Archives pour la catégorie Langue de Molière

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Qu’est-ce qu’ont fait les poules ?

Il y a deux mois, j’ai noté dans le fichier de Langue de Molière une expression utilisée par Il Est Quelle Heure :

Sitôt dit, j’ai eu envie de me moucher et j’ai tourné les talons pour aller prendre un mouchoir dans ma chambre; le menton relevé et la tête haute, la démarche d’une reine comme si je venais de rabaisser le caquet de ce type pour de vrai. [gras/italiques le mien]

Regarder la vérité en face

À noter : j’ai annoncé ce sujet la semaine dernière sans savoir qu’elle était sur le point de revenir. C’était la toute dernière note dans mon fichier ; on en reparlera à la fin. Ne vous inquiétez pas, Langue de Molière ne va nulle part. ([Comme vous. — M. Descarottes])

Alors, « rabaisser le caquet ». Je ne connaissais ni le verbe ni le nom, mais heureusement, ça m’a laissé « le », et comme a dit le président américain dans Mars Attacks ! après la destruction totale du Congrès, « Je veux que le peuple sache qu’il reste deux des trois branches du gouvernement, et ça, c’est pas mal. » C’était assez facile de deviner que « rabaisser » voulait dire « baisser à nouveau », mais qu’est-ce c’est que « caquet » ?

J’ai d’abord consulté mon dictionnaire bilingue :

Deux sens sont donnés : 1) le son d'une poule, et 2) trois versions de rabattre son caquet ou rabattre le caquet à qqn.

Alors, quelque chose à voir avec les poules, et quelque chose à voir avec bavarder. Mais dans ce deuxième sens, il n’utilise que le verbe « rabattre », et ça pour dire « remettre quelqu’un dans sa place » (de façon métaphorique, pas littérale). Est-ce que madame avait voulu dire quelque chose de différent ? Trésor de la Langue française, que dites-vous ?

A.− [En parlant de la poule qui va pondre ou vient de pondre] Le(s) caquet(s). Suite de gloussements et de petits cris :

Caquet

Ah, mais c’est un détail inconnu pour mon dictionnaire Oxford, qu’il s’agit particulièrement des bruits autour de l’acte de pondre des œufs ! Et quant au bavardage ?

B.− [Appliqué à l’homme] Fig. et fam.

1. Au sing. Bavardage parfois malveillant ou suffisant. Avoir le caquet prompt, intarissable :

− P. méton. Propension à ce genre de bavardage. Avoir beaucoup de caquet.

♦ Rabattre, rabaisser le caquet de qqn, à qqn. Obliger quelqu’un à se taire ou à lui faire baisser le ton :

2.Au sing. et fréq. au plur. Propos futiles et/ou médisants. Les caquets de l’accouchée :

Alors, il s’avère que rabattre et rabaisser sont des synonymes dans ce cas. Mais il y a plus d’usages que ce qui dit mon dictionnaire bilingue, à ne pas dire qu’il y a un contexte flatteur. Ça dit, en faisant une dernière recherche dans Wiktionnaire, j’ai découvert un synonyme inquiétant :

Synonyms: rabaisser le caquetrabattre le clapetclouer le bec

Rabattre le caquet

Clouer le bec ? C’est-à-dire littéralement marteler un clou dans un bec ? Ce serait plutôt cruel, non ? Heureusement, le Trésor n’a rien à dire comme ça ; je suis sûr qu’il ne cacherait pas une vraie histoire :

2. Réduire au silence. Quelqu’un était là, un inconnu dont je ne pouvais voir le visage et dont la présence m’avait cloué la voix dans le gosier (Lorrain, Sensations et souvenirs,1895, p. 20).

♦ Loc. fam. Clouer le bec (cf. river le clou, rabattre le caquet*) :

3. Parmi le 106e, des acclamations avaient accueilli la première salve. Enfin, on allait donc leur clouer le bec, aux canons prussiens! Zola, La Débâcle,1892, p. 311.

Clouer

Tout ça dit, ça donne l’impression que ces expressions viennent d’un désir de la part des agriculteurs, que les maudits animaux se taisent et leur foutent la paix !

D’habitude, c’est ici où je vous donnerais un indice sur la prochaine Langue de Molière. Mais je viens de vous dire que ça épuise mon fichier. Ce n’est pas la première fois, même la troisième, où c’est arrivé. Au passé, j’ai mis cette colonne en pause pendant un mois, pour me donner du temps pour trouver de nouveaux sujets. Cette fois, je propose de faire différemment. J’ai une autre liste, de vocabulaire dont j’aurai besoin, mais que Duolingo n’apprend pas, et où les dictionnaires ne sont pas les meilleurs outils ; par exemple, quoi dire au barbier (pas celui-ci). Alors, même si ça brise un peu l’une de mes règles — ne posez pas de questions que vous pouvez rechercher — je propose d’écrire pendant le reste de mai sur certaines tâches quotidiennes et poser des questions sur le vocabulaire et les dialogues typiques. Si ça vous dit quelque chose, de combler ces écarts, Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine. Sinon, à juin !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Toi non !

Le 6 avril, la Blague de la Semaine a commencé ainsi :

C’est une dame qui rencontre un ancien copain de classe dans la rue. Vu sa tenue, il est évidemment devenu prêtre. Elle l’approche et lui dit : « Bonjour, Père, tu te souviens de moi ? » Le prêtre lui répond : « Marie ! Mais bien sûr ! Ça va ? » Et puisqu’il est prêtre, elle ne peut pas résister à avouer quelque chose.

Blague du 6 avril 2026

C’était plutôt long, mais plus tard, ça a continué :

Cinq ans plus tard, le prêtre est seul dans son bureau quand un homme frappe à la porte. Il a l’air bien épuisé, et il tient une enveloppe. Il dit au prêtre : « Bonsoir, mon Père. Je suis Paul. Il y a 5 ans, tu as allumé une bougie pour ma femme et moi, ça te parle ? » Le prêtre sourit et répond : « Mais oui ! Ça a marché, vous avez des enfants ? » Paul lui donne l’enveloppe en disant : « Oui, et voici un voyage payé à Rome. »

Alors, pourquoi est-ce que j’évoque ces deux parties ? À vrai dire, j’ai traduit cette blague d’une source anglophone, et l’a « francisée », une pratique qui explique environ 1/4 des blagues. Mais en faisant la traduction, j’avais une question sincère, et c’est ça le sujet de Langue de Molière aujourd’hui : comment est-ce que les gens s’adresseraient au prêtre ?

Évidemment, la femme du premier paragraphe le tutoierait car elle le connaissait jeune, et avait déjà une telle relation avec lui. Je peux imaginer des situations où ce ne serait pas le cas : s’il s’agissait d’un pape francophone, et les deux étaient en public, j’imagine que même une telle personne le vouvoierait, afin d’être respectueux dans un tel contexte, même si juste « pour encourager les autres » comme a écrit Voltaire. (Je n’ai même pas aimé Candide, mais je cite cette phrase en français depuis le lycée, je l’aime tant — et le reste des anglophones aussi !)

Mais il me restait la question de ce qui dirait le mari, qui n’a pas connu le prêtre. Alors, j’ai recherché la question, et ça m’a mené à un sermon par un prêtre catholique suisse, Vincent Lafargue, intitulé « Ah, ces gens qui tutoient le prêtre ! ». Je ne connais guère la Messe en français, seulement en anglais et moins en latin. (Il y avait une Messe en cours pendant ma visite à la Basilique Sacré-Cœur en 2023 — j’étais bluffé par la similitude avec la Messe latine. Je n’enregistrerais jamais une Messe aux États-Unis, mais si ce que j’ai vu en 2023 était typique, il n’y a rien en commun.)

Vu le titre, j’avais raison de soupçonner qu’il faudrait vouvoyer le prêtre. Cependant, il dit :

Quelle est cette phrase ? Vous avez une idée, cette phrase que vous répétez plusieurs fois à la messe ? …Et avec votre Esprit !

Et avec votre Esprit… D’ailleurs, si on tutoie le prêtre dans la vie courante, est-ce qu’on a le droit de dire « et avec TON Esprit », du coup ? …

Mais bien sûr que si ! Bien sûr que si. C’est tout à fait autorisé.

Alors, il semblerait que l’on pourrait dire soit l’un soit l’autre dans la vie courante, mais à vrai dire, même si je ne connais pas la Messe en français, ça m’a mis mal à l’aise. Mais il ajoute quelque chose auquel je n’avais pas du tout pensé :

Et d’ailleurs je vous le signale au passage que la langue française est l’une des seules langues au monde dans laquelle on vouvoie le prêtre à la messe ! En allemand, en anglais, en italien, en espagnol, en portugais, on dit : « et avec TON Esprit, qu’on le tutoie dans la vie courante ou pas.

J’étais ravi de voir qu’il est d’accord avec moi, que la seule traduction de « you » en anglais est « tu », pas « vous ». Mais en espagnol ? J’ai dû vérifier :

El Señor esté con vosotros.

Y con tu espíritu.

Ordinario de la Misa, Diócesis de Córdoba

Il a raison — le prêtre dit « vosotros », vous dans le sens pluriel (c’est littéralement vos otros, vous autres), et les gens le tutoient en réponse. Il note que c’est en fait ce que l’on fait en latin :

Eh ben pas de bol, en latin, on tutoie le prêtre ! « Et cum spiritu TUO », même si c’est le Pape, hein ! Si vous allez célébrer sur la place Saint-Pierre à Rome, vous dites « et cum spiritu TUO » à Léon, vous lui dites « tu » en latin.

Pourtant, c’est du rituel, pas de la vie courante. Hors ce contexte, on vouvoierait sûrement le Pape, non ? J’ai trouvé un prêtre pour le vouvoiement, mais sans faire la polémique sur la FSSPX, je ne vais pas la mettre au même niveau. Mais là, j’ai appris qu’en français, on tutoie Dieu (je le savais déjà) pourtant on vouvoie Marie (je n’avais aucune idée). Et ça pourrait être (mais ne le sera pas) tout autre article.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour remettre quelqu’un dans sa place.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Chercher midi chez Paul Bismuth

Il y a deux semaines, l’auteur de qui je suis le plus jaloux, un certain Paul Bismuth, a apparu à la une du Canard enchaîné. Je vous rappelle que je dis parfois que j’espère ne jamais apparaître à la une du Canard, car ça veut dire que l’on a fait une grosse boulette. Mais voilà, dans le dialogue des canards :

Canard à gauche : Sarko clame son innocence en appel.  « Arrêtez de chercher… »

Canard à droite : « Libye à 14 heures ! »

Évidemment, il s’agit de l’expression « chercher midi à 14h ». Ça veut dire, selon notre vieil ami, le site dit La langue française :

Chercher un problème là où il n’y en a aucun ; chercher quelque chose à sa mauvaise place.

Chercher midi à quatorze heures

J’avoue que malgré le fait que je la connais depuis 5 ans déjà, je suis absolument incapable de l’utiliser moi-même. Ça fait mal aux oreilles même quand on l’explique. Et c’est quoi l’explication ? Selon eux, ça vient :

D’une coutume encore en vigueur dans plusieurs villes d’Italie, consistant à compter les 24 heures à partir du coucher du Soleil. Ainsi, midi ne peut jamais coïncider avec 14h, mais seulement, au minimum, avec 16h. Chercher midi à quatorze heures, ce serait donc rechercher un jour où le Soleil se couche à 22h, chose impossible en France métropolitaine ou en Italie.

À vrai dire, ça ne me parle pas du tout. Vous et votre habitude de compter les heures 24 à la fois, je suppose. N’oubliez pas qu’aux États-Unis, 14h se prononce « 2h — de l’après-midi ». Mais ça me rappelle au moins une blague, trop bête pour être la Blague de la Semaine :

Un policier voit un homme ivre sur ses quatre pattes, en train de chercher quelque chose au-dessous d’un lampadaire. Il lui demande ce qui se passe, et l’ivre lui répond qu’il cherche ses clés. Le policier décide de l’aider, mais après quelques minutes sans succès, lui demande s’il est sûr de les avoir perdues dans cet endroit. L’ivre dit que non, et en fait, il les a perdues dans un parc au bout de la rue. Le policier lui demande donc pourquoi il les cherche sous le lampadaire.

Vient la réponse : « Car la lumière est meilleure ici. »

Effet lampadaire, Wikipedia (ma traduction de l’anglais)

Je n’ai pas dit que c’était une bonne blague. Mais c’est ce que l’expression me rappelle.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un détail d’une blague qui était assez bonne pour être celle de la semaine.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Au secours !

La Fille est rentrée à la maison la semaine dernière avec une nouvelle. « Papy », m’a-t-elle dit, « j’ai ta prochaine Langue de Molière ». « Excusez-vous », ai-je répondu, « mais c’est ‘Papa’, pas ‘Papy’. » « Mais tu as connu les dinosaures. C’est ce qui dit ma mère. Tu ne veux pas que je lui dise que tu as dit qu’elle avait tort, n’est-ce pas ? » Elle m’a eu. « Alors, ma grande, qu’est-ce que tu veux raconter à ton arrière-daron ? » Et c’est ainsi que l’on a notre note hebdomadaire.

Peut-être que vous avez eu la malchance d’être sur un bateau qui commence à couler. Le capitaine, ou si c’est assez grand, le chargé de communication, prend le micro de la radio et supplie de l’aide avec une expression bizarre en anglais : « May Day! » May Day, c’est le 1er mai, particulièrement dans son aspect de jour férié communiste (raison pour laquelle on fête les ouvriers en septembre aux États-Unis). Bien sûr, en Angleterre, c’est plutôt une fête païenne, la nuit de Walpurgis, où tout le monde danse autour d’un mât pour cacher les débauches de la nuit du 30 avril.

Ou peut-être que c’était choisi comme appel de détresse en honneur de l’une des méchantes les plus inhabituelles des films de James Bond, aussi May Day, apparue dans Dangereusement vôtre (tourné en partie au Château de Chantilly) :

Grace Jones dans le rôle de May Day, ©️United Artists, Fair use

Mais en fait, selon La Fille, c’est un peu de français mal formé, « m’aidez », quand la commande devrait être plutôt « aidez-moi ». Il s’avère qu’elle se trompe légèrement — c’est en fait tronqué d’une plus longue commande, « Veuillez m’aider », mais il n’y a pas un centime de différence entre les deux sons.

D’où vient ce choix pour l’appel universel ? Remontons le temps jusqu’en 1923. C’est Frederick Stanley Mockford, chargé de radio à l’aéroport Croydon (Londres avant Heathrow), qui a été chargé par ses supérieurs à trouver un appel qui serait compris par tous les pilotes. Étant exactement comme moi, il a raisonné que le monde entier comprenait juste les deux côtés de la Manche, car tout le trafic venant de l’étranger venait du Bourget à l’époque. Il fallait donc trouver quelque chose de raisonnable en anglais et en français. Vu que « Help me! » (Aidez-moi) est difficile à prononcer en français, mais la transcription phonétique de « Venez m’aider » marchait bien en anglais, le choix de privilégier le français était assez évident.

Mais « mayday/m’aider » est réservé aux situations où il y a un risque de perdre des vies. Qu’est-ce que l’on est censé dire si on est juste con et n’a plus d’essence pour son bateau ? Encore une fois — mais je ne le savais pas jusqu’au moment de faire ces recherches — c’est la langue française à l’honneur. On dit « panne panne », transcrit en anglais comme « pan pan« , pour dire que l’on est en panne. On fait semblant de dire qu’en anglais, « pan » veut dire « Possible Assistance Needed » (Besoin d’assistance possible), mais en fait, je sais la vérité. C’est-à-dire qu’il ne reste que les pizzas de la chaîne Little Caesar’s dites « Pan Pan », anciennement vendues deux à la fois (lien à une pub en anglais), à manger. On savait tous que cette situation était la catastrophe, même s’il n’y avait pas de vies en jeu. (Des toilettes, oui.) C’est ainsi que le sens d’une urgence est préservé à travers les deux langues.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour donner rendez-vous à un certain M. Paul Bismuth et un canard.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue du Glaude

Ça fait belle lurette depuis la dernière fois où on a parlé d’une carte de Français de nos régions. Mais j’ai récemment vu l’une de leurs cartes qui m’a enfin expliqué quelque chose que je ne comprenais pas.

« La Soupe Aux Choux » se déroule quelque part dans le Bourbonnais, selon Wikipédia ; dit autrement, dans l’Allier. Je pause pour citer un livre peu connu :

Le département de l’Allier a été créé à l’époque de la Révolution, mais il a fallu presque 230 ans de plus pour que les habitants choisissent un gentilé, bourbonnais. Il ne faut pas mettre la pression aux Bourbonnais ! Que puis-je dire ? Certaines choses prennent du temps.

De toute façon, tous ceux qui l’ont vu savent que dans le film, tous les personnages principaux ne sont pas adressés juste <nom>, mais par « la/le <nom> » — le Glaude, le Bombé, la Francine. Quand j’ai vu le film, je n’avais jamais entendu cette forme d’adresse dans n’importe quelle langue, le français compris. (Moi, l’expert, avec mes 10 mois à ce point-là.)

J’ai un peu réfléchi sur quoi penser de cet usage, mais c’était difficile, car comme sait tout le monde, je suis obsédé par le docteur et « C’est une expansion économique ! ». J’ai enfin décidé que c’était juste une bizarrerie pour le film, une question de style. Pourquoi ? J’ai suivi les preuves : j’avais déjà vu une vingtaine de films sans rencontrer cette forme ; « Glaude » et « Bombé » ne sont pas de vrais prénoms, mais des surnoms ; j’avais déjà parlé avec une centaine de personnes différentes en ligne sans que personne ne me parle comme ça ni me dise de lui parler comme ça.

Tout à fait logique, tout à fait raisonnable — et tout à fait faux. C’est ici où entre la carte que j’ai mentionnée. Il s’avère que l’on dit « le <prénom > » partout dans l’est du pays. Comme on peut lire dans la description fournie par Français de nos régions, on trouve cet usage en allemand, mais aussi dans de nombreuses autres langues dérivées du latin. Il mentionne l’espagnol, mais en sept ans de cours d’espagnol, je n’ai jamais entendu ça, et je n’ai aucun souvenir de le lire dans n’importe quel roman (avec deux ans de littérature en espagnol, croyez-moi, j’ai lu des romans de partout).

Mais le truc bizarre ? On peut parfois trouver cet usage en anglais ! On entend certainement « He’s the Justin Busch, the one who writes Un Coup de Foudre » — « il est le Justin Busch, celui qui écrit Un Coup de Foudre » — quand on veut distinguer quelqu’un de célèbre qui porte un certain nom. C’est bien nécessaire dans ce cas quand on considère qu’il y a un avocat, un musicien, un ingénieur et même un chirurgien plasticien qui travaille à quelques km de chez moi, tous des imposteurs qui ont emprunté mon nom à moi sans autorisation ! Ça dit, à vrai dire, on ne l’entend pas de même façon que dans les exemples de la carte, « Je l’ai vu, il avait la main sur son épaule, le Paul » et « Quoi ? Le mari de la Marie ? » C’est ça l’usage de La Soupe Aux Choux, mais je ne l’ai toujours trouvé nulle part ailleurs.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine en criant « au secours ! ».

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Crique-craque

Le 1er étant également le jour de C’est le 1er et Langue de Molière cette semaine, vous avez droit à « Momo » un jour à l’avance.

Il y a longtemps, assez longtemps pour écrire il était une fois, ma grand-mère avait l’habitude d’amener mon frère et moi à l’opéra. Alors j’ai vu pas mal d’opéras en italien et en français bien avant d’avoir la moindre idée de parler l’un ou l’autre. Et parmi mes préférés était Les Contes d’Hoffmann par Jacques Offenbach. Là se trouve la « Chanson de Kleinzach », un air plutôt grossier sur un nain, le nommé Kleinzach (qui n’apparaît pas sur scène). Depuis des décennies, j’ai le refrain dans la tête, « Cric-crac, cric-crac, voilà Kleinzach ». (C’est seulement en écrivant ce billet que j’ai enfin appris comment l’écrire.)

Je n’avais pas tort en le confondant avec « crique » ; Wikipédia note que les deux sont des homonymes. Mais jusqu’au mois dernier, je croyais que le mot « crique » ne voulait dire que la galette aux pommes de terre de ce nom. On l’a rencontrée en Ardèche.

C’était en lisant ce post de Feuilles de Choux que j’ai appris que la crique n’appartenait pas uniquement à l’Ardèche. Ça m’a renvoyé à Wikipédia, où j’ai appris que c’est aussi une baie. Mais comme j’ai écrit dans mes notes, quelle baie ? Genre « de Boysen » ou « de Somme » ? Le français réutilise trop les mêmes mots ! Dans ce cas, c’est le dernier : une crique de ce genre est « une petite baie enserrée dans les rochers et pouvant donc servir d’abri pour les bateaux. » Cette crique vient du scandinave « krik », l’origine aussi d’un mot anglais, « creek », un cours d’eau plus petit qu’une rivière, avec un débit réduit. Et il semble porter aussi cette signification en Guyane.

Mais ce ne sont pas les seules criques ! Il y a aussi la « crique saisonnière », un défaut dans des pièces métalliques, le résultat d’une combinaison de corrosion et de problèmes mécaniques. Wikipédia l’explique :

Plus fréquemment rencontrée dans les alliages à base de cuivre, elle doit son nom au fait que les changements de température accélèrant le processus, la rupture de la pièce peut survenir lors d’un changement de saison.

Et si ce n’était pas assez, La Crique est aussi un petit village de moins de 400 personnes près de Dieppe !

Il n’y a pas de grande leçon qui va avec tout ça. C’est juste étonnant que ce mot signifie tant de choses qui n’ont rien à voir, les unes avec les autres !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec la question que je voulais poser en regardant La Soupe Aux Choux.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue de municipales

Je vous jure, j’allais revisiter le sujet originalement planifié pour Langue de Molière la semaine dernière, mais je ne veux — je ne peux — pas résister à la une du Canard enchaîné cette semaine. Et il n’y aurait pas de Langue de Molière s’il n’y avait pas de Canard !

Alors, voici la une en question :

©️Le Canard enchaîné

Chaque semaine, je poste la une sur Facebook, mais pas publiquement — uniquement où seulement des amis peuvent la voir — et pose des questions si j’en ai. Cette semaine, il y avait deux questions.

La première concerne le dialogue des canards. Ça dit :

Titre : Bayrou battu

Canard gauche : C’est dans les vieux d’Pau qu’on fait…

Canard droite : …les meilleures déconfitures !

Alors, il s’agit de M. Francis Bayrou, brièvement premier ministre et plus longtemps maire de Pau. À vrai dire, je n’étais pas complètement sûr de comment prononcer « Pau », car je croyais que ça pourrait être du basque, comme Riez est du provençal et ne vient pas du verbe « rire ». Mais vu la référence à la confiture, c’est évidemment identique à « pot ». Cependant, je ne connaissais pas le calembour, alors, j’ai posé la question à des amis. Voici la réponse :

Le vrai dicton : « C’est dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes / confitures. »

Cette expression remonte au temps où l'on préparait les soupes et les confitures dans des pots qu'on ne lavait jamais (et donc, des résidus des plats précédents y restaient). On recommençait à cuisiner et des résidus se mélangeaient aux résidus précédents, etc. Ainsi, la soupe prenait de plus en plus de goût

Mais la soupe et la confiture ne sont pas la même chose ! Est-ce que l’une est plus correcte que l’autre ? Non, selon Louise Pointu d’Imbleval, journaliste pour Femme Actuelle, qui nous explique que :

Selon le site J’aime les mots, cette phrase signifie simplement que « les vieilles méthodes qui ont fait leurs preuves sont parfois plus efficaces que les nouvelles, encore non rodées ».

Néanmoins, avec cette expression, les becs salés ne sont pas en reste ! En effet, il est en réalité possible de dire les deux

C’est dans les vieux pots qu’on fait « les meilleures confitures » ou « les meilleures soupes » : quelle est la bonne expression ?

Mais l’autre question, c’était sur le gros titre. Ici, j’avoue que pour le meilleur ainsi que pour le pire, j’aurai 12 ans à jamais. Pour rappeler, ça dit :

Et maintenant la course à la présidentielle : Plus qu’un a pour soigner les troubles de l’élection !

J’ai lu ça avec des fous rires. Était-il possible que la France était exactement pareille aux États-Unis à cet égard ? Vous voyez, si on écoute les chaînes consacrées au sport à la radio, vu que le public est presque entièrement des hommes d’un certain âge, la plupart des publicités sont pour des produits ciblant la « santé masculine » ou la « performance masculine ». C’est très délicat, car ça implique de nombreuses lois sur les traitements médicaux, ainsi que la publicité mensongère. Mais curieusement, on sait tous que la « santé masculine » n’a rien à voir avec le cancer de la prostate ou l’hypertension. Nope. Il s’agit uniquement d’un sujet, qui rime avec « élection », également en français qu’en anglais. Je ne connais pas les publicités sur RMC Sport, ou Radio Sports, mais c’était suffisant pour poser la question. Et la réponse de la même amie ?

Tu as visé juste quant au gros titre !

Hihihihihihi ! 12 ans à jamais, les amis !

Et pour rappeler les bons vieux jours, si vous avez profité de cette colonne, abonnez-vous au Canard enchaîné.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler finalement de la crique. Mais vous allez revoir M. Molière lui-même demain pour un billet bien inattendu !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Coup de feu dans le jardin

Ce n’est pas la Langue de Molière que j’avais planifiée pour aujourd’hui, mais avant de l’écrire, un ami m’a envoyé une petite histoire vue sur Twitter, et c’est tellement moi (dans le mauvais sens) que c’est notre sujet du jour à la place de l’originale.

Alors, on a posté une capture d’écran de ce post sur l’appli Threads :

Capture d'écran du site Threads, traduite dans l'article.
Capture d’écran

Ça dit :

Je viens de voir un type dans le métro draguer une fille très respectueusement, elle lui a poliment montré sa bague de fiançailles et les deux ont partagé un petit rire. Il a haussé les épaules et a dit « I had to shoot my shot » (littéralement : « J’ai dû tirer ma balle »).

De nulle part, avec un fort accent français, tout le car entend, « Vous les Américains ! Toujours avec les fusillades. »

Je dois vous dire, j’ai lu un peu du fil de cet utilisateur, ainsi que les réponses, et c’est seulement mon honnêteté maudite qui m’a fait donner le bon lien. Car les réponses sont plein de trucs comme « Ah oui, la masculinité toxique », « Les hommes ne respectent pas les limites » et « Les hommes croient qu’ils ont le droit à un oui et refusent d’accepter un non ». Quoi, parce qu’il voulait sauver un peu la face ? Ce n’est pas vraiment la bonne colonne, mais ce sont les Américains que je voudrais le plus quitter.

Mais ce que j’ai dit à mon ami (qui n’avait pas lu le contexte original), c’était « Super, je viens de finir une leçon sur Duolingo sur exactement ce sujet, alors maintenant il s’agit de Langue de Molière. » (En anglais. Il ne parle pas français.) Alors, voici l’exemple que j’ai enregistré il y a une semaine, sans savoir pour quel moment je le gardais :

Ça dit en français : « Sûr de son charme, il a voulu la draguer, mais il s'est pris un râteau. » Et en anglais : "Sure of his charm, he wanted to hit on her, but he got shot down."

L’important ici, c’est la traduction donnée pour « se prendre un râteau ». C’est « to get shot down, » ce qui se traduit plus littéralement par : « se faire abattre », dans le sens d’un avion. Ce qui est un peu amusant ici, c’est qu’un râteau est un outil de jardinage, dit en anglais « rake », et on a une expression très similaire pour quelqu’un qui se fait ridiculiser, « step on a rake » ou « marcher sur un râteau » (l’idée étant qu’il agit comme un levier, et on finit par se faire frapper droit dans le visage). Mais dans ce contexte de rencontres, Duolingo donne une meilleure traduction, car pour nous, le râteau est plus typiquement un autre genre de faux pas, comme dire « Félicitations d’être tombée enceinte » à quelqu’un qui a pris du poids.

Alors oui, en anglais on parle de tirer et de fusillades aux deux côtés de cette activité. On tire sa balle en faisant une demande de sortir, et on est fusillé en recevant un « non ». Curieusement, il n’y a pas d’expression dans cette famille pour un essai qui réussite. Ça me rend curieux si, de l’autre côté, le français utilise d’autres expressions à base d’outils de jardinage. Je n’ai rien trouvé, mais sur une page consacrée aux synonymes, « tenter sa chance » a rendu des expressions comme « sauter dans le grand bain » et « mettre ses tripes ». À noter, quand on dit que l’on a pris un bain en anglais comme métaphore, c’est-à-dire que quelque chose est très mal allé.

Mais vous n’allez pas sortir de celle-ci aussi vite, car j’ai pris d’autres captures d’écran. Celle-ci m’a presque abattu, car il ne faut absolument pas faire comme ça aux États-Unis :

Ça dit : « Il faut faire la bise aux États-Unis ? »

J’ai dû répéter celle-ci à haute voix plusieurs fois, ce que je n’ai pas aimé :

Ça dit « Elle voulait me voir en cachette. »

Et puisque Duolingo ne sait pas ce qui est écrit sur ce blog, l’appli pense à m’enseigner ce que j’ai déjà dit :

Ça dit : « Je laisse tomber les sites de rencontre. »

Mais croiriez-vous qu’après ces leçons, l’appli est passé au sujet des accouchements et des nouveaux-nés ? Je ne plaisante pas — je viens d’apprendre « faire ses nuits » et « faire ses dents » cette semaine, deux choses que je n’avais jamais appris autrement ! Super de ranger les choses comme ça, mais je suppose que la séquence est logique.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler finalement de la crique.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Tonnerre de Mysidia !

À part le film de Steven Spielberg, dont je n’ai rien vu sauf les bandes-annonces, je ne connaissais pas Tintin avant d’apprendre le français. Mais impossible d’échapper aux mèmes avec ces personnages, et j’ai vite remarqué que le capitaine Haddock avait un vocabulaire… inépuisable :

Tintin et Dupond essaient de retenir le Capitaine. Il y a une bulle avec ce qui dit le Capitaine -- plus d'une centaine d'insultes, telles que « Cornichon diplômé ! » et « Crétin des Alpes ! ».
Source

Plus tard, j’ai joué à Final Fantasy V, et je me suis rendu compte que le jeu avait apparemment adapté l’une de ses citations à son univers, car un pirate crie « Tonnerre de Mysidia ! », Mysidia étant la ville mythique des sorciers dans ces jeux, et l’expression originale étant « Tonnerre de Brest ! ».

Capture d'écran où le pirate Faris crie : « Tonnerre de Mysidia ! Le gouvernail ne répond plus ! »

Mais en faisant d’autres recherches, j’ai appris qu’en fait, « Tonnerre de Brest » n’appartient pas au capitaine Haddock. Avec l’aide d’un article par Louis-Marie Brulé du Musée de l’Armée, j’ai découvert quel était le vrai tonnerre de Brest.

Il s’avère qu’il y a deux avis sur l’origine de cette expression. Tout le monde est d’accord qu’il ne s’agit ni de Quimper, ni de la météo. Il s’agit bien du bruit d’un canon à Brest. Mais quel canon, c’est moins certain. Dit M. Brulé :

Pour certains, ce « tonnerre » faisait référence au bruit du coup de canon tiré depuis l’Arsenal de Brest, annonçant quotidiennement l’ouverture et la fermeture des portes de l’Arsenal, à 6 heures et à 19 heures. Pour d’autres, ce serait celui du coup de canon que l’on tirait parfois depuis le bagne de Brest, en activité de 1749 à 1848, et qui signalait l’évasion d’un prisonnier.

Je ne sais pas vous, comme dirait un certain finistérien, mais il me semble que la première explication est plus probable. Après tout, c’est très régulier, alors que je serais bien surpris à apprendre que des prisonniers s’évadent tous les jours.

Mais l’article est une belle source d’autres renseignements. Afin de vous encourager de le lire, je ne partagerai qu’une autre chose, chère au cœur de ce blog, l’origine de « chauvin ». Après tout, j’ai écrit dans Je découvre la Drôme que « [N]ous sommes des chauvins français ici, alors on veut des spécialités régionales. » M. Brulé nous raconte :

Patriote convaincu, Nicolas Chauvin s’engage à 18 ans dans les armées révolutionnaires, puis combat vaillamment pour l’Empire. Blessé 17 fois, toujours en première ligne, il reçoit la Légion d’honneur pour ses nombreux coups d’éclat. Une carrière trop belle pour être vraie !

Ça me rappelle fortement l’histoire soviétique d’un certain Alekseï Stakhanov, un mineur qui existait vraiment, mais dont ses exploits sont exagérés pour la propagande. On dit de Stakhanov que :

Le 30 août 1935, on rapporte que Stakhanov et ses trois collègues ont extrait 102 tonnes de charbon, un record, en 5 h 45 min de travail, soit quatorze fois son quota. De ce fait, il gagne 200 roubles au lieu des 23 à 30 qu’il avait habituellement.

De ça, on dit qu’un « stakhanoviste » est une personne qui réussite du travail bien hors normes. Mais où ce nom est devenu quelque chose de positif, celui de M. Chauvin a connu un destin moins glorieux :

Inspiré du mythe antique du soldat-laboureur, le personnage apparaît dans les récits et chansons populaires post-révolutionnaires, avant d’être caricaturé comme un naïf enthousiaste et obtus, au patriotisme outrancier.

Je vous rassure, ce mot est bien connu en anglais, autant qu’en français, pour désigner non seulement quelqu’un avec un sens de « patriotisme outrancier », mais tout genre de personne qui croit à la supériorité de son groupe — on voit ce mot le plus souvent dans « male chauvinist », un homme qui croit que les hommes sont supérieurs aux femmes, au point où c’est le premier sens dans le dictionnaire Merriam-Webster.

Il y a beaucoup d’autres expressions intéressantes dans l’article de M. Brulé, mais vu que nous avons commencé avec le capitaine Haddock, c’est surprenant que « mille milliards de mille sabords ! » n’en fasse pas partie. C’est quoi un sabord ? Selon Europe 1, ce sont les ouvertures dans les côtés des bateaux, par lesquelles passent des rames — ou bien des canons. D’où, peut-être, l’expression au début de l’affiche en haut, « mille millions de mille sabords de tonnerre de Brest ! ».

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour revisiter un autre classique du début du blog, la crique.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Tu n’es pas mon style, mec

Il y a des années, une nouvelle connaissance (à l’époque quand tout le monde était « une nouvelle connaissance ») m’a envoyé un clip d’un certain Fatal Bazooka, « J’aime trop ton boule ». J’ai dû passer un bon moment avec un dictionnaire, mais je crois que c’était la première fois où j’ai entendu le mot « mec ». On trouve très peu d’exemples de ce mot, ainsi que de « meuf » sur ce blog. (Pour ce que ça vaut, j’ai trouvé le nom de l’adversaire de Fatal, Chris Prolls, très amusant — ça marche en anglais.) Pour autant que j’aime la sonorité de la langue française, ces mots font mal aux oreilles. Au moins, aux miennes.

De toute façon, il y a des semaines, j’ai vu la blague suivante sur le site Quora :

Le mec :  » Je veux que tu sois ma femme « 

La Meuf : Tu as une maison ?

Le mec :  » Non « 

La meuf : Tu as une Mercedes ?

Le mec :  » Non « 

La meuf : Tu touches combien ?

Le mec :  » Rien , mais…..

La meuf : Y a pas de mais……T’as rien et tu veux m’épouser ? Casse-toi chez ta mère !!!

Le mec :  » J’ai pas une maison, j’ai une villa , j’ai pas une Mercedes j’ai une Ferrari et une Porsche, je ne touche rien car c’est moi le patron et maintenant va te faire foutre chez ton père « 

Histoires drôles sur Quora

Vous ne la trouverez jamais sur la balado, car je la trouve insultante et pas particulièrement drôle. Le fait que la chute valide la règle de 6-6-6 n’améliore pas mon avis. Cependant, dans les commentaires, un utilisateur japonais a posé une question :

Lui : « Une question : d'où viennent les termes d'argot « mec » et « meuf » ? »
Moi : « Ce sont du « verlan », un jeu de mots où on prononce les mots à l'envers. « Meuf » est donc censé être « femme » à l'envers, et « emmef » manque de quelque chose. Quant à « mec », le Trésor de la Langue française dit :

Étymologie obscure 1982 propose d'y voir la conjonction mais que qui introduit une conditionnelle, une concessive, etc. et que l'on trouve substantivé dans certains dialogues. »
Capture d’écran

Comme j’ai cité du Trésor de la Langue française, on pense que ça vient peut-être d’une contraction de « mais que », et en quelque sorte, c’est devenu un nom. À vrai dire, je ne trouve pas cette explication très convaincante. Un autre utilisateur a proposé autre chose :

Alors mec, je penses ça vient du hollandais. Au bruxelle un petit homme se dit manken. Mais ça se dit mannkhienne. Si on retire le diminutif parce que les français simplifient, car ce n’est pas leur langue ça donne mannk. Mannk devient mennk qui devient mek, ou mec… Et chaque fois les hollandaise on fait forte impression au français. Aujourd’hui encore on a une expression « ta blonde » qui veut dire ta petite amie, ça vient de hollande car les hollandaises sont blondes. Manken, petit homme, mec en français.

Commentaire sur Quora

Je n’ai pas entendu cette histoire de blonde avant — et elle ne trouve aucun soutien dans le Trésor — mais c’est assez logique. Ça dit, cette histoire de mec n’est pas pire que « mais que ». J’ai quand même fait d’autres recherches, car il me dérange que ce mot n’a rien à voir avec le verlan ordinaire, où on inverse l’ordre des lettres. Ça m’a mené à Wiktionnaire, qui ajoute seulement que :

Le sens 2, attesté depuis 1848, est peut-être à rapprocher de l’argot mac, apocope de maquereau, prononcé \mæk\ (dans l’accent populaire parisien), puis \mɛk\.

Mec, Wiktionnaire

Alors, c’est quoi le sens 2 ? C’est juste « homme d’un couple ». En fait, des 5 sens proposés, 3 sont vraiment juste « homme ». Les 2 autres n’ont rien à voir. Cette recherche n’a donc mené nulle part.

Mais j’ai quand même appris quelque chose. Dans cette même entrée, on trouve :

mec \mɛk\masculin(pour une femme, on peut dire : meuffeumeufeummeufeuméquesse)

Ça fait mal aux oreilles (j’imagine que « feumeu » et « feum » viennent du même processus que « reubeu » et « beur »). Mais « méquesse », c’est hilarant !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une histoire qui fera plaisir au capitaine Haddock.