Assiette de madeleines faites maison par Justin Busch

Dimanche à Combray

Dimanche avec Marcel est de retour. Cette semaine, nous nous retrouvons en terre inconnue ; c’est-à-dire la partie du livre après le tout premier chapitre. Mais on n’est pas allés très loin. La dernière fois, j’ai fini 65 pages ; cette semaine, on n’a atteint que la page 90, alors 25 de plus.

Avant de parler du livre lui-même, je dois vous dire quelque chose d’amusant. Ce soir, j’ai assisté à une soirée tarot. J’avais planifié un dessert normand, jamais vu ici, mais je l’ai gravement raté. (Quand j’ai dit ça à la soirée, tout le monde disait de telles choses comme « Oh, un petit bout brûlé n’aurait pas grand-chose. » Mais c’était complément inutile, comme ma bûche qui s’est effondrée il y a deux ans.) Alors, avec seulement 2 1/2 heures pour faire quelque chose de zéro, j’ai fait… ouaip, vous l’avez bien deviné, des madeleines.

Une assiette avec 16 madeleines, la moitié avec la bosse en haut, l'autre moitié avec le côté cannelé en haut.

Je ne les referai plus jamais pour ce groupe. « Mais Justin », vous me dites, « elles sont presque parfaites — aucune n’est trop cuite, et il y a une belle bosse sur chacune. » Je le sais. Et la moitié des invités — il y en avait 15 — les ont ignorées. Personne n’est obligé de les goûter, pour être clair, mais si j’avais su que vous ne les aimez pas, j’aurais fait autre chose. Laissez tomber et revenons à nos névroses, car c’est ça la matière d’À la recherche du temps perdu.

Alors, on a parlé de deux sujets dans ces 25 pages. La première, c’est sa tante Léonie, qui ne quitte plus sa chambre pour rien. Elle est en fait la cousine du narrateur, mais il nous dit qu’il l’appelait sa tante. De toute façon, elle regarde le monde de sa fenêtre tout le temps, et est une bavarde qui demande sans cesse à sa cuisinière, Françoise, qui sont tous les personnages qu’elle ne reconnaît pas. La pauvre Françoise entend de nombreuses plaintes dans cette partie qu’elle prépare trop d’asperges et aussi qu’elle devrait chercher de plus grosses asperges. Le temps que le narrateur n’ait cessé de parler de tante Léonie, j’étais déjà bien fatigué d’elle. Elle se plaint beaucoup trop, et quand c’est moi qui le dit, vous savez exactement à quel point elle doit être ennuyeuse.

L’autre chose de laquelle il parle, c’est Saint-Hilaire, l’église du village de Combray. Il a réussi à dire très peu d’important après 10 pages consacrées juste à ça (et on n’a toujours pas fini de parler de l’église. On sait que le narrateur se souvient de certains personnages du village, tels que Mme Sazerat, qui arrive toujours avec un paquet de la boulangerie locale. Et qu’il y a une tapisserie là-dedans dont les personnages du livre d’Esther ressemblent à un ancien roi de France et à l’amante du tapissier. Et que l’abside de l’église est plutôt moche par rapport aux cathédrales de Chartres et de Reims. Non, mais sérieusement.

J’attendais à ce que quelque chose se passe dans cette partie, et j’étais gravement déçu à cet égard. On est à 90 pages, et à ce point, M. Proust continue juste de mettre la scène. Je sais que c’était la tendance parmi les romans psychologiques modernistes du début du XXe siècle — et c’est pour ça que je maudis toujours le nom de Theodore Dreiser, auteur américain de la même époque — mais je suis bien prêt à voir quelque chose arrivé qui n’est pas simplement le comportement habituel de tel ou tel personnage.

Je pense, pourtant, que j’aurais bien aimé cette Françoise. Elle n’est que domestique de la famille du narrateur, mais il me semble qu’elle a une attitude très saine, et autour de ce groupe, c’est déjà une grande réussite !

14 réflexions au sujet de « Dimanche à Combray »

    1. Avatar de Justin BuschJustin Busch Auteur de l’article

      Il y avait une raison pour laquelle j’ai abandonné la première fois ! Mais vu que c’était un cadeau plutôt cher, je me sentais coupable pour ne pas avoir fait plus d’efforts. Il m’est bien évident qu’une fois suffira !

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      1. Avatar de BillieIlékéleur

        Comme dit Béa Johnson: on n’est pas responsable des cadeaux qu’on reçoit. Cette phrase m’a aidée à ne plus culpabiliser. Mais je comprends votre sentiment. De façon un peu sadique j’aime bien vos chroniques littéraires, bon courage à vous dans cette lecture!

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  1. Avatar de vanadze17vanadze17

    Oui, tes madeleines sont superbes ! Et tant pis pour celles et ceux qui ne les ont pas goûtées…

    Je pense que Marcel n’aurait pas aimé vivre au 21ème siècle, où tout va trop vite, où trop de choses sont superficielles. Il aimait profiter de chaque instant (il avait sûrement raison, puisque certains d’entre nous y reviennent…), il prenait le temps d’admirer les détails autour de lui.
    Mais je suis bien d’accord avec toi, il ne se passe pas grand chose et c’est une frustration pour le lecteur.
    Proust était un contemplatif doublé d’un romantisme aigü et, ce qui est sûr, c’est que je ne le relirai pas 😉
    Bon dimanche Justin.

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  2. Avatar de AnagrysAnagrys

    Rien à redire sur les madeleines, qui semblent très bien. Fut un temps j’en faisais au thé vert, qui partaient très vite, il faudra peut-être que j’en refasse un de ces jours !
    Merci pour cette lecture, je ne suis pas allé bien loin chez Proust, mais j’ai lu un peu de Balzac, qui m’a donné l’impression d’être un homme capable de passer un chapitre à décrire la serrure d’une armoire… pour dire les choses de manière civilisée : ce n’est pas trop ma tasse de thé. Dans ces auteurs anciens j’avoue un faible pour Hugo, il use de longues descriptions aussi, mais a le bon goût de les mettre dans un chapitre et de n’y plus revenir. Sur la lisibilité, au XIXe siècle, je trouve que Dumas et Verne (Jules, pas Henry) sont imbattables.

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  4. Avatar de encuisineavecpelaencuisineavecpela

    Je ne connais pas du tout ce livre mais bof bof…
    Pour la pâtisserie, je compatis !
    Déjà, raté c’est très très agaçant mais le pire c’est les gens que tu fréquente !
    Ils aiment bien faire des Blablablas, il me semble !
    Moi, j’adore les madeleines ! Envoie 😁

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