Archives pour la catégorie Langue de Molière

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Je n’embrasse pas

Y a-t-il une page sur Facebook que j’aime plus que Complots faciles pour briller en société ? Nous sachons que non, même si vous croivez que Métabrouteur prend la première place. (Et ça, c’est le meilleur hommage que je puisse rendre à son auteur.) En juin, pour le Jour de la Catastrophe, cette page a donné un cadeau à Langue de Molière, une expression qui doit être la plus bizarre que je connaisse — si elle existe. C’est ça le sujet du jour (notre gros titre étant un clin d’œil à Indochine).

Voici la photo publiée par Complots faciles :

Source

La phrase entière en question est :

Ilyaz a voulu profiter du badge du facteur pour, lui aussi, entrer dans l’immeuble et ainsi rejoindre l’appartement de sa compagne. Le facteur, qui ne le connaissait ni des lèvres, ni des dents, lui a purement refusé l’accès en lui expliquant la raison. [Accent ajouté par moi.]

L’auteur de Complots faciles a ajouté la légende : « Quand le stagiaire complote contre toi. » Cependant, il y avait une polémique dans les commentaires sur l’existence de « ni des lèvres, ni des dents ». L’argument pour est résumé par ce commentaire :

Et pourtant… C’est bien une expression originale : ni des lèvres (je ne l’ai jamais embrassé), ni des dents (je ne l’ai jamais mordu) – pour signifier n’avoir rien à partie avec une personne en particulier, ni amicalité ni animosité. Elle est ainsi utilisé dans la littérature depuis le premier tiers du 19e siècle (Jacques Collin de Plancy, « Le Docteur Peperkouk », 1850 ; Jules Lecomte, « Les Pontons anglais » 1850 ; Arsène Houssaye, « Le violon voilé », 1883…)

Source

L’argument contre vient de plusieurs réponses, qui disent que c’est un détournement d’une autre expression, peut-être « ni d’Ève ni d’Adam ».

Naturellement, vu qu’il s’agit d’une page satirique, il faut d’abord établir que ces sources existent. Jacques Collin de Plancy était occultiste ; la Bibliothèque nationale a des données pour Le Docteur Péperkouk, mais je n’ai pas réussi à trouver un texte numérique. Les pontons anglais ou le mort vivant de Jules Lecomte a été publié en 1858 ; voici le texte complet sur Google Books. « Le violon voilé » d’Arsène Houssaye est apparu dans un recueil, Les douze nouvelles nouvelles, en 1883 ; voici le texte complet sur Google Books.

Il faut dire qu’il n’y a aucune preuve de cette expression dans Les pontons anglais. Le mot « lèvres » apparaît douze fois, mais aucune n’est la bonne. Puisqu’il s’agit d’un scan de qualité douteuse, j’ai vérifié les 89 exemples de « dents », ainsi que tous les exemples de « conna » (pour éviter la question de conjugaison). Je suis satisfait que ce n’est pas un exemple.

Le livre de M. Houssaye contient exactement la citation :

Elle vint me voir un jour, quand elle jouait la comédie au théâtre Beaumarchais. Je ne la connaissais ni des lèvres ni des dents, pour parler comme elle .[Accent ajouté par moi]

Page 123

Mais il s’avère que l’on aura le témoignage du docteur Péperkouk après tout. Ayant trouvé au moins une citation authentique, j’ai recherché l’expression, et voici la citation gracieuseté du site La langue française :

 — Docteur Peperkouk, le duc d’Aumont, que je ne connais ni des lèvres ni des dents (il voulait dire ni d’Ève, ni d’Adam), vous demande au camp du roi de France, dressé entre Tournai et Courtrai. Il est malade. — (Jacques Collin de Plancy, « Le Docteur Peperkouk », dans Légendes des origines, Liège : chez H. Dessain, 1850, p. 310) [Accent ajouté par moi]

Ne connaître ni des lèvres ni des dents

Le site Orthodidacte ajoute le sens de l’expression originale :

L’expression ne connaître ni d’Ève ni d’Adam fait référence à la Bible. L’idée, dans cette formule, c’est de dire qu’on ne connaît vraiment pas une personne, ni même son ascendance, aussi loin qu’on remonte.

Que veut dire ne connaître ni des lèvres ni des dents ?

Mais quant à l’idée d’une déformation selon la prononciation, là j’ai du mal à l’entendre. Je suppose que « lèvres » contient « Ève » dans sa prononciation ; « dents » et « Adam » sont plus loin, l’un de l’autre, mais bon. Cependant, « des » fait une syllabe entière, pas comme « d’ », et je trouve en conséquence que le rythme est trop différent pour me convaincre.

Ça dit, il y a plusieurs exemples, séparés par des décennies, et c’est plus que suffisant pour établir que ça existe — et plus important — que c’est connu. Mais quelle façon extravagante de dire que l’on ne se connaît pas — il y a plein de gens que je n’ai jamais essayé d’embrasser ou de mordre. Sept milliards, on en dirait.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour partir à nouveau d’un vieux point de départ.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Âge du bidon

Récemment, un gros titre a croisé le fil de mon lecteur, « Hommage à Langue de Molière », et j’ai rougi encore plus que ce à quoi on aurait attendu en voyant mon coup de soleil. Puis, j’ai remarqué qu’il venait d’Il Est Quelle Heure, et ça m’a rendu encore plus heureux car j’étais plus proche de la fin de mon fichier d’idées que n’aimerais avouer. Et comme elle a dit, avec raison, « dans mes articles, il y a des mots ou expressions qui font tiquer Justin ». Naturellement, ça comprend l’article où elle l’a dit !

En expliquant ce qui veut dire « découvrir le pot aux roses », elle a écrit :

« Découvrir le pot aux roses », ça veut dire découvrir la vérité qui était cachée, l’entourloupe, le bidonage *d’après le correcteur automatique, « bidonage » n’est pas un mot*.

Ben, je sais ce qui veut dire « bidon » ; en tant qu’adjectif, c’est quelque chose de faux. Le suffixe « -age » le transforme en nom. Je comprends ce qu’elle voulait dire par ce mot, même s’il ne se trouve pas dans Le Robert.

J’ai mentionné dans les commentaires que ça m’a rappelé un mot que j’utilise souvent, appris sur Internet, qui n’est pas accepté par les dictionnaires non plus :

Mais pour ce que ça vaut, moi aussi, j’utilise un mot sur le même plan que bidonage, qui n’existe pas mais devrait exister : « foutage » de gueule, pour le nom de ce qui fait une personne qui se fout de la gueule d’un autre. 

Commentaire

Deux personnes ont répondu que c’est au moins accepté dans l’usage vulgaire :

« Foutage » est très utilisé au quotidien par les gens même s’il n’est pas (encore ?) entré dans le dictionnaire. « C’est du foutage de gueule ! »

Sol. V.

Le « foutage de gueule » est à mon humble avis une expression née sur Internet en réponse aux couleuvres que nos politiques et médias essaient régulièrement de nous faire avaler. Enfin, pas forcément les couleuvres, ça peut aussi être les arcs en ciel, quand ils essayent d’utiliser la méthode Coué pour nous faire croire que tout va bien mieux qu’en réalité.

Anagrys

Après un certain point, inutile à nier qu’un mot existe. Les jeunes anglophones ont emprunté un mot au russe, « skibidi » (lien en anglais), ce qui veut dire soit rien soit « cool ». Même s’il s’agit de l’argot, et est connu à cause d’une série de clips stupides intitulée « Skibidi Toilet« , sur des toilettes avec des têtes humaines, faire semblant qu’il n’existe pas ne sert à rien. (Pourtant, je l’utilise uniquement pour faire gêner La Fille, qui déteste entendre le langage de ses copains dans ma bouche.) C’est pareil avec « foutage » — même si ce n’est pas reconnu par les autorités, c’est trop utile pour le laisser tomber.

Mais j’étais aussi intrigué par l’expression qui avait provoqué le billet de Billie. « Le pot aux roses » ici a une signification négative, et il s’agit d’une mauvaise odeur. Pourtant, dans l’expression « ça sent la rose », l’odeur des roses est une bonne chose. C’était un rebondissement inattendu !

Et ça m’a rappelé l’une de mes citations préférées de tous les temps, dans le livre Sacrées Sorcières par Roald Dahl. Pour mettre la scène, dans ce livre, il y toute une société secrète de sorcières qui vivent parmi nous, et il n’y a rien au monde qu’elles détestent autant que les enfants. Le héros du roman s’infiltre dans leur réunion dans un hôtel, où il entend le discours de leur leader, la Grandissime Sorcière. Heureusement, j’ai réussi à trouver la traduction officielle en français (l’orthographe reflète bien l’écriture originale) :

– les zenfants pouent le caca de chien! brailla la Grandissime Sorcière.

– Pouah! Pouah! Pouah! hurla le public.

– Et pirre encorre, grinça la Grandissime Sorcière. Le caca de chien sent la violette et la prrimevèrre à côté de l’odeurr des zenfants!

Sacrées Sorcières par Roald Dahl

Pendant des décennies, ça fait partie de ma langue personnelle : quand je veux ironiser sur quelque chose de mauvais, je dis que ça « sent la violette et la primevère » (sauf que je le dis en anglais, « violets and primroses »). J’étais donc ravi à découvrir que cet usage n’est pas complètement inconnu en français !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec l’expression la plus bizarre que j’ai jamais entendue pour dire que l’on ne se connaît pas.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Faites pas de ça

C’est plus qu’un peu gênant à avouer, mais ce n’est pas la Langue de Molière annoncée la semaine dernière. J’ai un fichier plein de sujets et leurs liens associés, et j’en choisis un grosso modo dans l’ordre où je les ai notés. Alors, j’avais un lien vers un post Instagram avec de vieilles insultes et, con que je suis, puisque c’était le prochain lien dans ma liste, je l’ai annoncé sans vérifier s’il existait toujours. Vous aurez déjà deviné que la réponse était « non ».

Alors on saute au prochain sujet dans ma liste, la réponse à une question que je me suis posée pendant la semaine dernière. Je regrette que je ne me souviens plus de pourquoi, car ça aurait été utile comme contexte, mais nous voilà.

Je voulais savoir comment traduire l’expression anglaise « on the strength of. » Avant de donner la bonne réponse, disons que « strength » se traduit typiquement par « force » et que l’idée est que ce qui suit l’expression est la raison principale pour ce qui précède l’expression. Google Traduction m’a donné « sur la force de » pour commencer, mais une fois que j’ai ajouté des mots après, elle a changé sa réponse à « sur la base de ».

Quand je recherche une traduction et reçoit de tels résultats, je fais plus de recherches pour vérifier que le résultat final s’utilise vraiment ailleurs. Et en recherchant « sur la base de », j’ai trouvé une note de l’Académie française, dans sa série « Dire, Ne pas dire ». C’est court, alors je citerai tout :

L’ancien français se distingue du français actuel essentiellement par le vocabulaire et l’orthographe, mais aussi par le fait que les articles (et les pronoms sujets) y étaient beaucoup moins en usage qu’en français moderne. De cette époque, nous avons gardé nombre de locutions verbales, comme avoir faim, chercher noise, demander pardon, faire peur, prendre froid, ou adverbiales, comme sauf erreur, par hasard, à plus forte raison, qui ne comptent pas d’article. Ces formes ont été sanctionnées et validées par le temps et il est préférable de ne pas en créer de nouvelles en supprimant l’article dans des locutions ou des expressions où il est d’usage ancien. On dira donc garder le contact et sur la base de et non garder contact et sur base de.

Omission de l’article : exemples de garder contact et sur base de

À vrai dire, je n’ai jamais pensé à la question d’articles dans ces expressions. J’imagine que « avoir tort » vient du même modèle. Mais on dirait donc quoi selon l’Académie : j’ai le tort ? J’ai du tort ? Je ne sais même pas. Il me semblait en lisant sa liste que « faire de la peur » serait plus naturelle que « faire la peur », mais je suis certainement la mauvaise personne pour avoir des avis.

Mais ça dit, est-ce que la chanson aurait dû être « Fais pas de ci, fais pas de ça » ? Hallucinant à y penser.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec l’histoire d’un mot qui devrait exister. (Et je sais que mes sources n’iront nulle part.)

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Pantalon intelligent

Il y a des mois, la blogueuse de Quelques notes de culture m’a envoyé ce post sur Instagram dans l’espoir qu’il servirait comme base d’un post de Langue de Molière :

Ce sont 7 mots peu connus qui existent en français et se trouvent dans les dictionnaires de référence : ergastule (une prison souterraine), hiémal (qui concerne l’hiver), palimpseste (un texte réécrit sur un ancien, comme souvent avec des rouleaux de papyrus), smaragdin (vert émeraude), sérendipité (découverte par hasard mais chanceuse), concupiscent (des désirs charnels) et épistolier (un qui écrit des lettres). L’idée est que l’on doit être bien éduqué si on les connaît.

Moi, j’en ai reconnu 4 sans besoin d’un dictionnaire. Mais c’est parce que je suis grand tricheur — « palimpsest », « concupiscent », « serendipity » et « epistolary » sont tous des mots en anglais et veulent dire exactement les mêmes choses. Néanmoins, je me suis dit « Vous êtes un petit ‘smarty-pants’, vous ! » suivi directement par « Dites-donc, comment dit-on ça en français ? »

Et ça nous amène au film récent, Toy Story 5. Je ne l’ai pas vu, mais impossible d’échapper aux publicités ici. Alors, dans ce film, il y a un nouveau personnage, Smarty Pants, un jouet électronique parlant en forme de rouleau de PQ. Vous pouvez le voir ici :

Tweet en anglais qui dit : « First look at Smarty Pants in ‘TOY STORY 5’

Described as a potty training toy voiced by Conan O’Brien. »

C'est donc une image du personnage "Smarty Pants", un jouet en forme de rouleau de PQ parlant.
Source

Littéralement, « smarty pants » se traduirait par « pantalon intelligent ». Cependant, ce n’est pas du tout ce que l’on veut dire par ça — c’est plutôt quelqu’un d’intelligent, mais en même temps, un peu trop suffisant. La traduction en VF ne donne aucun sens de cette blague ; le personnage est connu sous le nom de « Rouleau Pote ». Pour ce qu’il vaut, mon dictionnaire Oxford le rend comme « gros malin ». Mais il me semble qu’en fait, je viens d’entendre la traduction parfait grâce à Filimsges, qui a mentionné le guide dit « Petit Futé ». C’est exactement ça.

Mais au fait, le Petit Futé ne l’est pas du tout. Je voulais tout de suite connaître ses avis sur la Californie :

Dans les grandes villes, le budget sera plus important. Comptez 150 US$ par jour pour les petits budgets, dont 80 US$ d’hébergement : les budgets moyens tourneront autour de 250-300 US$ par jour. Dans les petites localités et les zones rurales, une chambre coûte autour de 100 US$ et les repas ne sont pas chers du tout. 

Quel budget pour voyager en Californie ?

80 $ d’hébergement dans les grandes villes ? JE MEURS ! Dans les quartiers bidonvilles, peut-être ! Et dans les zones rurales, « les repas ne sont pas chers du tout » ? J’ai payé presque 70 $ pour notre repas chez Red Lobster, à Bakersfield, l’année dernière (ce qui aurait coûté 40 $ il y a 5 ans).

Il faut que les écrivains chez le Petit Futé se mettent son pantalon intelligent !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec de vieilles insultes.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

La vérité, c’est où ?

C’est le retour de Langue de Molière avec quelque chose de court que je garde depuis quelques mois. Pour le 1er avril, j’ai écrit un petit fantasme complotiste, et je l’ai intitulé « La vérité est ailleurs », la traduction fournie par Wikipédia du slogan célèbre de la série X-Files, en anglais « The truth is out there. »

Juste après, j’ai vu ce moment absolument hilarant en VF :

Tourné en 1995 et diffusé en VO en novembre de cette année, l’agent Scully dit quelque chose d’absolument ridicule en français : « Je vais appeler Internet. » En soi, ça n’a aucun sens : je me souviens d’un journaliste à l’époque, mais j’oublie qui, qui a dit — en anglais, évidemment — « J’ai posté un courriel à Internet. » On peut excuser un peu ces bêtises, car très peu de monde comprenait comment marchait ces choses. ([Nous, on conjuguons ça plutôt au présent. — Mes parents])

Cependant, c’était un peu moins stupide en VO. En VF, la phrase entière était :

Je vais appeler Internet et leur demander de me faxer les numéros de téléphone de toutes ces femmes.

J’ai trouvé le bon moment en VO dans ce clip de « réactions » par un type qui se croit un influenceur. Ça n’arrivera pas, mon gars. Mais l’important, c’est qu’elle dit plutôt « on-line service » — une bonne traduction littérale serait « le service en ligne ». Malheureusement pour le public français, c’est évident que l’on a mis l’expression originale dans un dictionnaire et à trouvé soit « fournisseur d’accès Internet » (le choix de mon dictionnaire Oxford pour « Internet service provider ») soit juste « Internet » ou « en ligne ». Ne vous méprenez pas — ce n’était pas super en anglais, mais on pouvait imaginer qu’il s’agissait d’un centre d’appels.

Mais dans les commentaires, du clip d’Instagram, j’ai vu une explication éclaircissante :

Mauvaise traduction ! (La pire étant : la vérité est ailleurs quand out there veut dire « à portée »)

Ça a provoqué de nombreuses critiques que j’ai trouvées… mal placées. D’abord, on s’est plaint que « out there » voulait dire « au dehors » [sic], mais que « à portée » voulait dire assez proche pour tenir. Un autre s’est plaint que l’idée est peut-être que c’est proche, mais c’est inaccessible, alors « ailleurs » marche mieux.

Naturellement, ça m’a rendu très curieux car, à vrai dire, je n’ai jamais entendu « à portée » avant. J’ai consulté mon dictionnaire Oxford pour des exemples :

Ça a suffi pour me convaincre que le premier commentaire avait raison. On peut dire « arme de longue/courte portée » pour faire la différence entre une lance et un obusier. On peut également dire « à portée de canon » ou « missile d’une portée de 900 km » — ces distances dépassent clairement ce que l’on peut atteindre avec les deux mains.

Et c’est exactement ça le sens de la phrase originale. Les agents Mulder et Scully cherchent la vérité, et ça veut dire qu’elle existe quelque part et est en principe joignable, même si le moyen pour l’atteindre n’est pas évident. Ça ne veut pas dire que c’est dans l’espace avec les extra-terrestres, mais vu les sujets de la série, je peux comprendre si on en tire cette conclusion.

J’ai donc laissé un commentaire pour en dire autant. Naturellement, tous les experts en anglais m’ont ignoré.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un conte de Toy Story.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Des omelettes et du fromage

Voici une Langue de Molière pas comme les autres. Depuis des années, je veux partager une de ces deux histoires avec vous, mais je la jugeais trop courte pour être son propre billet. Grâce à La Fille, j’ai une deuxième, et les deux vont ensemble sous la rubrique du français comme point de départ dans un scénario.

Remontons le temps jusqu’en 1996. À l’époque, Cartoon Network est l’une des chaînes de télé les plus intéressantes, car la gestion permet l’équipe de faire des expériences avec beaucoup de nouvelles émissions ; si quelque n’est pas aimé du public, il meurt après une poignée d’épisodes. C’est l’époque qui nous a donné Les Super Nanas, Cléo et Chico, Johnny Bravo, Malices et Menaces et surtout Le Laboratoire de Dexter. Cette dernière a mis en vedette un petit garçon avec un fort accent russe (sans raison évidente — sa famille a des accents américains) qui est un génie — il inventé tout genre de truc, souvent avec des conséquences marrantes.

Ici, on parle d’un épisode en particulier, « The Big Cheese » (expression idiomatique qui se traduit par « le grand fromage », mais signifie quelqu’un d’important). Pendant les premières semaines de mon apprentissage de français, le plus grand choc a été certainement la découverte que cet épisode contenait une erreur de grammaire française — quand il n’y avait qu’une phrase en français qui se répétait encore et encore.

Je vais vous donner un clip en VO de 2 minutes qui contiennent toutes les parties importantes — c’est la moitié de l’épisode en tout cas :

Ce qui se passe, c’est que Dexter a beaucoup de tâches à faire avant de se coucher. Son ordinateur lui rappelle qu’il doit réviser pour un examen de français le lendemain, mais il grogne : « Il y a des choses plus importantes qu’un cours de français ! » Quand ses parents lui disent qu’il faut absolument se coucher, il décide d’utiliser l’une de ses inventions — une machine qui lui apprendra des choses pendant qu’il dort, avec un casque audio. La machine utilise des disques vinyle, et il en sélectionne un intitulé « Learn French » (Apprenez le français). Cependant, il y a une erreur — le disque saute, et il n’entend qu’une phrase toute la nuit :

« omelette du fromage »

Je sais, je sais. Le matin, quand il se réveille, il découvre qu’il ne peut plus dire que cette expression unique, peu importe ce qu’il veut dire. Sa sœur le reconnaît vite, et le taquine sans pitié (normal pour elle). C’est la fin du clip, mais l’épisode continue avec son arrivée à l’école — heureusement pour lui, la seule et unique question est de traduire « cheese omelette », alors il réussite à 100 %. En même temps, toutes les filles de l’école tombent amoureuses de lui car il ne parle qu’en français. Comme attendu, il faut l’ajouter.

Selon Wikipédia, l’épisode a été traduit comme « L’Omelette au fromage », alors les téléspectateurs français ne seraient pas au courant de l’erreur dans l’original. Puisque ce n’est pas reconnu comme erreur dans le scénario, la correction ne change rien d’autre. Au fait, voici un lien vers la VF sur TikTok, qui montre ses aventures à l’école.

L’autre chose vient de la série de Disney, Raiponce, la série. Cette série suit les aventures de Raiponce après le film de 2010. Notamment, il reste des questions à résoudre sur ses cheveux magiques. De toute façon, dans un épisode de la deuxième saison, Rapunzeltopia (Le Rêve de Raiponce en VF), le français joue un rôle non crédité — après tout, l’Europe n’existe pas dans le monde de Raiponce, ou au moins, elle n’apparaît jamais directement.

À 17s, on rencontre le méchant de l’épisode, un sorcier appelé Tromus, qui a jeté un sort sur Raiponce, de manière qu’elle hallucine une autre vie sans ses aventures. Tant qu’elle reste dans le monde du rêve, il peut contrôler ses pouvoirs. Ses paroles sont truffées de mots français : « Magnifique » et « mon ami ». À 1:10, sa mère, toujours dans le rêve, lui donne un journal intime. C’est similaire au sien dans la vraie vie, mais les pages sont vides. Il y a une inscription sur la couverture, prononcée à haute voix par la reine : « Sois satisfaite ». En VO, elle explique que ça veut dire « be satisfied » (qu’est-ce que vous voulez ? Que je la traduise par « Sois satisfaite » ?). La fausse reine veut persuader Raiponce à rester dans le château à jamais, à ne plus partir à l’aventure.

Avec l’aide de Disney Moins, j’ai trouvé la VF, mais ça empêche tout enregistrement. Alors, il va falloir me croire sur parole qu’exactement comme dans Le Laboratoire de Dexter, il y a des changements car le français n’a pas l’air exotique en français. Mais cette fois, certains sont bizarres — le sorcier dit « Merveilleux » et « Mon cher », même si les mots originaux suffisent ! Quand la reine donne le journal à Raiponce, il n’y a pas besoin d’expliquer la signification, alors elle dit plutôt « C’est ce qui compte ».

Comme dans les jeux vidéo, tels que Dragon Quest IV, où un monde francophone entier nommé « Layssez Fayre » est remplacé par une version anglophone dit « Teafortwo », ceux qui expérimentent ces choses en VF n’ont aucune idée que la culture française est bien présente dans ces œuvres. Tout parce que des traductions en anglais des mots français n’auraient aucun sens dans les mondes fictifs !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Chez le notaire

On continue les Langue de Molière consacrées à la vie quotidienne et ce que l’on n’enseigne pas aux étrangers. Cette fois, nous sommes chez le notaire. Je dois une certaine partie de ce qui suit au calvaire récemment subi par Il Est Quelle Heure pour acheter de l’immobilier. Je m’attends à chercher un appartement pour commencer, ce qui est sa propre façon de vivre dangereusement — j’ai fait une crise cardiaque en regardant les tribulations d’une amie qui devait déménager il y a deux ans — mais si je vais un jour acheter une petite maison décrépite aux Gourdiflots pour faire comme Le Glaude, je ne veux pas me faire avoir plus que nécessaire.

Tout ce que je sais qui ne vient pas d’Il Est Quelle Heure quant à l’immobilier vient de regarder Le Trou normand, avec Bourvil et Bardot, car le personnage joué par Bourvil a dû prendre rendez-vous chez le notaire plusieurs fois. Il me semble que les choses ont changé depuis cette époque. Du moins, je l’espère.

Alors, permettez-moi de citer les parties de son post qui semblent établir le processus d’acheter de l’immobilier :

À savoir que lorsqu’on achète un bien immobilier, il y a deux signatures chez le ou la notaire: cell de l’acte de la promesse de vente et celle de l’acte de la vente… il n’y a pas d’obligation de s’adresser à la même personne pour la seconde signature.

Pour l’achat de mon appartement, parce que ça semblait être « plus simple » de faire comme ça, j’ai pris le même notaire que le vendeur. 

Une semaine avant le rendez-vous, le notaire a appelé Père (oui, déjà, pas moi) pour lui dire qu’il me fallait deux témoins pour la signature de la promesse de vente.

Alors, la distribution telle que je la comprends :

  • 1 acheteur
  • 1 vendeur
  • 1-2 notaires
  • 2 témoins le côté pour 2 documents ; 4-8 témoins au total entre les 2

Elle n’a mentionné ni de banquier ni de prêt dans l’affaire, mais j’imagine qu’il y en a souvent. Ça dit, ce processus me semble beaucoup trop simple par rapport au nôtre, alors je vais décrire comment on achète de l’immobilier aux États-Unis, et vous pouvez me corriger là où ce n’est pas pareil en France.

Pour commencer, presque tous les acheteurs et les vendeurs embauchent un agent immobilier, dit « realtor » en anglais. Cette personne est obligée de vous mentir sur tout selon son code déontologique, un document qui dit que les realtors ne savent rien et ne sont donc pas responsable de ce qu’ils vous disent. Vous pensez que je plaisante, raison pour laquelle je poste le lien. Je suis 100 % sérieux. Seule exception en Californie : si on a été tué dans le bâtiment que vous pensez à acheter, le realtor est obligé de vous le dire. Vive les superstitions !

Vous trouvez votre taudis idéal et dire à votre realtor, « Je le veux ». Votre realtor est donc censé faire un appel à l’autre et négocier pour vous. En réalité, il dit « Voilà, vous demandez 1 million de $ pour les 10 mètres carrés de cette niche à chien ; mon client veut offrir 900 mille, mais je peux le convaincre à accepter votre prix si vous laissez le grille-pain dans la cuisine. Quoi, vous pensiez que ce type travaillait pour vous ? Soyons réalistes !

Après avoir poignardé son client dans le dos, le realtor de l’acheteur prépare un contrat — il y a des formulaires bien standardisés dans chaque État, et l’envoie à l’agent du vendeur. Pas besoin de témoins. Si le vendeur accepte, l’acheteur doit embaucher des inspecteurs pour la structure et peut-être aussi pour la moisissure. Ils ont typiquement un maximum de 10 jours pour faire leur travail. Pendant ce temps…

Un acheteur malin aura déjà une relation avec un banquier, dit « mortgage broker », avant de faire une offre. Mais le banquier doit attendre l’offre afin de savoir combien d’argent sera prête et décider si l’acheteur pourra le faire. Il enverra aussi un évaluateur pour s’assurer que le prêt est vraiment nécessaire pour acheter le bâtiment (on ne veut pas prêter plus d’argent que la valeur du bâtiment, après tout). Tant que les inspections et l’évaluation vont bien, le banquier mettra l’argent dans un compte séquestre. Les deux côtés doivent être d’accord sur le bon agent pour ça, dit « escrow officer », qui ne travaille ni pour le vendeur ni pour l’acheteur.

Une fois que l’argent est là, les deux partis signent le contrat d’achat. C’est ici oǔ on embauche les notaires. Selon Wikipédia, en France, un notaire doit avoir un master en droit, puis soit un deuxième master en carrières notariales soit réussir un examen national suivi d’un stage. Aux États-Unis, pas besoin d’un diplôme — n’importe quel con peut le faire et beaucoup le font. Gargamel, le deuxième mari de mon ex, est notaire en plus de son autre boulot. On passe un examen, on paye 40 $ à l’État pour son livre et son tampon, puis on sert en tant que témoin pour tout document légal. C’est l’acheteur qui embauche le notaire, qui prend rendez-vous avec l’acheteur et le vendeur en même temps pour enregistrer l’existence du contrat. Après, l’agent du compte séquestre paye le vendeur, et les agents immobiliers transmettent un document, le titre constructif, à la préfecture du comté pour enregistrer la cession de la propriété. Puis les agents arrachent 6 % du prix total au vendeur, et se paient 3 % chacun !

Il est bien possible qu’aucune personne formée en droit ne touche jamais à l’achat. Les agents immobiliers ont souvent rien qu’un bac, les banquiers peut-être un diplôme d’une fac, l’agent du compte séquestre aussi, et le notaire peut être juste un caissier chez Api tant qu’il a le livre et le tampon.

C’est ici où vous pouvez m’aider.. Je vous ai donné des noms pour ces rôles en anglais, mais ne sais pas si tous les mêmes rôles existent en France, s’ils appartiennent à des gens aux mêmes niveaux d’éducation qu’ici, et surtout, si tous les mêmes documents existent et quels sont leur nom. Je ne serais pas surpris à apprendre que les choses marchaient différemment en France.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine mais je n’ai pas encore choisi le sujet.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Chez le coiffeur

On continue notre série de « situations réelles pas enseignées par Duolingo » avec… comment dire ça… quelque chose dont, vu ma photo en haut du blog, on penserait que je n’ai pas souvent besoin ([C’est pareil pour les rencontres vu cette même photo. — M. Descarottes]). La triste vérité, c’est que j’ai dû commencer des traitements de minoxidil au lycée, et j’avais déjà perdu la grande majorité des cheveux le temps que j’ai atteint mes 30 ans. Juste pour vous choquer, voici une photo de moi en terminale, avec les visages de ma famille effacés ; très différent de maintenant, c’est certain :

De gauche à droite : ma mère, ma grand-mère, mon frère, moi et mon père. Tous sauf moi ont des pois blancs en place des têtes. Je porte des lunettes énormes et j'ai des cheveux blond foncé.
Plus haute rés en cliquant

Si ce type-là avait besoin d’une tondeuse, le moi actuel… il ne va chez le coiffeur que 6 fois par année, et parfois juste 5. Il n’y a pas grand-chose à faire, mais il y a des mois, je me suis rendu compte que je ne sais rien sur les coupes de cheveux masculines en français, et juste un petit peu dans les cas féminins. Ici, je blâme un peu Duolingo, mais encore plus le fait que c’est peu probable qu’un touriste ait besoin de ce vocabulaire.

Tout ce que je savais sur le sujet avant de me lancer sur les recherches actuelles, c’était « queue de cheval » (on dirait « ponytail » en anglais, presque une traduction littérale) et « chignon ». Et ce dernier uniquement à cause de l’expression « se crêper le chignon », une expression sans équivalente exacte en anglais. (Duolingo la rendait « catfight », littéralement « combat entre chats », assez commun en anglais.) Mais on dit « hair bun » en anglais pour la traduction de la coiffure nommée « chignon » — et cette expression s’utilise aussi pour les cheveux de la princesse Leia dans La Guerre des étoiles (selon vous les anglophones, Star Wars). Ce n’est apparement pas le bon mot en français ; Wikipédia donne « macarons » pour les trucs aux côtés de sa tête :

La coiffure la plus connue et emblématique de la princesse Leia est sans doute les deux macarons qu'elle arbore lors de l'épisode IV, V et VI.
Capture d’écran

Mais au moins Duolingo essaie un peu chez les coupes féminines. Je ne connais même pa un mot pour décrire ce qui souhaitent les hommes. Par exemple, il y a des cheveux qui poussent juste devant les oreilles, comme ça :

Le général Ambrose Burnside, Photo par Matthew Brady, Domaine public

En anglais, on appel ces cheveux « sideburns », d’après l’homme dans cette photo, le général Ambrose Burnside (« side » veut dire « côté »). Ce mot, se trouve-t-il dans mon dictionnaire bilingue ?

Ça montre que la recherche pour sideburn n'a aucun résultat
Capture s’écran

NOPE.

Et c’est exactement aussi nul de l’autre côté des oreilles. Je demande toujours aux coiffeurs de rendre la partie en haut et derrière les oreilles « squared off ». Le mot littéral pour ça, c’est carré, mais je ne veux pas dire de faire un angle droit. J’ai l’impression que le titre d’un album de Sandrine Kiberlain, « Coupés bien net et bien carré » exprime grosso modo ce que je veux dire. Pourtant, bien que « squared off » existe dans mon dictionnaire, ça n’a que le sens de la menuiserie :

C’est certainement ce qui pense Le Robert du mot équarrir — la menuiserie et la boucherie :

Sens d'équateur : 1) charpenter, 2) couper en quartiers, comme un animal mort
Capture d’écran

([La boucherie, ça marche aussi pour ses cheveux — M. Descarottes])

Vous voyez, j’espère, le problème. Il n’y a aucun moment où on enseigne les bons mots pour dire au coiffeur ; pourtant, après 2 mois au maximum, ça deviendra une urgence, même pour moi !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour prendre rendez-vous chez le notaire.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Chez le concessionnaire

Comme je vous ai dit la dernière fois, j’ai épuisé le fichier de sujets pour Langue de Molière. En fait, depuis ce temps-là, j’ai ajouté un sujet, mais ce n’est pas comment marche les pauses — j’aime avoir un mois de sujets avant de redémarrer. Cependant, cette fois, au lieu de faire une pause où Langue de Molière est simplement annulée, je vais cibler des sujets où je ne sais pas parler aux gens, car personne ne les enseigne.

Cette fois, il s’agit de ce qui se passe quand on achète une voiture, et pas par hasard. La semaine derrière, j’étais chez le concessionnaire de voitures Cadillac avec mes parents. Quand je vous ai parlé de Clare V., j’ai omis que la raison pour laquelle ma mère avait besoin de moi, c’était parce que sa voiture est morte. Et celle de mon père en plus ! Les deux ont acheté leurs dernières voitures presque en même temps début 2011, alors ce n’était pas complètement surprenant — mais quand même ! C’est trop !

Alors, en tant que petit-fils d’un ancien vendeur de voitures (mon grand-père maternel), permettez-moi de vous expliquer comment on achète une voiture aux États-Unis, et pourquoi ma mère voulait avoir deux hommes avec elle.

Quand on passe chez le concessionnaire, à moins que ce soit chez Bentley ou chez Ferrari ou un autre truc de fou, on sait que seulement un con va payer le prix sur l’étiquette. C’est pour ça qu’il est fortement conseillé de rechercher la voiture dont vous avez envie sur un site tel que Edmunds.com, où se trouve des données sur les prix moyens selon les codes postales, la marque et le modèle, etc. C’est pareil pour la vieille bagnole dont vous allez vous débarrasser — on cherche les prix sur un site tel que Kelley Blue Book.

Il ne faut donc pas tout faire en une visite. Vous recherchez les voitures à l’avance, puis vous visitez le concessionnaire pour tester celle que vous planifiez à acheter. Mais seulement un con se laisse faire inviter dans le bureau du vendeur après. On fait des excuses — « Je dois regarder de vieux discours sur LCP », quoi que ce soit — puis vous quittez le concessionnaire pour faire vos recherches. Dans notre cas, nous nous sommes excusés pour aller déjeuner. C’était juste chez In-N-Out pour des burgers. (C’est le burger californien, tellement mieux que McDo. Il me faudra vous en parler plus.) Il faut faire ça et laisser traîner le vendeur car il va faire pareil plus tard.

On revient avec ses estimations imprimées, mais ne les donne pas au vendeur. Il fait semblant d’être content de vous revoir (tout vendeur haït ses clients ici), puis vous dites que vous aimeriez « explorer mes options ». Ça permet le vendeur de tenter sa chance pour vous cambrioler — mais il faut le laisser essayer, afin de ne pas avoir des problèmes avec son gérant. Il va vous parler du paiement mensuel — afin de trouver un chiffre qui n’a rien à voir avec le prix, ils peuvent toujours ajuster un prêt à la bonne durée. Ici, il faut l’interrompre (à moins que vous soyez un pauvre con) pour dire qu’il est plus important à connaître le prix final. C’est ici où vous pouvez sortir l’estimation d’Edmunds.

Le vendeur vous dira que bien sûr, ça existe, mais ne compte pas chez eux car le ciel est bleu ou du n’importe quoi pareil. Vous dites que c’était un plaisir, mais il y a aussi d’autres concessionnaires et peut-être qu’il faut les consulter avant de prendre une décision. C’est ici où le vendeur dit : « Ah, vous savez, je ferais comme vous voulez, mais je dois demander à mon gérant ce qu’on peut faire. » C’est ici où les deux vont vous faire traîner — ils savent déjà quel est leur vrai prix, c’est juste une opportunité pour vous fatiguer.

C’est ici où j’ajoute de la valeur. Dans ce cas, le prix était déjà en fait plutôt bon. Alors, après avoir joué au salopard, quand le vendeur et son gérant faisaient semblant d’en discuter, j’ai quitté le bureau pour leur dire « Je peux convaincre ma mère à accepter votre prix si vous pouvez m’offrir une remise sur des accessoires. » Des secondes plus tard, on s’est serré les mains, car on avait un accord.

Puis on répète tout ça pour les vendre la vieille bagnole. Les vrais salopards ne la mentionnent même pas, ils vous offrent un contrat avec une valeur insultante déjà écrite, et il faut les interrompre pour dire, « Attendez, on n’avait pas d’accord sur ça. » Puis vous glissez l’estimation du Kelley Blue Book sur la table, et voilà. Après, on signe les papiers et c’est fini.

« Mais Justin », me dites-vous, « il n’y avait même pas un mot de vocabulaire ici. Quel rapport avec Langue de Molière ? » C’est ici où, paresseux que je suis, je vous cède la parole. Est-ce qu’acheter une voiture passe comme ça en France, avec un scénario pareil ? Y a-t-il des synonymes locaux pour les sites web que j’ai mentionnés ? Est-ce que l’on fait la même danse de plusieurs visites, et fait semblant de ne pas avoir pris une décision, des deux côtés ? C’est comment on utilise la langue, mais comme je vous ai dit, personne n’enseigne rien de ça !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine chez le coiffeur.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Qu’est-ce qu’ont fait les poules ?

Il y a deux mois, j’ai noté dans le fichier de Langue de Molière une expression utilisée par Il Est Quelle Heure :

Sitôt dit, j’ai eu envie de me moucher et j’ai tourné les talons pour aller prendre un mouchoir dans ma chambre; le menton relevé et la tête haute, la démarche d’une reine comme si je venais de rabaisser le caquet de ce type pour de vrai. [gras/italiques le mien]

Regarder la vérité en face

À noter : j’ai annoncé ce sujet la semaine dernière sans savoir qu’elle était sur le point de revenir. C’était la toute dernière note dans mon fichier ; on en reparlera à la fin. Ne vous inquiétez pas, Langue de Molière ne va nulle part. ([Comme vous. — M. Descarottes])

Alors, « rabaisser le caquet ». Je ne connaissais ni le verbe ni le nom, mais heureusement, ça m’a laissé « le », et comme a dit le président américain dans Mars Attacks ! après la destruction totale du Congrès, « Je veux que le peuple sache qu’il reste deux des trois branches du gouvernement, et ça, c’est pas mal. » C’était assez facile de deviner que « rabaisser » voulait dire « baisser à nouveau », mais qu’est-ce c’est que « caquet » ?

J’ai d’abord consulté mon dictionnaire bilingue :

Deux sens sont donnés : 1) le son d'une poule, et 2) trois versions de rabattre son caquet ou rabattre le caquet à qqn.

Alors, quelque chose à voir avec les poules, et quelque chose à voir avec bavarder. Mais dans ce deuxième sens, il n’utilise que le verbe « rabattre », et ça pour dire « remettre quelqu’un dans sa place » (de façon métaphorique, pas littérale). Est-ce que madame avait voulu dire quelque chose de différent ? Trésor de la Langue française, que dites-vous ?

A.− [En parlant de la poule qui va pondre ou vient de pondre] Le(s) caquet(s). Suite de gloussements et de petits cris :

Caquet

Ah, mais c’est un détail inconnu pour mon dictionnaire Oxford, qu’il s’agit particulièrement des bruits autour de l’acte de pondre des œufs ! Et quant au bavardage ?

B.− [Appliqué à l’homme] Fig. et fam.

1. Au sing. Bavardage parfois malveillant ou suffisant. Avoir le caquet prompt, intarissable :

− P. méton. Propension à ce genre de bavardage. Avoir beaucoup de caquet.

♦ Rabattre, rabaisser le caquet de qqn, à qqn. Obliger quelqu’un à se taire ou à lui faire baisser le ton :

2.Au sing. et fréq. au plur. Propos futiles et/ou médisants. Les caquets de l’accouchée :

Alors, il s’avère que rabattre et rabaisser sont des synonymes dans ce cas. Mais il y a plus d’usages que ce qui dit mon dictionnaire bilingue, à ne pas dire qu’il y a un contexte flatteur. Ça dit, en faisant une dernière recherche dans Wiktionnaire, j’ai découvert un synonyme inquiétant :

Synonyms: rabaisser le caquetrabattre le clapetclouer le bec

Rabattre le caquet

Clouer le bec ? C’est-à-dire littéralement marteler un clou dans un bec ? Ce serait plutôt cruel, non ? Heureusement, le Trésor n’a rien à dire comme ça ; je suis sûr qu’il ne cacherait pas une vraie histoire :

2. Réduire au silence. Quelqu’un était là, un inconnu dont je ne pouvais voir le visage et dont la présence m’avait cloué la voix dans le gosier (Lorrain, Sensations et souvenirs,1895, p. 20).

♦ Loc. fam. Clouer le bec (cf. river le clou, rabattre le caquet*) :

3. Parmi le 106e, des acclamations avaient accueilli la première salve. Enfin, on allait donc leur clouer le bec, aux canons prussiens! Zola, La Débâcle,1892, p. 311.

Clouer

Tout ça dit, ça donne l’impression que ces expressions viennent d’un désir de la part des agriculteurs, que les maudits animaux se taisent et leur foutent la paix !

D’habitude, c’est ici où je vous donnerais un indice sur la prochaine Langue de Molière. Mais je viens de vous dire que ça épuise mon fichier. Ce n’est pas la première fois, même la troisième, où c’est arrivé. Au passé, j’ai mis cette colonne en pause pendant un mois, pour me donner du temps pour trouver de nouveaux sujets. Cette fois, je propose de faire différemment. J’ai une autre liste, de vocabulaire dont j’aurai besoin, mais que Duolingo n’apprend pas, et où les dictionnaires ne sont pas les meilleurs outils ; par exemple, quoi dire au barbier (pas celui-ci). Alors, même si ça brise un peu l’une de mes règles — ne posez pas de questions que vous pouvez rechercher — je propose d’écrire pendant le reste de mai sur certaines tâches quotidiennes et poser des questions sur le vocabulaire et les dialogues typiques. Si ça vous dit quelque chose, de combler ces écarts, Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine. Sinon, à juin !