Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Mieux connaître savoir

Plus tôt cette année, mais j’ai du mal à le retrouver, j’ai fait une assez grosse erreur pour que plusieurs lecteurs m’aient envoyé des ressources pour différencier « savoir » et « connaître ». Pour être clair, je l’apprécie — sinon, je ne les aurais pas mises dans mon fichier pour Langue de Molière !

D’abord, je dois l’avouer — les règles sont grosso modo les mêmes qu’en espagnol. Il n’y a donc pas d’excuses de mon côté. Enfin, presque. Il y a quelques nuances que je ne crois pas existent en espagnol, et qui semblent contredire la règle générale. C’est un soulagement, bien sûr — je m’inquiéterais que c’était une escroquerie si on me disait qu’une règle de français était simple et sans exceptions !

L’office québécois de la langue française présente la règle générale comme ça :

La distinction tient parfois moins au sens des mots qu’à certains emplois : on connaît quelqu’un ou quelque chose, on sait quelque chose.

Différence entre savoir et connaître

Et il semblerait même que le sens de « quelque chose » n’est pas pareil dans les deux cas. On connaît un livre ou un film ; on sait faire des macarons. On a un sens de la différence, même s’il est un peu difficile á préciser.

C’est plus qu’un peu difficile à préciser. Selon le même article, « Le verbe connaître signifie « être renseigné sur l’existence et la valeur de quelque chose ». » Par exemple :

Mes élèves connaissentl’importance de faire de l’activité physique.

Je ne suis pas élève de cette personne. Ils continuent : « Il peut aussi prendre le sens d’« avoir acquis des connaissances et de la pratique dans un domaine particulier ». »

Cette électricienne connaît bien son métier.

Ah oui, Bourvil (et moi) chantons pareil dans « La tactique du gendarme » :

Contravention
Allez, allez,
Pas d’discussion
Allez, allez,
Exécution
Allez, allez,
J’connais l’métier

Ils ajoutent en plus que « Connaître peut également signifier « faire l’expérience de; ressentir ». »

Issu d’un milieu aisé, il n’a jamais connu la misère.

Et vous croyiez qu’il n’allait pas être du Proust dans Langue de Molière !

Qu’est-ce que ça laisse pour savoir ? Décrire une compétence, pour une chose :

Mon oncle Benoît sait créer de magnifiques meubles.

Ou avoir un talent :

Marie sait se défendre; on n’a pas à s’inquiéter pour elle!

Mais attention, je ne vois pas vraiment de différence entre ces deux exemples, sauf qu’il s’agit de lecture dans un cas et de maths dans l’autre :

Déjà, à quatre ans, son fils connaissait tout l’alphabet.

Cet élève sait sa table de multiplication par cœur.

Je suppose que « par cœur » insiste sur le fait d’avoir mémorisé les infos, mais on ne connaît vraiment pas l’alphabète si on le lit d’une feuille de papier imprimée. Mais ils poursuivent que c’est une question de profondeur :

Ces enfants connaissent la fable La cigale et la fourmi. (Ils en connaissent l’existence, peuvent en indiquer le propos, en faire un résumé.)

Ces enfants savent la fable La cigale et la fourmi. (Ils la connaissent dans ses moindres détails et peuvent la réciter.)

Bof. Veuillez supposer que je fais une différence pareille s’il vous semble que je confonds les deux.

L’autre page, Français facile, donne largement des exemples pareils, mais ajoute deux renseignements particulièrement utiles :

-Connaître est suivi d’un groupe nominal et n’est jamais suivi d’un verbe.

– Il n’est jamais suivi  d’une proposition subordonnée introduite par : que/ qui/ où/ quand/ pourquoi/ comment/ si…

– Le verbe savoir est souvent suivi d’une proposition subordonnée introduite par :  que/ qui/ où/ quand/ pourquoi/ comment / si…
Il indique alors une notion d’information reçue ou de conviction.

– Lorsqu’il n’est pas suivi par ces mots vous le trouverez suivi d’un verbe à l’infinitif.
Il indique alors ‘le savoir’
‘comment faire quelque chose’.

Savoir ou connaître

Mais nous venons de parler de « Il sait sa table de multiplication », qui n’est suivi ni d’une proposition subordonnée ni d’un verbe !

Et vous vous demandez pourquoi il y en a qui disent de telles choses que « Keske sait ? » Ils connaissent l’importance de savoir jeter l’éponge, c’est tout.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec assez de canons pour un bateau pirate.

8 réflexions au sujet de « Mieux connaître savoir »

  1. Avatar de Bernard BelBernard Bel

    Les indications de Français facile sont vraiment utiles car elles permettent de choisir le verbe en fonction de la syntaxe. Mais pour le reste, de nombreux cas relèvent de « l’usage », et le choix est souvent ambigu.

    Par exemple, on dirait aussi bien « il sait sa table de multiplication par 7″ ou « il connaît la table de multiplication par 7″. La différence ? Ben, entre « sa » et « la » qui précise si l’objet (la table de multiplication) est plus ou moins « possédé » par le sujet.

    Il y a aussi « connaître » au sens biblique qui est la forme euphémisée d’une agression sexuelle… Et l’usage fréquent de « savoir » à la place de « pouvoir » en Alsace et en Belgique : « Il n’a pas su rattraper son frère parti avant lui ».

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    1. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

      Pour les numéros 5 et 12 de l’exercice, il arrive que le synonyme soit employé aussi… Non ? En tout cas, je commets ces erreurs sans état d’âme !
      Il y a tant de gens qui emploient le verbe « rentrer » au lieu du verbe « entrer » ( autre exemple d’erreur d’usage)… ces confusions entrent dans la liste des erreurs du langage familier courant.

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      1. Avatar de vanadze17vanadze17

        Oui, c’est ambigu pour nous aussi parfois ! Pour le 12, pas d’hésitation pour moi, je dirai « personne ne connait mon deuxième prénom  »
        Pour le 5, on peut employer les deux, mais une préférence pour connaître !
        Non, pas de prise de tête !!!

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      2. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

        « Quand je la sais contente, je le suis aussi » ici le pronom personnel « la » ( qui représente donc une personne!!!) est COD du verbe savoir et son attribut du COD . Ce cas-ci n’est aucun des 4 cas énoncés par l’article !
        En français il y a toujours des cas auxquels nous avons oublié de pensée!
        Nous le savons bien !

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      3. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

        Mon époux me faisant remarquer que j’ai mis le cas d’un pronom et que , COD, ils sont placés avant le verbe savoir , voici un autre exemple de ce cinquième cas de figure grammatical : Si je savais Justin content de mon commentaire, je serais satisfaite de mes efforts ! (Nouvel emploi en structure transitive directe avec un attribut du COD).

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