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À la boulangerie

À moins que vous habitiez sous un rocher, vous avez sûrement entendu parler que la baguette française a été reconnue comme partie du patrimoine mondial par l’Unesco. Je n’aime pas l’avouer, mais j’ai pas toujours eu l’expérience d’entrer dans une boulangerie en France (à ne pas confondre avec une boulangerie à la française, comme Moulin) pour commander une baguette. Il y a eu une fois à Orléans avec mon ami là-bas, mais comme toutes vos activités quotidiennes, j’ai envie de l’expérimenter tout seul (afin de faire la même que Paul Taylor, bien sûr). Tout ça, c’est-à-dire que c’est le bon moment pour une visite à la boulangerie.

Vous comprenez donc pourquoi j’ai du mal avec « long comme un jour sans pain ». Au début, elle voulait dire une distance difficile à imaginer. C’est seulement pendant le XVIIIe siècle qu’elle a acquis son sens d’une durée interminable. C’est peut-être pas une coïncidence que ce changement est arrivé avec le décret suivant de la Convention :

La richesse et la pauvreté devant également disparaître du régime de l’égalité, il ne sera plus composé un pain de fleur de farine pour le riche et un pain de son pour le pauvre. Tous les boulangers seront tenus, sous peine d’incarcération, de faire une seule sorte de pain : Le Pain Égalité.

Herodote.net

Les pauvres ! J’ai dû attendre 44 ans pour goûter une baguette française pour la première fois ! Le Comte de Monte-Cristo n’a passé que 14 ans au Château d’If, plus ou moins la même chose. Et mon ex, une fois en 2013, elle a dû patienter 3 minutes parce que j’étais en retard pour aller chercher ma fille chez elle. Si vous aviez lu le courriel que j’ai reçu après cet événement, vous sauriez que ce sont les 3 minutes les plus longues de l’histoire de l’univers. Elle s’est même plainte à nouveau de cet incident cette année !

La pire chose, c’est que vous pensez que je plaisante sur ce courriel-là. C’est rien que la vérité. Et vous vous demandez pourquoi j’appelle ma ville Elbe-en-Irvine. Mais revenons à nos fourneaux moutons.

Pouvez-vous garder un secret ? Les canards sur la dernière page du Canard enchaîné aujourd’hui ont remarqué la nouvelle sur l’Unesco et les baguettes. Je partagerai ce qu’ils ont dit, mais veuillez ne pas cafarder sur moi. Merci et voilà :

« Ça ne mange pas de pain » veut dire que c’est pas grand-chose, que les conséquences ne sont pas très sérieux. Au fait, si vous avez aimé ce dessin, abonnez-vous ! (Ça vous rappelle les bons vieux temps, hein ?)

On dit parfois que l’on a « du pain sur la planche », ce qui veut dire qu’il y a beaucoup de choses à faire. Selon Les Dédexpressions, c’était pas toujours le cas. Cette expression voulait anciennement dire « que l’on avait assez de réserves pour affronter l’avenir ». En anglais, on dit quelque chose de similaire, mais sans le pain — « j’en ai beaucoup sur l’assiette » (« I have a lot on my plate ») veut dire que j’ai pas mal de tâches divers en attente.

On dit « c’est du gâteau » quand quelque chose est facile. Il est même arrivé dans Final Fantasy V juste avant un désastre, après avoir battu un méchant. (Comme beaucoup de jeux vidéo, la tour du méchant s’effondre dès que son chef est décédé. C’est quoi le problème chez leurs architectes ?)

On dit la même chose en anglais, mais étant moins gourmands, nous disons plutôt « une part de gâteau » (« a piece of cake »).

Peut-être l’expression la plus effrayante de ma collection parle aussi du pain. « Faire passer le goût du pain » veut dire tuer quelqu’un ! Bon, si le pain est le pain infâme « Wonder Bread » des États-Unis, le produit industriel par excellence, je pourrais comprendre. Mais ce produit est tout inconnu en France, et en plus, je ne suis plus sûr d’avoir compris l’action. Avant de rechercher ce post, je croyais que ça voulait dire que la personne tué a expérimenté la sensation de goûter du pain. Mais selon Wiktionary, il y a une expression antonyme, « rendre le goût du pain », et ils citent Zola pour un exemple, qui veut dire « redonner envie de vivre ». Est-ce que ces choses arrivent à la personne, ou au pain ?

Après une telle question, il me semble que ce post risque de partir en brioche. Et maintenant, j’ai encore plus d’envie pour une véritable baguette, une chose qui doit attendre au moins 6 mois de plus. Les miennes ne sont pas la même chose. Bon, je n’en peux plus — Langue de Molière vous reverra en cuisine.

Au jardin

Je vous ai fait une promesse que Langue de Molière serait de retour au jardin, et bien que je vous raconte parfois des salades, je ne vous mens complètement jamais. Alors, c’est parti ! (Pas en cacahuète, j’espère.)

On dit souvent qu’il faut casser le noyau pour avoir l’amande. C’est pourquoi je préfère acheter mes amandes déjà rendues en poudre. Non, mais sérieusement, c’est à dire qu’il faut travailler dur pour avoir une bonne récompense. C’est comment les anglophones savent que vous êtes une bande d’obsédés quant à la bouffe, parce que nous disons plutôt « Pas de peine, pas de gain » (« no pain, no gain »). Au moins elle rime, mais elle manque de l’imagination. (Au fait, après ce post, je ne m’intéresse plus à casser les noyaux où je peux l’éviter.)

Si je ne me banane pas, on dit « mi-figue, mi-raisin » pour dire que quelque chose est à moitié bonne, à moitié nulle. Mais pourquoi ? Quel est le problème chez les figues ? Ou les raisins ? Si on veut être clair sur lequel est nul, ça devrait être « mi figue, mi-raisin sec ». En anglais, « raisin » ne veut dire que « raisin sec » — on dit « grape » pour le pas-toujours-gaspillé. Mais en fait, le lien ici dit que c’est les figues qui ont été méprisées au XVe siècle. Ça ne va pas chez moi. J’adore les figues. Enfin, pas mal d’entre vous n’aiment pas le beurre d’arachide. À chacun ses goûts.

Il y a une expression végétale anglophone que j’ai apporté avec moi, et il s’est récemment avéré que pas tout le monde comprend le sens. On dit « mon herbe à chat » pour quelque chose que l’on peut pas résister ; ici j’ai appelé les montres, myPanier, et Louis de Funès tous « mon herbe à chat ». J’ai finalement eu une question sur cette expression, et j’ai appris que j’aurais dû dire « péché mignon » pour ça. Mais j’adore trop dire celle-ci, alors je continuerai et ce sera mon acte d’impérialisme linguistique, pour satisfaire notre obligation nationale. Oups, j’étais pas censé avouer que ça existe !

Je suppose que c’est bien la fin des haricots. J’ai plus d’expressions du jardin dans ma liste. Pourtant, je me sens comme on a raté une plante. Voilà, les graines de céréales. Mais nous savons tous où les trouver. Langue de Molière vous reverra à la boulangerie.

La toute première entrée végétale dans mon fichier d’expressions est « avoir un cœur d’artichaut », c’est-à-dire tomber amoureux plutôt trop facilement. On peut la trouver plusieurs fois ici (voilà et voilà), et c’est dans mon vocabulaire depuis longtemps. Mais…peut-être que je l’ai mal comprise. Je me souviens d’exactement où je l’ai trouvée, la page d’une prof particulière de français. Elle donne une signification qui ne mentionne pas être inconstant, mais son exemple traduit en anglais, le dit. L’article en haut, des Dédexpressions, parle d’être « presque Don Juan ». Parmi mes nombreux défauts ([IL L’AVOUE ! — Mon ex]), on ne trouve pas de Don Juan. Plutôt l’inverse. Oups.

À la ferme

L’une de mes répliques préférées — bon, de nombreuses telles répliques — vient du film La classe américaine (c’est lié au bon moment) :

Dino — Où j’ai connu George ?
Dino — C’est une excellente question. À la ferme.
L’ami de Dino — La ferme ? Quelle ferme ?
Dino — Ah la ferme ta gueule toi, ducon, espèce de crétin.

Cyclim.se

Mais la langue française est pleine d’expressions qui viennent de la ferme et ses alentours. L’une des plus vieilles entrées dans mon fichier d’expressions est « Ça ne casse pas trois pattes à canard » un métaphore sans aucun vrai équivalent en anglais. Les Dédexpressions suggère que l’on peut dire « nothing to write home about » en anglais — c’est-à-dire « il ne vaut pas le coup d’écrire à la maison » — mais en anglais, il y a plusieurs expressions qui concernent les animaux pour dire l’inverse, quelque chose de spécial. On peut dire que « c’est les genoux de l’abeille » (« it’s the bee’s knees« ) ou « c’est les pyjamas du chat » (« it’s the cat’s pajamas« ), et en anglais, on peut les nier pour signifier « pas grand-chose ». De cette façon, on est dans la même grange.

Je parle parfois d’un village fictif, Anguille-sous-Roche, la maison de quelqu’un que je n’ose pas nommer. Évidemment, j’adore l’expression « il y a une anguille sous roche », quelque chose qui ne va pas. Les Dédexpressions suggère « something fishy » en anglais — on pourrait dire « quelque chose de poissonesque », pour inventer un mot. Mais encore une fois, il y a un meilleur équivalent animal en anglais, « a snake in the grass » ou « un serpent dans l’herbe ». C’est exactement la même idée.

Sautons du coq à l’âne. J’aime tellement les expressions sur les vaches, mais il ne faut pas appeler la collection une « vacherie », car ça veut dire plutôt quelque chose de méchant, même si c’est en fait l’origine du mot. (Une vacherie à la ferme, elle pue.) Mais je peux espérer que j’écris en français mieux qu’une vache espagnole, au moins à une vache près. Je m’ennuierai des vaches quand les cochons voleront ; oups, on parle d’abord en français ici. Ça devrait être « quand les poules auront des dents ». Mais en fait, on dit en anglais « les dents de la poule » (« hen’s teeth ») pour quelque chose d’impossible. Jamais comme un verbe ; c’est seulement un nom.

Je vous ai promis la dernière fois de parler de la ferme, alors je ne suis pas le cochon qui s’en dédit ! Mais on a oublié l’autre chose que l’on trouve à la ferme, les légumes. Langue de Molière vous reverra au jardin.

Les numéros chanceux

Langue de Molière est de retour, cette fois pour une leçon de compter. Au fait, il me tue de ne pas vous parler du Canard enchaîné aujourd’hui. Disons que j’aurais tellement aimé parler des Phryges. Et que le ministre qui me manque le plus est de retour dans leurs pages, de façon spectaculaire. Ils ne pourront jamais le quitter.

J’ai récemment vu ça dans un groupe privé sur Facebook :

J’ai eu exactement la même réaction qu’un parent qui écoute sa fille explique les subtilités des différences entre les (à peu près) trois centaines de Pokémon. « Les mots ont le son d’une langue que je parle, mais c’est quand même tout en grec. » ([JE NE JOUE PAS À POKÉMON ! — Ma fille. Je sais. C’est comment je sais que je resterai vivant quand tu liras enfin cet article, car je ne t’aurai pas critiqué. — Le moi du futur])

J’ai trouvé de bonnes explications sur Les Dédexpressions, et La Libre, un journal belge inconnu chez moi jusqu’à maintenant. « Se mettre sur son 31 » veut dire « s’habiller avec ses meilleurs vêtements ». Mais pourquoi le 31 ? C’est moins clair. Peut-être d’un tissu très cher, peut-être à cause des primes pour les soldats quand un mois avait 31 jours, peut-être quelque chose de complètement différent.

Aux États-Unis, le numéro 31 veut dire tout autre chose. La plus grande chaîne de glaciers, Baskin-Robbins, utilise le nombre 31 partout, mais leur raison est bien connue. Un parfum pour chaque jour du mois, peu importe la durée.

Mais on n’utilise pas le numéro 31 pour la signification de l’expression française. Comme mentionne Les Dédexpressions, la traduction exacte est plutôt « s’habiller aux neufs ». Il y a une expression liée, « être sur la neuvième nuage » quand on est extrêmement heureux, sans rien dire quant aux vêtements. Mais pour revenir à l’exemple original, qui se met n’importe quels vêtements à cause d’avoir rencontré une star ?

La Libre mentionne aussi dans leur article « s’en moquer comme de l’an quarante ». Ça veut dire plutôt « Accorder très peu d’importance à quelque chose », selon L’Internaute, qui précise que l’origine de « quarante » pour ça n’est pas bien connue. Il y a de nombreuses instances de 40 dans la Sainte-Bible, mais souvent 40 jours, rarement des ans. Ou c’est peut-être à cause d’une prédiction de la fin du monde qui n’est pas arrivée. Dommage, j’aurais aimé mettre fin au mal au dos.

Il y a un dicton anglophone qui mentionne « quarante », mais rien à voir avec celui en français. « Prendre quarante clins d’œil » veut dire une sieste brève ; le livre indispensable « Ciel ! Blake !, Sky ! Mortimer ! » donne « Il était difficile de faire un somme ! » comme le bon équivalent.

Un numéro de plus ? Bon, quelque chose de plus petit, 2. Pour continuer avec le sommeil en haut, on connaît tous « dormir sur ses deux oreilles ». En anglais, on dirait plutôt « dormir comme un bébé ». Mais j’ai pensé à un autre dicton en anglais avec 2, « two shakes of a lamb’s tail » (« <faire quelque chose> en secouant deux fois une queue d’agneau »). C’est à dire que l’on va vite faire quelque chose. Je ne connaissais pas l’origine de cette expression, mais selon cette blogueuse, les agneaux sont connus pour secouer vite leurs queues Mais selon mon dictionnaire Oxford, ici on a un équivalent très français : « en deux coups de cuillère à pot ».

Et en deux coups de cuillère sur la queue d’un agneau soudainement plutôt contrarié, Langue de Molière vous reverra à la ferme.

Mes mots préférés

On retourne finalement à la Langue de Molière. Alors, après la liste des mots qui me font peur, on tourne vers les choses qui me font plaisir. Dès la toute première semaine, il y avait des mots desquels je suis tombé complètement amoureux.

D’abord, un détour. Le français est une langue parfois plus réservée que l’anglais — il n’y a pas vraiment une bonne traduction du mot « excited. » On pourrait dire « excité », mais l’anglais ne veut vraiment dire que « j’ai extrêmement hâte ». En français, il y a une connotation qu’il fait chaud dans la chambre, rien à voir avec le chauffage. Il y a de nombreux articles en anglais pour cautionner les étudiants de ne pas faire ça – voila, voilà, et voilà. Naturellement, j’ai rien lu avant de me présenter à de nouveaux amis avec « Je suis excité de vous rencontrer. » Oh là là, je sais maintenant.

Le français est aussi parfois plus extravagant que l’anglais, et c’est ici où commence le grand amour. En se rencontrant avec quelqu’un, on peut dire « Ravi de vous connaître », plus ou moins le même que l’anglais, « pleased to meet you. » Mais on dit plus souvent, « Enchanté » — enchanted. Ça, c’est beaucoup moins réservé en anglais ! C’est la même chose avec « désolé ». En anglais, on dirait « Sorry, » mais desolated, ça c’est une excuse qui conviendra aux japonais ! (On va jamais gagner ce concours contre les japonais. Il y a au moins 23 niveaux d’excuses.) Ces deux sont avec moi depuis le tout premier jour, et dès que je les ai appris, j’ai su que je serais accro pour toujours.

Je connaissais « vache » depuis que j’étais un tout petit enfant. La Vache Qui Rit est célèbre, après tout. Mais « la vache ! » comme expression et « vachement », on n’apprend pas ces deux des logiciels. J’ai dû les apprendre de mes films — Rita se présente comme « vachement intelligente » dans Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages. J’adore ces deux. Ils ne font pas grande partie de mon écriture, mais je cherche des excuses pour les dire tous les jours.

Ma fille vous dirait que mon mot préféré est « connard », suivi par un klaxon, mais elle ne m’entend sauf qu’en conduisant. C’est d’où vient l’expression en anglais — et je suis complètement sérieux que ça existe — « pardon my French, » c’est-à-dire « pardonnez mon français ». Elle a tort, je vous rassure ; c’est tout un plaisir !

La liste de la peur

J’ai une liste bizarre dans la tête. Cette liste est pleine de choses qui me font peur. On penserait que ce serait plein de trucs dangereux : les tronçonneuses, les lance-flammes, les cobayes. Mais non, cette liste est pleine de trucs encore plus dangereux — des mots et des expressions français.

Ça fait deux ans et demie, et la liste change quotidiennement, ou presque. Mais ce que toutes les entrées ont en commun, c’est que je crois que je me bananerai en les utilisant. Et ce qui me fait peur vous surprendra.

La première fois où je me suis rendu compte de la liste est arrivée avec le mot « tellement ». Vous êtes tellement fou, Justin, n’est-ce pas ? Mais en fait, il y avait une explication logique. La meilleure traduction de « tel » est « such ». La meilleure traduction de « -ment » est « -ly ». Ça marche bien en général : rapidement = rapidly, exactement = exactly, complètement = completely. Mais il n’y a aucun « suchly, » et je n’arrive même pas à décrire ce qui voulait dire un tel mot. Je faisais des efforts pour l’éviter. (Bon, Wiktionary vous donnerez suchly, un rappel que n’importe qui peut l’éditer, et le fait souvent.)

Le prochain était « falloir » dans toute sa splendeur. « Devoir » marche plus ou moins de la même façon que « have to » en anglais, ou bien « deber » en espagnol. Mais il m’a fallu une année entière avant de me sentir à l’aise avec l’utilisation de falloir.

« Car » était un problème jusqu’à récemment, et je n’utilisais que « parce que ». C’était car « car » voulait dire « voiture » en anglais, et ça, c’était déroutant.

Quels sont les mots sur la liste en ce moment ?

  • Il s’agir — Dans mon dictionnaire Oxford, il y a des douzaines d’exemples pour seulement deux sens car c’est bien surprenant à quel point il est difficile d’expliquer en anglais. Je l’utilise parfois dans le présent, mais il n’y a aucun exemple de « il s’agissait » ici. Je crois que je ne l’ai jamais vu au futur. Il s’agit d’un problème que j’ai toujours.
  • Constater — Il me semble que c’est plus ou moins « se rendre compte », « remarquer », ou bien « établir ». Mais j’ai dû mal à écrire une phrase avec ce mot. Je constate qu’il n’y avait aucun exemple ici non plus.
  • Désormais — au début, j’avais l’impression que ça voulait dire « à partir du moment où il est dit ». Mais c’est donc aussi à dire « et c’était pas le cas avant ». Puis je vois des exemples comme « Avec désormais un quart des Européens considérés comme obèses » (Canard enchaîné de 10/5) où ce Tweet de M. Mélenchon, « Félicitations au physicien Alain Aspect désormais prix Nobel. » et il me semble que ça veut dire « maintenant ». Alors je ne l’utilise presque jamais (2 fois ici avant ce post). Vous allez désormais le chercher ici, je le sais.
  • N’importe quel verbe avec s’en — Je m’en fiche si vous pensez que j’exagère. Je viens d’utiliser l’un des deux verbes avec « s’en » en tête où je sais ce que je fais. Je m’en irai avant de dire une autre bêtise. Voilà, l’autre.

Mais il y a des mots qui ne m’ont jamais fait mal à la tête malgré n’ayant pas d’équivalent en anglais. « Manquer » marche d’exactement la même façon que « gustar » en espagnol (même si ce dernier veut dire « aimer bien »).

Malgré tout ce temps, je n’ai jamais dit « On peut se tutoyer ? » à personne. Jamais « ¿ Podemos nos tutear ? » en espagnol non plus. C’est pas la même chose. Je comprends bien comment ça marche, mais je préfère que vous choisissez. (Aussi, je ne peux pas toujours me souvenir de quelle relation j’ai avec certains ; « vouvoyer et prier », je dis.)

(Crédit de photo pour les réseaux sociaux : Molière par Nicolas Mignard, 1658, Domaine public)

Les deux mots les plus difficiles

Il y a deux mots français qui me font plus de problèmes que le reste de la langue — combiné. Je vérifie parfois l’utilisation du subjonctif avec l’excellent outil de Laura Lawless, et je continue de relire des leçons de Kwiziq quant à des trucs comme le « ne explétif ». Mais après 2 1/2 ans, il y a deux mots qui m’embrouillent comme rien d’autre.

À et de.

Le problème commence avec les traductions. On dit souvent que à = « to » et de = « of/from ». C’est… pas faux, mais comme on verra, il y a plein de situations où ces significations ne tiennent pas. Et pire, les équivalents en espagnol marchent exactement comme en anglais, ce qui ne m’aide pas du tout.

Quand on veut dire que quelque chose appartient à quelqu’un, on écrit par exemple :

L’Île aux enfants

C’est l’île qui appartient aux enfants. Mais en anglais on écrirait :

The children’s island OU

The island of the children

C’est « of » — de. Tout en moi veut écrire « L’île des enfants », bien que ça ait tort. Et en espagnol, on écrit :

La isla de los niños

Mais si vous parlez un peu l’anglais, vous êtes en train de sauter de votre chaise pour me dire « This island belongs to the children. Exactement comme « appartenir aux ». Pas si malin, hein ? » Et oui, c’est vrai qu’en tant qu’objet indirect, la préposition change. Mais on parlait de noms sans verbes.

Ça me dérange quand on parle de prêter et emprunter. En français on dit :

Je lui ai prêté le livre.

Pas d’à, pas de de, pas de problème. L’anglais est similaire :

I loaned him the book.

Mais maintenant, décrivez la situation selon la personne qui reçoit le livre.

Je lui ai emprunté le livre.

I borrowed the book from him.

Uh-oh ! L’un de nos mots anglais est apparu, celui que l’on veut traduire par « de ». Si on utilise un prénom au lieu d’un pronom, le problème devient encore plus clair :

J’ai emprunté le livre à Françoise.

I borrowed the book from Françoise.

Et c’est le même problème avec prêter :

J’ai prêté le livre à Marcel.

I loaned the book to Marcel.

C’est le même mot, peu importe la direction !

Et c’est souvent le cas que le choix entre les deux n’a rien à voir avec la direction d’une action, mais quelque chose de complètement différent. Considérez ces deux exemples :

Je continue à battre les œufs.

Je continue de paniquer sur mon accent.

La différence, c’est que l’on dit à pour une nouvelle action en train de se dérouler, et de pour quelque chose d’habituel. On ne peut pas apprendre ça de Duolingo ; je l’ai appris de cet article du Figaro.

Il me semble donc qu’il est absolument impossible d’apprendre une règle pour leur utilisation. Il faut tout simplement mémoriser tous les cas. Comptez-vous chanceux de ne pas avoir besoin d’y penser !

(Crédit de photo pour les réseaux sociaux : Molière par Nicolas Mignard, 1658, Domaine public)

Langue de Molière

C’est mercredi, et je sais à quoi vous attendiez. Moi aussi. Mais la vie continuera, et on a de nouvelles choses à faire. Aujourd’hui, d’après une suggestion de Light & Smell, on commence une nouvelle colonne hebdomadaire, Langue de Molière. Vous connaissez tous l’expression ; ici, on parlera des faits et des expressions qui m’étonnent ou qui me rendent perplexes, et où possible, de leurs équivalents en anglais. Et peut-être parfois dans d’autres langues. S’il vous semble que j’ai déjà une belle source pour des jeux de mots, et que ce sera l’héritier de notre ancienne colonne de plus d’une façon, ayez un Bon Point !

Je pause pour vous rappeler que si vous aimez ce genre de parler, il vous faudra visiter Les Dédexpressions.

On commence cette fois avec des faits divers autour de l’accent circonflexe. Mais d’abord, une blague trouvée sur Facebook :

J’ai lu il y a longtemps que le circonflexe a bien remplacé la lettre « s ». On le voit dans des mots comme « hôpital » — « hospital » en anglais — et « interêt », « interest » en anglais. Même « côte » est plus ou moins reconnaissable comme « coast », alors que « coûter » est « cost ».

D’autres fois, il me rend bien perplexe. Pour revenir à la blague en haut, « sûr » est arrivé en anglais sous la forme féminine — c’est « sure ». Mais je n’arrive pas à imaginer une prononciation comme « susr ». Ou bien « rôle », qui est « role » en anglais, le même mot sans l’accent. C’est pas « rosle » ! « Âge » est devenu « age » en anglais, pas « asge, » qui serait absolument impossible à prononcer. Et en fait, selon le Merriam-Webster, c’était anciennement « aage » ou bien « edage » en français, jamais avec un « s ». Selon le Trésor de la Langue Française, edage date de la Chanson de Roland, où en tant qu’ancêtre d’âge, il voulait dire « vie humaine considérée dans sa durée ». « Age » a aussi ce sens en anglais jusqu’à nos jours ; on dit « the Shakespearean age » pour parler de l’époque où vivait Shakespeare, par exemple. Mais c’était aussi l’ancêtre d’ « étage », et voulait dire « demeure » dans le même œuvre.

Mais le circonflexe est aussi un pont vers d’autres langues latines. Pour moi, c’est l’espagnol. « Même » en espagnol, c’est « mismo ». L’espagnol a aussi deux verbes pour « être », « ser » et « estar ». On peut facilement voir le lien entre être et estar. Ai-je mentionné que le meilleur moment de tout mon apprentissage a été le jour où j’ai découvert qu’il n’y avait qu’un verbe pour ça en français ? Rien que la vérité, je vous rassure.

On relie (presque) toutes mes langues avec la « fête », étant « fiesta » en espagnol et « feast » en anglais. Ce dernier a un sens religieux ; on dirait plutôt « party » pour samedi soir chez vous. Chez moi, c’est toute autre chose.