C’est qui, Toto ?

« Mais Justin », me dites-vous, « c’est quoi, cette espèce de question ? Tout le monde sait que c’est l’un des meilleurs groupes de rock des années 80. » C’est certainement ça, les amis, mais nous sommes sur un blog français — vérifiez l’adresse. « Euh, donc pas le chien de Dorothée non plus. » Bravo. Remontons le temps un instant.

C'est une photo du groupe Toto sur scène -- le nom est en arrière-plan -- à Middelkerke en Belgique
Toto le groupe en Belgique, Photo par Haggis MacHaggis, Domaine public

Hier, je faisais l’enquête sur La Catastrophe du Jour ©️, cette fois nommée, « Comment est-ce que le traffic des Blagues de La Semaine est en chute libre ? De 150 vues par jour à 5, quoi ? » Je ne plaisante pas, hélas :

Capture d'écran des 14 derniers jours de statistiques : après une semaine entière entre 150 et 200 vues par jour, le graphique montre une chute jusqu'à 5 pour les deux derniers jours.

Alors, j’ai vérifié la concurrence pour « blague drôle » sur Google, ce qui m’a mené aux suspects habituels comme Topito et Loisirs et Divertissements… mais aussi au Groupe Bel ? Là se trouve « 10 blagues de Toto courtes et drôles », dont :

La maîtresse dit à Toto :

« Tu es épicier. J’entre dans ton magasin et je choisis une salade à 1 euro, un kilo de carottes à 3 euros et trois litres de jus d’oranges à 4,50 euros. Combien je te dois ?

Toto réfléchit un moment et se met dans la peau de l’épicier,

– Ne vous en faites pas ma p’tite dame, vous me réglerez votre note demain ! »

Ha. Ha. Haaaaaaaaaaaaa. Je serais gêné de raconter ça comme blague hebdomadaire. Mais à vrai dire, je suis bien au courant depuis longtemps que ce petit est partout.

Parents.fr, évidemment pas l’une de mes sources, en a plein :

La mère de Toto lui dit un jour :
– Enfin, Toto, que dirais-tu si tu me voyais avec des mains aussi sales à table ?
– J’aurais la délicatesse de ne pas te le faire remarquer !

Même Le Journal de Mickey les raconte — j’aurais pensé que les noms changeraient en personnages de Disney, mais à ce niveau de qualité, pourquoi les mettre dans la bouche même de Dingo ?

Toto dit à son père :
– Papa, je suis prêt à parier que tu n’es pas capable d’écrire les yeux fermés !
– Bien sûr que si, je suis capable de le faire !
– Alors, ferme les yeux et signe-moi mon carnet de notes, pour voir.

Ouf.

Des tricheurs copient ces blagues sans honte pour le site Le Palais de Zelda, souvent en changeant notre Toto à « Moblino », un détournement d’une espèce de la série, les Moblins. Celle-ci est typique du niveau là-bas :

Un petit moblin vient voir la maîtresse en pleurant :
– Madaaaame ! Il y a Igor qui m’a frappé ! Et j’ai maleuh !
– Doucement, Moblino, répond la maîtresse. Où est-ce qu’il t’a frappé ?
Moblino tend le bras vers un coin de la cour :
– Là-baaas !

J’étais enfin assez curieux pour rechercher : C’est qui, ce petit rarement drôle ?

Il s’avère que ce nom pour un enfant qui raconte des bêtises remonte au XIXe siècle. Le Trésor de la langue française nous dit que c’était anciennement un surnom pas gentil pour les suisses allemands :

A. −Région. Allemand, Suisse allemand. « Le commissaire avait provisoirement renoncé en la présence de son gendre [un Suisse allemand] à toute plaisanterie sur les (…) Totos, têtes carrées, bouffeurs de choucroute (B. Vallotton, Potteratds Pierreh.1926). »

Étymol. et Hist. B. Début xxe s. « Allemand, Suisse allemand » (B. Valloton, loc. cit.). A prob. de Totor, formé par redoublement de la 2e syllabe du prénom Victor; ou bien de toto, toutou, répandu dans quelques. dialectes (notamment du Centre et du domaine fr.-prov.) aux sens de « niais, sot, nigaud, lourdaud », mot d’origine onomatopéique.

Mais ce n’est pas le sens des blagues, non ?

B. −Vieilli. [P. réf. à Toto, symbole de l’enfant et de l’élève un peu naïf mais astucieux] Il y en a plus qu’on ne croit, de collectionneurs et puis aussi pour donner un côté dolce vita, de cocos, de totos, de biquets, de minets (Arts loisirs, 12 avr. 1967, p. 58, col. 1).

On est bien d’accord que c’est lui, le Toto des blagues ? Selon l’étymologie :

Étymol. et Hist. A. 2. 1875 symbole de l’enfant ou de l’élève type (Le Journal amusant, 14 août, p. 2a ds Quem. DDL t. 17: les Totos d’aujourd’hui).

Ça y est, notre origine du XIXe siècle. Mais comme les poulets et les œufs, quel est le premier ? Dans l’étymologie, le Trésor nous avait dit :

B. Début xxe s. « Allemand, Suisse allemand »

et finit par en conclure :

B sans doute de A, avec infl. probable de teuton*.

Mais dans cette même étymologie, B et A sont les sens opposés que dans la signification, alors c’est-à-dire que l’enfant vient d’un nom péjoratif pour les allemands !

Une réflexion au sujet de « C’est qui, Toto ? »

  1. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

    Moi qui croyais que c’était une abréviation+dérivation de « petiot », le diminutif de « petit », que j’ai cru entendre dans le Nord avec l’expression « c’est un tcho ! » dans le sens de « c’est un gamin/ un simplet/un candide »… Merci pour tes recherches dans cet article blagueur de blogueur!

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