On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 20 pages.
Pouvons-nous dire que Proust a fait une blague belge ? (À vrai dire, même 6 ans après le début, je ne sais toujours pas s’il s’agit d’une blague sur les Belges ou par les Belges.)
— Vous parliez des Sept Princesses, duchesse, vous savez (je n’en suis pas plus fier pour ça) que l’auteur de ce… comment dirai-je, de ce factum, est un de mes compatriotes, dit M. d’Argencourt… Oui, il est belge de son état, ajouta-t-il.
La mère de Robert de Saint-Loup, Mme de Marsantes, rejoint enfin cette soirée sans fin. Elle est la sœur du duc de Guermantes, alors la belle-sœur de la duchesse qui rend si fou le narrateur. Elle n’est donc pas lié par sang à Mme de Villeparisis, la hôtesse (les personnages se multiplient sans cesse). Alors que le narrateur nous dit qu’elle est une personne exceptionnelle, on n’a pas besoin d’attendre les 10 pages habituelles pour le rebondissement :
Mme de Marsantes était considérée dans le faubourg Saint-Germain comme un être supérieur, d’une bonté, d’une résignation angéliques…
Mme de Marsantes agaçait un peu dans la conversation parce que, chaque fois qu’il s’agissait d’un roturier, par exemple de Bergotte, d’Elstir, elle disait en détachant le mot, en le faisant valoir, et en le psalmodiant sur deux tons différents en une modulation qui était particulière aux Guermantes : « J’ai eu l’honneur, le grand hon-neur de rencontrer Monsieur Bergotte… » soit pour faire admirer son humilité, soit par le même goût qu’avait M. de Guermantes de revenir aux formes désuètes…
Je ne sais pas vous, cher lecteur — oups, mauvais blog ! — mais la fausse humilité ne m’impressionne pas trop. Il me semble que c’est donc avec le plus grand sarcasme qu’il nous dit que :
la pureté d’un sang où depuis plusieurs générations on ne rencontrait que ce qu’il y a de plus grand dans l’histoire de France avait ôté à sa manière d’être tout ce que les gens du peuple appellent « des manières » et lui avait donné la parfaite simplicité.
Si seulement « Les Aventures du docteur McNinja » (lien en français !) était toujours en ligne — j’aurais le dessin parfait pour ce moment.
On ne peut pas s’échapper à l’affaire Dreyfus, qui revient encore une fois. Mme de Villeparisis prévient à la duchesse que Mme Swann viendra bientôt, signe pour elle qu’il est temps de partir. On apprend que Mme Swann est particulièrement anti-Dreyfus, « craignant que les origines de son mari ne se tournassent contre elle ». Pour sa part, Mme de Marsantes dit à la duchesse de Guermantes que : « Je ne fréquenterai plus personne de cette nation. »
On apprend aussi que parmi les qualités de Mme de Marsantes :
Chaque fois que le duc avait délaissé trop ouvertement sa femme, Mme de Marsantes avait pris avec éclat contre son propre frère le parti de sa belle-sœur.
Il y a un moment gênant où la duchesse doit s’asseoir à côté du narrateur. Si les mots étaient des glaçons…
Nous nous tûmes tous deux.
— Je vous aperçois quelquefois le matin, me dit-elle comme si ce fût une nouvelle qu’elle m’eût apprise, et comme si moi je ne la voyais pas. Ça fait beaucoup de bien à la santé.
Puis la soirée est gâchée par l’arrivée de l’une de ces personnes :
On vint annoncer que le prince de Faffenheim-Munsterburg-Weinigen faisait dire à M. de Norpois qu’il était là.
Le prince n’est pas alsacien, mais du Saint-Empire. Malgré ça, il est là pour demander à M. de Norpois de l’aider à être élu à l’Académie des Sciences morales et politiques. Il s’avère qu’il « avait fait avoir à M. de Norpois le cordon de Saint-André. » Cependant, cet honneur ne produit pas le résultat souhaité ; de Norpois lui dit :
Tant que les idées de mes collègues resteront aussi arriérées, j’estime que la sagesse est de s’abstenir.
C’est ça la diplomatie.
On apprend qu’en fait, la raison pour laquelle le prince est venu est qu’il y a tout un jeu d’échecs entre lui et M. de Norpois à propos de cette Académie. Il a offert plusieurs choses à de Norpois en échange de son soutien, à chaque fois sans succès. Mais quand il dit enfin :
Elles vont donner quelques dîners, notamment en l’honneur du roi et de la reine d’Angleterre, et leur rêve aurait été de pouvoir offrir à leurs convives une personne pour laquelle, sans la connaître, elles éprouventtoutes deux une grande admiration… Cette personne s’appelle la marquise de Villeparisis.
Ça intéresse assez de Norpois (j’ai du mal à comprendre pourquoi), et il arrange enfin l’élection du prince. De son tour, il est venu inviter Mme de Villeparisis au dîner.
C’est comme ça que le monde tourne, et si à votre avis, c’est ridicule de faire de si elliptique demandes pour tout, désolé, mais vous n’êtes pas assez snob pour accéder à ce monde. D’autre part, c’est pour le mieux, je vous rassure.

Pardon, Justin… mais je vais oser t’exprimer le fond de ma pensée : « Le snobisme, c’est trop gonflant. » et je parle évidemment du snobisme des personnages comme de celui de Proust qui en est, à mon sens, l’empereur!
Plus les gens font preuve de snobisme et plus on se sent devenir diabolique en imaginant une pointe d’épingle pour dégonfler d’un coup sec l’ampleur de leurs chichis.
Félicitations pour ta constance à poursuivre une telle lecture et résister à l’ennui puissance mille! Je te sacre volontiers grand Chevalier dans l’ordre du Mérite en littérature.
Ce qui est sûr c’est que ce livre n’est pas un page turner sinon tu le finirais d’une traite.
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