Encore une fois, Langue de Molière doit paraître à l’avance, car mercredi est bel et bien pris cette semaine.
Ce n’est pas exactement la Langue de Molière planifiée pour aujourd’hui, mais vu que j’adore dire que quelque chose est tombée toute cuite dans mon bec (expression que je n’ai découverte qu’il y a deux semaines), je dois écrire sur ce merveilleux tweet de Bérengère Viennot :

Pour être tout à fait clair, elle est un de mes abonnements préférés sur Twitter — hyper-drôle, et tant que vous n’êtes pas con, très sympa.
De toute façon, elle explique le problème :
J’ai lu ça et tout de suite pensé à « Game of Thrones », connu en français sous le nom Il ne va jamais la finir « Le Trône de fer ». Plusieurs de ces livres ont des titres qui jouent avec la habitude anglophone de donner des noms marrants aux groupes d’animaux. Mais j’ai eu une sacrée surprise !

Les noms des livres en français ? « Le Trône de fer, L’Intégrale : Tome 1 », « Le Trône de fer, L’Intégrale : Tome 2 », etc. Chacun de ces « tomes » est sorti en anglais en tant que roman lui-même, avec son propre titre. Je ne savais pas que chacun a été divisé en de plus petits brochés. Alors, le premier tome est sorti en France en deux parties, « Le Trône de fer » et « Le Donjon rouge ». En anglais, ce premier tome, dit « A Game of Thrones« , fait 694 pages. Les deux « plus petits » tomes en français font 420 pages et 468 pages. Le français est beaucoup de choses, mais concis n’en est pas une.
De toute façon, on peut lire certains de ses titres en anglais comme s’ils sont des noms de groupes. Par exemple, le deuxième tome s’appelle « A Clash of Kings », et on peut le traduire « La bataille des rois », exactement ce que les éditions ont fait avec le troisième broché de la série. Mais il y a sept royaumes dans son histoire, et on peut lire ça d’autre façon, comme si une « bataille » était le nom d’une collection de rois.
Le français n’a que quelques mots pour des troupeaux d’animaux. S’ils marchent sur terre, c’est un troupeau. Dans les airs, c’est une volée d’oiseaux, un essaim d’abeilles, ou une nuée de locustes. Dans les eaux, c’est un banc de poissons ou de baleines ou quel que ce soit. Ça épuise plus ou moins les choix.
Mais en anglais, on trouve plein de noms. Une volée de corbeaux est « a murder », un meurtre. Une volée d’oies est « a gaggle », un mot qui voudrait dire une bande pas-trop-organisée si on parlait d’êtres humains. (Je crois que vous comprenez ce que je veux dire par cela.) Mon dictionnaire Oxford ne donne que « troupeau » pour gaggle, et ça manque vraiment l’esprit original. Une volée de chouettes est « a parliament », un parlement. Une collection de lapins est « a colony », une colonie. Un banc de poissons est « a school », une école. On utilise parfois des adjectifs en tant que noms pour cette exercice ; par exemple, des grands corbeaux font partie d’une cruauté (an unkindness).
Pour être clair, vous ne passeriez jamais un examen qui traite de ces noms dans n’importe quel cours de biologie. Ces noms sont largement littéraires (sauf pour l’école de poissons), et jouent souvent avec les traits de caractère liés aux animaux. On parle d’un meurtre de corbeaux parce que les corbeaux sont bien liés avec la malchance et la mort. On parle d’un parlement de chouettes car on pense à ces oiseaux en tant que des animaux sages.
Pour revenir au pauvre M. George R.R. Martin, son troisième tome s’appelle « A Storm of Swords ». En français, ça se vend sous les noms « Les brigands », « L’Épée de feu », « Les Noces pourpres » et « La Loi du régicide », mais maintenant que vous avez le goût de ce jeu de mots anglais, on pourrait bien le traduire « Une tempête d’épées ». Ou « Le Trône de fer, L’Intégrale : Tome 3 ». Je m’en fiche. M. Martin se moque de ses lecteurs « jusqu’à la banque », comme on dit en anglais. (On dirait plutôt « remplir ses poches » en français pour ça.)
Mais une fois compris, c’est facile à voir comment de tels noms marcheraient en français. Une nullité de rappeurs. Une lâcheté d’hommes politiques. Un égoïsme de footballeurs. Même une paresse de George R.R. Martin !
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler d’autres écarts linguistiques.
















