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Ciel ! Blake !, Sky ! Mortimer !

J’ai fait une jolie boulette cette semaine.

Je me suis acheté le meilleur cadeau qu’un ami francophone aurait pu me donner. C’était pas mon intention. Dans un groupe Facebook bilingue, Everything French, j’ai vu la couverture de ce livre, « Ciel ! Blake !, Sky ! Mortimer ! » , et je me suis dit « Sky ! Mortimer ! n’a aucun sens en anglais — je dois en savoir plus ! Et franchement, ciel veut dire quoi ici ? » (J’ai ma réponse à cette dernière maintenant.) Je l’ai donc commandé de la FNAC (avec quelques films car il ne faut jamais rater l’opportunité).

Pour être clair, ce sont les deux couvertures d’un seul livre. Les deux moitiés du livre font la même chose, mais dans des sens opposés. Et c’est quoi qu’ils font ? Je laisserai l’auteur, M. Jean-Loup Chiflet, l’expliquer.

Même sa signature fait partie de la blague — « John Wolf Whistle » est une traduction littérale de « Jean-Loup Chiflet », et « wolf whistle » en particulier veut dire un genre de draguer plutôt agressif (voilà la version Looney Tunes).

« Sky ! Mortimer ! » est donc la partie du livre de laquelle même un francophone monolingue peut profiter. Chaque entrée commence avec une expression idiomatique en anglais, et est suivie par son équivalent en français. Les deux sont accompagnées par un dessin de Blake et Mortimer avec une traduction hyper-littérale de l’anglais utilisée comme dialogue. Voilà des exemples

En ce cas, il y a en fait une version exacte de l’expression française en anglais — « Strike while the iron is hot. »

Celui-ci est un exemple de comment la méthode du livre tourne plus vers l’humour que la vérité. L’expression anglaise est en fait plus proche à la française que l’exemple. « Chips » est certainement le mot en anglais britannique pour les frites, mais c’est aussi le mot — aux deux côtés de l’Atlantique — pour les jetons de poker.

Jetons de poker, ou « chips », Photo par Qz10, Domaine public

« Ciel ! Blake ! » fait la même chose, mais si vous ne comprenez pas l’anglais, les traductions dans les dessins n’auront aucun sens, humoristique ou autrement. Voici un exemple que je ne peux pas résister :

Un journal est apparemment un canard. On dirait en anglais que mon monde est bouleversé. Peut-être mon Le Monde en plus.

Je n’ai pas de plaintes, mais il y a certaines expressions où je dirais qu’il existe de meilleurs choix. Par exemple, « I’m on cloud nine » est donné l’expression équivalente « Je suis au septième ciel » et la traduction littérale « Je suis sur le neuvième nuage ». Ces choix sont tous les deux corrects, mais on dit aussi en anglais « seventh Heaven, » la traduction littérale du « septième ciel ». Au fait, les italiens parlent aussi du « settimo cielo ».

Un autre exemple : « We must give the devil his due » est rendu métaphoriquement comme « Il faut rendre à César ce qui est à César » et littéralement « Il faut donner au diable ce qu’on lui doit ». La traduction littérale est bonne, mais on dit aussi en anglais exactement la citation sur César, qui vient de Matthieu 22:21. J’ai aussi un doute sur l’expression anglaise « I cry monkey » pour laquelle il donne « Je suis cuit » et littéralement « Je pleure singe ». En anglais, on dirait « Mon oie est cuite » pour « Je suis cuit ». Je ne connais pas l’expression avec un singe, soit en anglais américain soit britannique, et mes recherches sur Google n’ont rien trouvé.

Mais laisse béton ! Tout ça cherche la petite bête. J’ai ri comme une baleine en lisant ce livre. Mais malheureusement pour mes amis, j’ai déjà lu le meilleur livre bilingue possible. Heureusement, il y en a un autre du même auteur sur ce sujet.