Archives pour la catégorie Langue de Molière

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Coup de feu dans le jardin

Ce n’est pas la Langue de Molière que j’avais planifiée pour aujourd’hui, mais avant de l’écrire, un ami m’a envoyé une petite histoire vue sur Twitter, et c’est tellement moi (dans le mauvais sens) que c’est notre sujet du jour à la place de l’originale.

Alors, on a posté une capture d’écran de ce post sur l’appli Threads :

Capture d'écran du site Threads, traduite dans l'article.
Capture d’écran

Ça dit :

Je viens de voir un type dans le métro draguer une fille très respectueusement, elle lui a poliment montré sa bague de fiançailles et les deux ont partagé un petit rire. Il a haussé les épaules et a dit « I had to shoot my shot » (littéralement : « J’ai dû tirer ma balle »).

De nulle part, avec un fort accent français, tout le car entend, « Vous les Américains ! Toujours avec les fusillades. »

Je dois vous dire, j’ai lu un peu du fil de cet utilisateur, ainsi que les réponses, et c’est seulement mon honnêteté maudite qui m’a fait donner le bon lien. Car les réponses sont plein de trucs comme « Ah oui, la masculinité toxique », « Les hommes ne respectent pas les limites » et « Les hommes croient qu’ils ont le droit à un oui et refusent d’accepter un non ». Quoi, parce qu’il voulait sauver un peu la face ? Ce n’est pas vraiment la bonne colonne, mais ce sont les Américains que je voudrais le plus quitter.

Mais ce que j’ai dit à mon ami (qui n’avait pas lu le contexte original), c’était « Super, je viens de finir une leçon sur Duolingo sur exactement ce sujet, alors maintenant il s’agit de Langue de Molière. » (En anglais. Il ne parle pas français.) Alors, voici l’exemple que j’ai enregistré il y a une semaine, sans savoir pour quel moment je le gardais :

Ça dit en français : « Sûr de son charme, il a voulu la draguer, mais il s'est pris un râteau. » Et en anglais : "Sure of his charm, he wanted to hit on her, but he got shot down."

L’important ici, c’est la traduction donnée pour « se prendre un râteau ». C’est « to get shot down, » ce qui se traduit plus littéralement par : « se faire abattre », dans le sens d’un avion. Ce qui est un peu amusant ici, c’est qu’un râteau est un outil de jardinage, dit en anglais « rake », et on a une expression très similaire pour quelqu’un qui se fait ridiculiser, « step on a rake » ou « marcher sur un râteau » (l’idée étant qu’il agit comme un levier, et on finit par se faire frapper droit dans le visage). Mais dans ce contexte de rencontres, Duolingo donne une meilleure traduction, car pour nous, le râteau est plus typiquement un autre genre de faux pas, comme dire « Félicitations d’être tombée enceinte » à quelqu’un qui a pris du poids.

Alors oui, en anglais on parle de tirer et de fusillades aux deux côtés de cette activité. On tire sa balle en faisant une demande de sortir, et on est fusillé en recevant un « non ». Curieusement, il n’y a pas d’expression dans cette famille pour un essai qui réussite. Ça me rend curieux si, de l’autre côté, le français utilise d’autres expressions à base d’outils de jardinage. Je n’ai rien trouvé, mais sur une page consacrée aux synonymes, « tenter sa chance » a rendu des expressions comme « sauter dans le grand bain » et « mettre ses tripes ». À noter, quand on dit que l’on a pris un bain en anglais comme métaphore, c’est-à-dire que quelque chose est très mal allé.

Mais vous n’allez pas sortir de celle-ci aussi vite, car j’ai pris d’autres captures d’écran. Celle-ci m’a presque abattu, car il ne faut absolument pas faire comme ça aux États-Unis :

Ça dit : « Il faut faire la bise aux États-Unis ? »

J’ai dû répéter celle-ci à haute voix plusieurs fois, ce que je n’ai pas aimé :

Ça dit « Elle voulait me voir en cachette. »

Et puisque Duolingo ne sait pas ce qui est écrit sur ce blog, l’appli pense à m’enseigner ce que j’ai déjà dit :

Ça dit : « Je laisse tomber les sites de rencontre. »

Mais croiriez-vous qu’après ces leçons, l’appli est passé au sujet des accouchements et des nouveaux-nés ? Je ne plaisante pas — je viens d’apprendre « faire ses nuits » et « faire ses dents » cette semaine, deux choses que je n’avais jamais appris autrement ! Super de ranger les choses comme ça, mais je suppose que la séquence est logique.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler finalement de la crique.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Tonnerre de Mysidia !

À part le film de Steven Spielberg, dont je n’ai rien vu sauf les bandes-annonces, je ne connaissais pas Tintin avant d’apprendre le français. Mais impossible d’échapper aux mèmes avec ces personnages, et j’ai vite remarqué que le capitaine Haddock avait un vocabulaire… inépuisable :

Tintin et Dupond essaient de retenir le Capitaine. Il y a une bulle avec ce qui dit le Capitaine -- plus d'une centaine d'insultes, telles que « Cornichon diplômé ! » et « Crétin des Alpes ! ».
Source

Plus tard, j’ai joué à Final Fantasy V, et je me suis rendu compte que le jeu avait apparemment adapté l’une de ses citations à son univers, car un pirate crie « Tonnerre de Mysidia ! », Mysidia étant la ville mythique des sorciers dans ces jeux, et l’expression originale étant « Tonnerre de Brest ! ».

Capture d'écran où le pirate Faris crie : « Tonnerre de Mysidia ! Le gouvernail ne répond plus ! »

Mais en faisant d’autres recherches, j’ai appris qu’en fait, « Tonnerre de Brest » n’appartient pas au capitaine Haddock. Avec l’aide d’un article par Louis-Marie Brulé du Musée de l’Armée, j’ai découvert quel était le vrai tonnerre de Brest.

Il s’avère qu’il y a deux avis sur l’origine de cette expression. Tout le monde est d’accord qu’il ne s’agit ni de Quimper, ni de la météo. Il s’agit bien du bruit d’un canon à Brest. Mais quel canon, c’est moins certain. Dit M. Brulé :

Pour certains, ce « tonnerre » faisait référence au bruit du coup de canon tiré depuis l’Arsenal de Brest, annonçant quotidiennement l’ouverture et la fermeture des portes de l’Arsenal, à 6 heures et à 19 heures. Pour d’autres, ce serait celui du coup de canon que l’on tirait parfois depuis le bagne de Brest, en activité de 1749 à 1848, et qui signalait l’évasion d’un prisonnier.

Je ne sais pas vous, comme dirait un certain finistérien, mais il me semble que la première explication est plus probable. Après tout, c’est très régulier, alors que je serais bien surpris à apprendre que des prisonniers s’évadent tous les jours.

Mais l’article est une belle source d’autres renseignements. Afin de vous encourager de le lire, je ne partagerai qu’une autre chose, chère au cœur de ce blog, l’origine de « chauvin ». Après tout, j’ai écrit dans Je découvre la Drôme que « [N]ous sommes des chauvins français ici, alors on veut des spécialités régionales. » M. Brulé nous raconte :

Patriote convaincu, Nicolas Chauvin s’engage à 18 ans dans les armées révolutionnaires, puis combat vaillamment pour l’Empire. Blessé 17 fois, toujours en première ligne, il reçoit la Légion d’honneur pour ses nombreux coups d’éclat. Une carrière trop belle pour être vraie !

Ça me rappelle fortement l’histoire soviétique d’un certain Alekseï Stakhanov, un mineur qui existait vraiment, mais dont ses exploits sont exagérés pour la propagande. On dit de Stakhanov que :

Le 30 août 1935, on rapporte que Stakhanov et ses trois collègues ont extrait 102 tonnes de charbon, un record, en 5 h 45 min de travail, soit quatorze fois son quota. De ce fait, il gagne 200 roubles au lieu des 23 à 30 qu’il avait habituellement.

De ça, on dit qu’un « stakhanoviste » est une personne qui réussite du travail bien hors normes. Mais où ce nom est devenu quelque chose de positif, celui de M. Chauvin a connu un destin moins glorieux :

Inspiré du mythe antique du soldat-laboureur, le personnage apparaît dans les récits et chansons populaires post-révolutionnaires, avant d’être caricaturé comme un naïf enthousiaste et obtus, au patriotisme outrancier.

Je vous rassure, ce mot est bien connu en anglais, autant qu’en français, pour désigner non seulement quelqu’un avec un sens de « patriotisme outrancier », mais tout genre de personne qui croit à la supériorité de son groupe — on voit ce mot le plus souvent dans « male chauvinist », un homme qui croit que les hommes sont supérieurs aux femmes, au point où c’est le premier sens dans le dictionnaire Merriam-Webster.

Il y a beaucoup d’autres expressions intéressantes dans l’article de M. Brulé, mais vu que nous avons commencé avec le capitaine Haddock, c’est surprenant que « mille milliards de mille sabords ! » n’en fasse pas partie. C’est quoi un sabord ? Selon Europe 1, ce sont les ouvertures dans les côtés des bateaux, par lesquelles passent des rames — ou bien des canons. D’où, peut-être, l’expression au début de l’affiche en haut, « mille millions de mille sabords de tonnerre de Brest ! ».

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour revisiter un autre classique du début du blog, la crique.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Tu n’es pas mon style, mec

Il y a des années, une nouvelle connaissance (à l’époque quand tout le monde était « une nouvelle connaissance ») m’a envoyé un clip d’un certain Fatal Bazooka, « J’aime trop ton boule ». J’ai dû passer un bon moment avec un dictionnaire, mais je crois que c’était la première fois où j’ai entendu le mot « mec ». On trouve très peu d’exemples de ce mot, ainsi que de « meuf » sur ce blog. (Pour ce que ça vaut, j’ai trouvé le nom de l’adversaire de Fatal, Chris Prolls, très amusant — ça marche en anglais.) Pour autant que j’aime la sonorité de la langue française, ces mots font mal aux oreilles. Au moins, aux miennes.

De toute façon, il y a des semaines, j’ai vu la blague suivante sur le site Quora :

Le mec :  » Je veux que tu sois ma femme « 

La Meuf : Tu as une maison ?

Le mec :  » Non « 

La meuf : Tu as une Mercedes ?

Le mec :  » Non « 

La meuf : Tu touches combien ?

Le mec :  » Rien , mais…..

La meuf : Y a pas de mais……T’as rien et tu veux m’épouser ? Casse-toi chez ta mère !!!

Le mec :  » J’ai pas une maison, j’ai une villa , j’ai pas une Mercedes j’ai une Ferrari et une Porsche, je ne touche rien car c’est moi le patron et maintenant va te faire foutre chez ton père « 

Histoires drôles sur Quora

Vous ne la trouverez jamais sur la balado, car je la trouve insultante et pas particulièrement drôle. Le fait que la chute valide la règle de 6-6-6 n’améliore pas mon avis. Cependant, dans les commentaires, un utilisateur japonais a posé une question :

Lui : « Une question : d'où viennent les termes d'argot « mec » et « meuf » ? »
Moi : « Ce sont du « verlan », un jeu de mots où on prononce les mots à l'envers. « Meuf » est donc censé être « femme » à l'envers, et « emmef » manque de quelque chose. Quant à « mec », le Trésor de la Langue française dit :

Étymologie obscure 1982 propose d'y voir la conjonction mais que qui introduit une conditionnelle, une concessive, etc. et que l'on trouve substantivé dans certains dialogues. »
Capture d’écran

Comme j’ai cité du Trésor de la Langue française, on pense que ça vient peut-être d’une contraction de « mais que », et en quelque sorte, c’est devenu un nom. À vrai dire, je ne trouve pas cette explication très convaincante. Un autre utilisateur a proposé autre chose :

Alors mec, je penses ça vient du hollandais. Au bruxelle un petit homme se dit manken. Mais ça se dit mannkhienne. Si on retire le diminutif parce que les français simplifient, car ce n’est pas leur langue ça donne mannk. Mannk devient mennk qui devient mek, ou mec… Et chaque fois les hollandaise on fait forte impression au français. Aujourd’hui encore on a une expression « ta blonde » qui veut dire ta petite amie, ça vient de hollande car les hollandaises sont blondes. Manken, petit homme, mec en français.

Commentaire sur Quora

Je n’ai pas entendu cette histoire de blonde avant — et elle ne trouve aucun soutien dans le Trésor — mais c’est assez logique. Ça dit, cette histoire de mec n’est pas pire que « mais que ». J’ai quand même fait d’autres recherches, car il me dérange que ce mot n’a rien à voir avec le verlan ordinaire, où on inverse l’ordre des lettres. Ça m’a mené à Wiktionnaire, qui ajoute seulement que :

Le sens 2, attesté depuis 1848, est peut-être à rapprocher de l’argot mac, apocope de maquereau, prononcé \mæk\ (dans l’accent populaire parisien), puis \mɛk\.

Mec, Wiktionnaire

Alors, c’est quoi le sens 2 ? C’est juste « homme d’un couple ». En fait, des 5 sens proposés, 3 sont vraiment juste « homme ». Les 2 autres n’ont rien à voir. Cette recherche n’a donc mené nulle part.

Mais j’ai quand même appris quelque chose. Dans cette même entrée, on trouve :

mec \mɛk\masculin(pour une femme, on peut dire : meuffeumeufeummeufeuméquesse)

Ça fait mal aux oreilles (j’imagine que « feumeu » et « feum » viennent du même processus que « reubeu » et « beur »). Mais « méquesse », c’est hilarant !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une histoire qui fera plaisir au capitaine Haddock.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Poopeye le marin

Aujourd’hui, Langue de Molière est fière de vous présenter la réponse à une question que vous avez depuis longtemps, sans même le savoir. C’est très court, mais j’espère amusant.

« Mais Justin », me dites-vous, « c’est Popeye, pas Poopeye. Un ‘o’, c’est tout. » Et là, vous auriez tort. En fait, Popeye avait 4 neveux : Pipeye, Peepeye, Poopeye et Pupeye. Et deux de ces noms sont de l’humour des toilettes. Mais de l’humour qui trouve ses racines dans la langue française.

Popeye le marin, Dessin par Elzie Crisler Segar, Domaine public

« Pee » et « Poop », les préfixes de deux de ces 4 noms, sont des mots vulgaires qui veulent dire « faire pipi » et « faire caca » en anglais. Cependant, vu les liens nautiques de cette bande-dessinée, je croyais le nom « Poopeye » dérivé d’autre chose, le « poop deck », le pont en arrière d’un bateau. Et il y a une bonne raison pour le croire — le père de Popeye s’appelle Poopdeck (lien en anglais), alors il semble être un nom familial.

Mais récemment, j’ai vu un article en français sur tout autre chose, et j’ai enfin fait le bon lien. Sur le site du magazine Biba (je ne le connais pas, c’était dans mon fil sur Facebook), j’ai lu un article intitulé « Adieu les sushis ! Cette spécialité Picard venue de Corée est le nouveau met asiatique incontournable ». Et la première phrase de cet article ?

La Corée a le vent en poupe, y compris sa cuisine. 

Je me suis posé la question, « C’est quoi la poupe ? », mais sûrement vous le voyez déjà. C’est le mot français pour le « poop deck » en anglais, alors ça n’a rien du tout à voir avec la caca, étant un emprunt au français.

De son tour, c’est un emprunt à l’italien, et remonte finalement au latin. Le Trésor nous dit que :

Emprunt au génois popa (popa en 1246, latin médiéval de Gênes… l’italien est attesté depuis 1218 à Modène, pope d’apr. DEI; poppa, 1300-13, Dante ds Tomm.-Bell.), du latin *puppa, altér. de puppis sous l’inflection du genre féminin de celui-ci ou de celle de prora (proue*). 

Poupe

On voit donc que loin d’être une blague vulgaire, « Poopeye » est en fait un prénom qui trace ses racines jusqu’à l’Antiquité — donc acceptable sous la loi du 1er avril 1803 ! — et nous les anglophones le doivent au français !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

La question de La Fille

Cette semaine, Langue de Molière est très courte, car honnêtement, je n’ai aucune idée de la bonne réponse. Mais il y a deux semaines, La Fille m’a posé une question que je trouvais très intéressante, même si je ne savais pas comment répondre.

Mettons brièvement la scène. On est bien d’accord que le pluriel de nombreux mots qui se terminent par « -u » s’écrit « -ux », non ? On a :

Eau/eaux

Tuyau/tuyaux

Bateau/bateaux

Chou/choux

Vœu/vœux

Feu/feux

Ça dit, quand il y a des cas exceptionnels pour ces modèles, le pluriel prend toujours un « -s » . On est certainement d’accord que l’on n’ajoute jamais « -es », non ?

Avec tout ça dans l’esprit, voici sa question :

« Du » est le singulier formé par de + le. Alors, pourquoi est-ce que le pluriel est « des », et non « dux » ou « dus » ?

« Mais La Fille », lui dites-vous, « c’est pourtant simple ! Dans tous les exemples, il y an encore une autre voyelle devant ‘ -u ‘ ! Il s’agit toujours de ‘-au, -eu, -eau, ou -ou’ ! »

Pourtant, aucun ne change en -es ; on ne s’écrit pas « chou/choes » ou « tuyau/tuyaes ». Il n’est donc pas du tout évident pourquoi de + le = du, mais de + les = des.

Le Trésor de la Langue française n’illumine vraiment pas la question. « Des » est la seule forme attestée depuis le XIIe siècle :

Étymol. et Hist. Ca 1150 (Thèbes, éd. G. Raynaud de Lage, 2202 : Si li tendoit des blanches flors). Art. partitif des, formé de de* + les.

Des

« De » en revanche, était anciennement prononcé plus comme « di », si on remonte au IXe siècle :

Étymol. et Hist. A. Temps, origine 842 d’[ist di] « à partir de » [ce jour] (Serments de Strasbourg, 2 ds Henry Chrestomathie

De

Quant à « du », le Trésor nous dit seulement de consulter l’entrée pour « de », alors ça n’aide à rien.

Mais « parce que » comme explication ne satisfait pas. La Fille ne comprend vraiment pas le processus par lequel les voyelles peuvent changer au fil des siècles, mais « du » a environ le même âge que « des », et les prononciations étaient assez similaires à celles du présent à l’époque. On n’a donc pas progressé depuis notre point de départ, mais je suis bien d’accord avec elle — je me serais bien attendu à ce que le pluriel sonne plus comme une version plurielle du mot singulier. Et ce n’est pas le cas.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec la réponse définitive à une question qui agace tout enfant anglophone — car cette réponse se trouve uniquement en français !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Moustache de méchant

Juste à temps pour la Saint-Valentin, c’est une Langue de Molière sur un sujet très important pour moi. Malgré le fait que je ne me suis jamais une fois de ma vie laissé pousser une moustache. Trois jours sans me raser, c’en est deux de trop. Ça dit, il y a une expression que j’utilise sans cesse en anglais et que le français m’a cruellement subtilisée pendant ces 5 dernières années. Il s’agit de moustaches.

Voici un méchant que tout élève des dessins animés devrait connaître, Dick Dastardly, où comme il s’appelle en français, Satanas :

Vous reconnaissez certainement ce moustachu de nombreuses apparitions dans de telles choses que Satanas et Diabolo et Les fous du volant (une traduction très loin de l’anglais, « Courses délirantes » selon Wikipédia).

Parmi les comportements les plus connus de Satanas se trouve ce qu’il fait avec sa moustache. Afin de ne pas vous influencer vos réponses, je vais vous le montrer avant d’en parler :

Dick Dastardly, son visage en gros-plan, prend sa moustache entre son pouce et son index
Capture d’écran, ©️Hanna-Barbers et Warner Brothers Animation

Alors, voici un méchant presque identique, Snidely Whiplash, d’une série de la même époque, les années 60s, que personne d’entre vous ne connaît :

C'est un grand homme, mince, avec un visage vert, un haut-de-forme noir et des gants blancs, avec une moustache très fine qui s'étend dans l'air, et qu'il prend entre son pouce et son index
Snidely Whiplash, ©️Jay Ward et Universal Studios

Ce type vient des Aventures de Rocky et Bullwinkle ; selon Wikipédia, « Cette série est inédite dans les pays francophones. » Honnêtement, vous ne ratez pas grand-chose. L’humour est très… particulier. Mais c’est maintenant évident de quoi je parle.

Mon dictionnaire bilingue Oxford rend ce qu’il fait avec sa moustache comme « tortiller » :

Mais les résultats sur Internet sont beaucoup plus incertains que ça. On peut rechercher soit « tortille sa moustache » soit « tournoie sa moustache » soit « tourne sa moustache », et les résultats comprendront des exemples de chacun. Pire que ça, il me semble que beaucoup de ces exemples viennent de la traduction automatique, car ils se trouvent sur des sites qui vendent des ressources de stock, dont des photos (tourne, tournoyant, tortille). Ça dit, j’ai trouvé plus d’exemples pour « tortiller » que pour les autres dans des sources fiables :

A ce dernier nom, le petit vieux tortille sa moustache joyeusement :

Souvenirs de la vie de plaisir sous le second Empire, Gaston Jollivet

Et comme elle n’avait plus de travail, elle avait tricoté un gros cache-nez pour le Père Noël, qui avait été très ému et avait tortillé sa moustache en grommelant.

On a détourné l’avion du Père Noël, André Laude dans Le Monde

Le poète tortille sa moustache, et sa jambe suspendue bat la mesure.

Le Vingneron dans sa vigne, Jules Renard

Meme avec ces infos, il y a un problème : chacune de ces références a plus de 50 ans, et deux ont 100 ans. J’ai donc l’impression qu’il ne s’agit plus de la langue courante. Et aucune des trois ne traite d’un méchant.

Je dirais que j’ai l’impression que cette métaphore pour un méchant, qui fait son entrée en jouant avec sa moustache, n’est pas aussi commune en France qu’aux États-Unis. Et là, j’ai une théorie. Voici encore une fois l’un de mes acteurs préférés dans de seconds rôles, Noël Roquevert :

M. Roquevert à ses 52 ans, avec un chapeau Borsalino et une moustache fine et noire
Noël Roquevert, Photo par Studio Harcourt, Domaine public

Plus récemment, il y a Pierre Niney :

Pierre Niney, Photo par Georges Biard, CC BY-SA 3.0

Ce genre de moustache fine est beaucoup plus à la mode en France, et c’est le cas depuis longtemps — il y a plus de 60 ans entre ces photos d’acteurs. Ce n’est pas donc le genre de moustache lié aux méchants.

Mais ça me pose un problème. Ça fait plus de 15 ans où je me décris comme un « mustache-twirling villain », c’est-à-dire un méchant selon le modèle de Messrs Satanas et Whiplash. Et il me semble que ça ne marche pas très bien en français. Que faire ?

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une question intéressante posée par La Fille.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue de Californie

Langue de Molière ne va pas aller comme planifié aujourd’hui, mais vous serez les premiers à avoir cette nouvelle aussi hilarante que bête, et 100 % la vérité ! Et je promets, il s’agit sincèrement de la matière de cette colonne !

Vous savez peut-être que je ne suis pas fan de M. Gavin Newsom, le gouverneur de mon état. Pendant qu’il nous a fait rester à la maison en 2020, il faisait la fête à The French Laundry (lien en anglais), le meilleur resto aux États-Unis, 3 fois étoilé, où c’est si difficile de réserver une table, qu’il y a numéro de téléphone que l’on peut appeler à 9h tous les matins pour essayer pour 90 jours plus tard. En 5 minutes, toutes les tables sont réservées. Je n’y suis jamais allé, et ça fait plus d’une décennie depuis la dernière fois où j’ai même tenté ma chance.

Ai-je mentionné que le type a fait ça sans masque alors que c’était un délit de faire exactement ça dans beaucoup de l’état ?

Ça dit, je suis grand fan de Thomas Keller, le chef de The French Laundry, et vous pouvez voir une vieille photo de nous ensemble en bas de ce vieux Dessin de la Semaine.

Je mentionne tout ça afin que vous compreniez que dans l’esprit de beaucoup de californiens, M. le gouverneur est étroitement lié à la culture française. Mais juste car le resto sert de la cuisine française. Ben, aussi parce qu’il est propriétaire d’un vignoble. Tout ça ne veut pas dire qu’il sait de quoi il parle. Et avec ça, on arrive enfin à la citation du siècle :

Le tweet ici le cite correctement en anglais ; c’est exactement ce qu’il dit dans le clip embarqué. Il se plaint de M. le président Trump en disant :

C’est juste typiquement Trump en essayant de… pardonne-moi, c’est une expression française… pisser sur les sauterelles pour les entendre chanter.

Beaucoup d’utilisateurs dans les réponses à ce tweet ont demandé à l’IA Grok si une telle expression existait. Grok dit non à chaque fois, mais ça ne compte pour rien chez moi, alors j’ai fait l’enquête. Ça m’a mené à une vieille thèse médicale :

« Le parfum de sauterelles est bon aux difficultés d’urine et surtout [d]es femmes ». II précise même en ajoutant qu’on ne s’aide pas de leur chair. Heureux temps où le parfum du remède suffisait pour guérir le patient !

Les diurétiques à travers les âges

Mais peut-être qu’il se trompait d’insecte ? J’ai beau recherché les cigales, ce qui m’a mené à un clip sur Instagram :

Comme vous pouvez lire dans la description, la seule mention de chanter est que les cigales sont connues pour le faire, mais c’est leur façon d’uriner qui est intéressant dans ce cas.

Super.

Cependant, vous savez que s’il y avait la moindre chance de trouver la bonne référence, ce serait moi qui le ferais. Et c’est pour ça que je suis fier de vous dire :

Il s’agit de grillons.

C’était mon dernier choix chez les insectes, et on dirait « cricket » en anglais pour les grillons, pas « grasshopper ». En plus, il n’y a pas d’expression détaillée. Je soupçonne qu’il se souvenait de ce que je vais vous dire, mais pas des bons mots.

Alors, dans le sud-ouest, selon Wikipédia, on trouve ce mot argotique :

Tute : 1/ trou d’insecte, terrier, grotte où vit un animal ; 2/ petite maison sans confort

Mots et expressions du Sud-Ouest de la France

Et ce que l’on fait dans une toute, c’est de tuter :

Tuter : exciter le grillon pour le faire sortir de sa tute (dans les campagnes les enfants s’amusent à faire sortir les grillons de leur abri en y introduisant une herbe par des va-et-vient afin que l’insecte en sorte. Les tricheurs font pipi dans le trou. Les « bestioles » étaient mises dans des cages spéciales, nourries et appréciées pour leur chant. Parfois elles étaient utilisées comme appât pour la pêche).

On pourrait donc dire justement que « tuter » veut dire « pisser sur les grillons pour les entendre chanter » — exactement comme a dit M. le gouverneur. Sauf que personne ne le dit de sa façon.

Naturellement, parce qu’il ne s’agit pas d’une expression bien connue, je voulais une source au-delà de Wikipédia pour le valider. Et chez Millavois, le journal local de Millau, on lit dans un article de 2021 :

L’art de tuter le grillon

Les anciens aiment à rappeler qu’étant enfants : « On adorait tous le chant du grillon et quelquefois pour les attirer hors de leur cache il suffisait de les énerver avec une paille ». C’est entendu !

Variations sur le grillon champêtre, Marc Parguel

Et dans La Dépêche du Midi en 1999 :

Les orthoptères n’ont qu’à bien se tenir, dimanche après-midi, à Lavardens… et «grillon futé» leur recommande de ne pas trop agiter les élytres. Silence de rigueur s’ils ne veulent pas être dérangés. Autrement le couperet va tomber, ils vont se faire «tuter». Un verbe qui ne tardera pas à figurer dans les dictionnaires mais, le seul que tous les écoliers de Gascogne savent conjuguer à tous les temps et à tous les modes sans une faute. 

Sale temps pour les grillons

Vraiment, vous ne connaissez personne comme moi.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de son sujet originalement planifié.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Quel pâté choisir ?

Avant de me lancer dans Langue de Molière cette semaine, j’aimerais simplement vous rappeler que si je n’ai pas d’expérience avec quelque chose, il est fort probable que je ne me serai soucié d’en apprendre plus. Dans ce cas, M. Descarottes n’a jamais mangé de la viande, alors il ne m’est jamais arrivé à l’esprit d’apprendre les noms de la nourriture pour les chiens et les chats.

Tout ça, c’est pour dire qu’il y a deux mois, j’étais tout perplexe en lisant un billet d’Il Est Quelle Heure, qui disait :

Stella n’est pas très gourmande. Par contre, elle raffole de pâtée. [Caractères italiques et en gras à moi]

Pâtée

Stella est son chat. J’ai lu ça et je me suis dit, « Attention, c’est le pâté et c’est de la nourriture pour les êtres humains, n’est-ce pas ? » J’ai donc consulté mon dictionnaire Oxford :

Entrée pour pâté. Le premier sens dit « Cuisine » et donne pâté de foie et pâté en croûte comme exemples.

L’entrée pour le pâté au masculin pourrait être plus clair. Les exemples commencent avec pâté de foie. D’abord, beurk (s’il agit de foie de bœuf ou de poulet). Deuxièmement, voici ce qui vend MacCiseaux Maxi Zoo :

Boîte « Fit + Fun Pâté au Foie de Volaille »
Capture d’écran

Ça provient évidemment d’une marque allemande, mais le français dit clairement « pâté » sans être au féminin. Puis, on lit l’entrée pour pâtée au féminin :

Entrée pour pâtée avec trois exemples pour les animaux dans le premier sens.

Le premier sens dit « pour un chien/les cochons/la volaille » — exactement comme madame l’a utilisé. Et je prends des leçons de français auprès d’Allemands depuis quand exactement ?

Ça dit, j’ai la même question que toujours à propos des aliments pour les chats et les chiens. Le riz, le saumon, le potiron, ces trucs font-ils vraiment partie du régime des animaux à l’état sauvage ?

Boîte de poulet au potiron pour les chats
Capture d’écran

Même si je peux trouver des exemples de pâté au masculin pour les animaux, impossible de trouver des erreurs dans l’autre sens. Rechercher « pâtée » sur le site de Carrefour à pour résultat des suggestions uniquement pour les animaux :

Capture d'écran de la barre de recherche chez Carrefour : « pâtée » se métamorphose en « pâtée pour chat/chien/chats adultes ».

Pour être honnête, je ne peux pas distinguer entre les deux à l’oral, et je ne suis pas sûr de le faire niveau produit lui-même. À vous, ou à vos chats — ça miaou est égal.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour expliquer la relation entre votre hôte et Satanas.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Deux temps, trois « mestres »

Il y a quelque chose qui me dérange depuis longtemps, même s’il ne me concerne pas, puisque je ne suis pas gérant. En France et aux États-Unis, on utilise des mots qui semblent être identiques, ou presque, pour diviser l’année. Pourtant ces amis sont trompeurs, même si pas faux, et je vais l’expliquer.

Considère que l’on vous dit :

Depuis des décennies, les écoles, collèges et lycées se basent sur un calendrier trimestriel pour organiser l’année scolaire. Cela consiste à diviser l’année en trois périodes distinctes, afin de fixer des objectifs à court terme et d’évaluer la progression des élèves au fil de leur parcours.

Trimestres/semestres, Anacours

Il y a 3 trimestres, « trois périodes distinctes », on reçoit trois notes. Et en anglais, on dit :

A trimester system divides the academic year into three sessions: fall, winter, and spring.

Un système trimestriel divise l’année scolaire en trois périodes : automne, hiver, et printemps. [ma traduction]

Study in the USA

Trois périodes distinctes, trois notes. Jusqu’ici, ça va.

Mais maintenant, on pas aux affaires. L’Insee, par exemple, publie des chiffres « trimestriels » tels que :

Au quatrième trimestre 2025, l’indice de référence des loyers augmente de 0,79 % sur un an

Insee

Attendez, on vient de me dire que les trimestres divisait l’année en trois ! « Quatrième trimestre » a donc l’air impossible ! Mais en anglais, on dit plutôt :

Q4—also known as quarter-four or the fourth quarter—is the last quarter of the financial year for both corporations and other organizations.

Q4 — aussi connu sous les noms quart-quatre ou le quatrième quart — est le dernier quart de l’année fiscale également pour les entreprises et les autres associations. [ma traduction]

Investopedia

On est d’accord que si on divise quelque chose par quatre, il y a quatre quarts, non ? Il y a même un gâteau nommé pour ça (allez chez Péla pour un nouveau). Qu’est-ce qui se passe chez le français, où 4 parts peut être « tri » et « quatre » en même temps ?

Il s’avère que c’est parce que le français est plus fidèle que l’anglais à l’étymologie du mot. Le Trésor nous dit :

Empr. au lat.trimestris « de trois mois »

Trimestre

Et le dictionnaire américain Merriam-Webster ajoute :

Etymology: French trimestre, from Latin trimestris of three months, from tri- + mensis month — more at MOON

Étymologie : Français trimestre, du latin trimestris de trois mois, de tri- + mensis mois [ma traduction]

Trimester

Je ne vais pas mentir — peut-être que le français a raison, mais comme « quatrième trimestre » fait mal à mes oreilles anglophones !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour donner sa nourriture au chat.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Il y a pire

L’une des premières choses à attirer mon attention en 2020, quand j’ai commencé à apprendre le français, c’était l’habitude de faire des comparaisons de façon négative. Je ne peux pas donner un ordre pour tout, mais je suis absolument certain que la première expression de ce genre que j’ai apprise, c’était « pas mal ». Et bien sûr, il y a une merveilleuse parodie de cette habitude dans La Grande Vadrouille quand Louis de Funès dit « C’était pas mauvais, c’était très mauvais ! »

Il y a deux semaines, j’ai vu un post sur le groupe Facebook, Everything French, sur exactement ce sujet, à partir de ces exemples fournis par la prof de français Nora El Garhy :

C'est des exemples de la litote; « il ne fait pas chaud » pour dire « il fait froid », « pas mal » pour « bien », et ainsi de suite.
Source

Je n’avais pas rencontré le mot « litote » jusqu’à ce point, mais j’ai tout de suite compris l’idée, parce que je remarque cette tendance partout. Ça doit être le comportement le plus français de toute la langue !

Après tout, ce n’est pas uniquement un cas d’utiliser deux mots négatifs pour dire quelque chose de positif. Cette tendance Bourriquet se manifeste même en félicitant vos élèves. En anglais, quand on est diplômé à la fac (on ne fait pas ce qui suit au lycée), il y a trois niveaux de mention, avec des noms latins :

  • Cum laude
  • Magna cum laude
  • Summa cum laude

Ce sont des équivalents exacts des mentions françaisesassez bien, bien, très bien — mais la signification littérale des mots est plutôt différente. Une traduction mot-par-mot, sans se soucier du fait que personne ne dirait ce qui suit en français, serait :

  • Avec honneur
  • Avec haut honneur
  • Avec l’honneur le plus haut

Moi, j’ai réussi mon diplôme à la fac magna cum laude, et je vous ai raconté avant l’histoire de pourquoi j’ai raté summa — parce que j’ai insisté sur finir un cours de génie électrique dont je n’avais plus besoin. Quand j’ai entendu parler de la mention « assez bien », je l’ai trouvée hilarante — c’est ce que l’on dirait en anglais de quelqu’un qui avait fait le minimum ! C’est ici que l’on trouve le pessimisme que je vois largement quand les Français parlent des autres Français, mais presque jamais dans leurs comportements personnels.

Bien sûr, on ne peut pas toujours faire confiance que cette habitude de négativité veut dire l’envers. Je ne me souviens plus de la première fois où j’ai entendu « pas terrible », mais je sais que je le croyais une version plus intense de « pas mal », alors encore mieux. Mais non, comme explique le podcast Français Authentique, en français, « terrible» est en fait parfois une bonne chose, alors l’envers, c’est mauvais :

« Terrible » a plusieurs sens, mais il y a un sens qui veut dire « exceptionnel, extraordinaire ». Donc, si vous décrivez quelque chose en disant « c’est pas terrible », ça veut dire que ce n’est pas extraordinaire, ce n’est pas super, ce n’est pas bien, ça ne me plaît pas.

3 expressions françaises pour dire que vous n’aimez pas quelque chose, Français Authentique

On a aussi cet usage de terrible en anglais, mais ça appartient vraiment au XIXe siècle. Il y avait une chanson de la Guerre Civile, toujours enseignée dans nos écoles, Le Hymne de bataille de la République, qui parle de « His terrible, swift sword » (« sa terrible et rapide épée », selon le lien de Wikipédia). Mais je vous rassure, je ne peux même pas penser à un seul exemple de cet usage dans le langage courant. J’ai donc été complètement surpris d’apprendre que « pas terrible » est, en fait, pas bon.

Mais ce que je trouve encore plus remarquable, c’est que l’on ne dit jamais ces choses de façon positive — le mot « pas » s’implique dans l’affaire à chaque fois. Si on veut être pessimiste en anglais quand on vous demande « Ça va ? », c’est très naturel de répondre « Could be worse », « Ça pourrait être pire ». C’est logique de dire ça en français — on peut comprendre le sens — mais je n’entends jamais ce sentiment exprimé de cette façon.

Honnêtement ? C’est pas la pire chose.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une courte observation sur comment le français divise l’année, et pourquoi c’est trompeur pour un anglophone.