Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Chez le concessionnaire

Comme je vous ai dit la dernière fois, j’ai épuisé le fichier de sujets pour Langue de Molière. En fait, depuis ce temps-là, j’ai ajouté un sujet, mais ce n’est pas comment marche les pauses — j’aime avoir un mois de sujets avant de redémarrer. Cependant, cette fois, au lieu de faire une pause où Langue de Molière est simplement annulée, je vais cibler des sujets où je ne sais pas parler aux gens, car personne ne les enseigne.

Cette fois, il s’agit de ce qui se passe quand on achète une voiture, et pas par hasard. La semaine derrière, j’étais chez le concessionnaire de voitures Cadillac avec mes parents. Quand je vous ai parlé de Clare V., j’ai omis que la raison pour laquelle ma mère avait besoin de moi, c’était parce que sa voiture est morte. Et celle de mon père en plus ! Les deux ont acheté leurs dernières voitures presque en même temps début 2011, alors ce n’était pas complètement surprenant — mais quand même ! C’est trop !

Alors, en tant que petit-fils d’un ancien vendeur de voitures (mon grand-père maternel), permettez-moi de vous expliquer comment on achète une voiture aux États-Unis, et pourquoi ma mère voulait avoir deux hommes avec elle.

Quand on passe chez le concessionnaire, à moins que ce soit chez Bentley ou chez Ferrari ou un autre truc de fou, on sait que seulement un con va payer le prix sur l’étiquette. C’est pour ça qu’il est fortement conseillé de rechercher la voiture dont vous avez envie sur un site tel que Edmunds.com, où se trouve des données sur les prix moyens selon les codes postales, la marque et le modèle, etc. C’est pareil pour la vieille bagnole dont vous allez vous débarrasser — on cherche les prix sur un site tel que Kelley Blue Book.

Il ne faut donc pas tout faire en une visite. Vous recherchez les voitures à l’avance, puis vous visitez le concessionnaire pour tester celle que vous planifiez à acheter. Mais seulement un con se laisse faire inviter dans le bureau du vendeur après. On fait des excuses — « Je dois regarder de vieux discours sur LCP », quoi que ce soit — puis vous quittez le concessionnaire pour faire vos recherches. Dans notre cas, nous nous sommes excusés pour aller déjeuner. C’était juste chez In-N-Out pour des burgers. (C’est le burger californien, tellement mieux que McDo. Il me faudra vous en parler plus.) Il faut faire ça et laisser traîner le vendeur car il va faire pareil plus tard.

On revient avec ses estimations imprimées, mais ne les donne pas au vendeur. Il fait semblant d’être content de vous revoir (tout vendeur haït ses clients ici), puis vous dites que vous aimeriez « explorer mes options ». Ça permet le vendeur de tenter sa chance pour vous cambrioler — mais il faut le laisser essayer, afin de ne pas avoir des problèmes avec son gérant. Il va vous parler du paiement mensuel — afin de trouver un chiffre qui n’a rien à voir avec le prix, ils peuvent toujours ajuster un prêt à la bonne durée. Ici, il faut l’interrompre (à moins que vous soyez un pauvre con) pour dire qu’il est plus important à connaître le prix final. C’est ici où vous pouvez sortir l’estimation d’Edmunds.

Le vendeur vous dira que bien sûr, ça existe, mais ne compte pas chez eux car le ciel est bleu ou du n’importe quoi pareil. Vous dites que c’était un plaisir, mais il y a aussi d’autres concessionnaires et peut-être qu’il faut les consulter avant de prendre une décision. C’est ici où le vendeur dit : « Ah, vous savez, je ferais comme vous voulez, mais je dois demander à mon gérant ce qu’on peut faire. » C’est ici où les deux vont vous faire traîner — ils savent déjà quel est leur vrai prix, c’est juste une opportunité pour vous fatiguer.

C’est ici où j’ajoute de la valeur. Dans ce cas, le prix était déjà en fait plutôt bon. Alors, après avoir joué au salopard, quand le vendeur et son gérant faisaient semblant d’en discuter, j’ai quitté le bureau pour leur dire « Je peux convaincre ma mère à accepter votre prix si vous pouvez m’offrir une remise sur des accessoires. » Des secondes plus tard, on s’est serré les mains, car on avait un accord.

Puis on répète tout ça pour les vendre la vieille bagnole. Les vrais salopards ne la mentionnent même pas, ils vous offrent un contrat avec une valeur insultante déjà écrite, et il faut les interrompre pour dire, « Attendez, on n’avait pas d’accord sur ça. » Puis vous glissez l’estimation du Kelley Blue Book sur la table, et voilà. Après, on signe les papiers et c’est fini.

« Mais Justin », me dites-vous, « il n’y avait même pas un mot de vocabulaire ici. Quel rapport avec Langue de Molière ? » C’est ici où, paresseux que je suis, je vous cède la parole. Est-ce qu’acheter une voiture passe comme ça en France, avec un scénario pareil ? Y a-t-il des synonymes locaux pour les sites web que j’ai mentionnés ? Est-ce que l’on fait la même danse de plusieurs visites, et fait semblant de ne pas avoir pris une décision, des deux côtés ? C’est comment on utilise la langue, mais comme je vous ai dit, personne n’enseigne rien de ça !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine chez le coiffeur.

Une réflexion au sujet de « Chez le concessionnaire »

  1. Avatar de AnagrysAnagrys

    Je suis désolé, Justin, je crois que je ne suis pas là bonne personne pour répondre à ces questions. Vous pouvez peut-être essayer de demander à Franck Lebœuf — les personnes qui regardent des vidéos sur le youtube francophone comprendront 😁

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