Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Les sons qui me manqueront

Je n’en parle pas souvent, mais je crois que vous savez tous qu’il n’y aucun son que j’aime autant que celui de la SNCF :

Je l’aime tant que je l’ai installé comme le son de mes SMS, et j’ai écrit un tutoriel sur comment l’installer sur les iPhones. Ça fait 3 ans depuis ce temps-là, et à ce point plus personne n’est surpris quand je reçois un texto aux événements de l’OCA, car tout le monde le sait — ce n’est pas un train, c’est Justin.

Gare Saint-Lazare par Claude Monet, Photo par Sailko, CC BY 3.0

Alors, j’étais tout sauf content d’entendre la nouvelle cette semaine que la SNCF abandonnerai ce son, d’ici mi-2026. Je l’ai probablement déjà entendu en live pour la dernière fois. Vous croyez probablement que je taquine, et c’est ma faute à moi pour avoir travaillé dur pour gagner la réputation, mais j’ai pleuré en regardant cette nouvelle :

Mais la nouvelle, c’est encore pire que ça. Le son des métros parisiens, les 5 notes à la guitare, disparaîtra en plus !

Ça fait mal au cœur — ce sont la bande-sonore de ma France !

Je suis bien d’accord avec le clip d’Instagram, qui disent que les critiques pensent que le nouvel son pour les deux ressemble à Windows XP. Voilà :

Et pour mettre mes cartes sur la table, j’étais un utilisateur d’OS/2 quand tout le monde adoptait Windows 95, et nous avions ceci :

Alors, mon problème n’a rien à voir avec le vibraphone ou le marimba. C’est entièrement car vous aviez les sons parfaits pour les transports… et je ne vais plus jamais les entendre aux gares.

D’accord, il y en a probablement pour me dire : « Et vous, Justin, vous vous souciez de nous, pour qui le son des années 90 nous manque ? » :

Ouais, c’est pas mal, mais à ces gens, je dirais : « Allez, écrivez votre propre blog pour vous en plaindre ! Cette plainte est la mienne ! »

J’ai au moins trouvé une ressource inestimable en préparant ce billet. C’est la chaîne YouTube Transports Sonores, avec à peu près 300 enregistrements. Vous pouvez y entendre des joyaux comme cette annonce du RATP pour le Réveillon du Nouvel An en 5 langues : français, anglais, espagnol, allemand et italien !

Alors, vous savez qui sera aussi déçu que moi ? L’ancien membre de Pink Floyd, David Gilmour, qui a fait une chanson du son de la SNCF. Ne me croyez pas sur parole ; voici un reportage sur le sujet :

Et le produit final (voici les paroles, avec traduction) :

Vous voyez ? Ce n’est pas juste moi qui adore ces sons !

Anaïs et Samantha

La plupart du temps, je suis ravi de ne plus être un utilisateur actif du site Quora. Mais de temps en temps, ses courriels me mènent toujours à des histoires intéressantes, et celle-ci est passionnante.

Selon le post que j’ai lu (lien en anglais), l’histoire a commencé en 2012, quand une élève à la fac, Anaïs Bordier, regardait des vidéos sur YouTube, quand elle s’est dit « L’américaine dans ce clip me ressemble parfaitement. » Alors, elle a vérifié la date de naissance de l’actrice, et quelle surprise — c’était la même que la sienne ! Et en plus, malgré le fait que l’une est américaine et l’autre est française, les deux sont nées à Busan en Corée du Sud.

Évidemment, il s’agit de deux filles adoptées par d’autres personnes. Mais quand on creuse un peu plus profondément, c’est absolument dingue que les deux se soient retrouvées.

Wikipedia nous dit que la vidéo en question s’appelle « High School Virgin » (Puceau lycéen), tourné par un utilisateur (inactif de nos jours) dit « Kevjumba ». Il n’était pas difficile de la trouver :

Le compte est pourtant un remplacement pour l’original, alors impossible de savoir combien de personnes l’a vu. Mais c’est certainement le clip d’un amateur, non une production professionnelle. Ça dit, selon Wikipedia en anglais, en mai 2008, il était dans le top 5 de créateurs sur YouTube — avec 187 milliers d’abonnés. On oublie que ce n’était que le début, et les chiffres n’étaient pas du tout comme maintenant. Mais ça suffisait certainement pour lui d’être en tête des listes et recommandé aux utilisateurs.

Et il s’avère qu’Anaïs était déjà capable en anglais. Son compte Instagram date jusqu’en avril 2012, et le deuxième post a une légende en anglais. Elle habitait à Londres à l’époque, car elle était là pour faire des études. En mai de cette même année, les deux se sont rencontrées en personne à Londres, et Wikipedia nous dit qu’elles avaient déjà appris que l’ADN correspondait parfaitement.

En 2015, il y avait un documentaire, Twinsters, tourné par le mari de Samantha,, qui est passé à la télé américaine — mais inaperçu pour moi car je n’ai jamais regardé la bonne chaîne. Ça fait 1 heure et demi et je n’ai pas tout regardé, mais les 5 premières minutes sont un truc de folie :

Les deux ont fait une visioconférence sur Skype, et rien qu’en regardant une capture d’écran, c’est bien évident — pour ce qui ça vaut, c’est Samantha à gauche et Anaïs à droite :

Capture d'écran des deux sœurs ; l'écran est divisé en deux. À gauche, Samantha est plus proche de la caméra , et son front est coupé en haut. À droite, Anaïs est plus loin, et on voit sa tête entière.
Capture d’écran de Twinsters

En regardant le début du documentaire, il s’avère que le sommaire sur Quora est un peu trompeur. En fait, c’était un ami d’Anaïs — aussi un Français bilingue — qui avait vu le clip, puis lui l’avait envoyé à cause des similarités.

Mais il m’étonne que les deux se soient rencontrées. Il n’y a aucune preuve que Samantha a jamais appris le français. Si Anaïs n’avait pas appris l’anglais, ne s’intéressait pas à s’expatrier à Londres, et n’avait pas d’autres amis bilingues, cette histoire n’arriverait pas. C’est toute une série de coïncidences incroyables !

Il y a un épilogue intéressant. 10 ans le premier documentaire, les deux ont tourné une suite de 30 minutes pour YouTube. Là, l’accent d’Anaïs a changé de façon dramatique. Dans le documentaire original, elle sonne très britannique, mais avec certains indices qui me disent qu’elle est francophone de naissance. Dans la suite, elle sonne presque américaine — il y a toujours des tics avec les voyelles, mais son accent me rappelle fortement les voix des asiatiques nés aux États-Unis à des parents immigrants. J’imagine que les deux ont beaucoup parlé pendant la décennie entre les deux !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Deux temps, trois « mestres »

Il y a quelque chose qui me dérange depuis longtemps, même s’il ne me concerne pas, puisque je ne suis pas gérant. En France et aux États-Unis, on utilise des mots qui semblent être identiques, ou presque, pour diviser l’année. Pourtant ces amis sont trompeurs, même si pas faux, et je vais l’expliquer.

Considère que l’on vous dit :

Depuis des décennies, les écoles, collèges et lycées se basent sur un calendrier trimestriel pour organiser l’année scolaire. Cela consiste à diviser l’année en trois périodes distinctes, afin de fixer des objectifs à court terme et d’évaluer la progression des élèves au fil de leur parcours.

Trimestres/semestres, Anacours

Il y a 3 trimestres, « trois périodes distinctes », on reçoit trois notes. Et en anglais, on dit :

A trimester system divides the academic year into three sessions: fall, winter, and spring.

Un système trimestriel divise l’année scolaire en trois périodes : automne, hiver, et printemps. [ma traduction]

Study in the USA

Trois périodes distinctes, trois notes. Jusqu’ici, ça va.

Mais maintenant, on pas aux affaires. L’Insee, par exemple, publie des chiffres « trimestriels » tels que :

Au quatrième trimestre 2025, l’indice de référence des loyers augmente de 0,79 % sur un an

Insee

Attendez, on vient de me dire que les trimestres divisait l’année en trois ! « Quatrième trimestre » a donc l’air impossible ! Mais en anglais, on dit plutôt :

Q4—also known as quarter-four or the fourth quarter—is the last quarter of the financial year for both corporations and other organizations.

Q4 — aussi connu sous les noms quart-quatre ou le quatrième quart — est le dernier quart de l’année fiscale également pour les entreprises et les autres associations. [ma traduction]

Investopedia

On est d’accord que si on divise quelque chose par quatre, il y a quatre quarts, non ? Il y a même un gâteau nommé pour ça (allez chez Péla pour un nouveau). Qu’est-ce qui se passe chez le français, où 4 parts peut être « tri » et « quatre » en même temps ?

Il s’avère que c’est parce que le français est plus fidèle que l’anglais à l’étymologie du mot. Le Trésor nous dit :

Empr. au lat.trimestris « de trois mois »

Trimestre

Et le dictionnaire américain Merriam-Webster ajoute :

Etymology: French trimestre, from Latin trimestris of three months, from tri- + mensis month — more at MOON

Étymologie : Français trimestre, du latin trimestris de trois mois, de tri- + mensis mois [ma traduction]

Trimester

Je ne vais pas mentir — peut-être que le français a raison, mais comme « quatrième trimestre » fait mal à mes oreilles anglophones !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour donner sa nourriture au chat.

Serpents et chutes

Connaissez-vous le jeu de société « Serpents et Échelles » ? Là, on essaye de monter de bas en haut en montant des échelles, mais si on tombe sur un serpent, on descend et on doit monter à nouveau. En Amérique du Nord, on dit plutôt « Chutes et échelles » (lien en français et anglais) ; il n’y a pas de serpents. Mais au moins dans le jeu, il y a des hauts et des bas.

Jeu de serpents et échelles, Photo par Herenow4u, Domaine public

Peut-être que vous avez remarqué deux choses ici pendant les derniers mois. Les posts sont publiés de plus en plus tard, et le taux d’erreurs d’orthographe monte en flèche. Les deux sont évidemment liés, mais la vérité derrière les deux est pire que vous ne la pensez. Je vais essayer de l’expliquer.

2025 n’est pas bien allé pour moi, mais ce que vous n’avez pas vu, c’est que dans les coulisses, tout s’effondre physiquement. Et ce n’est pas uniquement une question de ce qui est arrivé à mes genoux avec le déménagement. Franchement, ce n’est plus un problème. La vérité est que de plus en plus, je perds une bataille dont mes médecins s’en foutent.

En 2021, vers le temps de mon écriture sur l’Aube, mes intestins ont décidé de faire la grève. J’ai dû jeter presque tout de mes deux desserts champenois, parce que je n’osais plus manger. Un ami médecin est arrivé de m’empêcher de faire une vraie bêtise en me conseillant de boire du citrate de magnésium. C’est assez horrible que je ne veux pas le faire plus qu’une fois par semaine. Une coloscopie n’a rien trouvé — ce qui était une bonne nouvelle ainsi qu’une mauvaise nouvelle — alors le gastro-entérologue m’a prescrit un cachet qui coûtait 500 $ par mois à l’époque. Après quelques mois, la situation s’est un peu améliorée et je pouvais arrêter de prendre le cachet. Mais depuis ce temps-là, les toilettes sont le cauchemar pour moi.

Depuis, disons, mi-2025, je vis un cycle horrible entre la douleur aux jambes et problèmes intestinaux. À cause des maux d’intestins, je ne peux pas m’endormir jusqu’à 5 ou 6h du matin. Puis, à cause de la douleur aux jambes, je me réveille pas plus de 2 heures plus tard. Alors je vis avec presque aucun sommeil depuis des mois. Je travaille souvent à l’ordinateur pendant ces nuits très tard, mais je suis de moins en moins efficace. En même temps, il ne sert à rien d’éteindre la lumière, car je n’arrive pas quand même à m’endormir. Pas besoin de me suggérer tel ou tel laxatif ou remède populaire — je vous rassure, j’ai tout essayé.

Je ne vois pas comment cette situation va s’améliorer. La seule chose sur laquelle je peux compter, c’est qu’aucun médecin aux États-Unis ne va me prescrire d’opioïdes, car c’est la bonne ordonnance pour perdre son boulot. Mais tous les jours, c’est comme un jeu de serpents et échelles où il n’y a que des serpents. Ou des chutes vu où je suis. L’important, c’est que je n’ai aucune idée de comment arrêter le cycle et les médecins se sont révélés inutiles.

Cependant, j’aimerais vous rassurer sur une chose. Il n’y a pas de chance que je fasse quelque chose de stupide qui ferait plaisir à mon ex. Je suis beaucoup trop têtu pour ça.

Saison 4, Épisode 42 — L’épisode pas optimiste

Alors, une petite mise à jour sur mon livre. Ce week-end, j’ai reçu une lettre de la maison d’édition Albin Michel, celle dont j’ai dû les envoyer un manuscrit imprimé en format A4. C’était écrit il y a 4 semaines selon la date, mais pas envoyée jusqu’à une semaine plus tard. Entre les vacances et le fait d’être envoyée à mon ancienne adresse, je l’ai reçu avec assez de retard pour mentionner ces faits.

La lettre m’a donné un numéro de suivi à utiliser pour vérifier un site interne pour les auteurs. Il y aura une décision dans des délais de 2-3 mois — mais vu le retard, 1-2 mois. Honnêtement, vu les frais d’expédition, j’apprécie sincèrement ce niveau d’attention, peu importe le résultat. J’ai mentionné les deux tomes de Claire Koç dans ma lettre de présentation. Même si on trouve Mme Koç un peu trop forte, je crois que nous serions tous d’accord qu’une maison qui a publié les louanges de France et un fort désir de s’intégrer devrait s’intéresser à mon sujet, même si pas à mes parenthèses mal fermées.

Demain, on va parler de quelque chose de grave. Vous le savez tous déjà, même s’il ne vient à l’esprit tout de suite. Disons que j’étais gêné ce soir en préparant l’épisode de remarquer que j’avais simplement oublié d’écrire les mots « parce que » dans la partie cerclée en rouge du billet d’hier :

Capture d'écran où je voulais écrire « en partie parce que j'aimais » mais oublié le « parce que ».

Les « erreurs de minuit » deviennent de pire en pire, et il s’agit d’une détérioration de santé. Quelque chose doit changer, mais je n’y arriverai pas seul.

Quelque chose de drôle ? Vu sur Complots faciles, une bonne question :

Mème avec un type qui tape sur le front en pensant « Si les USA sont si bien que ça, pourquoi quelqu'un a inventé l'USB ? »
Source

J’aimerais bien en savoir plus moi-même.

Ça fait belle lurette depuis la dernière fois où j’ai vérifié mon dossier de pourriels pour mon adresse e-mail française. Je ne savais pas qu’autant de Françaises avaient si hâte de me rencontrer !

Mais je m’inquiète un peu qu’elles copient toutes les unes aux autres, car les contenus sont tous identiques :

Salut !
J’aimerais bien faire ta connaissance, voici le lien vers mon profil, tu trouveras mes photos dedans.
Tu n’as qu’à t’inscrire.

Suivi d’un lien très long à chaque fois. C’est quand même mieux qu’il y a 3 mois. À cette époque-là, tous les pourriels étaient des pubs en allemand pour des vélos électriques. Quoi, comme si je vais répondre en allemand !

Vous avez certainement entendu mes plaintes que toute la France croit que tout américain francophone est obsédé par Jodie Foster. J’ai donc quelque chose d’important à vous montrer. Ça commence en anglais, mais fais-moi confiance :

Il y a toute une série de pubs pour ce film, qui sortira bientôt aux États-Unis. Je ne suis pas sûr si ce sera doublé en anglais ou s’il y aura des sous-titres. Mais le pays entier sera enfin au courant de ce que vous essayez de nous signaler depuis des années, que Jodie Foster parle français.

Notre blague traite d’une lettre à Dieu. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Tant Mieux et Rencontres Rapides.

Sur le blog, il y a aussi La mésaventure mécanique, sur ma voiture tombant en panne, Une pensée pour les iraniens, sur le massacre, Ici et là, des nouvelles personnelles et La venue de l’avenir, sur le film de ce nom.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec la bande de filles

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 25 pages.

La dernière fois nous avons appris que le narrateur est tombé amoureux d’un éclair au café. Si j’avais juste continué à la page suivante, j’aurais découvert la réalité effrayante :

la jeune fille de la plage avait été fabriquée par moi. Malgré cela, comme je l’avais, dans mes conversations avec Elstir, identifiée à Albertine, je me sentais envers celle-ci l’obligation morale de tenir les promesses d’amour faites à l’Albertine imaginaire.

Avez-vous compris ? Ce n’est pas seulement qu’il se sent obligé de lui demander de sortir ensemble, mais :

on se croit obligé d’épouser ensuite la personne interposée.

Ouais. Il avait construit des fantasmes assez forts qu’il se croyait obligé de l’épouser.

J’aimerais prendre une pause pour offrir mes excuses à, entre autres, Vosdames Cindy Crawford et Gisele Bündchen, mais surtout au personnage fictif de Final Fantasy VII, Aeris Gainsborough (il me semble tout à coup important à préciser qu’elles ne sont pas mes dames). Je ne savais pas qu’avoir des fantasmes d’épouser une autre personne créait des obligations chez l’autre personne et compte tenu des preuves, personne d’entre vous ne s’intéressait à m’épouser, même pas un peu. L’erreur est uniquement à moi.

M. Parangon de Fidélité ajoute, même si nous savons maintenant que les deux s’épouseront, que :

par Albertine du moins, si elle-même n’était pas ce que j’avais espéré, je pourrais connaître ses amies de la petite bande.

Des jours après leur rencontre, Albertine montre du bon sens en grognant le narrateur :

Vous ne faites rien ici ? On ne vous voit jamais au golf, aux bals du Casino… Je vois que vous n’êtes pas comme moi, j’adore tous les sports !

Hélas, on sait qu’elle ne suivra ce bon sens. Pire, il s’avère que le narrateur et moi partageons un trait cinglé en commun :

Chaque fois que j’étais quelques jours sans la rencontrer, je m’exaltais en me répétant : « On ne vous voit jamais au golf », avec le ton nasal sur lequel elle l’avait dit, toute droite, sans bouger la tête. Et je pensais alors qu’il n’existait pas de personne plus désirable.

Il ne s’agissait pas de golf, mais au lycée, j’ai tombé amoureux de quelqu’un en partie j’aimais l’entendre éternuer. Je ne plaisante même pas.

Les deux rencontrent Octave, un jeune homme de qui le narrateur dit :

Car il ne pouvait jamais « rester sans rien faire » quoiqu’il ne fît d’ailleurs jamais rien. 

Octave se présente comme ami d’Albertine, mais derrière son dos, Albertine l’appelle « un gigolo ». Gentil, non, mais probablement vrai.

Puis Albertine rencontre Bloch, de qui elle dit deux choses importantes au narrateur :

— Je reconnais qu’il est assez joli garçon, me dit Albertine, mais ce qu’il me dégoûte !

Quand je lui dis ce premier jour qu’il s’appelait Bloch, elle s’écria : « Je l’aurais parié que c’était un youpin. »

Elle va bien aimer Swann avec cette attitude !

Il se passe qu’Octave « était un peu parent, et de plus assez aimé des Verdurin. » Super, il finira en tant que Président de la République si ça continue !

Le narrateur et Albertine rencontrent deux filles, les d’Ambresac. Albertine n’est pas fan : « Elles vous plaisent ? Dame, ça dépend. C’est tout à fait les petites oies blanches. » (Le narrateur n’a pas dit qu’elles le plaisent.) Mais elle laisse tomber que l’une d’entre eux est fiancée de Saint-Loup. On a déjà entendu parler d’une autre femme à cet égard, sa maîtresse ! Bien nommé, ce Loup ! Le narrateur ajoute :

je ressentis tout à coup beaucoup de chagrin que Saint-Loup m’eût caché ses fiançailles, et fît quelque chose d’aussi mal que se marier sans avoir rompu avec sa maîtresse.

On fait un peu de ce que les joueurs de jeux vidéo appellent un « speedrun » (jouer de façon pour finir le plus vite possible) par plusieurs coups de cœur pour le narrateur. En plus des d’Ambresac, il y a Andrée :

Deux jours après, étant allé voir Elstir, il me dit la sympathie très grande qu’Andrée avait pour moi

Et Gisèle, de qui Albertine dit :

— Vous l’avez pourtant assez regardée, on aurait dit que vous vouliez faire son portrait, me dit-elle sans être radoucie par le fait qu’en ce moment ce fût elle-même que je regardais tant. Je ne crois pourtant pas qu’elle vous plairait. Elle n’est pas flirt du tout. Vous devez aimer les jeunes filles flirt, vous.

Elle le comprend bien !

Il y aussi une Rosemonde, mentionnée trop brièvement pour citer. L’important, c’est que le narrateur avoue que maintenant, il passe tout ce temps avec cette bande de filles, essayant d’en choisir une, que :

Je ne pus même pas trouver un après-midi pour aller à Doncières voir Saint-Loup, comme je le lui avais promis.

Finalement pour cette fois, il rencontre encore Andrée et nous dit :

Cette Andrée qui m’avait paru la plus froide le premier jour était infiniment plus délicate, plus affectueuse, plus fine qu’Albertine à qui elle montrait une tendresse caressante et douce de grande sœur.

Encore une fois, choisissez-en-une, vous ! Mais pourquoi est-ce qu’elles sont si soucieuses de ce cœur d’artichaut marchant ?

La venue de l’avenir

Ça fait belle lurette depuis la dernière critique d’un film ici, avec Monsieur Aznavour en septembre. Je ne pensais pas que j’allais assister à la soirée ciné de l’OCA hier, car c’était déjà complète il y a une semaine. Cependant, l’organisatrice m’a appelé hier aprèm pour me dire qu’il y avait des annulations, alors aimerais-je y aller ?

Alors, ça ne m’a laissé que 3 heures pour préparer un dessert. Avec si peu de temps, je me suis dit : « Ben, vous n’avez pas trop d’ingrédients. Faites des brownies d’après la recette inratable de la dernière bûche de Noël. » Puis, mon miroir m’a répondu : « D’abord, je ne m’appelle pas Ben. Autre chose, la dernière fois que vous avez apporté des brownies à un tel événement, tout le monde a fait des commentaires, ‘Oh, tu cuisines à l’américaine maintenant ?’ Vous aimez ça, vous ? »

Alors, les voilà :

Des brownies coupés en gros plan. Ils sont très foncés, car j'ai utilisé une poudre de cacao très marron foncé.

Autre chose ? Le saligaud avait raison. Désormais, tout abonnement à Un Coup de Foudre vient avec une poêle du Creuset gratuite. Vous êtes simplement obligés à me cogner sur la tête si je pense même un instant à faire une autre recette américaine. Je m’inquiète depuis le début que tout le monde pense, « Bof, le Yankee imperialist veut tout changer chez nous », raison pour laquelle j’essaie de cuisiner uniquement des recettes françaises.

De toute façon, le film.

Il n’y a pas de photos, parce que c’était un film en groupe, alors pas de pauses. J’essaierai de décrire l’intrigue, mais j’ai raté certaines choses à cause de… raisons.

Le film commence dans un musée. Une belle poignée de personnes qui n’auront aucune importance à l’intrigue sont en train de tourner… un clip ? Un Instagram reel ? Peu importe… dans un musée avec des peintures impressionnistes. L’une d’entre eux reçoit un message qu’il doit assister à une réunion, car la région de… Normandie ? Île-de-France ? L’une des deux, peu importe… veut condamner la maison de son ancêtre, une certaine Adèle Meunier, pour la remplacer avec des panneaux solaires. Mais à cause de… raisons… il y a des questions de qui est le propriétaire, alors ils ont recherché tous les descendants de cette personne pour avoir une réunion et décider avec qui ils doivent négocier. Ou quelque chose.

Il y a environ deux douzaines d’héritiers, mais personne ne semble avoir la moindre idée de qui était Adèle, leur arrière-arrière-grand-mère selon un graphique. Ils choisissent 4 personnes pour représenter le groupe. Ces 4 vont visiter la maison en Normandie, dont personne ne vit depuis 80 ans, retrouver les biens là-dedans, s’il y en a, puis ils voteront sur quoi faire.

Ils doivent utiliser une hache pour ouvrir la porte. Une fois à l’intérieur, il y a des dizaines de vieilles photos en noir et blanc sur les murs, ainsi que ce qui semble être un tableau impressionniste. Puis, les voyages dans le temps commencent.

Tout à coup, on est 1895, et Adèle quitte sa maison. Elle s’habille comme si c’est un personnage d’un film de Jane Austen, malgré le fait qu’elle n’a pas beaucoup d’argent. Gaspard, son copain, poursuit le wagon qui l’apporte vers un quai où elle prendra un bateau à Paris. Gaspard est bien habillé mais peut courir comme Sonic le hérisson pour joindre le wagon d’un endroit à presque 500 mètres quand il l’aperçoit.

Sur le bateau, Adèle fait la connaissance de deux jeunes hommes qui vont à Paris. Elle leur dit qu’elle va chercher sa mère, qui elle n’a jamais connu. Elle la trouve, mais… maman est prostituée ou quelque chose, c’est pas important, alors Adèle, qui n’a pas de logement ou d’argent, cherche les hommes pour rester chez eux, avec leur mère.

On passe encore et encore entre le présent et le passé alors que les gens du présent essaient de découvrir qui était Adèle vraiment. À chaque fois où ils regardent une autre photo, on revient vers le passé pour voir les évènement qui ont eu la photo pour résultat.

Le film dure 2h. À 1h10, je me suis endormi pendant 10 minutes. Ça n’a eu aucun effet quant à ma compréhension de l’histoire. Disons qu’à la fin, Adèle se révèle probablement la fille de Claude Monet, mais c’est pas important.

Et c’est ça le problème avec ce film, exactement comme En corps, l’autre film de M. Klapisch que j’ai vu. Il y a beaucoup trop de personnages et de fils à suivre, et on n’a jamais l’impression que leurs choix ont la moindre importance. Adèle n’a absolument rien mais est à Paris toute seule ? N’importe quoi, ça ira. Elle va chez deux hommes qu’elle ne connaît vraiment pas sans s’en soucier même un peu. Elle sourit tout au long du film, peu importe la situation — presque exactement comme Marion Barbeau dans En corps ! C’est donc la faute au réalisateur.

Après être rentré, j’ai recherché le film. Et j’ai trouvé cet article de France Inter, avec les avis de 4 critiques. Les réactions ? « C’est lourd. » « On n’y croit pas une seule seconde. » « C’est très mauvais. » « Un bon docu fiction. » Trois des critiques ont raison ; l’autre a besoin d’une poêle sur la tête.

Cédric Klapisch a beaucoup de style, et la photographie est vraiment superbe, mais si je vous dis « Je vais tenter ma chance avec un autre de ses films », considérez ça pareil à faire des brownies pour des Français. Vous savez maintenant quoi faire.

Ici et là

Comme je suis épuisé en ce moment. Mais je vais, comme d’habitude pour ce billet, partager quelques nouvelles personnelles.

D’abord, finissons l’histoire de ma voiture. Je l’ai récupéré de chez le concessionnaire mercredi après-midi, et comme attendu, je n’ai rien payé. Cependant, ce blog a failli trouver sa fin à cause de la crise cardiaque fait en voyant la facture que j’aurais dû payer sans la garanti prolongée.

« Oh, Justin », me dites-vous, « vous êtes une drama queen comme on dit en français. (Reine de drame pour ceux qui évitent les anglicismes.) C’était une pièce de 300 $ selon votre lien, alors peut-être pareil pour l’installation. »

Affiche qui montre quelques tables où on dîne et une danseuse dans les bras d'un type habillé comme le Diable. Sous le titre « La Reine du Moulin Rouge » il y a une description : « Une histoire de Montmartre et les sacrifices d'une fille pour l'amour dans le fameux Moulin Rouge. »
Affiche du film américain de 1922 « La reine du Moulin Rouge », Dessin par Pyramid Pictures / American Releasing Co., Domaine public

HAHAHAHAHAHA… non. Un essai de plus ?

Mille dollars, ça semble une somme assez folle ?

HAHAHAHAHAHA… toujours non. Vous avez vos sels sous la main ? Vous en aurez besoin. Voici une photo de la facture.

Photo de la somme facturée à l'assurance, presque 4 200 $ au total.

3 365 $ pour les travaux, ainsi que 670 $ pour les pièces (il y avait quelques autres remplacées en même temps). Je n’avais aucune idée.

Heureusement, je n’ai rien payé.

J’ai envoyé le brouillon du Guide Pratique aux autres responsables comme planifié, et hier, j’ai eu mes réponses. Il n’y avait que quelques changements à faire. Le Guide sera publié soit ce week-end soit début de la semaine prochaine. Je suis fier des impressions de l’ancienne responsable, qui m’a dit que c’était hyper-fidèle à ses travaux d’avant. Mais j’ai appris quelque chose d’hilarant.

J’avais supprimé une astuce sur les bus locaux. Au passé, je vous ai dit que je n’ai jamais pris un bus à Irvine, et ça reste le cas. Mais anciennement, dans mon vieil appartement, tout près de Jamboree, il y avait un arrêt très, très près de chez moi pour ce qui s’appelait « iShuttle » (pour Irvine Shuttle). Je n’ai pas vu ce bus depuis des mois. Alors quand j’ai cliqué le lien du Guide Pratique pour le vérifier, j’ai vu cette notification, et j’ai décidé de le supprimer :

Capture d’écran

Ça dit « Le service de navette est interrompu à partir du 28 juin 2025. » Ça semblerait dire qu’il n’existe plus, non ?

Non. Il a changé de nom, selon l’ancienne responsable. Elle a vu ce changement, mais s’est dit « Je vois toujours ces bus près de chez moi », et a trouvé le nouveau nom et la nouvelle carte. C’est désormais « Irvine Connect » et ne va plus par l’ancien chez moi, ni à l’aéroport. Je considère que je n’ai pas fait d’erreur, mais c’est un peu gênant que je ne sais rien sur la ville où j’ai vécu pendant 18 des 25 dernières années.

Je ne me souviens pas de si je l’ai déjà mentionné, mais une fois à Los Angeles, je suis allé dans une banque, et la dame devant moi dans la queue a demandé à la caissière où était l’arrêt de bus pour FlyAway, un service qui allait jusqu’à l’aéroport LAX. La caissière n’avait aucune idée. J’ai dû interrompre pour mettre fin à la connerie : « Madame, c’est littéralement à une rue d’ici, sous le panneau géant qui dit « LAX FlyAway ». » Il m’étonnait, le point auquel personne ne connaissait son quartier. Dont moi, évidemment.

L’Assemblée générale de l’OCA aura lieu le 24 janvier, et j’aurai désormais deux postes officiellement, entre La Dépêche (le nom du bulletin) et le Guide Pratique. À penser qu’en 2024, personne n’était sûr s’ils pouvaient me faire confiance pour une publication ! Mais pourquoi est-ce que je fais tout ça ? Un jour, et j’espère que ce sera en 2028, j’aurai besoin de références pour des candidatures en France, et il y aura plusieurs Français qui pourront servir en tant que témoins. Il y a toujours une raison pour tout chez moi.

La traduction du livre devrait être achevée ce week-end. Je suis gêné à vous dire que j’ai trouvé encore d’autres erreurs en la faisant, dont une parenthèse manquante. Si vous êtes programmeur, ou connaissez au moins un langage de programmation, vous saurez pourquoi cette découverte me coûtera plus de sommeil que n’importe quelle autre erreur. À penser que j’ai envoyé un document à d’autres personnes avec une paire de parenthèses non-fermées ! Il n’y a pas d’excuses pour ça, et je suis au moins à moitié sérieux en le disant. C’est le genre d’erreur qui produit tout genre d’autres erreurs quand il s’agit de code.

Heureusement pour moi, il n’y a pas beaucoup de sommeil à perdre, non ?

Pour finir, je vais paniquer tout ce week-end. La Fille part avec mon ex samedi matin pour Las Vegas, parce que lundi est un jour férié aux États-Unis. Ce n’est pas le problème. C’est que mon ex planifié de partir vers 4h du matin afin que La Fille puisse rouler sur des autoroutes vides. Après seulement une leçon de 2 heures derrière le volant.

Et elle dit que c’est moi le fou !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Il y a pire

L’une des premières choses à attirer mon attention en 2020, quand j’ai commencé à apprendre le français, c’était l’habitude de faire des comparaisons de façon négative. Je ne peux pas donner un ordre pour tout, mais je suis absolument certain que la première expression de ce genre que j’ai apprise, c’était « pas mal ». Et bien sûr, il y a une merveilleuse parodie de cette habitude dans La Grande Vadrouille quand Louis de Funès dit « C’était pas mauvais, c’était très mauvais ! »

Il y a deux semaines, j’ai vu un post sur le groupe Facebook, Everything French, sur exactement ce sujet, à partir de ces exemples fournis par la prof de français Nora El Garhy :

C'est des exemples de la litote; « il ne fait pas chaud » pour dire « il fait froid », « pas mal » pour « bien », et ainsi de suite.
Source

Je n’avais pas rencontré le mot « litote » jusqu’à ce point, mais j’ai tout de suite compris l’idée, parce que je remarque cette tendance partout. Ça doit être le comportement le plus français de toute la langue !

Après tout, ce n’est pas uniquement un cas d’utiliser deux mots négatifs pour dire quelque chose de positif. Cette tendance Bourriquet se manifeste même en félicitant vos élèves. En anglais, quand on est diplômé à la fac (on ne fait pas ce qui suit au lycée), il y a trois niveaux de mention, avec des noms latins :

  • Cum laude
  • Magna cum laude
  • Summa cum laude

Ce sont des équivalents exacts des mentions françaisesassez bien, bien, très bien — mais la signification littérale des mots est plutôt différente. Une traduction mot-par-mot, sans se soucier du fait que personne ne dirait ce qui suit en français, serait :

  • Avec honneur
  • Avec haut honneur
  • Avec l’honneur le plus haut

Moi, j’ai réussi mon diplôme à la fac magna cum laude, et je vous ai raconté avant l’histoire de pourquoi j’ai raté summa — parce que j’ai insisté sur finir un cours de génie électrique dont je n’avais plus besoin. Quand j’ai entendu parler de la mention « assez bien », je l’ai trouvée hilarante — c’est ce que l’on dirait en anglais de quelqu’un qui avait fait le minimum ! C’est ici que l’on trouve le pessimisme que je vois largement quand les Français parlent des autres Français, mais presque jamais dans leurs comportements personnels.

Bien sûr, on ne peut pas toujours faire confiance que cette habitude de négativité veut dire l’envers. Je ne me souviens plus de la première fois où j’ai entendu « pas terrible », mais je sais que je le croyais une version plus intense de « pas mal », alors encore mieux. Mais non, comme explique le podcast Français Authentique, en français, « terrible» est en fait parfois une bonne chose, alors l’envers, c’est mauvais :

« Terrible » a plusieurs sens, mais il y a un sens qui veut dire « exceptionnel, extraordinaire ». Donc, si vous décrivez quelque chose en disant « c’est pas terrible », ça veut dire que ce n’est pas extraordinaire, ce n’est pas super, ce n’est pas bien, ça ne me plaît pas.

3 expressions françaises pour dire que vous n’aimez pas quelque chose, Français Authentique

On a aussi cet usage de terrible en anglais, mais ça appartient vraiment au XIXe siècle. Il y avait une chanson de la Guerre Civile, toujours enseignée dans nos écoles, Le Hymne de bataille de la République, qui parle de « His terrible, swift sword » (« sa terrible et rapide épée », selon le lien de Wikipédia). Mais je vous rassure, je ne peux même pas penser à un seul exemple de cet usage dans le langage courant. J’ai donc été complètement surpris d’apprendre que « pas terrible » est, en fait, pas bon.

Mais ce que je trouve encore plus remarquable, c’est que l’on ne dit jamais ces choses de façon positive — le mot « pas » s’implique dans l’affaire à chaque fois. Si on veut être pessimiste en anglais quand on vous demande « Ça va ? », c’est très naturel de répondre « Could be worse », « Ça pourrait être pire ». C’est logique de dire ça en français — on peut comprendre le sens — mais je n’entends jamais ce sentiment exprimé de cette façon.

Honnêtement ? C’est pas la pire chose.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une courte observation sur comment le français divise l’année, et pourquoi c’est trompeur pour un anglophone.

Une pensée pour les iraniens

Désolé, mais Langue de Molière est reportée d’un jour, parce que je ne pouvais rien écrire ce soir. J’ai passé tout le temps consacré à l’écriture en lisant les nouvelles — et pour être clair, plus de spéculations que de vraies nouvelles — sur ce qui se passe en Iran.

Le Canard du jour exprime très bien l’ambiance noire du moment :

Le gros titre dit : « Révolte et répression : en Iran, l'histoire se répète. Khameini règne toujours en tirant ! »

Au fil des dernières années, vous avez peut-être remarqué qu’à chaque fois où je mentionne faire des allers-retours à Los Angeles pour faire des achats chez Surfas, je dis aussi « alors, j’ai passé par mon resto persan préféré, Shamshiri Grill ». Je vais simplement raconter deux histoires :

La première histoire, c’est que mon ex et moi avons découvert Shamshiri ensemble en 2005, juste après avoir déménagé à LA. Nous sommes tous les deux de grands fans de la cuisine. Mais un jour en 2006, nous avons lu qu’ils allaient fêter la « Journée de l’indépendance iranienne ». Nous y sommes donc rendus avec un esprit méfiant, mais nous devions en savoir plus — est-ce qu’ils étaient de grands fans des mollahs ? Et en fait, quand nous y sommes arrivés, il y avait des affiches géantes de Khomeini partout. Cependant, nous n’avons pas quitté le resto, et je reste client fidèle jusqu’à maintenant. Pourquoi ?

Parce que chacune des affiches était recouverte d’un cercle rouge barré en diagonale, le symbole aux États-Unis pour dire que quelque chose est interdit. Il y avait des drapeaux de l’époque avant 1979 partout. Nous nous avons regardé et j’ai dit, « Ça va, ce sont nos iraniens. »

L’autre histoire, ça vient de 2023. J’habitais très proche de l’université locale jusqu’en octobre dernier. L’université est entouré par un quartier iranien. Cependant, je ne vais jamais dans ses restos, parce que je savais déjà quel genre de personnes ils sont, avant ce qui s’est passé en octobre 2023.

Il y avait un grand défilé, d’environ 1 000 personnes qui est passé à côté de mon immeuble, car j’habitais à côté de la rue la plus importante d’Irvine, Jamboree. J’ai pris des photos, et je vais en partager deux. Ça permet d’identifier une intersection à moins de 500 mètres de mon ancien appartement, raison pour laquelle je ne les ai pas publiées le 23 octobre, le lendemain de l’événement.

Vous ne pouvez rien entendre — j’ai pris ces photos de ma voiture afin de ne pas engager avec la foule, alors pas de vidéo — mais les cris étaient tous « Mort à Israël » et « Mort aux Juifs ». Pourtant, ce ne sont pas d’arabes. Ce sont les iraniens qui habitent près de l’université. Je dirais que ce sont leurs iraniens, ceux qui soutiennent les mollahs.

Il y a parfois des manifs contre les mollahs ici à Irvine, bien avant les événements de la semaine dernière. Il n’y a jamais plus d’une quinzaine de personnes. Ils hissent leurs pancartes toujours au même endroit, devant le centre commercial de la rue Barranca.

Tout ça, c’est à dire que je m’intéresse à la communauté iranienne en Californie du Sud depuis longtemps, et j’ai une idée de qui est qui. Et mon vœu, c’est pour les iraniens à Los Angeles d’être plus contents que ceux qui étaient mes voisins ici.