Paul Taylor au Regent Theatre

Je sais à quoi vous vous attendiez, mais hier, j’ai réussi le dernier rêve lié à mon expérience d’apprendre le français en 2020. C’était un moment doux-amer ; ce chapitre de ma vie est désormais définitivement fermé.

Quand j’ai commencé à étudier le français, dès que les algorithmes de Facebook se sont rendus compte que je passais du temps sur des groupes français, le site a commencé à me recommander des humoristes en français. C’est comme ça que j’ai découvert Sebastian Marx, qui est en fait new-yorkais, et Paul Taylor, qui est d’origine irlandaise. Je sais que je l’ai dit plusieurs fois au passé, mais c’était une aide inestimable, d’écouter des voix plus proches de la mienne afin d’apprendre la langue. J’espère depuis longtemps les voir en France, pas aux États-Unis, mais on fait ce que l’on peut.

Comme toujours quand il s’agit d’un spectacle à Los Angeles, je suis parti 3 heures à l’avance. On dirait que j’étais là encore une fois beaucoup trop tôt, mais s’il vous semble que je vous ai montré des adresses nulles au passé, cette fois nous sommes dans le centre-ville historique, devenu parmi les pires adresses de la Californie. Je mentionne parfois que quand on dit « banlieue » en anglais, il s’agit des pires quartiers autour de Paris (les journaux télévisés l’utilisent pour avoir l’air authentique ; ils ne savent pas que « Versailles est en banlieue » apparaît dans mon dictionnaire bilingue). Bienvenue dans la banlieue de LA !

Voici le Regent Theater :

Regent Theater à Los Angeles

Vous voyez le bâtiment à votre gauche ? C’est abandonné :

Photo pris de plus loin qui montre le mauvais état du bâtiment à côté du Regent Theater

Au coin de la rue, il y a l’un de plusieurs anciens hôtels, devenus des HLM. Celui-ci était le Hotel Barclay

Il n’y avait presque rien à manger dans ce quartier. J’ai trouvé quelques bars, tous en mauvais état — mais aussi un restaurant très inattendu, « Le Petit Paris » :

Il a l’air assez accueillant, n’est-ce pas ? Les prix sont à couper le souffle — entre 30 et 60 $ pour tout dans un mauvais quartier. Franchement, je ne voulais pas prendre le risque. Regardez en face de la rue — des graffitis sur un autre bâtiment abandonné :

Bâtiment en face du Petit Paris -- les fenêtres sont toutes brisées

Il y avait des sans-abris partout — j’ai fait un effort pour ne pas leur prendre en photo, car ils sont des êtres humains dignes du même respect auquel je m’attendrais. ([Mais vous n’avez plus d’attentes à cet égard. — M. Descarottes])

Tout ça, c’est-à-dire que c’était un quartier que je ne recommanderais jamais, pas comme le Sunset Strip où Arnaud Demanche a joué. En fait, l’un des restos les plus vieux de la ville, Cole’s, se trouve dans ce quartier. Il fermera définitivement le 2 août après 117 ans. C’est connu pour ce que j’ai appelé « le sandwich français qui ne l’est pas », le « French Dip » : du rosbif sur une baguette. Il y avait une queue époustouflante pour y aller :

J’ai trouvé le quartier extrêmement effrayant, et heureusement, l’homme au guichet m’a laissé entrer une heure avant le spectacle. Alors, la bonne nouvelle, c’est qu’il n’y pas eu de reprise de ce qui s’est passé dans la queue pour Arnaud Demanche, où tout le monde autour de moi refusait de me parler. La mauvaise nouvelle, c’est qu’au-delà d’un couple assis devant moi — dont j’ai offert de leur prendre en photo — tout le monde dans le théâtre refusait de me parler. Encore une fois, c’était dommage — je suis très curieux sur qui va à ces spectacles.

Voici la scène :

Scène du Regent Theater

Avant Paul Taylor, il y a eu une première partie, un immigré français nommé Noman Hosni (lien vers son compte Insta). Il n’était pas drôle. Il faut comprendre que depuis le 11 septembre 2001, je ne m’intéresse pas du tout à des « blagues » venant de telles personnes sur la sécurité à nos aéroports.

Heureusement, Paul Taylor était tout ce que j’espérais. Son spectacle, dit « Fuck me, I’m French » (Baise-moi, j’suis Français), était complètement en anglais, mais il s’agissait de son sujet habituel, la vie en France en tant qu’expatrié anglophone qui doit s’adapter. Je dirais que par rapport à ses spectacles bilingues, il s’est plaint plus sur les difficultés de jouer en France — en particulier, il parlait d’une ville de l’est du pays, Freling (orthographe ?), où il avait l’impression que personne ne comprenait ses blagues, et qu’il préfère jouer dans les grandes villes avec plus de personnes vraiment bilingues. Il a dit que c’était pour ça qu’il voulait faire un spectacle tout en anglais, mais il me semblait qu’il voulait flatter un peu le public pour le comprendre.

Et cette question de bilingues fait la plupart de son humour. Il parlait du bas niveau d’anglais en France et a dit quelque chose que la foule semblait apprécier, que quand ses connaissances françaises expatriées reviennent dans le pays, il doivent faire semblant de parler l’anglais pire qu’en réalité, ou leurs proches leur taquinent. Il y avait toute une séquence sur apprendre l’anglais à sa fille, ce qu’il trouve difficile parce que les livres disponibles pour son âge (6 ans) ne sont pas très bons. Et au cas où le public ne le croirait pas, il a apporté un livre qui était censé apprendre des comptines en anglais — c’était enregistré par des Français, et les extraits étaient très difficiles à comprendre.

Cependant, j’aurais du mal à traduire ses blagues en français, parce qu’ils s’appuyaient sur certains faits de prononciation en anglais. Par exemple, il parlait de l’expérience d’utiliser Siri chez lui, car sa femme est Française, mais ils utilisent Siri en anglais. Alors quand elle demande à Siri de compter 13 minutes, elle dit « thirteen », mais ça sonne exactement comme « thirty », 30. Il racontait une situation où après un peu, elle a changé à demander « twelve », 12. Il l’a félicité pour avoir trouvé une solution pour éviter ces mots trop proches, et elle a répondu, « Nan, j’ai perdu une minute en discutant avec Siri, alors je n’ai plus besoin de 13 minutes ! ». Croyez-moi, tout ça a marché en anglais, mais l’explication le rend moins drôle.

Cette foule était très différente des autres que j’ai vues avec des humoristes français venus aux États-Unis. Les couples étaient largement mixtes — comme la Française avec l’Américain assis devant moi. Il a demandé des questions comme ça au public ; ce n’était pas juste mon imagination. Je pouvais certainement l’écouter autour de moi. Je suppose que c’était pour ça qu’il n’a pas attiré les couples habituels de l’OCA qui sont venus aux autres spectacles racontés ici pendant les deux dernières années.

Je n’ai qu’un vrai regret cette fois. J’aurais tellement aimé prendre une photo avec lui, tout comme Sebastian Marx et Bertrand Usclat. Ils étaient la bande-sonore de cette première année d’études. Mais dès qu’il a quitté la scène à la fin du spectacle, je l’ai perdu, et l’homme du guichet m’a dit qu’il était parti par une autre porte. C’est dommage. Je lui écrirai pour dire autant, parce que ça aurait été la fin parfaite.

6 réflexions au sujet de « Paul Taylor au Regent Theatre »

  1. Avatar de AnagrysAnagrys

    Il parlait peut-être de Freyming, en Moselle…? Le parler local n’est sans doute pas très anglophone, si mes souvenirs sont bons c’est une zone de parler francique — oui, la langue qui descend directement de celle qui était parlée par Clovis.
    Permettez que je taise ce que je pense des lorrains, étant d’origine alsacienne je ne saurais être considéré comme objectif 😁

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  2. Avatar de scriiiptor (pour scriiipt.com)scriiiptor (pour scriiipt.com)

    Intéressant. Pour être honnête j’ai du chercher sur le web pour savoir de qui il s’agissait. Et maintenant je vois. Il joue avec le fait qu’en français il n’a pas d’accent, c’est assez impressionnant d’ailleurs. Et je comprend que faire des sketchs entièrement en anglais pour un public anglophone c’est un autre délire.

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  3. Ping : Saison 4, Épisode 17 — Des fins et des commencements | Un Coup de Foudre

  4. Avatar de encuisineavecpelaencuisineavecpela

    Ah, merci pour ce récit ! J’aime bien comment tu partages le côté « vrai » du quartier et l’ambiance autour du spectacle. Ça donne vraiment une image différente de Los Angeles. Dommage pour la photo avec Paul Taylor, ça aurait été la cerise sur le gâteau !

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  5. Ping : La leçon de géographie – Accordéon et dentelles au jardin

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