On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes » (dites-donc, pourquoi est-ce que c’est « de », non « des » ? Il y a beaucoup de Guermantes.). J’aurais aimé plus avancer, mais je suis horriblement malade à ce point, et j’ai les yeux qui piquent. J’ai quand même atteint la page 21.
Le narrateur nous dit quelque chose qui me rend perplexe :
Dans la maison que nous étions venus habiter, la grande dame du fond de la cour était une duchesse, élégante et encore jeune. C’était Mme de Guermantes…
Attendez, s’agit-il de la même duchesse du premier tome, celle de qui sa mère avait dit que ce même narrateur avait été obsédé pendant les bons vieux jours à Combray ? Il ne la connaît déjà ? (Ce ne serait pas la première erreur de la Recherche. La mal-aimé Tante Léonie était parfois sa tante, parfois sa grand-tante.)
En parlant de Combray, ça manque à Françoise :
— Ah ! Combray, Combray, s’écriait-elle. (Et le ton presque chanté sur lequel elle déclamait cette invocation eût pu, chez Françoise, autant que l’arlésienne pureté de son visage, faire soupçonner une origine méridionale et que la patrie perdue qu’elle pleurait n’était qu’une patrie d’adoption… Ah ! Combray, quand est-ce que je te reverrai, pauvre terre !
Le 30 février, peut-être. Mais pour elle, j’espère que non, car ça devient sombre :
Hélas ! pauvre Combray ! peut-être que je ne te reverrai que morte, quand on me jettera comme une pierre dans le trou de la tombe.
Vous savez que vous pouvez le visiter, oui ? C’est en Eure-et-Loir. De Versailles, on est à 102 km ; oups, j’aurais dû passer par là pour voir la maison de tante Léonie. Sans déconner !
Le traducteur a inventé quelque chose de bizarre qui n’apparaît pas dans le texte français. L’original dit :
« Du bien bon monde, ces Jupien, de bien braves gens et ils le portent sur la figure. »
M. Jupien est giletier, et visite souvent l Hôtel de Guermantes. Dans la version anglaise, il dit « Julien », avec une note entre parenthèses que Françoise confonde souvent les noms avec d’autres qu’elle connaît plus. La version anglaise réunit plusieurs éditions ; peut-être que Proust avait fait ce changement dans un autre brouillon.
Moi aussi, j’ai des connaissances françaises qui m’appellent Julien pour la même raison.
M. Jupien aime taquiner Françoise, et pour sa part :
La coquetterie de la jeune fille qu’avait été Françoise affinait alors pour M. Jupien le visage ronchonneur de notre vieille cuisinière alourdie par l’âge, par la mauvaise humeur et par la chaleur du fourneau, et c’est avec un mélange charmant de réserve, de familiarité et de pudeur qu’elle adressait au giletier un gracieux salut
Le narrateur étant toujours lui-même, on n’avance pas loin sans qu’il s’en plaigne :
D’ailleurs, sans méconnaître l’utilité qu’il eut ainsi pour Françoise à titre de « médicament de transition », je dois reconnaître que Jupien ne m’avait pas plu beaucoup au premier abord… dès qu’il parlait, parfaitement bien d’ailleurs, il était plutôt froid et railleur.
J’ai l’impression qu’il ne va pas faire grande partie de ce tome, car ça arrive une page plus tard :
Son rôle dans la vie de Françoise avait vite cessé d’être indispensable. Elle avait appris à le doubler.
Quelque chose a certainement changé chez Françoise, car le parler à table tourne vers les Guermantes, et on apprend que :
« Je me demande si ce serait pas euss qui ont leur château à Guermantes, à dix lieues de Combray, alors ça doit être parent aussi à leur cousine d’Alger. (Nous nous demandâmes longtemps ma mère et moi qui pouvait être cette cousine d’Alger, mais nous comprîmes enfin que Françoise entendait par le nom d’Alger la ville d’Angers. Ce qui est lointain peut nous être plus connu que ce qui est proche. Françoise, qui savait le nom d’Alger à cause d’affreuses dattes que nous recevions au jour de l’an, ignorait celui d’Angers. Son langage, comme la langue française elle-même, et surtout la toponymie, était parsemé d’erreurs.)
Honnêtement, je doute que la Françoise du premier tome ne fasse une telle erreur. Mais avec ça, les yeux piquent trop pour lire plus loin. Ça dit, sérieusement, Marcel ? Je connais Angers depuis le lycée, même si je trompais gravement de la prononciation !

Confondre des paronymes fait suspecter de bêtise… Pourtant ces confusions sont sources d’humour, de conversations enrichies d’esprit, voire de tendresse ou simplement d’empathie, quand elles se chargent d’une connaissance approfondie d’un familier. Merci pour ces passages choisis et tes commentaires qui font toujours sourire du plaisir de te lire. Bon dimanche-madeleine !
J’aimeAimé par 3 personnes
Meilleure santé Justin.
J’aimeAimé par 2 personnes
Est-ce que Marcel ne chercherait pas à nous perdre, entre ses personnages ou ces noms de lieux, plus ou moins oubliés ?
Ou s’y perd-il lui même…
En attendant Justin, repose-toi et prends soin de toi.
J’aimeAimé par 1 personne
Bon rétablissement Justin 🙏
J’aimeAimé par 1 personne