Juste à temps pour la Saint-Valentin, c’est une Langue de Molière sur un sujet très important pour moi. Malgré le fait que je ne me suis jamais une fois de ma vie laissé pousser une moustache. Trois jours sans me raser, c’en est deux de trop. Ça dit, il y a une expression que j’utilise sans cesse en anglais et que le français m’a cruellement subtilisée pendant ces 5 dernières années. Il s’agit de moustaches.
Voici un méchant que tout élève des dessins animés devrait connaître, Dick Dastardly, où comme il s’appelle en français, Satanas :

Vous reconnaissez certainement ce moustachu de nombreuses apparitions dans de telles choses que Satanas et Diabolo et Les fous du volant (une traduction très loin de l’anglais, « Courses délirantes » selon Wikipédia).
Parmi les comportements les plus connus de Satanas se trouve ce qu’il fait avec sa moustache. Afin de ne pas vous influencer vos réponses, je vais vous le montrer avant d’en parler :

Alors, voici un méchant presque identique, Snidely Whiplash, d’une série de la même époque, les années 60s, que personne d’entre vous ne connaît :

Ce type vient des Aventures de Rocky et Bullwinkle ; selon Wikipédia, « Cette série est inédite dans les pays francophones. » Honnêtement, vous ne ratez pas grand-chose. L’humour est très… particulier. Mais c’est maintenant évident de quoi je parle.
Mon dictionnaire bilingue Oxford rend ce qu’il fait avec sa moustache comme « tortiller » :

Mais les résultats sur Internet sont beaucoup plus incertains que ça. On peut rechercher soit « tortille sa moustache » soit « tournoie sa moustache » soit « tourne sa moustache », et les résultats comprendront des exemples de chacun. Pire que ça, il me semble que beaucoup de ces exemples viennent de la traduction automatique, car ils se trouvent sur des sites qui vendent des ressources de stock, dont des photos (tourne, tournoyant, tortille). Ça dit, j’ai trouvé plus d’exemples pour « tortiller » que pour les autres dans des sources fiables :
A ce dernier nom, le petit vieux tortille sa moustache joyeusement :
Souvenirs de la vie de plaisir sous le second Empire, Gaston Jollivet
Et comme elle n’avait plus de travail, elle avait tricoté un gros cache-nez pour le Père Noël, qui avait été très ému et avait tortillé sa moustache en grommelant.
On a détourné l’avion du Père Noël, André Laude dans Le Monde
Le poète tortille sa moustache, et sa jambe suspendue bat la mesure.
Le Vingneron dans sa vigne, Jules Renard
Meme avec ces infos, il y a un problème : chacune de ces références a plus de 50 ans, et deux ont 100 ans. J’ai donc l’impression qu’il ne s’agit plus de la langue courante. Et aucune des trois ne traite d’un méchant.
Je dirais que j’ai l’impression que cette métaphore pour un méchant, qui fait son entrée en jouant avec sa moustache, n’est pas aussi commune en France qu’aux États-Unis. Et là, j’ai une théorie. Voici encore une fois l’un de mes acteurs préférés dans de seconds rôles, Noël Roquevert :

Plus récemment, il y a Pierre Niney :

Ce genre de moustache fine est beaucoup plus à la mode en France, et c’est le cas depuis longtemps — il y a plus de 60 ans entre ces photos d’acteurs. Ce n’est pas donc le genre de moustache lié aux méchants.
Mais ça me pose un problème. Ça fait plus de 15 ans où je me décris comme un « mustache-twirling villain », c’est-à-dire un méchant selon le modèle de Messrs Satanas et Whiplash. Et il me semble que ça ne marche pas très bien en français. Que faire ?
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une question intéressante posée par La Fille.

Pour cette action, par chez moi l’on dit » friser sa moustache » et il existe une expression toute faite, « se friser la moustache », qui signifie « se régaler d’une situation favorable ». Il est vrai que nous ne l’employons pas tous les jours et qu’elle a un peu vieilli…
Mais j’ai rencontré cette année deux messieurs qui ont une moustache leur permettant de se la friser dans le style D’Artagnan et ils n’ont rien du tout de méchant, je te l’assure.
Ceci dit, moi je préfère les messieurs qui se rasent et s’imposent ce visage propre dont on aime embrasser les joues douces. Mon époux n’apprécie pas du tout que nos petites-filles puissent lui reprocher de piquer tant soit peu quand elles lui disent bonjour d’une bise !
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À une époque, nous avions Dali avec ses moustaches recourbées ^^, et se friser la moustache est encore une expression que j’utilise régulièrement, tant perso que pro.
Il faut dire que j’ai un public pro assez varié : ça va du sans pilosité à moustache, bouc, barbe, et variantes de style (du hipster au mousquetaire, en passant par le style Hell Angel, Rastafari ou un je ne sais quoi 😹)…
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Il me semble que Garcimore avait une apparence de ce type aussi. J’en garde un souvenir très confus, mais je sais qu’étant tout petit, quand un certain magicien apparaissait sur le petit écran je me réfugiais directement dans les jupes de ma mère !
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De mémoire, il n’avait pas de moustache mais une coupe à la Mireille Mathieu 😸
Il était gentil ce magicien 😺
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Hihihi, le vocabulaire des coupes de cheveux est aussi sur la liste pour cette colonne.
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Vous avez raison, ça ne devait pas être lui. Mais si ce n’était lui, était-ce donc son frère ? 😁
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Bizarrement, je savais déjà qui sont Garcimore et Denise Fabre !
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Aujourd’hui, en France, un homme aux larges moustaches est immédiatement repéré dans une assistance. Mais pas comme un méchant, plutôt comme quelqu’un « d’original ». On fait référence à Salvador Dali, certainement.
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Je crois me souvenir que les méchants qui se triturent la moustache comme Satanas, ça vient de l’époque du cinéma muet, et probablement de personnages façon démon Méphistophélès (auquel Satanas ressemble curieusement).
Mais il y a eu quantité de personnalité avec de belles moustaches dans la fiction (Hercule Poirot numero 1) et dans la réalité. J’adore la classe de David Niven dans son port de moustache.
Et pour continuer dans la moustache et le cinéma, regardez aussi le film »Ah! Les belles bacchantes » de Robert Dhery avec la troupe des branquignols et Louis de Funès.
Le film n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est un regard sur une époque où la police des moeurs semblait s’intéresser aux spectacles trop »osés ».
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Je suis d’accord avec ton dictionnaire bilingue Oxford : Le bon verbe est « tortiller ». Les autres ne s’appliquent pas vraiment aux moustaches.
« Friser » est correct aussi, mais c’est une autre expression, comme cela a déjà été dit.
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