Je découvre Françoise Hardy

On reprend maintenant le Projet 30 Ans de Taratata. Les 6 dernières entrées ont été consacrées à des artistes qui se sont réunis sur le plateau après leurs représentations individuelles pour chanter « Le temps de l’amour » de Françoise Hardy. Cette chanson a une longue histoire sur ce blog, et a joué un rôle important à plusieurs reprises. Mais au-delà de ça, je ne la connaissait que très peu avant d’écrire ce billet.

Françoise Hardy à Amsterdam en 1969, au bord d'une rivière. Elle porte un manteau lourd, en fourrure. La photo est en noir et blanc.
Françoise Hardy, Photo par Joost Evers / Anefo, Domaine public

Notre histoire ensemble a commencé en 2021, quand j’ai demandé de l’aide aux lecteurs pour trouver les sites dans une vidéo publiée par mon chapitre de l’Alliance française. Cette chanson était la bande-sonore. Plus tard, j’ai utilisé l’enregistrement de Taratata pour la grande finale du diaporama que j’avais préparé pour les 25 ans de l’OCA :

Le tout finit avec un dernier extrait de Taratata, où Sheila, Julie Zenatti et des autres chantent « Le Temps de l’amour », afin que mon diaporama finisse sur les paroles « On s’en souvient ».

Assemblée Générale

L’effet était électrique. Dans une salle pleine de gens âgés de 50 à 70 ans, j’avais déjà démontré que j’ai bien compris la culture — il y avait du Indochine, du Téléphone, du Patrick Bruel. Mais si je peux me vanter un peu, ce choix a remonté le temps beaucoup plus que les autres, et a montré une compréhension de qui ce public était au fond, l’histoire de tous avant de s’expatrier aux États/Unis.

Françoise Hardy est née en 1944 à Paris. Sa jeunesse était difficile, étant l’une de deux filles d’une mère célibataire (Hardy étant le nom de naissance de sa mère) et un père qui n’a pas reconnu ses filles jusqu’à beaucoup plus tard. Pire, elle passait beaucoup de ses années formatives auprès de ses grands-parents maternels, dont la grand-mère était très méchante. Mais jeune, elle montrait déjà de très bon goût en écoutant Radio Luxembourg, plus tard connue sous le nom RTL. Après avoir assisté à un concert de Johnny Hallyday, elle décide de tenter sa chance chez Pathé-Marconi ; les résultats sont mitigés, sans contrat, mais elle est encouragée à continuer. Plus tard en 1961, un deuxième essai chez Vogue, la maison de disques de Johnny, finit par lui gagner le contrat espéré.

Son premier 45 sort en avril 1962, avec 4 chansons, contient notamment « Oh, oh chéri », adapté d’une chanson américaine, « Uh oh » :

C’est un petit tube à l’époque — 2 000 exemplaires vendus en 3 mois — mais c’est la soirée du référendum sur le suffrage universel pour élire les présidents en octobre qui verra son premier grand succès. Cette élection vous a apporté l’affaire Bokassa, l’affaire Bismuth et un gouvernement avec Darmanin et Dupond-Moretti en même temps, alors je vous laisse décider si c’était une bonne idée. Mais c’était quand même une réussite pour la France — c’est-à-dire Françoise — car pendant la diffusion des résultats, elle apparaît dans un intermède musical pour chanter « Tous les garçons et les filles », aussi sur le 45. Le disque s’écoulera à 500 000 exemplaires en deux mois.

Étonnant que personne ne l’ait remarqué avant ! Ce 45 sera mélangé avec deux autres pour sortir son premier album studio en novembre, qui contient aussi « Le temps de l’amour », sur un air par un certain Jacques Dutronc pour son groupe, Les Fantômes.

En 1963, elle est choisie pour représenter Monaco au concours Eurovision, où elle joue aux côtés de Raymond Lefèvre, bientôt connu pour « La marche des gendarmes ». « L’amour s’en va » ne leur vaut que la 5e place, mais elle attrape l’œil du réalisateur Roger Vadim (ben, presque toute femme ayant un pouls faisait pareil chez lui), et elle fait son début cinématique dans un second rôle dans Château en Suède plus tard cette année.

À ce point, elle sort un disque 45 tous les 3 mois, et des traductions (chantées par elle) lui vaut de la renommée en Italie et en Angleterre. Sa « Catch a Falling Star » en anglais, sortie en 1964, ne fait pas grand-chose pour moi — sa voix est belle, mais pas comme Véronique Sanson ou Jeanne Added, elle a un fort accent :

Impossible d’écrire un petit sommaire de tous ses tubes de cette décennie. Parmi les plus grands se trouvent « Mon amie la rose », « L’amitié », « La maison où j’ai grandi », « Des ronds dans l’eau » et avec Serge Gainsbourg comme collaborateur, « Comment te dire adieu ». Ce dernier est important pour deux raisons : 1) c’est un grand changement de ses tubes entre 1963 et 1968, qui ont tous un certain son où elle chuchote au micro, et 2) c’est la fin de son temps chez Vogue, ce qu’elle poursuit en justice pour un contrat abusif.

L’autre grand changement de sa vie, c’est qu’en 1967, elle entre en couple avec Jacques Dutronc. Ce sera orageux, car il est tout sauf fidèle, notamment avec l’actrice Romy Schneider, mais vingt-quatre ans plus tard, en quelque sorte il sera un coup de foudre de la part de Françoise qui sera blâmé pour leur séparation.

Revenons à la musique. En 1970, elle a un tube modeste avec « Le Crabe », écrit par Étienne Roda-Gil, compositeur fréquent pour Julien Clerc. Mais les succès sont tout à coup rares, et elle est virée par sa nouvelle maison de disques après 2 ans. Thomas, son fils avec Jacques Dutronc, sera né en 1973, en même temps qu’elle aura son prochain grand succès, l’album Message personnel, produit par Michel Berger. La chanson éponyme, un grand tube, marque un changement pour elle, en interprète plutôt qu’autrice. Après, elle continue de servir comme son propre parolier, mais laisse la musique aux autres.

Fin 1974, elle sort Entr’acte, une sorte d’album-concept pour dire à Jacques que soit ils vivent ensemble à temps plein soit elle le quitte. Ils finissent par emménager ensemble. Mais il n’y aura pas de nouvel enregistrement de son côté jusqu’en 1977. Son 16e album, Star, met en vedette des collaborations avec Michel Jonasz, Catherine Lara et William Sheller. Le son de cet album est hyper-années 70 :

La fin de cette décennie, on la voit en plein mode disco avec « J’écoute de la musique saoule » :

Je vais beaucoup sauter, pourtant finir bien avant la fin de sa carrière. En 1988, elle sort son 21e album, Décalages, dont une collaboration avec Jacques, le premier en plus d’une décennie. Il avait écrit la musique, puis elle a écrit les paroles. Cette année-là verra le début de la fin de leur relation, mais pas le mariage, et c’est un peu d’une élégie :

En arrêtant ici, j’évite un reste de sa vie qui me met franchement mal à l’aise. L’histoire entre elle et Jacques est juste bizarre, le cancer qui l’a tué a fait toute une polémique sur l’euthanasie, et à vrai dire, sa souffrance méritait plus d’intimité que celle dont elle a bénéficié.

Que penser de Françoise Hardy ? Mettons de côté une vie qui cachait une longue série d’épreuves derrière un succès apparemment instantané. On a mentionné beaucoup moins de ventes que ce à quoi je m’attendais, parce qu’après les succès des années 60, les chiffres n’ont presque jamais atteint le niveau d’un disque d’or. Et beaucoup de ses chansons se ressemblaient, les unes aux autres, car elle ne s’est jamais consacrée à la tâche d’apprendre la musique comme une Zazie, peu importe Jeanne Added. Mais quelle voix, quel charisme, et en tant que symbole d’une décennie, elle était vraiment la reine de la chanson française des années 60. Si je dois finir par en conclure que « Le temps de l’amour » est son seul tube vraiment à la hauteur de « La dernière séance », de « New York avec toi », de « C’est comme ça » ou de « L’Aventurier », ça lui vaut quand même une place au Panthéon d’Un Coup de Foudre.

Ma note : J’achète l’intégrale.

11 réflexions au sujet de « Je découvre Françoise Hardy »

  1. Avatar de Agatheb2kAgatheb2k

    Françoise a été l’épouse de Jacques, Thomas est leur fils né en 1973 ! 😉

    Elle a aussi été connue pour sa passion pour l’astrologie et les sciences plus ou moins occultes pendant ses grandes périodes loin des lumières de la scène…

    Une grande dame ! ♥

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      1. Avatar de Agatheb2kAgatheb2k

        1968 et le Flower Power étaient passés par-là, les couples non conventionnels existent qui régularisent après la naissance ou peut-être pour de simples raisons matérielles… mais c’était juste pour dire qu’elle n’a pas été en couple avec Thomas, mais avec Jacques, ou alors j’ai mal lu ! 😉

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  2. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

    Pour moi Françoise, c’était une magnifique silhouette longiligne, la mode unisexe, une voix obsédante, une élégance infinie, la génération qui a précédé la mienne et des tubes inoubliables. Une femme dont je n’ai pas apprécié le compagnon. Elle, elle a toujours conservé sa place dans mes goûts perso. Merci pour cette fiche biographique !

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    1. Avatar de vanadze17vanadze17

      Idem pour moi ! Elle tenait sa place parmi les chanteuses yéyé des années 60 et j’avais ses disques.
      Sa relation avec Jacques Dutronc a été plutôt rude, mais à l’époque, on en savait moins…
      Passionnée d’astrologie, elle est restée pour moi une grande dame de la chanson. Elle était aussi très connue en Angleterre où elle a chanté avec un ou des groupes de rock…

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      1. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

        De mon point de vue, partagé avec ma moitié, Dutronc père « faisait le Jacques » et l’expression convenait tout à fait à ses passages à la télé ( sauf peut-être pour « Il est cinq heures…etc » qui est la seule que j’ai jamais fredonnée) ! Leur fils s’est heureusement fait un beau prénom et un vrai style qui m’intéresse.

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  3. Avatar de Martine DardenneMartine Dardenne

    Merci pour cet article consacré à Françoise Hardy, elle le vaut bien. J’aimerais ajouter une petite précision : avant Jacques Dutronc, elle fut en couple avec Jean-Marie Périer le célèbre photographe de « Salut les copains ». Et certains Anglais, comme Mick Jagger et David Bowie en étaient amoureux. Un jour, lors d’une interview, elle a dit « Mick c’est le rêve mais Jean-Marie c’est la réalité » 😉 Quoiqu’il en soit, Françoise était talentueuse, avait beaucoup de classe et était très sympathique. Encore merci Justin 🙂

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