Les mésaventures de La Fille au pays du travail

Je n’ai pas demandé le droit de publier ce qui suit, mais aucun vrai nom sera utilisé, sauf le mien.

Entre les deux tomes de Lewis Carroll sur son personnage Alice, je préfère Les Aventures d’Alice au pays des merveilles. Mais c’est le titre de la suite, « Through the Looking-Glass », De l’autre côté du miroir, qui est devenu une expression en anglais pour une situation apparemment surréaliste pourtant réelle.

C'est le roi (en forme d'une pièce d'échecs) avec Alice et le Lapin blanc
Dessin du roi pour De l’autre côté du miroir par John Tenniel, 1871, Domaine public

Il y a deux semaines, La Fille a passé son tout premier entretien d’embauche pour un boulot. À vrai dire, j’étais contre cette idée. La onzième année, ou comme on l’appelle en français, première, se considère l’année la plus importante pour les candidatures aux facs américaines. Je préférerais qu’elle se concentre sur ses études, mais quelqu’un insiste autrement. Et cette personne ne me parle plus du tout sur ce qui se passe dans la vie de La Fille.

Et oui, vous allez dire, « Vous êtes quoi, un saucisson ? Les parents doivent être d’accord, non ? » Bien sûr, je pourrais insister sur mes droits et prendre rendez-vous chez l’arbitre. Ce serait cher, et il n’y a aucune garantie quant au résultat.

Alors, l’entretien. C’était chez une entreprise consacrée au soutien scolaire pour les élèves des écoles primaires et des collèges. J’ai fait de mon mieux pour préparer La Fille — j’ai trouvé des questions mentionnées par des anciens candidats sur des sites consacrés à l’emploi, et on a fait des répétitions. Je n’étais pas présent, mais selon La Fille, l’entretien semblait bien passer, et elle a entendu qu’elle aurait une décision d’ici une semaine.

Ça nous amène à mon vrai sujet, le manque total de professionnalisme dans ce pays. Seulement une entreprise m’a jamais contacté après un entretien pour me dire non, Google. Je vous ai raconté l’histoire de ce qui s’est passé chez Samsung — il valait mieux que ce gérant-là se taise, au lieu de ce qu’il a fait. Mais autrement, alors qu’il vous faut faire attention à écrire des notes après un entretien, remercier tous concernés pour leur temps, etc., si l’entreprise ne vous veut pas, elle laisse tomber sans un mot. C’est pour ça que j’ai évoqué De l’autre côté du miroir — comment ose-t-on insister que le reste du monde ait des qualités que l’on ne possède pas du tout ?

Il me semble que l’on a donc la décision dans ce cas. Mais La Fille n’accepte pas cette situation, et je l’ai aidé à écrire une courte note pour relancer avec le gérant. Je la traduis :

Bonjour Monsieur,

J’aimerais relancer après mon entretien récent pour un poste au sein de votre entreprise. Y a-t-il d’autres questions que vous avez pour moi ?

J’ai profité de l’opportunité pour en savoir plus sur cette opportunité et j’espère prendre des nouvelles bientôt. Merci encore de votre temps.

Sincèrement, La Fille

En tant que parent, la lettre que j’écrirais à sa place, en sachant que l’on sait vraiment déjà, elle serait tout autre chose :

Cher Connard,

Vous avez plein à dire sur l’importance d’être fiable et responsable, mais il n’y a évidemment pas de miroirs chez vous.

Je vous prie d’accepter, Monsieur, mes salutations les plus distinguées d’un bon voyage pour vous faire voir chez les Grecs.

Sincèrement, Justin

Je regrette tellement que ce soit ainsi que La Fille commence à apprendre vraiment comment marche le travail aux États-Unis. Mais après tout ça, je dois poser la question intéressée : puis-je m’attendre à mieux en France ?

11 réflexions au sujet de « Les mésaventures de La Fille au pays du travail »

  1. Avatar de AngeliqueAngelique

    Bonjour Justin.
    T’attendre à mieux en France ? Tu as peut être entendu parler du mouvement des gilets jaunes ? Des honteuses paroles de notre cher président ?
    Je n’ai pas participé à ce mouvement, mais en France, nombreuses sont les régions où il n’y a pas de travail, où les entreprises préfèrent faire venir des travailleurs étrangers pour quelques mois afin de diminuer leurs coûts (ici, l’employeur local principal fait venir des italiens alors que localement, il y a beaucoup de sans emploi).
    La France est un vieux pays avec de trop nombreuses frontières abolies par l’Europe.
    J’ai fait mes études à Paris où j’ai ensuite travaillé et je n’ai pas connu de période de chômage. Mes filles non plus. Mais alors, il faut impérativement rester à Paris ? Je ne sais pas.
    Mais dans le sud-est, les français qui ont les diplômes et les qualifications vont travailler en Suisse parce que la France préfère employer à 10€ de l’heure.
    Il y aurait beaucoup à dire sur tout ça.
    Je suis certaine que la fille est intelligente et saura valoriser son expérience 🙂

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  2. Avatar de AnagrysAnagrys

    Je trouve la version Justin de la lettre parfaitement dans le ton.
    Est-ce que les employeurs potentiels donnent une réponse claire et sans équivoque…? Certains, sans doute, mais je pense que bon nombre d’entre eux se contentent d’un : « on vous rappellera » qui ne donne lieu à aucune nouvelle. Quant aux candidatures spontanées, je préfère éviter d’évoquer le sujet…
    Me concernant, j’avais eu de la chance à l’époque où j’étais en recherche : j’avais des compétences demandées, j’étais donc en quelques sortes le maître du jeu. Il fallait juste que j’accepte de déménager (ce que j’ai finalement fait).

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  3. Avatar de Agatheb2kAgatheb2k

    Si, à Paris dans certaines branches, on peut, encore trouver un nouvel employeur juste en changeant de trottoir (selon la formule du président en 2018), en province c’est loin d’être vrai…

    Quand j’ai choisi de retourner en province, le retour à Paris si je partais étant impossible, j’ai longuement réfléchi quant à ma capacité à avaler les futures couleuvres qui ne manqueraient pas de m’être présentées en tenant compte du nombre d’années qu’il me restait à cotiser avant de prétendre à une retraite… je ne te cache pas que je n’ai pas fait de rab et que ma dernière année a été très dure !

    Concernant les entretiens, dans ma profession la candidature spontanée était inutile, il fallait consulter les offres d’emploi dans la presse professionnelle et/ou certains canaux dédiés, puis téléphoner pour obtenir un rendez-vous… après il fallait attendre l’appel si tu étais convié à rejoindre l’équipe une fois tous les candidats reçus !

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  4. Avatar de FilimagesFilimages

    Comme partout, ça dépend beaucoup du secteur d’emploi et du lieu géographique. Il y a des métiers et des compétences très recherchés, mais il y a aussi des secteurs sinistrés. Il faut se renseigner avant de prendre une décision aussi impactante qu’un déménagement.

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  5. Avatar de Jean- le solognotJean- le solognot

    La première moitié du binôme a distribué aux sorties du transport souterrain parisien la revue métro D’un point fixé pour récupérer la charrette pleine de journaux , aller sur le point de distribution conteneur vide retour au point de départ puis deuxième voyage au nouveau point d distribution le tout pendant deux ans La famille aidant à la recherche A trouvé en géomatique un poste peu de temps car pas assez de sa spécialité Deuxième embauche idem troisième un concours ,reçue chez les képis .

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  6. Avatar de encuisineavecpelaencuisineavecpela

    C’est pareil partout ! La galère…
    Par contre, je trouve ça très bien que La Fille ai eu envie de travailler pendant ses vacances. Même si le résultat n’est pas celui désiré, ça lui montre la vie, la vraie…
    J’adore ta version de la lettre relance !

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