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L’égout d’Internet

Il y a une vingtaine de références sur ce blog au site web Quora, ce que je suivais à partir de 2012 en tant que responsabilité professionnelle (c’était un peu un concurrent à l’époque), puis en tant qu’utilisateur. Pour ceux qui ne le connaissent pas, l’idée était (accent sur le caractère passé de ce propos) que des internautes pouvaient y poser des questions sur tout genre de sujet, et d’autres utilisateurs, bien informés, y répondraient. On mettait habituellement ses qualifications avec son nom d’utilisateur afin de montrer pourquoi on pouvait faire confiance à la réponse.

Égout romain en Allemagne, Photo par Raimond Spekking, CC BY-SA 4.0

J’ai arrêté d’y écrire en 2017 parce que c’était devenu un cloaque complètement sans normes de comportement (« Sois gentil, sois respectueux » était anciennement la première règle du site). Puis, j’y suis revenu brièvement en 2020 et 2021, également en français qu’en anglais, pour écrire sur mes expériences en tant qu’élève de français. La version en français était moins nulle qu’en anglais, mais de même façon qu’un accident en cuisine est moins nul que la catastrophe de Bhopal. C’était en partie des expériences malheureuses sur Quora en français qui m’a convaincu qu’il fallait lancer un blog pour m’exprimer — ici, la communauté de lecteurs est respectueuse et il n’y a pas de gens qui voient un article par hasard et décident de jouer au méchant juste pour s’amuser.

En même temps, Quora m’offrait parfois un microphone grand format, où je pouvais m’adresser à un public beaucoup plus grand qu’ici. Quand j’ai râlé sur un échange méchant sur ce site-là en 2023, c’était quelque chose qui m’est arrivé parce que 110 000 francophones avaient vu mon écriture dans un courriel :

Félicitations, nous avons mis votre réponse en vedette dans la Sélection Quora de plus de 110 000 personnes !

Malgré l’accueil plutôt positif pour certaines choses, je ne regrette pas que j’aie quitté le site. L’une des raisons principales, c’est que de temps en temps, on trouve une vieille réponse de ma part et m’écrit quelque chose de vraiment malpoli qui arrive dans mes courriels par surprise.

C’est ainsi que l’on a trouvé une veille réponse — écrit en 2021 — et en a profité pour me traiter de piñata. Voici ce que j’avais écrit :

Question : Est-il difficile de vivre aux États-Unis sans voiture ?

Réponse : Ça dépend. Où?

J'habite à Irvine en Californie. C'est impossible de vivre ici sans voiture. Il y a des transports publics, mais ceux ne visitent jamais la plupart des quartiers. L'école de ma fille est à 12 km de chez moi. Nous n'allons jamais marcher!

À New York City, c'est très courant de ne pas avoir de voiture. Presque tout le monde utilise le métro.

Au milieu du pays c'est aussi impossible de vivre sans voiture. Il y a beaucoup de fermes, et les villages sont souvent éloignés les uns des autres. On a besoin d'une voiture pour aller aux centres commerciales, aux restos, ou chez le médecin.
Capture d’écran

Vous voyez le moindre mot sur la France ? Quelque chose de grossier ? Moi non plus. Mais voici le commentaire du jour :

Reste aux USA et nous fait pas chier avec ton bouffon jaune. Dis à tes kon-citoyens qu'on ne veut plus des ricains. Est-ce clair ?

C'est suivi par une fausse photo de Trump et Pourine en train de s'embrasser.

Pour être clair, cette fausse photo n’est pas la seule dans son commentaire. Le type a mis 5 photos manipulées après son texte.

J’ai dit avant qu’environ 10 % des internautes inconnus se comportent comme ça sur Quora, et que le taux est acceptable, car c’est encore pire dans la vraie vie. J’essaie quand même de soigner les plaintes de ceux qui ont une dent contre tout Américain, car j’espère — follement — qu’il s’agit simplement de ne pas en connaître.

Votre méchanceté n'est en réponse à rien que j'ai dit. Il n'y a aucune critique de la France ici, et en plus, vous parlez à un type qui a écrit plus de 1,3 millions de mots sur le pays pendant les 7 dernières années. Veuillez découvrir mon Tour des Départements, où j'ai écrit quelque chose sur chacun, et peut-être que vous apprendrez à ne pas juger par les origines : (lien vers la page du Tour)

Je ne sais pas pourquoi je me fais perdre du temps comme ça. Il le justifie :

Les USA sont la PLAIE du monde. Comment tant de ricains ont pu voter pour un bouffon tel que "Trompe molle"?

Rien que ça, ce n'est pas de la méchanceté c'est de la LUCIDITÉ !! Que cela plaise ou pas (tant mieux!). Pays de merde !!

Et ce sentiment anti USA n'est seulement de moi ! La France entière et l'Europe en a assez de votre koku qui foit le monde à mal. D'où sort il toutes ses konneries et mensonges ? Il a un groupe spécial konneries mensonge dans sa maison jaune ???

Vous ne pouvez pas le voir, mais il devait revenir pour ajouter le dernier paragraphe. Seulement les deux premiers étaient dans la notification originale dans mes courriels.

Dois-je vous dire que je n’ai jamais une fois cherché l’écriture d’un Français en anglais pour lui dire « Restez en Europe » ? Ce serait malpoli. En plus, tel ou tel internaute ne parle pas pour son pays entier — et n’est pas responsable pour son gouvernement non plus. (Si l’internaute s’appelait Jean-Noël Barrot, ben, il parlerait pour le pays, mais je suis sûr qu’il n’est pas un troll sur Quora. Enfin, j’espère.)

Je ne veux pas que vous pensiez qu’il s’agit d’un problème uniquement français. En août, on a trouvé quelque chose que j’ai écrit en 2020 sur un rendez-vous catastrophique en 2013 (le seul de ma vie avec une femme qui n’était pas mon ex), et m’a laissé ce bijou :

Traduction dans l'article
Capture d’écran

Ça dit : « Est-il possible qu’elle plaisantait et que tu paniques comme un chat effrayé ? » On parle de quelqu’un qui a passé une heure en disant encore et encore qu’elle avait hâte d’adopter La Fille. C’était pourtant notre première rencontre !

Après un certain point, laisser des commentaires sous de vieux contenus, c’est plus du graffiti que du dialogue. Mais quand on nage dans l’égout d’Internet, c’est tout ce à quoi on peut s’attendre.

M. Descarottes trouve son verbe

Il n’y a pas assez de matière ici pour déclarer ce billet une Langue de Molière, mais cette semaine, j’ai trouvé ce qui aurait été sans doute le verbe préféré de M. Descarottes.

M. Descarottes à ses 2 ans, dans sa cage, la tête posée au-dessus d'une gamelle rouge pleine de croquettes et quelques petites carottes.

D’abord, je dois vous présenter l’un des comptes les plus marrants d’Instagram, Wakaka le lapin. L’humour est, disons, pas élevé — dans chaque clip, Wakaka, qui est un lapin en peluche, essaye de « cuisiner » un plat typique français, mais le rate en prenant le nom dans le mauvais sens. Il y a une dame qui réagit à ses bêtises, jamais nommée mais qui fait toujours mine exaspérée.

Par exemple, dans ce clip, il promet de vous montrer comment préparer une « tarte aux herbes de Provence », ce qu’il « réussit » en prenant un train de Paris jusqu’en province pour acheter ses herbes :

Oui, c’est une blague bien pourrie et presque tous ses clips sont à ce niveau. Mais il a récemment promis d’expliquer comment faire un « carrot cake ». Voilà :

Selon lui, il faut repérer une personne qui a un cake et attendre à un moment où elle ne fait pas attention. Puis — je cite — « tu carottes le cake ».

Naturellement, je devais vérifier mon dictionnaire Oxford :

C'est l'entrée pour carotter du dictionnaire Oxford. Le premier sens est « extorquer », en anglais, "cheat". L'autre sens est technologique, d'enlever un échantillon d'un rocher ou un glacier pour l'analyser.

C’est bien là, mais le sens donner est plus « extorquer » que « voler ». Dans les trois exemples, quelqu’un se fait tricher, pas exactement la même chose que ce qu’il fait dans le clip. Mais c’est assez proche vu son style.

Bien sûr, j’ai montré ce clip à La Fille. C’était exactement son sens de l’humour et si j’ai bien compris, sa classe fera la connaissance de Wakaka plus tard aujourd’hui.

Je regrette horriblement que je n’ai pas connu ce mot pendant la vie du pauvre M. Descarottes. Il aurait tellement profité des calembours qui allaient avec !

Les problèmes se multiplient

Ça fait 10 jours maintenant avec le nouveau portable, et je continue à découvrir les récompenses de ne pas avoir mes données les plus récentes. Voici des exemples :

J’ai un compte pour La Fille, et sans divulguer le nom de l’institution financière, disons que c’est quelque chose comme le Livret A. Je n’ai donc pas besoin de le vérifier tous les jours. Cependant, j’ai l’appli de la banque en question sur mon portable, et puisque j’avais laissé Apple générer un mot de passe, devinez ce qui s’est passé…

Ouaip.

Pas de problème, l’appli sera heureuse de me laisser réinitialiser le mot de passe tant que j’ai… nan, mais sérieusement… l’appareil sur lequel le compte a été établi, car ils y ont envoyé un message. Heureusement, ils pouvaient aussi envoyer un texto à mon numéro de téléphone, et ça a marché. Mais c’est ça la récompense de laisser Apple choisir mes mots de passe.

Je sais que j’avais environ 80 mots de passe sauvegardés par Apple avant. Certains ne sont pas du tout importants — le site web où j’ai commandé un t-shirt pour La Fille, mais dont c’est peu probable que j’y passe une autre commande, par exemple. Mais on est loin de atteindre la fin.

Ce samedi, nous sommes censés aller à Anaheim — je sais, ça a l’air alsacien, mais c’est malheureusement en Californie du Sud — pour voir un autre concert de Weird Al Yankovic. Hier, j’ai téléchargé les billets dans l’appli Cartes, car Ticketbâtard — désolé, Ticketmaster — n’accepte plus les billets imprimés, même si le code barre est identique. Ils ont le droit aux données de publicité de votre portable ! Je ne suis pas certain, mais je crois que je n’avais pas encore fait ça avec le vieux portable. J’ai reçu ce message charmant :

Capture d'écran d'une erreur, traduite dans l'article

Ça dit :

Passe désactivée

Cette passe est liée à un autre compte Apple. Consulte Ticketmaster pour résoudre ce problème.

Super. J’ai deux comptes Apple pour des raisons stupides, mais l’un d’entre eux ne s’utilise jamais. Je suis connecté aux deux en même temps, mais le compte primaire est le même maintenant que pendant les 20 dernières années. Je n’arrive donc même pas à comprendre de quoi ils parlent. Je vais appeler Ticketmaster plus tard aujourd’hui. Si ça peut être « résolu » par télécharger l’appli de Ticketmaster, je ne serai pas du tout amusé.

Moins grave, mais pas moins énervant, j’avais un vieux jeu de Sonic the Hedgehog sur mon portable, pas pour le jouer, mais pour utiliser les autocollants virtuels qui allaient avec dans mes conversations avec La Fille sur l’appli Messages. En quelque sorte, le portable a gracieusement installé les versions de janvier 2024 de toutes les applis — alors j’ai dû mettre 104 applis à jour APRÈS la restauration — mais celle-ci n’est plus disponible, alors les autocollants sont perdus.

Il y a une expression en anglais pour cette expérience, et j’aimerais bien savoir s’il y a un équivalent en français. On dit « the gift that keeps on giving », le cadeau qui continue de s’offrir. Parfois elle s’utilise de façon sincère : « Il m’a donné une plante de basilic ; c’est le cadeau qui continue de s’offrir car je ne dois plus acheter de basilic. » Mais plus souvent, il s’agit d’un mal qui refuse de vous quitter : « Apple a zappé 3 ans de mes données ; c’est le cadeau qui continue de s’offrir chaque fois où je visite un autre site web. » Vous avez l’idée — je serai heureux si je ne reçois plus jamais un autre tel cadeau !

Le con et son ‘phone

Sauf pour les accents, le mot « téléphone » est pareil en français qu’en anglais. Cependant, on dit habituellement juste « phone ». Permettez-moi cette abuse de la langue pour le jeu de mots ; vous allez voir à quel point je suis en train de me faire punir pour être con avec le mien.

Remontons le temps jusqu’au jour de la visite à Akihabara. La Fille est sortie de Yodobashi-Akiba, le magasin que l’on a visité, avec un merveilleux étui portefeuille pour son portable. J’étais jaloux, mais je croyais que j’étais à 7 mois de remplacer mon portable, alors il me semblait que je ne pouvais pas acheter un tel étui. Puis il m’est arrivé à l’esprit que si j’achetais un iPhone 17 Pro en terminant mon contrat actuel quelques mois à l’avance, je pourrais faire ça. Alors quand on a découvert un autre magasin de Yodobashi à Kyoto, c’était exactement ce que j’ai fait. Le voilà :

Vous pouvez voir clairement dans le gros-plan du carton que l’étiquette dit : « ヨドバシカメラl », Yodobashi Camera. Et le prix, 2710 ¥, ça fait environ 15,60 €. Bonne chance à trouver un étui pareil aux États-Unis pour moins de 42 € ! Je me considérais chanceux.

Je regrette tout. TELLEMENT.

Depuis mon premier BlackBerry, j’ai toujours sauvegardé mes données de portable sur mon ordinateur. Et je n’ai jamais eu de problème — jusqu’à cette fois.

Anciennement, je ne chiffrais pas mes sauvegardes. Pas besoin. Mon réseau à la maison est invisible à Internet, car le niveau de sécurité chez moi est fou (c’est pour ça que je refuse tout objet connecté, n’utilise pas Siri, et n’accepte pas les demandes d’applis de voir les appareils sur le réseau). Si on arrive quand même à trouver mon ordinateur, bonne chance pour trouver le bon mot de passe. Mais copier tous mes mots de passe à la main chaque fois où je remplace un portable, c’est chiant. Alors en 2025, j’ai accepté la demande d’Apple de cocher la case pour chiffrer les sauvegardes. Il n’y a jamais eu de problème — car je n’ai jamais essayé de restaurer mon portable — jusqu’à samedi matin, quand je suis rentré avec le nouveau iPhone. Ayant tout supprimé de l’ancien avant de le rendre à AT&T.

Apple insiste sur un mot de passe juste pour la sauvegarde. J’aurais juré que j’avais utilisé le même mot que pour iTunes (oui, je l’utilise toujours sur Windows). Apparemment, non. À ce point, j’ai essayé plus de 200 versions de divers mots de passe (je garde un fichier), mais rien n’a marché. La dernière sauvegarde qui marche vient de janvier 2024. Je l’ai donc utilisée — mais ça veut dire que j’ai perdu 2 1/2 ans de notes, de contacts, de données de santé, et de mots de passe.

En plus — car je suis chanceux et Apple est géré par des salopards — les données qui étaient sauvegardées sur iCloud ne sont pas disponibles. Pourquoi ? Parce que le portable insiste qu’il faut composer le code d’accès de l’ancien portable. Un code qui n’existe pas. Puisque c’est facile de perdre un portable, je ne le confie aucune donnée financière, et en conséquence, je n’utilise ni de code d’accès ni de FaceID. Pourtant, il y avait brièvement un code d’accès il y a des années quand j’ai dû subir un processus d’identification qui exigeait tous les méthodes de sécurité pour les données financières. Je soupçonné que c’est ça, mais je n’ai aucune idée du code. Alors iCloud ne marche plus pour moi non plus.

Grâce à cette connerie de premier cru de ma part, j’ai passé tout le week-end et une belle partie de lundi et mardi en essayant de recouvrir de ma propre stupidité. Je suis toujours le premier à dire « n’écrivez jamais vos mots de passe », car j’ai passé plusieurs années en tant que chef de sécurité pour un projet gouvernemental — mais à vrai dire, si vous n’allez pas utiliser une donnée qu’une fois tous les deux ou trois années, c’est acceptable.

Ai-je mentionné que le journal de mes cartouches pour l’imprimante, les prochains poissons d’avril, et toutes les Blagues de la Semaine et gros-titres de la balado faisaient parti de mes notes ? Oui, cette perte est une catastrophe.

Deux poids, deux mesures

Je vais vous dire exactement ce qui s’est passé dimanche soir chez moi. Je crains que ce qui suit soit mal accueilli, car le sujet de race aux États-Unis est souvent perçu à l’étranger comme si on est uniquement fous à cet égard. Mais lundi après-midi, j’ai passé 20 minutes avec un policier au téléphone, et il m’a dit d’appeler 911, le 17 américain, plutôt qu’attendre s’il y a un autre incident comme ce que je vais raconter.

La Dame Justice en marbre. Dans la main droite, une balance ; la gauche, une épée. Mais les yeux sont pleinement ouverts.
Statue de la Dame Justice, sans bandeau sur les yeux, devant le vieux Palais de Justice de Singapour, Photo par Kok Leng Yeo, CC BY 2.0

Je vous ai dit de nombreuses fois que je ne connais aucun de mes voisins depuis une décennie déjà. Et que j’ai essayé de me présenter aux nouveaux voisins après notre déménagement l’année dernière, ce qui a été très mal accueilli à l’époque. Ben, laissez tomber, ils ne veulent avoir rien à voir avec moi, je comprends le sous-entendu ([Les filles de votre lycée et fac auraient été bien surprises à l’entendre. — M. Descarottes])

Le problème des voisins de merde n’est pas unique à la Californie. Il y a une histoire très bien connue dans le pays, de Kitty Genovese, une new-yorkaise de 29 ans poignardée dans la rue. Beaucoup de monde a entendu ses cris mais personne ne voulait s’en renseigner ou appeler la police. Il y avait pourtant de nombreux témoins. J’ai toujours été horrifié par cette histoire, raison pour laquelle quand j’entends des cris, je cherche toujours la source, au cas où on aurait besoin d’une ambulance ou de la police.

Ce que j’ai entendu à partir de 20h45 dimanche soir, c’était très évidemment de la violence domestique. J’ai entendu une ou plusieurs femmes criant, et des bruits effrayants, comme une porte qui claque sans cesse. Pourtant, il m’a fallu 20 minutes pour décider de faire l’enquête, parce que je croyais qu’il s’agissait d’un film.

J’ai fait le tour de mon immeuble, un petit bâtiment de 16 appartements sur 2 étages, en forme d’un « L » majuscule. J’ai trouvé la source venant d’un appartement au rez-de-chaussée, le voisin d’à côté de celui directement au-dessous du mien. J’ai sorti mon portable pour enregistrer juste un peu de la bagarre, afin de servir comme preuve avant d’appeler la police, mais la lumière s’est allumée et j’ai arrêté après 2 secondes, afin de ne pas attirer l’attention des habitants.

En revenant à l’escalier pour monter à chez moi, j’ai vu un homme noir d’environ 20 ans, torse nu et sans chaussures, évidemment sorti du bon appartement. Il avait l’air épuisé. Je lui ai demandé s’il allait bien. Il ne voulait rien dire, et j’ai compris — moi étant blanc, il risquait d’énerver les autres s’il me parlait. Si vous croyez que j’exagère ou que c’est paranoïaque, attendez.

J’ai essayé autre chose : « Dis-donc, je ne veux pas me mêler dans tes affaires, mais si tu es en danger, je veux t’aider. » Je l’ai vu se détendre juste un peu, en pensant à quoi dire — mais ça a attiré l’attention des personnes dans l’appartement. Le père, la mère et leur fille (18-20 ans, je crois, mais je suis nul avec les âges), sont sortis, tous en criant fortement. Le père m’a dit : « On n’a pas besoin de « whitey » pour mettre son grain de sel dans nos affaires. » « Whitey », c’est une version insultante de « blanc » — je ne sais pas comment traduire ça exactement en français, mais il voulait me faire comprendre qu’il me détestait à cause de ma couleur. Je ne peux pas citer la mère exactement — elle hurlait, mais je crois que c’était juste de gros mots. Elle était trop agitée pour bien la comprendre.

Mais la fille, elle est montée l’escalier vers moi en disant : « I’m gonna fuck you up. » Google le rend : « Je vais te défoncer. » Ça sous-estime la violence de ses propos. Je lui ai répondu qu’elle n’allait pas faire ça, et je suis revenu dans mon appartement pendant que le père continuait d’hurler des insultes racistes.

J’ai fait appel à mon père, un avocat, qui m’a conseillé de ne pas appeler la police. Si une voiture est arrivée, les sirènes klaxonnant, les lumières bleues et rouges allumées, et quelque chose de mauvais est arrivé à cette famille, je serais le nouveau visage du racisme aux États-Unis — bien que tous les délits, même le crime d’assaut, aient été commis par la famille. C’est pour ça que j’ai essayé de faire un rapport au poste de police ce soir-même. Cependant, il s’est avéré qu’ils ne travaillaient pas le week-end, ni après 17h. Je ne le savais pas.

J’ai donc fait un appel téléphonique au numéro non urgent de la police lundi après-midi. J’ai quitté le lotissement pour le faire, afin que personne n’entende rien. Une heure plus tard, j’ai parlé avec un officier, ce qui a duré 20 minutes.

Il m’a posé la question de pourquoi j’avais attendu si je me sentais menacé. J’ai répondu avec le cas d’Amy Cooper (lien en anglais), une blanche qui promenait son chien — sans laisse, ce qui est un délit, mais rarement appliqué — dans Central Park à New York, qui a rencontré Christian Cooper (aucune relation), un homme noir qui était là pour observer les oiseaux. Il a menacé d’empoisonner le chien en l’offrant une croquette (c’est toujours pas clair si c’était vraiment empoisonné). Elle a fait appel à 911 pour dire que ce monsieur menaçait son chien.

Ce cas a eu lieu en mai 2020. Vous souvenez-vous d’un autre incident racial qui a eu lieu en même temps ? Bien que Mme Cooper ait décrit la situation honnêtement — et M. Cooper l’ait enregistrée — le procureur a porté plainte contre elle pour un faux rapport, plus tard classé sans suite. Elle a été virée par son employeur et a fini par quitter les États-Unis (elle était canadienne). Pour M. Cooper, la récompense pour avoir menacé de tuer le chien, c’était de recevoir un poste d’animateur sur une émission créée pour lui (lien en anglais), sur l’observation des oiseaux. Pour traiter M. Cooper de façon juste, il avait dit qu’elle ne devrait pas être poursuivie.

Il est absolument inacceptable de se comporter de la manière de mes voisins. Peu importe ce qui s’est passé chez eux — et n’oublions pas que je suis sorti en croyant qu’une femme était en train d’être battue, sans penser à race — je parlais à un inconnu en détresse devant mon immeuble. Il n’y avait pas d’excuse pour me menacer, point barré. Si j’avais hurlé un mot raciste, je vous écrirais de prison en ce moment, accusé d’un crime de haine. Ils le savent, je le sais, et le policier le savait aussi quand on a parlé. Et maintenant, ils savent qu’ils pouvaient commettre de l’assaut (ici : une menace de violence sans effet physique) sans conséquences. Pensez-vous que ça améliorera leur comportement ? Moi, non.

Lindsay, la cavalière de l’Apocalypse

Quelque chose d’horrifiant se passe en ce moment dans le Massachusetts et je crois que sa signification ne sera pas bien appréciée à l’étranger. Je parle du procès de Lindsay Clancy pour le meurtre de ses trois enfants. Elle est sur le point d’échapper à la culpabilité bien que ses propres avocats avouent qu’elle les a tués et la raison pour ça va déchirer les États-Unis.

Je dis parfois que mon test de santé mentale pour mes concitoyens, c’est de demander si O.J. Simpson est coupable d’avoir tué son ex-femme et son ami. Il était un ancien joueur de football américain, qui est tombé sur les deux pendant une balade à Brentwood, une banlieue de LA parmi les quartiers les plus riches de la ville. Quand la police l’a recherché, O.J. a pris la fuite, dans la poursuite la plus célèbre de ma vie, qui a duré presque 4 heures à la télé. Le sang des victimes se trouvait dans sa voiture, des empreintes identiques à celles de ses chaussures étaient à la scène du crime, il saignait d’une blessure d’un couteau — si vous ne croyez pas qu’il a poignardé les deux après avoir lu les preuves, vous êtes un imbecile ou un menteur. Je suis loin du seul qui pense ça.

On peut me dire « oui, mais je ne l’aurais pas reconnu responsable à cause des erreurs de la police dans l’enquête », et je dirai que cette personne n’est pas un imbecile. Mais si on me dit « non, il n’a pas poignardé les deux », puis je ne m’intéresserai plus jamais à quoi que ce soit venant de sa bouche. Il faut savoir qu’un jury composé de 8 femmes noires, un homme noir, 2 femmes blanches et un homme hispanique l’a reconnu non-coupable. O.J. était lui-même noir, et ses avocats ont transformé le procès en une question de couleur.

C’est ce qui se passe en ce moment avec Lindsay Clancy. Elle a étranglé ses 3 enfants, de 5 ans, 3 ans et 8 mois. Ses avocats en disent autant. Cependant, ils insistent qu’elle devrait être reconnue non-coupable à cause d’une psychose post-partum. Il y a un assez bon résumé des faits dans Madame Figaro.

Ce qui vous ne lirez pas dans ce journal, ni dans le seul article du Monde, qui se concentre sur la maladie mentale, c’est que les femmes du pays ont adopté Mme Clancy comme leur O.J. Il y a des manifs quotidiennes dans la rue devant la salle du tribunal (PBS, WBUR — liens en anglais). Sa famille a reçu plus d’un million de dons dans une cagnotte sur le site GoFundMe, de femmes qui insistent sur son innocence — pas besoin de me croire sur parole , c’est ce qui disent les donateurs dans les commentaires. Une supportrice de Mme Clancy vient d’être arrêtée pour harcèlement du jury (lien en anglais), pour les avoir pris en photo dans le parking du tribunal.

Pas comme M. Simpson, parmi les athlètes américains les plus célèbres du XXe siècle, Mme Clancy est une inconnue. Mais — encore une fois, contre les aveux de ses propres avocats — beaucoup d’Américaines insistent que c’était en fait son mari Patrick (lien en anglais) qui a tué les enfants, qu’elle n’est pas simplement non coupable à cause d’une maladie mentale, mais en fait innocente. Ça malgré le fait que l’on sait hors question que son mari n’était pas à la maison, qu’elle avait recherché comment étrangler une personne, et bien sûr, qu’elle avoue l’avoir fait physiquement.

Le jury délibère depuis une semaine déjà — et vu les aveux, c’est beaucoup de temps. Ils ont dit 3 fois maintenant au juge qu’il n’y a pas d’unanimité, ce qui annulera le procès si ce sera la décision finale. Et ils ont le choix de la reconnaître coupable d’homicide involontaire au lieu de meurtre, alors ce n’est probablement pas ça, mais que certains jurés insistent sur son innocence absolue. C’est ici où je mentionne que la majorité des jurés sont des femmes, et que plusieurs ont commencé à s’habiller en rose, le symbole choisi par ses manifestants.

J’ai essayé ici de vous donner les faits, mais ce procès est déjà devenu la suite de celui d’O.J. On croit à sa culpabilité ou pas selon son genre, tout comme on croyait à la culpabilité d’O.J. selon sa couleur. Mais pas comme dans le cas d’O.J., qui insistait jusqu’à la fin de sa vie qu’il cherchait « le vrai tueur », Lindsay Clancy avoue avoir tué ses enfants. Je vous laisse à décider quel est le message que l’on veut communiquer en clamant son innocence, en insistant que son mari l’a fait, mais on ne vit plus dans la même réalité, et ça, c’est inquiétant.

Histoire d’amour

Je vous ai promis quelque chose d’hilarant et énervant en même temps dans ma quête à remettre l’horaire des posts. Nous voilà.

Je vous ai parlé de ce compte, « L’eau songeante » il y a deux semaines, et qu’à partir du moment où j’ai commencé à la suivre, mon fil d’actualités ne contient rien d’autre que des influenceuses paraplégiques. Ça a commencé à ralentir un peu ce week-end, mais vraiment, je n’aurais jamais deviné qu’il y avait tant de telles influenceuses. De toute façon

Malgré étant française, madame écrit uniquement en anglais. Je vais donc traduire des captures d’écran pour vous tous, en essayant de capturer le ton plutôt que la bonne grammaire française. Voici la source originale :

Alors, dans cette première capture, elle utilise un mot argotique qui n’a pas de traduction exacte, au moins pas dans un dictionnaire. Ça dit : « Les activités ‘ragebaiting’ de mon mari lui valaient une femme. »

Le verbe « bait » en anglais est soit « appâter » soit « taquiner », et les deux sens sont utiles ici. On pourrait dire « appâter pour faire enrager » et ce serait assez proche.

Elle continue : « Nous nous sommes rencontrés dans les commentaires de ce mème. » Le mème dit : « Pourquoi les chars français ont-ils des rétroviseurs ? — Je ne sais pas, pourquoi ? — Pour qu’ils puissent voir le champ de bataille. »

Nous sommes bien d’accord que je ne dirais jamais une telle chose, j’espère.

Elle continue : « Je suis Française. » On ne le saurait pas sans les emojis de drapeau et de baguette, je suppose.

« Et il est Américain. » Super l’emoji du canyon. Il doit être du sud-ouest comme moi.

« C’étaient ses premiers mots à moi » Il a écrit : « Pas vraiment me vantant de rien mon pote. Juste un autre Frenchie offensé. » Son choix du mot « buddy » suggère qu’il ne savait pas qu’elle était une femme.

« Voici ma réponse » Il y a un message après ça qui dit « Votre commentaire a été supprimé. Seulement vous pouvez voir ces infos. » Le commentaire : « Vous êtes si arrogant et n’avez aucune raison de l’être. Juste un autre être lambda qui se cache derrière un écran et aime se vanter de rien. Pathétique. »

J’ai du mal à comprendre pourquoi les deux commentaires n’ont pas reçu le même traitement !

C’est ici où l’histoire devient énervante :

« Nous voilà moins de deux mois plus tard. » La conversation dans Messenger : « Aussi wouah. Laisse-moi t’épouser déjà. — Je ne peux pas attendre. –Jamais cru que je trouverais mon âme sœur si vite. Mais savoir que l’on aura les 80 prochaines années ensemble fait rater un battement à mon cœur. »

J’aimerais bien savoir ce qui était la deuxième chose que chacun avait dite à l’autre.

Ceci dit : « Notre mariage 9 mois plus tard. »

Et pour finir, « Puis j’ai déménagé aux États-Unis pour être avec lui. »

Nan, mais sérieusement !

C’était trop. Je devais poser une question :

Moi : Attendez, QUOI ? Ça fait 6 ans que j'étudie le français, et même pas un rencard en résultat !

Elle : malheureusement c'est une méthode qui a peu de succès

Je n’ai pas de mots.

La rentrée de la rentrée, version 1ère/11e

Il y a deux ans, tout au début de la carrière lycéenne de La Fille, j’ai partagé un peu sur « Back to School Night », la rentrée pour les parents. Hier soir, j’étais de retour pour ce qui se considère l’année la plus importante pour les lycéens, première — ou comme on dit en anglais, 11e.

La Fille suit 6 cours cette année. La première, c’est l’histoire américaine. Je ne connais pas les attentes pour l’examen de « placement avancé » à la fin de l’année, mais selon le prof, il faudra apprendre tous les 47 présidents, les dates de leurs mandats et les partis. Ça me semble inutile — on n’a certainement pas fait ça à mon époque. C’est un peu intéressant que le président William Henry Harrison n’a vécu que 31 jours après son investiture à la Maison Blamche — car il a donné un discours d’environ 2 heures sous la pluie, et a attrapé une pneumonia en conséquence — mais il n’a rien fait d’important dans ce rôle. Son successeur, John Tyler, est largement connu pour être devenu traître pendant la Guerre de Sécession, bien après son mandat. Si c’est ça la qualité des normes éducatives de nos jours, je crains le futur.

Le deuxième cours, c’est la 4e année de français, et sera la fin de ses études à cet égard au lycée. Et si je vous disais que je portais mon t-shirt avec une image de Louis de Funès et son képi de gendarme ? Hihihi, la prof savait exactement de qui j’étais le père ! Elle m’a dit : « Ta fille est si motivée ». S’il ‘est vrai — et il l’est — c’est parce qu’elle a vu ce qui s’est passé sur ce blog pendant les 6 dernières années, ainsi que dans la vraie vie avec l’OCA. Il n’y a pas de meilleure motivation que voir des résultats utiles. Si elle avait appris l’espagnol, la limite de ça serait de passer ses commandes chez Miguel’s en espagnol. Je suppose que nous aurions regardé des films de Cantinflas aussi (on le considère le meilleur acteur comique mexicain, mais même s’il est enterré dans le Panthéon mexicain, je ne le crois pas l’égal de de Funès ou de Bourvil). Je suis soulagé d’avoir évité ce futur.

Il nous va falloir acheter ces deux livres :

Photo d'une diapositive avec 2 manuels que nous sommes censés acheter.

À gauche, c’est Barron’s Guide à l’examen AP de langue et de culture française (ma traduction du titre, évidemment). Barron’s est un journal consacré aux affaires, mais aussi la marque d’une série de référence pour les lycéens. À droite, c’est « 5 Étapes pour réussir un cinq » — la note la plus élevée pour les examens AP. Je ne connais pas cette série, mais le livre pour l’examen de français est écrit par une nommée Geneviève, alors on peut espérer.

Je vais sauter les profs de physique et d’anglais, car ils n’ont eu rien d’intéressant à dire. Ça peut être une bonne chose — j’ai quitté leurs salles sans être choqué.

Le prof de maths s’imagine un humoriste de stand-up. Voici son introduction pour lui-même :

C'est une diapositive avec le nom du prof, les noms de ses cours, et un dessin comme ferait un enfant de 5 ans.

Au-dessous du dessin, il a écrit « Mon premier fourmilier, par <nom supprimé>, 20e année ». Il plaisante — 20e serait un diplôme de la fac, puis la quatrième année d’études pour un doctorat. Je doute qu’il ait un doctorat. Le fourmilier est la mascotte de la fac locale, l’Université de Californie à Irvine.

Mais il est aussi quelqu’un de sérieux. Il a partagé une citation du physicien américain Carl Sagan pour expliquer son but en tant que prof :

Texte traduite dans l'article.

Google traduit ce texte comme :

Je pressens une Amérique telle qu’elle sera à l’époque de mes enfants ou de mes petits-enfants : une nation dont l’économie reposera sur les services et l’information ; où la quasi-totalité des industries manufacturières aura migré vers d’autres pays ; où des pouvoirs technologiques prodigieux seront aux mains d’une infime minorité, sans que quiconque représente l’intérêt public ni même ne saisisse les enjeux ; où la population aura perdu la capacité de définir ses propres priorités ou de remettre en question, en connaissance de cause, ceux qui détiennent l’autorité ; où, cramponnés à nos cristaux et consultant nerveusement nos horoscopes — nos facultés critiques en déclin, incapables de distinguer le sentiment de bien-être de la vérité —, nous glisserons, presque sans nous en rendre compte, vers la superstition et l’obscurantisme…

Selon le prof de maths, il veut éviter ça. Moi, je dirais que nous sommes déjà là.

La meilleure nouvelle de la soirée venait du prof de la fanfare. Il avait planifié un samedi début octobre où la fanfare participerait à un défilé le matin — et un autre le soir. Il vient de décider de supprimer le deuxième défilé de l’horaire. J’en suis ravi.

Mais ne vous méprenez pas — cette année, elle sera stressante.

Hommage à Philippe Bouvard

Sans doute la pire chose sur arriver avec tant de retard à la culture française, c’est que beaucoup de monde appartient déjà au passé. Eddy Mitchell avait déjà pris sa retraite — deux fois ! — avant ma toute première leçon. Belmondo est mort juste une année après. Michel Drucket… ben, nous sommes juste de brèves étincelles de son point de vue. Et ça nous amène au sujet malheureux du jour, l’adieu à Philippe Bouvard.

Philippe Bouvard sur le plateau des Grosses Têtes en 2009, Photo par Jérémy-Jean, CC BY-SA 3.0

J’ai entendu la nouvelle en allumant la radio ce matin pour écouter Les Grosses Têtes, comme souvent pendant l’année scolaire. C’est comme ça que j’ai trouvé l’hommage à Bouvard en train de se diffuser. Au moment où j’ai commencé à écouter, déjà très tard dans l’épisode, c’était le chanteur Éric Laugérias au téléphone pour parler de ses souvenirs (il commence à 25:00 dans cet extrait). Là, j’ai appris une pépite que je n’avais pas connue — je savais que M. Bouvard avait été viré des Grosses Têtes par RTL afin de trouver quelqu’un de plus jeune, mais je ne savais pas que la première fois, c’était pour laisser place à Christophe Dechavanne en 2001 et non Laurent Ruquier en 2014. En plus, c’était l’intervention de M. Ruquier qui a restauré M. Bouvard à son poste pendant 13 ans de plus. J’avais toujours compris que M. Bouvard s’en voulait à M. Ruquier mais je n’ai jamais entendu le côté de M. Ruquier. Franchement, je trouve ce geste étonnant, et je suppose que personne n’aurait pu vraiment faire plaisir à M. Bouvard en tant que successeur. J’ai lu du parler sur Stéphane Bern, mais à vrai dire, c’est facile à dire de telles choses quand elles restent théoriques.

De toute façon, écoutez surtout M. Laugérias à partir de 26:00 dans le clip lié ci-dessus. Il mentionne qu’avec Karl Zéro, il avait produit des sketches pour M. Bouvard où il faisait semblant d’être « un général russe, un cuisinier italien », et alors que presque personne ne lisait ce blog à l’époque, en 2021 j’ai parlé d’une autre collaboration de Messrs Zéro et Laugérias que je connaissais en tant que fan des X-Files dans les années 2000. Il reprend brièvement cette matière, et ça vaut la peine.

Je dois dire que je trouve la couverture tous azimuts de RTL à cette occasion un peu trop, avec une chaîne tout Bouvard dans l’appli :

Capture d'écran de la nouvelle chaîne sur web « RTL Radio Bouvard », avec une photo de lui des années 1970.

Après tout, si M. Ruquier a les mains propres, c’est certainement moins le cas pour la gestion qui l’a viré deux fois ! Il me semble que c’est plus apprécié après sa mort qu’à la fin de sa vie, et ça, je trouve dommage.

Si ce blog a un tout petit rôle dans les événements du jour, c’est qu’en quelque sorte, je suis devenu la référence pour l’histoire de Mme Leprieur d’Agon-Coutainville. Une centaine d’internautes l’a visitée hier :

Capture d'écran de mes statistiques du 24 août -- l'article sur Mme Leprieur en tête avec 95 vues, devant même les blagues

Je ne l’aurais jamais cru, mais après Wikimanche, le site officiel de référence pour son département, je suis le deuxième résultat pour une recherche de « Madame Leprieur » :

Capture d'écran de Google -- barre de recherche, Wikimanche, puis ce blog

C’est étonnant de relire cette histoire, aussi écrit en 2021, en se rendant compte qu’il me fallait une année de plus, et la recommandation d’une amie, pour découvrir Les Grosses Têtes — il ne m’est jamais arrivé à l’esprit que l’émission existait toujours !

Mais mon souvenir de Philippe Bouvard ne vient vraiment pas des Grosses Têtes. Pour moi, il sera toujours l’animateur de « Tous les coups sont permis », l’émission fictive où Charles Duchemin affronte enfin Jacques Tricatel à la fin de L’Aile ou la cuisse. Ici, on le voit en train d’organiser l’affaire :

On peut voir le débat sur Facebook, mais pas de façon intégrée ici. Je le recommande sans hésiter. C’est évidemment le trio de de Funès, Coluche et Julien Guiomar qui sont les stars, mais on voit clairement l’assurance de M. Bouvard dans son élément, le maître du plateau.

C’est impossible pour moi de parler profondément de sa carrière à la radio. Je savais où le trouver sur RTL à la fin, avec sa courte émission, À mon humble avis, le dimanche, mais il ne s’agissait pas du format qui a fait sa renommée. Et il faut dire que même Les Grosses Têtes telle que je la connais n’est plus la même émission — à partir du fait que l’on n’entend jamais des pseudos humoristiques pour les auditeurs, Mme Bellepaire de Loches ou M. Jules d’Orange. Mais on vit tous dans le monde médiatique qu’il a créé, ce qui m’a tout de suite séduit dès le premier jour, et pour ça, je remercie Philippe Bouvard.

La paella et l’espionnage

Langue de Molière est reportée d’un jour parce que je cherche quelques autorités de plus pour mon sujet. Au lieu de ça, je vais vous présenter un rappel de pourquoi il n’y a absolument pas de cookies de suivi sur ce site.

J’ai reçu un courriel absolument écœurant d’un centre commercial ici, Fashion Island. Vous n’entendez jamais parler que de South Coast Plaza sur ce blog, car en plus d’être le centre commercial le plus rentable du pays, c’est où se trouve mon resto italien préféré. Mais Fashion Island est « l’autre » — c’est en fait dans un quartier plus prestigieux, Newport Beach, et pendant une décennie, La Fille et moi l’a visité chaque mardi. Un jour, je vous dirai pourquoi. Mais l’important, c’est qu’ils voulaient annoncer l’ouverture d’un nouveau resto espagnol :

Vous pouvez tout de suite voir ce qui m’a attiré. C’est la paella. Quand je suis allé en Espagne en 1993, ma prof a amené notre groupe dans l’un des meilleurs restos de ma vie (rien à voir les étoiles Michelin ; il n’y en a pas dans ce cas), La Paella Real (lien en espagnol). Je n’avais jamais goûté une paella même une fois de la vie ; je suis parti convaincu que c’était l’un des 10 meilleurs plats au monde. Un de ces quatre, il me faudra publier un vrai classement.

De toute façon, malgré le fait que je suis complètement entouré par la cuisine mexicaine, pensez-vous que l’espagnole existe ici ? Presque pas du tout. Il y a une chaîne ici et là, Café Sevilla (lien en anglais), pas la pire, mais je déteste son ambiance de bar. Et hélas, c’est tout. Mais si vous connaissez la paella, vous savez que c’est en général un grand plat, préparé pour plusieurs personnes en même temps. Tout à coup, comprenez-vous pourquoi j’ai dit que ce courriel était écœurant ?

J’ai quand même cliqué sur le menu, et il m’a dit exactement ce que je craignais :

« Nos paellas sont fabriquées sur commande. Un rituel espagnol, fait pour être partagé »

S’il y a des restes pires que le riz après une nuit au frigo, je ne les connais pas. J’ai donc besoin d’au moins une autre personne pour y aller. Et je vais vous dire très franchement qu’il n’y a même pas besoin de demander — ni mes parents ni La Fille ne goûteraient ces plats. La Fille déteste tout fruit de mer sauf les palourdes, mon père ne mange rien venant de la mer sauf le fish and chips, et ma mère ne touchera pas à un plat où les crevettes ont toujours leur tête. Il est possible que l’un des trois décide de jouer le martyr, mais faites-moi confiance — je veux éviter la suite à tout prix. Alors, si je veux aller chez Telefèric…

… j’ai besoin d’un rendez-vous.

Je fais une pause pour que vous puissiez tous aller aux urgences. Je sais que la moitié d’entre vous vient de faire une crise cardiaque à cause des rires et le reste devrait au moins consulter un médecin au cas où.

J’ai donc pensé au plan B plutôt qu’attendre la fin de l’univers. Je ne veux vraiment pas ajouter des poêles à ma collection — la seule à laquelle je pensais était une crêpière — mais si je veux une paella, il va me falloir la faire moi-même. Je me suis assis devant mon ordinateur et j’ai recherché une « paella pan » (poêlé à paella). Voici deux captures d’écran qui comprennent toute l’histoire dans mon navigateur :

Pour résumer, après avoir visité le site du resto et OpenTable, le site pour réserver une table, j’ai visité les sites de Williams-Sonoma (boutique culinaire), Google Shopping, World Market et La Tienda (deux boutiques trouvées par Google), les sites de Smithey, El Cid, All-Clad et Mauviel (tous des fabricants des bonnes poêles) et deux sites de critiques pour faire des comparaisons. Aussi Amazon. Tout est là pour les curieux.

Il faut ajouter que j’utilise un bloqueur de publicités sur mon navigateur, Firefox, que je refuse tout cookie de publicité quand il y a un choix d’après la loi RGPD et que je refuse tout cookie venant d’un tiers.

Plus tard, j’étais sur Facebook, sur mon portable. Voici des publicités que j’ai reçues :

Ce n’est même pas tout. J’ai fait tout ce que je pouvais pour éviter exactement ce genre d’espionnage, et pourtant c’était plus agressif que jamais. La protection des bloqueurs ne vaut évidemment rien.

Je suis déjà client d’All-Clad depuis des décennies et je ne veux pas dire non à Cristel, car c’est une bonne marque française. Mais je vous promets qu’aucun du reste ne verra jamais un centime de ma part, car je trouve ça absolument dégoûtant. Je ne suis pas sûr que les marques — et certainement pas les agences de publicité — aient compris : quand on a l’impression d’être surveillé sans cesse, ça ne suscite pas de sentiments chaleureux.

Tout ça dit, je ne suis rien que pragmatique, alors j’offre un accord à tous ces annonceurs : j’achèterai l’une de leurs poêles un jour après mon rendez-vous chez Telefèric. J’attends.

(Il n’y a pas assez d’argent dans leur budget de marketing pour que ça arrive.)