Je découvre Sheila

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la chanteuse après Julie Zenatti, Sheila. Elle a chanté sa propre chanson sur le plateau, « Bang Bang ».

Sheila sur le plateau de l'émission 30 Ans de Taratata

Sheila est née Annie Yvonne Jeanne Gisèle Chancel en 1945 à Créteil. Ayant échoué des tentatives d’entrer l’Opéra national de Paris et la Maîtrise de Radio France pendant son adolescence, en 1960 elle entame une carrière de chanteuse avec un groupe amateur. Les Guitares Brothers. Ce groupe fait son début dans un casino breton, mais réussit enfin à passer une audition chez le Golf-Drouot. Là, le producteur Claude Carrère fait signer un contrat de 10 ans à ses parents, et lui donne le nom de scène « Sheila ». Carrère n’est pas un héros de cette histoire ; son plan d’affaires était de signer beaucoup de jeunes artistes pas chers et gagner les droits d’auteur — un modèle très commun dans ce secteur peu scrupuleux. Puisque elle a enregistré plus de 600 chansons, je me concentre sur sa carrière jusqu’au début des années 80.

Son premier tube est « L’école est finie » de 1963, écrit par Carrère et son partenaire commercial, Jacques Plait. C’est #1 en France ainsi qu’en Wallonie, une chanson très agréable et plein d’entrain.

D’autres singles — « Le Sifflet des copains » et « Papa t’es plus dans l’coup » suivent rapidement, et son premier album est une réussite. 1964 voit plus de singles à ce niveau, comme « Vous les copains, je ne vous oublierai jamais », une reprise de « Doo Wah Diddy Diddy », est un autre classé #1, et « Hello, petite fille », #5. Son deuxième album, Écoute ce disque, est encore un succès.

C’est ici où la tragédie frappe. Ce rythme de travail est épuisant : Sheila s’évanouit sur scène à l’âge de 18 ans et doit quitter les tournées pendant un an. Elle lâche pendant une interview avec France Dimanche que ses traitements pour l’anémie comprennent des hormones mâles et en conséquence, une rumeur la suivra pendant des décennies, qu’elle est en fait un homme. Même son accouchement en 1975 sera traité de faux pour cacher son sexe. Franchement, de toutes les choses que j’ai apprises en écrivant cette série, celle-ci est de loin la pire — elle n’a rien fait, et c’est injuste de façon qu’être méprisé pour infidélité (comme beaucoup de ces artistes) ne l’est pas.

Hors scène, Carrère hausse son rythme de travail dans le studio. 1965 voit 4 singles dans le top 10, dont le #1 « Le folklore américain ». J’aime très bien cette chanson avec son aire de cow-boy, même si à vrai dire, ça doit beaucoup plus à l’imagination française qu’à la musique américaine — ça ne me rappelle rien de mon côté de l’Atlantique :

1966 voit 3 tubes de plus, dont « L’heure de la sortie », qui s’écoule à plus de 300 000 exemplaires, et « Bang-bang », classé #2 et son choix pour Taratata. Le premier est très typique de Sheila. Le dernier est plus mélancolique que d’hab jusqu’à ce point, l’histoire d’un garçon avec qui la narratrice a grandi, le titre faisant référence au jeu de gendarmes et de voleurs.

1967 est aussi réussie que les années précédentes — « Adios amor », malgré le titre espagnol, est largement en français. C’est ce que vous les anglophones appelez un « slow », et atteint le #1 :

Avec plus de trois quarts d’un million d’albums vendus chaque année, il semble que Sheila est la reine de la chanson française. Mais on verra les premiers signes d’une chute. Son tube classé #1 de 1968, « Petite fille de français moyen » ne se vend qu’à 250 000 exemplaires, et n’a pas l’air d’un classique comme pas mal de ses autres jusqu’ici :

Apres 6 ans en haut des classements, Sheila n’aura rien dans les top 5 en 1969, « Arlequin » étant sa meilleure vente (#6, 200 000 exemplaires). 1970 est aussi une déception, même si « Reviens, je t’aime » atteint la 4e place. Franchement, c’est plus de la même chose et quelque chose doit changer.

1971 verra une sacrée rentrée. « Les Rois Mages » ne sera pas seulement #1 en France et en Wallonie, mais dans le top 10 en Espagne et en Argentine ! Ce n’est même pas un grand changement de style, mais de technique de production — avec ses effets de chorus, le son est hyper-moderne pour son époque.

En 1972, la tragédie frappera encore, mais lentement. Elle rencontre un chanteur nul et pas digne de son talent, Guy Bayle, dit Ringo. Les deux sortiront « Les gondoles à Venise » en duo en 1973, quand ils s’épuiseront. Ce sera le dernier #1 pour Sheila en France (les Belges sont plus faciles). Ils vivront une histoire d’amour tendue jusqu’à leur divorce en 1979.

Même si Sheila n’aura plus jamais la première place, il y aura une dernière triomphe. Elle tournera vers le disco en 1975, quand « C’est le cœur » (une reprise de « Doctor’s Orders » en anglais) s’écoulera à 400 000 exemplaires, et « Quel tempérament de feu » à 500 000. La meilleure année de sa carrière suivra en 1977 avec plus de 1,6 millions de ventes, dont « Singin’ in the Rain », une reprise disco d’une chanson américaine, qui atteint le top 5 même en Suède :

Il faut que je ne mens pas. Cette chanson, dans sa version originale, était l’une de mes préférées jeune, au point où je l’ai même chantée dans un concours en primaire. Je trouve cette version disco horrible. Mais c’était l’époque, alors il faut lui pardonner.

En 1979, une collaboration avec Nile Rodgers — invité spécial pour ce Taratata de légende — donnera lieu au dernier single de sa carrière à dépasser 400 000 ventes, Spacer. Le clip sent bien Star Wars :

Son dernier tube de conséquence, Gloria, atteindra la 8e place et se vendra à 300 000 exemplaires en 1982, mais il n’est qu’une reprise — et traduction très fidèle — d’une chanson de même nom par Laura Branigan, chanteuse américaine. Après cette chanson, Sheila se rompra enfin avec Claude Carrère ; il y aura des procès entre eux, et elle considère qu’avec son influence, il a bien gâché sa carrière. Elle connaîtra encore plus de tragédie quand son deuxième mari souffrira deux crises AVC et son fils unique meurt d’une surdose de cocaïne.

Mais avec deux décennies de réussites sur la scène française, que penser de Sheila ? Elle n’a jamais eu l’habitude d’écrire ses propres chansons, alors c’est difficile de lui attribuer le même niveau de mérite qu’une Véronique Sanson ou bien une Zazie (Sheila a plus de talent vocal, mais c’est évident que Zazie a fait le maximum avec ses atouts). Pourtant, sa carrière des années 60 seule serait déjà assez pour l’assurer une place importante dans la chanson française, et même si les nouveautés des 30 dernières années n’ont rien de spécial, c’était bien évident en regardant Taratata qu’elle reste une artiste bien-aimée en live.

Ma note : j’irais au concert si vous avez une place de trop.

5 réflexions au sujet de « Je découvre Sheila »

      1. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

        Rassure-toi : je ne te juge pas du tout car écrire un texte informatique explique une infinité d’erreurs qu’on n’a certainement pas faites ! Je découvre tous les jours une foule d’incorrections dans mes écrits informatiques et je suis certaine d’avoir relu vingt fois !

        Aimé par 2 personnes

  1. Avatar de vanadze17vanadze17

    Idem pour moi ! Sheila était « la petite fille de français moyens » (ses parents vendaient des bonbons sur les marchés). J’ai encore ses disques des premières années de succès.
    Je pense aussi qu’elle était préférée à Sylvie Vartan !

    Aimé par 3 personnes

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