J’imagine que s’il y a un film que tout le monde aime, ça doit certainement être Batman. Le vrai, de 1989 et signé Tim Burton, avec Jack Nicholson dans le rôle du meilleur Joker de tous les temps. (Le début du Chevalier noir est certainement à la hauteur, mais après, c’est de l’horreur.) Et si vous vous souvenez de l’histoire, comme dans plusieurs versions, tout commence quand le criminel qui deviendra le Joker tombe dans une cuve d’acide dans l’usine chimique Axis Chemicals (parfois Ace, c’est-à-dire As — hyper-subtil, ça).
Mais j’ai récemment eu une sacrée claque sur la tête en lisant la page Wikipédia de mon coup de cœur du mois, Anne-Sophie Lapix. En France, le Joker est une femme ?
À la rentrée de septembre 2006, Anne-Sophie Lapix devient le joker de Claire Chazal à la présentation des journaux télévisés du week-end de TF1 (succédant à Laurence Ferrari).
Anne-Sophie Lapix, Wikipédia
À moins que Claire Chazal, inconnue pour moi, soit Batman, ou plus probablement, Batwoman, il ne s’agit pas d’un méchant des bandes-dessinées. Alors je devais en savoir plus sur quel est ce joker. Mais cette tâche m’a mené quelque part d’inattendu !
Mon dictionnaire Oxford donne 4 sensen allant du français à l’anglais :

D’abord, il y a la carte dans un jeu de cartes, d’où le méchant de Batman tire son nom. Puis, il y a ce que l’on dit en anglais une « trump card », l’expression habituellement utilisée pour traduire les atouts du tarot et de la belote. Troisièmement, il y a un sens tout inconnu pour moi pour ce mot en anglais, un remplaçant qui peut jouer n’importe où dans un sport d’équipe. En anglais américain, on dirait plutôt « utility player », un joueur polyvalent, pour ça. Peut-être que vous l’avez emprunté aux britanniques dans ce sens ; je ne sais pas. Dernièrement, il y a un sens informatique, pour un caractère qui veut être utilisé pour signifier n’importe quel caractère. À moins que vous aviez l’habitude d’utiliser l’interface de ligne de commande sur votre ordinateur, il est peu probable que vous le connaissiez. J’explique.
Si on veut savoir quels sont les fichiers dans un dossier dans un système UNIX ou Linux, on tape « ls ». Si on veut savoir uniquement quels sont les fichiers JPEG, et s’en fiche des noms, on tape « ls *.jpg » ; l’astérisque veut dire « n’importe quel nom », alors que le « .jpg » limite les résultats. L’astérisque est donc le joker selon cet usage — mais à noter, le mot joker n’apparaît pas dans la liste de commandes UNIX sur Wikipédia, même pas sur la page pour ls. Je ne suis donc pas sûr à quel point cet usage est courant.
Il me semble le plus probable que joker dans le sens utilisé pour Mme Lapix vienne du sens sportif. À noter aussi, Le Trésor de la langue française ne connaît pas cet usage — il y a un sens unique là, celui de la carte. Mais en inversant la recherche, venant de l’anglais au français, j’ai reçu une sacrée surprise !

Les trois premiers sens sont comme attendus : un farceur, un type, et la carte. Puis, il y a « clause ambiguë d’une loi ». Attendez, quoi ? On veut me dire que nous disons ça en anglais ? J’ai dû le vérifier dans un dictionnaire anglais !
Et voilà, dans le dictionnaire Collins, sous la liste de sens britanniques, les trois premières significations sont exactement celles du dictionnaire bilingue Oxford :

Mais la dernière dit « principalement États-Unis », et c’est exactement cette idée d’une clause ambiguë dans une loi. Mon père est avocat, je m’intéresse à ce sujet depuis longtemps et peux citer des centaines de décisions légales inconnues à l’Américain lambda, et pourtant, je n’ai jamais entendu cet usage de joker. Je suis donc parti à la recherche d’un mot inconnu en français pour finir par découvrir que je ne parle pas l’anglais américain.
Awww, vous êtes de si grands flatteurs. Je n’ai jamais osé espérer recevoir un tel compliment !
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour aller là-haut.













