Madeleines au citron et aux amandes

Dimanche avec le duc de Châtellerault

On reprend maintenant « Sodome et Gomorrhe ». Cette fois, j’ai avancé de 25 pages.

Vraiment, aucun temps ne s’est passé entre le dernier tome et celui-ci. La deuxième partie ouvre sur :

Comme je n’étais pas pressé d’arriver à cette soirée des Guermantes où je n’étais pas certain d’être invité, je restais oisif dehors

Moi aussi, je traîne souvent devant les maisons de gens qui ne m’ont pas invité chez eux.

On n’a que commencé avec les rencontres clandestines et anonymes :

Devant l’hôtel de la princesse de Guermantes, je rencontrai le duc de Châtellerault…

Il y avait quelqu’un qui, ce soir-là comme les précédents, pensait beaucoup au duc de Châtellerault…c’était l’huissier de Mme de Guermantes. [Cette Mme est la princesse, pas la duchesse — Justin]

l’huissier de la princesse avait rencontré dans les Champs-Élysées un jeune homme qu’il avait trouvé charmant mais dont il n’avait pu arriver à établir l’identité… Toutes les faveurs que l’huissier s’était figuré avoir à accorder à un monsieur si jeune, il les avait au contraire reçues. Mais M. de Châtellerault… s’était borné à se faire passer pour un Anglais, et à toutes les questions passionnées de l’huissier, désireux de retrouver quelqu’un à qui il devait tant de plaisir et de largesses, le duc s’était borné à répondre, tout le long de l’avenue Gabriel : « I do not speak french. »

Pauvre M. le duc — l’huissier est responsable d’annoncer les invités en entrant dans la maison, et il reconnaît son sex-friend (Quoi ? C’est du français !) :

En demandant à son « Anglais » de l’avant-veille quel nom il devait annoncer, l’huissier n’était pas seulement ému, il se jugeait indiscret, indélicat… Le duc le regarda, le reconnut, se vit perdu…

Le narrateur n’est pas Dieu, alors je dois poser la question, même si rhétorique : comment sait-il tout ça ? Il a aperçu les ébats de Julien et de Charlus, mais il n’a rien vu chez M. de Châtellerault.

On apprend enfin que l’invitation était réelle :

Elle m’aperçut comme j’étais à quelques pas d’elle et, ce qui ne me laissa plus douter que j’avais été victime d’une machination, au lieu de rester assise comme pour les autres invités, elle se leva, vint à moi.

Est-ce que le cercle est sur le point de s’agrandir ?

De profession à profession, on se devine, et de vice à vice aussi. M. de Charlus et M. de Sidonia avaient chacun immédiatement flairé celui de l’autre…

Nan, et vous êtes tous des pervers pour avoir pensé autrement :

…et qui, pour tous les deux, était, dans le monde, d’être monologuistes, au point de ne pouvoir souffrir aucune interruption.

Vous ne vous souvenez certainement pas du professeur E…. Oui, c’est son nom dans le livre, points de suspension compris. C’était le médecin qui avait visité la grand-mère juste avant sa mort, après Cottard :

Je fus à ce moment arrêté par un homme assez vulgaire, le professeur E… Il avait été surpris de m’apercevoir chez les Guermantes. Je ne l’étais pas moins de l’y trouver, car jamais on n’avait vu, et on ne vit dans la suite, chez la princesse, un personnage de sa sorte. Il venait de guérir le prince, déjà administré, d’une pneumonie infectieuse…

C’est ça, la gratitude. Il ne reste qu’un serviteur aux yeux de cette classe.

Professeur E… aurait aimé rester dans la compagnie du narrateur, car il ne connaît personne, mais le narrateur aperçoit le marquis de Vaugoubert, de qui il désire un service. Il ajoute :

Les proportions de cet ouvrage ne me permettent pas d’expliquer ici à la suite de quels incidents de jeunesse M. de Vaugoubert était un des seuls hommes du monde (peut-être le seul) qui se trouvât ce qu’on appelle à Sodome être « en confidences » avec M. de Charlus. 

Si laconique, Proust !

Il passe des pages pour nous raconter la médiocrité de Vaugoubert en tant que diplomate, mais le narrateur voulait que monsieur lui présente au prince de Guermantes. Au lieu de ça, le narrateur se retrouve avec Mme la marquise de Vaugoubert, ce qui l’ennuie parce que :

j’avais convenu avec Albertine… qu’elle viendrait me voir un peu avant minuit.

Ne vous inquiétez pas, il a ses priorités :

on fût à cette époque torride de l’année où la sensualité libérée visite plus volontiers les organes du goût, recherche surtout la fraîcheur. Plus que du baiser d’une jeune fille elle a soif d’une orangeade, d’un bain, voire de contempler cette lune épluchée et juteuse qui désaltérait le ciel.

Quant à la relation entre le marquis et sa femme :

On disait au ministère… que… c’était le mari qui portait les jupes et la femme les culottes… Mme de Vaugoubert, c’était un homme. 

Il ne dit pas qu’elle est lesbienne, juste que :

la femme n’a d’abord pas les caractères masculins, elle les prend peu à peu, pour plaire à son mari

De sa part, son avis du narrateur :

je sentais qu’elle me considérait avec intérêt et curiosité comme un de ces jeunes hommes qui plaisaient à M. de Vaugoubert

Il ne vous étonnera pas à découvrir qu’elle ne présente pas le narrateur au prince !

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