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Dimanche avec Philippe-Égalité

On reprend pour la dernière fois « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 92 pages. Ayant terminé le tome précédent le 27 janvier (c’était exceptionnellement un mardi à cause d’autres choses), il m’a fallu 7 mois pour ce tome. C’est moins grave que je le croyais, mais je sais que pour beaucoup de monde, on dirait plutôt une décennie.

Proust présente les Guermantes comme descendants de Jean Poton de Saintrailles, compagnon d’armes de Jeanne d’Arc :

Et comme Saintrailles, ce compagnon de Jeanne d’Arc, avait en épousant une Guermantes fait entrer dans cette famille le comté de Combray…

Mais selon Wikipédia :

Il meurt au château Trompette Bordeaux le 7 octobre 1461, sans postérité.

Jean Poton de Xaintrailles

Ne connaissant pas bien les fables de La Fontaine, cette pépite était choquante une fois expliquée :

celui-ci avait refusé en faisant mettre sur l’enveloppe : « M. de ***, meunier », à quoi le grand-père avait répondu : « Je suis d’autant plus désolé que vous n’ayez pas pu venir, mon cher ami… il n’y aurait eu au repas que le meunier, son fils et vous. »

Le narrateur dit que c’est un mensonge par une ambassadrice turque. Cette même ambassadrice prévient le narrateur de se méfier du duc de Guermantes :

« Vous avez l’air d’être très bien dans les papiers du duc de Guermantes, prenez garde », et comme je demandais l’explication : « Je veux dire, vous comprendrez à demi-mot, que c’est un homme à qui on pourrait confier sans danger sa fille, mais non son fils. »

Lui qui change de maîtresse tous les six mois ! J’en doute. Elle dit en plus que :

Son frère Mémé… a un vrai chagrin des mœurs du duc.

Attendons le 4e tome pour ça ! Plus sérieusement, tout ce parler d’ancêtres et d’homosexualité est pour un aparté qui prendra un aspect plus sérieux plus tard :

Un jour prochain le voyageur qui, au fond de la Bourgogne, s’arrêtera dans le petit village de Charlus pour visiter son église… ignorera que ce nom de Charlus fut celui d’un homme qui allait de pair avec les plus grands.

Je me demande si Proust connaissait bien Shelley.

Le narrateur arrive enfin à quitter le dîner des deux-cents dernières pages, en faisant un faux pas — mais la Princesse de Parme le sauve :

Dans le vestibule où je demandai à un valet de pied mes snow-boots… ne me rendant pas compte que c’était peu élégant, j’éprouvai, du sourire dédaigneux de tous… je vis que Mme de Parme n’était pas partie et me voyait chaussant mes caoutchoucs américains. La princesse revint vers moi. « Oh ! quelle bonne idée, s’écria-t-elle, comme c’est pratique ! voilà un homme intelligent. »… les invités s’empressaient autour de moi pour s’enquérir où j’avais pu trouver ces merveilles.

En quoi sont les aristocrates différents des lycéens populaires ? Rien.

Le narrateur part chez M. de Charlus. Il est très tard quand il voit enfin le baron, qui est mécontent :

« Monsieur, me dit-il… l’entretien que j’ai condescendu à vous accorder, à la prière d’une personne qui désire que je ne la nomme pas, marquera pour nos relations le point final. Je ne vous cacherai pas que j’avais espéré mieux… »

Parmi d’autres choses, il est en colère que le narrateur ne reconnaît pas de messages codés :

Pareillement, vous n’avez même pas reconnu dans la reliure du livre de Bergotte le linteau de myosotis de l’église de Balbec. Y avait-il une manière plus limpide de vous dire : « Ne m’oubliez pas ! »

De Charlus sait faire des crises comme seulement une autre personne de ma connaissance :

— Non, que vous ayez dit que vous me connaissiez quand c’était vrai — car maintenant cela va cesser de l’être — je ne puis trouver cela que naturel et je le tiens pour un hommage, c’est-à-dire pour agréable…

— Monsieur, je vous jure que je n’ai rien dit qui pût vous offenser.

— Et qui vous dit que j’en suis offensé ? s’écria-t-il avec fureur en se redressant violemment sur la chaise longue… Vous ne savez donc pas à qui vous parlez ? Croyez-vous que la salive envenimée de cinq cents petits bonshommes de vos amis, juchés les uns sur les autres, arriverait à baver seulement jusqu’à mes augustes orteils ?

Le narrateur en a assez :

je me précipitai sur le chapeau haut de forme neuf du baron, je le jetai par terre, je le piétinai

Mais c’est un peu de théâtre de la part du baron :

Si la sympathie de M. de Charlus n’avait pas été détruite, il n’aurait pourtant pas pu agir autrement, puisque, tout en me disant que nous étions brouillés, il me faisait rester, boire, me demandait de coucher et allait me faire reconduire.

De Charlus accompagne le narrateur dans la voiture à sa maison en ajoutant :

Un autre vous offrira peut-être un jour sa sympathie comme j’ai fait. Que l’exemple actuel vous serve d’enseignement. 

Je suis ravi de me débrouiller sans.

Dans des réflexions sur la variété de personnalités qu’il vient de rencontrer chez les Guermantes, il laisse tomber :

Les formes d’esprit sont si variées, si opposées, non seulement dans la littérature, mais dans le monde, qu’il n’y a pas que Baudelaire et Mérimée qui ont le droit de se mépriser réciproquement.

De Charlus avait menacé que sans son aide, le narrateur ne se fasse jamais invité chez la princesse de Guermantes (cousine de la duchesse). Mais le narrateur reçoit une invitation, ce qu’il croit une farce. Le jour de cette soirée, il passe par chez le duc et duchesse, où le duc se plaint d’un visiteur dont on n’a pas entendu le nom depuis longtemps :

En revanche, il a suffi que les recherches de Swann sur les Templiers (car c’est inouï la rage des gens d’une religion à étudier celle des autres) l’aient conduit à l’Histoire des Chevaliers de Rhodes, héritiers des Templiers, pour qu’aussitôt Oriane veuille voir les têtes de ces chevaliers. 

Le duc a hâte d’assister à la soirée, et quand d’autres cousines essayent de le reprocher car ils ont tous un cousin gravement malade, il les renvoie :

Aussi, bien que descendues des hauteurs de l’hôtel de Bréquigny pour voir la duchesse… ne restèrent-elles pas longtemps, et, munies de leur bâton d’alpiniste, Walpurge et Dorothée (tels étaient les prénoms des deux sœurs) reprirent la route escarpée de leur faîte. 

Swann arrive et parle au narrateur de l’affaire Dreyfus, ce qui mène à :

— Pour le prince de Guermantes, dis-je, il est vrai, on m’avait dit qu’il était antisémite.

— Oh ! celui-là, je n’en parle même pas. C’est au point que, quand il était officier, ayant une rage de dents épouvantable, il a préféré rester à souffrir plutôt que de consulter le seul dentiste de la région, qui était juif, et que plus tard il a laissé brûler une aile de son château, où le feu avait pris, parce qu’il aurait fallu demander des pompes au château voisin qui est aux Rothschild.

Il s’avère que Swann n’a pas été invité à la soirée. Le duc et duchesse commencent à se disputer sur le caractère du prince devant lui. Certaines choses ne sont jamais oubliées :

Mme de Guermantes… a cru devoir aller mettre une carte dans la semaine à l’Élysée. Gilbert a peut-être été un peu loin en voyant là comme une tache sur notre nom. Mais il ne faut pas oublier que… M. Carnot… était le petit-fils d’un membre du tribunal révolutionnaire qui a fait périr en un jour onze des nôtres. »

— Alors, Basin, pourquoi alliez-vous dîner toutes les semaines à Chantilly ? Le duc d’Aumale n’était pas moins petit-fils d’un membre du tribunal révolutionnaire, avec cette différence que Carnot était un brave homme et Philippe-Égalité une affreuse canaille.

Vu le contexte des pages précédentes, je dois imaginer que Philippe-Guillotiné était évoqué comme rappel que l’on peut changer de nom, mais ça ne va pas le sauver de ce que l’on est.

Vous souvenez-vous de Poullein, le domestique qu’Oriane avait empêché de voir sa fiancée ?

Il allait enfin pouvoir passer de longues heures avec sa promise qu’il ne pouvait quasiment plus voir, depuis qu’à la suite d’une nouvelle scène avec le concierge, la duchesse lui avait gentiment expliqué qu’il valait mieux ne plus sortir pour éviter de nouveaux conflits. Il nageait, à la pensée d’avoir enfin sa soirée libre, dans un bonheur que la duchesse remarqua et comprit. Elle éprouva comme un serrement de cœur et une démangeaison de tous les membres à la vue de ce bonheur qu’on prenait à son insu, en se cachant d’elle, duquel elle était irritée et jalouse. « Non, Basin, qu’il reste ici, qu’il ne bouge pas de la maison, au contraire. »

Les 30 dernières pages sont un tourbillon pour attacher tous ces fils. Les Guermantes ne veulent rien entendre qui les détourneront de la fête. Pourtant :

— Ce sont les médecins qui ont dit qu’il ne passerait pas la soirée. 

— Taisez-vous, espèce d’idiot, cria le duc au comble de la colère.

Et la nouvelle la plus choquante :

— Oui, mon petit Charles, je trouve que vous n’avez pas bonne mine du tout…

— Mais, ma chère amie, c’est que je serai mort depuis plusieurs mois. D’après les médecins que j’ai consultés, à la fin de l’année le mal que j’ai… ne me laissera pas en tous les cas plus de trois ou quatre mois à vivre, et encore c’est un grand maximum, répondit Swann en souriant…

Oriane ne sait plus quoi faire :

Placée pour la première fois de sa vie entre deux devoirs aussi différents que monter dans sa voiture pour aller dîner en ville, et témoigner de la pitié à un homme qui va mourir, elle ne voyait rien dans le code des convenances qui lui indiquât la jurisprudence à suivre…

Sur quoi finit ce tome ? Quel est son choix ? Vous le savez déjà. Le dernier mot est au duc :

— Et puis vous, ne vous laissez pas frapper par ces bêtises des médecins, que diable ! Ce sont des ânes. Vous vous portez comme le Pont-Neuf. Vous nous enterrerez tous !

Avez-vous compris ces 7 derniers mois ? Ces bonhommes, ces monstres de la société, ces piliers du Faubourg Saint-Germain… ne sont en rien de meilleurs gens que vous. Que moi, oui, absolument. Mais vous n’avez absolument aucune raison de les envier.

Dimanche avec Orangina

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 40 pages. Il nous en reste 90, et on finira dimanche prochain.

Vous souvenez-vous que le narrateur avait voulu voir des tableaux d’Elstir chez les Guermantes ? Naturellement, ça veut dire que les deux méprisent le peintre, malgré avoir acheté plusieurs de ses tableaux. M. le duc :

Swann avait le toupet de vouloir nous faire acheter une Botte d’Asperges… Mais moi je me suis refusé à avaler les asperges de M. Elstir. Il en demandait trois cents francs. Trois cents francs une botte d’asperges ! 

Et Mme la duchesse :

— Est-ce qu’il n’avait pas commencé un portrait de vous, Oriane ? demanda la princesse de Parme. 

— Si, en rouge écrevisse, répondit Mme de Guermantes, mais ce n’est pas cela qui fera passer son nom à la postérité. C’est une horreur, Basin voulait le détruire…

— Il me voit probablement comme je me vois, c’est-à-dire dépourvue d’agrément, dit Mme de Guermantes…

Qui suis-je pour dire le contraire ?

Mais c’est, selon le narrateur, son esprit et ses choix de mots à la base de son obsession :

Là encore l’esprit de Mme de Guermantes me plaisait justement par ce qu’il excluait (et qui composait précisément la matière de ma propre pensée) et tout ce qu’à cause de cela même il avait pu conserver, cette séduisante vigueur des corps souples qu’aucune épuisante réflexion, nul souci moral ou trouble nerveux n’ont altérée. Son esprit d’une formation si antérieure au mien, était pour moi l’équivalent de ce que m’avait offert la démarche des jeunes filles de la petite bande au bord de la mer.

Ô, Marcel. C’est beaucoup de mots pour dire « Elle est folle, mais pas comme moi » (veuillez consulter la blague de 23/3/26).

Un aparté sur M. Breauté mérite d’être cité :

Sa haine des snobs découlait de son snobisme, mais faisait croire aux naïfs, c’est-à-dire à tout le monde, qu’il en était exempt.

Puis la conversation tourne vers Bloch :

Mme de Villeparisis avait présenté Bloch à Mme Alphonse de Rothschild, mais mon camarade n’avait pas entendu le nom et, croyant avoir affaire à une vieille Anglaise un peu folle, n’avait répondu que par monosyllabes aux prolixes paroles de l’ancienne Beauté quand Mme de Villeparisis, la présentant à quelqu’un d’autre, avait prononcé, très distinctement cette fois : « la baronne Alphonse de Rothschild »… il avait eu comme un coup au cœur, un transport au cerveau et s’était écrié en présence de l’aimable vieille dame : « Si j’avais su ! » exclamation dont la stupidité l’avait empêché de dormir pendant huit jours.

Il n’y a vraiment pas un centime de différence entre l’arriviste Bloch et les Guermantes, juste une question des idées des autres.

Veuillez vous souvenir de ceci pour le prochain tome :

Remarquez que ce sont quelquefois les plus sincères, il y a en somme plus d’amants que de maris inconsolables. »

— Pourtant, Oriane, regardez justement votre beau-frère Palamède dont vous êtes en train de parler ; il n’y a pas de maîtresse qui puisse rêver d’être pleurée comme l’a été cette pauvre Mme de Charlus.

de Charlus s’était marié à une femme, J’omets les détails, mais il la visitait tous les jours au cimetière. Un indice du futur par la duchesse :

«…il est délicieux, il a une délicatesse, un cœur comme les hommes n’en ont pas généralement. C’est un cœur de femme, Mémé ! »

Il s’avère que les Guermantes ont inventé Orangina (ce que Proust n’a jamais connu) :

On n’avait jamais connu, des Guermantes, dans ces après-dîners au jardin, que l’orangeade… ce jus de fruit n’est jamais en assez grande quantité pour qu’il désaltère. Rien ne lasse moins que cette transposition en saveur, de la couleur d’un fruit, lequel cuit semble rétrograder vers la saison des fleurs.

L’histoire réunionnaise de mon livre fait une apparition :

Aussi ne pouvait-on jamais avoir de fruits jusqu’au jour où un jeune nègre natif de la Réunion et nommé Albins, ce qui, entre parenthèses, est assez comique pour un noir puisque cela veut dire blanc, eut l’idée, à l’aide d’une petite pointe, de mettre en rapport les organes séparés.

C’était Albius.

Un peu plus tard, on entend peut-être la vraie leçon de ce tome :

Après avoir gravi les hauteurs inaccessibles du nom de Guermantes, en descendant le versant interne de la vie de la duchesse, j’éprouvais à y trouver les noms, familiers ailleurs, de Victor Hugo, de Frans Hals et, hélas, de Vibert, le même étonnement qu’un voyageur, après avoir tenu compte, pour imaginer la singularité des mœurs dans un vallon sauvage de l’Amérique Centrale ou de l’Afrique du Nord… éprouve à découvrir… des habitants qui… sont en train de lire Mérope ou Alzire.

C’est-à-dire, malgré les titres et la richesse, ces gens ne sont pas si différents de vous et moi après tout. (Sauf que je n’ai pas lu ces œuvres de Voltaire.)

Dimanche avec Poullein

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois j’ai avancé de 40 pages. Il nous reste 130 dans ce tome, et je vais le finir avant septembre à tout prix. C’est plus long que les deux précédents, mais j’en ai assez des Guermantes, même s’ils sont moins insupportables que les Verdurin !

Vous vous demandez pourquoi cette tâche passe si lentement ? Parce qu’il faut souvent déchiffrer des pages comme ça :

Quant aux actions mondaines, c’était encore un autre plaisir arbitrairement théâtral que Mme de Guermantes éprouvait à émettre sur elles de ces jugements imprévus qui fouettaient de surprises incessantes et délicieuses la princesse de Parme. Mais ce plaisir de la duchesse, ce fut moins à l’aide de la critique littéraire que d’après la vie politique et la chronique parlementaire…

(200 mots de rien)

…On sait que quand un ministre explique à la Chambre qu’il a cru bien faire en suivant une ligne de conduite qui semble en effet toute simple à l’homme de bon sens… ce lecteur de bon sens se sent pourtant remué tout d’un coup, et commence à douter d’avoir eu raison d’approuver le ministre, en voyant que le discours de celui-ci a été écouté au milieu d’une vive agitation et ponctué par des expressions de blâme telles que : « C’est très grave », prononcées par un député dont le nom et les titres sont si longs et suivis de mouvements si accentués que, dans l’interruption tout entière, les mots « c’est très grave ! » tiennent moins de place qu’un hémistiche dans un alexandrin. 

Il suit des exemples d’un tel texte, dignes du Journal officiel de la République. Si seulement Proust avait vu ce site, le docteur Cottard l’aurait ordonné pour la grand-mère du narrateur, pour l’aider à dormir !

Incroyablement, il y a une raison pour ça — c’est pour avoir une métaphore pour madame :

Pour en revenir à ces décisions artificielles et émouvantes comme celles des politiciens, Mme de Guermantes ne déconcertait pas moins les Guermantes, les Courvoisier, tout le faubourg et plus que personne la princesse de Parme, par des décrets inattendus sous lesquels on sentait des principes qui frappaient d’autant plus qu’on s’en était moins avisé.

C’est pour établir que comme certains qui vivent pour surprendre (toux, mon frère, toux toux):

Et de la « dernière d’Oriane », comme du dernier « mot » d’Oriane, on répétait : « C’est bien d’Oriane » ; « c’est de l’Oriane tout pur. »

Proust fait une digression pour se vanter d’avoir visité le Louvre :

le duc avait le goût des femmes grandes, à la fois majestueuses et désinvoltes, d’un genre intermédiaire entre la Vénus de Milo et la Victoire de Samothrace

On dirait que le duc avait le goût des femmes dépourvues de bras, à juger par ces éléments !

Pourquoi est-ce que l’on apprend ça ? Car Mme de Guermantes a l’habitude d’inviter les anciennes amantes du duc à ses salons ! (Raison pour laquelle il fallait savoir qu’elle ne faisait pas comme le reste du monde, je suppose.)

Il s’avère que j’ai lu ces trois tomes juste pour cette phrase :

cet Hercule en « smoking » (puisqu’en France on donne à toute chose plus ou moins britannique le nom qu’elle ne porte pas en Angleterre)

HAHAHAHAHAHAHAHA !

Au cas où vous commenceriez à éprouver de la sympathie envers la duchesse, elle est aussi cruelle que son mari :

— Poullein, dit-elle, vous irez chercher les faisans de M. le comte et vous les rapporterez de suite…

Poullein était devenu blanc ; son rendez-vous avec sa fiancée était manqué. Cela suffisait pour la distraction de la duchesse qui tenait à ce que tout gardât un air humain.

— Je sais que c’est votre jour de sortie, dit-elle à Poullein, vous n’aurez qu’à changer avec Georges…

Mais le lendemain la fiancée de Poullein ne serait pas libre. Il lui était bien égal de sortir. Dès que Poullein eut quitté la pièce, chacun complimenta la duchesse de sa bonté avec ses gens.

On passe à une conversation où Mme de Guermantes méprise sa cousine Mme d’Heudicourt :

c’est un cas pour un médecin, cela a quelque chose de pathologique, c’est une espèce d’« innocente », de crétine, de « demeurée »

Elle a comme invitée à sa table une Mme d’Arpajon, amante récente de son mari. Après une conversation sur Hugo en tant que poète, elle en parle à la princesse de Parme :

— Mais… pardon de vous dire cela à vous… cependant elle l’aime vraiment !

— Mais pas du tout, elle en est incapable, elle croit qu’elle l’aime comme elle croit en ce moment qu’elle cite du Victor Hugo parce qu’elle dit un vers de Musset. 

Je ne sais pas vous, mais Mme de Guermantes a un mot critique à dire sur tout le monde derrière son dos, et je trouve ça loin d’être admirable.

Dimanche avec Tarquin

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 22 pages.

On continue avec toutes ces digressions sur le caractère de la famille Guermantes avec peut-être la phrase la plus Justin jamais écrit par un autre :

L’esprit des Guermantes — entité aussi inexistante que la quadrature du cercle, selon la duchesse, qui se jugeait la seule Guermantes à le posséder — était une réputation comme les rillettes de Tours ou les biscuits de Reims. 

Au fait, la traduction rend « rillettes » comme « porc ». Pas trop connues chez les anglophones.

Vraiment, ça fait une trentaine de pages sur ce que l’on peut résumer dans juste cette phrase :

ce que la duchesse de Guermantes plaçait au-dessus de tout, ce n’était pas l’intelligence, c’était, selon elle, cette forme supérieure, plus exquise, de l’intelligence élevée jusqu’à une variété verbale de talent — l’esprit.

Les Guermantes ne sont vraiment pas intéressants que tout ça, et Proust trouve un moyen après un autre pour répéter ce thème. Sérieusement, si dois souffrir de cette bêtise répétitive, qui ne fait que le tiers d’une phrase, vous aussi :

Or, ces Guermantes-là (sans même aller jusqu’à ceux tout à fait remarquables qui, lorsque la duchesse imitait le duc de Limoges, disaient avec admiration : « Ah ! on peut dire que vous le tenez » ou « que tu le tiens ») avaient beau ne pas avoir d’esprit, selon Mme de Guermantes (en quoi elle était dans le vrai)

J’ai l’idée, je promets.

Voici un exemple de cet soi-disant esprit après tout ça :

Aussi en entendant ce mot de taquin appliqué à Charlus parce qu’il donnait un si beau château, Oriane n’a pu s’empêcher de s’écrier, involontairement, je dois le confesser, elle n’y a pas mis de méchanceté, car c’est venu vite comme l’éclair, « Taquin… taquin… Alors c’est Taquin le Superbe ! »

La référence est à Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome avant la République. Puisque ce calembour ne marche pas en anglais, le traducteur l’a remplacé avec « Teaser Augustus », César étant « Caesar » en anglais. La référence est donc à Auguste, 4 siècles plus tard, connu en anglais comme « Caesar Augustus ». Je suis un peu impressionné — la traduction est très loin d’être littérale, la référence est complètement différente, pourtant je suis 100 % d’accord que ça garde l’esprit de ce que Proust voulait dire. On apprend parfois quelque chose en lisant ce roman dans deux langues en même temps.

Tout ça, 6 pages de ce calembour maudit, est là juste pour nous dire que :

D’ailleurs tous les Courvoisier fussent-ils restés que les mots les eussent laissés d’autant plus insensibles que les incidents qui les faisaient généralement naître auraient été considérés par eux d’un point de vue tout à fait différent.

D’accord, les Courvoisier ne trouvent pas leur cousine drôle. J’en ai entendu parler.

On apprend en plus que la duchesse a un loisir énervant quant à la société :

Quand une femme intelligente, instruite, spirituelle, avait épousé un timide butor qu’on voyait rarement et qu’on n’entendait jamais, Mme de Guermantes s’inventait un beau jour une volupté spirituelle non pas seulement en décrivant la femme, mais en « découvrant » le mari. 

Ah super, elle élève les médiocres. Ça parle bien de son jugement. Ou pas.

Enfin, on voit un peu le vrai but — Proust utilise tout ça comme point de départ pour critiquer les critiques littéraires et artistiques de son époque :

Sans doute certains essayistes ont tort de mettre au-dessus des scènes les plus célèbres du Cid ou de Polyeucte telle tirade du Menteur qui donne, comme un plan ancien, des renseignements sur le Paris de l’époque, mais leur prédilection, justifiée sinon par des motifs de beauté, du moins par un intérêt documentaire, est encore trop rationnelle pour la critique folle.

Proust ne saura jamais à quel point il me rappelle l’un de mes parents (pas mon père ou ma mère), qui passe aussi de folles quantités du temps en construisant des châteaux dans les airs juste pour lâcher un tel commentaire.

Mais ça revient enfin à un jugement ironique sur la duchesse :

Les variations de jugement de la duchesse n’épargnaient personne, excepté son mari. Lui seul ne l’avait jamais aimée…

D’autre part M. de Guermantes poursuivant un même type de beauté féminine, mais le cherchant dans des maîtresses souvent renouvelées, n’avait, une fois qu’il les avait quittées, et pour se moquer d’elles, qu’une associée durable, identique, qui l’irritait souvent par son bavardage, mais dont il savait que tout le monde la tenait pour la plus belle, la plus vertueuse, la plus intelligente, la plus instruite de l’aristocratie

HAHAHAHAHAHAHAHA ! Après les deux dernières semaines, surtout les 40 dernières pages, j’apprécie que les deux sont dans leur propre Enfer, l’un face à l’autre, car franchement, les deux le méritent bien. Ni le duc ni la duchesse ne sont à la hauteur des avis des autres, et ça, c’est la réalité brutale derrière tout ce panégyrique.

Dimanche avec Dinand

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 35 pages.

Proust offre des réflexions sur les surnoms, et je dois dire, je comprends. Un ami m’appelle « Juju » parfois et je ne l’aime pas du tout.

On se rendait moins compte des raisons qui faisaient remplacer Élisabeth tantôt par Lili, tantôt par Bebeth… On s’explique que des hommes… eussent adopté « Quiou » pour ne pas perdre, en disant Montesquiou, leur temps. Mais on voit moins ce qu’ils en gagnaient à prénommer un de leurs cousins Dinand au lieu de Ferdinand.

Si seulement Prous connaissait l’histoire derrière Fernandel ! Mais c’est comme ça que le duc présente le narrateur à un autre :

« Comment, vous ne connaissez pas cet excellent Gri-gri », s’écria M. de Guermantes, et il dit mon nom à M. d’Agrigente.

Il suit un long discours sur la politesse chez les aristocrates, où Proust lâche ce commentaire dont je ne sais rien de sa vérité historique :

Louis XIV (auquel les entichés de noblesse de son temps reprochent pourtant son peu de souci de l’étiquette, si bien, dit Saint-Simon, qu’il n’a été qu’un fort petit roi pour le rang en comparaison de Philippe de Valois, Charles V, etc.)

Plus tard je compris que les Guermantes me croyaient en effet d’une race autre, mais qui excitait leur envie, parce que je possédais des mérites que j’ignorais et qu’ils faisaient profession de tenir pour seuls importants. 

Et après un discours sur comment tout ça s’applique chez les Guermantes, on entend :

« Je possédais des mérites que j’ignorais ».

Nous le public aussi, mon gars, nous aussi.

Mais ces louanges deviennent trop affectées pour moi quand il dit :

Les théories de la duchesse de Guermantes… étaient en politique si socialistes qu’on se demandait où dans son hôtel se cachait le génie chargé d’assurer le maintien de la vie aristocratique, et qui… rappelait aux domestiques de cette femme qui ne croyait pas aux titres de lui dire « Madame la duchesse ».

Un siècle avant tout ça, à l’époque de la Révolution, on disait plutôt « Citoyenne » que « Madame la duchesse », non ? Ce génie semble être de la gauche caviar. Proust en dit autant en ajoutant d’un domestique :

Jamais elle n’avait pensé à le prier de lui dire « Madame » tout simplement.

Il suit un autre long récit pour établir les différences entre les Guermantes et les Courvoisier, leurs cousins (dont on n’a jamais entendu parler avant). Les Courvoisier n’estiment pas l’intelligence et soupçonnent les Swann du monde d’arrivisme (correctement). Ils méprisent même les autres nobles, si pas d’assez haut rang :

Dès le moment, par exemple, où la charmante comtesse G… entrait chez les Guermantes, le visage de Mme de Villebon prenait exactement l’expression qu’il eût dû prendre si elle avait eu à réciter le vers :

Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là,

vers qui lui était du reste inconnu. Cette Courvoisier avait avalé presque tous les lundis un éclair chargé de crème à quelques pas de la comtesse G…, mais sans résultat. 

Je ne comprends pas la signification de l’éclair, mais il me semble que ça doit montrer un manque de respect. Mais tout ce dont on a vraiment besoin de savoir chez les Courvoisier, c’est qu’une duchesse de la famille dit d’Oriane de Guermantes

« Il paraît qu’elle récite de l’Aristote (elle voulait dire de l’Aristophane) dans le monde. Je ne tolère pas ça chez moi ! »

Moi non plus, madame.

Je dois dire qu’après ça suit au moins une quinzaine de pages qui parlent des jeux joués entre Mme la duchesse et la princesse de Parme, sur la question de qui inviter chez leurs salons pour leur donner l’idée d’être d’assez bon rang pour s’attendre à une relation plus proche. Je dis « au moins une quinzaine » car j’ai dû absolument quitter ce récit pour mon propre bien-être. C’était ennuyeux à souhaits et si plein d’hypocrisies et de n’importe quoi que je n’en pouvais plus. Les yeux menaçaient de quitter ma tête sans délais. Et on n’a pas encore fini ça !

Dimanche avec le comte de Bréauté

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois j’ai avancé de 35 pages.

En parlant du propriétaire du café où dînent les 4 gigolos, Proust lâche une observation plutôt profonde. Je dois tout citer, car impossible de la couper :

En effet, il avait l’habitude de comparer toujours ce qu’il entendait ou lisait à un certain texte déjà connu et sentait s’éveiller son admiration s’il ne voyait pas de différences. Cet état d’esprit n’est pas négligeable car, appliqué aux conversations politiques, à la lecture des journaux, il forme l’opinion publique, et par là rend possibles les plus grands événements. Beaucoup de patrons de cafés allemands admirant seulement leur consommateur ou leur journal, quand ils disaient que la France, l’Angleterre et la Russie « cherchaient » l’Allemagne, ont rendu possible, au moment d’Agadir, une guerre qui d’ailleurs n’a pas éclaté.

Cet esprit d’agneau, de se conformer aux avis des autres, a certainement fait ses dégâts dans l’Histoire.

Le narrateur entend à une autre table une commande qu’il trouve bizarre. Je trouve sa réaction bizarre :

J’avais entendu au lieu des mots : « Aile de poulet, très bien, un peu de champagne, mais pas trop sec », ceux-ci : « J’aimerais mieux de la glycérine. Oui, chaude, très bien. »… C’était tout simplement un docteur, que je connaissais, à qui un client, profitant du brouillard pour le chambrer dans ce café, demandait une consultation. Les médecins comme les boursiers disent « je ».

C’est quoi le problème de dire « je » ?

Il y a un échange amusant avec le propriétaire, un homme plutôt oléagineux :

je demandai au patron du restaurant de me faire donner du pain. « Tout de suite, monsieur le baron. — Je ne suis pas baron, lui répondis-je. — Oh ! pardon, monsieur le comte ! » Je n’eus pas le temps de faire entendre une seconde protestation, après laquelle je fusse sûrement devenu « monsieur le marquis »

Je fréquente les mauvais restos.

Vous souvenez-vous de l’offre bizarre de M. de Charlus ? Où il voulait contrôler absolument la vie sociale du narrateur ? Ça revient pour la première fois :

— Dis-moi pendant que j’y pense, me dit Robert, mon oncle Charlus a quelque chose à te dire. Je lui ai promis que je t’enverrais chez lui demain soir.

— Justement j’allais te parler de lui. Mais demain soir je dîne chez ta tante Guermantes.

— Oui, il y a un gueuleton à tout casser, demain, chez Oriane. Je ne suis pas convié. Mais mon oncle Palamède voudrait que tu n’y ailles pas.

Puis Saint-Loup offre des mots à regretter :

— Tu ne crois pas que les Allemands puissent aller jusqu’à la guerre à propos de cela ?

— Non, cela les ennuie, et au fond c’est très juste. Mais l’empereur est pacifique.

HAHAHAHAHAHA !

La fête chez les Guermantes arrive et M. le duc est là ; il semblerait donc que le parler d’un divorce était faux. (Encore une fois, Proust défait en une phrase ce qu’il avait construit au fil d’une douzaine de pages. C’est moins drôle qu’il ne le pense dans un si long roman.)

Le narrateur demande de voir enfin ces fameux tableaux d’Elstir qui nous ont tant embêtés à travers deux tomes :

Seulement une fois en tête à tête avec les Elstir, j’oubliai tout à fait l’heure du dîner ; de nouveau comme à Balbec j’avais devant moi les fragments de ce monde aux couleurs inconnues qui n’était que la projection, la manière de voir particulière à ce grand peintre et que ne traduisaient nullement ses paroles.

Il regarde les tableaux plus longtemps qu’il ne le pense :

Je sus, en effet, plus tard, qu’on m’avait attendu près de trois quarts d’heure.

Insupportable, le manque d’attention de sa part.

Je m’inquiète parfois que j’ai des choses en commun avec le narrateur. Voici la pire :

Tout d’abord, d’ailleurs, se produisit un double petit imbroglio… M. de Guermantes… m’avait mené, comme pour faire une bonne surprise à cette personne à laquelle il semblait dire : « Voici votre ami, vous voyez je vous l’amène par la peau du cou », vers une dame assez petite… cette dame n’avait cessé de m’adresser avec… les mille sourires entendus que nous adressons à une vieille connaissance qui peut-être ne nous reconnaît pas. Comme c’était justement mon cas et que je ne parvenais pas à me rappeler qui elle était, je détournais la tête…

Il s’avère être la princesse de Parme, qu’il n’a jamais rencontré. Pourtant, il ne sait pas quoi faire quand il lui semble qu’il devrait reconnaître la personne en question. Je compatis.

Le dernier invité duquel on parlera est le comte Hannibal de Bréauté-Consalvi. Il est bien agité de voir le narrateur, ce qui semble montrer son bon jugement, mais pour les mauvaises raisons :

M. de Bréauté se demandant qui je pouvais bien être sentait un champ très vaste ouvert à ses investigations. Un instant le nom de M. Widor passa devant son esprit ; mais il jugea que j’étais bien jeune pour être organiste, et M. Widor trop peu marquant pour être « reçu ». Il lui parut plus vraisemblable de voir tout simplement en moi le nouvel attaché de la légation de Suède duquel on lui avait parlé ; et il se préparait à me demander des nouvelles du roi Oscar…

L’arrivisme ne connaît vraiment pas de classe sociale !

Dimanche avec le prince de Foix

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 40 pages.

Après avoir refusé plusieurs invitations de Mme de Guermantes, le narrateur accepte d’aller chez elle une fois qu’elle propose une soirée où il pourra rencontrer plus de comtes et de princesses. Pourtant il se dit :

L’amitié que me témoignaient « la tante Villeparisis » et Robert avait peut-être fait de moi pour Mme de Guermantes et ses amis, vivant toujours sur eux-mêmes et dans une même coterie, l’objet d’une attention curieuse que je ne soupçonnais pas.

Il se flatte comme seulement une autre personne que j’aie jamais connue.

Puisqu’il veut montrer que lui aussi, il peut laisser tomber des noms dans une conversation, il lui dit :

je connaissais aussi M. de Charlus, lequel « avait été très bon pour moi à Balbec et à Paris ».

Ça étonne madame, qui explique :

Avouez qu’il est drôle ! et, ce qui n’est pas très gentil de ma part à dire d’un beau-frère que j’adore et dont j’admire la rare valeur, par moments un peu fou.

Avec ça, Mme de Guermantes quitte la soirée et le narrateur réfléchit :

N’y avait-il pas eu un moment où je ne reprenais vie et force que si j’avais, échafaudant toujours de nouveaux projets, cherché quelqu’un qui me ferait recevoir par elle et, après ce premier bonheur, en procurerait bien d’autres à mon cœur de plus en plus exigeant ?

Avec ça, on atteint la fin de la deuxième partie selon l’édition originale de Gallimard, et commence la troisième et dernière partie. Naturellement, il revient immédiatement sur le sujet de Mme de Stermaria :

Les jours qui précédèrent mon dîner avec Mme de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. 

Moi aussi, je trouve l’attente insupportable. Ça fait plus de 800 pages depuis le moment où on a entendu parler de Mme S., et toujours pas un mot de sa part ! Le narrateur se met à la tâche de gâcher le Bois de Boulogne pour moi :

Posséder Mme de Stermaria dans l’île du Bois de Boulogne où je l’avais invitée à dîner, tel était le plaisir que j’imaginais à toute minute…l’île du Bois m’avait semblé faite pour le plaisir parce que je m’étais trouvé aller y goûter la tristesse de n’en avoir aucun à y abriter.

On saute 8 pages juste pour mentionner que ce cochon pense à inviter Albertine pour un rendez-vous après le rendez-vous, mais décide de ne pas le faire car :

Mme de Stermaria se donnerait dès le premier soir, je n’aurais donc pas besoin de convoquer Albertine chez moi, comme pis aller, pour la fin de la soirée. 

Mais il convoque Albertine pour aller avec lui avant le rendez-vous, pour choisir le menu ! Je ne plaisante même pas un peu.

Cependant, après tout ça, quand il envoie une voiture pour la retrouver, le chauffeur revient avec cette note :

« Je suis désolée, un contretemps m’empêche de dîner ce soir avec vous à l’île du Bois. Je m’en faisais une fête. Je vous écrirai plus longuement de Stermaria. Regrets. Amitiés. »

HAHAHAHAHAHAHA !

Comme un autre con de ma connaissance, le narrateur se pense :

Elle me dit qu’elle ne peut dîner avec moi à l’île du Bois. On pourrait en conclure qu’elle pourrait dîner avec moi ailleurs. Je n’aurai pas l’indiscrétion d’aller la chercher, mais enfin cela pourrait se comprendre ainsi.

Ne retenez pas le souffle, mon gars. Et peu après, il s’avère que j’ai raison :

Plus tard, j’appris un absurde mariage d’amour qu’elle fit avec un jeune homme qu’elle devait déjà voir à ce moment-là et qui lui avait fait sans doute oublier mon invitation. 

Mais quelle surprise, qui frappe à la porte juste au moment de cette déception ? Saint-Loup, son auteur (avec sa lettre farfelue). Ce même Saint-Loup, après un moment, annonce qu’il a mis sa graine de sel là où aurait dû se taire :

« Tu sais, j’ai raconté à Bloch, me dit Saint-Loup, que tu ne l’aimais pas du tout tant que ça, que tu lui trouvais des vulgarités. Voilà comme je suis, j’aime les situations tranchées », conclut-il d’un air satisfait et sur un ton qui n’admettait pas de réplique. J’étais stupéfait. Non seulement j’avais la confiance la plus absolue en Saint-Loup, en la loyauté de son amitié, et il l’avait trahie par ce qu’il avait dit à Bloch…

Je vous épargnerai les détails de leur dîner dans un café avec une foule de nobles qui font semblant d’avoir de l’argent. Mais là, il y a un certain prince de Foix, et on apprend que lui et Saint-Loup :

Mais le prince de Foix…appartenait non seulement à cette coterie élégante d’une quinzaine de jeunes gens, mais à un groupe plus fermé et inséparable de quatre, dont faisait partie Saint-Loup. On ne les invitait jamais l’un sans l’autre, on les appelait les quatre gigolos…

J’ai dû vérifier mon dictionnaire Oxford pour être sûr, mais c’est loin d’un compliment chez moi, ce surnom. C’est un curieux choix d’ami, Saint-Loup. Je ne suis pas sûr qu’il soit le chic type dont on a entendu parler au moment de sa présentation. Mais ils nous reste un peu plus de 3 tomes pour en savoir plus !

Dimanche avec un poisson

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, je n’ai avancé que de 17 pages.

Où nous avions arrêté la dernière fois, notre héros était sur le point d’embrasser Albertine, puis s’est arrêté pour demander un « bon pour un baiser » plus tard. Et on dit que moi, je raconte des salades. Il réfléchit :

je n’avais pas songé que l’homme, créature évidemment moins rudimentaire que l’oursin ou même la baleine, manque cependant encore d’un certain nombre d’organes essentiels, et notamment n’en possède aucun qui serve au baiser. À cet organe absent il supplée par les lèvres

Je ne sais même pas où commencer avec lui. On n’a rien de bon à utiliser pour manger, alors on utilise plutôt la bouche, c’est ça ? Mais après deux pages de telles réflexions, il remarque :

tout d’un coup, mes yeux cessèrent de voir, à son tour mon nez s’écrasant ne perçut plus aucune odeur, et sans connaître pour cela davantage le goût du rose désiré, j’appris à ces détestables signes, qu’enfin j’étais en train d’embrasser la joue d’Albertine.

La pauvre.

Albertine était censée partir pour dîner avec une autre personne après cette visite, mais au lieu de ça, elle reste parce que :

Elle semblait gênée de se lever tout de suite après ce qu’elle venait de faire, gênée par bienséance

Le narrateur fait une comparaison entre elle et Françoise à cet égard, et laisse tomber cette pépite :

De Françoise, qui devait pourtant bientôt devenir sa mortelle ennemie…

Je suis certain qu’en fait, Françoise essaiera de sauver Albertine d’elle-même en lui disant de garder sa distance de ce type.

Naturellement, quand elle part enfin, le chien nous révèle que ses pensées sont déjà ailleurs :

— Puisque vous m’y autorisez, quand je pourrai je vous ferai chercher.

Je n’osai lui dire que je voulais tout subordonner à la possibilité de voir Mme de Stermaria…

Françoise m’apporta une lettre qui me remplit de joie, car elle était de Mme de Stermaria, laquelle acceptait à dîner.

Pour ceux qui comprennent l’anglais, il me faut recommander ce clip du Muppet Show, « Quand je ne suis pas près du poisson que j’aime, j’aime le poisson près duquel je suis. »

Ça dit, le narrateur, lui aussi, était censé être ailleurs, chez Mme de Villeparisis. Il y arrive juste à temps pour entendre des ragots à propos du duc et de la duchesse de Guermantes : qu’ils se sont séparés. Il pense aux mots de sa mère :

« Ne continue pas tes sorties pour rencontrer Mme de Guermantes, tu es la fable de la maison. D’ailleurs, vois comme ta grand’mère est souffrante, tu as vraiment des choses plus sérieuses à faire que de te poster sur le chemin d’une femme qui se moque de toi »

La sagesse est à portée.

Il s’avère qu’il avait abandonné ses balades matinales à cause de ça, mais vient de les reprendre, ce qui l’amène à une découverte :

Ce qui me faisait de la peine c’était d’apprendre que presque toutes les maisons étaient habitées par des gens malheureux. Ici la femme pleurait sans cesse parce que son mari la trompait. Là c’était l’inverse. 

Il nous dit ça parce qu’avec la nouvelle de la séparation des Guermantes, il ajoute :

Mais je n’avais pas songé que ma guérison, en me donnant à l’égard de Mme de Guermantes une attitude normale, accomplirait parallèlement la même œuvre en ce qui la concernait et rendrait possible une amabilité, une amitié qui ne m’importaient plus.

Pourtant, comme une dame de ma connaissance qui en se rompant avec son mari a fini par chercher un autre homme avec 10 ans de moins, Mme de Guermantes a tout à coup d’autres idées :

Mme de Guermantes m’aperçut sur ma bergère, véritable indifférent qui ne cherchais qu’à être aimable…

— Non, ne vous dérangez pas, vous permettez que je m’asseye un instant à côté de vous ? me dit-elle…

Mme de Villeparisis passa à ce moment-là.

— Mais je ne veux pas déranger votre conversation avec Oriane, ajouta-t-elle… Vous ne voulez pas venir dîner mercredi avec elle ?

C’était le jour où je devais dîner avec Mme de Stermaria, je refusai.

— Et samedi ?

Ma mère revenant le samedi ou le dimanche, c’eût été peu gentil de ne pas rester tous les soirs à dîner avec elle ; je refusai donc encore.

— Ah ! vous n’êtes pas un homme facile à avoir chez soi.

— Pourquoi ne venez-vous jamais me voir ? me dit Mme de Guermantes quand Mme de Villeparisis se fut éloignée…

— C’est ennuyeux de ne jamais se voir que chez les autres. Puisque vous ne voulez pas dîner avec moi chez ma tante, pourquoi ne viendriez-vous pas dîner chez moi ?

Je meurs. On a passé des centaines de pages où telle ou telle personne nous raconte que la duchesse déteste le narrateur, et maintenant, elle n’est qu’une de 3 balles qu’il jongle avec. De tous les rebondissements de La Recherche, celui-ci est de loin le dernier auquel je m’attendais !

Dimanche avec un bon

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.

Quand nous avions quitté le livre la dernière fois, la grand-mère du narrateur était en train de mourir. Les Guermantes ont insisté sur faire un appel à un certain docteur Dieulafoy, qui arrive maintenant :

 Le docteur Dieulafoy a pu en effet être un grand médecin, un professeur merveilleux ; à ces rôles divers où il excella, il en joignait un autre… qui était de venir constater l’agonie ou la mort.

Il excelle surtout à reconnaître l’évident :

Après avoir regardé ma grand’mère sans la fatiguer, et avec un excès de réserve qui était une politesse au médecin traitant, il dit à voix basse quelques mots à mon père… Mais déjà celui-ci avait détourné la tête, ne voulant pas importuner, et sortit de la plus belle façon du monde, en prenant simplement le cachet qu’on lui remit.

Finalement, après des douzaines de pages, la grand-mère n’est plus :

Françoise ne put résister à cette vue et éclata en sanglots. Me rappelant ce que le médecin avait dit, je voulus la faire sortir de la chambre. À ce moment, ma grand’mère ouvrit les yeux… Ma grand’mère était morte.

On passe maintenant au deuxième chapitre, intitulé ainsi :

CHAPITRE DEUXIÈME

VISITE D’ALBERTINE. PERSPECTIVE D’UN RICHE MARIAGE POUR QUELQUES AMIS DE SAINT-LOUP. L’ESPRIT DES GUERMANTES DEVANT LA PRINCESSE DE PARME. ÉTRANGE VISITE À M. DE CHARLUS. JE COMPRENDS DE MOINS EN MOINS SON CARACTÈRE. LES SOULIERS ROUGES DE LA DUCHESSE.

Le narrateur décide de rendre visite encore une fois à Mme de Villeparisis :

je comptais ce soir même aller entendre une petite pièce qu’on jouait chez Mme de Villeparisis. 

Un détail qui parle de l’époque :

Depuis le matin on avait allumé le nouveau calorifère à eau.

Êtes-vous prêts pour une surprise ?

Il me pesait d’autant plus d’être seul ce dimanche-là que j’avais fait porter le matin une lettre à Mlle de Stermaria. 

Quoi ? Il avait quitté Balbec il y a un tome sans jamais lui parler ! Mais la raison est assez surprenante :

Robert de Saint-Loup, que sa mère avait réussi à faire rompre, après de douloureuses tentatives avortées, avec sa maîtresse, et qui depuis ce moment avait été envoyé au Maroc pour oublier celle qu’il n’aimait déjà plus depuis quelque temps… il avait rencontré à Tanger Mlle ou plutôt Mme de Stermaria, car elle avait divorcé après trois mois de mariage. Et Robert se souvenant de ce que je lui avais dit à Balbec avait demandé de ma part un rendez-vous à la jeune femme.

J’imagine que dans les coulisses, elle a dû faire quelque chose d’horrible à Saint-Loup pour mériter cette punition. Mais je ne comprends pas bien Saint-Loup, car :

La rupture de Saint-Loup avec Rachel lui était très vite devenue moins douloureuse, grâce au plaisir apaisant que lui apportaient les incessantes demandes d’argent de son amie.

Hein ? Le narrateur explique, mais je ne le trouve guère éclaircissant, que :

Aussi chaque demande est-elle accueillie avec la joie que produit une accalmie dans la souffrance du jaloux, et suivie immédiatement d’envois d’argent, car on veut qu’elle ne manque de rien, sauf d’amants…

Ça dit, ce n’est pas Mme de Stermaria qui rend visite au narrateur :

Tout d’un coup, sans que j’eusse entendu sonner, Françoise vint ouvrir la porte, introduisant Albertine qui entra souriante, silencieuse, replète, contenant dans la plénitude de son corps, préparés pour que je continuasse à les vivre, venus vers moi, les jours passés dans ce Balbec où je n’étais jamais retourné.

Notre génie des relations amoureuses nous dit que :

Certes, il est plus raisonnable de sacrifier sa vie aux femmes qu’aux timbres-poste, aux vieilles tabatières, même aux tableaux et aux statues. Seulement l’exemple des autres collections devrait nous avertir de changer, de n’avoir pas une seule femme, mais beaucoup. 

Les vieilles habitudes d’instrumentaliser les autres reviennent vite :

Voulant et n’osant m’assurer si maintenant elle se laisserait embrasser, chaque fois qu’elle se levait pour partir, je lui demandais de rester encore… Certes je n’aimais nullement Albertine… il me faisait rêver à la fois de mêler à ma chair une matière différente et chaude, et d’attacher par quelque point à mon corps étendu un corps divergent…

Mais après une intrusion de Françoise, on entend :

Quand Françoise fut sortie de la chambre et Albertine rassise sur mon lit :

— Savez-vous ce dont j’ai peur, lui dis-je, c’est que si nous continuons comme cela, je ne puisse pas m’empêcher de vous embrasser.

— Ce serait un beau malheur.

Ah oui, est-ce que ça arrive enfin ?

— Si vraiment vous permettez que je vous embrasse, j’aimerais mieux remettre cela à plus tard et bien choisir mon moment. Seulement il ne faudrait pas que vous oubliiez alors que vous m’avez permis. Il me faut un « bon pour un baiser ».

C’est une façon de dire que « non ».

Dimanche dans un hikooki

Pensiez-vous qu’il n’y aurait pas de Dimanche avec Marcel juste parce que j’étais dans un avion (hikooki en japonais) ? Mais non — j’ai apporté « Le Côté de Guermantes » dans mon sac à cabine. Cette fois, je n’ai pas eu la VO avec moi, parce que je n’ai pas eu d’Internet, alors pas de citations directes. Mais j’ai avancé beaucoup plus loin que d’hab — 110 pages.

Le narrateur reçoit la visite d’un certain Charles Morel, fils de l’ancien valet de son oncle Adolphe, dont on a entendu la mort dans le premier tome.. M. Morel est là pour livrer certaines affaires de l’oncle, dont des photos d’actrices (comme celle de la Berma qu’il avait acheté). Comme tout le monde, Morel se montre un arriviste et demande d’être présente à un poète inconnu aux lecteurs. Ça ne mène nulle part.

Le narrateur se retrouve en compagnie de Mme Swann avec qui il’n’a pas parlé depuis longtemps. Mme Swann lui dit qu’elle a récemment vu M. de Norpois, qui a dit du narrateur qu’il était « un petit flatteur hystérique ». Ô, M. de Norpois, comme vous avez raison !

Naturellement, des moments après ça, de Norpois est encore une fois avec le prince Gesundheit (mot allemand utilisé en anglais quand un autre vient de tousser), et lui présente le narrateur comme un exemplaire distingué de la société française. Après ça, le narrateur rattrape M. de Charlus en train de quitter la soirée (interminable !) avec le chapeau du duc de Guermantes. La lettre G est visible à l’intérieur mais de Charlus insiste que c’est le sien.

Il y a une conversation bizarre entre Mme de Marsantes (la mère de Saint-Loup) et le narrateur en voyant Saint-Loup quitter la soirée — elle semble regretter son rôle en faisant de Saint-Loup ce qu’il est, surtout quand il s’agit de sa relation avec sa maîtresse, Rachel. Le narrateur pense que pour sa part, il serait content de les aider à mettre un terme à ladite relation, mais il sait que ça ne plairait pas à Saint-Loup.

Puis, le narrateur lui-même quitte la soirée (ALLÉLUIA !), et part avec M. de Charlus. Tout est très elliptique, mais disons que j’ai l’impression que M. de Charlus veut recruter le narrateur pour une relation autre que l’amitié. Il parle de tous les secrets qu’il pourrait révéler au narrateur, qu’il fait partie d’une « sorte de franc-maçonnerie » qui ne compte moins de 4 rois européens parmi son nombre, qu’en entrant dans une relation où les deux se voient tous les jours, il pourrait l’aider à avancer dans la société. Il prend le narrateur par le bras pour cette conversation, mais le laisse tomber dès que les deux rencontrent M. d’Argencourt dans la rue. Pour sa part, M. d’A réagit de façon dégoûtée. Le narrateur est perplexe. Je crois que j’ai raison.

Avant de partir, M. de Charlus exige du narrateur « un sacrifice » — de ne plus sortir en société, de frayer uniquement chez les hommes avec ceux choisis par M. de Charlus. Il ajoute qu’il s’en fiche si le narrateur prend une maîtresse; ses règles concernent uniquement les hommes. Il dit que le narrateur devrait passer plusieurs jours en y pensant avant de répondre ; avec ça, il part enfin.

La grand-mère du narrateur tombe malade et avec une température de 101 °F (c’est ce qui dit le roman en anglais ; je ne peux pas vérifier si l’original dit °C, mais ce serait 38.3 °C), la famille a peur qu’elle meure. Cependant, un autre docteur, un certain de Boulhon, qui est psychologue, vient à la maison, et il lui dit que tout est dans sa tête, exactement comme la tante Léonie à Combray.

Mais quand la grand-mère sort avec le narrateur aux Champs-Élysées, elle reste très longtemps dans les toilettes. Quand elle revient enfin, le narrateur nous dit qu’elle avait eu « un petit AVC ». Il n’y en a pas vraiment de « petit », non ?

Ça, c’est la fin de la « première partie » selon la version finale, mais on est toujours dans la « deuxième partie » selon la version de Gallimard, alors continuons.

Le narrateur, en cherchant de l’aide, tombe sur un certain Professeur E——- (c’est ce qui y est écrit, ne me regardez pas comme ça) dans la rue. Il est pressé, mais consente à voir la grand-mère chez lui avant qu’il ne parte pour un dîner avec un ministre. Là, il dit au narrateur qu’elle est en train de mourir d’un AVC suite à une « urémie » (je ne la connais pas).

Il suit des pages sur ses traitements aux mains du docteur Cottard. Plus de morphine veut apparemment dire plus d’albumine, et on est censés comprendre que c’est pour le pire.

De divers parents refusent de venir de Combray pour visiter la grand-mère. Mais devinez qui vient tous les jours ? Bergotte. Le narrateur nous dit qu’il est lui-même devenu aveugle et ne peut plus écrire, et qu’il mourra aussi bientôt, mais que sa réputation littéraire est en train de croître. Une comparaison est faite entre lui et Renoir à cet égard.

Où j’ai enfin quitté le livre, la grand-mère est toujours en vie, mais par tours sourd, aveugle, ou sénile, selon les effets des divers traitements. Le docteur Cottard utilise de la morphine, mais aussi des sangsues, et on sait à quel point elles ne servent à rien. La prochaine fois sera sans doute la fin pour elle, mais aïe, quel cauchemar cette scène de maladie prolongée.