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Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les plaintes de La Fille

Avant de partir en vacances, je vous ai prévenu que la prochaine Langue de Molière traiterait des plaintes de La Fille sur la langue française. Nous voilà. Disons que nous sommes certainement liés.

Vous savez déjà que nous avons l’habitude d’échanger des SMS en français, surtout quand elle n’est pas chez moi. Et un jour, j’ai reçu un SMS de sa part qui a dit « Bon matin ». Quoi ? Elle n’a pas entendu ça de sa prof, j’en étais sûr. Je le lui ai dit, et elle m’a dit : « Mais jour ne veut pas dire la même chose que matin. On peut certainement dire « Bon après-midi » et « Bonsoir ». Et c’est le matin. Alors, c’est quoi le problème, mon vieux ? » ([Attention, peut-être qu’il a un peu embelli l’histoire. La Fille est toujours hyper-respectueuse. Comme moi. — M. Descarottes])

Je lui ai expliqué : « Tout n’est pas une traduction équivalent. On dit « Good morning » en anglais, et ça se traduit par « bon matin ». Mais ce n’est pas la bonne chose en français, tout comme tu voulais dire « Mon Dieu-roi », pas « Mon vieux » en traduisant de l’anglais. » Elle n’était pas contente de cette explication, et je l’avoue, moi non plus. La dernière partie est certainement correcte. Mais pourquoi existe-t-il des expressions équivalents pour l’aprèm et le soir, mais pas le matin ? Et puisque l’on en parle, pourquoi est-ce que l’on dit « bonne nuit » pour quitter quelqu’un plutôt que « bonne nuitée » ? Ce serait pareil à ce que l’on dit pendant le reste de la journée. J’avais donc des questions.

Je vous rappelle qu’il y a un effet sonore officiel du blog pour ce genre de question :

Nos amis québécois à l’Office de la langue française nous disent que « bon matin » est un emprunt à l’anglais, alors déconseillé. Cependant, ils ajoutent qu’en quittant quelqu’un, on peut dire « bon avant-midi », quelque chose que je n’ai jamais entendu. M. le Robert nous dit que ça se dit en Belgique et au Canada, et les logiciels ont tendance à n’apprendre que le français de l’Hexagone. Curieux de trouver une autre source métropolitaine, j’ai limité la recherche à des sites .fr, et ça n’a donné qu’une page de résultats, tous inutiles.

Mais quelque chose d’inattendu est arrivé quand j’ai essayé de rechercher « bon matin » uniquement dans l’Hexagone. Je n’ai rien trouvé d’officiel, tel qu’une déclaration de l’Académie française, juste un commentaire dans le forum du Figaro pour dire que c’est inconnu en France. Cependant, il faudrait dire ça à cette brasserie rennaise. Et à ce vendeur de sauces piquantes à Bordeaux. Et à ce petit resto réunionnais. En quelque sorte, « bon matin » s’étend partout !

Pour finir cette exploration de « bon matin », une linguiste québécoise, Marie-Éva de Villers, ajoute que : « bon matin est à la limite une formule de départ, comme le sont bonne soirée ou bon après-midi… ». Ça me rend perplexe encore une fois ; il me semble que l’on utilise le masculin pour l’arrivée et le féminin pour le départ. D’où les formules de jour/journée et de soir/soirée.

Quant à « bonne nuitée », il y a une poignée d’exemples en ligne, mais tous me semblent pas fiables pour des raisons diverses. Je considère que ça n’existe pas, mais j’ai du mal maintenant à expliquer pourquoi il existe bonjour/bonne journée et bonsoir/bonne soirée, mais pas de bonne nuit/bonne nuitée.

Cependant, nous sommes en train de former une francophone, alors vous vous trompiez si vous pensiez que La Fille n’avait qu’une plainte. Et celle-ci, nous la partageons. Chez nous, on dit quelqu’une avec un accent lourd pour indiquer une personne en particulier. Cependant, cet usage est apparemment déconseillé. Encore une fois, selon nos amis québécois :

L’emploi de quelqu’une est attesté au sens de « une… entre plusieurs » (une personne ou une chose), mais son emploi est considéré comme rare, vieilli et littéraire.

Il vaut mieux utiliser quelqu’un ou l’une ou une, ou reformuler la phrase.

Quelqu’une

Selon eux, si on va utiliser « quelqu’une », ça doit être suivi par « de » ou « des » :

Tu peux prendre quelqu’une des trois places disponibles.

Quelqu’une d’entre elles vous indiquera la marche à suivre.

Ils n’aimeraient donc pas notre utilisation, en tant que nom propre. Et là, il faut noter que l’Académie française est complètement d’accord. Dans son dictionnaire, elle dit qu’au singulier, c’est un usage littéraire si suivi par « de/des », et que ça doit être au masculin afin de vouloir dire « Un individu dont l’identité n’est pas précisée ».

On s’en fout. Nous avons besoin d’un mot pour désigner « un individu dont l’identité est parfaitement bien connue, mais nous sommes trop terrifiés pour le dire ». Comme Voldemort ; c’est-à-dire Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom. Évidemment, j’ai peur de quelqu’une qui ferait peur à Voldemort. Ou bien à Mégatron.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour faire de la boucherie.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue du livre

J’ai décidé qu’au lieu de ce que j’avais planifié pour Langue de Molière cette semaine, quelque chose qui énerve La Fille, je vais fêter l’achèvement du manuscrit avec une collection des erreurs les plus souvent remarquées par les lecteurs. J’étais déjà au courant de certaines, mais j’ai appris des choses en lisant ce que les autres ont trouvé.

Il faut commencer avec une faute assez remarquée que dans ma note pour remercie les lecteurs, j’ai mentionné que « je n’écrirai plus jamais ‘aux deux côtés’». J’ai écrit ça 24 fois dans le manuscrit original (non, je n’ai pas gardé de statistiques à cet égard ; c’était juste facile de chercher le document corrigé). Il est facile de dire d’où vient cette erreur : c’est de l’anglais, si de façon un peu indirecte. Au passé, je vous ai dit — dans la deuxième Langue de Molière ! — qu’en général, « à » se traduit par « to » et « de » par « from ». Mais on peut rendre les choses de façon encore plus générale en disant que ces mots se traduisent par une variété d’autres mots qui indiquent une direction. Et là, « à » veut souvent dire « envers » son objet, et « de » signifie que l’on s’éloigne de son objet. C’est donc très bizarre pour moi de penser que l’on dirait jamais « des deux côtés ». Mais je peux vous rassurer que c’est bien pris en compte.

Une autre erreur avec une longue histoire sur ce blog, ainsi que dans mon manuscrit, c’est de confondre « dans l’esprit », ce qui est une traduction très exacte de l’anglais « in the spirit », et pleinement correct dans une phrase tel que « dans l’esprit de ses autres films », avec « venir à l’esprit », ce qui se traduit par « comes to mind ». (Voilà, encore une fois l’équivalence entre « à » et « to ».) Je doute que j’aie jamais lu « venir dans l’esprit » écrit par un Français. Et pourtant, il était une fois, c’était correct. Le Robert cite une ancienne définition de pensée, datant du XVIIe siècle :

Tout ce qui vient dans l’esprit, dans l’imagination, dans la memoire.

Définition de pensée

Voulez-vous un exemple plus concret ? Voilà, d’un sermon de Bernard de Clairvaux :

Il me vient dans l’esprit quelque chose de semblable dans l’Evangile.

Sermon LVIII

Bien sûr, il a prêché au XIIe siècle ; l’accueil du site au lien dit que c’est une traduction de 1866, plus récent que le XVIIe siècle. Peut-être que La Fille n’a pas tort de dire que je viens de l’époque des dinosaures et de George Washington.

Et en parlant de cette dernière phrase, quelque chose que je remarque en tant que linguiste depuis très longtemps : l’usage de « de » dans « l’époque des dinosaures et de George Washington » ou de « en » dans « en marchant et en prenant le métro » n’est pas toujours cohérent. En anglais, on ne répéterait presque jamais les mots équivalents : on pourrait écrire « the time of the dinosaurs and of George Washington », mais répéter « of » comme ça a l’air ringard. Je vois souvent des Français qui font pareil à l’anglais, mais vu les retours, je dirais que c’est probablement une faute. Au maximum, j’ai corrigé ça pour répéter les prépositions comme vous voyez ici.

La dernière chose que j’évoquerai, c’est plus une question de style qu’une erreur en soi. Je connais, et j’utilise parfois moi-même, des phrases qui commencent par « Inutile de » ; en parlant du ciné, j’ai écrit : « Inutile de me citer des exceptions ; nous parlons de tendances. » Mais autrement, il me semblait qu’il fallait en général utiliser un verbe avec ces choses : « Il est impossible de… », etc. Ça dérange mes oreilles, mais j’ai reçu un nombre de commentaires pour me dire d’écrire plutôt « Impossible de… ». Je l’ai fait autant que possible, mais dans une langue qui ne laisse pas tomber les prépositions comme ci-dessus, ça m’étonne.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler enfin des plaintes de La Fille.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Langue de chien

Il y a deux semaines, j’ai intitulé un épisode de la balado d’après une expression anglaise, « going to the dogs ». Littéralement, ça se traduit par mon titre, « tout va aux chiens ». Je l’ai choisi parce que le sujet de la moitié de l’épisode — la blague, un gros-titre satirique et un article — concernait des chiens. Cependant, il ne s’agit pas de chiens littéraux en anglais. (Hihihi, il y a un jeu de mots avec l’anglais dans cette dernière phrase, complètement par hasard — un groupe de chiens nouveaux-nés s’appelle un « litter » en anglais.)

En fait, l’expression est très proche des expressions en français à base du verbe « partir » : tout part en vrille/cacahuète/etc. C’est-à-dire que les choses tournent pour le mal (lien en anglais). Cependant, quand je l’ai mis en Google Traduction par curiosité, j’ai reçu une surprise :

Capture d'écran où "everything is going to the dogs" se traduit par « tout va à vau-l'eau ».

Non seulement l’équivalent français n’utilise pas « partir », mais ce « vau-l’eau » m’est complètement inconnu. Alors, qu’est-ce que c’est que « vau-l’eau » ?

Le tout premier sens dans le Trésor de la langue française, et apparemment le plus littéral, c’est de suivre un cours d’eau :

VAU(-)L’EAU (À),(VAU LEAU , VAU-LEAU ) loc. adv. et subst.

I. − Loc. adv.

A. − En suivant le fil de l’eau.

Deux gros dos squameux émergent de l’eau bourbeuse et replongent dans la vase Des régimes de bananes flottent à vau-l’eau (Cendrars, Du monde entier, Le Formose, 1924, p. 203).

Vau-l’eau

L’autre sens en tant qu’adverbe est exactement ce que je cherchais :

B. −Au fig. Au gré du hasard, à l’abandon, à la dérive. Destinée, illusions, plans, rêves à vau-l’eau; être, partir, se laisser aller, (s’en) aller à vau-l’eau.

Frais séjour où se vint apaiser la tempête De ma raison allant à vau-l’eau dans mon sang (Verlaine, Œuvres compl., t. 2, Amour, 1888, p. 14).

C’est donc assez clair que le « vau » est le cours suivi par ladite eau, et avec ça, l’équivalence avec l’expression anglaise devient compréhensible. Les chiens et l’eau sont les deux hors notre contrôle. Mais j’aimerais suggérer qu’il y a une différence entre importante entre ce chien et cette eau :

Et ce chien et cette eau :

On pourrait mieux préciser dans les deux cas.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de la plus grande plainte de La Fille à ce point dans ses études.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

J’ai triché, chef

Je suis sûr que beaucoup d’entre vous se souviennent des résultats catastrophiques de l’IA dans le cours d’anglais de La Fille en mai. Ça ne fait pas longtemps, après tout. Cependant, je ne m’attendais pas à ce qui est arrivé juste après la fin de notre année scolaire : Français de nos régions a publié une carte sur une autre forme de tricherie. Je suis étonné par la diversité du vocabulaire sur ce sujet :

Si j’ai bien compris, il y a 16 mots différents ici pour la même idée, contre seulement un que je connais en anglais, « cheat sheet » (une traduction très littérale serait « feuille de tricherie »). Je remarque qu’entre « antisèche » et soit « pompe » soit « billet de pompe », environ la moitié du pays dit juste un de deux choix.

C’est « antisèche » qui a attiré mon attention. Je ne savais pas que « sécher », un mot lié aux cheveux et aux linges, voulait aussi dire « ne pas aller à l’école ». Mais voilà :

b) Manquer volontairement (un cours, l’école).Mon cher commandant (…) me dit le curé, avec la bille têtue et pas d’accord des mômes résolus à sécher la classe, c’est en ce lieu démantelé que vous envisagez mon entretien avec le colonel Moscardo? Comment y parviendrai-je? (Malraux,Espoir, 1937, p. 591).

Sécher, Trésor de la Langue française

Mais ce n’est pas sa seule signification scolaire. Ça veut aussi dire que l’on reçoit de mauvaises notes :

a)Vx. [En parlant d’un élève] Se faire sécher.Être mal noté, et de ce fait, être recalé à l’examen.Quelques élèves travaillent leurs examens de fin d’année juste assez pour ne pas se faire sécher (Lévy-Pinet1894, p. 280).

De ce dernier, c’est évident d’où vient « antisèche », quelque chose contre sécher.

Bien sûr, dans le tarot, être sec est aussi une mauvaise chose :

Le petit sec

Un joueur possédant le petit sec (c’est son seul atout et il n’a pas l’excuse) doit obligatoirement l’annoncer, étaler son jeu et annuler la donne avant les enchères.

Règles du tarot

On penserait qu’un habitant d’un désert vibrerait avec ce vocabulaire. On aurait tort. J’ai déjà vécu assez de sécheresses, merci.

Je passerai à côté de beaucoup du reste des mots, qui ne veulent rien dire d’autre — « tust » et « pinoche » n’apparaissent pas dans le Trésor. Cependant, peut-être l’un des faits divers les plus Coup de Foudre vient de Normandie et Bretagne, où ce truc s’appelle « une carotte ». ([J’ai des plaintes ! Je gagne mes carottes en travaillant dur — couiner jusqu’à ce que le gros en a assez, c’est du travail honnête ! — M. Descarottes])

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler d’un autre animal poilu, les chiens.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Ponctuation de Molière

J’avais planifié tout autre chose pour aujourd’hui, mais c’est la ruée vers la fin du livre, alors je vais poser plusieurs questions où mes bénévoles me semblent ne pas être d’accord, et Projet Voltaire ne suffit pas pour combler les écarts. Dans tous les cas, il s’agit de ponctuation.

Mais avant de continuer, vous souvenez-vous de la Langue de Molière où j’ai écrit sur l’accord de « tout » avec les noms ? Grâce aux corrections reçues, je sais maintenant que la « règle » citée dans ce billet-là n’est pas correcte — si « tout » peut être ôté, il n’y a pas d’accord, mais autrement, oui. Alors il n’y a rien à voir avec le genre ! Je vous jure…

Il y a plusieurs questions qui tournent autour des virgules. À votre avis, faut-il mettre une virgule après surtout dans cette phrase ?

Elle a plus de trente mille abonnés sur les réseaux sociaux, et surtout quand on parle d’Instagram, il y a des comptes beaucoup plus petits que le sien qui ignorent tout commentaire.

Et un truc pareil — faut-il mettre une virgule après « Ou » dans la première phrase ? Ou après « Mais » dans la deuxième ? Est-ce que ça change si ces mots se trouvent au milieu d’une phrase plutôt qu’au début ?

Ou pour prendre un autre exemple pour ce même blogueur américain

Mais comme peu de « youtubeurs »,

Voici une autre question sur les virgules. Selon vous, est-ce que l’on ne les mettent pas devant le dernier élément d’une liste ? Par exemple, est-ce que je devrais supprimer la virgule après Australie dans cette phrase ?


Mais après, on trouve aussi de nombreuses expressions parallèles en trois formes de l’anglais – telle qu’elle s’utilise au Royaume-Uni, en Australie, et aux États-Unis !

Et encore une autre sur les virgules — vous avez déjà vu cette phrase. Je suis bien convaincu que la bonne pratique au début d’une citation est de mettre un deux-points avant la citation, alors ça fait 5 ans que je me trompe. Mais quand la phrase continue APRÈS la citation, comme ici, devrais-je mettre la virgule ou pas ?


Si j’avais le moindre doute sur l’avis des jeunes Français sur l’importance du Débarquement et après (Busch, 2021d), les mots que l’on lit en entrant dans le musée : « Le 6 juin 1944, sur les plages de Normandie, plus de 10 000 jeunes soldats sont tombés pour notre liberté », ne laissent aucune question.

Et voici une question d’orthographe qui arrive encore et encore. Faut-il mettre un espace entre le nombre et le « h » dans une heure, tel que « 13 h » ? Ou est-ce « 13h » ? Je croyais toujours que c’était le dernier, mais on vient de me dire que je me trompe.

J’écris le « Jour J » à chaque fois pour parler du 6 juin 1944, mais deux personnes me disent que les Français écrivent de nos jours « D-Day ». Et oui, ça se trouve dans le livre qu’Audrey m’a envoyé en 2023. C’est bien connu que je fais des efforts extraordinaires pour éviter les anglicismes, mais dans ce cas, il me semble que je devrais suivre la pratique actuelle.

Il y a longtemps, on m’a dit que l’on n’écrit pas « les années 80’s », mais plutôt « les années 80s », ce qui est ma pratique pendant toute la vie du blog. Mais plusieurs personnes me disent maintenant qu’il faut écrire « les années 80 ». Je suis prêt à les remplacer tous, mais seulement une fois. Alors, quelle est la bonne forme ? Et est-ce différent si on ajoute le siécle : « les années 1980(s) » ?

Une question sur les noms des livres et des films ; j’ai l’habitude de les mettre entre guillemets : « Le Mur de l’Atlantique », « L’Appel d’Am-Heh ». Certains ont supprimé les guillemets ; d’autres les ont conservés. Quelle pratique devrais-je suivre ? Ou est-ce que les guillemets sont la mauvaise chose, et je devrais mettre les titres en italique ?

Désolé pour toutes les questions, mais il me semble que l’important, c’est de choisir des pratiques cohérentes, et les suivre partout. Au moins nous sommes au point où c’est ce qui me préoccupe, plutôt que les contenus eux-mêmes !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec les contenus qui étaient censés être notre sujet du jour.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Aller vous faire baigner

Comme arrive souvent cette année, Langue de Molière tire son inspiration de quelque chose lu chez Il Est Quelle Heure. Afin de rendre évident ce qui a attrapé mon œil, voici les dialogues en question ; j’ai mis les mots importants en gras et en italique.

Moi: Je trouve qu’elle cocotte

Père: Oui, elle pue. Je voulais l’emmener au toilettage hier mais il fallait prendre un rendez-vous 15 jours à l’avance. 

Moi: Je vais la brosser, ça suffira peut-être. 

Père: Non mais elle shlingue, là. 

Manille: C’est faux, je sens bon la rose des bois!

Dialogue de l’espace avec Père #41

C’est une collection impressionnante de synonymes pour ce que l’on fait avec le nez, dont deux qui ne m’étaient pas familiers avant. Et tous les deux sont intéressants !

Commençons par « elle cocotte ». Il y a un an, la seule signification que j’avais pour « cocotte », c’était un produit du Creuset pour cuisiner. Puis j’ai commencé à lire la Recherche, et tout à coup, c’était aussi Mme de Crécy. Mais cette fois, c’est évidemment un verbe. Alors, le Trésor, que dites-vous ?

COCOT(T)ER1,(COCOTER, COCOTTER) verbe intrans.

A.− [P. réf. au caquetage continu de la poule en basse-cour]

− Rare. [En parlant d’une femme] Bavarder inlassablement. Synon. caqueter.Les poules de la maison se promenaient et cocottaient comme chez elles (Léautaud, Amours,1906, p. 257).

B.− [P. réf. à cocot(t)e1B 2] Se conduire en femme légère.

Cocot(t)er

Curieux ! Ni la première ni la deuxième signification semble être la bonne vu que la réponse à « elle cocotte » était « oui, elle pue ». M. Le Robert ?

Définition de cocotter ​​​  verbe intransitif

familier Sentir mauvais. ➙ puer.

Cocotter

Voilà, exactement ce à quoi nous attendions. Mais qu’est-ce qui s’est passé chez le Trésor ? Il s’avère que si on recherche « puer », la toute première entrée dit :

PUER, verbe intrans.

A. − Exhaler une odeur nauséabonde, très désagréable. Synon. empester, empuantir; sentir* mauvais; pop. ou arg. cocotter2, schlinguer.

Puer

Et là, on trouve non seulement cocotter et sentir mauvais, mais aussi d’autres synonymes : empester, empuantir, et le mot que nous avions pas encore recherché, schlinguer. C’est dingue, le nombre de façons de dire ça ! Mais à vrai dire, la relation entre les sens de bavarder et de puer m’échappe.

Cependant, ce « schlinguer », c’est aussi un mot curieux. Franchement, l’orthographe ne me semble pas typiquement française. Plutôt germanique, ces mots qui contiennent « sch ». Et avec un nom tel que Busch, je le saurais ! Et en fait, c’est exactement ce qui dit le Trésor :

SCHLINGUER, verbe intrans.Arg., pop. Puer.

empr. à l’all. schlingen « avaler », d’où, par un contresens volontaire, « exhaler (une odeur)

empr. à l’all. schlagen « frapper », « fouetter (en parlant de la pluie) », « repousser (en parlant du fusil) », d’où « sentir mauvais » (de même que cingler, cogner, fouetter, taper signifient « sentir mauvais » dans la lang. fam. ou arg., v. Esn.

Schlinguer

Ces deux histoires sont un peu trop ! Si on croit la première, c’est un peu un jeu de mots où on a adapté un contresens. Mais l’autre propose que beaucoup plus d’autres verbes veulent aussi dire « puer », dont cogner et fouetter. Et en fait, l’entrée pour fouetter est d’accord.

Ça suffit ! Il me semble tout à coup que presque tout verbe français peut signifier « sentir mauvais » — la liste gonfle sans cesse ! Ça fouette ! J’imagine que le chien de Billie, Manille, est bien d’accord. Mieux vaut porter notre attention sur les croquettes.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour reprendre un thème qui dérange La Fille, la tricherie à l’école.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Embouteillé

Depuis peut-être 26 ans déjà, je lis de temps en temps une économiste française expatriée, qui écrit toujours en anglais, Véronique de Rugy. Elle travaille à George Mason University, une fac en Virginie qui est du troisième rang sauf en deux sujets — le droit, et l’économie, avec deux prix Nobel en ce dernier sujet. Le fait qu’elle y travaille parle très bien de ses compétences. Cependant, vu tout ce que je viens de dire, vous serez bien surpris à savoir qu’elle a inspiré Langue de Molière aujourd’hui.

Vers la fin d’un billet où elle exprime sa vue que le gouvernement américain ne devrait offrir des subventions ni à Tesla ni à l’industrie de pétrole, elle mentionne un dicton français :

If policymakers genuinely care about a cleaner environment and more efficient markets, their solution should be simple and nonpartisan: eliminate subsidies entirely. But as we say in France, “with ifs, you could put Paris in a bottle.”

Si les fonctionnaires se souciaient sincèrement d’un environnement plus propre et d’un marché plus efficace, leur solution devrait être simple et impartiale : supprimer complètement les subventions. Mais comme on dit en France : « Avec des si on mettrait Paris en bouteille. » [Ma traduction]

Véronique de Rugy

Il serait très difficile pour moi de chercher ses publications pour des expressions françaises en traduction. Mais je dirais que je doute que j’y trouve beaucoup. Je m’en souviendrais. Cependant, c’est bien évident que j’ai dû tout de suite rechercher cette expression !

Ce que j’ai trouvé n’était pas exactement éclaircissant. Beaucoup de sites donnent un sens — pour en donner un de L’Internaute, « A force de suppositions, tout est possible. » Mais ce que je cherche vraiment, c’est « pourquoi est-ce que l’on aimerait mettre Paris en bouteille ? ». Et là, je n’ai rien trouvé — sauf pour une bonne leçon en pourquoi il faut faire attention à ses sources !

J’imagine que ça a quelque chose à voir avec la pratique de construire des maquettes de bateaux dans des bouteilles, comme ça :

Voilier en bouteille, Photo par Remi Jouan, CC BY-SA 3.0

Wikipédia nous dit que ces choses sont souvent repliées sur eux-mêmes ; cependant, sans sources fiables, je ne sais pas si c’est la vérité :

Le voilier est assemblé à l’extérieur, tous les mâts et les haubans sont repliés horizontalement. La coque et son gréement sont introduits dans la bouteille, et déployés à l’intérieur à l’aide d’une ficelle reliée à la mâture.

Bateau en bouteille

Cependant, et je veux être bien clair, je n’ai absolument rien trouvé qui dit que ma conjecture a des racines historiques. Dire ça me rend beaucoup plus prudent que d’autres personnes ! Wiktionnaire donne un exemple d’une professeure qui note que les auteurs d’Astérix l’a utilisé pour un effet comique :

« Un des effets comiques récurrents dans Astérix est le recours à des expressions figées dont les termes sont adaptés à l’époque de référence. C’est le cas de dictons.
. Avec des si on mettrait Lutèce en amphore ; R. Goscinny, A. Uderzo, op. cit., 1999, p. 28. 
Ce pseudo‐dicton en rappelle un autre utilisé couramment à l’heure actuelle : « avec des si on mettrait Paris en bouteille ». 

Chrystelle Burban

Mais un autre type, un prof de français langue étrangère, semble prendre ça au sérieux !

Quant au sens de l’expression, eh bien l’origine de cette expression n’est pas très claire. Pour certains, elle viendrait d’un ancien adage romain « avec des si, on mettrait Lutèce en amphore ». Lutèce était l’ancien nom pour Paris et amphore était un vase antique utilisé à l’époque romaine.

Français authentique

Parce que je suis égalitariste en ce qui concerne les bêtises, je note que ce site anglophone proclame aussi la même hypothèse.

Je fais des efforts pour ne jamais me faire avoir comme ça — quand je cite les origines de choses, je cherche toujours des références de qualité. Astérix l’est pour Astérix uniquement !

Alors, pas pour la première fois, Langue de Molière se termine sans avoir trouvé la bonne réponse à la question originale — pourquoi est-ce que les Français pensent à mettre Paris en bouteille ? Mais vous avez maintenant les bonnes ressources pour faire une sacrée farce à vos amis !

Langue de Molière vous prévient que la semaine prochaine risque de puer.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Monstre gavé

Cette semaine est peut-être la Langue de Molière la plus difficile que j’ai écrite. Pourquoi ? Parce que c’est la première fois où je ne comprends même pas les données. Pourtant, je fais absolument confiance à ma source.

Il y a des semaines, j’ai vu cette carte publiée sur Instagram. C’est une carte de mots intensifieurs, comme très et trop :

Ça vient de l’excellent site Français de nos régions, cité ici parfois pour les noms des escargots ou la question éternelle chocolatine/pain au chocolat. Mais voici le problème — j’ai trouvé cette carte dans mon flux Instagram, et n’ai d’expérience avec aucun de ces mots, au moins dans ce contexte.

Alors, si je la comprends bien, dans l’Eure ou en Seine-Maritime, je pourrais dire « C’est rien beau » et il y a des gens qui le comprendraient comme si j’avais dit « C’est très beau ». Mais quelqu’un venant du Doubs ou du Jura dirait, « Keske ce n’importe quoi, c’est monstre beau ! » Ai-je bien compris ça ?

Au moins je peux voir un certain logique dans les variantes attribuées à la Saône-et-Loire (vrai), Rhône (cher) et Loire (franc). Ce sont tous des adjectifs. Le « paquet » drômoise-ardéchoise me rend perplexe, en revanche. « C’est paquet beau ? » On prend une croisière, quoi ? Les petites phrases du Sud ne me parlent pas non plus — « C’est au taquet beau » et « C’est taille de beau » font mal aux oreilles parce que je m’attends à d’autres choses autour de ces mots — « taille de » devrait être suivi d’un article et d’un nom, n’est-ce pas ? Il n’y a qu’un participe entre tout ça, mais « gavé » fait mal aux oreilles aussi — « C’est gavé beau » manque d’un nom quelque part !

Je soupçonne que un nordiste a peut-être gâché ma compréhension quelque part. Je suis 100 % certain que j’ai entendu « fort » utilisé comme synonyme de « fortement », et dans cette carte, ça me semble très familier. Je crois que « C’est fort beau » est pareil à des choses que j’ai écrites ailleurs. Alors j’ai dû tirer la mauvaise leçon de quelque chose, mais je n’ai aucun espoir de trouver la source originale.

Il me semble que j’ai aussi vu « vlà » quelque part, mais seulement comme contraction de voilà ; dans un texto, peut-être. Jamais dans ce sens de très ou trop. Comme ça « Alors vlà, j’ai épuisé les exemples ».

J’ai des amis de partout et peut-être qu’ils essayent tous de ne pas me rendre perplexe ; c’est tout inconnu pour moi, avec une possible exception. Mais je ne saurai měme pas où les chercher, vu que tout ça ressemble à d’autres usages plus typiques. Alors, mes excuses si j’ai mal utilisé tel ou tel exemple ; nous avons une carte, mais je ne sens plus perdu que jamais !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec de mauvaises nouvelles pour les parisiens.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les flammes de l’amour

Si j’ai une plainte sur la langue française, au-delà du fait qu’elle n’est pas celle de ma ville, ça doit sûrement être qu’il y a trop de mots presque identiques qui ne signifient pas les mêmes choses. Même pas proche. Bien sûr, il y a la blague sur l’accent circonflexe :

A : Le circonflexe est inutile.

B : T’es sur ?

A : Un canapé, pourquoi ?

Récemment, La Fille m’a apporté cette même plainte, parce qu’attendre et atteindre se ressemblent. Je l’entends des bilingues déjà : et « through » et « thorough », Justin, ça vous parle ? Ouais, et c’est exactement ça l’une des choses les plus énervantes en anglais !

Alors, j’ai vu un gros-titre de France 3 il y a des semaines, et le croyais une grosse blague, quand en fait, c’était tout au sérieux :

Le gros-titre de cette capture d'écran de France 3 Normandie dit « Un jeune homme monte sur un wagon de la SNCF pour retrouver son ballon et s'embrase »
Capture d’écran

Bien sûr, je n’avais jamais vu « embraser » avec un « s » avant, et croyais que c’était censé être « embrasser ». J’avoue, ça donne un sens plutôt incompréhensible au gros-titre, mais il me semblait que ça voulait dire une espèce d’exhibitionnisme. Honnêtement, le mot « jeune » a beaucoup fait pour baisser mon niveau de scepticisme à cet égard.

Je n’ai pas d’excuses. Selon le Trésor, embraser dans le sens de « mettre en feu » date du XIIe siècle :

Étymol. et Hist. 1. Ca 1135 adj. embrasé « allumé, qui brûle » (Couronnement Louis, éd. E. Langlois, 290); ca1160 embraser « brûler » (Eneas, éd. J.-J. Salverda de Grave, 9633)…Dér. de braise*; préf. em-(en-*); dés. -er.

Embraser

Et il y a un mot anglais, « brazier« , un genre de poêle à charbon, qui trouve ses origines dans le vieux français « braise » ; c’est-à-dire, exactement la même racine qu’embraser. Mais je dois vous dire, de nos jours, en anglais « braise » ne veut dire qu’une viande cuite d’une certaine façon, pareil qu’en français, alors j’étais bien perplexe quand Boby Lapointe a chanté des « yeux de braise » d’une certaine Françoise !

Alors, en cliquant, j’ai lu l’histoire et vite reconnu mon erreur. Puis j’ai lu qu’il « a été grièvement blessé ». Grièvement ? C’est mal écrit pour gravement ? Il s’avère que non, et en fait, alors que les deux sont des synonymes de nos jours, encore une fois on parle d’un mot dont l’origine se trouve dans le vieux français exactement où l’anglais se trouve aussi. Les racines de grièvement sont comme ça :

Ca 1175 grivement « fortement » (Horn, éd. M.K. Pope, 4733); 1457 griefvement « gravement » (Arch. Nord, B 1687, fo21 vods IGLF), ne subsiste que dans cet emploi. Dér. de grief1*; suff. -ment2*

Grièvement

Et ce mot « grief », d’où il vient ? Ça veut dire douloureux ou pénible, jusqu’au temps de la Chanson de Roland :

Ca 1100 gref « dur, pénible à supporter, douloureux » (Roland, éd. J. Bédier, 1687)

Grief

« Grief » en anglais de nos jours veut dire « deuil ». Mais le mot anglais se trace au vieux français, et les deux trouvent une racine en commun dans le verbe latin « gravare », ce qui veut dire « peser sur ». Vous reconnaîtrez sûrement un autre dérivé de gravare dans « gravité ».

Tout ça, c’est à dire que si j’ai mal compris cet article au début, c’est largement parce que je ne pense pas assez à l’anglais de l’époque de Guillaume le Conquérant. Et mes amis expatriés disent que je reste un peu trop bloqué dans le passé avec mes films de Louis de Funès. Ils n’ont aucune idée de ce qui veut dire « le passé » chez moi !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une histoire de trop.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Le Justin se marie

Malheureusement, mon gros-titre est trompeur de façon importante. Je n’ai pas de bonnes nouvelles à cet égard, juste l’envie de faire du parallélisme avec l’un de mes films préférés, car ça évoque le bon sujet pour cette tranche de Langue de Molière. Mais pour évoquer un autre de mes films, voici la mairie du 13e arrondissement de Paris. « Pas mal, non ? C’est français. », comme disait Orson Welles dans La classe américaine, devant un château. (J’explique dans le livre pourquoi ça porte une signification sûrement inconnue aux réalisateurs, mais connue à mes lecteurs.) Et de son tour, l’adresse de la mairie est 1 Place d’Italie, ce qui se trouve dans les paroles des 7 Jours de Pékin d’Indochine. Il n’y a jamais de coïncidences, et tout se relie, chez Un Coup de Foudre !

Mairie du 13e arrondissement de Paris, un bâtiment de 3 étages dont le rez-de-chaussée, de style haussmannien.
Mairie du 13e arrondissement de Paris, Photo par LPLT, CC BY-SA 3.0

Alors, pourquoi s’intéresser à cette mairie ? Il y a des semaines, j’ai vu ce clip sur Instagram :

Il s’agit de l’expression « se marier à la mairie du 13e », une expression uniquement parisienne. Mais pourquoi est-ce qu’il y a quelque chose d’inhabituel si on s’y marie ? Est-ce à cause de la réputation malchanceuse du numéro 13 ?

En fait, rien à voir. Avant 1860, Paris ne comptait que 12 arrondissements, alors si on se mariait à une mairie inexistante, c’était à dire que l’on vivait dans une situation de concubinage, sans être marié. Cette année-là, Paris s’est agrandi, de 12 arrondissement jusqu’à 20, et selon l’ancien système de numérotation, allant du nord au sud et de l’ouest à l’est, ce qui est de nos jours le 16e aurait dû être le 13e. Pour mieux comprendre la situation, voici une carte avant 1860 : les 7e, 6e et 5e modernes étaient anciennement les 10e, 11e et 12e.

Carte qui montre l'ancien département de la Seine avec les 12 arrondissements originaux, un cercle en rouge qui montre les communes qui feraient partie de Paris à partir de 1860, ainsi que les communes qui feraient plus tard la Petite Couronne.
Carte de l’ancien département de la Seine avant 1860, Dessin par Gundan, CC BY-SA 4.0

Mais les bourgeois d’Auteuil et de Passy n’allaient jamais accepter devenir le 13e vu l’existence de cette réputation. Alors le baron Haussmann a proposé le numérotation moderne en forme d’escargot, ce qui donna le numéro 13 aux quartiers de la Gare et de la Maison-Blanche.

L’expression est donc tombée en désuétude depuis très longtemps, et il n’y a jamais eu un lien entre la mairie à la Place d’Italie et le concubinage. C’était plutôt comme d’autres expressions pour dire que quelque chose est de jamais vu, comme « quand les poules auront des dents » ou « quand on acceptera une invitation au resto de la part de Justin ».

Comme je vous ai dit, un gros-titre trompeur.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec une leçon sur l’importance de l’orthographe.