On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 35 pages.
Proust offre des réflexions sur les surnoms, et je dois dire, je comprends. Un ami m’appelle « Juju » parfois et je ne l’aime pas du tout.
On se rendait moins compte des raisons qui faisaient remplacer Élisabeth tantôt par Lili, tantôt par Bebeth… On s’explique que des hommes… eussent adopté « Quiou » pour ne pas perdre, en disant Montesquiou, leur temps. Mais on voit moins ce qu’ils en gagnaient à prénommer un de leurs cousins Dinand au lieu de Ferdinand.
Si seulement Prous connaissait l’histoire derrière Fernandel ! Mais c’est comme ça que le duc présente le narrateur à un autre :
« Comment, vous ne connaissez pas cet excellent Gri-gri », s’écria M. de Guermantes, et il dit mon nom à M. d’Agrigente.
Il suit un long discours sur la politesse chez les aristocrates, où Proust lâche ce commentaire dont je ne sais rien de sa vérité historique :
Louis XIV (auquel les entichés de noblesse de son temps reprochent pourtant son peu de souci de l’étiquette, si bien, dit Saint-Simon, qu’il n’a été qu’un fort petit roi pour le rang en comparaison de Philippe de Valois, Charles V, etc.)
Plus tard je compris que les Guermantes me croyaient en effet d’une race autre, mais qui excitait leur envie, parce que je possédais des mérites que j’ignorais et qu’ils faisaient profession de tenir pour seuls importants.
Et après un discours sur comment tout ça s’applique chez les Guermantes, on entend :
« Je possédais des mérites que j’ignorais ».
Nous le public aussi, mon gars, nous aussi.
Mais ces louanges deviennent trop affectées pour moi quand il dit :
Les théories de la duchesse de Guermantes… étaient en politique si socialistes qu’on se demandait où dans son hôtel se cachait le génie chargé d’assurer le maintien de la vie aristocratique, et qui… rappelait aux domestiques de cette femme qui ne croyait pas aux titres de lui dire « Madame la duchesse ».
Un siècle avant tout ça, à l’époque de la Révolution, on disait plutôt « Citoyenne » que « Madame la duchesse », non ? Ce génie semble être de la gauche caviar. Proust en dit autant en ajoutant d’un domestique :
Jamais elle n’avait pensé à le prier de lui dire « Madame » tout simplement.
Il suit un autre long récit pour établir les différences entre les Guermantes et les Courvoisier, leurs cousins (dont on n’a jamais entendu parler avant). Les Courvoisier n’estiment pas l’intelligence et soupçonnent les Swann du monde d’arrivisme (correctement). Ils méprisent même les autres nobles, si pas d’assez haut rang :
Dès le moment, par exemple, où la charmante comtesse G… entrait chez les Guermantes, le visage de Mme de Villebon prenait exactement l’expression qu’il eût dû prendre si elle avait eu à réciter le vers :
Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là,
vers qui lui était du reste inconnu. Cette Courvoisier avait avalé presque tous les lundis un éclair chargé de crème à quelques pas de la comtesse G…, mais sans résultat.
Je ne comprends pas la signification de l’éclair, mais il me semble que ça doit montrer un manque de respect. Mais tout ce dont on a vraiment besoin de savoir chez les Courvoisier, c’est qu’une duchesse de la famille dit d’Oriane de Guermantes
« Il paraît qu’elle récite de l’Aristote (elle voulait dire de l’Aristophane) dans le monde. Je ne tolère pas ça chez moi ! »
Moi non plus, madame.
Je dois dire qu’après ça suit au moins une quinzaine de pages qui parlent des jeux joués entre Mme la duchesse et la princesse de Parme, sur la question de qui inviter chez leurs salons pour leur donner l’idée d’être d’assez bon rang pour s’attendre à une relation plus proche. Je dis « au moins une quinzaine » car j’ai dû absolument quitter ce récit pour mon propre bien-être. C’était ennuyeux à souhaits et si plein d’hypocrisies et de n’importe quoi que je n’en pouvais plus. Les yeux menaçaient de quitter ma tête sans délais. Et on n’a pas encore fini ça !



