À table avec Louis de Funès

Au début de mes vacances, France Inter m’a envoyé l’ultime tentative à troller. Si on le lit rapidement dans un aéroport en attendant Godot un avion avec plusieurs heures de retard, on pourrait cliquer sans remarquer que c’était une rediffusion d’un émission en septembre 2020. Ce dernier lien promettait un entretien avec une autrice, Claire Dixsaut, décrite comme ça :

Claire Dixsaut est l’auteur de À table avec Louis de Funès, 60 recettes bien de chez nous.

N’ayant eu aucune idée de son identité, je pensais qu’elle était peut-être une relation de M. de Funès — « chez nous » m’a donné cette idée-là. Alors, je cherchais le livre, et voilà — c’était pas disponible chez FNAC, et chez Amazon.fr non plus. En fait, ce livre a sorti en 2011 ! Mais j’ai réussi à trouver la dernière copie d’occasion chez Amazon — d’ici. Je suis également surpris que vous.

Voici la couverture :

Malgré l’âge, la police de caractères a plutôt l’air des années 1960s ou 1970s, non ? C’est le bon choix vu ses films de l’époque qui parlent de la nourriture : Le Grand Restaurant, Les Grandes Vacances, L’Aile ou la cuisse, Le Tatoué.

Juste à l’intérieur, j’ai trouvé une dédicace. Ça me rend un peu triste, car je ne peux croire que personne vendrait un tel cadeau aussi vite (moins de 11 ans). Quelque chose d’horrible a dû arriver au premier propriétaire :

Au fait, puis-je vous dire que j’adore votre écriture à la main ? Il me semble que tous les Français, quoi qu’ils fassent, ont l’écriture parfaite. C’est dingue — saviez-vous que l’un de nos anciens ministres faisait passer quelques cercles pour sa signature ?

Alors, qu’est-ce que l’on trouve au-dedans ? Ce ne sont pas de recettes de la maison de Funès — ce sont en fait des recettes de films ! J’ai hâte d’ajouter qu’il n’y a pas de suggestion que ces recettes elles-mêmes étaient préparées pour le tournage de leurs films respectifs. Mais quand le titre parle de recettes « bien de chez nous », c’est-à-dire — largement — des recettes françaises authentiques. Dois-je vraiment vous dire que celle-ci vient du Gendarme à New York ? Et qu’est-ce qui s’est passé dans le film ?

Il y a la recette la plus importante de la filmographie de Louis de Funès. Les quantités ont bien changé, mais vous la connaissez par cœur : « 1 kilogramme kartoffeln, 1 litre milch, drei eier, neunzig gramm butter, salz, und…UND ! MUSKATNUSS ! MUSKATNUSS, HERR MULLER ! » (Attendez le balado, hihihi.) Si je rencontre un jour un allemand appelé Muller, vous savez ce qui arrivera. J’espère que la police sera gentille avec moi.

Certaines choses ne sont qu’inspirées par les films. Par exemple, dans « Ni vu ni connu », le personnage de Blaireau pêche les écrevisses, mais personne ne les prépare sur l’écran. Alors les écrevisses « bricoleuses » sont jolies, mais pas vraiment du film :

Dans L’Aile ou la cuisse, Gérard Duchemin remarque que le bœuf n’a que le goût de bœuf. Moi, je trouve ce plat plus marrant qu’intéressant — devrait-il avoir le goût de poisson ?

Je vous ai dit que les plats sont largement français. Quelques exceptions sont des plats japonais à cause de soit La Zizanie soit L’Aile ou la cuisse. Mais il faut que je mentionne celui-ci, des Grandes Vacances. Franchement, je ne sais pas qui veut ça :

Mais je dois ajouter que ce film vous trompe au sujet de viande « à la chantilly à la menthe ». Ce qu’on voit aux Grandes Vacances est dégoûtant — mais on ne mélange JAMAIS la chantilly avec la menthe. Ce que vous trouverez sûrement, jamais en même temps, c’est la chantilly au raifort, et la confiture de pommes à la menthe. Cette dernière est vraiment pour le mouton, et la chantilly au raifort, c’est pour le bœuf. Si vous allez chez Lawry’s à Beverly Hills, où ils ne servaient QUE du rosbif jusqu’environ 10 ans (depuis 1938), je vous promets que l’expérience ne serait pas du tout mauvaise. (Personne ne vous jettera le mauvais œil si vous sautez la chantilly, sérieusement.) Je vous aurais recommandé le restaurant St. James chez Fortnum & Mason, à Londres, mais il est devenu juste un salon de thé. (Allez là-bas quand même.)

Revenons à nos moutons, au moins ceux préparés à la française. L’autrice, Mme Dixsaut, est en même temps très bien qualifiée pour écrire ce livre et pas le meilleur choix. Elle est scénariste professionnelle, et sa connaissance des films est exceptionnelle. Elle a sorti plusieurs tels livres de recettes, comme un livre de James Bond, un sur les Tontons flingueurs, et un sur la mafia, version américaine. Il y en a d’autres, et pendant une période de 6 ans, autant de livres de recettes sont parus. C’est plutôt rapide pour développer autant de recettes. Vous ne trouveriez jamais sa recette de croissants signée par moi :

Je dois ajouter que les instructions pour la pâte levée feuilletée seraient trop longues vu que toutes les recettes tiennent sur une page pour chacune. Mais je sais que vous êtes d’accord, ce n’est pas la recette d’un Duchemin.

Je vous recommande ce livre en tant qu’œuvre d’histoire et pour susciter des remarques. Pour le cuisinier à la maison, il y en a de meilleurs. Mais pour le fan de Louis de Funès, c’est un excellent choix.

7 réflexions au sujet de « À table avec Louis de Funès »

  1. les2olibrius

    Permettez-moi de moduler votre avis concernant l’écriture manuscrite des Français… Je vous assure que les collégiens ont pour beaucoup une mauvaise écriture parce qu’ils ne savent plus (et certains de leurs professeurs non plus) écrire des o qui se différencient des a par une « boucle en haut », qu’ils confondent les « ponts » des m et n en inventant un m indéfinissable à 3 ponts, qu’ils ne savent plus contenir leurs lettres dans le premier interligne et proposent 4 mots dans une seule ligne, comme si la grosseur des mots pouvait suppléer l’indigence du sens… Etc. Même les chiffres sont devenus des pâtes trop cuites peu identifiables! Heureusement, quand certains enfants ont pris de bonnes habitudes (mais comme il est difficile de les leur inculquer ainsi que je le constate avec ma petite-fille ) ils ont effectivement un style magnifique. C’est plutôt la génération des Français nés dans les années 30 (1930) qui avaient acquis des habitudes de graphie splendissime. Mon père se moquait de moi et de mon écriture « sans aucun style ».

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    1. jeliotb Auteur de l’article

      Vous le sauriez mieux que moi. J’ai de nombreux exemples de l’écriture des amis qui m’envoient des cartes postales et je suis toujours choqué. Mais ils ne sont pas les collégiens d’aujourd’hui.

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    2. Bernard Bel

      Je confirme ! La graphie de la dédicace de votre livre est typique de celle d’une personne qui serait née dans les années 1930… Les plus anciennes sont souvent encore plus soignées, mais la qualité s’est perdue avec l’usage de machines à écrire.

      Même mon écriture qui était très lisible au sortir de l’école se dégrade de plus en plus faute de pratique. Mes collègues américains avaient eux aussi beaucoup de difficulté à écrire à la main car ils utilisaient les claviers très tôt à l’école. Les seuls qui écrivaient lisiblement étaient ceux qui pratiquaient la calligraphie comme un art.

      Quant à l’écriture des médecins sur les ordonnances, seuls les pharmaciens sont capables de la déchiffrer. 😉

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    3. les2olibrius

      Je me relis et parce qu’une amie me réclame une explication, je pense devoir préciser que les m « à trois ponts » dont je parle et que je qualifie d’indéfinissables commencent par une barre dans certaines écritures enfantines actuelles. Ils n’existent donc pas.

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  2. latetedanslepanier

    Miam le livre a l’air très intéressant et avoir trouvé cette dédicace qui arrive du passé très émouvant. Si non Louis de Funès est une partie fondamentale de mon éducation culturelle « française » j’ai vu tous les films et j’ai adoré en particulier « L’aile ou la cuisse » et « La soupe au chou »…by the way, dans le livre il n’y a pas la recette de la fameuse soupe?

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  3. Ping : Épisode 23 | Un Coup de Foudre

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