres pour « Allumer le feu ». (Pouvez-vous donc deviner qui est le prochain sujet ? Apportez du pop-corn !)

Yarol Poupaud (à gauche) et FFF aux Vieilles Charrues 2017, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 4.0

Stanislas Poupaud est né en 1968 à Neuilly-sur-Seine, où l’état civil a fait son tout pour sauver le nouveau-né de ses parents, en refusant le nom « Yarol » pour son acte de naissance. Mais ses parents étaient tombés amoureux d’un recueil de science-fiction avec un personnage nommé Yarol, alors ils l’ont surnommé quand même. Le jeune Yarol a rencontré Marguerite Duras, ce qui rendait Nicolas Sirkis jaloux à jamais, car sa mère travaillait avec l’écrivaine célèbre. En 1987, à ses 20 ans, il fonde un groupe de rock, la Fédération française de fonck (FFF), avec deux amis, et en 1990, ils gagnent un contrat chez Sony. C’est ainsi que leur premier album, Blast Culture, sort en 1991. (À noter : Yarol est guitariste sur l’album mais aucune chanson ne porte son nom comme compositeur.)

La première piste, « New Funk Génération », et son clip officiel annoncent clairement leurs espoirs. Ça commence avec le musicien américain légendaire George Clinton, en train de les adouber sur les marches du Sacré-Cœur :

Les autres singles, « Devil in Me » et « Marco », sont très typiques du genre de « funk » lié à M. Clinton, au point où Marco cite son tube mondial, « Atomic Dog« . L’album s’écoule à 80 000 exemplaires, un modeste succès mais pas un album d’or à l’époque.

En 1993, le groupe sort son deuxième album, Free For Fever (Libre pour fièvre, ne me regardez pas comme ça). L’album est largement en anglais, mais… je ne peux rien comprendre de sa piste « Silver Groover » :

Ça dit, l’ouverture de cette chanson met Yarol en avant comme soliste et il est plutôt bon. « Stone to the Bone » me rappelle fortement le groupe Rage Against the Machine (lancé en même temps que FFF). « King of Party » est plus du premier album, mais encore plus bruyant.

1996 voit un album éponyme, FFF, ce qui gagne une Victoire de la musique, mais pour le meilleur concert plutôt que pour l’album lui-même. Cette fois, l’album est largement en français. Le seul single est « Le pire et le meilleur » ; c’est encore plus de la même chose, mais en français :

Le clip officiel était bien diffusé en France, car on y trouve une jeune Mélanie Thierry. (C’est sur Dailymotion, donc impossible à embarquer directement.) Puis… comment dire ça…

Vous souvenez-vous de ce qui est arrivé à Jaïn ? Que la presse américaine la détestait, car ils croyaient tous qu’elle se moquait de l’accent des noirs ? C’était ridicule, c’était dégoûtant, et ils ont écrasé sa personnalité avec de fausses accusations. Je ne peux pas dire pareil de « Niggalize It ». Je peux seulement dire que si j’ai prononcé ce titre à haute voix dans le bureau de n’importe quelle entreprise, ressources humaines assureraient que je trouvais la porte le plus vite possible. Un homme blanc est strictement interdit de dire soit ce mot soit la plupart des paroles (difficiles de trouver en ligne !) aux États-Unis. Les rappeurs, par contre, peuvent le répéter sans cesse et tout le monde les félicite pour leur courage. Pour un avis que si ce mot est offensif, personne ne devrait le dire, veuillez consulter l’écrivain noir Jason Whitlock (lien en anglais).

C’est donc là où j’arrête de parler de FFF. Cependant, M. Poupaud a aussi une petite carrière en tant qu’artiste solo, avec 4 albums sous son propre nom. On zappe le premier, sorti en 2008, car c’était un EP promotionnel. Mais en 2019, il a sorti un album éponyme, Yarol. Je ne peux pas vous donner un lien, même vers Wikipédia ; pour un si récent album, il y a très peu d’infos en ligne. J’ai trouvé ce single, « Girls » (Filles) :

Sa voix est assez bonne, et la musique révèle qu’il est exactement le guitariste que j’avais cru — très capable. J’ai aussi trouvé ce clip (avec seulement environ 200 vues) d’un concert où il a joué une autre chanson de l’album, « What Am I Supposed to Do? » (Que suis-je censé faire ?). Cette critique fait la comparaison avec Santana, et oui, moi aussi, j’entends « Oye como va » dans la mélodie.

Il y a deux autres albums solos, mais franchement, j’en ai entendu assez. Je ne parle pas de ses autres collaborations, avec Johnny ou Les Vieilles Canailles (Johnny avec Eddy Mitchell et Jacques Dutronc), car c’est déjà évident — il a assez de talent, mais ce n’est pas de sa propre musique.

Que penser de Yarol Poupaud ? C’est probablement évident du texte que je connaisse suffisamment ses sources, mais qu’elles ne soient pas ma tasse de thé. Yarol est assez compétent en tant que guitariste pour avoir une bonne carrière, et il l’a, mais il ne s’agit pas de classiques de la chanson française. Et vous n’avez vraiment aucune idée à quel point cette chanson-là m’a traumatisé. Je ne peux — et je ne veux — avoir rien à voir avec.

Ma note : JE CHANGE DE CHAÎNE AVANT QUE JE NE SOIS VIRÉ.

Je découvre Cali

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec un autre chanteur sur scène avec Pascal Obispo. Cette fois, il s’agit de Cali.

Cali à la Pause Guitare en 2015, Photo par Gyrostat, CC BY-SA 4.0

Je dois dire au début que je ne l’ai vraiment pas remarqué dans l’ensemble pour « Allumer le feu », mais il est revenu sur scène deux fois de plus — une fois en tant que soliste pour « Pour un flirt » de Michel Delpech, et une fois pour « Super Nana », un de 5 chanteurs derrière Michel Jonasz. Dans les gros groupes, il a un peu disparu, car sa voix n’a rien de spécial — mais j’étais sérieusement impressionné par son énergie et présence en tant que soliste. (Voici le clip officiel, mais ça n’a pas marché quand j’ai essayé de le vérifier.)

J’étais donc étonné d’apprendre que Cali, de son vrai nom Bruno Caliciuri, est né en 1968 — je l’avais pris pour un homme de 30 ans. (Je suis vraiment nul avec les âges des autres.) De son côté paternel, sa famille est italien et espagnol ; du côté maternel, italien et français. Il a grandi à Perpignan, l’un de 5 enfants, et a perdu sa mère à cancer à ses 6 ans, et son père à ses 16 ans. C’était donc une enfance très difficile.

Après son bac, il s’est lancé en tant que musicien dans des groupes locaux, Indy et Tom Scarlett (voici un clip). Ce dernier group a fait la première partie pour Dionysos et Bénabar, mais est autrement peu connu. Cependant, une diffusion de sa piste solo, « Tout va bien », sur France Inter suffit pour le gagner un contrat chez EMI. Écoutez-la si vous voulez, mais je dirais que rien n’allait bien en écoutant cette piste plutôt lourde :

Cependant, en tant qu’une piste de son premier album, L’Amour parfait, c’est une réussite — l’album s’écoule à 550 000 d’exemplaires, un album platine. « C’est quand le bonheur ? » est meilleure comme chanson, mais toujours avec des paroles déprimantes :

« Le grand jour » mérite une place dans un bar quelque part, alors que la chanson éponyme, « L’Amour parfait », euh… ai-je mentionné sa vie difficile ? Vu la popularité de cet album, la bonne comparaison est le roman Les Souffrances du jeune Werther, de Goethe. Mais pour autant que je sache, personne ne s’est tué à cause de cet album.

La suite, Menteur, sort en 2005, se vend à 330 000 exemplaires, juste après la baisse de la signification de platine, de 500 000 à 300 000. C’est donc toujours platine !

« Qui se soucie de moi ? », la première piste, est une chanson presque positive — jusqu’à ce que l’on l’entende chanter :

« Pauvre garçon » est plus « métal », et « Menteur » plus… baroque ? (Il y a un clavecin.) « Je te souhaite à mon pire ennemi » évoque exactement les sentiments promis par le titre.

Son troisième album, L’Espoir, sort en 2008 et est accueilli comme plus positif. Il est brièvement classé numéro 1 en France. « Je ne te reconnais plus », avec Olivia Ruiz, ne somme pas comme Cali d’avant, avec des samples comme dans le rap :

Ses paroles me laissent un peu perplexe : « tu écoutes le jazz juste pour être accepté ». Croyez-moi, j’ai toute une collection de jazz, mais aucune idée de quoi il parle ! « 1000 cœurs débout » a des paroles bien Cali, mais ne le sonne pas. J’apprécie tellement le sentiment du « Droit des pères », mais c’est plus un discours qu’une chanson. Je note que Cali a aidé la création d’une association, Les Papas = Les Mamans, qui travaille pour exactement le droit des pères de rester actifs dans la vie des enfants après un divorce, et vous savez que rien n’est plus important pour moi.

Son quatrième album, La vie est une truite arc-en-ciel qui nage dans mon cœur, est jugé « plus rock, moins engagé » par les critiques — qui ne l’aiment pas. Il ne se vend qu’à 80 000 exemplaires. Moi, j’aime bien « L’amour fou », moins d’un discours que beaucoup de sa musique d’avant :

Mais on veut engagé ? Il y a « Lettre au Ministre du saccage des familles et des jeunes existences dévastées ». Je ne plaisante pas. « Je regarde mes dix-sept ans » me rappelle un peu « A Pirate Looks at Forty » de Jimmy Buffett — pas la musique, mais le même thème mélancolique de vieillir.

Son cinquième album, Vernet-les-Bains, est un hommage à son village aux alentours de Perpignan. Télérama dit de cet album que c’est « comme quand on se réveille avec une gueule de bois ». Je ne sais pas — « Ce soir je te laisse partir » n’est pas plus déprimant que son œuvre du passé !

« La grotte des amoureux » a plus l’air « gueule de bois ».

L’âge d’or, sorti en 2015, n’a pas connu de succès même si les critiques l’aimaient. « La vie quoi ! » profite de techniques de production plus modernes que d’hab chez Cali. Je l’aime bien :

Je me demande s’il écoutait « Fields of Gold » de Sting juste avant d’écrire « Le grand chemin ». Je l’aime bien aussi.

Il y a deux albums de plus, sortis en 2016 et 2020, mais à vrai dire, j’ai assez entendu pour avoir mon avis. J’ai écouté juste « Annie Girardot », mais il n’y avait qu’une référence à l’un de ses films et je ne sais même pas lequel.

Que penser de Cali ? Il n’est pas un grand chanteur, mais je veux être gentil. Il n’a pas de voix particulièrement forte, sa musique est toujours compétente mais n’a que rarement des mélodies intéressantes, et ses textes font souvent envie de pleurer. Pourtant, je sais ce que j’ai vu sur le plateau de Taratata. J’ai l’impression que Cali est plus sympa sur scène que dans le studio. Si je n’ai pas particulièrement envie de l’ajouter à ma collection, j’aimerais toujours le voir en live si possible.

Ma note : J’irais au concert.

Je découvre Superbus

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata. Cette fois, c’est Superbus, représenté sur le plateau de Taratata par sa chanteuse, Jennifer Ayache, avec Pascal Obispo (le sujet de l’entrée précédente).

Le groupe Superbus sur scène. Le plateau est illuminé en vert, et il y a 5 projecteurs qui pointent tous à la chanteuse.
Superbus au Dôme de Marseille, Photo par Olarcadia, CC BY-SA 3.0

Selon Wikipédia, le nom a été choisi par Mme Ayache d’un dictionnaire de latin :

c’est le cognomen du dernier roi de Rome, qui signifie « orgueilleux », « fier », « superbe »

Superbus, Wikipédia

Cependant, Nagui l’a prononcé avec une pause entre « super » et « bus », de manière qu’il m’a fait penser que l’on parlait d’un bus très apprécié (pour des raisons inconnues).

Jennifer Ayache est la fille de Chantal Lauby, la célèbre actrice, et de Jean-Pierre Ayache, un inconnu, ce qui est particulièrement surprenant vu que sa mère faisait partie plutôt des Nuls. (Je serai ici toute la semaine, goûtez le veau.) À l’âge de 14 ans, sa mère l’a envoyé au Texas pour apprendre l’anglais (oups) et étudier la musique. En 1999 après son retour, à l’âge de 16 ans, elle a fondé Superbus avec le guitariste Michel Giovannetti.

En 2002, le groupe sort son premier album, Aéromusical, dont le premier single est « Tchi-Cum-Bah ». Le titre ne veut rien dire ; dans le clip, il sert dans le même rôle que des mots écrits sur les pages de BD des années 50 ou 60, pour donner des « effets sonores » à des bagarres :

C’est assez agréable. Les autres singles de l’album sont Superstar et Into the Groove, dont elle chante en anglais. Son accent est pas mal ; si je ne savais pas de qui il s’agissait, j’aurais cru la chanteuse américaine mais pas californienne. De toute façon, l’album s’écoule à 85 000 exemplaires — on disait un album d’argent à l’époque, mais de nos jours d’or.

Le deuxième album, Pop’n’Gum (anglais pour « soda et chewing-gum » ») sort en 2004. C’est moins bruyant que le premier album. Le premier single, « Sunshine » (lumière du soleil) est à moitié en anglais, à moitié en français, et 100 % mièvre — le refrain se traduit par « stp, bébé, dis-moi comment le soleil brille dans tes yeux » :

La chanson du titre semble avoir quelque chose à voir avec grandir (pas la pâtisserie à Kyoto), alors que son clip ressemble au film Monstres et Cie. « Radio Song », un autre single, continue l’habitude de passer de l’anglais en français, juste pour dire « nous sommes à la radio maintenant » en anglais. L’album se vend à 110 000 exemplaires, un vrai disque d’or. N’oubliez pas que ces musiciens ont 18 ans à ce point.

Wow, le troisième album, arrivé en 2006 et est enfin le grand succès avec 400 000 exemplaires vendus, ainsi que 5 singles sortis au fil d’un an et demi. Je le trouve pourtant plutôt mystérieux. Le morceau « Le Rock à Billy » est un calembour avec le mot « rockabilly », le genre d’Elvis Presley, mais la chanson parle d’un nommé Billy et ne sonne pas du tout comme Elvis :

« Travel the World » (Voyager autour du monde) est une chanson qui liste beaucoup de villes pour dire que le personnage de la chanson veut voyager avec vous. C’était nommé pour un NRJ Music Award comme chanson francophone de l’année, et franchement, je ne comprends pas du tout la raison pour ça.

Le quatrième album, Lova Lova est seulement la moitié du succès d’avant, mais 200 000 albums est toujours une réussite. Le titre parle d’une danseuse française qui travaillait sous le nom de scène Lova Moor dans des cabarets. C’est un grand changement de style, très électronique avec tout genre d’effet et moins de guitares :

Je préfère le dernier single de l’album, « Apprends-moi », mais à vrai dire, cet album n’est pas ma tasse de thé.

Le cinquième album, Sunset (Coucher du soleil) a été enregistré à Los Angeles en 2011 et est sorti en France début 2012. Sunset est le nom d’une rue très célèbre, surtout la partie qui traverse Hollywood. Il est possible que nous nous soyons croisés sans le savoir, car j’aimais parfois visiter ce quartier. (C’est où Arnaud Demanche a joué pendant sa visite.)

En fait, regardant le clip de « Smith’n’Wesson », dernier single de l’album (nommé pour un fabricant de pistolets), je sais que nous étions aux mêmes endroits, si pas en même temps. La colline de Hollywood est là, ainsi qu’une patinoire à roulettes que j’ai visitée pendant mes 3 ans de mort vivante à LA. (Ne soyez pas surpris ; on n’a qu’un choix dans ce quartier.)

Ce morceau est plus acoustique et mélodique que d’autres chansons de l’album, dont « All Alone ». Et ça, c’est un départ énorme pour Superbus.

Il y a deux albums de plus, mais j’arrêterai avec Sixtape (blague pourrie car c’est le 6e album, mais un calembour avec « sextape », des clips de l’acte sexuel censés être privés, mais évidemment sortis par des célébrités mineures qui espèrent trouver plus de notoriété, telles que Paris Hilton). J’arrête ici parce que selon de nombreuses sources, le groupe ne s’entendait plus, raison pour laquelle il fallait une décennie pour sortir un autre album. Sunset n’a pas connu de grand succès et leur travail après n’a presque rien vendu.

Le premier single de Sixtape, « Strong & Beautiful », sonne comme l’album précédent, mais sans les parties acoustiques :

« Jusqu’à la mer » est plus de la même chose. « Soul Sister » (Âme sœur) est une surprise agréable, un peu années 80.

Que penser de Superbus ? Le mot qui venait à l’esprit encore et encore était « agréable ». J’ai du mal à vous dire « Voilà, ceci est la partie que les fans chantent aux concerts ». Presque tout est facile à écouter, mais il n’y a pas de mélodies fortes et reconnaissables. Superbus est largement une véhiculé pour la voix de Mme Ayache et des clips bien tournés. J’ai l’impression qu’il y a des carrières solos qui les attendent, mais 20 ans ensemble est bien au-delà du groupe moyen.

Ma note : J’irais au concert si vous avez une place de trop.

Je découvre Pascal Obispo

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata. Cette fois, on se retrouve dans une représentation de « Allumer le feu » de Johnny Hallyday, par Pascal Obispo, Superbus, Cali et Yarol Poupaud. On commencera avec Pascal Obispo.

Pascal Obispo (à gauche) avec Bénabar, Photo par Georges Biard, CC BY-SA 3.0

J’ai fait la connaissance de M. Obispo en décembre 2020, quand il a apparu dans le tout premier épisode de Taratata que j’ai vu, en duo avec Olivia Ruiz. Je voulais regarder l’épisode car Indochine allait y jouer, ainsi que Catherine Ringer. Si vous cliquez le lien, vous remarquerez aussi le début d’une signature du blog, mon habitude de mettre des mots dans la bouche de vous les lecteurs. Un mois plus tard, grâce aux efforts d’un ami belge qui m’a présenté Nostalgie Belgique, j’ai découvert ma préférée de ses chansons. On en parlera en bas.

Deux sourcils énormes, ainsi que le reste de Pascal Michel Obispo, sont nés en 1965 à Bergerac, mais en quelque sorte ne portent pas le nom Cyrano. Pourtant, à partir de ses 13 ans, il grandit à Rennes, où sa mère (qui ne venait pas de Bretagne) a décidé de s’installer après son divorce. C’est là, pendant ses années lycéennes, qu’il intègre à son premier groupe, dit « Words of Goethe » (Paroles de Goethe). Plus tard, il sera bassiste d’un autre groupe, « Evening Legions » (Légions du Soir). De cette période, on n’a que deux enregistrements — « Deux fois une vie », un extrait d’un album de groupes locaux pour le premier groupe, et un disque de 4 pistes pour le dernier. Il y a quelques idées intéressantes dans ces enregistrements, mais rien ne suggère une idole de la chanson française.

En 1988, il rejoint Senso, encore un autre groupe. Cette fois, plutôt que sortir son propre album, ils décident de faire partie du premier album solo de Pascal, Le long du fleuve. Cet album pue les années 80, même s’il est sorti en 1990, mais la France ne sait pas encore qu’un jour, la meilleure décennie de tous les temps lui manquera, et l’album est un échec. Voici un extrait, « Jeune révolution » :

EMI, sa maison de disques, vivement critiqué par les Sex Pistols dans une chanson éponyme, le vire après cet album, mais il signe chez Epic, où il sort Plus que tout au monde en 1991. La chanson éponyme est un petit succès ; un autre single, « Tu vas me manquer » (rien à voir avec la chanson de même nom de Téléphone), est classé 16e :

1994 voit son troisième album, Un jour comme aujourd’hui, son premier grand succès. J’aime bien la piste éponyme, mais c’est le single « Tombé pour elle » qui fait décoller les ventes avec un classement en 8e place. Le disque finira deux fois platine, avec plus de 500 000 exemplaires vendus.

Je ne peux pas mentir ; je trouve cette chanson agréable, mais pas plus. C’est bizarre d’être « puriste » pour les premiers travaux d’un artiste que l’on n’a pas écouté longtemps, mais je préfère son premier album.

Il est confirmé comme star avec son 4e album, Superflu, qui contient une belle dose de Zazie (qui est co-autrice de 3 chansons et chante en duo avec lui pour une). Cet album se vend à plus d’un million d’exemplaires grâce à de tels tubes que « Personne » et « Les meilleurs ennemis », avec Zazie. Il écrit une chanson pour elle. « Zen », classée #9 cette année-là.

En 1997, Zazie et Pascal travaillent ensemble sur « Allumer le feu » pour Johnny — elle écrit les paroles ; lui, la musique. Pascal participe aussi à l’album Savoir aimer de Florent Pagny, une réussite qui s’écoule à 2 millions d’exemplaires. Malheureusement, cette même année, un connard lui tire dessus en plein concert. Il lui faudra 22 pour retourner en Corse ; je le salue, car après ça, je n’y reviendrais jamais.

Pendant les quelques années suivantes, il se concentre sur une carrière de producteur, travaillant sur des albums de M. Pagny, Patricia Kaas et Natasha St-Pier. C’est donc un peu de sa faute que l’on a dû vivre les conflits stupides entre cette dame et Inès Reg. Il remporte une Victoire de la musique en 2004 pour son album Studio Fan – Live Fan, et le tour qui va avec, des homages à Michel Polnareff. (Ce dernier sera mieux connu plus tard comme personnage de dessin animé.) Cet album lui vaudra son seul classement #1, pour la chanson « Fan ».

2006 voit son 7e album, Les fleurs du bien — haha, même les anglophones connaissent Les fleurs du mal. Cet album, co-écrit avec le parolier Lionel Florence, contient de loin ma chanson préférée d’Obispo, 1980, avec un clip qui ressemble à un Rubik’s Cube :

Avec des saxophones — mon instrument — je pourrais pleurer, car ils ont largement disparus de la musique populaire. Je pourrais aussi faire sans ses grimaces dans le clip, mais je les pardonne, car j’adore vraiment ce clip. Ce sera son deuxième plus grand tube pour lui-même, classé #5 en France — cette même année, il écrira un #2 pour Natasha St-Pier, « Un ange frappé à ma porte ».

En 2007, il écrira une chanson classée #1 pour le parodiste Fatal Bazooka, Mauvaise foi nocturne, à laquelle il participe sous le pseudonyme « Vitoo ». Au-delà de « DJ Chris Prolls, » une bonne blague même en anglais, Fatal ne m’intéresse pas. Son 8e album, Welcome to the Magic World of Captain Samouraï Flower, sorti en 2009, n’est pas un succès, mais « Le Drapeau » est classé 6e.

Cet album marque la fin du grand succès de Pascal Obispo. De 2009 jusqu’au Covid, il aura une chanson classée 33e, « D’un Avé Maria », de son album de 2013, Le grand amour. Mais au-delà de ça, ses chansons sont désormais classées largement entre 100 et 200, hors le top 40 chacune. Cependant, en 2020, exactement au pire moment du monde, il revient avec une dernière chanson classée #1, « Pour les gens du secours », avec Pagny et Marc Lavoine :

Je ne sais pas si celle-ci compte comme retour, car il s’agit évidemment d’un moment et un message très particulier. Il a sorti deux albums de plus depuis ce temps, France et Le Beau qui pleut, mais malgré être classés #2 et #4, ni l’un ni l’autre a vendu plus de 50 000 exemplaires, pas comme ses millions d’avant.

Que penser enfin de Pascal Obispo ? Il a de bon goût musical, et a écrit au moins une contribution de légende à la chanson française, « Allumer le feu ». Cependant, à part ses liens étroits avec le son des années 80 au début de sa carrière, c’est difficile d’identifier un moment de sa carrière où il a atteint le niveau d’un Eddy Mitchell ou un Julien Clerc. Il n’y a rien de honteux là ; c’est clairement un musicien apprécié par ses collègues, un artiste capable.

Ma note : J’irais au concert si vous avez une place de trop.

Je découvre Françoise Hardy

On reprend maintenant le Projet 30 Ans de Taratata. Les 6 dernières entrées ont été consacrées à des artistes qui se sont réunis sur le plateau après leurs représentations individuelles pour chanter « Le temps de l’amour » de Françoise Hardy. Cette chanson a une longue histoire sur ce blog, et a joué un rôle important à plusieurs reprises. Mais au-delà de ça, je ne la connaissait que très peu avant d’écrire ce billet.

Françoise Hardy à Amsterdam en 1969, au bord d'une rivière. Elle porte un manteau lourd, en fourrure. La photo est en noir et blanc.
Françoise Hardy, Photo par Joost Evers / Anefo, Domaine public

Notre histoire ensemble a commencé en 2021, quand j’ai demandé de l’aide aux lecteurs pour trouver les sites dans une vidéo publiée par mon chapitre de l’Alliance française. Cette chanson était la bande-sonore. Plus tard, j’ai utilisé l’enregistrement de Taratata pour la grande finale du diaporama que j’avais préparé pour les 25 ans de l’OCA :

Le tout finit avec un dernier extrait de Taratata, où Sheila, Julie Zenatti et des autres chantent « Le Temps de l’amour », afin que mon diaporama finisse sur les paroles « On s’en souvient ».

Assemblée Générale

L’effet était électrique. Dans une salle pleine de gens âgés de 50 à 70 ans, j’avais déjà démontré que j’ai bien compris la culture — il y avait du Indochine, du Téléphone, du Patrick Bruel. Mais si je peux me vanter un peu, ce choix a remonté le temps beaucoup plus que les autres, et a montré une compréhension de qui ce public était au fond, l’histoire de tous avant de s’expatrier aux États/Unis.

Françoise Hardy est née en 1944 à Paris. Sa jeunesse était difficile, étant l’une de deux filles d’une mère célibataire (Hardy étant le nom de naissance de sa mère) et un père qui n’a pas reconnu ses filles jusqu’à beaucoup plus tard. Pire, elle passait beaucoup de ses années formatives auprès de ses grands-parents maternels, dont la grand-mère était très méchante. Mais jeune, elle montrait déjà de très bon goût en écoutant Radio Luxembourg, plus tard connue sous le nom RTL. Après avoir assisté à un concert de Johnny Hallyday, elle décide de tenter sa chance chez Pathé-Marconi ; les résultats sont mitigés, sans contrat, mais elle est encouragée à continuer. Plus tard en 1961, un deuxième essai chez Vogue, la maison de disques de Johnny, finit par lui gagner le contrat espéré.

Son premier 45 sort en avril 1962, avec 4 chansons, contient notamment « Oh, oh chéri », adapté d’une chanson américaine, « Uh oh » :

C’est un petit tube à l’époque — 2 000 exemplaires vendus en 3 mois — mais c’est la soirée du référendum sur le suffrage universel pour élire les présidents en octobre qui verra son premier grand succès. Cette élection vous a apporté l’affaire Bokassa, l’affaire Bismuth et un gouvernement avec Darmanin et Dupond-Moretti en même temps, alors je vous laisse décider si c’était une bonne idée. Mais c’était quand même une réussite pour la France — c’est-à-dire Françoise — car pendant la diffusion des résultats, elle apparaît dans un intermède musical pour chanter « Tous les garçons et les filles », aussi sur le 45. Le disque s’écoulera à 500 000 exemplaires en deux mois.

Étonnant que personne ne l’ait remarqué avant ! Ce 45 sera mélangé avec deux autres pour sortir son premier album studio en novembre, qui contient aussi « Le temps de l’amour », sur un air par un certain Jacques Dutronc pour son groupe, Les Fantômes.

En 1963, elle est choisie pour représenter Monaco au concours Eurovision, où elle joue aux côtés de Raymond Lefèvre, bientôt connu pour « La marche des gendarmes ». « L’amour s’en va » ne leur vaut que la 5e place, mais elle attrape l’œil du réalisateur Roger Vadim (ben, presque toute femme ayant un pouls faisait pareil chez lui), et elle fait son début cinématique dans un second rôle dans Château en Suède plus tard cette année.

À ce point, elle sort un disque 45 tous les 3 mois, et des traductions (chantées par elle) lui vaut de la renommée en Italie et en Angleterre. Sa « Catch a Falling Star » en anglais, sortie en 1964, ne fait pas grand-chose pour moi — sa voix est belle, mais pas comme Véronique Sanson ou Jeanne Added, elle a un fort accent :

Impossible d’écrire un petit sommaire de tous ses tubes de cette décennie. Parmi les plus grands se trouvent « Mon amie la rose », « L’amitié », « La maison où j’ai grandi », « Des ronds dans l’eau » et avec Serge Gainsbourg comme collaborateur, « Comment te dire adieu ». Ce dernier est important pour deux raisons : 1) c’est un grand changement de ses tubes entre 1963 et 1968, qui ont tous un certain son où elle chuchote au micro, et 2) c’est la fin de son temps chez Vogue, ce qu’elle poursuit en justice pour un contrat abusif.

L’autre grand changement de sa vie, c’est qu’en 1967, elle entre en couple avec Jacques Dutronc. Ce sera orageux, car il est tout sauf fidèle, notamment avec l’actrice Romy Schneider, mais vingt-quatre ans plus tard, en quelque sorte il sera un coup de foudre de la part de Françoise qui sera blâmé pour leur séparation.

Revenons à la musique. En 1970, elle a un tube modeste avec « Le Crabe », écrit par Étienne Roda-Gil, compositeur fréquent pour Julien Clerc. Mais les succès sont tout à coup rares, et elle est virée par sa nouvelle maison de disques après 2 ans. Thomas, son fils avec Jacques Dutronc, sera né en 1973, en même temps qu’elle aura son prochain grand succès, l’album Message personnel, produit par Michel Berger. La chanson éponyme, un grand tube, marque un changement pour elle, en interprète plutôt qu’autrice. Après, elle continue de servir comme son propre parolier, mais laisse la musique aux autres.

Fin 1974, elle sort Entr’acte, une sorte d’album-concept pour dire à Jacques que soit ils vivent ensemble à temps plein soit elle le quitte. Ils finissent par emménager ensemble. Mais il n’y aura pas de nouvel enregistrement de son côté jusqu’en 1977. Son 16e album, Star, met en vedette des collaborations avec Michel Jonasz, Catherine Lara et William Sheller. Le son de cet album est hyper-années 70 :

La fin de cette décennie, on la voit en plein mode disco avec « J’écoute de la musique saoule » :

Je vais beaucoup sauter, pourtant finir bien avant la fin de sa carrière. En 1988, elle sort son 21e album, Décalages, dont une collaboration avec Jacques, le premier en plus d’une décennie. Il avait écrit la musique, puis elle a écrit les paroles. Cette année-là verra le début de la fin de leur relation, mais pas le mariage, et c’est un peu d’une élégie :

En arrêtant ici, j’évite un reste de sa vie qui me met franchement mal à l’aise. L’histoire entre elle et Jacques est juste bizarre, le cancer qui l’a tué a fait toute une polémique sur l’euthanasie, et à vrai dire, sa souffrance méritait plus d’intimité que celle dont elle a bénéficié.

Que penser de Françoise Hardy ? Mettons de côté une vie qui cachait une longue série d’épreuves derrière un succès apparemment instantané. On a mentionné beaucoup moins de ventes que ce à quoi je m’attendais, parce qu’après les succès des années 60, les chiffres n’ont presque jamais atteint le niveau d’un disque d’or. Et beaucoup de ses chansons se ressemblaient, les unes aux autres, car elle ne s’est jamais consacrée à la tâche d’apprendre la musique comme une Zazie, peu importe Jeanne Added. Mais quelle voix, quel charisme, et en tant que symbole d’une décennie, elle était vraiment la reine de la chanson française des années 60. Si je dois finir par en conclure que « Le temps de l’amour » est son seul tube vraiment à la hauteur de « La dernière séance », de « New York avec toi », de « C’est comme ça » ou de « L’Aventurier », ça lui vaut quand même une place au Panthéon d’Un Coup de Foudre.

Ma note : J’achète l’intégrale.

Je découvre Sheila

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la chanteuse après Julie Zenatti, Sheila. Elle a chanté sa propre chanson sur le plateau, « Bang Bang ».

Sheila sur le plateau de l'émission 30 Ans de Taratata

Sheila est née Annie Yvonne Jeanne Gisèle Chancel en 1945 à Créteil. Ayant échoué des tentatives d’entrer l’Opéra national de Paris et la Maîtrise de Radio France pendant son adolescence, en 1960 elle entame une carrière de chanteuse avec un groupe amateur. Les Guitares Brothers. Ce groupe fait son début dans un casino breton, mais réussit enfin à passer une audition chez le Golf-Drouot. Là, le producteur Claude Carrère fait signer un contrat de 10 ans à ses parents, et lui donne le nom de scène « Sheila ». Carrère n’est pas un héros de cette histoire ; son plan d’affaires était de signer beaucoup de jeunes artistes pas chers et gagner les droits d’auteur — un modèle très commun dans ce secteur peu scrupuleux. Puisque elle a enregistré plus de 600 chansons, je me concentre sur sa carrière jusqu’au début des années 80.

Son premier tube est « L’école est finie » de 1963, écrit par Carrère et son partenaire commercial, Jacques Plait. C’est #1 en France ainsi qu’en Wallonie, une chanson très agréable et plein d’entrain.

D’autres singles — « Le Sifflet des copains » et « Papa t’es plus dans l’coup » suivent rapidement, et son premier album est une réussite. 1964 voit plus de singles à ce niveau, comme « Vous les copains, je ne vous oublierai jamais », une reprise de « Doo Wah Diddy Diddy », est un autre classé #1, et « Hello, petite fille », #5. Son deuxième album, Écoute ce disque, est encore un succès.

C’est ici où la tragédie frappe. Ce rythme de travail est épuisant : Sheila s’évanouit sur scène à l’âge de 18 ans et doit quitter les tournées pendant un an. Elle lâche pendant une interview avec France Dimanche que ses traitements pour l’anémie comprennent des hormones mâles et en conséquence, une rumeur la suivra pendant des décennies, qu’elle est en fait un homme. Même son accouchement en 1975 sera traité de faux pour cacher son sexe. Franchement, de toutes les choses que j’ai apprises en écrivant cette série, celle-ci est de loin la pire — elle n’a rien fait, et c’est injuste de façon qu’être méprisé pour infidélité (comme beaucoup de ces artistes) ne l’est pas.

Hors scène, Carrère hausse son rythme de travail dans le studio. 1965 voit 4 singles dans le top 10, dont le #1 « Le folklore américain ». J’aime très bien cette chanson avec son aire de cow-boy, même si à vrai dire, ça doit beaucoup plus à l’imagination française qu’à la musique américaine — ça ne me rappelle rien de mon côté de l’Atlantique :

1966 voit 3 tubes de plus, dont « L’heure de la sortie », qui s’écoule à plus de 300 000 exemplaires, et « Bang-bang », classé #2 et son choix pour Taratata. Le premier est très typique de Sheila. Le dernier est plus mélancolique que d’hab jusqu’à ce point, l’histoire d’un garçon avec qui la narratrice a grandi, le titre faisant référence au jeu de gendarmes et de voleurs.

1967 est aussi réussie que les années précédentes — « Adios amor », malgré le titre espagnol, est largement en français. C’est ce que vous les anglophones appelez un « slow », et atteint le #1 :

Avec plus de trois quarts d’un million d’albums vendus chaque année, il semble que Sheila est la reine de la chanson française. Mais on verra les premiers signes d’une chute. Son tube classé #1 de 1968, « Petite fille de français moyen » ne se vend qu’à 250 000 exemplaires, et n’a pas l’air d’un classique comme pas mal de ses autres jusqu’ici :

Apres 6 ans en haut des classements, Sheila n’aura rien dans les top 5 en 1969, « Arlequin » étant sa meilleure vente (#6, 200 000 exemplaires). 1970 est aussi une déception, même si « Reviens, je t’aime » atteint la 4e place. Franchement, c’est plus de la même chose et quelque chose doit changer.

1971 verra une sacrée rentrée. « Les Rois Mages » ne sera pas seulement #1 en France et en Wallonie, mais dans le top 10 en Espagne et en Argentine ! Ce n’est même pas un grand changement de style, mais de technique de production — avec ses effets de chorus, le son est hyper-moderne pour son époque.

En 1972, la tragédie frappera encore, mais lentement. Elle rencontre un chanteur nul et pas digne de son talent, Guy Bayle, dit Ringo. Les deux sortiront « Les gondoles à Venise » en duo en 1973, quand ils s’épouseront. Ce sera le dernier #1 pour Sheila en France (les Belges sont plus faciles). Ils vivront une histoire d’amour tendue jusqu’à leur divorce en 1979.

Même si Sheila n’aura plus jamais la première place, il y aura une dernière triomphe. Elle tournera vers le disco en 1975, quand « C’est le cœur » (une reprise de « Doctor’s Orders » en anglais) s’écoulera à 400 000 exemplaires, et « Quel tempérament de feu » à 500 000. La meilleure année de sa carrière suivra en 1977 avec plus de 1,6 millions de ventes, dont « Singin’ in the Rain », une reprise disco d’une chanson américaine, qui atteint le top 5 même en Suède :

Il faut que je ne mens pas. Cette chanson, dans sa version originale, était l’une de mes préférées jeune, au point où je l’ai même chantée dans un concours en primaire. Je trouve cette version disco horrible. Mais c’était l’époque, alors il faut lui pardonner.

En 1979, une collaboration avec Nile Rodgers — invité spécial pour ce Taratata de légende — donnera lieu au dernier single de sa carrière à dépasser 400 000 ventes, Spacer. Le clip sent bien Star Wars :

Son dernier tube de conséquence, Gloria, atteindra la 8e place et se vendra à 300 000 exemplaires en 1982, mais il n’est qu’une reprise — et traduction très fidèle — d’une chanson de même nom par Laura Branigan, chanteuse américaine. Après cette chanson, Sheila se rompra enfin avec Claude Carrère ; il y aura des procès entre eux, et elle considère qu’avec son influence, il a bien gâché sa carrière. Elle connaîtra encore plus de tragédie quand son deuxième mari souffrira deux crises AVC et son fils unique meurt d’une surdose de cocaïne.

Mais avec deux décennies de réussites sur la scène française, que penser de Sheila ? Elle n’a jamais eu l’habitude d’écrire ses propres chansons, alors c’est difficile de lui attribuer le même niveau de mérite qu’une Véronique Sanson ou bien une Zazie (Sheila a plus de talent vocal, mais c’est évident que Zazie a fait le maximum avec ses atouts). Pourtant, sa carrière des années 60 seule serait déjà assez pour l’assurer une place importante dans la chanson française, et même si les nouveautés des 30 dernières années n’ont rien de spécial, c’était bien évident en regardant Taratata qu’elle reste une artiste bien-aimée en live.

Ma note : j’irais au concert si vous avez une place de trop.

Je découvre Sylvie Vartan

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Sylvie Vartan, car Julie Zenatti avait chanté sa « La plus belle pour aller danser ». Les élèves les plus studieux du blog se souviendront que j’aime parfois laisser des références à cette chanson, même dans des recettes. Ça fait des mois depuis la dernière entrée dans cette série — j’espère la terminer avant les 35 Ans de Taratata !

Sylvie Vartan, Photo par
Eric Koch pour Anefo, Domaine public

Ceci est l’un des articles les plus difficiles à écrire du Projet, parce que selon Wikipédia, Mme Vartan a enregistré plus de 1 500 chansons en dix langues. Je ne garde pas de statistiques, mais je crois que le plus grand nombre de chansons que j’ai écoutées pour un artiste dans cette série est environ 70, pour Eddy Mitchell. Je me limite à ses œuvres en français et en anglais, et principalement à sa carrière des années 60 et 70.

Sylvie Vartan est née Силви Жорж Вартан en Bulgarie en 1944 — personne sauf Agathe ne sait lire ça, moi absolument compris. Pourtant, elle est aussi bulgare que moi ou vous — son père est arménien et sa mère est hongroise, mais les deux parents se retrouvaient en Bulgarie à cause de travail. Son père était là en tant qu’attaché de presse à l’ambassade française, et sa mère y est née à cause du travail de son père. C’est à Sofia où elle a son premier rôle d’actrice au ciné, à l’âge de 7 ans. Les critiques sont nulles, et la famille doit fuir en France. Non, je plaisante sur ça — la famille quitte la Bulgarie à cause de la vie sous l’emprise soviétique.

Sylvie fait son début en 1961 avec « La panne d’essence » en duo avec Frankie Jordan. C’est une chanson qui sent bien l’arnaque, avec des paroles qui suggèrent que le jeune couple qui est en panne d’essence l’est parce que le garçon du couple l’a planifié, si vous me suivez. Moi, je montrerai mon bloc à couteaux au premier garçon qui veut conduire La Fille quelque part. Il y a une quinzaine là-dedans, tous bien aiguisés.

C’est un tube, alors notre Sylvie fait ce qui lui semble bon et quitte le lycée deux mois avant de passer les examens pour son bac.

En 1962, elle sort son premier album, Sylvie. Ça marque le début d’une longue histoire d’adapter des chansons américaines au marché francophone. Parmi ses premiers tubes est « Moi je pense encore à toi », pas exactement une traduction de « Breaking Up Is Hard To Do » par Neil Sedaka, mais sur le même air :

Cette même année, Sylvie Vartan rencontre un certain Johnny Hallyday, qui l’invite de faire la première partie de son tour. Il est déjà évident que les deux sont en couple, même si le mariage n’aura lieu qu’en 1965.

En 1963, elle sort un autre album, intitulé Twiste et chante, un titre si évidemment une traduction du tube des Beatles que j’ai presque sauté écouter la piste phare. En automne de cette année, elle et Johnny enregistrent des albums à Nashville, aux États-Unis (malgré ayant un nom qui se termine par -ville ; je sais, c’est bizarre). Son album, À Nashville. La première piste, « Si je chante » est encore une autre reprise américaine, mais un nommé Charles Aznavour lui en écrit une autre, « La plus belle pour aller danser », originalement pour son rôle dans le film Cherchez l’idole :

En 1965, elle sort un album en anglais, Gift-wrapped from Paris (littéralement, Emballé en cadeau de Paris — toujours Paris, bande d’obsédés), un album de reprises sauf pour ce duo avec Johnny écrit en franglais :

Cet album est… une expérience bizarre. Ses voyelles sont bonnes, mais il n’y a pas de liaison en anglais. ‘My Boyfriend’s Back » et « I Heard Somebody Say » sont intéressantes, mais je n’ai pas envie d’acheter cet album.

On saute Il y a deux filles en moi de 1966 pour le plus intéressant 2’35 de bonheur de 1967. Je croyais le titre quelque chose de Gainsbourg, mais en fait, c’est plutôt doux, une chanson sur garder un enregistrement de son amour pour écouter quand l’autre est loin :

L’homme du duo n’est pas Johnny, mais Carlos, qui fait son début avec cette chanson.

1967 voit aussi l’album Comme un garçon, avec une piste phare classée #2 en France :

1968 voit une tragédie — Sylvie est percutée par une camionnette, qui tue son amie Mercedes Mendès et renvoie Sylvie à l’hôpital. Mais l’année voit aussi une réussite — l’album Sylvie Vartan est plus connu sous le nom La Maritza, d’après son tube de légende :

Comme les premiers mots me parlent : « La Maritza, c’est ma rivière, comme la Seine est la tienne ». Il y a un paragraphe sur exactement ça dans mon livre.

Et ce n’est même pas le plus grand tube par ventes de l’album — ce titre est remporté par Irrésistiblement, un autre #2 en France. Mais c’est « La Maritza » qui aura la plus d’importance au fil des décennies.

1970 voit un accident encore plus grave, avec Johnny au volant de la voiture. Sylvie doit aller à New York pour subir de nombreuses interventions chirurgicales. Elle passera la moitié de l’année à l’étranger et Johnny, lui, il rencontre une certaine Nanette Workman, chanteuse canadienne qui fera partie de son album de 1971, mais avec qui il poursuit une liaison. En 1972, le couple réconcilie, mais selon Johnny, ce sera la raison de leur divorce en 1980.

En 1973, Sylvie sort l’album J’ai un problème, avec deux duos avec Johnny, dont la piste phare. Quand Johnny chante « On récolte la vie que l’on sème », il faut le dire — il savait déjà.

1974 voit un retour au début des années 60, avec un autre album plein de reprises américaines traduites en français, Shang shang a lang. Il faut dire que Sylvie apporte à la piste phare plus de talent vocal que les Bay City Rollers.

En 1976, elle sort Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes ?, avec une piste phare beaucoup plus optimiste que le titre ne le suggère. Mais en 1977, elle revisite un autre tube des Bay City Rollers, ce qui lui vaut un classement #4 pour « Petit rainbow » :

On finira sur son premier tube des années 80, « Nicolas », adapté d’une chanson hongroise. Au fil de sa carrière jusqu’à ce point, il y avait souvent des orchestres derrière elle, typiques du « Mur de son » des années 60 et 70. Voici un morceau beaucoup plus personnel, avec moins de production. Des mois plus tard, elle sortira un autre album, Bienvenue Solitude, un clin d’œil vers une nouvelle vie sans Johnny — une vie qui sera, il faut ajouter, sa propre réussite, mais comme la carrière de Julien Clerc, devra autant au fait qu’elle était déjà une star qu’autre chose.

Que penser de Sylvie Vartan ? La comparaison avec Julien Clerc est exactement la bonne. C’est une carrière remplie de reprises de chansons étrangères, mais si je trouve ça un peu trop commercial, ça lui permettait le temps et les opportunités pour enregistrer une belle poignée des meilleurs exemples de la chanson française. C’est un monstre de la scène française, et si je dois ajouter qu’elle méritait mieux dans sa vie privée, il faut aussi dire que l’Histoire se souviendra d’elle pour ses contributions à la musique, pas à la presse populaire.

Ma note : J’achète l’intégrale.

Je découvre Julie Zenatti

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la chanteuse qui a suivi Cats on Trees, Julie Zenatti. S’il vous dérangeait ces dernières entrées que je n’étais pas très enthousiaste de mes sujets, cette fois, je vous rassure, vous allez finir par appeler le 17 ou le 114 à cause d’un excès d’enthousiasme !

Julie Zenatti sur Taratata, Capture d’écran, ©️Banijay

Julie Zenatti est née en 1981 à Paris, fille d’une famille italienne et juive algérienne. À ses 13 ans, un employé de la maison de disques EMI la découvre dans un karaoké, et lui fait signer son premier contrat. C’est ainsi qu’elle sort en 1995 son premier single, Il restera de toi :

Cependant, c’est trop de pression pour une si jeune fille — quoi, beaucoup de stars des années 60 se sont lancées à cet âge ! — et sa famille rompe le contrat pour qu’elle puisse aller au lycée. Ça ne l’empêche pas d’être considérée comme candidat pour représenter la France à l’Eurovision en 1996.

En 1997, elle joue dans le rôle de Fleur-de-Lys, dans la comédie musicale « Notre-Dane de Paris », qui connaît un si grand succès qu’elle quitte le lycée pour se consacrer à la musique. Avec un nouveau contrat chez Columbia, en 2000, elle sort son premier album, Fragile, un double disque d’or selon la vieille signification, 200 000 disques, pas les normes abaissées de nos jours. Parmi les singles de l’album se trouve « Si je m’en sors », ce qui montre qu’à ses 19 ans, elle est déjà un produit fini, sans jamais avoir assisté à un conservatoire :

Écoutez aussi « Why » ; son articulation est par-faite.

En 2002, elle sort son deuxième album, Dans les yeux d’un autre, pas aussi bien accueilli que le premier, même si toujours un disque d’or. Le plus grand tube de l’album est « La vie fait ce qu’elle veut », qui s’écoule à 42 000 exemplaires.

Vous savez quel était le plus grand tube de l’année aux États-Unis en même temps ? Freaking « How You Remind Me » de Nickelback, avec plus de 7 millions de ventes mondialement, dont 250 000 en France. Alors que vous aviez Julie Zenatti. Je n’ai même pas de mots. Allez, vous avez donc tous raté la chanson éponyme de l’album, avec l’une des rimes les plus parfaites de tous les temps.

Son prochain album, Comme vous…, sort en 2004. Avec de l’aide de J-J Goldman et Axel Bauer, cet album se vend à 200 000 exemplaires encore une fois. Le grand tube et unique single est « Je voudrais que tu me consoles ». À vos ordres, chérie.

C’est plus électrique que ses autres chansons à ce point, avec trop d’effets pour une voix qui n’a pas besoin de la tricherie à la sauce logiciel, mais très agréable quand même. « L’amour s’en fout » est plus de Julie comme on la connaissait avant ; « Rendez-moi le silence » aussi.

Après cet album, Julie Zenatti fait une pause pour doubler Barbie dans plusieurs films animés. Puis, la catastrophe. Son quatrième album, La Boîte de Pandore, sort en 2007 et ne se vend qu’à 30 000 exemplaires. Qu’est-ce qu’il y a, la France ? Avez-vous même écouté la première piste, « Je voudrais une chanson » ? Ne me répondez pas, je le sais déjà. Non. Et vous avez donc raté quelque chose de créatif et original, avec des cornemuses, des accordéons, même un gong. Écoutez et pleurez votre erreur :

Pire suivra. En 2010, son cinquième album, Plus de Diva, ne se vend qu’à 17 000 exemplaires, ce qui lui coûtera son contrat chez Columbia. C’est dommage ; « Comme une geisha » est plus bruyante que d’hab pour elle, mais je l’aime. « Sweden Syndrome », en revanche, est plus de Julie comme toute la France l’aimait, juste du piano et cette voix :

En 2015, elle est de retour sur Capitol Music avec Blanc, un album qui atteint brièvement la 13e place dans les classements, mais j’ai l’impression qu’il ne se vendait pas trop non plus. Le premier single de l’album est « D’où je viens ». Je l’adore, mais peut-être que le pays ne voulait pas être rappelé que « Je suis jolie, même démaquillée » :

Vous n’avez certainement pas entendu « Pars sans rien dire » et « Si tu veux savoir », et tant pis. Elle reste à la hauteur de son talent, et je peux l’écouter toute la journée.

En 2017, elle sort un album de reprises, « Méditerranéennes ». C’est difficile pour moi de dire quoi penser de cet album, car elle a choisi de travailler avec de nombreuses autres chanteurs et chanteuses, dont certaines que je ne peux pas distinguer d’elle. Je peux dire que « La Maritza » avec Élisa Tovati est bien faite, et que j’adore la guitare espagnole de « Adieu mon pays » avec Enrico Macias, et « L’Amoureuse de Casbah », avec 7 chanteuses au total, est une chanson bien arabe qui vaut bien l’écoute.

Ce dernier album marque la fin de son séjour chez Capitol, alors j’imagine que c’était encore un autre échec commercial. Son prochain album, Refaire danser les fleurs, sorti en 2021, est auto-édité et n’a même pas de page Wikipédia. Yikes. « Tout est plus pop » est un départ stylistique pour elle ; un commentaire sous le clip fait la comparaison avec France Gall, et je suis d’accord :

Cependant, la chanson éponyme est, encore une fois, Julie telle que tout le monde l’aimait au début.

Et c’est peut-être ça le problème. Elle a tout le talent d’une Véronique Sanson, mais pas les ventes. Mais pour autant que j’adore tout ce qu’elle fait, il n’y a ni un succès emblématique tel que « Chanson sur ma drôle de vie » ni une mélodie dont tout le monde a envie de la fredonner encore et encore.

En juin de cette année, Julie vient de sortir son dernier album, Le chemin, avec la maison Bayard Musique. Le premier clip, Païenne, a été tourné dans l’église parisienne Saint-Étienne-du-Mont, et elle s’est embarqué sur une série de concerts dans des églises. Je l’aime, mais vous le saviez déjà :

Que penser de Julie Zenatti ? Moi, j’adore sa voix comme seulement Véronique Sanson et Catherine Ringer avant, et peut-être Jeanne Added de plus. Et il y a eu un moment où il a semblé que la France serait d’accord. Mais quelque chose n’est pas bien allé du tout. Je pense au Temps d’Amour sur le plateau de Taratata où elle était sans conteste la chanteuse la plus douée du groupe, et je ne peux pas comprendre le fossé qui sépare mon avis de celui des Français.

Ma note : Épousez-moi, Julie ! Je vous apprécierez même si vos compatriotes ne le font pas. Et je cuisine ! Mais punaise, c’est qui ce Benjamin ?

Je découvre Cats on Trees

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Cats on Trees, qui a suivi Adrien Gallo sur le plateau. Le duo a chanté une chanson, Le Temps Est Bon, par une chanteuse québécoise, alors suivant mes règles pour le projet, je ne vais pas écrire sur cette autre artiste, car il s’agit uniquement de la chanson française dans son sens continental. Si je faisais autrement, j’aurais dû écrire sur Gwen Stefani déjà, et AC/DC plus tard. Alors, Cats on Trees.

Cats on Trees en concert, Photo par Gyrostat, CC BY-SA 4.0

Ce n’est pas la première fois où j’écris sur un artiste français qui travaille principalement en anglais — on a déjà parlé de Jain et de Jeanne Added, ainsi que de Marie-Flore. Mais c’est la première fois où il ne s’agit pas d’un soliste (à moins que vous insistiez sur le début de la carrière d’Adrien Gallo). Cats on Trees — Des chats sur des arbres en anglais — est un duo composé de chanteuse/pianiste Nina Goern et batteur Yohan Hennequin. Le duo se sont rencontrés à Toulouse, où ils jouaient aux mêmes instruments dans un groupe local dit Aeria Microcosme. Pour autant que je puisse découvrir, il me semble que le seul album de ce groupe-là est sorti en 2007 ; voici un clip, « Seule » :

C’est très ambiant, cette musique. Mais les deux ont déjà d’autres idées, et forment leur propre duo cette même année. En 2009, ils sortent un EP auto-édité de 7 chansons, Uli, et j’ai du mal à le décrire. Autre que le titre de ce clip, « Hallo Mrs. Jones » (Allô Mme Jones), tout est en allemand (selon Paroles.net) et je ne comprends rien :

Il n’y a rien de l’EP sur leur chaîne officielle, et je ne suis pas arrivé à trouver leurs autres chansons de l’époque. Cependant, ça leur vaut assez d’attention pour faire la première partie pour Benjamin Biolay en 2012.

En 2013, Cats on Trees sort un album éponyme, sans les titres du passé. Les critiques sont positives, et l’album se vend à 220 000 exemplaires et est nommé aux Victoires de la musique en 2014, dans la catégorie « Album révélation ». Qu’est-ce qu’il révèle ? Voici le premier single de l’album, « Sirens’ Call » (L’Appel des Sirènes) :

Je dois être honnête. J’ai eu une très mauvaise réaction à la voix de Nina Goern en français sur Taratata. Elle a une qualité que les britanniques appellent « fruity » (ça veut dire tout autre chose aux États-Unis ; ne l’utilisez jamais chez moi à moins que vous aimeriez voir une gendarmerie de l’intérieur). Littéralement « fruité », mon dictionnaire Oxford préfère le rendre par « timbré », mais avec des synonymes en anglais qui me laissent perplexe. Je ne sais vraiment pas quel est le bon mot en français ; je veux dire qu’il y a une certaine faiblesse. Même si le ton est correct, ça manque de qualité musicale, et le chanteur doit presque chuchoter, car la puissance n’est pas là. Fiona Apple est l’exemple parfait chez les anglophones. Une Véronique Sanson ou une Catherine Ringer ne mériteraient jamais cette description. (À noter ; ce n’est pas ma plainte sur Gaëtan Roussel.) Et ce n’est pas uniquement une question de prononciation en anglais (celle de Nina n’est pas bonne — un peu britannique, mais les voyelles sont toutes mauvaises) ; Sandrine Kiberlain n’est pas bonne en anglais, mais est absolument charmante en français.

Franchement, vous savez grosso modo déjà comment finit ce billet, mais elle est capable en tant que pianiste, et Yohan est assez bon à la batterie, alors voyons si la musique peut sauver la note finale. Alors quoi d’autre sur cet album ? Jimmy, une collaboration avec Calogero, est pas mal ; Tikiboy montre les compétences des deux en tant qu’instrumentistes ; Flowers a une mélodie agréable. J’ai dû arrêter Wichita dès que j’ai entendu sa prononciation du nom.

En 2016, Cats on Trees fait partie d’un album de reprises de Daniel Balavoine. Elle chante mieux en français qu’en anglais sur cette reprise de « Aimer est plus fort que d’être aimé » :

2018 voit leur deuxième album, Néon, un album un peu plus « disco » que le premier. Le premier single de l’album est « Keep on Dancing » :

Encore une fois, la musique est pas mal, mais… Nina prononce le mot « fun » comme si c’est « fen », un marais anglais. La voyelle ne vient pas de la même partie de la bouche. Je ne suis pas fan de l’accent de Jain, mais elle m’a conquis avec son enthousiasme. Et Sandrine Kiberlain fait des clins d’œil envers ses difficultés — j’ai fondu pour « Je te ferais rire with my accent. » Nina livre ses mauvaises prononciations en toute sincérité, et je ne profite vraiment pas de la critiquer. Mais elle a monté de petits couteaux sur un coton-tige et me poignarde dans le tympan encore et encore.

Sur le même album, l’autre single est Blue, qui pourrait être une tres bonne chanson en anglais dans les mains de Véronique Sanson, ou bien Jeanne Added. Mais encore une fois, j’ai dû l’arrêter sur les mots « I celebrate the day ». Tikiway revisite le personnage de Tikiboy à bon effet, et Birthday est aussi agréable en tant que musique, tant que vous ne comprenez pas l’anglais.

L’album le plus récent, Alie, est sorti en 2022. « Please Please Please » est apparu l’année précédente. J’oserais dire qu’elle a suivi un cours d’anglais pendant le Confinement ; les accents sont sur les bonnes syllabes, et croyez-moi, c’est une amélioration.

She Was a Girl pourrait trouver du succès aux États-Unis sur les chaînes « alternatives ». Mais je suis prêt à finir.

Que penser de Cats on Trees ? Les deux sont évidemment des musiciens talentueux, et à part l’effet réverbe, Nina n’utilise pas trop de logiciels sur sa voix. Je la félicite sincèrement pour ça. Il faut avouer que personne ne peut me rappeler Fiona Apple et réussir ici. Et comme Jeanne Added, ses textes en anglais sont logiques et ne contiennent pas de fautes. Mais où Jeanne Added et Véronique Sanson ont complètement maîtrisé l’anglais, Nina chante l’anglais pour les Français. Ou les Norvégiens — j’ai eu un moment où ça m’a semblé juste. Il m’est évident que son anglais s’est un peu amélioré. Cependant, Fiona Apple sait prononcer l’anglais, et Nina… est une bonne pianiste. Heureusement, la prochaine entrée de cette série est une chanteuse extraordinaire.

Ma note : Je change de chaîne.

Je découvre Christophe

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Christophe, parce que notre dernière entrée, Adrien Gallo, a chanté l’une de ses chansons pendant le spectacle.

Christophe en 2014, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 3.0

Daniel Bevilacqua est né en 1945, à Juvisy-sur-Orge, en Essonne. Sa famille est d’ascendance italienne, son arrière-grand-père étant venu pour établir un commerce en fumisterie. À ses 16 ans, il choisit le nom de scène Christophe d’après une médaille de saint Christophe, un cadeau de sa grand-mère. Naturellement, ce choix est suivi immédiatement par la fondation de son premier groupe, « Danny Baby et les Hooligans », dont le chanteur est censé être un nommé Danny, sauf que c’est désormais Christophe joué par un Danny. À vous de déchiffrer la logique.

Mais c’est en 1965, en tant que soliste, qu’il gagne enfin l’attention du public avec son premier single, le célèbre « Aline ». Il s’agit d’une ancienne petite amie, mais je me suis trompé la première fois où je l’ai écouté, en pensant qu’elle avait noyé. Si on fait plus attention, c’est juste un dessin dans le sable d’une plage qui disparaît dans la pluie.

Cette chanson pue son époque, ou plutôt plusieurs années plus tôt — faites la comparaison avec « Smoke Gets In Your Eyes » de The Platters, de 1959. À l’avis du chanteur Jacky Moulière, Aline pue encore plus sa chanson « La Romance », et il intente un procès pour plagiat à Christophe,, qui durera jusqu’à la fin des années 70, quand Christophe gagnera enfin. À mes oreilles, c’est moins le cas que pour George Harrison des Beatles et « My Sweet Lord« , mais à la place de M. Moulière, j’aurais fait pareil.

Néanmoins, avec ce tube dans la poche, en 1966 il sort un album, d’abord intitulé « Christophe », mais plus tard changé en « Aline ». Là, il a d’autres tubes, dont « Les marionnettes ». Ça suffit pour lui valoir une place aux côtés de Johnny, d’Eddy Mitchell et de Françoise Hardy dans la « photo du siècle », qui regroupe 46 stars de l’époque. Ça fait, il tourne son attention vers le marché italien, et sort une traduction de son album en 1967.

Puis, il ne sort pas de nouvelle musique jusqu’en 1972, avec un autre album intitulé Christophe. Cette fois, le grand tube est « Main dans la main », beaucoup trop sucré pour mes oreilles. Vous ne subirez de telles paroles que « Nous serons tous deux comme des amoureux, Nous serons si bien main dans la main » à mes mains, c’est certain.

Sur le même album se trouve aussi « Mal », sortie en 1971 en tant que single et qui a aussi connu un grand succès. C’est encore une autre chanson d’amour disparu : « Je me souviens, D’un prénom qui me fait mal, D’une robe, D’un soulier de premier bal ». Je me sens comme si je suis dans la présence d’un maître chanteur à minettes.

Mais il est sur le point de devenir tout autre chose. En 1973 sort l’album « Les paradis perdus », à ne pas confondre avec les pains perdus, complètement différent des premiers albums. Voici la piste éponyme :

C’est hallucinant d’écouter « Avec l’expression de mes sentiments distingués » fait avec des extraits de sa musique jusqu’à ce point, une piste qui cherche à mettre tout ça en vue arrière. Ce n’était pas un tube de l’album, mais j’aime très bien « Du pain et du laurier », une petite « tranche de la vie » qui n’a rien d’amoureux.

Son prochain album, « Les mots bleus », apparaît en 1974, avec des paroles presque entièrement à Jean-Michel Jarré, qui étonnera le monde avec Oxygène deux ans plus tard. C’est un peu d’un retour en arrière, avec plus d’amours perdus :

Il faudrait que je lui parle 
A tout prix 

Je lui dirai les mots bleus 
Les mots qu’on dit avec les yeux 
Parler me semble ridicule

Mais l’album n’est pas tout comme ça ; « Le Dernier des Bevilacqua » imagine un autre passé, où il a grandi en Italie. C’est très long, mais comme rien d’autre de son catalogue jusqu’à ce point. « Drôle de vie » est plus « Christophe à l’ancienne » quant aux contenus, mais la musique est beaucoup plus sombre que d’hab pour lui. Peut-être que j’aurai sa dernière phrase gravée sur ma pierre tombale : « Si j’ai raté ma sortie, C’est peut-être qu’après tout, je n’ai rien compris. »

1976 voit Samouraï, un album qui n’a pas cartonné. Il y a un hommage à John Lennon sur l’album, « Merci John d’être venu », mais je trouve l’album plutôt complaisant. Ah oui, il s’agissait d’un hommage à John Lennon !

1978 est l’occasion d’encore un autre album peu apprécié par le public, Le Beau Bizarre, mais les critiques l’adorent. Libération le classe parmi les 100 meilleurs albums de l’histoire de rock, en 89e place. Ce même classement met Rumours de Fleetwood Mac en 85e place et The No Comprendo en 52e ; pourtant, ce sont carrément parmi les 10 meilleurs. Qu’est-ce qu’il y a, Libé ? En tant que saxophoniste, je suis gravement déçu par le bas niveau de mon instrument sur la piste éponyme, ce qui gâche une chanson autrement intéressante. Nettoyez votre instrument, M. René Morisure !

En 1980, Christophe sort un album, Pas vu, pas pris, et ressort Aline en disque 45 tours. Le dernier se vend à plus d’un million de copies ; l’album passe sans remarque pour autant que je sache. C’est dommage — j’ai tellement bien aimé « Méchamment rock&roll » :

Nous allons finir avec son dernier grand succès, le single Succès fou, qui vend plus de 600 000 exemplaires en 1983. Wikipédia considère que la chanson « achève de le cataloguer comme chanteur pour midinettes ».

Je ne sais pas. La chanson en soi est très agréable, très années 80 avec sa boîte à rythmes. Et le saxophone est joué à haut niveau cette fois (je ne suis pas arrivé à trouver le nom du musicien). Mais c’est quoi le « succès fou » ?

Avec les filles j’ai un succès fou
Ouh…
Le charme, ça fait vraiment tout
Ouh…
Un p’tit clin d’œil pour un rendez-vous
Ouh…

Comme le chien d’Obélix, c’est son idéfix.

Après cette chanson, il sort quelques projets très personnels, et comme beaucoup d’artistes vers la fin de sa carrière, des albums en duo avec de plus jeunes artistes. Il y avait un dernier album original en 2016, Les vestiges du chaos, disque d’or à 60 000 exemplaires vendus, mais ce n’est pas le genre de chose qui rendait Christophe un immortel de la chanson française.

Que penser de Christophe ? Tout au long de cet article, je n’ai rien dit de ce que je pense de sa voix. Toujours très aiguë, plus il vieillissait, moins il réussissait à me convaincre. Je trouve qu’Aline est son meilleur travail, mais honnêtement, ça suffit pour assurer sa place dans le panthéon. Je l’aime le plus quand il tente des expériences au-delà de ses sujets habituels. J’envisage d’ajouter quelques pistes à ma collection, et si c’est surprenant qu’il ne s’agisse pas de ses tubes autre qu’Aline, ça montre qu’il y avait du talent de son côté, avec quelque chose pour tous.

Ma note : Je serais allé au concert si vous aviez une place de trop.