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Le mot que je n’aime pas

Je vais râler sur un sujet qui me dérange depuis longtemps. Je l’ai mentionné pour la première fois dans un article qui est par ailleurs très positif. Mais je veux faire un argument sincère, alors je ne dirai pas tout de suite où je vais. Et si je vous disais que j’ai écrit ça le 4 juillet, est-ce peut-être un indice ?

Drapeau américain, Photo par Noah Wulf, CC BY-SA 4.0

Commençons par une observation sur une différence entre le français et l’anglais. Je dirais que les deux langues ont suivi deux chemins très différents en ce qui concerne les noms d’endroits. Disons qu’il y a deux principes en tension : le droit d’une culture à définir sa propre langue, et le droit des autres cultures à choisir comment ils se nomment. On commence avec deux exemples impersonnels.

Pendant mes premiers vingt ans, on connaissait des cités de la Chine et de l’Inde sous les noms « Peking » et « Bombay ». Mais après les années 90s, elles sont devenues « Beijing » et « Mumbai ». Dans les deux cas, les gouvernements des deux ont demandé ces changements. Mais en français, Bombay n’est pas devenu Mumbai, Pékin reste Pékin.

On peut voir les différences dans les journaux. Au site du Monde, il y a environ 560 résultats pour Beijing ; plus de 10 000 pour Pékin. En même temps, environ 280 résultats pour Mumbai ; 7 800 pour Bombay. Au Figaro, il y a 35 462 Pékin contre 797 Beijing ; 458 Mumbai contre 2 794 Bombay. Par comparaison, au site du New York Times, il y a 47 195 Peking contre 56 179 Beijing, et 9 968 Bombay contre 7 033 Mumbai — mais leurs archives datent jusqu’au début du 20e siècle. Chez le Los Angeles Times, il y a 3 030 Peking contre 26 838 Beijing et 2 583 Bombay contre 2 284 Mumbai.

Je ne vous dirais qu’un choix est meilleur que l’autre, mais je dirais que les anglophones font plus d’efforts de s’adapter aux vœux des autres en ce qui concerne leurs noms. Et c’est ici où on arrive au mot que je n’aime pas, « états-unien ».

Ne soyons pas perplexes. Ce mot a son origine dans l’attitude des sud-américains que nous n’avons pas le droit au mot « américains » car c’est également le nom de deux continents. Ne le croyez pas sur ma parole — voici deux sources en espagnol qui vous diront qu’américain « n’est pas précis » (le dernier étant du gouvernement d’Espagne). Mais cherchez n’importe quel journal sud-américain — les journaux conservateurs, comme La Prensa en Argentine disent « americanos » pour parler de nous, mais les journaux gauchistes, comme Diario Democracia nous appellent « estadosunidenses ». Ce n’est pas une description neutre — c’est pour se foutre de la gueule de l’Oncle Sam.

Vous ne trouverez jamais ce mot dans aucun dictionnaire bilingue publié aux États-Unis, dont le Larousse, et le Collins, fait en collaboration avec les éditeurs du Robert. Voici trois exemples avec leurs couvertures ; il y a des écarts exactement où on trouverait « états-unien » :

Certains d’entre vous utilisent régulièrement ce mot ; je ne veux pas du tout que vous pensiez que je suis en colère. J’ai un tempérament très académique et en plus, je n’ai jamais — même une fois — anathématisé personne pour ne pas être d’accord avec moi. Mais je veux tellement que vous compreniez exactement ce que ce mot veut dire, et pourquoi je ne l’utilise pas sauf en tant qu’une insulte contre mes compatriotes.

Mais vous connaissez le truc le plus drôle sur cette insulte ? C’est quoi le nom de mon voisin au sud ? Le Mexique ? Non, vous avez tort. C’est en fait, en espagnol, los « Estados Unidos Mexicanos » — c’est-à-dire les États-Unis mexicains. « États-unien » pourrait également les désigner. Ça devrait vous dire exactement à quel point c’est une question d’être précis.

Les deux tours, revisité

Il y a un an, j’ai écrit sur les points en commun du Tour de France et mon Tour des Départements. Complètement par hasard, j’ai eu l’occasion d’y penser aujourd’hui quand on a demandé dans « Everything French » pour des recettes pour les différentes étapes. L’année dernière, on avait très peu en commun. Cette fois-ci, je suis prêt ! On va traverser la liste d’étapes. (Pour un autre exemple de « cuisiner le Tour », voilà un blog en anglais.)

Mais je dois commencer avec l’observation que les organisateurs sont bien perplexes à propos de la carte de France. Il y a des étapes au début dans des villes avec de tels noms que Copenhague, Nyborg, et Sønderborg. Je n’arrive pas à les trouver sur ma carte. Bizarre, leur sens de l’humour. (L’équipe 1er degré, merci de vous rappeler qu’OSS 117 est le héros du blog.)

Le Tour français commence avec une étape de Dunkerque à Calais. Nous n’avons pas encore atteint leurs départements, mais heureusement, j’ai vu une carte de Calais au début de La Grande Vadrouille :

©️Studiocanal

Le tour reste dans le Nord, puis passe par les Ardennes, notre premier point en commun, en arrivant ce même jour-là en Meuse et Meurthe-et-Moselle. Des Ardennes, je peux vous offrir la cacasse à cul nu et la galette à suc’. Mais je ne vais pas vous mentir, je ne les considère pas parmi les grandes réussites du blog. Puis le Tout passe par Vosges et Haute-Saône, et j’ai toujours rien à offrir.

Le lendemain, il y a un tour de magie, et les cyclistes partent du Jura vers la Suisse. Comment sautent-ils de la Haute-Saône au Jura ? Je ne suis pas physicien, alors ne me le demandez pas. Mais dans le Jura, on a l’un de mes dîners préférés, le soufflé au Comté et les bugnes de Carnaval. De la Suisse, ils retournent en Haute-Savoie, et j’ai encore une fois rien à offrir.

Deux jours plus tard, c’est la Savoie aux Hautes-Alpes. Aux Hautes-Alpes, on trouve les rissoles et la tarte du Champsaur à la myrtille. Ce dernier est l’un de mes desserts préférés du blog, mais on peut voir qu’à l’époque, il me restait beaucoup à apprendre sur étaler les pâtes. Un jour, j’espère que je referai tous les plats du blog pour un autre projet. Vous pouvez peut-être deviner quoi.

Puis le Tour arrive en Isère, l’un des triomphes du blog. Profitez de la truite grenobloise et surtout le pain de Modane. Le Tour continue par Rhône, et arrive en Loire. Là-bas, il y a le saucisson brioché et la pompe aux pommes. L’étape suivante passe par Haute-Loire, jusqu’en Lozère (notre prochain département). Pour ce jour, on a les lentilles du Puy et les douceurs des Sucs, ce dernier étant un exclusif du blog.

Pour le 15e étape, il y a un autre saut miraculeux de la Lozère à l’Aveyron pour commencer. Cette étape passe par la Haute-Garonne pour finir dans l’Aude. De la Haute-Garonne, je vous offre la souris d’agneau confite au miel et l’un des meilleurs desserts du blog, le fénétra. Notre dîner aveyronnais, les farçous et la flaune était pas mal, mais pour ce jour-là, je préfère la Haute-Garonne. Mon dîner audois, la tarte aux asperges et le clafoutis aux cerises, en est un que je préférerais oublier. Le clafoutis était merveilleux ; la tarte aux asperges est mon pire échec (ici, merci de ne pas me rappeler de mon ex).

Mais la 16e étape nous amène dans l’Ariège pour le dessert Coup de Foudre préféré des Français selon mes statistiques, la croustade de Couserans. Ma soupe de ce jour-là, l’aïgo bullido, n’a rien de spécial — mais ma croustade reste le deuxième résultat chez Google, en haut de leur propre site de tourisme ! Vous n’avez aucune idée à quel point ça fait chaud au cœur.

Le Tour de France traverse les Pyrénées pendant les deux étapes suivantes, où nous n’avons pas encore visitées. Mais pour la 19e étape, vous avez un choix entre le Gers et le Lot. Du Gers, il y a le cassoulet et le pastis gascon ; du Lot, l’agneau et croute de noix et la cajasse quercynoise. Gardez peut-être le dîner lotois pour la 20e étape car elle est complètement dans le Lot. Le Tour de France termine en Île-de-France, et ça fera longtemps avant que nous y visitions.

C’est peut-être pas surprenant — on a déjà visité la moitié de la France métropolitaine, et j’ai des recettes pour la moitié des étapes. Le temps que le prochain Tour arrive, nous serons presque finis (avec le Tour, pas le blog).

Une astuce pour voyager aux États-Unis

Je ne suis aucune Anne-Marie, et vous devriez la lire pour des astuces sur voyager. Mais j’ai eu une conversation aujourd’hui avec un cher ami français qui va prendre ses vacances ici. Quelque chose a bien changé — pour le pire — et je suis certain que vos livres de voyage ne sont vraiment pas conscients de ce sujet. Aussi, c’est une opportunité pour râler sur ma quotidienne, et je ne vais pas la rater.

Le truc duquel vous vous plaignez le plus souvent en voyageant ici, c’est les pourboires. « Pourquoi faut-il laisser des pourboires partout aux États-Unis ? Pourquoi est-ce que vous n’avez pas adopté nos droits du travail et payé suffisamment les serveurs pour qu’il n’y ait plus besoin de pourboires ? » Je ne suis pas ici pour discuter la question de notre SMIC. Mais les coutumes autour des pourboires ont changé à cause de Covid, et je ne veux pas que vous deveniez des victimes.

Vers le début du confinement, beaucoup de serveurs ont perdu leurs boulots, et il y avait beaucoup de sentiment ici qu’il fallait payer de gros pourboires à n’importe qui aux restos, comme si c’était une sorte de sécurité sociale. Ce que vous devriez comprendre, c’est que seulement les serveurs recevaient des pourboires avant le Covid. Dans beaucoup de restos, les pourboires étaient partagés avec les cuisiniers, mais jamais avec les gérants ou les chefs — ces gens avaient des salaires garantis, pas comme les serveurs. Même chose pour ceux qui travaillent derrière les comptoirs dans des restos comme McDo ou KFC.

Mais à cause de la paranoïa autour du virus, beaucoup de nouveaux lecteurs de cartes de crédit étaient installés pendant les dernières deux années. Il n’y a aucune preuve que l’on peut attraper le Covid en touchant une porte ou une carte de crédit, mais payer « sans contact » est devenu la mode. Et avec ces nouveaux lecteurs, de nouveaux logiciels sont aussi arrivés.

Tablette utilisée en tant que lecteur de cartes de crédit, Photo par Z22, CC BY-SA 4.0

Alors maintenant, à chaque fois où on paye avec une carte de crédit, même aux comptoirs, les logiciels vous demandent maintenant si vous aimeriez laisser un pourboire. VOUS N’ÊTES PAS OBLIGÉS DE LE FAIRE. Suis-je clair ? Ces employés sont payés à un plus haut niveau que les serveurs qui attendent aux tables.

Autre chose : NE VOUS LAISSEZ PAS ÊTRE INTIMIDÉS. Pendant le confinement, beaucoup de monde a décidé de laisser 18 % au lieu du 15 % qui était la norme. Même 20 % parfois. C’était un geste charitable pendant le confinement, mais ce n’est pas du tout « la nouvelle norme ». Beaucoup de restos impriment des « pourboires suggérés » sur les additions. Avant le confinement, c’était habituellement un choix de 15, 18, et 20 %, selon votre avis du service. De nos jours, on voit 18, 20, 22 et même 20, 22, 25. C’est absurde et vous n’êtes pas obligés par ces numéros non plus. Le gouvernement utilise 10 % pour leur estimation des pourboires reçus (pour calculer les impôts), et ça n’a pas changé. C’est un escroc de vous faire payer 18 % ou plus — à moins que vous trouviez que le service est exceptionnel. Mais c’est à vous de le décider.

Je vous dis tout ça car je trouve que tout le monde a les mains ouvertes. C’était très gentil à la part des gens ici d’aider les employés des restos pendant la pandémie. Mais bien qu’il existe de vrais changements depuis ce temps-là, ce n’en est pas un.

Adieu et à demain, monsieur

En octobre 2020, j’ai été complètement trompé par une vidéo en ligne. Elle parlait des problèmes d’un barman, un certain Bertrand Usclat, à cause de la fermeture des bars :

Je ne comprenais pas du tout à l’époque qu’il était comédien, et que la vidéo était parodique. Pardonnez-moi ; 5 mois plus tôt, les seuls mots français que je connaissais étaient chez, lèse-majesté, et l’esprit de l’escalier. Et la meilleure partie, c’est que vous pensez que je plaisante sur ces derniers deux. (Tous ces trois font partie de mon écriture en anglais depuis longtemps.)

Ne vous inquiétez pas ; j’ai vite découvert mon erreur. Après, je suis devenu fan, même si je n’ai pas de Canal+. Peut-être ma blague préférée de lui est dans cette vidéo quand on dit « Moi, je suis anti-vax mais pro-pass ».

On penserait donc que j’étais déçu vendredi dernier, lorsque M. Usclat a sorti une vidéo pour dire à ses fans qu’il quittait la série :

Mais j’ai déjà appris ma leçon. L’année dernière, il a aussi sorti une vidéo qui disait qu’il allait quitter la série — jusqu’au milieu, où il a eu un changement d’avis :

Évidemment il voulait réessayer avec plus de temps pour que ses fans se fassent croire qu’il est sérieux. Mais ce matin, ce Tweet est arrivé :

Source

Il ne faut pas croire à rien qui dit M. Usclat.

Ma loi préférée !

Dans le groupe Facebook privé « La Bande de Véro », on a partagé un article — en anglais, mais d’un site .fr — qui parle de la loi Toubon et du « droit au français ». J’avais déjà remarqué (sans le mentionner ici) qu’il y a souvent des publicités dans le métro ou l’aéroport à Paris avec des anglicismes suivies par des astérisques, avec des traductions en français en bas. Il me semble que ça arrive moins souvent avec les publicités numériques — je ne le vois que rarement dans les courriels du Temps des Cerises ou le site de la FNAC. Mais ce qui compte ici, c’est que c’est une loi, et cette loi est la raison pour laquelle on doit traduire les anglicismes dans les publicités.

L’afficheur, de la collection du Library of Congress, par un auteur inconnu, Domaine public

Mais ce droit au français, de quoi consiste-t-il ? Pourrait-on — je ne sais pas d’où vient cet exemple — appeler les gendarmes si un serveur refuse de lui parler en français ? Bon, je dois m’arrêter ici-même pour être clair — même si une telle loi existait, je ne ferais jamais quelque chose d’aussi saligaud ! Mais non, la loi Toubon n’a rien à dire sur ce sujet. (L’article de TheLocal.fr dit ça, mais j’ai vérifié le texte quand même. Disons que je ne le ferais jamais, mais les serveurs ne me connaissent pas !) En fait bien que ce soit le début de la loi :

Langue de la République en vertu de la Constitution, la langue française est un élément fondamental de la personnalité et du patrimoine de la France.

Elle est la langue de l’enseignement, du travail, des échanges et des services publics.

Article 1

la suite ne parle pas du tout des échanges. La connection la plus proche que j’ai avec cette loi, c’est l’article 2, qui garantit que les modes d’emploi, les conditions de garantie (merci Focal !) et les factures (merci la FNAC !) doivent être disponibles en français. C’est l’article 3 qui vous garantit le droit aux astérisques dans les transports communs.

L’article 6 est plutôt drôle pour moi, même si je suis sûr que ça parle vraiment des réunions professionnelles :

Tout participant à une manifestation, un colloque ou un congrès organisé en France par des personnes physiques ou morales de nationalité française a le droit de s’exprimer en français.

Article 6

C’est la mention des manifestations. J’imagine un ministre avec un porte-voix — M. Darmanin ou Mme Bachelot — criant « Faites votre émeute, mais faites-la en français ! ». Avouez-le, vous ne pouvez trouver ce genre de contenu nulle part ailleurs !

Je ne vais pas lire toute la loi ici. Mais j’ai récemment vu un article de l’AFP — en anglais — qui touche sur ce sujet. Il s’agit d’une liste de vocabulaire pour les jeux vidéo publiée par la Commission d’enrichissement de la langue française au Journal officiel. J’ai été choqué par la description en anglais, qui dit :

France regularly issues dire warnings of the debasement of its language from across the Channel, or more recently the Atlantic.

AFP

Ça dit en français (ma traduction) : « La France lance régulièrement des avertissements effrayants sur l’avilissement de sa langue d’outre-Manche, ou plus récemment d’outre-Atlantique. »

J’ai donc trouvé la version originale en français. Il y a des parties qui sont des traductions exactes, mais cette phrase n’apparaît pas du tout. On pourrait deviner que c’était écrit par quelqu’un qui n’était pas d’accord avec la loi. Ça me dérange. Que vous soyez d’accord ou pas, on ne devrait pas partager de tels avis sous le nom d’actualité. Le pays a clairement le droit d’établir des règles concernant sa propre langue.

Mais pourquoi me soucie-je d’une telle loi ? Pas pour la première fois, je vous dirai que l’on y reviendra le 14 juillet.

À vous

Le 23 juin, on fête cette année le vingtième Jour de la Catastrophe. Vous ne connaissez pas cette fête ? Bon, c’est peu connu en dehors d’Elbe-en-Irvine. En Belgique, anciennement le véritable paradis de la francophonie, il n’y avait même pas une seule raison pour le fêter jusqu’en 2015. Aucun jour ne me déprime comme celui-ci.

(Pour être clair, cette personne ne me manque pas du tout. Mais comme les Érinyes, elle me poursuivra tant que j’habiterai chez les états-uniens. Remarquez ce dernier mot. Vous ne l’avez jamais vu ici. On y reviendra.)

Au lieu de penser à ça, je préférerais parler de vous tous parce qu’il y a pas mal d’entre vous qui me font sourire quotidiennement. Je veux donc aujourd’hui vous diriger vers mes blogueurs préférés, par catégorie, et je jette un coup d’œil vers mentionner des intérêts que certains d’entre vous partagent.

C’est dingue, mais je suis maintenant une belle poignée de blogueurs littéraires. J’étais toujours un grand rat de bibliothèque — on dirait plutôt « ver de livre » (« bookworm ») en anglais — mais lire des livres dans les quantités folles que je vois tout le temps chez eux, en français, c’est hors question. Je vous recommande fortement Light & Smell, qui écrit de nombreuses listes de ses lectures, dont des polaires et des BD, mais trouve quand même le temps pour écrire des critiques détaillées. Miss Biblio Addict !! écrit sur des fantasmes historiques et les BD aussi parfois, sans oublier qu’elle a d’excellents goûts musicaux. Roseleen lit aussi des polaires et romans de mystère, mais grâce à elle je découvre parfois des livres complètement inattendus, comme ce roman québécois sur un vieux homme qui conduit un bibliobus. L’autodidacte aux milles livres lit pas mal de classiques, dont beaucoup de mes préférés, les dystopies. Et n’oubliez pas le seul que je connais qui est aussi auteur, Jours d’humeur, duquel j’essaye toujours d’apprendre le style, surtout d’articles comme celui-ci où il invente des noms hilarants (mes nombreuses fautes ne sont pas à lui !). J’ai récemment commandé son roman Dossiers froids, mais la FNAC veut apparemment que je prenne l’opportunité pour écrire des lettres d’affaires avant de me le livrer.

C’est pas du tout surprenant que j’adore les blogs de voyage, vu que ce blog n’est qu’un voyage très lente à travers la France. Mais c’est aussi le cas que certains dans cette catégorie sont parmi les plus vieux amis du blog. Carry the Beautiful était la tout première à me découvrir (en dehors de mes amis avant le début), mais autant que j’adore ses contes d’endroits comme l’Islande, cet article m’a donné le courage d’écrire l’article le plus personnel du blog. Flanel, le chat voyageur est une grande influence — en lisant ses articles très détaillés sur des villes de France, j’ai été inspiré à changer complètement les « Je découvre », qui étaient très courts au début. Plus récemment, j’ai découvert Blogosth, un guide inestimable à l’Alsace et aussi au…euh…voisin au nord. J’adore aussi l’humour et jeux de mots des articles trop rares de Je Suis Sur La Route.

Il y a certains qui sont hors catégorie qui sont quand même autant des musts que le célèbre parfum de Cartier. Maman Lyonnaise cuisine (dont une recette qui est parue ici), écrit sur les livres (quelle coïncidence, ce choix, hein ?), prend des photos intéressantes, et écrit sur la culture. Les chroniques de Ludiwine parle souvent des livres, mais mes articles préférés chez elle sont les histoires de monstres et de véritables crimes. Malgré le nom, on sait jamais ce qui arrivera chez
Témoignages et expériences de voyages France Moyen Orient Amériques : un jour, c’est les voitures ; autre jour, les travaux publics. Il a aussi de bon goût en ce qui concerne les lecteurs du Canard. Le journal des jumelles est un peu comme ici — des pépites de partout en France, et parfois des trucs complètement inattendus, comme les bananes bleues. Histoire2Connaître n’est vraiment pas hors catégorie sauf ici, mais on peut apprendre beaucoup de l’histoire française de lui. Je ne veux pas oublier Couroucou, qui n’écrit pas trop souvent, mais cite de la poésie intéressante, aime les chats, et laisse des commentaires très gentils.

J’ai une petite collection de poètes. Courir écrire et crier est peut-être un peu trop avancé pour moi, mais j’aime tellement sa série récente Le pain, la pomme et les poèmes. Pensieri Parole e Poésie est en italien et anglais, mais dans un autre univers, ce blog est en italien (je rêvais de vivre à Florence) et je viens d’écrire « Je découvre les Cinque Terre ». News from Ibonoco n’est pas seulement de la poésie, mais aussi du jazz et de la philosophie — cet homme sait un peu sur tout !

Finalement, il y a les cuisiniers. Sans doute, mon préféré est En cuisine avec Péla car elle aime les desserts autant que moi — essayez ses Pitch au chocolat ou son gâteau aux myrtilles. Un déjeuner en Provence fait de nombreux plats italiens comme les lasagnes au saumon mais aussi des desserts traditionnels comme la tarte tropézienne. La tête dans le panier ne publie pas trop souvent de nos jours, mais les archives sont étonnantes — essayez les raviolis verts à l’orti avec asperges et palourdes, même si seulement pour la photo. Tay’s Brunch-book Club a fait la meilleure tarte à la citrouille que j’ai jamais vue à l’étranger.

Hélas, j’ai déjà lu tous ces articles, mais vous avez assez de choix pour oublier ce que j’ai écrit au début. C’est pour le meilleur. Qu’un jour je sois en France et ne pense qu’à tous ces gens merveilleux.

Les mystérieuses traductions

L’une de mes blogueuses préférées, Light & Smell, a écrit un post où elle a traduit l’expression « made you feel warm and fuzzy » de l’anglais. Elle a choisi « qui t’a réchauffé » qui n’est pas mal vu que la phrase d’où elle est venue avait le sens de « faire sentir quelque chose d’agréable à quelqu’un ». Mais elle avait l’impression qu’on pourrait choisir une expression plus précise et m’a demandé mon avis. Pour ma part, dans ce contexte je rendrais « warm » comme « chaleureux ». Mais « fuzzy » m’a lancé sur ce qu’on appelle en anglais la chasse à l’oie sauvage (c’est-à-dire une aventure compliquée).

Il s’avère que je peux donner une signification exacte à Mme Light & Smell, car elle est fan de manga. On dirait que « warm & fuzzy » est exactement comme on se sent en voyant quelque chose de kawaii, comme Hello Kitty. Voici un exemple de « Hello Kitty Con 2014 » qui va vous faire sentir « warm and fuzzy, » mais merci de ne pas me demander pourquoi j’étais là. (La petite est exactement celle à laquelle vous pensez.) Mais on a toujours besoin d’une expression française.

J’ai essayé plusieurs de mes sources habituelles. Le Collins-Robert offre « flou » (sens photographique), « crépu » (sens poilu), et « confus » (sens logique). Mais aucun de ces mots ne capture le sens sentimental. Google Traduction m’a donné « duveteux », qui est hilarant, mais pas du tout le bon choix. DeepL m’a aussi donné « flou ». Clairement, j’avais besoin de meilleures sources.

J’ai essayé des thesaurus. Peut-être qu’un synonyme de « content » ou « heureux » serait le bon choix ? Mais bien que je sois béat d’avoir appris une belle douzaine de nouveaux mots, aucun n’est le bon non plus. Épanoui, traduit par « beaming » dans mon dictionnaire Oxford (pas disponible en ligne), est un bon mot pour l’expression du visage à laquelle on s’attendrait. Mais je n’aime pas « faire sentir chaleureux et épanoui » pour une traduction.

J’ai essayé des listes d’expressions idiomatiques écrits par de meilleurs bilingues que moi. Cet article promet une centaine d’expressions, mais franchement il ne casse pas trois pattes à canard. Wikipedia (en anglais) m’a donné une belle liste de francismes en anglais, dont le « footing » version française, « double entendre » — on ne dirait jamais ça en français, mais plutôt « à double sens ». Un site appelé « All About French » (Tout sur Français) offre plusieurs centaines, mais c’est un truc de fou — pas de bons choix non plus.

J’ai fini par chercher WordReference, un site où des milliers de soi-disant experts en grammaire se retrouvent. J’ai trouvé exactement ce que je m’attendais — plusieurs conversations sur cette expression. La plus vieille date en 2004, mais on a revisité ce sujet en 2007 et jusqu’en 2018. Comme on s’attend, il y a plus de commentaires insultants que d’idées utiles, MAIS j’ai trouvé quelques bonnes suggestions. Il y a « bien attendri », « douillet », « ça me rend toute chose » et « ça fait chaud au cœur ». Ce dernier a une traduction très exacte en anglais — « it warms my heart » — mais il me semble, après avoir considéré tous les choix — que c’est le plus proche à l’esprit de l’original. Et pour une traduction littérale, je choisirais « ça me fait sentir chaleureux et douillet ».

En tant que linguiste, je suis censé croire que toutes les langues du monde peuvent exprimer toutes les mêmes idées. Peut-être. Certainement, je suis d’accord qu’il n’y a pas d’idées qui ne peuvent pas être comprises sauf qu’en une langue. Mais c’est faux de dire que toutes ces idées peuvent s’exprimer de même façon. Et croyez-moi, je n’échangerais jamais les cadeaux du français contre tous les « fuzzies » d’anglais.

Le massacre d’Oradour-sur-Glane

Aux États-Unis, quand on apprend les représailles allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale, l’exemple habituel est celui de Lidice dans la République tchèque moderne. Après l’assassinat de un officiel, Reinhard Heydrich — qui l’a mérité, bien sûr — les nazis ont tué presque tous les habitants du village, 340 en total. (Environ 70 femmes et enfants ont survécu les camps.) Mais hier, j’ai appris l’histoire d’un crime encore plus gros (également horrible, pour être clair), le massacre d’Oradour-sur-Glane, où plus de 640 civils ont été assassinés. Aujourd’hui, le 10 juin, est l’anniversaire de ce crime. Ici, je suis les récits de plusieurs articles de Wikipédia, tous liés ici.

Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? La veille, le 9 juin, la division SS « Das Reich » a commis un massacre à Tulle, en Corrèze, où ils ont tué 117 civils pour faire des représailles contre le maquis de la région. Puisque les allemands avaient dû répondre au débarquement des Alliés en Normandie, Das Reich a reçu des ordres qui disaient qu’ils devraient rejoindre le front. Mais ces ordres, reçus le 7 juin, disaient aussi qu’ils avaient jusqu’au 11 juin pour conclure leurs opérations avant de s’en aller.

Le commandant de l’un des bataillons de la division Das Reich, un certain Adolf Diekmann était déjà responsable du massacre de Tulle. Le matin du 10 juin, il a eu une réunion avec le général Heinz Lammerding, sous-chef de la Gestapo dans la région ; Joachim Kleist, un officiel de la SS ; et quelques collabos de la Milice. Les historiens ne sont pas d’accord sur ce qui s’est passé pendant cette réunion, mais la décision a été pris de faire un exemple d’Oradour — un village sans réputation pour cacher des résistants.

Diekmann a donné un ordre que les habitants a dû rassembler dans le champ de foire ; pour leur part, les habitants croyaient que c’était un contrôle de routine. Selon les historiens André Desourteaux et Robert Hébras :

M. Compain, le pâtissier, dont le magasin donnait directement sur la place va jusqu’à demander à un soldat allemand s’il peut aller vérifier la cuisson de gâteaux qu’il venait de mettre au four et s’entend répondre, en français, qu’on va s’en occuper.

Donc personne ne soupçonnait ce qui arriverait. Les hommes étaient séparés en groupes d’une trentaine à chacun, six au total, puis les allemands leur ont tiré dessus à mitrailleuse. Selon un survivant, Marcel Darthout :

Lorsque les rafales eurent cessé, les Allemands se sont approchés de nous pour exterminer à bout portant quelques-uns parmi nous.

350 femmes et enfants étaient enfermés dans l’église du village. Les allemands ont explosé l’église mais il y avait toujours des survivants. La SS y ont entré pour tirer sur ceux qui restaient. Il n’y avait qu’une survivante, Marguerite Rouffanche, qui nous raconte :

J’ai fait un saut de plus de trois mètres, puis je me suis enfuie jusqu’au jardin du presbytère. Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j’avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands, alertés par les cris de l’enfant, nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi-même blessée en gagnant un jardin voisin.

Les allemands comprenaient exactement à quel point c’était un crime. Selon l’historien Jean-Jacques Fouché :

Le 11, puis le 12 juin, des groupes de SS reviennent à Oradour pour enterrer les cadavres et rendre leur identification impossible, reproduisant une pratique usuelle sur le front de l’Est.

Malheureusement, seulement les collabos ont reçu la justice qu’ils méritaient. En 1951, le général Lammerding a été condamné à mort par un tribunal militaire français, mais le gouvernement n’a pas arrivé à obtenir son extradition. Diekmann est parti à l’enfer le 29 juin pendant la bataille de Normandie.

On termine ce récit avec un court métrage tourné par le journal France Libre Actualités en septembre 1944. Les allemands ont tout détruit. Je ne pourrais jamais rien ajouter ; les images parlent pour eux-mêmes.

Les fichiers du blog

Ce blog donne une fausse impression que je suis bien organisé — il y a toujours des recettes juste à temps pour les fêtes, il y a plusieurs colonnes régulières, et il y a parfois des trucs complètement inconnus qui apparaissent ici. Ça donne peut-être l’idée que je sais faire mes devoirs.

Rien n’est plus loin de la vérité. Presque tous les matins, sauf le mardi quand je sais que le Canard arrivera (ça apparaît à 15h pour moi, minuit en France), je me dis « Punaise, que publierai-je ce soir ? ». Mais je garde deux fichiers qui m’aident à gérer le chaos.

L’un des deux est intitulé « Les Départements ». C’est bien évident que je l’utilise pour le Tour des Départements. Mais ce qu’il contient a bien changé. Voilà une capture d’écran qui ne gâchera rien :

On peut voir que mes recettes sont là, mais aussi des renseignements sur chaque département. C’est pas le cas qu’ils ont tous apparu dans mes articles. Mais quand je lis quelque chose sur n’importe où, je l’ajoute au fichier au cas où j’aimerais la citer. Vous ne pouvez pas la voir, mais il y a une dernière colonne pour me rappeler si j’ai des connaissances qui y habitent.

Alors quand je vous dis que je savais depuis longtemps que je ferais un plat ou autre, c’était déjà enregistré dans mon fichier. La seule chose que j’aimerais changer sur le blog, c’est qu’il n’y a pas assez de noms dans la dernière colonne, pour leur demander des idées.

Mais l’autre fichier, c’est un projet beaucoup plus personnel. Je l’ai récemment partagé avec la personne qui l’a inspiré, alors vous pouvez avoir un aperçu. Très peu après le début du blog, j’ai utilisé l’expression « ça coûte une blinde ». Une amie m’a écrit pour me dire que ça lui a fait rire, à cause d’être inattendu. En fait, je l’ai appris en lisant un groupe ou autre sur Facebook — je ne me souviens plus duquel.

Quelques jours plus tard, j’ai trouvé par hasard la page Facebook d’une prof d’origine française qui habite à Vancouver, Céline’s easy French. Elle publie des posts avec des expressions familières, et quand je les ai lus, je me suis dit « Voilà, j’ai une source ! Si vous pouvez faire rire les vrais français, vous serez sûrement sur la bonne route. » Et ce jour-là, « Des expressions pour faire rire F. » est né. Voici environ 5 % du fichier :

Maintenant, j’ai de nombreuses sources. N’importe quand je vois une telle expression, je la note tout de suite. Mais je n’essaye pas de forcer leur usage. Je dois avoir une raison. Bien que ce soient mes premiers ajouts au fichier, je n’ai pas toujours tous utilisés.

Ces fichiers ont quelque chose en commun — plus qu’une entrée est récente, moins que c’est probable qu’elle soit écrite en anglais. C’est difficile de faire tout ça d’une si grande distance, mais j’essaye de le vivre au maximum tous les jours.

Mon habitude méchante

Je dis parfois que je vous adore autant pour vos défauts que vos vertus. Les vertus sont les vôtres, mais les défauts sont en général aussi les miens. Pas celui-ci, mais tous les autres. (Je suis en fait complètement sérieux sur ce sujet.)

Très peu de temps après avoir commencé sur les réseaux sociaux en français, je me suis rendu compte que les Français adorent se corriger mutuellement de la grammaire et de l’orthographe. J’ai pris cette capture d’écran en 2020 ; c’est-à-dire que j’étais au courant :

Inutile de le cacher, même s’il s’agit plus d’une tendance que d’une règle. Je dirais que vous êtes trop gentils avec moi ; c’est vraiment pas nécessaire. Je sais à qui je parle.

De toute façon, il y a un an, j’ai rejoint un groupe privé appelé « Sans l’option Bescherelle ». En photo de couverture, ce groupe a mis une photo gênante :

Source

Mais en fait, c’est faux. Voilà le véritable gros-titre, et un article du Parisien sur le faux :

Source

Ce groupe se moque de tout et n’importe quoi, mais toujours en cachant les identités derrières les captures d’écran. Parfois, les erreurs sont de la façon Internet, où les posts sont presque incompréhensibles :

D’autres fois, c’est de l’ambiguïté malheureuse :

Est-ce qu’ils veulent euthanasier l’enfant ou le chien ? (C’est pas clair si celui-ci est faux.)

Parfois c’est une question d’accord :

Moi, je suis si gêné par mes fautes d’accord que j’ai commencé à me laisser des rappels dans mon calendrier il y a quelques semaines :

Mais souvent, c’est juste méchant. Il y a une faute d’accord ici, mais ça pourrait facilement provenir d’un logiciel plutôt que de la stupidité. La grande majorité des posts sont comme celui-ci :

Pour être clair, je suis aussi coupable que n’importe qui. Au moins je reconnais ce que je suis devenu :