Il n’y a pas de question que ma chaîne préférée sur YouTube est celle de l’Institut national de l’audiovisuel, ou comme il est connu des internautes, INA. Je ne connais pas de meilleure ressource pour la culture générale française, et c’est lié ici trop de fois pour compter au fil des 6 dernières années. C’est grâce à eux que j’ai récemment découvert que l’un des tubes des années 70, une chanson si bien-aimée qu’elle se trouve à tout genre d’événement familial — les mariages, les quinceañeras (fêtes de 15 ans pour les filles mexicaines), même les bar-mitsva — est en fait un produit français. Je parle de « YMCA » du groupe Village People.
En ce qui suit, je suis largement le récit suivant d’INA, sauf que je corrige plusieurs malentendus dus à un manque de connaissance de la culture américaine :
INA ouvert le récit en 1977 à Greenwich Village, un quartier new-yorkais qu’il appelle « le quartier gay ». Ce n’est pas faux, mais ça réduit « the Village », comme il est connu même en dehors de New York City, à seulement une partie de sa réputation. C’était aussi connu comme le quartier artistique, et surtout un lieu important dans l’histoire du jazz, grâce au club « The Village Gate » (lien en anglais). Le journal « The Village Voice » (lien en anglais) occupait une place dans la culture américaine pas si différent des Cahiers du cinéma en France.
Peu importe le choix de description du quartier, ce qui compte le plus, c’est la présence d’un expatrié français, Jacques Morali, âgé de 30 ans à l’époque. Il avait envie de créer un groupe de disco autour des stéréotypes américains, d’où les célèbres costumes des Village People — un marin, un ouvrier du bâtiment, un amérindien, et ainsi de suite.

Pour cette affaire, M. Morali avait l’aide d’un autre expatrié français, Henri Belolo, avec qui il avait déjà créé un groupe de disco féminin, The Ritchie Family. Mais ce dont ils avaient besoin, c’était un single et une voix, et c’était comme ça que les deux ont fini par recruter un chanteur américain, Victor Willis. Messrs Morali et Willis ont écrit la chanson ensemble, avec le premier comme compositeur et le dernier comme parolier — INA suggère que M. Belolo était aussi un auteur de la chanson, mais après un procès légal tenté par M. Willis, son nom a été enlevé des crédits. Ça dit, M. Belolo a certainement écrit d’autres tubes du groupe, tels que « Macho Man » et « In the Navy ». Voici le clip tel que tout le monde le connaît :
Dans une interview de 2018, dont INA montre un extrait, la chanson se décrit comme « inspirée des auberges de jeunesse américaines ». Cette description rendrait perplexe, entre autres, La Fille, qui a appris à nager à notre YMCA local. Il y a environ 800 établissements YMCA partout aux États-Unis, et celui de Greenwich Village était l’un de très peu qui offrait des logements — la grande majorité offrent des salles de sport, des piscines, des camps et des activités périscolaires. J’ai été perplexe à cause de ça pendant toute ma jeunesse, car j’assistais à quelques programmes de la YMCA sans jamais voir où on pouvait passer la nuit.
M. Belolo ajoute, et la narratrice d’INA est bien d’accord, que « nous avons contribué à démystifier l’homosexualité ». Ici aussi, l’histoire est plus compliquée que ça. C’était certainement le cas que Messrs Morali et Belolo, comme beaucoup de monde travaillant dans le genre de disco, faisaient partie de cette communauté. Mais le chanteur principal, M. Willis, trois fois marié à des femmes (pas en même temps), a dit en 2024 que :
« Comme j’ai dit de nombreuses fois au passé, c’était une fausse hypothèse à cause du fait que mon partenaire d’écriture était gay, et certains, mais pas tous, des Village People étaient gay et que le premier album avait traité de la vie homosexuelle. »
Reportage de CNN
Les paroles étant à M. Willis, il saurait mieux que n’importe qui ce qu’il voulait dire, mais c’est certainement le cas qu’une fois sortie, une chanson a sa propre vie. Et il faut ajouter que le titre de l’album où cette chanson est parue, c’était Cruisin’, un mot qui veut dire en même temps rouler sans destination et ce qui faisaient le baron de Charlus et le duc de Châtellerault.
Ce que l’on peut dire avec certitude, c’est que le groupe Village People existait uniquement à cause des efforts de deux expatriés français, et si cette musique ne fait pas partie de la chanson française, c’est certainement une histoire qui n’aurait pas eu lieu sans la France.






























