Archives pour la catégorie Langue de Molière

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Un meurtre de corbeaux

Encore une fois, Langue de Molière doit paraître à l’avance, car mercredi est bel et bien pris cette semaine.

Ce n’est pas exactement la Langue de Molière planifiée pour aujourd’hui, mais vu que j’adore dire que quelque chose est tombée toute cuite dans mon bec (expression que je n’ai découverte qu’il y a deux semaines), je dois écrire sur ce merveilleux tweet de Bérengère Viennot :

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Pour être tout à fait clair, elle est un de mes abonnements préférés sur Twitter — hyper-drôle, et tant que vous n’êtes pas con, très sympa.

De toute façon, elle explique le problème :

J’ai lu ça et tout de suite pensé à « Game of Thrones », connu en français sous le nom Il ne va jamais la finir « Le Trône de fer ». Plusieurs de ces livres ont des titres qui jouent avec la habitude anglophone de donner des noms marrants aux groupes d’animaux. Mais j’ai eu une sacrée surprise !

Volée de corbeaux, Photo par Zeynel Cebeci, CC BY-SA 4.0

Les noms des livres en français ? « Le Trône de fer, L’Intégrale : Tome 1 », « Le Trône de fer, L’Intégrale : Tome 2 », etc. Chacun de ces « tomes » est sorti en anglais en tant que roman lui-même, avec son propre titre. Je ne savais pas que chacun a été divisé en de plus petits brochés. Alors, le premier tome est sorti en France en deux parties, « Le Trône de fer » et « Le Donjon rouge ». En anglais, ce premier tome, dit « A Game of Thrones« , fait 694 pages. Les deux « plus petits » tomes en français font 420 pages et 468 pages. Le français est beaucoup de choses, mais concis n’en est pas une.

De toute façon, on peut lire certains de ses titres en anglais comme s’ils sont des noms de groupes. Par exemple, le deuxième tome s’appelle « A Clash of Kings », et on peut le traduire « La bataille des rois », exactement ce que les éditions ont fait avec le troisième broché de la série. Mais il y a sept royaumes dans son histoire, et on peut lire ça d’autre façon, comme si une « bataille » était le nom d’une collection de rois.

Le français n’a que quelques mots pour des troupeaux d’animaux. S’ils marchent sur terre, c’est un troupeau. Dans les airs, c’est une volée d’oiseaux, un essaim d’abeilles, ou une nuée de locustes. Dans les eaux, c’est un banc de poissons ou de baleines ou quel que ce soit. Ça épuise plus ou moins les choix.

Mais en anglais, on trouve plein de noms. Une volée de corbeaux est « a murder », un meurtre. Une volée d’oies est « a gaggle », un mot qui voudrait dire une bande pas-trop-organisée si on parlait d’êtres humains. (Je crois que vous comprenez ce que je veux dire par cela.) Mon dictionnaire Oxford ne donne que « troupeau » pour gaggle, et ça manque vraiment l’esprit original. Une volée de chouettes est « a parliament », un parlement. Une collection de lapins est « a colony », une colonie. Un banc de poissons est « a school », une école. On utilise parfois des adjectifs en tant que noms pour cette exercice ; par exemple, des grands corbeaux font partie d’une cruauté (an unkindness).

Pour être clair, vous ne passeriez jamais un examen qui traite de ces noms dans n’importe quel cours de biologie. Ces noms sont largement littéraires (sauf pour l’école de poissons), et jouent souvent avec les traits de caractère liés aux animaux. On parle d’un meurtre de corbeaux parce que les corbeaux sont bien liés avec la malchance et la mort. On parle d’un parlement de chouettes car on pense à ces oiseaux en tant que des animaux sages.

Pour revenir au pauvre M. George R.R. Martin, son troisième tome s’appelle « A Storm of Swords ». En français, ça se vend sous les noms « Les brigands », « L’Épée de feu », « Les Noces pourpres » et « La Loi du régicide », mais maintenant que vous avez le goût de ce jeu de mots anglais, on pourrait bien le traduire « Une tempête d’épées ». Ou « Le Trône de fer, L’Intégrale : Tome 3 ». Je m’en fiche. M. Martin se moque de ses lecteurs « jusqu’à la banque », comme on dit en anglais. (On dirait plutôt « remplir ses poches » en français pour ça.)

Mais une fois compris, c’est facile à voir comment de tels noms marcheraient en français. Une nullité de rappeurs. Une lâcheté d’hommes politiques. Un égoïsme de footballeurs. Même une paresse de George R.R. Martin !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler d’autres écarts linguistiques.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Méfiez-vous de Shredder

Mon dîner yvelinois ne sera prêt à publier jusqu’à demain alors encore une fois, Langue de Molière est là un jour à l’avance.

Vous connaissez sûrement les Tortues Ninja, mieux connues pour leurs œuvres d’art dans la Renaissance — Leonardo, Michelangelo, Raphaël, et Donatello. (Voilà, vous pouvez utiliser les prénoms italiens quand vous voulez.) Peut-être que vous ne connaissez pas leur histoire d’origine, vu que ça fait déjà 36 ans depuis l’apparition de la seule et unique version à la télé. (C’est dingue comme la Matrice nous donne de faux souvenirs de tant de suites et de remakes.)

Les Tortues n’étaient que de tortues ordinaires jusqu’au moment où ils ont tous touché un produit chimique dit « mutagène ». Le mot en anglais pour ce qui leur est arrivé est « mutation ». Selon mon dictionnaire bilingue, j’aurais pu utiliser les autres guillemets, car c’est la même chose en français. Mais ce mot a apparemment tout autre signification en français, ce que j’ai appris en lisant un post sur Facebook :

Son mari s’est métamorphosé en quoi à Elbe-en-Irvine ? Elle a dû chercher un emploi car il est devenu un rat comme Maître Splinter, c’est ça ? J’ai enfin compris ce que ça voulait dire, que les deux ont déménagé, mais vous pouvez voir à quel point ça m’a donné des problèmes.

Bien sûr, j’aurais pu penser aux personnages Marvel, mais en général, ils sont nés comme ça (Spider-Man et Iron Man étant des exceptions).

S’il vous semble que ce n’est pas assez pour une Langue de Molière, ayez un Bon Point ! Celui-ci, en fait :

(En anglais, il s’appelle « Brainy Smurf » — Schtroumpf à cerveau ? Schtroumpf cervesque ? Je vous laisse à décider quelle est la traduction littérale.) Non, il n’y a rien de français que je ne suis pas prêt à adopter, pourquoi ?

En recherchant les armes des Tortues Ninja, j’ai appris que celle de Michelangelo, le nunchaku en japonais, est dite « fléau à deux branches » en français. Et ça m’a rendu encore plus perplexe. Pourquoi ? Parce que dans le jeu Zelda Breath of the Wild, le méchant « Calamity Ganon » s’appelle Ganon le Fléau.

©️Nintendo, Photo par Palais Zelda

Mais il s’avère que bien que le mot « calamité » existe en français, c’est en fait un choix bien logique. Il y a 4 méchants contre qui l’on lutte avant cette bataille. Ils sont dits en français l’Ombre d’Eau/de Feu/de Vent/de Foudre de Ganon. Voici un exemple :

©️Nintendo, Source

Mais remarquez qu’il y d’autre texte en haut du nom, « Créature divine Vah Ruta ». Ça n’explique pas que cette bataille a lieu au-dedans de la forteresse en forme d’éléphant (d’où Créature divine) dite Vah Ruta. Les joueurs le comprennent assez bien. Mais en anglais, ce texte dit plutôt « Scourge of Divine Beast Vah Ruta ». Et « scourge » signifie quoi ?Fléau.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler des écarts linguistiques.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Oscar le Grouch

J’allais écrire Langue de Molière cette semaine sur quelque chose qui m’a rappelé les Tortues Ninjas, mais Laurent Ruquier avait d’autres plans. J’écoutais l’intégrale des Grosses Têtes d’hier, et à environ 4:45, M. Ruquier a demandé qui a dit la citation suivante :

J’ai des principes, et si vous ne les aimez pas, j’en ai d’autres.

J’ai tout de suite su la bonne réponse, bien que je ne l’aie jamais entendu en français. C’est un bon indice que l’on parle d’une citation originalement en anglais, n’est-ce pas ? De toute façon, la première réponse a été Pierre Dac, que je ne connaissais que par nom, alors j’ai clairement des devoirs s’il aurait dit une telle chose. Mais M. Ruquier a vite dit que « Ce n’est pas français ». Après plusieurs conjectures — dont Woody Allen, le meilleur choix toujours en vie — on a finalement dit la bonne réponse, Groucho Marx. (En fait, il n’y a aucune preuve qu’il l’a dite — lien en anglais — mais c’est le genre de chose auquel on s’attendait chez lui.)

Mais j’ai sauté à l’entendre ! J’avoue que la première fois où j’ai entendu son nom en français, c’était déjà il y a 30 ans. Dans un article sur les soixante-huitards, j’ai lu qu’il y avait un insigne que certains portaient avec le slogan « Je suis marxiste, tendance Groucho ». Oui, je m’en souviens, même après tout ce temps — mais je me suis apparemment gravement trompé de la prononciation.

Julius Marx a choisi son nom de théâtre, Groucho, d’abord pour faire une rime avec ceux choisis par ses frères, Harpo, Zeppo, Chico, et Gummo. Mais aussi pour faire un calembour avec le mot « grouch », qui en anglais veut dire un rouspéteur, quelqu’un de grognon ou grincheux. Au fait, saviez-vous que son père Samuel se surnommait « Frenchie » car il est venu de Mertzwiller dans le Bas-Rhin ? Euh, moi non plus avant d’écrire cet article.

De toute façon, chaque américain pense au personnage à gauche quand on dit « grouch », encore plus qu’à Groucho :

Oscar the Grouch et Carroll Spinney, Photo par Montclair Film Festival, CC BY 2.0

Oscar habite dans une poubelle dans l’émission Sesame Street, elle-même l’ancêtre de 1, rue Sésame, et par , de l’Île aux enfants. J’entends parler qu’en France, il s’appelle Mordicus, mais que 1, rue Sésame n’était pas une réussite. Dommage. En tout cas, son nom se prononce comme ça :

Et ça m’a rappelé qu’il y a des prononciations que je n’ai jamais mises à jour dans la tête. Par exemple, et la plus pertinente, le maréchal Emmanuel de Grouchy. J’ai dû entendre ce nom pour la première fois au lycée. Et je suis 100 % certain que le prof l’avait dit comme ça :

Mais en fait, si j’ai bien compris Les Grosses Têtes, j’aurais dû dire :

Dois-je vraiment vous dire que « grouchy » en anglais n’est rien d’autre que l’adjectif de « grouch » ? Alors vous pouvez imaginer à quel point nous le prenions au sérieux.

Ce n’était guère mieux chez les Fanny. Ce prénom existe en anglais, mais pas de nos jours. Il y avait un livre de recettes très populaire du XIXe siècle, officiellement titré « The Boston Cooking-School Cook Book« , mais mieux connu comme le livre de Fannie Farmer, son autrice (liens en anglais). Mais regardez ce qui est arrivé à ce prénom :

Source

En 1835, les britanniques ont commencé à l’utiliser en tant qu’argot pour les fesses (lien en anglais), plutôt cul si on est honnête. Le temps que ce graphique commence, le prénom perdait déjà sa place, Alors, quand j’ai découvert la journaliste Fanny Cohen, qui travaille pour French Morning… bon, c’est la faute à moi que j’ai ri.

Mais en parlant de Fannie Farmer, j’étais bien surpris d’apprendre que le nom de Mylène Farmer n’est pas loin de l’anglais. « Farmer » en anglais veut dire fermier ou agriculteur. On le dit comme ça :

Je me serais attendu à ce qu’il rime avec « parler », mais c’est très, très proche à l’anglais :

Un de plus ? Je vais avoir du mal quand le Tour arrivé en Seine-Saint-Denis, à Noisy-le-Grand, car « noisy » veut dire « bruyant » pour moi, même si je sais que l’on ne prononce pas les deux de même façon !

Langue de Molière offre ses excuses à toutes les Fanny qui vont entendre parler de ce billet, et vous reverra la semaine prochaine pour parler enfin des Tortues Ninjas.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Georges Washington n’y a pas dormi

Il y a trop de choses qui sont censées arriver mercredi cette semaine — Langue de Molière, l’anniversaire du blog, et C’est le 1er — alors encore une fois, je publie Langue de Molière à l’avance, afin de réduire les conflits. C’est le 1er sera plutôt le 2 ce mois.

Je lisais récemment un article par un écrivain québécois — Sébastien Berrouard, qui je suis sur Twitter ; il est excellent — sur le baseball, où il parlait de l’équipe de Milwaukee. En anglais, l’équipe s’appelle les Brewers. Voici ce qui m’a arrêté tout court :

Counsell est devenu gérant des Brasseurs le 4 mai 2015 et il a permis à sa formation d’établir un record de franchise en atteignant les séries éliminatoires quatre années de suite de 2018 à 2021.

Craig Counsell sera peut-être l’agent libre le plus convoité cet hiver

C’est moi qui ai souligné le nom. Brasseurs est bien la traduction exacte de Brewers, Milwaukee étant connue comme capitale de la bière bas de gamme aux États-Unis : Pabst, Miller, Schlitz (dernier lien en anglais), et d’autres trucs que je n’utiliserais même pas pour arroser les plantes. ([En fait, ça fait plus de deux ans qu’il n’achète que de l’alcool soit français soit belge. Mais il ne devrait acheter que de légumes crus. — M. Descarottes])

Mais si vous voulez rechercher l’équipe, est-ce que ça vous aidera de rechercher les « Brasseurs » ? Ou les « Brewers » ? Bien sûr, peut-être qu’une poignée d’articles en anglais ne vous aidera pas, mais il ne va pas vous aider d’être puriste et insister sur des noms traduits. Pour être clair, en ce cas, M. Berrouard utilise les deux noms — on trouvera son article en recherchant les Brewers. Mais ce n’est pas toujours le cas avec plein d’autres noms.

Vous voyez certainement où je vais avec cette pensée. Pour autant que je résiste les anglicismes pour les noms communs, je garde exactement l’avis opposé pour les noms propres — ne les traduisez jamais, ou au moins tant qu’il n’y a pas un problème d’alphabète. Mais honnêtement, s’il existe une règle pour ça en français, elle m’échappe. Voyons :

Chez les anglophones, les reines Elizabeth I et II d’Angleterre et de Grande-Bretagne deviennent Élisabeth Ière et Élisabeth II en français, et le roi William III d’Angleterre devient Guillaume III. Par contre, William Shakespeare n’est pas connu sous le nom Guillaume Shakespeare, le poète Hugh MacDiarmid n’est pas Hugues, et Michael Faraday n’est pas dit Michel. Ni George Washington ni les rois George ne deviennent Georges. Vous savez que George Sand avait choisi la forme féminine du nom en tant que nom de plume, non ?

(Aux États-Unis, il doit y avoir un milliard de plaques sur de vieux bâtiments qui se vantent que George Washington y a dormi, d’où mon titre. Le lien est en anglais, mais vaut vraiment la peine si vous pouvez le comprendre.)

Chez les allemands, les kaisers Wilhelm deviennent tous Guillaume, les Friedrich Frédéric, mais Johann von Goethe n’est pas Jean, et Albrecht Dürer n’est pas Albert.

Chez les italiens, Leonardo da Vinci devient Léonard de Vinci, Raffaello Sanzio est Raphaël, et Michelangelo est Michel-Ange ; pourtant leur prédécesseur Filippo Brunelleschi n’est pas Philippe, et leur contemporain Domenico Ghirlandaio n’est pas dit Dominique.

J’ai une théorie pour expliquer tout ça, mais seulement mes lecteurs d’origine italienne vont l’aimer (il y en a au moins 3). Si le français lambda aurait aimé soit revendiquer soit faire chier au personnage en question, on « francise » le nom ; sinon, on le laisse tranquille. C’est une clé qui s’adapte à toutes les serrures. Les Élisabeth sont admirables, et les kaisers seraient offensés. La France revendique Léonard car il y est mort, mais au-delà des amateurs de l’art, personne ne sait quand même qui sont Ghirlandaio et Brunelleschi. S’il vous semble que Shakespeare devrait être Guillaume selon ma théorie, on n’accepte pas de concurrence pour Molière ici, surtout en venant de l’anglais.

Même le nom de la France elle-même pose des questions. Tout le monde sait que France n’est rien d’autre qu’un surnom pour les Françoise (un excellent choix pour le nom du pays ; je vous félicite), mais chez les bretons, elles sont surnommées plutôt Soïzic. C’est à vous d’en tirer la conclusion.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler plus des Tortues Ninja, et non pas seulement Léonard et Michel-Ange.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Le gérondif pas français

Vous avez de la chance cette semaine, car le Père Halloween (je refuse de fêter Noël jusqu’après Thanksgiving, peu importe ce qui font mes compatriotes) vous livre Langue de Molière un jour à l’avance. Pourquoi ? Parce que « Je découvre les Yvelines » n’était toujours pas prêt, mais je ne veux pas le reporter de deux jours. Ça contiendra la meilleure blague du blog. Alors aujourd’hui, on parle de vos erreurs du gérondif. En anglais. Mais en français.

Comment ça ? Tout ça, c’est à partir d’une nouvelle série de vidéos de Paul Taylor. Bien sûr, il est anglophone de naissance — nous ne pouvons pas tous être parfaits — mais ses vidéos sont en général bilingues. Cette série est enregistrée en anglais, mais avec des sous-titres en français, pour parler d’anglicismes mal utilisés. Il me semble qu’il a commencé avec cette vidéo, où il parle de « dressing » :

Honnêtement, je n’ai jamais rencontré cet usage avant sa vidéo, mais en revanche, je n’ai aucune raison pour parler de garde-robes en français. Mais il a raison. Il y a une forme de « dressing » en anglais qui est un nom, mais ça veut dire la sauce que l’on met au-dessus d’une salade. On dirait « vinaigrette » en français, mais il y a plein de telles sauces dans les cuisines des pays anglophones qui ne contiennent pas de vinaigre, la « Thousand Island » ou la « Ranch », parmi d’autres. (Au fait, je les déteste sans exception, mais c’est tout autre histoire. Histoire que je promets de vous raconter.)

De toute façon, le « dressing ». Le verbe « dress » veut dire « s’habiller ». C’est donc comme si vous appelez cette pièce une « habillante ». Voici une autre vidéo, puis je vous expliquerai l’erreur. Celle-ci traite de « parking » :

Encore une fois, « parking » existe en tant que mot en anglais, mais seulement comme le participe présent de « park », ou « se garer ». Mais ce qui est drôle, c’est que l’on utilise « garage » en anglais — mais seulement pour des bâtiments consacrés à ce but. Si on peint des lignes sur terre, c’est un « parking lot » ou en anglais britannique « car park » (parc de voitures). Alors, qu’est-qui se passe ?

Le problème vient du français. Le participe présent et le gérondif prennent la même forme — le verbe + « ant ». Mais ils s’utilisent seulement en tant que verbes. Les deux ne peuvent pas être le sujet d’une phrase. On vous a dit que c’est différent en anglais, que le gérondif — le verbe + « ing » — est un nom. Ce qui est vrai. Mais tout comme en français, le gérondif et le participe présent sont identiques — et à chaque fois où vous avez emprunté un tel mot à l’anglais, vous l’avez utilisé en tant que gérondif alors qu’il est en fait participe présent ! Le parking n’est pas où on se gare en anglais, le dressing n’est pas où on s’habille, le jogging n’est pas ce qu’on porte afin de courir, et le plannin n’est pas le journal intime où nous écrivons nos plans. M. Taylor a une autre vidéo pour ce dernier :

On penserait selon ce système que vous appelleriez une piscine, une « swimming » (nageant) ou une salle de classe, une « teaching » (enseignant). Faites-moi une faveur et ne les répétez pas, s’il vous plaît. Mon cauchemar est que ma pierre tombale dira « Justin Busch, créateur d’anglicismes ». Si ça arrive, je vous hanterai.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler des noms propres. Il n’y avait jamais un roi de Grande-Bretagne nommé « Georges » avec un -s, quoi que vous en pensez.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue d’Orwell

Il y a deux livres que je lis et relis souvent : Orthodoxy, l’autobiographie spirituelle de G.K. Chesterton, et 1984, le roman de George Orwell. Depuis longtemps, je suis extrêmement curieux de comment on rend sa langue fictive, « Newspeak », en français. J’ai enfin fait mes recherches, et il s’avère que la réponse est plutôt compliqué.

Je dois vous dire que je considère que nous parlons déjà la langue d’Orwell depuis des années chez moi. Je vous donnerai une belle preuve. Dans 1984, il y a un moment où il se passe à la télé que la ration de chocolat va se hausser jusqu’à 200 grammes la semaine. Mais Winston Smith, le personnage principal, se pense « Attendez, c’était 250 grammes la semaine dernière. » Vous avez bien compris le mensonge ? Bon, voici la véritable image de quelque chose que j’ai écrit il y a une décennie avec des nouvelles de ma banque :

En bas, il y a une citation de la banque qui dit :

Nos meilleurs bienfaits de protection. À jamais.

De grandes nouvelles : On est sur le point de faire de grands changements aux bienfaits de protection de ta carte de crédit.

À noter, ton Assurance contre bagages perdus sera bientôt annulé.

L’annulation de mon assurance était en fait le seul changement noté dans la lettre. Leurs « meilleurs bienfaits », mon œil ! Mais c’est un bon exemple de la Langue d’Orwell. C’était dans cet esprit d’enquête que j’ai récemment recherché comment sa langue inventée a été traduite en français.

Au fait, je vous rappelle qu’à mon avis, le vouvoiement n’existe pas en anglais, surtout aux mains des grandes entreprises. Le choix de « tu » dans ma traduction de la lettre est 100 % fait exprès. (Par contre, « you » est dérivé de « vous », car le Seigneur a un sens de l’humour bizarre.)

Il s’avère qu’il y a maintenant huit traductions en français, dont 4 sorties après l’expiration des droits d’auteur en 2021. Wikipédia a quelques tableaux pour comparer les mots « novlangue », comme dit la moitié des traductions. C’est donc ma source au lieu de tout acheter ; il y a quelques erreurs évidentes et on en parlera.

Il y a plusieurs choses à prendre en compte en traduisant un texte, que ce soit un roman ou un poème. Est-ce que l’on veut préserver le sens literal au maximum, ou transmettre les idées dans un style plus naturel à la nouvelle langue ? Y a-t-il un rythme qui doit être préservé ? Quelles sacrifices fera-t-on pour garder ce rythme ? Ma traduction préférée de la Divine Comédie de Dante en anglais, celle de John Ciardi, réussit à garder la « terza rima » (rime tierce) de l’original en abandonnant un de ses aspects. Dante a écrit ses rimes comme ça : ABA BCB CDC DED… Chez Ciardi, tout est AXA ; c’est-à-dire qu’il laisse tomber les rimes de chaque deuxième phrase avec la première et troisième phrase du vers qui suit.

Tous les huit traducteurs acceptent qu’ils vont jeter le caractère anglo-saxon des mots. « New » de « Newspeak » est d’origine allemande ; les choix offerts sont « Novlangue », « Nouvlangue », « Novlang », « Néoparler » et « Néoparle ». Du tout, je préfère « Novlang » car il garde le caractère tranché du sujet. Tout est court dans cette nouvelle façon de parler.

Le personnage en place de Lénine est dit « Big Brother » en anglais. Ça dit littéralement « Grand Frère », mais je crois que traduire le nom est une erreur dans le contexte du livre. Orwell n’a pas fait un effort pour expliquer comment la Novlang se traduit dans les autres langues de son roman fictif. Il me semble que l’idée le plus authentique serait un véritable impérialisme où les autres sont de plus en plus supprimées. Pour cette raison, je n’aime ni « Le Grand Frère » ni « Tonton », même s’ils capturent mieux le système français.

La pire chose que l’on peut faire dans ce monde est avoir les mauvaises pensées. Orwell appelait ça « crimethink » ; littéralement « crimepensée », comme a choisi Amélie Audiberti, la traductrice originale. Mais j’aime surtout le choix de Josée Kamoun, « Mentocrime ». Elle est la seul traductrice à ne pas utiliser « pensée », un mot que je crois serait supprimé à tout prix. Ça mène naturellement à un autre excellent choix — elle utilise « Mentopolice » pour la « Thought Police », littéralement la Police de la Pensée (comme dit toutes les autres traductions). Bien joué. Ça capture la forte tendance à réutiliser les choses au maximum. Mais j’avoue, ça m’a fait penser à autre chose :

Mentos, Photo par Jacek Halicki, CC BY-SA 4.0

Il n’y a que 4 ministres dans le gouvernement orwellien, ceux de la Paix, Amour, Vérité, et Plénitude. Il les a tranchés en « Minipax », « Miniluv », « Minitrue », et « Miniplenty ». En général, les traductions sont similaires, un choix avec lequel je suis d’accord — sauf pour une qui a fait un choix hyper-français, celle de Celia Izoard. Elle dit « Vérigouv », « Lovagouv », etc. Avec tous les sites web de nos jours, je les imagine suivis d’un « .fr ». C’est un effet déroutant.

Finalement, il y a les trois célèbres slogans. Tous sont traduits de façon identique — sauf par M. Kamoun et Philippe Jaworski. Et je crois qu’ils ont fait le bon choix. « Guerre est paix », « Liberté est servitude », « Ignorance est puissance ». Les articles sont supprimés, et à mon avis, c’est exactement ce qui ferait le gouvernement du roman. En ciblant une conversion de toutes les vieilles langues vers la Novlang, les donner un caractère identique me semble le bon choix.

Il y a quelques petites erreurs dans le tableau. Le Ministre de Plénitude n’était pas « Minipleinty » mais plutôt « Miniplenty ». Et le pays était « Oceania » en anglais, pas « Océania » avec un accent. « Ingsoc » n’était pas « Angsoc ». Pas grave, mais ce sont des erreurs typiquement françaises, et non pas les mots originaux.

Pour en conclure, il me semble que M. Kamoun a de loin mieux entendu la musique diabolique du roman. J’achèterai sa traduction, en reconnaissant qu’elle reste controversée. Sa version est loin de la tradition, mais je crois qu’elle a saisi le logique de cette façon de parler selon les idées qu’Orwell voulait communiquer.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de vos problèmes avec le gérondif anglais. Ce sont graves.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Au Mordor, nous Saurons

Il y a des fois où j’ai du mal à prendre certaines choses au sérieux dans la Langue de Molière, car elles me rappellent trop quelque chose de drôle. Peut-être qu’il n’y a pas de meilleur exemple que les conjugaisons du verbe « savoir ».

C’est déjà évident du gros-titre. Il est impossible d’apprendre le futur simple de savoir sans penser au Seigneur des Anneaux. Je me demande souvent si les enfants français ont le même problème. Nous Saurons, ils Sauront, pendant qu’un Œil géant flotte et surveille sur tout.

Sauron, mal conjugué. Source, ©️New Line Cinema

Dites-moi, il doit y avoir des blagues sur ce sujet.

Mais ce n’est pas seulement le futur. Le présent est encore pire. Et ça, c’est en partie votre faute. Ou au moins la faute de la langue française. Ouais, ouais, il est peu probable que l’on confonde vraiment « savons » avec :

Savon, Photo par Perditax, Domaine public

Avec plusieurs savons et le bon cas de liaison, personne ne peut pas les distinguer, sauf par notre bon vieil ami, le contexte.

Mais j’ai un autre savon dans la tête. Plus précisément, Sav-On :

Logo de Sav-On, ©️Osco Drug

C’est une ancienne chaîne de pharmacies qui n’existe plus, au moins en tant que Sav-On. Elle était achetée par Osco, et le nom Sav-On n’apparaît plus nulle part aux États-Unis. Et pour être clair, la prononciation est très différente — si vous dites « sèv-un », vous l’aurez plus ou moins. La signification est « économiser sur », originalement un bon calembour quand l’entreprise s’appelait « Sav-On Drugs » (économiser sur les médicaments). Mais l’orthographe compte aussi, et ça pèse comme un mammouth en train d’écraser les prix quand je vois « savons ».

C’est dingue quelles réfs j’ai dans la tête, n’est-ce pas ? Alors, un mot de plus ? Attachez vos ceintures, celui-ci va être fou.

Vous connaissez sûrement le truc qui couvre la fenêtre dans cette photo :

Store vénitien, Photo par SelenaJKruse, CC BY-SA 4.0

En anglais, on dit « blinds, » parfois « Venetian blinds ». (Ça n’a rien à voir avec Venise, ne me demandez pas la raison.) Mais en français, c’est « store », parfois « store vénitien », exactement le mot anglais pour « magasin ». Par contre, « blind » en anglais veut dire « aveugle ». C’est logique car le truc rend le monde aveugle par rapport à ce qui se passe derrière le store. En revanche, le mot français ne va pas de nulle part, mais plutôt du latin, « storea », qui veut dire natte, Mais le store — comme ça fait du mal à taper, c’est comme écrire un anglicisme exprès — anglais vient aussi du français. C’est le Vieux Français « estorer », du latin « instaurer » ; c’est-à-dire « stocker ». Et à son tour, le mot stocker est emprunté à l’anglais, du mot « stock ».

Vous l’avez bien suivi ? Le français a directement hérité la bonne racine pour « store » du latin. Vous l’avez passée aux anglophones qui l’utilisent d’exactement sons sens original en latin alors que vous avez emprunté tout autre mot à l’anglais. Puis, vous utilisez un mot qui paraît à chaque anglophone être un anglicisme, « store », pour dire quelque chose qui n’a rien à voir avec le Vieux Français, parce que c’est vous qui voulez conserver le sens original de tout autre chose en latin.

La langue de clarté, mesdames et messieurs !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de comment traduire George Orwell en français, car nous allons tous en avoir besoin.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Histoire d’histoire

La langue française est très stricte avec ses articles. Il faut avoir un « le » ou « la » ou « de » avant tout. Sauf quand vous n’en voulez pas. Histoire de vous expliquer votre usage le plus atypique, on parle d’histoire.

J’ai rencontré cet usage d’histoire pour la première fois dans Un été français. Je le mentionne histoire de chercher une excuse pour mettre un lien vers le clip :

Duolingo ne m’a jamais appris que l’on pourrait faire ça :

Mercredi je rêve d’une autre vie
Si tout pouvait s’arrêter là
Histoire d’avoir le choix

Paroles d’Un été français

J’étais certain pendant longtemps que ça a dû être trop décontracté, comme écrire « faut » sans il. ([Mais il y a de nombreux exemples où vous fassiez exactement ça ici — M. Descarottes]) Ouais, ouais, il a raison, mais ma « faut », c’était votre faute, car je l’ai vue de nombreuses fois en ligne, et je la croyais plus naturelle. Je le dis toujours, mais je n’écris plus de cette façon.

De toute façon, histoire. Je l’ai mis à côté, mais j’ai récemment remarqué plusieurs autres exemples. Il y en a deux dans Outsphere :

Ha, ben histoire de vous redonner du baume au cœur, ça y est, on a trouvé un endroit idéal pour la colonie. (P. 33)

Pour Suleiman, visiter le laboratoire civil était non seulement un acte diplomatique, afin de souligner l’importance accordée aux recherches effectuées, mais surtout un geste d’autorité histoire de signifier aux scientifiques que, bien que civils, ils continuaient à dépendre de l’Armée. (P. 141)

Non, je ne m’en souviens pas comme ça, je prends des notes !

Le Canard enchaîné ne l’utilise pas trop souvent, mais j’ai trouvé un exemple dans le numéro 5368, celui de la semaine dernière :

Mais avant d’écrire ce billet, je n’avais pas vraiment décrypté ce qui veut dire cette version d’histoire. Il me semble en réfléchissant aux exemples ici que c’est quelque chose comme « afin de ». Il y a toujours un verbe après, et la signification avec son article n’a aucun sens dans ces cas.

Honnêtement, pour autant que j’aime les énigmes et les défis, il ne me dérangerait pas si on m’expliquait parfois ces choses histoire de m’aider à économiser du temps.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de ce qui sait le Seigneur des Anneaux.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Molière au Japon

À moins que l’on soit employé de Facebook, on n’a aucune idée de ce qui se passe vraiment avec leurs algorithmes. Et franchement, si vous comprenez comment marche l’IA de nos jours, peut-être même pas eux. Il y a des millions de variables dans les réseaux neuronaux ; impossible pour n’importe quel être humain de garder tous les calculs dans la tête. Mais ils savent que je prétends parler le japonais (enfin, juste les prépositions — lien hilarant en anglais), ainsi que le français, et ça commence à avoir des conséquences.

Facebook, et Instagram, me montrent souvent des clips des japonais — bon, franchement, des japonaises (on en parlera plus ailleurs) — qui veulent apprendre la langue à d’autres personnes. En général, en anglais. Mais récemment, les deux ont commencé à me montrer de tels clips :

En soi, ce n’est pas choquant. Je connais un gars anglophone qui enregistre des trucs en français toutes les semaines pour un public francophone. Pourquoi pas des japonais aussi ?

Alors, je reçois tout à coup plein de suggestions comme celle-ci, qui veut apprendre le japonais aux français :

Mais ça arrive de plus en plus, et je dois avouer que c’est dépaysant. Le système japonais est très loin du français, et je l’avais bien associé avec l’anglais en plus. Par exemple, tout comme en anglais, tous les jours de la semaine finissent par « -yōbi », qui veut dire « -day », ou « jour ». Je suppose que tous les « -di » — lundi, mardi, etc. — viennent de la même origine, mais d’où donc cette espèce de « di-manche » avec son ordre pourri ?

Le Trésor de la Langue française dit que « di » vient du latin « dies », jour, et « manche » de « Dominicus », Seigneur. Mais en japonais, pour dimanche on dit « nichiyōbi », c’est à dire « soleil-jour », exactement comme l’anglais « Sunday ».

Mais ce n’est pas juste la langue. Voilà, elles veulent aussi apprendre la cuisine japonaise aux francophones. Vous remarquerez quelque chose de hyper-japonais dans le texte qui accompagne cette vidéo. Malgré le fait qu’il faut parler le français pour comprendre la vidéo, il y a quand même une petite description en anglais. Ne me croyez pas sur parole :

Ma bataille contre les anglicismes en français est bel et bien perdu en japonais depuis longtemps. Pour « à plus tard », ils disent « bye bye ». Pour ordinateur, « pasokon », une contraction des mots anglais « personal computer », mais avec une prononciation plus naturelle pour eux. Il y a des milliers de mots comme ça. Mais on dit en japonais « arubaito » pour le boulot, d’après l’allemand « arbeit ». (Savez-vous où on trouve ce mot ? Je dis ça, je dis rien.) Et comment dit-on « pain » en japonais ?

Pan. Je vous laisse à deviner à qui ils l’ont emprunté. (Ne soyez pas surpris — il n’y a aucune tradition de pains comme nous les connaissons dans la cuisine japonaise traditionnelle.)

Mais j’ai quelque chose de nouveau pour me faire inquiéter. En préparant cet article, Instagram a décidé que je veux aussi apprendre l’espagnol…en français !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une colonne histoire d’histoire.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Jamais plus jamais

Peut-être que vous connaissez le dernier film de James Bond avec Sean Connery, dit Jamais plus jamais en VF, et Never Say Never Again en VO. Ce film est grosso modo une reprise d’Opération Tonnerre, le résultat d’un conflit de droits d’auteur entre Ian Fleming et Kevin McClory. Je pourrais écrire pendant des jours sur les problèmes autour de ce film, mais c’est Langue de Molière ici, alors nous nous intéressons plutôt à l’usage de « jamais ».

La traduction exacte du titre anglais serait plutôt « Ne dites jamais « Plus jamais » », mais vu l’affiche, on pardonne le changement :

Source, ©️MGM

Mais ici, il n’y a pas de question de ce qui veut dire « jamais » : quelque chose n’est pas arrivé et n’arrivera pas non plus. Le Robert appelle ça le sens négatif, et personne ne va…euh…jamais dire qu’il ne le comprend pas. Comme j’ai dit en haut, on le traduit en anglais par « never ».

Or, il y a un autre sens que j’utilise très rarement parce que des Français et Google Traduction n’hésitent pas de me dire qu’il n’existe pas. C’est le sens positif, et ça veut dire que quelque chose est arrivé au moins une fois, ou qu’elle arrivera un jour. Dites-leur, M. Le Robert, je n’ai rien inventé :

Source

En anglais, on dit « ever » pour ce sens, ce qui sert à le distinguer de « never ». Mais vous êtes trop grands fans de l’efficacité, alors vous n’utilisez qu’un mot pour les deux. Je n’ai aucun espoir de la retrouver, mais tout au début, en 2020, j’ai écrit quelque chose sur Facebook comme « C’est la chose la plus drôle que j’ai jamais vue ! » et les profs de français autoproclamés du groupe m’ont tous dit « Cette phrase n’a aucun sens ! Vous l’avez vu, ou pas ! » Ils avaient tort, et c’est mon ami Robert qui le dit. Mais peut-être qu’ils comptaient tous sur Google, qui déteste cet usage. Voici un exemple :

Ça arrivera avec tout et n’importe quel exemple que vous choisirez. Toujours « déjà », jamais « jamais ».

Mais, peut-être que les profs d’Internet n’ont pas complètement tort, parce qu’il existe un autre sens négatif, sans « ne » :

On dit souvent aux élèves étrangers « Ne vous inquiétez pas que le français ne distingue pas entre ces cas ; le contexte suffira ». Le passé composé, par exemple, se traduit d’au moins deux façons en anglais, qui ne sont pas des synonymes. Ne vous inquiétez pas des détails ; la plupart du temps, c’est en fait évident. De toute façon, à mes yeux, il me semble que ces cas ne sont pas les mêmes que le sens « déjà » ; pourtant, les deux se ressemblent certainement.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler d’un truc vraiment fou : Instagram veut m’apprendre le japonais…en français.