Saison 4, Épisode 33 — À la plage avec Monsieur et Madame

Cette semaine est très inhabituelle. Comme d’habitude, la page des blagues de la semaine a été mise à jour avec la blague de la semaine dernière. Mais cette fois, uniquement, avec celle de cette semaine aussi. Pourquoi ?

Parce que je n’ai jamais eu autant de mal d’enregistrer une blague sans rire ! Il m’a fallu plus de 40 essais afin d’en enregistrer un que je pouvais même éditer, tellement elle m’a fait rire ! La Fille ne pouvait pas la lire à haute voix sans plier de rire non plus. À noter, je ne l’ai pas écrite, seulement l’ai un peu francisée.

J’ai reçu mon nouveau micro AKG Lyra cette semaine, alors la qualité de l’enregistrement est beaucoup mieux. Cependant, il reste un peu trop de réverbérations, parce que j’ai dû l’enregistrer dans un couloir au lieu d’un coin. Une fois que ma chambre est complètement rangée, ce ne sera plus de problème.

Je suis très mécontent de l’emballage du micro. C’était vendu tout neuf, mais pour 15 $, le vendeur n’a mis qu’un peu de papier autour du carton original. C’était donc mal protégé pendant la livraison. Voilà :

Grace aux efforts de La Fille en octobre, nous avons fini par économiser 400 $ par rapport au devis original des déménageurs. Je lui avais fait une promesse que si ça se passait, je l’achèterais le nouveau jeu vidéo Hyrule Warriors : Les Chroniques du Sceau. Le jeu est sorti le 6 ; elle l’a eu samedi. Mais afin d’y jouer, elle a dû m’aider à déballer la télé. C’est un monstre — seulement 127 cm, mais un téléviseur plasma, alors beaucoup plus lourd que les écrans LCD et LED de même taille de nos jours. Cependant, avec du VRAI noir, pas le noir incandescent de ces technologies moins chères. Je le regrette uniquement aux moments de déménagement ; c’est-à-dire deux fois pendant les 15 dernières années. Le reste du temps, je l’adore.

Quant au jeu, c’est un must pour les amateurs de Zelda. J’étais vraiment impressionné, même si j’ai trop mal aux mains pour y jouer.

Mon anniversaire est ce samedi. Seulement une chose m’énerve plus que cette pub, une version de laquelle je reçois chaque année avant l’événement maudit :

Capture d'écran d'une pub de la chaîne de glaciers Baskin-Robbins. Elle propose que je commande un gâteau pour moi-même.

Baskin-Robbins est la plus grande chaîne de glaciers aux États-Unis, de qualité moyenne mais de prix sérieusement élevés — 6 $ pour une boule dans la plupart de leurs boutiques. La pub dit : « C’est ta journée spéciale. Fais-toi plaisir et aie exactement ce dont tu as envie… » (j’ai coupé le reste). Ouais, rien ne me plaît autant que l’idée de commander un gâteau de 8 parts pour manger tout seul chez moi. Un gâteau d’anniversaire, c’est le genre de chose qu’il faut recevoir de quelqu’un d’autre ou pas du tout.

« Mais Justin », me dites-vous, « vous faites chaque année un gâteau sur ce blog ! » Ah oui, mais c’est pour partager les recettes ! L’important, c’est que je n’en achèterais pas un. Au fait, La Fille déteste mon choix pour cette année. Tant pis. Je le ferai quand même, car c’est mon préféré de tous les gâteaux américains. Et vous pouvez le faire avec des ingrédients disponibles en France.

Pour finir sur une meilleure note, quelqu’un aime vraiment ma recette de macarons de Boulay, hein ? C’est dingue ! (Google Search Console me dit que c’est dû à 6 combinaisons différentes de mots clés, alors il ne s’agit pas d’un robot bloqué sur une recherche.)

Capture d'écran des statistiques du 14 novembre : 649 vues, dont 375 uniquement pour les macarons de Boulay.

Notre blague traite d’une histoire d’amour lamentable. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Personne et Portable.

Sur le blog, il y a aussi Comment marche le monde, sur des pages humoristiques qui possèdent de la sagesse, Hunters of Sheydim, sur un projet BD de mon cousin, Deux erreurs d’écoute, sur des malentendus et Le voyage fou qui n’aura pas lieu, sur un voyage que je ne prendrai pas.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec le marquis de Saint-Loup

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.

La dernière fois, nous avons laissé le jeune Proust au milieu du paysage autour de Balbec, en train de rêvasser sur les filles paysannes. J’ai raté ce qu’il a dit immédiatement après :

Pour les belles filles qui passaient, du jour où j’avais su que leurs joues pouvaient être embrassées, j’étais devenu curieux de leur âme.

Heureusement pour sa réputation littéraire, les portables n’existaient pas à l’époque. Sinon, il aurait écrit « j’étais devenu curieux de leur 06 » et ça aurait provoqué un scandale.

Au moins ces réflexions sans cesse sur déranger toute femme autour de lui sont récompensées par le meilleur moment de l’œuvre entière jusqu’ici :

quelques années après celle où j’allai pour la première fois à Balbec, faisant à Paris une course en voiture avec un ami de mon père et ayant aperçu une femme qui marchait vite dans la nuit, je pensai qu’il était déraisonnable de perdre pour une raison de convenances ma part de bonheur dans la seule vie qu’il y ait sans doute, et sautant à terre sans m’excuser, je me mis à la recherche de l’inconnue, la perdis au carrefour de deux rues, la retrouvai dans une troisième, et me trouvai enfin, tout essoufflé, sous un réverbère, en face de la vieille Mme Verdurin que j’évitais partout et qui, heureuse et surprise, s’écria : « Oh ! comme c’est aimable d’avoir couru pour me dire bonjour. »

Bien sûr, il fallait subir tout le récit de Swann chez les Verdurin pour savourer vraiment ce TLBM (tu l’as bien mérité).

Et juste après ça, Bergotte lui-même passe par Balbec et le narrateur se plaint que :

elle me remit une lettre qui avait été déposée pour moi à l’hôtel. Je ne connaissais personne à Balbec. Je ne doutai pas que la lettre ne fût de la laitière. Hélas, elle n’était que de Bergotte…

Oui, il aurait préféré recevoir une lettre d’une laitière inconnue que de Bergotte, celui pour lequel il avait passé des mois à manipuler Gilberte et sa mère juste pour le rencontrer.

Je vous épargnerai d’autres contes de ce genre. Mais après un peu, Proust met dans la bouche de Mme de Villeparisis ses critiques d’autres écrivains français (ce n’est pas la première fois, d’où mon avis que ce sont vraiment à lui) :

Timidement je citais à Mme de Villeparisis en lui montrant la lune dans le ciel quelque belle expression de Chateaubriand, ou de Vigny, ou de Victor Hugo…

— Et vous trouvez cela beau ? me demandait-elle, génial comme vous dites ? Je vous dirai que je suis toujours étonnée de voir qu’on prend maintenant au sérieux des choses que les amis de ces messieurs, tout en rendant pleine justice à leurs qualités, étaient les premiers à plaisanter… M. de Chateaubriand venait bien souvent chez mon père… dès qu’il y avait du monde, il se mettait à poser et devenait ridicule.

Elle reprochait à Balzac, qu’elle s’étonnait de voir admiré par ses neveux, d’avoir prétendu peindre une société « où il n’était pas reçu »… Victor Hugo…n’a reçu le titre de grand poète qu’en vertu d’un marché fait et comme récompense de l’indulgence intéressée qu’il a professée pour les dangereuses divagations des socialistes.

J’ai dû beaucoup couper, mais je vous rassure que les sentiments ici sont liés aux bons écrivains. Il n’est pas timide, notre Proust !

Puis, le neveu de Mme de Villeparisis arrive à l’hôtel, le marquis de Saint-Loup, et tout change. Le narrateur imagine qu’ils deviendront amis :

Au cours de nos promenades, elle nous avait vanté sa grande intelligence, surtout son bon cœur ; déjà je me figurais qu’il allait se prendre de sympathie pour moi, que je serais son ami préféré

Mais il a bien tort :

Quelle déception j’éprouvai les jours suivants quand, chaque fois que je le rencontrai dehors ou dans l’hôtel… je pus me rendre compte qu’il ne cherchait pas à se rapprocher de nous et vis qu’il ne nous saluait pas quoiqu’il ne pût ignorer que nous étions les amis de sa tante.

Après un certain temps, il y a finalement une amélioration, sans vraie explication, et :

je vis cet être dédaigneux devenir le plus aimable, le plus prévenant jeune homme que j’eusse jamais rencontré.

C’est ici que j’arrête, car je sais déjà grâce aux tableaux des matières que ce marquis jouera un rôle important beaucoup plus tard. Il faut donc me concentrer la prochaine fois sur ce qu’il fait, car ce sont nos premières impressions de son caractère. Mais il y a une bonne nouvelle là — Proust nous épargnera de ses rêves inutiles sur chaque fillette malheureuse qui croise son chemin !

Le voyage fou qui n’aura pas lieu

Il y a 10 jours, j’ai eu une conversation avec un ami anglophone par texto. Il habite au Texas, pas en Californie, et c’est donc pourquoi il parle ici d’un vol à partir de Dallas :

Capture d'écran de textos, traduits en bas

Ça dit : « Dallas à Paris, 440 $ sur One World Alliance ». Il n’y a aucune compagnie aérienne de ce nom ; il doit parler d’American ou de British Airways dans ce cas, les deux seuls de ce groupe-là à desservir Paris. Pourquoi il parle comme ça, sans être précise, je ne le comprendrai jamais. De toute façon, un peu irrité, j’ai répondu « Alors, réserve-le. » Après tout, pourquoi me dire ça ? Je ne peux pas voler de Dallas, au moins sans payer un vol d’au moins 400 $ pour y aller de Los Angeles.

Mais j’étais curieux, alors j’ai vérifié le site Hopper, en général le meilleur pour faire des comparaisons entre compagnies aériennes en anglais. En ce moment-là, pendant la première semaine de décembre, j’aurais pu acheter un aller-retour de Los Angeles à Paris sur soit Delta soit Air France pour 550 $. Mais je ne l’ai pas fait. Je sais que j’aurai bientôt des dépenses, et ce serait une mauvaise idée. Je l’ai laissé tomber, à regret.

Ce soir, afin de vous en parler, je l’ai revisité. Quelle différence ! La seule compagnie aérienne qui livrera un billet pour environ 550 $, comme suggéré le calendrier en bas, c’est ITA. Air France, Delta ou United coûteraient tous entre 740 $ et 800 $. J’ai certainement raté mon opportunité, même si je savais que c’était le choix responsable. (Je suis impulsif, mais moins que ça paraît sur ce blog.) Au fait, n’imaginez pas que les deux dernières semaines en rouge coûtent seulement 775 $, comme indique le calendrier — ces dates coûtent environ 1400 $ sur Air France. Le chiffre bas serait sur quelque chose comme Turkish Airlines, et si vous pensez que je passerais par le Moyen-Orient, vous êtes encore plus fou que moi !

Capture d'écran du mois de décembre sur le site Hopper. Les dates entre le 1er et le 10 sont en vert ou en orange, ce qui indique des prix moins chers. Tout après ces dates est en rouge, très élevé.

Mais supposons que j’avais fait ça. Qu’est-ce que j’aurais fait pendant la première semaine de décembre en France ?

La réponse, c’est que dès que j’avais quitté CDG, je serais parti direction Gare de l’Est pour prendre un train vers Strasbourg. Après tout, le marché de Noël ouvre le 26 novembre, et reste ouvert jusqu’au 24 décembre, et s’il y a une chose dont j’ai envie, c’est de voir finalement dans la vraie vie cette photo, partagée originalement dans « Je découvre le Bas-Rhin » :

C'est une photo du quartier dit « Petite France ». La rivière Ill est au centre, et des maisons à pans de bois sont sur les bancs. Il y a de la neige sur les toits.

Je ne pardonnerai jamais la SNCF de m’avoir envoyé cette photo, même si c’est moi qui étais abonné à leurs courriels. Elle me hante chaque année en hiver, même si je ne comprends pas pourquoi vous peignez les toits en blanc pour l’occasion. Même les strasbourgeois disent de cette photo, le quartier Petite France :

Le quartier de la Petite France est incontestablement le passage obligé de votre séjour.

Les immanquables de Noël

La ville de Strasbourg semble avoir planifié ce Noël pour me torturer vraiment. Le 22 novembre, c’est-à-dire mon anniversaire, il y aura une visite guidée, « Visite enchantée Disney ». Je citerai un peu de la description :

Plongez au cœur de l’imaginaire Disney et découvrez comment Strasbourg est devenue une source d’inspiration pour les dessins et les illustrations fantastiques et magiques qui constituent cet univers fascinant ! 

Si seulement vous connaissiez le Disneyland des années 80, avant Marvel et Star Wars ! Ils parlent de mon Disney, la raison pour laquelle cette photo m’a sous son emprise. Savez-vous ce que je ferai ce maudit jour-là ? Je perdrai des heures assis sur un trottoir dans une banlieue de Los Angeles pour voir un défilé auquel la fanfare de La Fille participera. Après octobre dernier, vous ne m’entendrez plus jamais dire que je préférerais une dévitalisfation, car je sais maintenant exactement à quel point c’est faux. Mais : Strasbourg ? Los Angeles ? Dois-je vraiment penser afin d’en choisir un ?

D’autres choses que je raterai ? Connaissez-vous La Soupe Étoilée, un événement caritatif où les chefs étoilés de la région vendent des soupes au marché, avec un livre de recettes historiques de l’événement disponible uniquement sur place ? Ou le Grand Sapin sur la place Kléber, qui fait 30 m de hauteur ? (Celui de Fashion Island, un centre commercial près de chez moi, fait pareil. Mais on reste emprisonné en Californie.) Et la ville a une autre astuce :

Grimpez les 332 marches en haut de la Grande Dame et la récompense se trouve à 66 m de hauteur, avec une vue à couper le souffle idéale pour saisir tout le centre historique.

Les meilleurs points de vue

D’accord, je n’ai vraiment pas envie de plus d’escaliers en ce moment. Mais d’ici décembre, je devrais être prêt à les tenter à nouveau !

Cependant, je vous promets, il n’y aura pas de « je suis parti à la recherche de nougat » ou autre farce. Le budget ne le permettra vraiment pas, et j’ai déjà raté la meilleure opportunité de loin. Mais sachez que j’y penserai l’année prochaine !

Deux erreurs d’écoute

L’une des choses les plus difficiles quand on apprend une langue seule, c’est que l’on ne sait pas ce que l’on ne sait pas (pour emprunter une pensée à l’ancien secrétaire à la défense américain Donald Rumsfeld — lien en anglais). C’est souvent le cas que j’écoute Les Grosses Têtes le matin et quelque chose me laisse perplexe, mais parce que je ne sais pas ce que je viens d’écouter, je ne peux rien demander à personne. Aujourd’hui, c’est l’histoire de quelque chose qui m’a dérangé pendant des mois — puis un autre que j’ai tout de suite compris car assez de contexte a été fourni.

Je ne peux pas trouver exactement la bonne publicité, car il s’agit de la radio et YouTube n’est bon que pour la télé. Mais depuis des mois, il y a une chaîne écossaise, ou peut-être irlandaise, qui diffuse des publicités pendant les pauses publicitaires des Grosses Têtes. Elle vend tout genre de produit pour les animaux de compagnie. Je suis sûr que vous en avez entendu parler. C’est « MacCiseaux ». Voici l’une de leurs pubs de télévision :

Évidemment, je parle en fait de Maxi Zoo. Mais je ne pouvais pas l’entendre de cette façon. Il y a juste assez d’une pause entre les deux syllables dans la prononciation française de « Maxi » que je l’entends comme « MacCi », « Mac étant le gaélique pour « fils de ». Oui, c’était fortement bizarre que le père en question portait un nom français, mais sans avoir entendu parler de Maxi Zoo, je ne pouvais pas l’entendre de bonne façon. Ce qui m’a enfin sauvé, c’est que j’ai fait une recherche sur certains produits que M. Descarottes aurait utilisé, et le site faisait partie des résultats.

L’autre erreur est venue il y a deux jours. J’écoutais RTL plutôt tard dans ma voiture, et il y avait un replay des Grosses Têtes. Je ne connais pas la date de diffusion originale, alors désolé, mais pas de lien.

De toute façon, M. Ruquier a posé la question « Qui est le docteur Ankh Pym ? » Je n’avais aucune idée de qui il parlait jusqu’à ce que l’on dise « Un personnage de Marvel. » Il s’agissait donc de HANK Pym, le premier Ant-Man. Le français n’a pas la voyelle anglaise dans ce prénom, mais on prononce bien le « h » au début. Il me semble que tout ce temps, j’entendais des « h » au début de certains mots français où ils n’existent vraiment pas. Je me souviens bien d’entendre « Les Halles » pour la première fois dans le métro parisien et d’être surpris qu’il n’y ait pas de liaison. Après, je me suis convaincu qu’il y avait au moins un petit « h » là. Mais il n’y en a vraiment pas.

Mais sérieusement, que faites-vous pour ne pas confondre un super-héros de Marvel avec un symbole des pharaons ?

Ce sont deux ankhs en or, avec des hiéroglyphes inscrits partout
Deux ankhs du tombeau du pharaon Toutânkhamon, Photo par Matt Davies, Domaine public

Hunters of Sheydim

Je n’ai pas l’habitude de faire de la publicité pour quoi que ce soit. Comme j’ai dit tout au début, il n’y a pas de ça ici afin que je puisse vous donner mes avis honnêtes sur tout. (Ça dit, si les gens chez Valrhona voulaient me passer des produits gratuits — et surtout du Dulcey — je ne dirais pas non. Je dis déjà que c’est le meilleur chocolat.) Aujourd’hui ne fait pas exception : je n’ai pas pris d’argent, je ne l’accepterais pas, et mon cousin l’auteur ne sait même pas que j’écris sur lui (je le lui dirai). Mais il est en train de lancer un projet que j’adore sur Kickstarter, et puisque je veux qu’il réussisse, je vais en parler. Il y a même un lien français pour justifier sa présence ici ! (Tout petit, mais quand même.)

Au collège, j’ai découvert Donjons et Dragons, et comme je vous ai dit en écrivant sur le film, tout ce que je sais vient de D&D. En particulier, je suis tombé amoureux du livre dit « Monster Manual » (Le Manuel des monstres), ou comme le connaît mon ex, mon arbre généalogique. Parmi les choses que j’ai appris de ce livre était la tradition judéo-chrétienne de démonologie. D&D prend beaucoup de libertés avec ses sources, et a créé deux catégories de démons et de diables avec ces personnages, mais ce n’est pas trop important pour notre histoire. Ce qui compte, c’est que j’étais très impressionné par le roi des diables, ce type charmant, Asmodeus (connu en français sous le nom Asmodée) :

Dessin d'Asmodée originalement du Manuel des Monstres. Il a un visage un peu comme un elfe, avec des oreilles pointues, deux petits cornus sur les sourcils et une barbe et une moustache comme dans le portrait célèbre du cardinal Richelieu. Il porte un collier en forme de grosse chaîne, avec un pendentif qui ressemble à un dés, et tient un sceptre dans la main gauche.
Source, ©️Wizards of the Coast

La barbe et la moustache ressemblent un peu trop au cardinal Richelieu, mais dites-donc, il y a une raison pour laquelle on a l’expression « handsome devil » (littéralement, beau diable) en anglais. De toute façon

Quel rapport avec mon sujet ? Mon cousin Jeff Marvin est écrivain, et avec sa femme Tamar et une équipe d’artistes expérimentés dans l’industrie de bandes-dessinées, il a écrit une BD de 92 pages qu’il espère sera le début d’une plus grande histoire. L’histoire s’appelle « Hunters of Sheydim« , « hunters » étant chasseurs en anglais, et « sheydim » étant démons en hébreu. Plutôt qu’utiliser la cosmologie de D&D, c’est un retour aux sources, avec un traitement d’Asmodée plus proche du Livre de Tobie (pas officiellement partie de l’Ancien Testament, mais de son époque). Plus tard, dans des légendes juives, il était considéré le roi des démons. Lesdits chasseurs, ses héros, suivent ce cadre juif, étant deux descendantes de « conversos », les juifs devenus catholiques pour rester en Espagne sous le roi Ferdinand et la reine Isabelle.

Je vais partager quelques pages que Jeff a déjà partagées sur Kickstarter ; je crois que ça ne le dérangera pas. Le livre ouvre en Pologne, où des hommes habillés en costumes avec des cravates, mais portant des masques de chèvres et d’autres démons, sacrifient un homme à Asmodée :

Première page de Hunters de Sheydim.

Après ça, il y a une illustration trop cool, l’une des deux raisons pour lesquelles j’ai décidé de partager son projet. Le gros titre dit : « La fin du triumvirat ». J’imagine que ça fait référence aux trois types masqués au centre.

Deuxième page, un dessin qui couvre la page entière. De gauche à droite, il y a trois hommes qui portent un masque de chèvre, de taureau et de serpent. Ils sont entourés par des flammes. Devant eux, une foules d'hommes cagoulés chantent à Asmodée.

Finalement, après ça, il s’avère que le but du sacrifice était d’offrir un corps à Asmodée pour posséder. Un homme déguisé en chèvre enlève son masque et demande : « Seigneur Asmodée, est-ce bien vous ? » Le cadavre ouvre ses yeux, regarde autour de lui, et dit : « Azazel, Lucifer, Moloch, mes amis, ça me fait du bien de vous revoir. Ça fait… quoi, une décennie depuis la dernière fois où j’ai eu quelque chose de sucré ? J’ai le goût de cendres dans la bouche. » Il pause, puis ajoute : « A-t-on envie d’un croquembouche ? » Un serviteur l’interrompt « Mon seigneur ? Nous avions cru… » mais Asmodée finit : « Oui, oui, la vengeance d’abord. J’écorcherai ce foutu rabbin moi-même… mais maintenant, j’ai envie d’un croquembouche. »

Troisième page de Hunters of Sheydim.

C’est dingue, le point auquel Asmodée et moi nous comportons de même façon ! Y a-t-il un lecteur qui doute que si j’étais de retour après une décennie en enfer, la première chose dont j’aurais envie serait une pâtisserie française ? (Quelque part à Anguille-sous-Roche, il y en a une, pas une lectrice du blog mais quand même, qui hurle « Je le savais ! »)

Ils livreront partout au monde, alors je me sens à l’aise pour partager ce lien au projet (qui reste uniquement en anglais). Je veux être bien clair que je n’ai pas d’attentes, mais je crois que le sujet intéressera à certains lecteurs, et Jeff et sa famille sont vraiment de chics types. C’est un plaisir d’en parler.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Monsieur et Madame

Il y a quelques mois, j’ai écrit sur la chanson d’amour « Jean » par Jeanne Cherhal, où j’ai remarqué que c’était mignon au point de vomir, d’avoir un couple de même prénom. Ça a provoqué ce commentaire

Il y a des calembours qui sont de grands classiques de l’humour un peu « pourri » en français.
La série des « Monsieur et Madame ont un fils/une fille » est très connue. Jean est une mine d’or dans cette série.
– « Monsieur et Madame Bonneau ont un fils. Comment l’appellent-ils ? »
– « Jean »
– « Monsieur et Madame Croque ont une fille. Comment l’appellent-ils ? »
– « Odile »

Et Jean passe… (et des meilleurs) [emoji souriant]

Commentaire de Filimages

Mais si on poursuit le fil de commentaires, on voit que « Odile Croque » m’a laissé perplexe. Il m’était impossible de penser au l’inverse, au nom de famille devant. On peut trouver des listes de noms en anglais alphabétisées par nom de famille, mais en général, on écrit le prénom devant le nom de famille. (Indice qui montre que nous avons raison : qu’est-ce qui veut dire le « pré » dans « prénom » ? C’est exact.)

Et ça nous amène au problème de ce genre de blague. L’autre blague évoquée dans ce même commentaire compte sur l’ordre opposé par rapport à « Croque Odile » ; c’est-à-dire qu’il faut mettre le prénom devant, afin d’obtenir « jambonneau » (mot inconnu pour moi avant ce billet-là).

Ça fait 5 ans maintenant où je galère à comprendre quel est l’ordre « canonique » en français. Si on revisite certaines photos du passé, par exemple, au cimetière de Montmartre, on voit que c’est Fred CHICHIN et Michel GALABRU qui y sont enterrés, pas CHICHIN Fred et GALABRU Michel. Mais je remarque pour la première fois que les noms de famille sont écrits en majuscules, et j’avais l’impression jusqu’à maintenant que c’était la pratique uniquement quand le nom de famille passe devant le prénom.

J’ai donc décidé de consulter les génériques de quelques films. Dans « Ni vu ni connu » de 1958, les noms sont écrits prénom devant nom de famille :

Même chose pour Fantômas, Le Mur de l’Atlantique, Le Trou Normand et Le Roman d’Un Tricheur.

C’est pareil dans l’en-tête du Canard enchaîné :

En tête avec de nombreux titres et noms, dont « Président, directeur de la publication: Éric EMPTAZ »

Je commence à me demander : est-ce que j’ai halluciné les noms de famille devant les prénoms ? Encore plus, est-ce que j’ai halluciné les noms de famille écrits avec seulement la première lettre en majuscule ?

Quant à ce dernier, Allociné me rassure que non :

Capture d'écran de la distribution de « Monsieur Aznavour » : Tahar Rahim et Bastien Bouillon
Capture d’écran

Savez-vous qui d’autre écrit les noms comme en anglais ? Le site officiel du gouvernement français :

De la page « Composition du gouvernement », une photo intitulée « Sébastien Lecornu, Premier ministre »
Capture d’écran

Ce qui rend la page « Composition du gouvernement » particulièrement délicieuse à cet égard, c’est que TV5MONDE dit aux élèves de la langue :

En français, le prénom est en général donné avant le nom de famille.
À la question : « Quel est ton nom ? » (informel) ou « Quel est votre nom ? » (formel), il faut dire le prénom avant le nom de famille.

Toutefois, dans un contexte formel ou administratif, à l’écrit, on met le nom de famille devant le prénom.

Donner son nom et son prénom dans le bon ordre

C’est quoi le contexte plus formel ET administratif que le tableau de service officiel des ministres ?

Cependant, pour revenir au mouton qui a lancé cette enquête, les blagues genre « Monsieur et madame ont une fille », ça rend la situation encore plus déroutante. En général, je les vois écrites, mais elles sont évidemment originalement orales, vu que l’humour vient de la prononciation. En plus, il s’agit de blagues. Il n’y a pas de contexte moins formel que ça ! Alors, comment diable est-on censé savoir dans quel ordre mettre les noms pour comprendre une de ces blagues ?

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine, et comme le Père Noël et le comte de Monte-Cristo, elle fait des listes.

Comment marche le monde

Dimanche, j’ai mentionné une loi des jeux vidéo pour expliquer quelque chose chez Proust. Ça vient de l’un de deux sites qui, pris ensemble, suffisent pour expliquer tout ce que l’on a besoin de savoir. Le premier, malheureusement uniquement disponible en anglais, est la liste de 100 conseils pour les suzerains maléfiques. Datant des années 90, c’est un regard humoristique sur les bêtises des méchants dans la science-fiction et la fantasy. Par exemple :

L’un de mes conseillers sera un enfant lambda de 5 ans. Tout défaut dans mes plans qu’il remarquera sera corrigé avant de commencer. (#12)

C’est drôle, mais il y a parfois de vraie sagesse cachée là-dedans. Je prends cette astuce complètement au sérieux (au moins la première phrase) et la considère une partie importante de ma personnalité depuis 25 ans déjà :

Je maintiendrai une estimation réaliste de mes qualités et défauts. Même si ça rend le boulot moins marrant, au moins je ne dirai jamais : « C’est pas possible ! JE SUIS INVINCIBLE ! » (La mort a tendance à le suivre directement.) (#24)

Cependant, cette liste souffre de deux défauts. Premièrement, comme je l’ai déjà dit, elle n’existe qu’en anglais. Deuxièmement, elle est écrite du point de vue d’un méchant, alors ce n’est pas forcément objectif. Heureusement, le remède parfait existe pour ces deux problèmes, le meilleur guide à la réalité au-delà du Guide du voyageur galactique de Douglas Adams.

Le parti en haut d'une tour dans Final Fantasy V. Le personnage principal, Bartz, dit « Du gâteau ! ». Immédiatement après, la tour s'effondre.

Je parle, bien sûr, de La longue liste des clichés dans les RPGs sur console. Écrit une décennie après notre première liste, c’est une liste de 192 « lois » tirées des jeux vidéo tels que Final Fantasy ou Dragon Quest, des clichés qui arrivent encore et encore. Mais si on sait la lire, il y a un vrai profondeur ici qui dépasse les blagues sur ses sources.

Commençons avec la règle que j’ai citée avant :

Règle de Nostradamus
Toutes les légendes sont des vérités historiques. Toutes les rumeurs sont des faits. Toutes les prophécies s’accompliront (et pas dans un avenir indéterminé;, hein ! Tout de suite !).

Qu’est-ce que ça veut dire vraiment ? À la surface, il s’agit d’un cliché où chaque fois où on entend parler d’une rumeur dans un jeu vidéo, quelle coïncidence, c’est rien que la vérité. Mais il y a deux bonnes raisons pour ça.

La première raison, c’est qu’à l’époque, on parlait de logiciels écrits largement entre 1987 et 2003. Et pendant la grande majorité de cette époque, le mémoire était cher. Un jeu de la NES devait utiliser moins de 1 Mo de mémoire en général, alors il n’y avait pas beaucoup d’espace pour de fausses pistes. Mais l’autre raison, importante peu importe la quantité de mémoire disponible, c’est la psychologie — un joueur qui ressent qu’il vient de perdre du temps sera probablement mécontent. Peut-être qu’il s’en plaindra à d’autres joueurs et la suite ne se vendra pas. Voilà, Nostradamus n’est pas si bête après tout.

Un autre exemple de comprendre les limites :

Loi de l’Elégance Cartographique
Les terres émergées sont placées de manière à parfaitement tenir dans un rectangle.

C’est encore plus bizarre que ça ! Il y a exactement 128 écrans dans le rectangle qui fait la carte du premier Legend of Zelda. Je vous donnerai exactement 1 octet pour deviner pourquoi. Et si je vous disais qu’il y avait 128 pièces dans les donjons ? Peut-être qu’il y a un maximum de 256 adresses gérés par 1 octet, et on a besoin d’un bit pour être soit positif (sur sol) soit négatif (sous sol), alors il ne reste que 7 bits pour l’adresse de chaque rectangle, donc 128 lieux possibles.

Ce n’est pas à dire que tout cliché cache des complexités. Parfois, il s’agit juste de l’écriture paresseuse :

« Oh non ! Mon village de paysans ! »
La/le ville/village/hameau/planète du héros est généralement anéanti(e) d’une manière spectaculaire avant la fin du jeu, et souvent même durant la séquence d’ouverture.

Ça pourrait décrire Final Fantasy II, Secret of Mana… une centaine, vraiment. Pourquoi faire comme ça ? Il faut chasser l’oisillon du nid, et détruire le nid est certainement une façon efficace pour réussir ce but.

Il y a beaucoup de choses marrantes à trouver dans cette liste, et je vous rappelle, vous pouvez la lire en français. Mais il y a des vérités aussi : sur l’économie, l’écriture, même la gestion du temps :

Compression du Temps
A mesure que vous vous rapprochez de la confrontation finale, les évènements deviendront de plus en plus gauches, invraisemblables et sans lien les uns avec les autres. Comme si un quelconque Auteur Cosmique devait rendre sa copie dans quelques instants, et qu’il était en train de rassembler maladroitement toutes les pièces du puzzle dans l’urgence pour finir à temps.

Je vous rassure, l’Auteur Cosmique dont il parle n’est pas un personnage. Encore une fois, c’est une observation incisive sur comment les choses se font en réalité.

Saison 4, Épisode 32 — Impostures blogesques

Je me demande si on connaîtra la référence derrière le gros-titre pour cet épisode. Il y en a une. Je dis ça, je dis rien.

Je veux partager quelques photos du marché de Noël de samedi, en partie pour me vanter de mes efforts, en partie pour éclaircir une correction fait trop tard à la recette de biscuits de Péla. Voici tout ce que j’ai apporté :

Et voici le contexte de la table entière, pour voir que je ne triche pas avec une photo de chez moi :

Photo beaucoup plus large que haute avec, de gauche à droite : des financiers, des macarons, des madeleines aux amandes, des nougatines, des biscuits en forme de Tour Eiffel, et des chocolats. Un panneau derrière les biscuits de Péla indique que toute la table est dispo pour 2 $ la pièce.

J’avais dit que j’ai fini par ne pas apporter les biscuits de Noël ; je voulais dire uniquement ceux où j’avais raté le glaçage. J’ai quand même apporté 16 biscuits de Noël d’après Péla, emballés sans glaçage. Ils étaient très bien accueillis ; je regrette d’avoir donné une fausse impression autrement.

C’est avec une certaine horreur que je dois vous dire que la lumière de mon nouvel appartement vient directement d’un roman de HP Lovecraft. Hier, La Fille a décidé de préparer des macarons au chocolat elle-même comme cadeau pour une amie qui vient de subir une rupture. Oui, c’est seulement la deuxième fois pour elle. C’est moi qui a décidé où arrêter en mélangeant les poudres avec la meringue : tout le reste est à elle. Pourtant, ils sont presque parfaits, non ? Cependant, la couleur de cette photo est complètement fausse — et c’était encore pire dans la salle à manger que dans la cuisine ! Ses macarons étaient aussi marron foncé que les miens, faits avec la même poudre de cacao — mais ont un aspect bizarrement pâle, sous deux genres d’ampoule complètement différents. Je ne sais pas pourquoi.

J’adore « La couleur tombée du ciel » ; je n’ai aucune envie de le vivre !

Avez-vous entendu parler du détective très chic au Louvre ? Ça doit être la nouvelle la plus française de l’année — il n’était pas détective du tout, juste un lycéen qui s’habille comme si on est toujours les années 40, surtout à cause du chapeau Jean Moulin. Franchement, je souhaite que je puisse réussir son « look », mais sur moi, je suis sûr qu’il ne serait que démodé.

J’ai lié à un article de Libé dans le paragraphe précédent. Ils se trompent gravement sur le discours aux États-Unis autour de cette photo. Tout le monde ici parlaient de Jacques Clouseau, l’inspecteur de la série de comédies américano-britannique, La Panthère rose. Je ne sais pas si cette série est bien connue en France. C’est…euh… un sujet que j’évite soigneusement ici depuis des années, au cas où ce serait scandaleux !

La semaine dernière, j’ai commandé 4 tourillons en bois de chez IKEA pour réparer une étagère endommagée pendant mon déménagement. Tout était gratuit — mais ils me les ont envoyés par DHL, de la Slovaquie ! Malheureusement, il s’est avéré impossible d’extraire les tourillons cassés, et j’ai fini par en acheter une nouvelle samedi. Il m’étonne qu’IKEA soit rentable quand ils font comme ça !

Notre blague traite des pneus. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Montreux et Existence.

Sur le blog, il y a aussi Autopsie d’Halloween, sur les soldes de l’après-Halloween, Imposture, sur ce qui est arrivé quand on a mal compris que je ne viens pas de l’Hexagone, Ici et là, des nouvelles personnelles et Les biscuits de Noël de Péla, sur une recette vendue au dernier marché de Noël.

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Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec la princesse de Luxembourg

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’avancé de 36 pages.

La dernière fois, notre narrateur avait soudainement conçu, sans l’expliquer, un plan pour utiliser la marquise de Villeparisis pour s’approcher de Mlle de Stermaria. Vous vous attendez donc à entendre comment ce plan s’est déroulé, la suite logique de cette déclaration. Avez-vous oublié de qui on parle ?

Car la toute première chose qu’il fait, c’est de se plaindre de sa grand-mère pour ne pas s’être lancée dans une conversation avec la marquise :

Malheureusement, s’il y avait quelqu’un qui, plus que quiconque, vécût enfermé dans son univers particulier, c’était ma grand’mère… je n’osais pas lui avouer que si ces mêmes gens l’avaient vue causer avec Mme de Villeparisis, j’en aurais eu un grand plaisir, parce que je sentais que la marquise avait du prestige dans l’hôtel et que son amitié nous eût posés aux yeux de M. de Stermaria.

Proust évoque souvent une idée comme ça juste pour faire une comparaison avec une autre chose qui suit, alors peu après, c’est l’un des habitués de Balbec qui utilise le maître d’hôtel pour établir sa place auprès des Stermaria :

— Aimé, vous pourrez dire à M. de Stermaria qu’il n’est pas le seul noble qu’il y ait dans cette salle à manger. Vous avez bien vu ce monsieur qui a déjeuné avec moi ce matin ?… Eh bien, c’est le marquis de Cambremer.

Le lendemain, monsieur a hâte de se présenter audit habitué. Le narrateur voit ça, et maintenant qu’il est dans la même pièce avec mademoiselle et son père est distrait, il en profite pour se présenter à elle. Hahaha, non. Ce serait logique. Au lieu de ça, il construit des fantasmes sur une vie avec mademoiselle :

je croyais sentir qu’elle eût facilement permis que je vinsse chercher sur elle le goût de cette vie si poétique qu’elle menait en Bretagne… Et, un mois où elle serait restée seule sans ses parents dans son château romanesque, peut-être aurions-nous pu nous promener seuls le soir tous deux… il me semblait que je ne l’aurais vraiment possédée que là…

Tout ça en pensant à une fille qu’il a vu pour la première fois pas plus que deux jours plus tôt, avec qui il n’a même jamais dit bonjour. Au moins on sait qu’il n’a pas été kidnappé par les profanateurs de sépultures.

Proust remarque un parallèle avec la vie des domestiques. Françoise est enfin arrivée, et a vite fait des amitiés avec le personnel de l’hôtel, et ne veut pas les déranger, ce qui a pour conséquence :

De sorte qu’en somme nous ne pouvions plus avoir d’eau chaude parce que Françoise était devenue l’amie de celui qui la faisait chauffer.

Les hiérarchies et les protocoles se reproduisent peu importe le niveau !

Naturellement, après tout ce drame, la grand-mère et la marquise se rencontrent et deviennent amies. Ça énerve Françoise, qui :

trouvait à tout moment qu’on nous avait « manqué », conclusion à laquelle l’amenait facilement, d’ailleurs, autant que son amour excessif pour nous, le plaisir qu’elle avait à nous être désagréable.

Est-ce que je suis le seul qui se souvient des louanges pour Françoise au début du premier tome ? Qui veut une domestique qui aime être désagréable envers ses clients ? De toute façon, elle change d’avis car la marquise est sympa envers elle.

Je pause pour noter que Proust et moi partageons autre chose en commun :

la chair vivante des huîtres me répugnait encore plus que la viscosité des méduses ne me ternissait la plage de Balbec

D’accord, Marcel. Les moules sont délicieux, et les palourdes aussi, mais les huîtres, beurk.

Après l’obsession du narrateur pour Mme Guermantes dans le premier tome, la grand-mère dit un jour :

— Il faudra que je pense une fois à lui demander si je me trompe et si elle n’a pas quelque parenté avec les Guermantes

Comme dit une loi des jeux vidéo, « Toutes les rumeurs sont des faits. » Le fait d’être mentionné suffit pour l’établir. Nous parlerons de la source de cette loi la semaine prochaine, car une fois évoquée, il faut en parler.

Il suit un autre épisode tout comme celui de la marquise avec son amie, la princesse de Luxembourg. Sauf qu’elle est apparemment une arnaque. Ou pas. C’est ce qui croient les « habitués » :

— Si, j’ai fait semblant de me tromper, j’ai pris la carte, elle a comme nom de guerre la princesse de Luxembourg ! Avais-je raison de me méfier !

Mais Proust nous rassure qu’il ne s’agit que de la jalousie de la bourgeoisie, qui ne comprend pas que l’aristocratie n’est pas toujours aussi riche que les bourgeois, mais a d’autres façons de reconnaître ceux de sa classe.

Le narrateur tombe malade — encore, je le sais — et c’est le prétexte pour arrêter d’aller à la plage et partir en balade avec la marquise autour du paysage. Au-delà de ses avis particulièrement républicains, étonnant pour une marquise aux yeux du narrateur, nous pouvons en passer. Mais je conclus avec un autre exemple du narrateur en train d’être lui-même :

alors nous croisions, la montant à pied, à bicyclette, en carriole ou en voiture, quelqu’une de ces créatures — fleurs de la belle journée, mais qui ne sont pas comme les fleurs des champs… quelque fille de ferme poussant sa vache ou à demi couchée sur une charrette, quelque fille de boutiquier en promenade, quelque élégante demoiselle assise sur le strapontin d’un landau, en face de ses parents. 

Restez dans la voiture de la marquise, Marcel. Sans même connaître leurs prénoms, je sais déjà que chacune d’entre elles ne mérite pas vos drôles de jeux d’esprit !

Les biscuits de Noël de Péla

Aujourd’hui, c’est le Marché français de Noël de l’OCA, ou comme disent eux les anglophones, « French Market ». Ne me croyez pas sur parole, voici l’affiche distribuée ici et là à Irvine :

French Market
November 8th, 2025 9am to 3pm
ARTS, CRAFTS, FASHION, JEWELRY, HOME DECORATION, GOURMET FOOD AND HOMEMADE FRENCH PASTRIES MADE BY ARTISANS FROM FRANCE & FRANCOPHONE COUNTRIES.

WOODBRIDGE VILLAGE ASSOCIATION
31 CREEK ROAD, IRVINE
2ND FLOOR - FREE ADMISSION
EVENT ORGANIZED BY OCA

D’habitude, chaque année je fais des macarons pour cet événement. Mais à partir de l’année dernière, afin de augmenter les stocks, j’ai commencé à faire un deuxième genre de biscuit. En 2024, c’était les schwowebredele. Cette année, j’ai choisi de faire ces biscuits de Péla.

Assiette de 16 biscuits en forme de la Tour Eiffel
Haute résolution en cliquant

Allons les préparer !

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