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Piéton

Je vous ai dit la semaine dernière que je n’ai pas eu ma voiture pendant trois jours. Je ne suis pas trop impressionné par le pourquoi de la situation, mais ça m’a donné « l’opportunité » (ce que j’aurais rendu avec plaisir) de regarder de très proche le comportement de mes voisins envers les piétons.

Signal de passage avec « ne marchez pas » et « marchez » illuminés en même temps, Photo par B137, CC BY-SA 4.0

D’abord, un mot sur ma voiture. Il y a un mois, le voyant sur le tableau de bord pour indiquer des problèmes avec les coussins gonflables (ce que vous les anglophones appelez « airbags ») s’est illuminé. Comme d’hab, j’ai tardé pendant deux semaines sans rien faire, car il m’a fallu un an entier la dernière fois où il y avait un problème là (pas de ma faute — manqué de disponibilité d’un remplacement). Je ne voulais pas relancer le concessionnaire pour la même chose. Mais après, le garagiste là m’a dit qu’il me fallait attendre une semaine pour un rendez-vous. Et après ça, il a fallu un jour et demi avant qu’un mécanicien n’a inspecté ma voiture.

Le garagiste m’a dit qu’il s’agissait d’un problème avec les fils qui connectaient l’airbag aux capteurs de collision. Et que la garantie n’avait rien à voir avec ce boulot, alors j’allais devoir payer 600 $ pour les travaux. Je ne suis pas sûr si je crois cette explication, mais je n’ai vraiment pas eu de choix car sinon, j’allais payer 300 $ juste pour le diagnostic. Faire pareil ailleurs me coûterait donc environ le même montant. Croyez-vous que c’est une coïncidence ? Moi non plus.

De toute façon, sans voiture pendant 3 jours, et ayant été trop stupide pour aller au supermarché avant le rendez-vous, j’ai dû quitter l’appartement au moins une fois par jour pour aller manger quelque chose. D’habitude, je ne stocke rien — je vais au supermarché deux ou trois fois par semaine car je ne planifie les repas à l’avance, et de cette façon, je ne gaspille pas de nourriture. Alors je n’avais que des céréales et quelques pots de Yoplait au frigo, ce qui voulait dire que j’allais marcher chez Miguel’s Jr. tous les jours, un aller-retour d’environ 2 1/4 km avec 4 feux rouges entre les deux points.

Il fait entre 29-31 °C ici tous les jours la semaine dernière, ainsi que celle-ci, alors j’ai pris un bon coup de soleil sur la tête. Ne me demandez pas pourquoi je n’ai pas pensé à porter un chapeau. Je ne le sais pas non plus.

Mais je suis ici pour me plaindre des voisins, pas de moi-même. À chaque feu rouge, il y a un passage clouté. Peu importe ce que vous pensez de croiser les rues quand la lumière vous signale d’arrêter — les new-yorkais et les « Angelenos » n’attendent pas, et il me semble que les parisiens non plus — ici, croiser contre la lumière est de prendre sa vie en main. Parce que si vous êtes piéton, vous êtes le seul. Personne ne s’attend à vous voir dans la rue.

Pas comme en France, c’est légal de tourner à droite quand le feu est rouge dans la grande majorité des États (pas tous). Mais à moins qu’il y ait une flèche verte, on est censé arrêter complètement et vérifier qu’il n’y a pas de piétons dans la rue avant de tourner. Censé.

Encore et encore, j’ai eu deux expériences pendant ces trois jours. Parfois, un chauffeur homicide m’apercevrait sur le trottoir et déciderait donc de prendre le virage à grande vitesse, dans l’espoir de me devancer. Mais plus souvent, les chauffeurs ralentissaient presquau point d’arrêter, sans le faire vraiment. Ils avançaient donc vers moi alors que je traversais la rue. Il me semble que cette attitude est encore plus homicide que l’autre — il faut avoir des couilles pour pointer une machine de 1 500 kg vers un piéton sans arrêter, peu importe la vitesse.

La Fille et moi avons l’habitude de prendre des balades autour d’un parc près de notre appartement. Pour l’atteindre, il faut croiser une rue contrôlé par des panneaux d’arrêt plutôt que des feux rouge. Et quand on fait ça, les chauffeurs arrêtent vraiment. C’est aux feux rouges où on voit l’hostilité dans toute sa splendeur. Et franchement, je n’ai pas envie de continuer de tester ma chance ‘

Au revoir, la FNAC

Langue de Molière est reportée d’un jour pour que je puisse vous raconter l’une des pires nouvelles de l’histoire de ce blog.

Je ne sais pas parler de ma propre histoire sans la FNAC. J’ai commencé mes études sans jamais en avoir entendu parler, mais il n’y avait que 4 mois entre ma première leçon et mon premier colis de la FNAC, reçu le 23 juillet 2020 :

C'est six DVDs, de gauche à droite et de haut en bas : La Zizanie, La Grande Vadrouille, Le Tatoué, L'Aile ou la cuisse, La Soupe Aux Choux, Le Corniaud. Derrière le disques, il y a un lecteur universel (acheté aux É-U) et une affiche de la FNAC, gratuite dans le colis

J’étais évidemment ivre de Louis de Funès et prêt à regarder tout ce que je pouvais, et la FNAC est tout de suite devenu mon fournisseur de choix. Et ce qui a rendu tout ça possible, c’était que chaque colis de la FNAC était expédié par DHL, arrivant en deux jours à presque chaque fois.

Sautons du coq à l’âne. Connaissez-vous la vérité derrière DHL ? DHL sont les initiales des fondateurs : Dalsey, Hillblom, Lynn. Seulement un de ces types est célèbre aux États-Unis, et pour de mauvaises raisons. Larry Hillblom (lien en anglais), avec ses milliards, a déménagé aux îles Mariannes. Des îles, il voyageait dans les pays les plus pauvres de l’Asie — les Philippines, le Vietnam, le Saipan — et payait des familles pour le droit de violer leurs jeunes filles. Après son deuxième accident d’avion, en 1995, il est disparu et jugé mort, et les tribunaux ont fini par reconnaître quatre enfants — un au Vietnam, deux aux Philippines et un aux Palaos — comme les siens. Ils ont hérité des centaines de millions malgré le fait qu’il avait nié avoir des enfants.

Après sa mort, ses partenaires cherchaient à vendre l’entreprise. Alors en 2001, Deutsche Post est devenu la société mère de DHL. Sur ce blog, c’est particulièrement important à mentionner ce fait.

Évidemment, après des années de chanter les louanges de DHL, je veux salir sa réputation, car je savais ça déjà, mais je n’ai jamais rien dit. Je vais enfin vous dire exactement ce qui s’est passé.

Ça fait un an et demi depuis mon dernier achat chez la FNAC, car l’inflation a vraiment mangé mon pouvoir d’achat. Mais quand j’ai vu une publication de mon héros Métabrouteur pour parler de son livre récent, je me suis dit : « Dites-donc, vous pouvez au moins acheter ça. » Puisqu’il ne coûte qu’un ou deux euros de plus pour livrer une deuxième chose, j’ai ajouté un coffret de CDs à la commande. Le montant total des biens était 39,92 € (disons 45 $), ainsi que 14,51 € pour les frais de livraison. À vrai dire, j’avais oublié les nouveaux impôts de 2025, mais franchement ce n’est pas la partie choquante.

Mardi matin, j’ai reçu le texto suivant (détails personnels supprimés). Ça dit :

Des droits de douane sont requis pour la livraison par DHL Express. Le colis sera retourné sous 5 jours si le paiement n’est pas effectué.

J’ai cliqué le lien et vu le montant choquant de 22,83 $. Désolé, mais je sais que les impôts entre les États-Unis et l’UE ne sont pas à 50 % ! Qu’est-ce qui se passait ? Voici la facture détaillée :

Ça dit 1,34 $ pour « frais réglementaires », 3,99 $ pour les droits de douane, et 17,50 $ pour « frais de traitement ». Dit autrement, DHL m’a facturé 328 % des frais pour le soi-disant « coût » de payer les impôts.

Il n’y a pas de mot pour ce genre de cambriolage. La mafia aurait honte d’un si fort pourcentage. J’ai écrit une note au mal nommé « service aux clients ». Voici la traduction de Google des parties les plus piquantes :

J’ai été stupéfait de recevoir un message de votre entreprise m’informant de 22,83 $ de « droits d’importation » à payer… Ces frais sont directement versés à DHL et représentent 300 % des taxes. Ils n’ont aucun rapport avec vos coûts de traitement, tels que les 3 % prélevés par les organismes de paiement, et dépassent le coût total de l’expédition. Cette pratique est inadmissible et relève de l’usure. Je ferai part de mon profond mécontentement à la FNAC concernant vos pratiques abusives et je ne passerai plus aucune commande chez vous.

J’ai déjà la réponse. Traduite par Google :

Je suis sincèrement désolé d’apprendre que votre expérience a été négative. Je vous prie de bien vouloir accepter nos excuses pour ce désagrément ; ce genre de situation est inhabituel chez DHL.

Nous comprenons qu’en tant que client, vous vous attendez à recevoir votre produit rapidement et en bon état. Nous sommes conscients de ne pas avoir été à la hauteur de vos attentes et nous vous présentons nos plus sincères excuses.

Ces informations permettront à DHL de se développer en tant qu’entreprise internationale et de continuer à offrir un service d’excellence à ses clients grâce aux meilleures technologies disponibles en matière de logistique et de transport.

Ça ne répond à rien de ce que j’ai dit, malgré avoir été « signé » (qui sait si la personne existe ?).

J’aurais pu vivre avec les 10 % de plus, car la vérité, c’est que je n’ai jamais payé la TVA — mes prix de la FNAC étaient moins chers que les vôtres. Mais ce 17,50 $ par colis, c’est une dépense aussi importante que n’importe quel disque ou livre, et pour absolument rien. À un moment quand je dois faire de plus en plus d’économies, car l’électricité et l’essence montent en flèche, pensez-vous que je vais gaspiller de l’argent sur des frais opportunistes ? Moi non plus.

Alors, au revoir la FNAC. J’espère que l’on se reverra en 2029 sur le sol français.

Duolingo me vire

Après six années, parfois même heureuses, il me semble que le hibou vert a enfin eu assez de moi et m’a viré. J’explique.

Avant de continuer, je dois reconnaître que je n’étais même pas censé être là. Vous savez tous que j’avais supprimé l’appli en 2023, puis j’étais de retour en 2025 pour aider une amie avec sa séquence de jours de suite, puis je voulais gagner à nouveau le plus haut score possible en français… et finalement, j’allais réviser le japonais juste assez longtemps pour ne pas me ridiculiser — trop — pendant mes vacances. Tout ça, c’est-à-dire que je suis un gros menteur quand il s’agit de quitter Duolingo.

Hier, il y avait une mise à jour de l’appli. Je vous rappelle qu’anciennement, on pouvait choisir de regarder des pubs pour gagner un peu de « énergie », le système pour empêcher les utilisateurs non-payants de trop faire. Avec ce système, j’aurais dû payer pour apprendre le français — mais veuillez ne pas pleurer pour le hibou vert, car j’ai regardé des tonnes de pubs pendant mon apprentissage. Il a reçu son argent.

Voici le système pour gérer l’énergie avant la mise à jour :

Capture d'écran avec 4 choix pour l'énergie : s'abonner à Super Duolingo, tout remplir pour 600 « joyaux » (la fausse monnaie de l'appli), recevoir 5 points pour une pub ou recevoir 2 points gratuits, une fois par heure.

Le bouton souligné en jaune dit « +5 énergie — Regarde une pub » (c’est en anglais donc la bonne conjugaison est « tu »). Et voici la situation maintenant :

Capture d'écran avec 3 choix pour l'énergie : s'abonner à Super Duolingo, tout remplir pour 600 « joyaux » (la fausse monnaie de l'appli), ou recevoir 5 points gratuits, une fois par heure.

Il n’y a plus de bouton pour regarder une pub en échange d’énergie. Au lieu de ça, on reçoit maintenant +5 au lieu de +2 gratuitement une fois par heure. Ça ne sert à rien, parce qu’une leçon de japonais mange 10-12 points des 25 possibles même quand on ne fait pas d’erreurs. Certains exercises de kanjis utilisent 20 points d’un coup.

Avec ça, il sera désormais impossible de faire plus de 2 leçons par jour, ce qui est inutile. Je suis bien satisfait — un type dans mon miroir a même écrit une courte rédaction dans un livre sur ce point — qu’il faut faire beaucoup plus d’une ou deux leçons par jour pour être utile. 5-10 leçons, pendant une demi-heure, c’est utile.

Pour être bien clair, je n’ai pas de droit de m’en plaindre. Tout ce que j’ai fait avec Duolingo était gratuit, et je serais la première personne à vous dire que personne n’est obligé d’offrir ses services gratuitement. En même temps, si les pubs obligatoires ne sont pas une façon d’être payé, je ne veux plus entendre des plaintes des sites web que j’utilise un bloqueur de publicités, car ça ne vaut apparemment rien.

À vrai dire, je crois depuis des mois que quelque chose n’allait pas chez les pubs. Pendant ma première fois, entre 2020 et 2023, il y avait une diversité énorme de pubs, une pub après chaque leçon, et il fallait regarder au moins les 5 premières secondes avant de la fermer. À mon retour, pour 5 points d’énergie, une pub pouvait être de 5, 15 ou 30 secondes. On ne savait pas ce que l’on recevrait, et il y avait moins d’annonceurs, mais toujours une ou deux douzaines. Récemment, presque toutes les pubs (dans ma région ; j’en ai vu d’autres au Japon) venaient soit de WhatsApp, soit de 4-5 jeux vidéo pour les portables, soit d’AAA, l’association d’automobilistes mentionnée ici avant. Et presque toutes les pubs étaient de 30 secondes, ce que j’imagine payait le plus. Si j’étais un annonceur, je serais franchement furieux avec Duolingo car le retour sur investissement doit être horrible quand la même pub joue en boucle.

« Alors Justin », me dites-vous, « payez le hibou vert. Ça vaut évidemment quelque chose pour vous. » Peut-être que vous avez raison, mais c’est absolument impossible de voir le vrai prix sans s’abonner. Regardez ça directement de l’App Store d’Apple et dites-moi combien coûte « Super Duolingo » :

Liste de prix tirée de l'App Store. Il y a 4 prix pour 1 année, tous différents, 2 prix différents pour 1 mois, et 4 prix pour des « joyaux » à utiliser dans l'appli.

Il y a 4 prix différents juste pour « 1 année » et aucune explication de pourquoi. Dans l’appli et sur son site web, tout dit seulement « Essaie une semaine gratuite ». Désolé, mais ça ne marche pas avec moi — il faut me dire combien ça coûtera où je ne ferai rien.

Je n’ai pas encore supprimé l’appli. Mais si ça continue après cette semaine sans changer — et je pourrais bien croire que je fais partie d’une expérience pour voir si j’abandonne ou pas — il n’y aura plus de raison pour moi d’être là. Est-ce que je chercherai un autre moyen pour continuer avec le japonais ? Je ne sais pas, mais vous avez certainement vu pendant les deux derniers mois que la nostalgie, elle est forte.

Les brownies de l’escroquerie

Je suis — largement — fier des recettes qui apparaissent ici, car absolument tout est fait à la main et c’est mon propre travail. Je ne suis pas assez égocentrique pour faire semblant de croire que je suis le dernier mot sur n’importe quelle d’elles, et j’avoue très franchement que je n’ai pas de talents en décoration de gâteaux. Mais je ne triche jamais avec l’IA. Ça nous amène à une histoire embêtante qui s’est déroulée hier.

Comme tout le monde, Facebook me cache les posts de mes connaissances et abonnements, car il préfère me montrer d’autres gens dans l’espoir que je les suivrai. C’est comme ça que la photo suivante a été affichée par Facebook dans mon fil d’actualités :

Source

Au début, je voulais en savoir plus, mais c’était immédiatement évident qu’il s’agissait d’une image créée par une IA. Si on donnait sa recette à une IA pour faire la mise en page, ce serait une chose, mais plus je pensais à cette image, moins j’étais convaincu que c’était réel. Voici mes observations :

  • Le produit final a absolument aucune imperfection. On peut certainement faire des miracles avec un cadre, mais les lignes ne montrent même pas un millimètre de variation. En soi, ça ne prouve pas que ce n’est pas une photo de la réalité, mais j’ai mes doutes.
  • La première vraie erreur, c’est qu’il y a une légende pour expliquer le montage, et elle n’accorde pas du tout avec le produit final. Il y a 7 couches dans la légende, dont deux qui se répetent deux fois. Le texte ne semble pas montrer les bonnes couches.
  • Peu importe le nombre de couches, il y a seulement quatre listes d’ingrédients contre au moins cinq produits distincts. Même un chef experimenté ne peut pas réaliser ces brownies de ces listes, car il en manque une.
  • Une fois que l’on commence à lire ces trucs de plus proche, il y a de nombreux problèmes techniques. La première recette est pour un soi-disant « biscuit brownie ». Il y a presque 1,8 kg d’ingrédients là. On dirait que c’est un brownie fondant. C’est pour une recette de quatre fois l’aire de surface que ma bûche « Truffe framboise », mais ma recette est un brownie de ce style et utilise 3 œufs, 170 grammes de beurre et 77 grammes de poudre de cacao (alors pas de beurre de cacao) contre 135 grammes de farine. On est censé croire que ce brownie se prendra avec 800 grammes de matière grasse et 6 œufs contre 160 grammes de farine ? Ne me faites pas rire — je ne testerais même pas ces chiffres car c’est déjà évident que ça ne marchera pas.
  • Pour le « biscuit noix de pécan », sachant qu’un gros œuf pèse environ 50 grammes, avec 30 grammes de blancs et 20 grammes de jaunes, sa recette demande l’équivalent de 16 jaunes et 8 blancs. En quelque sorte ça doit se prendre avec seulement 48 grammes de farine ? Comment ça ?
  • Peut-être le truc le plus étonnant est la « crème de fleur d’oranger ». Il y a deux quantités de sucre semoule là. Il semblerait qu’il va infuser la crème liquide (et pourquoi crème, pas lait ?) avec la gousse de vanille. Ça pourrait être la base d’une crème pâtissière, et avec ça, le beurre fait une mousseline, puis on ajoute la crème fouettée et c’est une crème chiboust — et avec la gélatine, une crème diplomat. Mais s’il va verser la crème infusée sur les œufs et la plus grande quantité de sucre semoule, pourquoi ajouter un petit peu de sucre à la crème ? Pour cette quantité de lait (vraiment pas crème liquide), on utiliserait entre 80-90 grammes de sucre pour mélanger avec les œufs, pas 352 ! Puis, la masse de cette recette est encore une fois presque 1,8 kg — et il va parfumer ça avec juste une gousse de vanille ? 90 grammes de masse gélatine veut dire environ 6 feuilles de gélatine ou 12 grammes de gélatine en poudre (car on utilise 7 fois le poids de gélatine en poudre pour l’eau). Ça marchera peut-être avec 1 kg de masse au total, mais c’est de la folie avec ces chiffres.

J’ai posé plusieurs de ces questions dans les commentaires du post original (le lien de la source pour la photo). J’étais très franc sur le fait que je croyais qu’il n’avait pas testé cette recette. Le proprietaire du compte a répondu par me bloquer une heure plus tard. Ça m’a dit tout ce dont j’avais besoin.

Alors, j’ai utilisé un autre navigateur dont je ne me suis jamais connecté à Facebook pour vérifier d’autres recettes de ce compte. Je ne vais même pas analyser la recette suivante comme la première. J’aimerais juste que l’on me dise comment on est censé lire les lignes qui connectent les 9 couches du produit final aux 13 étiquettes. Au-delà du fait que plusieurs étiquettes semblent indiquer la mauvaise chose, d’autres ne peuvent même pas être suivies.

Je ne vais pas nier ma motivation. Ce compte se vante d’avoir 112 milliers d’abonnés. Sur Facebook, j’en ai 9. Ces hallucinations d’IA n’ont rien à voir avec la vraie cuisine, mais je ne pourrai jamais faire de la concurrence avec ces images. Sur un air de la Compagnie créole, disons que c’est pas bon pour le moral.

Saddam Hussein, le père des Bret’s

D’abord, merci d’avoir été attrapé par le pire piège à clics de l’histoire de ce blog. Cependant, cette semaine, j’ai vu un clip de l’INA où il s’est avéré qu’en fait, il y a un lien important entre l’ancien dictateur et les chips bretonnes. Alors, pour commencer, le voilà :

Je suis largement l’histoire présentée dans le clip, mais où il mentionne juste que « quelque chose » s’est passé, j’offre plus de faits et de noms spécifiques.

Notre histoire commence en 1987. Cette année-là, une association de 2 300 producteurs de pommes de terre bretons a signé un accord pour fournir 15 000 tonnes de leurs produits à l’Irak.

Passons maintenant en 1990. Un jeune Justin est en train de mourir d’ennuis car il est en soi-disant « vacances » avec ses parents et son petit frère dans le New Jersey. Tous les jours, la famille rend visite à encore une autre famille de cousins dont il n’en a jamais entendu parler. Puis, un jour pendant son séjour, l’Irak envahit son voisin, le Koweït. C’est partout dans les actus, et Justin doit remercier ce M. Hussein, parce que ses parents éteignent la chaîne de radio nostalgique –finalement ! — pour écouter les nouvelles. Les producteurs bretons ont tout autre avis, parce que l’embargo qui suit leur coûte 60 % de leur marché.

Saddam Hussein avec le Premier ministre du Koweït, M. Alaa Hussein Ali, en 1990, Photo par Iraqi News Agency, Domaine public

En 1993, après plusieurs années de ventes catastrophiques, les producteurs autour de Pontivy, dans le Morbihan, décident de montrer leur colère en versant des milliers de tonnes pommes de terre dans la rue devant la préfecture. Pourquoi cette année et pas en 1992 ? Dans le clip, André Dorval, à l’époque responsable de pommes de terre pour le Conseil départemental de jeunes agriculteurs de Finistère, explique qu’après la chute du marché iraquien, environ 130 000 tonnes de pommes de terre ont trouvé un nouveau marché en Algérie. Mais — et je sais que ce sera choquant — en 1993 en Algérie il y a un état d’urgence, qui commencera par le jugement au tribunal de 79 militaires pour sympathie islamiste, passera par l’assassinat d’un ancien chef d’État, et finira par la fermeture des ambassades étrangères. Alors le taux d’importations baissera de 90 %.

C’est donc en 1994 qu’un industriel breton, Alain Glon, fond la société Altho pour transformer les pommes de terre sur place en Bretagne. En 1995, sa première usine ouvre ses portes à Saint-Gérand, aussi dans le Morbihan, et pendant sa première année, transforme environ 5 000 tonnes de pommes de terre en chips pour d’autres marques.

C’est seulement en 2010, qu’Altho commercialise ses chips sous sa propre marque, les célèbres chips aromatisées Bret’s. Au fil des années, la marque lance des chips au goût de pastis, de brie, de sauce barbecue — si vous pouvez l’imaginer, c’est fort probable qu’ils aient déjà testé l’idée !

Alors, on peut clairement voir que sans Saddam Hussein, il n’y aurait jamais eu des chips Bret’s. Et vous pensiez jusqu’à maintenant qu’il n’était qu’un bon à rien !

110 ans du Canard

Je sais, je sais, je ne suis pas censé partager des images du Canard enchaîné jusqu’à une semaine après publication, mais cette semaine, la une est quelque chose de vraiment spécial. Pour fêter les 110 ans du meilleur journal au monde (selon moi) ou de « opposition contrôlée » (selon un internaute qui a répondu au tweet d’annonce), la une contient de nombreux dessins de personnages historiques et actuels — et très heureusement pour moi, une légende pour tout déchiffrer. Je vous offre une version à résolution trop basse pour pirater :

En haut, une bannière dit « Déjà 110 ans ! ». Le gros titre dit : « 14 juillet et incendiés : Après le défilé militaire, vite un cessez-les-feux ! » Autour des bords, il y a des caricatures d'une vingtaine de personnages.
La une du Canard du16/7/26, ©️Le Canard enchaîné

Je vais partager le texte de « Qui est qui ? » pour aider à les reconnaître :

De haut en bas et de gauche à droite, vous aurez reconnu Mongénéral (de Gaulle), les plombiers de la DST, Pom Pom-pidou, Tonton (Mitterrand), Macron, Mélenchon, Bardella, Poutine, Marine Le Pen, le pape, les Fillon, un appelé de la guerre d’Algérie, Trump, Clemenceau, Sarko, Nanard Tapie, Chirac – qui n’aurait pas manqué de dire: « Putain, 110 ans! » -, Le Pen père à la gégène, Anastasie et ses ciseaux de censure, et, dans son avion renifleur, Giscard et ses diamants.

À vrai dire, avec leurs becs et pieds de canard, et vu le fait que je ne les connaissais pas tous quand même, je n’ai reconnu que M. Macron (les lunettes de soleil sont inoubliables, for sure), Mme Le Pen (c’est les cheveux), le Pape, M. Mélenchon (aussi les cheveux) et M. Trump. Une fois que l’on a dit lequel était M. Chirac, les sourcils étaient aussi reconnaissables. Pareil pour M. Sarkozy et les cheveux (la boîte sur laquelle il reste debout, c’est un peu méchant, non ?).

J’ai donc fait quelques recherches, mais vos souvenirs sont absolument les bienvenus en plus.

Les plombiers de la DST fait référence à un scandale de 1973, dit Watergaffe ; j’adore que vous avez emprunté l’autre moitié de Watergate, plutôt que d’ajouter « -gate » à tout. Dans ce cas, le Canard avait publié les feuilles d’impôt du Premier ministre, M. Chaban-Delmas, et le ministre de l’intérieur a fini par demander à la Direction de la Surveillance du territoire de faire l’enquête. Je laisse Wikipédia l’expliquer :

Le soir du 3 décembre 1973 vers 22 h 15, André Escaro, dessinateur et administrateur du Canard enchaîné, sort d’un cinéma et vient récupérer sa voiture garée non loin du 173, rue Saint-Honoré à Paris… Il y aperçoit de la lumière. Devant l’entrée, il surprend deux faux agents de la paix en uniforme (mais de vrais policiers) munis de talkies-walkies et au troisième étage deux « plombiers » en pleins travaux.. Ceux-ci sont en réalité des agents de la DST occupés à installer des mouchards dans les bureaux afin, par exemple, d’identifier les personnes communiquant des informations sensibles au Canard enchaîné.

Affaire des plombiers

Je le trouve plus qu’un peu scandaleux que ces faits sont connus, mais malgré ça, plusieurs cours ont soutenu un jugement de non-lieu. Les « plombiers » de Watergate ont fini par aller en prison.

La Maison des arts Georges & Claude Pompidou offre une série d’ateliers dite « Les Rendez-vous Pom-Pompidou », mais au-delà ça, rien ne éclaircit la référence.

Il me semble que M. Bardella s’admire dans cette caricature, mais je ne sais pas s’il est particulièrement réputé pour sa vanité.

J’imagine que les Fillon sont François et Pénélope, et j’ai entendu parler de l’affaire Fillon, mais j’ai du mal à les reconnaître, même avec des photos.

Quant à « l’appelé de la guerre d’Algérie », il marche dans l’autre sens du panneau qui montre la direction vers l’Algérie, alors je suppose qu’il s’agit d’un refus de servir, pareil à ce qui s’est passé aux États-Unis pendant la guerre du Vietnam.

J’ai appris de mon dictionnaire que « nanard » veut dire « vieillard », mais je ne me souviens pas de ce mot en ce qui concernait M. Tapie.

Le dessin de M. Le Pen le montre en uniforme, de manière qui rappelle surtout le soldat avec le fil rouge et le bouton rouge dans le film On a retrouvé la 7e compagnie. Je n’ai pas la référence à cet égard. Cependant, en lisant ça, j’ai appris que « Chez Gégène » de mon dîner val-de-marnais n’avait rien à voir avec un prénom comme je le croyais. Selon Wiktionnaire, « gégène » veut dire un dynamo électrique pour alimenter les téléphones de campagne (ce qu’il semble utiliser) ou un instrument de torture. Un nom curieux pour un restaurant !

Pour finir, l’affaire Bokassa est un moment bien-aimé du blog — d’abord à cause des dessins hilarants du Canard (Giscarat, c’est drôle !), mais aussi à cause de la scène culte qui termine OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire, où OSS 117 a une valise de diamants à donner en cadeau au président Giscard, mais son chef l’empêche en disant que ce serait une mauvaise idée.

On ne l’a pas dit depuis longtemps, mais si vous avez profité de ce dessin, abonnez-vous au Canard enchaîné !

Little Tokyo à LA

Hihihi, vous avez tous cru que nous avions fini avec le Japon, mais la vérité, c’est que c’était juste le pays lui-même. Deux jours après notre retour, je me suis retrouvé chez Mitsuwa, une chaîne de supermarchés en Californie du Sud, à la recherche d’un paquet de chocolats Crunky, une bouteille de chocolat froid Georgia, quoi que ce soit. Les symptômes de sevrage étaient graves.

J’ai manger de la cuisine authentique après la déception de tous ces repas à l’américaine. Alors :

Bol de légumes tempura sur un lit de riz blanc

C’est de la tempura, bien sûr, même si aux goûts américains — pas de feuilles de shiso ou de racine de lotus, juste des carottes, des pommes de terre, et des crevettes. À noter, c’est lourdement plus frit que chez Kakaya — plus de panure, et frit à une couleur beaucoup plus foncée. Il y a une leçon, là.

Je n’ai rien trouvé de ma liste, mais j’ai vu ces produits avec plus de « envie d’être français » sur l’emballage. Ce sont tous les deux des langues de chat, mais à gauche, il y a un nom ridicule, « Couque D’asses », alors que les autres promettent simplement d’être des rangu do sha — langue de chat. « Asses » ressemble au pluriel de « ass » en anglais, ce qui veut dire soit « âne » soit « cul ».

Déçu, j’ai dit à La Fille, « Vendredi de cette semaine, tu n’as rien à faire, alors on partira pour Little Tokyo à Los Angeles, à la recherche des choses qui nous manquent ! » En plus, le Square Enix Café et Boutique venait d’ouvrir ses portes, le 20 juin en fait. J’ai donc eu une autre raison pour y aller !

On s’est garé au parking de « Japanese Village Plaza », le centre commercial qui est aussi le centre du quartier. À l’extérieur de trouve une fresque :

Fresque de Little Tokyo

Voici l’entrée. Ça dit clairement « Japanese Village Plaza » :

6 caractères japonais qui donnent le nom

Ben, ça dit Nihon Mura Puraza, où Nihon = Japon, Mura = Village, et Puraza est simplement la translittération du mot anglais « plaza ». On peut dire « place » en français. À côté, il y a une tour en forme de pagode, le point de repère phare du quartier :

Tour rouge avec un toit en forme de pagode

On est passés d’abord par une boutique plein de jouets et d’autres souvenirs, Maneki Neko (les chats qui apportent de la chance). Au-dedans, il y a des trucs de Gundam et d’Evangelion, parmi d’autres :

Vous souvenez-vous des onigiri kujo miso que j’ai découverts à Kyoto ? Le supermarché là, Nijiya, a tout genre de boule de riz comme ça — mais comme Mitsuwa, rien de nos souhaits. Je crois que ces choses ne sont pas du tout importés aux États-Unis. Hélas.

Des centaines de boules de riz triangulaires, avec de nombreux parfums. Chacune est emballée pour être vendue seule.

Voici quelques photos des boutiques. Il y a une boulangerie, Yamasaki (rien à voir avec la société derrière Vie de France), une glacerie, des boutiques de thé, et un resto rapide coréen, Two Hands, qui vend des « corn dogs » (saucissons à bâtonnet, selon les Québécois) :

Derrière ces boutiques, un bâtiment s’appelle « Le Petit Akihabara », d’après le quartier de Tokyo célèbre pour les appareils électroniques :

Entrée du « Petit Akihabara » : un escalier mené à des boutiques au 1er étage, et il y en a aussi au RDC

Comme au Japon, il y a des machines à capsule à go-go :

Boutique Bandai Gashapon, pleine de machines à capsule

Mais aussi une boutique temporaire — les Français disent « pop-up » — consacré à Sega, et les personnages de Sonic, le hérisson :

Quelque chose de spécial pour vous tous : vous savez peut-être que Goldorak était originalement une série japonaise, Grendizer. À son tour, Grendizer faisait partie d’un plus grand univers, Mazinger. Le créateur de Mazinger, Go NAGAI, est passé par cette boutique. En plus de la statue du robot Mazinger, voici un dessin qu’il a fait pour la boutique, ainsi qu’une photo de lui avec son robot :

La boutique de Square Enix est au coin de la rue du Petit Akihabara. Dans son parking, il y a une fresque qui adapte les mascottes de ses deux grandes séries, Chocobo de Final Fantasy et Slime de Dragon Quest, à la vie californienne :

Voici le « café et boutique » lui-même :

Entrée du Café Square Enix

« Mais Justin », me dites-vous, « il n’y a pas de tables ? » Il y a une porte en arrière-plan, au fond de la pièce — le café est par là. C’était fermé au moment de notre visite. Mais je sais que vous voulez voir les peluches dans la vitrine de plus proche :

Vitrine avec deux peluches : Chocobo et Slime en forme de cube

Il n’y avait pas grand-chose dans la boutique — des t-shirts, des Thermos, des peluches — mais j’ai pu poser pour une photo avec Chocobo et Slime :

Moi, portant un polo orange et un jean, à côté d'une statue de Chocobo et Slime

Cependant, il y avait aussi des bandes-sonores. C’est ainsi que j’ai enfin trouvé ce que je cherchais sans succès au Japon, la BO de Final Fantasy VII Rebirth :

Couverture de la BO de FF7 Rebirth

Il y a 7 disques et l’art dans le carton est vraiment superbe, alors voici des photos à haute résolution :

Le reste du quartier a vu de meilleurs jours :

Avant de partir, nous avons déjeuné chez Sushi Gala. Je ne peux pas le recommander — le bœuf teriyaki était mauvais, et même si les sushis de La Fille étaient bons, 50 $ pour le tout était franchement scandaleux :

Il faut finir avec une fresque géante de quelqu’un qui vous ne reconnaîtrez pas. Shohei Ohtani est un joueur de yakyuu — désolé, baseball — pour les Dodgers de LA. Il est peut-être le meilleur joueur de tous les temps — certainement, le seul comparaison qui reste est Babe Ruth, des années 1920. À 10 étages de hauteur vous pouvez voir à quel point ils sont fiers de le revendiquer.

Fresque géante de Shohei Ohtani avec une batte de baseball dans les mains

Le Japon vous aime

J’avais promis que la fin de nos explorations japonaises serait un cadeau pour vous tous. Le voilà. Tout au début du blog, j’ai écrit un petit billet intitulé « Tout le monde veut être français ». À l’époque, j’ai mentionné des boulangeries asiatiques et britanniques aux États-Unis qui faisaient semblant d’être français. Mais aujourd’hui, je vais vous montrer à quel point la France est populaire au Japon. Vraiment, je n’avais aucune idée que je trouverais tant de preuves !

Toutes les photos dans ce post sont à haute résolution en cliquant.

Notre toute première journée a commencé à Ginza, un quartier plein de boutiques de mode ainsi les grandes surfaces, dont Mitsukoshi. Mais pour y aller nous avons dû prendre un train de la Gare de Shimbashi jusqu’à la Gare de Yurakucho. Et qu’est-ce que l’on voit en sortant de Yurakucho ?

C’est la carte de « Kougnané » (lien en japonais), une pâtisserie à la fois japonaise et française. « Mais Justin », me dites-vous, « ces trucs en forme de hot-dog, même si sucrés, ne ressemblent à rien en France. » Pourtant, ce sont deux spécialités françaises adaptées aux goûts japonais — des kouign-amanns, fourrés sur commande avec de la crème pâtissière ! On ne les trouve pas partout — c’est l’emplacement local d’une pâtisserie à Kyoto.

Regardez Mitsukoshi de plus proche qu’avant. Ils font la publicité des marques Chanel et Goyard :

Dans la rue, toujours à Ginza, se trouve une boutique de Vacheron Constantin, l’horloger suisse :

La Suisse n’est pas la France, je le sais. Mais regardez les vitrines de plus proche :

Tout est en français — les étalages disent « Sud, plein Sud », « L’Essence de l’Orient » et « Les Grands Vents de l’Ouest ». Ce ne sont pas traduits en japonais, car le français est prestigieux.

Peut-être que vous ne me croyez pas : « Mais Justin, c’est juste la campagne du moment. » Descendons au sous-sol de Mitsukoshi. C’est grosso modo un supermarché, comme le sous-sol du Gourmet chez Galeries Lafayette Haussmann. Je vous rassure que tout ce qui suit est 100 % réel ; afin de vous épargner de magnifier les images, des transcriptions suivent.

Première photo : Que désirez-vous ? Vous pouvez en choisir un, pour le manger ce soir ? Voilà mademoiselle, c’est le meilleur. Il est magnifique.

Deuxième photo : Bonjour, monsieur. J’ai goûté un vin de Loire que vous m’avez proposé l’autre jour, il était excellent ! Aujourd’hui, je voudrais un vin riche et puissant. J’ai ce qu’il vous faut !

Troisième photo : Voulez-vous le goûter ? Oui, merci. C’est doux et très bon !

Et ailleurs, sur les fromages, se trouve ce panneau. Je ne pouvais pas prendre les fromages individuels en photo, car j’ai attiré l’attention d’une vendeuse, mais il y avait de la mimoretto sur l’étagère — ou comme on dit en Normandie, de la mimolette.

L'ardoise au-dessus des fromages dit : « Je préfère plus salé. Ça me plaît bien, ce goût. C'est délicieux. » Puis, il y a une liste : « Boutargue, canette rôtie, haricots cuits, pâtes ».

Il n’y a qu’une ardoise dans tout l’étage avec de telles expressions qui n’est pas en français. Elle se trouve en haut d’un étalage de plats préparés :

Ça dit en espagnol : « ¡ Hola ! ¿ Cómo está ? Estoy bien, gracias. » (Allo. Comment allez-vous ? Je vais bien, merci.) Puis en anglais : "Are you hungry? I'm starving. Is there a house specialty?" (Avez-vous faim ? Je meurs de faim. Y a-t-il une spécialité de la maison ?)

Puisque nous sommes chez Mitsukoshi, je dois faire un aparté sur un phénomène japonais — les fruits hyper-ultra-chers. On ne paye pas ces prix pour des fruits typiques. Mais les japonais sont ob-sé-dés par des objets « parfaits », et ils sont prêts à payer des sommes de folie pour des fruits sans fautes. Voici des exemples avec les prix comme légendes :

Ailleurs dans le supermarché de Mitsukoshi, on trouve de nombreuses marques japonaises qui ont pris des noms français et offrent des produits de façon française, si à la japonaise. J’avais deux personnes avec moi qui en avaient déjà eu marre de toutes mes photos, alors je n’ai pu prendre qu’un comptoir en photos, mais vous aurez l’idée. Cette marque, « Galette au Beurre » est fière d’afficher ses liens avec les produits d’Isigny-Sainte-Mère :

Très proche de Mitsukoshi, toujours à Ginza, on a peint les couleurs du drapeau français sur des conduits de climatisation, avec la légende « Aux Amis » :

Retournons à Shimbashi-eki, la Gare de Shimbashi. Là, vous trouverez cette boulangerie, Délifrance, avec ses panneaux qui évoquent la France, même si les petits pains en forme d’oiseau ne sont pas exactement ce qui se trouve là-bas :

N’oubliez pas que c’était dans cette même gare que nous sommes passés par chez Paul !

À la Gare de Komagome se trouve une pâtisserie très française. Malheureusement, j’ai oublié de prendre la pancarte en photo et n’ai pas de nom. Mais vous pouvez voir un choix de 5 parfums de madeleines, ainsi que de nombreuses coupes de sorbets. On a goûté une madeleine au chocolat — je vous dirai que ce n’était pas exactement comme les miennes, mais pas mal.

Vitrine d'une pâtisserie dans la gare. En premier plan, il y a 5 parfums de madeleine : nature, matcha, chocolat, orange et fraise. Pas sûr des parfums des sorbets à gauche, où de l'identité des pâtisseries emballées à droite.

Dans le même quartier, très proche du jardin de Rikugien, se trouve un resto français, Le Lutin (lien en japonais). J’ai franchement très peu d’idées de ce qui dit l’affiche dans sa vitrine, mais il y a une liste de noms en français et japonais sous la date septembre 1989 — L’Aubergade, Le crocodile, Michel Guérard, etc. — et je peux vous dire que le chef s’appelle Takashi ISOGAI (ce qui apparaît en haut de la page avec la liste). Peut-être qu’il s’agit de son CV.

On a dîné un soir au resto de l’hôtel Villa Fontaine. La carte est plutôt « générique asiatique et américain » — poulet tandoori, porc d’Okinawa, burgers, etc. :

Mais en dessert ?

Capture d'écran d'un dessert avec la légende : « Dessert du jour : chiboust à l'orange de Setoka »

À vrai dire, je ne suis même pas sûr de quel est ce « chiboust à l’orange de Setoka ». Il semble être une sorte de biscuit avec une couche de crème (chiboust ? Peut-être), et une couche de sucre caramélisé. Ce qui compte, c’est que le resto cherchait un dessert français pour la carte.

Dans la Gare de Kyoto, en plus de la pâtisserie Grandir, on a trouvé cette pâtisserie, spécialiste en cheesecakes, qui s’appelle « Frais Frais Bon » (lien en japonais). Le nom est écrit en caractères katakana pour les japonais dans les points sur les « i » et sous le point d’exclamation :

Dans une grande surface à Tokyo, Lumine (lien en japonais et anglais), on trouve des douzaines de boutiques de marques différentes. On était là le dernier jour pour chercher un cadeau pour ma mère. On ne l’a pas trouvé dans cette boutique, mais encore une fois, les japonais choisissent un nom français pour avoir l’air chic :

L'enseigne dit « Deuxième Classe »

À Akihabara, nous sommes passés par cette boulangerie, anciennement bien-aimée de moi quand c’était à South Coast Plaza avec un menu plus authentiquement français, Vie de France. C’est en fait une chaîne fondée sur la Côte Est des États-Unis, mais achetée en 1991 par Yamazaki, une grande société de boulangeries au Japon — tout s’explique sur son site américain. Dans les vitrines, encore une fois on voit que la gamme est très loin de ce qui se trouve en France :

Et pour finir, quelques choses que j’ai gardées du magasin 7-Eleven à l’aéroport — car elles montrent une forte influence française. À gauche, oui c’est un Mont Blanc, et le paquet à droite dit « custard cream puff » en anglais — choux à la crème — mais en japonais, ça dit clairement shyū, certainement un effort d’écrire « choux ».

J’espère que ce tour du Japon à la française vous aura convaincu — le Japon vous aime !

La porte fermée

Au passé, j’ai parlé de ma curiosité sur une autre vie, celle où j’ai appris le français au lycée au lieu de l’espagnol. En fait, ce n’était pas le seul tel rêve. À la fac, j’ai dû apprendre une langue asiatique en tant que linguiste, et le japonais a été le choix évident. En partie à cause d’une certaine Dana (qui n’était pas japonaise elle-même), en partie à cause de mes passions pour les jeux vidéo et l’anime — et en partie, pour une autre raison souvent méprisée.

En 2022, je vous ai parlé d’un t-shirt, un souvenir de mon premier cours de japonais, avec 10 raisons pour le suivre, dont :

Numéro 8 : « Nihonjin no kanojo ga dekiru » — « Être capable d’avoir une copine japonaise ». Aux États-Unis, tout le monde croit que c’est la seule et unique raison pour laquelle un homme étudie le japonais. Je dirais deux choses : 1) Ce cours est arrivé 3 ans après le lycée, où j’ai demandé de sortir deux fois avec la mémé japonaise sans succès. C’était donc trop tard. 2) Vu qu’il y a presque 2 fois plus de japonais que de français (124 M versus 68 M), si c’est vrai, je suis bien incapable de compter.

Parlons en japonais

En fait, j’ai minimisé le mépris lié à cette raison. Pour autant que je sache après des recherches, il n’y a pas de page sur Wikipédia en français avec un article équivalent. En anglais, on a tout un vocabulaire pour mépriser un homme s’il apprend n’importe quelle langue asiatique : « yellow fever », littéralement, fièvre jaune, considéré une fétiche (lien en anglais) ; « weeaboo » ou « wapanese », des mots particulièrement pour un homme blanc si on le juge trop intéressé au Japon en particulier ; même « egg », littéralement, œuf — blanc à l’extérieur, jaune à l’intérieur.

Ça dit, Mireille Dumas en était bien au courant en 1989, et l’INA est revenu sur le sujet en 2023. L’interview est professionnelle, mais… disons que M. Jarry montre toutes les qualités (ou défauts, selon votre point de vue) de cette personnalité :

Je suppose que j’ai avoué une certaine culpabilité avec ma bibliothèque de musique, mais je nie absolument tout ressemblance à ce type, même à la fac.

J’ai une grande faiblesse pour la culture, pour de nombreuses raisons. Si je suis grand fan auto-proclamé du vouvoiement, que penser d’une culture où tout le monde s’incline en remerciant les autres, ou bien en entrant dans la voiture d’un train ? Que penser d’un pays qui utilise mes jeux préférés comme des pubs pour visiter ses propres régions, comme ça :

Si c’est vrai que je n’aime pas une belle partie de la cuisine japonaise — notamment tous les trucs fermentés, le natto et les tsukemono — ben, c’est également le cas que je n’aime pas la choucroute. Pourtant, vous avez vu au fil du voyage que je n’ai pas hésité à goûter des choses nouvelles pour moi, et que je les ai aimées. Il aurait été très facile pour moi d’adopter cette culture-là de même façon que sur ce blog.

Or, il y a longtemps, j’ai fait un choix exprès de ne pas la poursuivre, et c’est parce que je suis arrivé à croire qu’il y aurait toujours des limites au point où je serais accepté, et pire, que je ne comprendrais vraiment jamais quand on n’était pas honnête avec moi, de peur de donner offense. Je vous ai donné un peu de l’histoire de cette fille au lycée, mais ce que je n’ai pas dit, c’est que bien qu’elle soit l’une des deux personnes les plus brillantes que j’ai connues, et peut-être encore plus naïve que moi, elle m’a donné l’excuse la plus stupide que j’aie jamais entendue de la vie. Au début, je croyais que c’était simplement qu’elle m’a pris pour un con (pas sans raison). Cependant, au fil des années, je suis arrivé à reconnaître que les rejets des japonaises n’étaient pas comme les autres. Ce n’est pas une réflexion originale à moi, mais c’est vraiment difficile de dire simplement « non » dans cette culture. Pour être bien clair, je parle strictement de laisser de faux espoirs. Mais ça apporte son propre genre de malentendus.

Alors, après un certain temps, j’ai décidé qu’il me fallait quitter cette culture, et fermer la porte à clé. J’ai abandonné l’anime tout court un ou deux ans après la naissance de La Fille, j’ai laissé tomber mes connaissances de la langue bien que le japonais soit le sujet de mon mémoire de master, et j’ai limité les jeux vidéos pour moi-même aux classiques du passé, même avant les problèmes de mes mains à tenir des manettes. Ce n’est pas par hasard que j’ai joué à Final Fantasy V en français, au lieu de Final Fantasy XVI.

Je ne comptais pas sur revoir le Japon — cette année marque 30 ans depuis mon autre visite. Cependant, La Fille voulait le voir, et je n’ai jamais oublié ce que j’aimais. Je n’ai jamais jeté mes collections de musique ou de cassettes VHS non plus (même si je n’ai plus de magnétoscope). J’étais bien choqué par quel point je me suis senti à la maison pendant ce voyage, entouré par des affiches où la compagnie ferroviaire fait le lien avec Détective Conan, une série que j’aimais tellement :

Affiche qui annonce une promotion de Japan Rail, utilisant les personnages de la série Détective Conan

Depuis notre retour, je trouve que c’est encore une fois difficile à lâcher prise. Je continue toujours avec Duolingo en japonais, même si ça ne sert à rien, et je viens d’acheter les ingrédients pour l’une des recettes du voyage que je veux tester. C’est une affaire amoureuse qui ne m’a jamais apporté que des chagrins ; pourtant, j’ai encore du mal à la quitter.

Mes plaintes, édition soleil levant

Je sais qu’à la fin de chacune de mes vacances, ce à quoi vous vous attendiez le plus, c’est que je râle. Mais la plus vieille partie de cette tradition, c’est que je râle sur la France. Et vu que je viens de passer une semaine entière dans un pays où les traditions datent d’un millénaire, même plus, il faut respecter les traditions, non ?

C'est l'entrée au hall où les passeports sont contrôlés à Los Angeles -- le panneau sur la porte dit « Bienvenue aux États-Unis d'Amérique ».
Le retour malheureux

Commençons donc avec ce que l’on appelle « l’éléphant dans la pièce » en anglais, la question de la langue. J’ai étudié le japonais pendant 2 années — il y a 30 ans. Et franchement, j’ai réussi toutes mes leçons de Duolingo en juin avec des scores de 98 %, non parce que je suis un génie, mais parce que j’ai raté l’examen au début, et l’appli m’a mis dans une unité trop facile en conséquence. Je connaissais déjà tout ce que j’ai fait avec Duolingo avant le voyage. Pourtant

Savez-vous où je vais ?

Je suis arrivé au Japon avec un niveau tellement pire que mon premier voyage en France, un niveau qui aurait faire pleurer ma chère Miyake-sensei à la fac… mais avec seulement deux ou trois exceptions, les japonais ont vraiment apprécié mes efforts, même s’attendant à un niveau que, franchement, je n’ai jamais possédé de la vie. Partout où je suis allé, je commençais les conversations avec un « Ohayō gozaimasu » (bonjour avant environ 11h), « Konnichi wa » (bonjour jusqu’au coucher du soleil) ou « Konban wa » (bonsoir), je m’inclinais, et ça suffirait pour que la conversation se déroule presque entièrement en japonais. Parfois, j’ajoutais même un « Sumimasen, sukoshi nihongo ga dekimasu, ne » (Désolé, je ne parle qu’un peu le japonais ») et ça provoquait presqu’un sens de gratitude, suivi par des inondations de japonais à un niveau qui dépassait mes compétences. J’étais, comme on dit en anglais, « aussi content qu’une palourde » (veuillez ne pas me demander pourquoi, je n’ai aucune idée — mais c’est une bonne chose).

Que les Français fassent attention à cet exemple !

Cependant, je suis bien au courant que ça vient d’un fond de… comment dire ça… pas racisme, exactement, mais d’attentes si basses que même un koi pourrait les dépasser. Pendant le mois dernier, plus mon compte Insta a reconnu que je cherchais des contenus japonais, plus j’ai vu des clips amers tournés par des Américains d’origine asiatique pour se plaindre qu’en Asie (non seulement au Japon), les locaux flagornaient les blancs qui montraient la moindre compétence en japonais ou en chinois, alors qu’ils pouvaient connaître tres bien les langues et étaient quand même méprisés pour ne pas avoir un niveau natif. C’est-à-dire que cette appréciation est un peu de tricherie de ma part, car j’ai l’air étranger.

Peut-être que c’est un peu mon problème en France ?

Je ne veux pas du tout suggérer que c’était insincère. Il y a eu un moment presque touchant à Kyoto, dans le parc Uzumasa, quand j’ai fait mes excuses pour mon niveau et la femme qui prenait ma commande m’a répondu « Eigo ga dekimasen » (Je ne parle pas anglais). Il n’y avait que très peu de touristes non-japonais dans le parc — c’est vraiment pour les autochtones — et je suis certain qu’elle était vraiment reconnaissant. J’étais sûr d’ajouter « Oishii deshita, arigatō gozaimashita » en partant, « C’était délicieux, merci tellement », et je sais que c’était apprécié.

Ça nous amène à l’autre problème de langue. J’entends souvent des Français, « Bah, notre niveau en anglais, c’est gênant. » Pourtant, même aux stations-service en Normandie, presque tout le monde pouvait changer en anglais dès qu’ils ont entendu mon accent. Au Japon, le niveau d’anglais est tellement pire qu’en France. Même à Tokyo, c’était souvent le cas que le personnel aux grandes surfaces et aux restos ne connaissait que quelques mots. Naturellement, mon père, comment a-t-il réagi ? En « anglaissant » plus lentement et plus fort aux pauvres (La Fille et moi avons fini par adopter le mot « English » comme verbe). Encore pire, il insistait sur utiliser des mots certainement inconnus. Aux États-Unis, si vous buvez soit du café soit du thé dans un resto, il y aura au moins 3, souvent 4 ou 5, couleurs de petits paquets sur la table, chacune avec un genre différent d’édulcorant artificiel (ainsi que du sucre). En anglais, ceux qui ne sont pas de sucre se disent « sweetener ». Et il ne prend jamais du sucre, alors il utilisait ce mot avec tout le monde — je vous promets, personne ne l’a jamais compris.

Il y avait pire. L’une des choses que je déteste le plus en Europe, c’est les lecteurs de cartes de crédit apportés à la table. Dans un pays comme le mien où on ajoute un pourboire, c’est inacceptable que le serveur reste debout et vous regarde en train de le calculer. Ici, le serveur apporte l’addition à la table, et si vous payez par carte, il l’apporte à la caisse et revient avec un ticket que vous signez en ajoutant le pourboire, avec un stylo, sans le serveur. Au moins, c’était comment on faisait avant d’adopter le système européen partout ces 5 dernières années. Je mentionne tout ça car au Japon, en fait vous êtes censé aller à la caisse après avoir lu l’addition, puis le caissier l’entre dans le lecteur, où vous vous occupez de la transaction. Ils ne veulent pas toucher à votre carte.

Mon père insistait encore et encore sur donner la carte aux serveurs, ce qui les rendait visiblement inconfortables. Après plusieurs fois, je lui ai dit, « Arrête de faire ça, c’est bien évidemment pas comment on fait dans ce pays. » Sa réponse ? « C’est comment on fait dans mon pays. »

Je n’en peux plus de ça. Je ne devrais pas partager cette anecdote, je le sais, mais c’était l’expression de tout ce qui énerve le monde entier quant aux Américains. Avez-vous remarqué que j’apprends la langue de chaque pays que je visite, sauf l’Italie ? Ce n’est pas par hasard — on dit en anglais, « Quand on est à Rome, il faut faire comme les Romains. » On sait mieux que notre réputation. Après un certain point, je dois croire que c’est pour me montrer qu’il ne va jamais me laisser mener les choses.

J’ai une petite plainte qu’il faut avoir des billets pour utiliser des cartes. Partout, on n’accepte pas de cartes bancaires, juste des billets ou — de préférence — des « cartes IC ». Une carte IC s’utilise exactement comme une carte bancaire, mais il faut l’acheter uniquement avec des billets. Je n’avais apporté aucun billet, car j’avais entendu parler que l’on utilisait des cartes partout. Comme Humphrey Bogart dans le film Casablanca, j’ai été mal informé.

Vous avez sûrement remarqué que mes plaintes cette fois ne sont guère sur les japonais eux-mêmes. Ce n’est pas par hasard. Demain, il y aura un dernier billet avec mes réflexions sur la grande tristesse derrière ce voyage. Puis, j’ai un cadeau pour vous tous, et après ça, on quittera enfin le Japon.