Archives pour la catégorie Langue de Molière

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Quel pâté choisir ?

Avant de me lancer dans Langue de Molière cette semaine, j’aimerais simplement vous rappeler que si je n’ai pas d’expérience avec quelque chose, il est fort probable que je ne me serai soucié d’en apprendre plus. Dans ce cas, M. Descarottes n’a jamais mangé de la viande, alors il ne m’est jamais arrivé à l’esprit d’apprendre les noms de la nourriture pour les chiens et les chats.

Tout ça, c’est pour dire qu’il y a deux mois, j’étais tout perplexe en lisant un billet d’Il Est Quelle Heure, qui disait :

Stella n’est pas très gourmande. Par contre, elle raffole de pâtée. [Caractères italiques et en gras à moi]

Pâtée

Stella est son chat. J’ai lu ça et je me suis dit, « Attention, c’est le pâté et c’est de la nourriture pour les êtres humains, n’est-ce pas ? » J’ai donc consulté mon dictionnaire Oxford :

Entrée pour pâté. Le premier sens dit « Cuisine » et donne pâté de foie et pâté en croûte comme exemples.

L’entrée pour le pâté au masculin pourrait être plus clair. Les exemples commencent avec pâté de foie. D’abord, beurk (s’il agit de foie de bœuf ou de poulet). Deuxièmement, voici ce qui vend MacCiseaux Maxi Zoo :

Boîte « Fit + Fun Pâté au Foie de Volaille »
Capture d’écran

Ça provient évidemment d’une marque allemande, mais le français dit clairement « pâté » sans être au féminin. Puis, on lit l’entrée pour pâtée au féminin :

Entrée pour pâtée avec trois exemples pour les animaux dans le premier sens.

Le premier sens dit « pour un chien/les cochons/la volaille » — exactement comme madame l’a utilisé. Et je prends des leçons de français auprès d’Allemands depuis quand exactement ?

Ça dit, j’ai la même question que toujours à propos des aliments pour les chats et les chiens. Le riz, le saumon, le potiron, ces trucs font-ils vraiment partie du régime des animaux à l’état sauvage ?

Boîte de poulet au potiron pour les chats
Capture d’écran

Même si je peux trouver des exemples de pâté au masculin pour les animaux, impossible de trouver des erreurs dans l’autre sens. Rechercher « pâtée » sur le site de Carrefour à pour résultat des suggestions uniquement pour les animaux :

Capture d'écran de la barre de recherche chez Carrefour : « pâtée » se métamorphose en « pâtée pour chat/chien/chats adultes ».

Pour être honnête, je ne peux pas distinguer entre les deux à l’oral, et je ne suis pas sûr de le faire niveau produit lui-même. À vous, ou à vos chats — ça miaou est égal.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour expliquer la relation entre votre hôte et Satanas.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Deux temps, trois « mestres »

Il y a quelque chose qui me dérange depuis longtemps, même s’il ne me concerne pas, puisque je ne suis pas gérant. En France et aux États-Unis, on utilise des mots qui semblent être identiques, ou presque, pour diviser l’année. Pourtant ces amis sont trompeurs, même si pas faux, et je vais l’expliquer.

Considère que l’on vous dit :

Depuis des décennies, les écoles, collèges et lycées se basent sur un calendrier trimestriel pour organiser l’année scolaire. Cela consiste à diviser l’année en trois périodes distinctes, afin de fixer des objectifs à court terme et d’évaluer la progression des élèves au fil de leur parcours.

Trimestres/semestres, Anacours

Il y a 3 trimestres, « trois périodes distinctes », on reçoit trois notes. Et en anglais, on dit :

A trimester system divides the academic year into three sessions: fall, winter, and spring.

Un système trimestriel divise l’année scolaire en trois périodes : automne, hiver, et printemps. [ma traduction]

Study in the USA

Trois périodes distinctes, trois notes. Jusqu’ici, ça va.

Mais maintenant, on pas aux affaires. L’Insee, par exemple, publie des chiffres « trimestriels » tels que :

Au quatrième trimestre 2025, l’indice de référence des loyers augmente de 0,79 % sur un an

Insee

Attendez, on vient de me dire que les trimestres divisait l’année en trois ! « Quatrième trimestre » a donc l’air impossible ! Mais en anglais, on dit plutôt :

Q4—also known as quarter-four or the fourth quarter—is the last quarter of the financial year for both corporations and other organizations.

Q4 — aussi connu sous les noms quart-quatre ou le quatrième quart — est le dernier quart de l’année fiscale également pour les entreprises et les autres associations. [ma traduction]

Investopedia

On est d’accord que si on divise quelque chose par quatre, il y a quatre quarts, non ? Il y a même un gâteau nommé pour ça (allez chez Péla pour un nouveau). Qu’est-ce qui se passe chez le français, où 4 parts peut être « tri » et « quatre » en même temps ?

Il s’avère que c’est parce que le français est plus fidèle que l’anglais à l’étymologie du mot. Le Trésor nous dit :

Empr. au lat.trimestris « de trois mois »

Trimestre

Et le dictionnaire américain Merriam-Webster ajoute :

Etymology: French trimestre, from Latin trimestris of three months, from tri- + mensis month — more at MOON

Étymologie : Français trimestre, du latin trimestris de trois mois, de tri- + mensis mois [ma traduction]

Trimester

Je ne vais pas mentir — peut-être que le français a raison, mais comme « quatrième trimestre » fait mal à mes oreilles anglophones !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour donner sa nourriture au chat.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Il y a pire

L’une des premières choses à attirer mon attention en 2020, quand j’ai commencé à apprendre le français, c’était l’habitude de faire des comparaisons de façon négative. Je ne peux pas donner un ordre pour tout, mais je suis absolument certain que la première expression de ce genre que j’ai apprise, c’était « pas mal ». Et bien sûr, il y a une merveilleuse parodie de cette habitude dans La Grande Vadrouille quand Louis de Funès dit « C’était pas mauvais, c’était très mauvais ! »

Il y a deux semaines, j’ai vu un post sur le groupe Facebook, Everything French, sur exactement ce sujet, à partir de ces exemples fournis par la prof de français Nora El Garhy :

C'est des exemples de la litote; « il ne fait pas chaud » pour dire « il fait froid », « pas mal » pour « bien », et ainsi de suite.
Source

Je n’avais pas rencontré le mot « litote » jusqu’à ce point, mais j’ai tout de suite compris l’idée, parce que je remarque cette tendance partout. Ça doit être le comportement le plus français de toute la langue !

Après tout, ce n’est pas uniquement un cas d’utiliser deux mots négatifs pour dire quelque chose de positif. Cette tendance Bourriquet se manifeste même en félicitant vos élèves. En anglais, quand on est diplômé à la fac (on ne fait pas ce qui suit au lycée), il y a trois niveaux de mention, avec des noms latins :

  • Cum laude
  • Magna cum laude
  • Summa cum laude

Ce sont des équivalents exacts des mentions françaisesassez bien, bien, très bien — mais la signification littérale des mots est plutôt différente. Une traduction mot-par-mot, sans se soucier du fait que personne ne dirait ce qui suit en français, serait :

  • Avec honneur
  • Avec haut honneur
  • Avec l’honneur le plus haut

Moi, j’ai réussi mon diplôme à la fac magna cum laude, et je vous ai raconté avant l’histoire de pourquoi j’ai raté summa — parce que j’ai insisté sur finir un cours de génie électrique dont je n’avais plus besoin. Quand j’ai entendu parler de la mention « assez bien », je l’ai trouvée hilarante — c’est ce que l’on dirait en anglais de quelqu’un qui avait fait le minimum ! C’est ici que l’on trouve le pessimisme que je vois largement quand les Français parlent des autres Français, mais presque jamais dans leurs comportements personnels.

Bien sûr, on ne peut pas toujours faire confiance que cette habitude de négativité veut dire l’envers. Je ne me souviens plus de la première fois où j’ai entendu « pas terrible », mais je sais que je le croyais une version plus intense de « pas mal », alors encore mieux. Mais non, comme explique le podcast Français Authentique, en français, « terrible» est en fait parfois une bonne chose, alors l’envers, c’est mauvais :

« Terrible » a plusieurs sens, mais il y a un sens qui veut dire « exceptionnel, extraordinaire ». Donc, si vous décrivez quelque chose en disant « c’est pas terrible », ça veut dire que ce n’est pas extraordinaire, ce n’est pas super, ce n’est pas bien, ça ne me plaît pas.

3 expressions françaises pour dire que vous n’aimez pas quelque chose, Français Authentique

On a aussi cet usage de terrible en anglais, mais ça appartient vraiment au XIXe siècle. Il y avait une chanson de la Guerre Civile, toujours enseignée dans nos écoles, Le Hymne de bataille de la République, qui parle de « His terrible, swift sword » (« sa terrible et rapide épée », selon le lien de Wikipédia). Mais je vous rassure, je ne peux même pas penser à un seul exemple de cet usage dans le langage courant. J’ai donc été complètement surpris d’apprendre que « pas terrible » est, en fait, pas bon.

Mais ce que je trouve encore plus remarquable, c’est que l’on ne dit jamais ces choses de façon positive — le mot « pas » s’implique dans l’affaire à chaque fois. Si on veut être pessimiste en anglais quand on vous demande « Ça va ? », c’est très naturel de répondre « Could be worse », « Ça pourrait être pire ». C’est logique de dire ça en français — on peut comprendre le sens — mais je n’entends jamais ce sentiment exprimé de cette façon.

Honnêtement ? C’est pas la pire chose.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une courte observation sur comment le français divise l’année, et pourquoi c’est trompeur pour un anglophone.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Maître-D

Cette semaine, Langue de Molière fait la rencontre avec Dimanche avec Marcel afin de nous amener enfin à une blague dans ma tête depuis des années. 5 années, pour préciser.

D’abord, revenons à un moment que j’ai mentionné dans Dimanche avec les de Stermaria, sans citer ces phrases exactes — juste la partie directement avant qui parlait des habitués de l’hôtel :

Ce petit groupe de l’hôtel de Balbec regardait d’un air méfiant chaque nouveau venu, et, ayant l’air de ne pas s’intéresser à lui, tous interrogeaient sur son compte leur ami le maître d’hôtel. Car c’était le même — Aimé — qui revenait tous les ans faire la saison et leur gardait leurs tables… [caractères en gras ajoutés — Justin]

À l’ombre des jeunes filles en fleurs

En anglais, on a emprunté « maître d’hôtel » au français il y a longtemps, mais de façon tronquée :

Entrée du dictionnaire Merriam-Webster pour "maitre d'"
Capture d’écran

On n’utilise que très rarement le mot « hôtel » après l’apostrophe, et presque jamais l’accent circonflexe. Si vous cliquez le lien de la photo, vous verrez que le circonflexe n’apparaît dans aucun des 5 exemples. Mais l’important ici, c’est que je veux que vous voyiez que l’on dit « maitre d' » en anglais. Sachez aussi que la traduction de « maître », c’est « master ».

Sautons du coq à l’âne ; restez avec moi, et je promets que l’on reviendra sur le sujet original. Parmi mes jeux vidéo préférés de tous les temps se trouve le chef-d’œuvre de chez Capcom pour la NES, ainsi que l’arcade, Bionic Commando. Dans ce jeu, on joue dans la peau d’un soldat équipé d’un bras bionique qui « lui permet d’attraper diverses surfaces afin de se propulser ou de s’y laisser pendre » (merci, Wikipédia, j’allais avoir du mal à expliquer ça). Mais l’arcade et la NES ont une différence importante. Voici une statue du méchant à la fin de la version arcade :

Jeu NES (alors pas trop réaliste) avec une statue en pierre gris d'un homme habillé en uniforme militaire, avec une casquette militaire, une longue barbe et des lunettes de soleil. Elle n'a pas de bras droit.
Capture d’écran

Je ne sais pas vous, mais à mon avis, il ressemble le plus au chanteur Billy Gibbons de ZZ Top. C’est la barbe follement longue :

Billy Gibboms porte une longue barbe, des lunettes de soleil, et un chapeau Stetson.
Billy Gibbons en tour à Tours, Photo par Tilly antoine, CC BY-SA 4.0

Mais le jeu de l’arcade est beaucoup plus court que le grand classique de la NES, et n’a pas d’histoire détaillée comme ce dernier. Pendant la grande majorité du jeu de la NES, on croit que le méchant est un certain Generalissimo Killt :

Generalissimo Killt menace le joueur, Capture d’écran par PPLToast, CC BY 3.0

Mais juste avant la fin du jeu, il s’avère que le vrai méchant est en fait le chouchou de Hollywood, ressuscité juste à temps :

Capture d’écran

Ouais, c’est le leader allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il dit « Tu m’as réveillé d’un long sommeil. Maintenant, je n’ai plus besoin de toi. » Au Japon des années 80, ça ne faisait pas polémique, et le jeu était connu sous le titre « Top Secret : La Résurrection d’Hitler ». Mais afin de le sortir en Amérique du Nord, Nintendo a insisté que le développeur doive enlever toute référence aux Nazis. Alors quand le generalissimo vous dit qu’il était en train de ressusciter le dictateur, il utilise un nom différent :

Capture d’écran

En particulier, il dit « Je viens d’éteindre le dispositif de résurrection. Master-D ne reviendra jamais. »

Et maintenant vous le voyez. Hitler est devenu « Master-D », alors une fois que j’ai appris un peu de français, j’ai enfin compris qu’il avait été renommé « maître d’hôtel ».

Si seulement il avait dit au joueur « Muskatnuss, Herr Müller ! » . Mais le jeune moi ne l’aurait pas compris.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un billet pas mal.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Fa la la

D’abord, avez-vous fini vos devoirs de Noël ? Les cadeaux sont bien emballés, la bûche est prête, pas d’autres tâches ? Non ? Allez, Langue de Molière peut attendre.

Sinon, c’est notre édition spéciale de Noël, et le Père Justin va vous raconter des choses pour vous faire dire « Nan, mais sérieusement ! » (Au fait, c’est où Jours d’humeur ?)

Cette semaine, on commence avec une question posée par une amie dans un groupe privé sur Facebook : pourquoi dit-on parfois « la Noël » au lieu de « le Noël » ? D’abord, j’étais étonné -/ je n’ai jamais entendu ça ! Puis je me suis dit « Et pourquoi êtes-vous étonné, vous ? Vous entendez peut-être 10 minutes de français tous les jours, et la moitié de ça est des pubs sur RTL. Selon vos expériences, l’expression la plus connue en France est « Je peux pas, j’ai Grand Frais. » Il y a plein de choses que vous n’avez jamais entendu ! » J’ai dû avouer que le type avait raison. Puis, il me semblait : si on dit ça, ça doit être à cause d’omettre « fête », comme « la (fête de) Saint-Valentin ». Mais c’est Langue de Molière, où nous ne devinons pas, nous recherchons.

Il s’avère que de nombreuses sources disent que c’est exactement ça. Radio Canada cite l’Office québécois de la langue française :

Noël admet aussi le genre féminin lorsqu’il est précédé de l’article défini singulier, sans épithète. « C’est probablement par ellipse de « fête de » que l’on dit la [fête de] Noël », mentionne le site Internet de l’Office québécois de la langue française.

« La » Noël ou « le » Noël ?

La vedette de nombreux billets dans cette série, Sandrine Campese du Projet Voltaire, ajoute que :

Condamnée dans le Dictionnaire grammatical du mauvais langage (1813) car trop provinciale, la tournure est pourtant utilisée par certains auteurs pour son élégance et sa poésie. 

Cinq choses essentielles à savoir sur le mot « Noël »

Attendez, il y a un « Dictionnaire grammatical du mauvais langage » ? Je veux bien le voir ! Mais pourquoi « trop provinciale » ? Il s’avère que c’est fortement lié à certaines régions, et non seulement en France elle-même :

En Provence, la tradition de dire “la Noël” est encore vivace. Cette région, connue pour ses fêtes de Noël riches en coutumes et en folklore, utilise “la Noël” pour souligner l’aspect festif et communautaire de cette période. Par exemple, les Provençaux préparent “le gros souper” et les treize desserts, des traditions ancrées dans la culture locale, où “la Noël” est célébrée avec une grande ferveur.

“La” ou “le” Noël ?

Radio Canada nous dit que c’est uniquement la Noël en Haïti :

En Haïti où j’ai grandi, je n’ai jamais entendu parler de  »le » Noël. C’est toujours  »la » Noël. On chante  »la » Noël, on parle de  »la » Noël.

Alors qu’au Congo, faites comme vous voulez :

En République démocratique du Congo, la dénomination de la célébration est laissée à l’appréciation de chacun, selon l’Ontarien Elie Kabeya Mfwamba. « Il y en a qui disent Noël, il y en a qui disent la Noël. Et il n’y a pas vraiment de problème en tant que tel », dit-il.

Mais selon le conseiller linguistique de Radio Canada, Guy Bertrand, on peut même l’écrire au pluriel :

« Dans ce cas, Noël s’écrit avec une minuscule et peut s’écrire avec la marque du pluriel. On peut dire je vous ai apporté un petit noël ou encore je vous ai apporté de petits noëls. »

Ouf, j’espère que le bonhomme Noël m’apporte un Doliprane après ça. Quoi, vous ne connaissez le bonhomme ? C’est la faute à George Sand, selon Mme Campese :

George Sand. C’est la romancière qui attesta en 1855 l’expression « père Noël ». Avant, on parlait plutôt de « bonhomme Noël », tandis qu’en Belgique et dans le nord de la France, c’est saint Nicolas – équivalent du Santa Claus anglo-saxon – qui distribue les cadeaux aux enfants.

Et avec ça, j’ai une bûche à sortir du congélateur. Noël !

Quoi, vous ne saviez pas que c’était un cri de joie au XIVe ? Notre dernier fait divers vient de Mme Campese :

Aux XIVe et XVe siècles, « Noël ! » était le cri de réjouissance que poussait le peuple pour saluer un événement heureux, par exemple la naissance d’un héritier du trône ou l’arrivée d’un grand personnage.

Pourtant, personne ne cri « Noël » à mon arrivée. Je suis offensé.

Il y a trop de comptes à régler avant la fin de l’année, alors Langue de Molière vous reverra l’année prochaine, en vous souhaitant une un Joyeux Noël.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Le vin sacré

Cette semaine, Langue de Molière fait l’enquête sur un sujet religieux. Il s’agit d’une traduction biblique que je n’ai jamais aimé en anglais, où chercher la version catholique en français m’a mené à une découverte surprenante. Parce que ce n’est pas mon but d’être sectaire, je vais donner des traductions catholiques, protestantes et juives.

Il y a des semaines, selon le calendrier catholique, on a lu le livre d’Isaïe, en particulier le début du chapitre 25. Je n’ai jamais aimé les traductions en anglais du verset 25:6, parce que même si je ne comprenais pas le hébreu biblique, j’avais du mal à croire que ce passage pouvait être si banal. Je vais mettre en gras et en italique la partie importante. Voici les 3 traductions anglaises :

On this mountain the LORD of hosts
will provide for all peoples
A feast of rich food and choice wines,
juicy, rich food and pure, choice wines.

Isaiah 25:6, USCCB

On this mountain the Lord Almighty will prepare
    a feast of rich food for all peoples,
a banquet of aged wine—
    the best of meats and the finest of wines.

Isaiah 25:6, KJV

And the Lord of Hosts shall make for all the peoples on this mount, a feast of fat things, a feast of dregs; fat things full of marrow, dregs well refined. 

Isaiah 25:6, Chabad

Le contexte ici, la partie sans accent dans les trois cas, c’est que Dieu préparera un repas de fête pour les croyants sur une montagne. La partie qui m’agace est la description des contenus de ce repas. Sans vouloir parler pour les traducteurs, je donnerai mes propres traductions hyper-littérales de ces trois en français — mais il s’agit des contenus anglais, pas les choix des traducteurs de ces confessions directement en français.

Version catholique : Un festin de nourriture riche et de vins de choix, de nourriture riche et juteuse et de vins purs de choix.

Version protestant : Un festin de nourriture riche pour tous les peuples, un festin de vin âgé — les meilleures viandes et les meilleurs vins.

Version juive : Un festin de choses grasses, un festin de lies ; des choses grasses pleines de moelle, des lies bien raffinées.

La répétition est caractéristique de la Bible ; j’imagine que c’était bien là en hébreu. Mais une de ces choses n’est pas comme les autres — la version juive ici précise des détails qui ne sont pas là dans les versions chrétiennes. Alors qu’il y a des centaines de traductions protestantes en anglais, j’ai choisi celle du roi Jacques, parce que tout le monde la considère une référence littéraire, même si l’on n’est pas anglican. C’est exactement cette qualité littéraire que je ne trouve pas dans la version catholique en anglais, et cette fois, je voulais savoir ce qui disait la version française. Voici la traduction selon l’Association épiscopale liturgique pour les pays francophones, ce qui veut dire la liturgie officielle :

Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés.

Isaïe 25,6, AELF

Oh là là, que ça ne ressemble pas du tout à la traduction anglaise de l’Église ! Mais j’allais toujours répéter cet exercice pour les 3 confessions. Je ne suis pas bien instruit en protestantisme en français, mais après quelques recherches, il me semblait que la version de Louis Segond était assez bien acceptée pour mon but. Et ça rend :

L’Éternel des armées prépare à tous les peuples, sur cette montagne, Un festin de mets succulents, Un festin de vins vieux, De mets succulents, pleins de moelle, De vins vieux, clarifiés.

Isaïe 25,6, Louis Segond

Je n’ai pas réussi à trouver la version juive de la même organisation qu’en anglais, mais celle-ci est quand même très proche des autres :

Et l’Eternel-Cebaot donnera à toutes les nations, sur cette montagne, un festin de mets succulents, un festin de vins de choix, de mets pleins de moelle, de vins vieux clarifiés.

Isaïe 25,6 Sefarim.fr

À ce point, je suis bien convaincu. Les traductions françaises sont toutes assez similaires, les unes aux autres, que je peux leur faire confiance. Le texte original doit parler de moelle et de vin clarifié, et pour des raisons moins qu’évidentes, les traductions chrétiennes en anglais laissent tomber ces détails.

Ce qui est drôle, c’est que quand j’ai commencé ces recherches, je croyais qu’il s’avèrerait que la traduction française catholique était hyper-précis à cause de répondre à un besoin culturel. Mais en fait, vu que toutes les traductions en français sont bien d’accord, c’était exactement le contraire !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une édition spéciale pour Noël.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Tirez !

Lundi, je vous ai dit que j’avais fini Final Fantasy V. Aujourd’hui est Langue de Molière, pas la suite de mon post pour reprendre le jeu — mais c’est quand même le jeu qui est responsable du post du jour. Peut-être que vous vous souvenez de cette photo :

C'est un bal dans un palais. On dit « La princesse Lenna est mignonne mais la princesse Sarissa est canon ! »

Ce n’était pas la première fois où j’ai entendu le mot « canon » utilisé de cette façon. Mais c’est sans question l’un des usages qui me rend le plus perplexe de toute la langue française.

Ce mot existe tel quel en anglais. Et il y a plusieurs sens partagés entre les deux langues. Quand on parle de droit canon, la loi de l’Église, on dit « canon law » en anglais, une traduction exacte. Quand on chante une chanson où tout le monde chant la même partition, mais commence à des moments différents, comme dans la comptine anglaise « Are You Sleeping. Brother John? », ça s’appelle « chanter en canon ». Quoi, vous ne reconnaissez pas ce titre ? Allez :

Ah, oui, j’oublie parfois qui fait tout en anglais et tout en français. Cette comptine est beaucoup mieux connu aux États-Unis sous un titre français, avec des paroles pareilles, « Frère Jacques » :

Mais ce n’est pas la fin de nos canons en commun. Lié au droit canon, il y a l’idée des livres ou des histoires qui font autorité. On parle également en anglais qu’en français du canon biblique. On a tendance parmi les communautés anglophones de fans de telle ou telle série d’abuser du nom quand il s’agit de l’adjectif. On dit donc « C’est canon que les Bisounours sont les ancêtres de Dark Vador » quand le bon usage serait plutôt « C’est canonique que les Bisounours… ». Mais c’est assez proche.

Cependant, ce que je trouve absolument bizarre, c’est que le français utilise uniquement « canon », avec un seul « n » au milieu du mot, pour les sens liés aux armes à feu, où le mot équivalent en anglais utilise deux « n », « cannon ». L’une des erreurs les plus fréquentes que je vois pas des francophones écrivant en anglais, c’est de doubler les consonnes partout. En français, on écrit « passionnant » ; l’anglais est « passionate ». En français, on écrit « raisonnable », l’anglais est « reasonable ». C’est donc étonnant que ceci est un « cannon » en anglais, mais « canon » en français :

Canon à Yorktown, Virginia, Photo par Mobilus In Mobili, CC BY 2.0

Mais vous aimez tant ce mot que vous l’utilisez pour toute la gamme d’armes à feu où l’anglais a une diversité de vocabulaire. Ceci est un « fusil à canon double » fabriqué en France vers 1784 :

Fusil à canon double par Nicolas Bouillet, Photo par Metropolitan Muséum of Art, Domaine public

En anglais, on appelle la partie dite « canon » un « barrel ». Même chose chez les « rifles » en anglais ; ce sont des « fusils à canon rayé » en français.

Ce qui est encore plus étonnant, c’est que le français fait ça malgré le fait que les mots n’ont pas d’histoire en commun. Le « cannon » anglais vient de « canon » en français du temps de Guillaume le Conquérant, mais à son tour, le français l’a emprunté à l’italien « cannone », venant originalement du latin « canna », d’où la canne de « canne à sucre ». Mais l’autre « canon », celle de l’Êglise et de la Guerre des Bisounours, ça vient du grec « kanōn », ce qui veut dire une règle ou un modèle.

Mais ce que je trouve le plus bizarre de toute cette histoire ? Alors que mon dictionnaire bilingue Oxford est au courant de tous ces sens de canon, il semble que le Trésor de la Langue française ne connaît que les « objets en forme de tube ». Le sens de l’adjectif qui m’a lancé sur cette enquête n’y apparaît pas du tout, et le sens de l’église uniquement dans d’autres entrées telles que « canoniste », un spécialiste en droit canon. Je ne m’attendais pas du tout à ce résultat !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une traduction biblique particulièrement française.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Mieux connaître savoir

Plus tôt cette année, mais j’ai du mal à le retrouver, j’ai fait une assez grosse erreur pour que plusieurs lecteurs m’aient envoyé des ressources pour différencier « savoir » et « connaître ». Pour être clair, je l’apprécie — sinon, je ne les aurais pas mises dans mon fichier pour Langue de Molière !

D’abord, je dois l’avouer — les règles sont grosso modo les mêmes qu’en espagnol. Il n’y a donc pas d’excuses de mon côté. Enfin, presque. Il y a quelques nuances que je ne crois pas existent en espagnol, et qui semblent contredire la règle générale. C’est un soulagement, bien sûr — je m’inquiéterais que c’était une escroquerie si on me disait qu’une règle de français était simple et sans exceptions !

L’office québécois de la langue française présente la règle générale comme ça :

La distinction tient parfois moins au sens des mots qu’à certains emplois : on connaît quelqu’un ou quelque chose, on sait quelque chose.

Différence entre savoir et connaître

Et il semblerait même que le sens de « quelque chose » n’est pas pareil dans les deux cas. On connaît un livre ou un film ; on sait faire des macarons. On a un sens de la différence, même s’il est un peu difficile á préciser.

C’est plus qu’un peu difficile à préciser. Selon le même article, « Le verbe connaître signifie « être renseigné sur l’existence et la valeur de quelque chose ». » Par exemple :

Mes élèves connaissentl’importance de faire de l’activité physique.

Je ne suis pas élève de cette personne. Ils continuent : « Il peut aussi prendre le sens d’« avoir acquis des connaissances et de la pratique dans un domaine particulier ». »

Cette électricienne connaît bien son métier.

Ah oui, Bourvil (et moi) chantons pareil dans « La tactique du gendarme » :

Contravention
Allez, allez,
Pas d’discussion
Allez, allez,
Exécution
Allez, allez,
J’connais l’métier

Ils ajoutent en plus que « Connaître peut également signifier « faire l’expérience de; ressentir ». »

Issu d’un milieu aisé, il n’a jamais connu la misère.

Et vous croyiez qu’il n’allait pas être du Proust dans Langue de Molière !

Qu’est-ce que ça laisse pour savoir ? Décrire une compétence, pour une chose :

Mon oncle Benoît sait créer de magnifiques meubles.

Ou avoir un talent :

Marie sait se défendre; on n’a pas à s’inquiéter pour elle!

Mais attention, je ne vois pas vraiment de différence entre ces deux exemples, sauf qu’il s’agit de lecture dans un cas et de maths dans l’autre :

Déjà, à quatre ans, son fils connaissait tout l’alphabet.

Cet élève sait sa table de multiplication par cœur.

Je suppose que « par cœur » insiste sur le fait d’avoir mémorisé les infos, mais on ne connaît vraiment pas l’alphabète si on le lit d’une feuille de papier imprimée. Mais ils poursuivent que c’est une question de profondeur :

Ces enfants connaissent la fable La cigale et la fourmi. (Ils en connaissent l’existence, peuvent en indiquer le propos, en faire un résumé.)

Ces enfants savent la fable La cigale et la fourmi. (Ils la connaissent dans ses moindres détails et peuvent la réciter.)

Bof. Veuillez supposer que je fais une différence pareille s’il vous semble que je confonds les deux.

L’autre page, Français facile, donne largement des exemples pareils, mais ajoute deux renseignements particulièrement utiles :

-Connaître est suivi d’un groupe nominal et n’est jamais suivi d’un verbe.

– Il n’est jamais suivi  d’une proposition subordonnée introduite par : que/ qui/ où/ quand/ pourquoi/ comment/ si…

– Le verbe savoir est souvent suivi d’une proposition subordonnée introduite par :  que/ qui/ où/ quand/ pourquoi/ comment / si…
Il indique alors une notion d’information reçue ou de conviction.

– Lorsqu’il n’est pas suivi par ces mots vous le trouverez suivi d’un verbe à l’infinitif.
Il indique alors ‘le savoir’
‘comment faire quelque chose’.

Savoir ou connaître

Mais nous venons de parler de « Il sait sa table de multiplication », qui n’est suivi ni d’une proposition subordonnée ni d’un verbe !

Et vous vous demandez pourquoi il y en a qui disent de telles choses que « Keske sait ? » Ils connaissent l’importance de savoir jeter l’éponge, c’est tout.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec assez de canons pour un bateau pirate.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Union

Ça fait un moment depuis la dernière fois où on a eu une leçon de mon experte en grammaire préférée, Aurore Ponsonnet. Mais il y a des semaines, elle a abordé un sujet que je croyais que je connaissais, et le temps que je finisse de lire ses pensées, j’avais changé d’avis.

Avant de continuer, il me semble que certains de ses exemples doivent être tirés de son livre Le français pour adultes consentants. Ils ne sont pas à moi.

Tout commence doucement quand elle explique que l’on met un trait d’union entre le verbe et le sujet en inversant le verbe. Ben, rien d’étonnant, là :

Ami, entends-tu…

On connaît la chanson.

Puis elle ajoute que si le verbe se termine par « d », on le prononce comme un « t » devant une voyelle ; c’est-à-dire il, elle et on. Par exemple :

Vend-il du shit à grand-maman ?

J’ai dû consulter mon dictionnaire bilingue pour celui-ci, car ce mot veut dire « merde » en anglais. En quelque sort, il s’est transformé en « drogues » français. De toute façon, j’ai entendu ça avant, mais j’ai du mal à l’entendre. C’est très facile à entendre quand Google le fait au lieu d’un être humain, car la prononciation est un peu exagérée :

Elle continue avec le -t- qui va entre deux voyelles, bien connu pour moi :

A-t-on le droit de faire ça ?

Comme beaucoup de monde, elle appelle ça « euphonique », ce que je ne comprendrai jamais. Euphonique, c’est un accord quinte parfaite :

Pas euphonique, c’est l’accord triton :

Mais bon, vous n’aimez pas les syllabes qui se terminent par des consonnes. À vous.

Puis elle m’a appris deux choses qui m’étonnent. D’abord, elle dit que si un verbe se termine par « c », on met aussi le « t ». Son exemple :

Convainc-t-il vraiment les gens ?

Je n’ai jamais entendu parler de ça, et je doute que je l’aie entendu dans la bouche d’un autre. J’ai posé la question à la synthèse vocale de Google — si c’est correct, vous trichez et ne prononcez pas le « c ». Et ça me laisse bien perplexe, parce que je ne connais pas de raison en tant que linguiste pour laquelle ce serait nécessaire.

Son dernier exemple me laisse bouche bée. J’étais au courant qu’il y avait une réforme de l’orthographe en 1990, mais à vrai dire, je ne pouvais pas dire ce qui avait changé au-delà de l’écriture de quelques verbes. Mon appli Bescherelle Conjugaison mentionne des verbes comme céder, où l’accent a changé d’aigu en grave dans le conditionnel. Ce n’est vraiment pas grand-chose :

Mais ce n’est pas de quoi elle parle. Ou plutôt, ça l’est, mais de façon surprenante. Dans son exemple :

Porte-je une culotte ?

elle dit qu’avant 1990, on prononçait « porte » comme s’il y avait un accent aigu, « porté », et depuis ce temps, comme s’il y avait un accent grave, « portè ». Honnêtement, je n’ai jamais remarqué ça non plus, mais je ne suis pas sûr que j’aie jamais participé à la bonne conversation pour l’entendre. Après tout, qui fait de telles liaisons exprès ? Surtout pendant une liaison.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour tout savoir sur connaître, et tout connaître sur savoir.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Il fait une liste et il la vérifie deux fois

Langue de Molière arrive un jour à l’avance cette semaine, car ça rend d’autres tâches plus faciles.

Connaissez-vous la chanson de Noël « All I Want for Christmas Is You » ? Heureusement, ça n’a rien à voir avec notre sujet, même si j’ai vu des mèmes qui prouvent que Mariah Carey est trop connue en France pour mes goûts. Mais « Santa Claus is Coming to Town », ça vous parle ? Surtout la version des Jackson 5 ?

La chanson est beaucoup plus vieille que ça, mais celle-ci est la version jouée la plus souvent à la radio chez moi. De toute façon, une parole dit « He’s making a list and checking it twice », la traduction de mon gros titre. Il s’agit de la liste de bons enfants gardée par le Père Noël. Et ça nous amène à ce billet sur les options pour faire des listes d’Il Est Quelle Heure

Elle est beaucoup plus organisée que moi, et montre comment utiliser les applis Rappels et Calendrier pour organiser ses tâches. Moi, je mets tout dans des fichiers Notes, à moins qu’il s’agisse d’un rendez-vous ou une date limite — dans ce cas, je le mets dans le Calendrier. Par exemple, cette date limite qui vient d’expirer pour mon manuscrit chez Flammarion. WAAAHH !

Capture d'écran d'une entrée dans mon calendrier : « Flammarion date limite, Monday, Nov. 17 2025 »

Ouais, j’écris mes notes dans le calendrier en français, mais la langue du portable reste en anglais, d’où « Monday » au lieu de lundi.

De toute façon, c’est Langue de Molière, alors mon sujet est comment elle a dit certaines choses plutôt que les calendriers eux-mêmes. J’ai noté deux choses dans mon fichier de « Langue de Molière-ismes » (dans Notes, bien sûr).

Je suis certain que bateau est parmi les premiers mots que j’ai appris. Mais en quelque sorte, j’ai passé 5 ans et demi sans savoir que c’est aussi un adjectif, non seulement le truc qu’un hibou vert navigue autour du lac (dites-donc, les exemples étaient très artificiels). Voilà :

Très bateau, mais ça fait du bien au moral.

En anglais, le mot donné pour ce sens de bateau est « hackney », et de son tour, c’est aussi le mot pour une autre forme de transport, un « hackney cab », c’est-à-dire un fiacre. J’étais très curieux si c’était plus qu’une coïncidence, alors j’ai vérifié le Trésor de la langue française. Et là, sans trouver une explication directe, il me semble que non, car cet usage ne date que des années 1970 :

B.−Fam. Idée qui a trop souvent servi, et de ce fait dévalorisée. C’est un vieux bateau. Synon. lieu commun.

− Emploi adj. [En parlant d’une formule, etc.] Rebattu, banal. Cette idée-là, c’est un peu bateau (Rob. Suppl. 1970). Phrases bateau, sujets bateaux (Gilb. 1971).

Bateau

Mais quelle coïncidence, ça !

L’autre chose, c’est le moment le moins « tous publics » de toute Langue de Molière. Elle a écrit :

J’essaye de m’approprier l’outil, parfois avec succès et parfois pas (cf: l’autre jour, j’ai essayé la « vue en colonne » pour une liste et c’était la fête du slip).

Je me suis demandé : « C’est quoi la fête du slip ? », et sachant qu’un slip est un sous-vêtement, j’étais prêt à lire que c’était quelque chose de gênant. Mais j’ai trouvé tout autre chose :

C'est une capture d'écran de Google, qui offre une photo de gens qui portent des slips à l'extérieur de son pantalon, souvent avec des bretelles. Il y a une explication en anglais au-dessous.

Je vous jure, je n’ai rien fait pour tricher ! La première phrase se traduit : « La Fête du Slip est un festival annuel de films pornographiques alternatifs qui se tient à Lausanne, en Suisse. »

Ô. Ô.

Wikipédia éclaircit légèrement la situation :

Intitulée d’après une expression populairela Fête du slip, sous-titré Festival des sexualités, est un festival pluridisciplinaire ayant pour thème les sexualités qui s’est déroulé chaque année à Lausanne de 2012 à 2023.

Fête du slip

Euh, le lien pour l’expression populaire suffira. Sérieusement.

(Familier) (Ironique) Décrit un comportement sans-gêne, une situation qui dégénère ou devient absurde, un relâchement total.

« — Tes parents m’ont appris que tu ne passais pas les fêtes chez eux, ils m’ont invité, j’ai dit non, ils essaieraient encore de me faire exorciser. A la place, c’est la fête du slip à Mykonos. » — (Agnès Martin-LugandLes gens heureux lisent et boivent du café, Éditions Michel Lafon, 2013, chap. 5)

Fête du slip, Wiktionnaire

J’ai visité Mykonos une fois. Je n’aurais pas été surpris à lire que la fête du slip là-bas est pareille à celle de Lausanne. Passez plutôt par Santorin et Rhodes si vous vous retrouvez en Grèce.

Dernier mot pour cette Langue de Molière ? Rougir.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour traiter des traits d’union.