Dimanche avec des orchidées

On reprend « Sodome et Gomorrhe ». Cette fois, j’ai avancé de seulement 20 pages, mais elles étaient parmi les plus dures à lire de tout le roman. Que l’on me cogne avec un manuel botanique plutôt que relire cette partie !

Pour les fans des restos américains, je dois citer cette pépite qui suggère qu’il était une fois, les choses étaient pareilles aux deux côtés de l’Atlantique :

il y a des extrémistes qui… sont servis, avec une politesse sous laquelle couve l’indignation, par un garçon qui, comme les soirs où il sert les dreyfusards, aurait plaisir à aller chercher la police s’il n’avait avantage à empocher les pourboires.

Je ne veux pas vous donner l’idée que l’on a fini avec l’homosexualité. Loin de ça :

Laissons pour le moment de côté ceux qui… méprisent les femmes, font de l’homosexualité le privilège des grands génies et des époques glorieuses…

Il continue son obsession avec son idée que les homosexuels sont en quelque sorte des femmes :

Sans doute le jeune homme qui a cette tête délicieuse ne dit pas : « Je suis une femme. » Même si… il vit avec une femme, il peut lui nier que lui en soit une, lui jurer qu’il n’a jamais eu de relations avec des hommes. Qu’elle le regarde comme nous venons de le montrer, couché dans un lit, en pyjama, les bras nus, le cou nu sous les cheveux noirs. Le pyjama est devenu une camisole de femme, la tête celle d’une jolie Espagnole… Du reste, même à son exigeante maîtresse, il a beau ne pas avouer (si elle n’est pas gomorrhéenne) : « Je suis une femme »

Il suit un passage que je ne peux pas comprendre du tout où il essaye d’expliquer les jalousies entre des hommes homosexuels quand l’un d’entre eux fait des amis avec une lesbienne. Au moins, c’est ce que j’en tire. Je dirais seulement que Proust croyait probablement qu’il épatait la bourgeoisie avec cette discussion, mais pour le lecteur moderne anglophone affronté par plusieurs milliers de genres (je ne plaisante même pas un peu, mais je vous préviens qu’il s’agit d’une culture très en ligne, et que très peu de ça est connu du grand public), c’est presque pittoresque.

Je ne vais même pas expliquer pourquoi il a écrit ça :

Méduse ! Orchidée !

Sachez juste que l’on est toujours dans son discours sur l’homosexualité. Mais il revient à l’orchidée qu’il était en train d’observer :

M. de Charlus m’avait distrait de regarder si le bourdon apportait à l’orchidée le pollen qu’elle attendait depuis si longtemps, qu’elle n’avait chance de recevoir que grâce à un hasard si improbable qu’on le pouvait appeler une espèce de miracle. Mais c’était un miracle aussi auquel je venais d’assister…

Je ne sais pas en quoi un rendez-vous anonyme est un miracle, mais Proust n’a jamais entendu parler du SIDA.

Je partage ça juste pour vous emmerder :

Par là les invertis, qui se rattachent volontiers à l’antique Orient ou à l’âge d’or de la Grèce, remonteraient plus haut encore, à ces époques d’essai où n’existaient ni les fleurs dioïques, ni les animaux unisexués, à cet hermaphrodisme initial dont quelques rudiments d’organes mâles dans l’anatomie de la femme et d’organes femelles dans l’anatomie de l’homme semblent conserver la trace. 

Vingt… pages… de ça. Que l’on revienne aux soirées interminables des Guermantes !

Ô Françoise, je meurs :

« Ah ! c’est un si bon homme que le baron, ajoutait-elle, si bien, si dévot, si comme il faut ! Si j’avais une fille à marier et que j’étais du monde riche, je la donnerais au baron les yeux fermés. »

Non, mais sérieusement, Françoise :

« Le baron et Jupien, c’est bien le même genre de personnes. »

(Elle ne sait rien de ça.)

Avec ces mots, on atteint la fin de la première partie, un point d’arrêt naturel :

En tout cas, ce jour-là, avant ma visite à la duchesse, je ne songeais pas si loin et j’étais désolé d’avoir, par attention à la conjonction Jupien-Charlus, manqué peut-être de voir la fécondation de la fleur par le bourdon.

Je ne peux que rejoindre le célèbre Nelson Muntz des Simpson, avec sa riposte immortelle :

HA HA.

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