Je suis au milieu d’un projet que j’espérais n’arriverait pas jusqu’au milieu de l’année prochaine. Il y a deux semaines, je vous ai dit que je pensais à produire une traduction en anglais de mon manuscrit et l’envoyer à des maisons d’édition. Il y a une semaine, je me suis lancé dans l’effort. Pourtant, si vous vous souvenez de mes propos originaux sur cette idée, il y a des mois, j’étais contre. Pourquoi ai-je changé d’avis ?
La semaine prochaine marque la date limite pour deux maisons françaises dont je croyais que les lignes éditoriales allaient bien avec mon sujet. Je considère le fait que si peu de temps reste comme son propre signe. Et nous sommes à deux semaines de deux dates limites de plus, pour deux maisons où j’ai dû plisser les yeux afin de me convaincre qu’il valait la peine. Mi-janvier marquera la date limite pour moi à partager une maison avec M. Paul Bismuth. J’ai quelques autres cartes à jouer, qui attendront la nouvelle année, car je ne voulais pas le faire sans connaître certaines réponses d’abord, mais de plus en plus, je les ai.
Je crois que j’ai mentionné ailleurs qu’une visite dans une librairie m’a convaincu que je devrais repenser au sujet, mais j’ai du mal à le retrouver. J’ai pris une photo pour vous montrer ce qui s’est passé dans ma tête. C’est disponible à pleine résolution originale en cliquant, car je veux que vous puissiez lire les titres :

Ce sont des livres de recettes. Il y a quelques livres sur la cuisine française en haut, mais la grande majorité de ce qui nous intéresse se trouve en bas. Il n’y a pas de texte alternatif pour cette photo car j’expliquerai tout.
En haut, il n’y a que deux livres pertinents : Plat du Jour, par une expatriée américaine qui enseigne la cuisine aux touristes américains à Paris, et « A Kitchen in France » (Une cuisine en France) par une femme mi-chinoise, mi-française, Mimi Thorisson, qui peut facilement vendre des livres avec sa photo personnelle. Je ne m’en plains pas, mais c’est la différence entre Karine Dijoud et Aurore Ponsonnet en orthographe — elles sont également expertes, mais seulement l’une des deux pourrait être une mannequin et elle a 270x le nombre d’abonnés sur Instagram en résultat. La photographie est excellente, mais elle et son mari ont apparemment beaucoup d’argent et voyagent entre des hôtels particuliers en France et en Italie. Quant aux recettes, les ingrédients sont assez authentiques, mais les plats sont largement inventés pour un public américain (il y a une flognarde là-dedans, mais très peu d’autres choses qui portent des noms qui ne sont pas juste des descriptions). Ce dernier est sorti en 2014, et elle a largement abandonné la France pour l’Italie depuis ce temps.
En bas, il y a 3 tomes signés Julia Child, qui est le nom en cuisine française aux États-Unis. Ça fait 21 ans depuis son décès. Il s’agit de la nostalgie, et le fait qu’elle était là avant tous les autres — elle faisait du bon travail, mais ses livres n’ont pas de photos comme les plus modernes. Impossible de les publier de nos jours comme ça si elle n’était pas déjà établie. Je crains pour le mien en disant ça.
Il y a aussi un tome d’Anthony Bourdain, le « Livre de Recettes des Halles ». Il s’agit de son ancien resto new-yorkais, avant sa carrière à la télé. Croyez-moi, c’est la télé qui vend ce livre. Puis une traduction anglaise d’un livre de Ginette Mathiot, publié en France, mais je ne suis pas sûr duquel. Il y en a un autre, « Classiques français », par un chef britannique, Matthew Ryle, qui vient de sortir cette année. Les contenus sont assez authentiques, et il y a un certain chevauchement entre le sien et le mien : le bœuf bourguignon, le clafoutis, la soupe au pistou. Il y a un livre dit « Niçoise », par une autre Américaine qui enseigne la cuisine en France, mais à Nice, pas Paris, ainsi que « Le Sud », aussi de la cuisine provençale. « Français au cœur » est encore un autre livre par des Américains qui enseignent leurs compatriotes, cette fois à Beaune. Dernièrement
Puis, c’est Paris à gogo. Il y a un livre de l’expatrié américain. David Lebowitz, qui gagne sa vie en vendant Paris aux Américains — le titre est « Ma cuisine parisienne ». Et un autre, « Club de pique-niques parisien ». Et « Mangeons Paris ». Et « Goûter Paris » par Clotilde Dusoulier, qui écrit de Paris pour un public américain après avoir été expatriée en Californie. Et « Pieds nus à Paris » par Ina Garten, une new-yorkaise qui se vend sous la marque « La comtesse à pieds nus ». Et « La Buvette », un livre venant d’un resto parisien du même nom.
C’est donc le marché américain. La moitié, c’est le rêve parisien. L’autre moitié est un mélange plus ou moins professionnel, mais en général, toujours avec un œil sur les touristes. Il n’y a rien qui traite sincèrement du pays entier.
Et honnêtement, je ne sais pas si ça marchera. J’avais espéré qu’avec un livre en France, l’histoire autour d’une traduction américaine serait « le livre si authentique, c’était publié d’abord en France ». L’auto-édition fermerait cette porte. Mais je commence à perdre espoir pour les possibilités en France, et ça nous amène au dernier problème.
Une traduction ne peut pas être uniquement ça. Il y a beaucoup de références, beaucoup d’histoires dans mon manuscrit qui sont familiers aux Français. Pour les Américains, je dois expliquer des choses comme quel est Le Canard enchaîné, ou qui est Louis de Funès. Ce n’est pas hyper-difficile, mais il s’agit de nouveau travail. Cependant, si je veux voir un retour sur toutes ces recherches, il me semble que je dois essayer.

Pas facile le monde de l’édition…
J’aimeAimé par 2 personnes
Je crois que c’est une bonne décision. Depuis longtemps, j’entends des amis anglophones bilingues (d’Angleterre), dire qu’il y a une forte demande de traductions en anglais de « vieilles recettes » écrites par les grands-mères françaises. Ajoutez-y des photos, toutes les informations sur les lieux, la localisation des styles culinaires, les références culturelles, etc., et vous avez un excellent « produit ». Vous êtes dans ce créneau !
Je ne suis pas sûr que cela ajouterait de l’authenticité de dire que le livre a été publié en français. Vous pouvez toutefois écrire qu’il « paraîtra prochainement en français », ce qui ne constituerait pas un mensonge, car le « prochainement » reste un terme vague. Et, effectivement, cela autoriserait l’auto-édition si de nouveaux contacts avec les éditeurs français n’aboutissaient pas. (À ce stade, je vous recommanderais d’utiliser la plateforme Bookelis pour concevoir une version qui peut être diffusée par le réseau Hachette à toutes les librairies francophones, avec le même statut que les livres en édition commerciale, mais pour pas plus de 150 euros d’investissement.)
Sur l’apparence physique des auteures, personnellement, j’aurais le réflexe inverse du vôtre, et je me permettrai, pour l’expliquer, une petite diversion hors du « politiquement correct ». Il me semble que de nombreuses personnes choisissent une activité, quand elles sont jeunes, en fonction de leur apparence physique et de leur pouvoir de séduction. C’est évident pour les mannequins et les athlètes, mais cela vaut aussi pour les artistes, et plus généralement pour les personnes qui ont besoin d’un public. J’ai remarqué cela en voyant les photos de musiciens (hommes) qui étaient de sublimes interprètes : ils n’avaient pas d’autres choix que de devenir de grands musiciens pour séduire des femmes (et perpétuer la race, dirait Schopenhauer). Et pour les jeunes femmes, sous le patriarcat, il valait mieux être une excellente cuisinière pour trouver un homme, si l’on n’avait pas le physique idéal. À partir de cette remarque (sexiste), je raisonne à l’envers en me disant qu’une femme attirante avait moins de chances d’être une bonne cuisinière. Et cela peut s’appliquer aux hommes, même si le concept est un peu brouillé par l’exposition médiatique. Mais je ne sais pas si la majorité des acheteurs de livres de cuisine ou de voyage réagissent avec les mêmes a priori.
J’aimeAimé par 3 personnes
Un exemple de musicien auquel je pensais :
https://www.themusicman.uk/richard-smith/
J’aimeAimé par 1 personne
Justin,
Tu es parfaitement légitime pour écrire un livre sur la cuisine. C’est un objectif ambitieux et réaliste.
Un livre a de nombreux avantages sur tout ce qui peut s’écrire par ailleurs sur les bases de données, sur les blogs ou sites internet.
Par ailleurs, comme tu fais le lien avec la culture, il y a un lien extrêmement étroit entre bien manger, se cultiver. Habitant en Californie, tu as un regard sur l’Asie, le pacifique et tu as un lien fort avec l’Europe, dont la France.
Dans les années 1970, les constructeurs automobiles, dont Ford, General Motors et tous les constructeurs européens, comme Jaguar, même Mercedes et en France Citroën extraordinairement innovant, mais ayant des problèmes de qualité sur la Citroën DS 19, puis 21, puis 23… ont tous été terriblement vexés de voir combien l’industrie automobile japonaise avait pris le leadership en matière de qualité.
Je fais le lien, sur la qualité, entre culture nationale et gastronomie. Les Japonais sont devenus des champions en matière de réalisation parfaite du « pâté en croute ».
Je sais comme tous ceux et toutes celles qui te suivent que tu es beaucoup dans la recherche du sucré.
Aujourd’hui, tu pourrais te lancer dans la confection du pâté en croute en essayant de comprendre pourquoi désormais le champion du monde est un cuisinier japonais.
La cuisine asiatique est certainement intéressante.
Je me suis intéressé au vin californien au travers d’un épisode avec Colombo, le très célèbre enquêteur américain, qui a examiné un meurtre sur fond de vignobles en Californie.
Je me dis que c’est sûrement possible de réaliser de merveilleux bœufs bourguignons avec du vin rouge californien, et du bœuf venant des riches prairies qui ne manquent pas aux USA.
J’ai dégusté des huitres en Floride, en 1981. J’ai été dans les restaurants les plus chers, mais assurément pas les meilleurs du monde à New York. Il n’y a pas une automaticité d’un lien entre la facture et la qualité qui se retrouve dans une assiette. Par ailleurs, si nous regardons l’association de la meilleure baguette de pain, le meilleur fromage qui pour moi est le roquefort de la marque société et le meilleur beurre qui vient des Charentes.
Pour un coût simplement de fournitures, on a le meilleur plateau de fromages du monde. On ajoute du Beaufort, du camembert, des chèvres et on peut aussi ajouter un gorgonzola italien pour dire qu’on n’est pas raciste ou bien élitiste… mais fort sérieusement, je ne pense pas qu’on puisse y ajouter un quelconque gouda importé d’Angleterre.
Il est possible de fort bien manger en Angleterre, cela m’est arrivé, mais c’est réservé à des déjeuners d’affaires internationaux et les sociétés anglaises savent faire appel aux meilleurs cuisiniers.
L’anglais ordinaire, le peuple anglais n’a pas beaucoup de chance du côté de la nourriture solide, en dehors du gigot, mais les anglais font de la viande bouillie, et cela, c’est assez monstrueux ! . Il est possible de se rattraper du côté des bières et le whisky est réputé.
J’aimeAimé par 1 personne
Personnellement, je trouve toujours plus agréable à lire un livre illustré de photos plutôt qu’un autre avec uniquement du texte. Mais je ne suis pas le meilleur lecteur du monde !
Bien sûr, cela augmente le nombre de pages.
J’aimeAimé par 2 personnes
En anglais, tu pourrais avoir bon nombre de lecteurs de différents pays, autres que les Anglo-Saxons, comme le Japon qui sont très fans de gastronomie française…
Moi aussi, j’apprécie les photos dans ce genre de livre, qui mêle culture et gastronomie. C’est plus attrayant.
J’aimeAimé par 1 personne
Dans mes casiers de rangement les guides et livres traitent de la nature , les oiseaux d’Europe, les poissons, le bon jardinier , les plantes comestibles , espèces animales disparues , les légumes , fruits , les races de bovins ,et leurs origines , les fleurs sauvages et de culture , moult livres de cuisine datant des arrière grands parents Livres sur la poterie et art du feu ,émaux, la photo argentique , les champignons vénéneux d’Europe ,insectes etc.., les chiens origines .Je cultive les légumes si tu n’es pas trop loin viens emplir ton panier et nous trinquerons à notre santé.
J’aimeAimé par 1 personne
Ping : Saison 4, Épisode 37 — Des marrons pour Exdeath | Un Coup de Foudre