Le massacre d’Oradour-sur-Glane

Aux États-Unis, quand on apprend les représailles allemandes pendant la Seconde Guerre mondiale, l’exemple habituel est celui de Lidice dans la République tchèque moderne. Après l’assassinat de un officiel, Reinhard Heydrich — qui l’a mérité, bien sûr — les nazis ont tué presque tous les habitants du village, 340 en total. (Environ 70 femmes et enfants ont survécu les camps.) Mais hier, j’ai appris l’histoire d’un crime encore plus gros (également horrible, pour être clair), le massacre d’Oradour-sur-Glane, où plus de 640 civils ont été assassinés. Aujourd’hui, le 10 juin, est l’anniversaire de ce crime. Ici, je suis les récits de plusieurs articles de Wikipédia, tous liés ici.

Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là ? La veille, le 9 juin, la division SS « Das Reich » a commis un massacre à Tulle, en Corrèze, où ils ont tué 117 civils pour faire des représailles contre le maquis de la région. Puisque les allemands avaient dû répondre au débarquement des Alliés en Normandie, Das Reich a reçu des ordres qui disaient qu’ils devraient rejoindre le front. Mais ces ordres, reçus le 7 juin, disaient aussi qu’ils avaient jusqu’au 11 juin pour conclure leurs opérations avant de s’en aller.

Le commandant de l’un des bataillons de la division Das Reich, un certain Adolf Diekmann était déjà responsable du massacre de Tulle. Le matin du 10 juin, il a eu une réunion avec le général Heinz Lammerding, sous-chef de la Gestapo dans la région ; Joachim Kleist, un officiel de la SS ; et quelques collabos de la Milice. Les historiens ne sont pas d’accord sur ce qui s’est passé pendant cette réunion, mais la décision a été pris de faire un exemple d’Oradour — un village sans réputation pour cacher des résistants.

Diekmann a donné un ordre que les habitants a dû rassembler dans le champ de foire ; pour leur part, les habitants croyaient que c’était un contrôle de routine. Selon les historiens André Desourteaux et Robert Hébras :

M. Compain, le pâtissier, dont le magasin donnait directement sur la place va jusqu’à demander à un soldat allemand s’il peut aller vérifier la cuisson de gâteaux qu’il venait de mettre au four et s’entend répondre, en français, qu’on va s’en occuper.

Donc personne ne soupçonnait ce qui arriverait. Les hommes étaient séparés en groupes d’une trentaine à chacun, six au total, puis les allemands leur ont tiré dessus à mitrailleuse. Selon un survivant, Marcel Darthout :

Lorsque les rafales eurent cessé, les Allemands se sont approchés de nous pour exterminer à bout portant quelques-uns parmi nous.

350 femmes et enfants étaient enfermés dans l’église du village. Les allemands ont explosé l’église mais il y avait toujours des survivants. La SS y ont entré pour tirer sur ceux qui restaient. Il n’y avait qu’une survivante, Marguerite Rouffanche, qui nous raconte :

J’ai fait un saut de plus de trois mètres, puis je me suis enfuie jusqu’au jardin du presbytère. Ayant levé les yeux, je me suis aperçue que j’avais été suivie dans mon escalade par une femme qui, du haut de la fenêtre, me tendait son bébé. Elle se laissa choir près de moi. Les Allemands, alertés par les cris de l’enfant, nous mitraillèrent. Ma compagne et le poupon furent tués. Je fus moi-même blessée en gagnant un jardin voisin.

Les allemands comprenaient exactement à quel point c’était un crime. Selon l’historien Jean-Jacques Fouché :

Le 11, puis le 12 juin, des groupes de SS reviennent à Oradour pour enterrer les cadavres et rendre leur identification impossible, reproduisant une pratique usuelle sur le front de l’Est.

Malheureusement, seulement les collabos ont reçu la justice qu’ils méritaient. En 1951, le général Lammerding a été condamné à mort par un tribunal militaire français, mais le gouvernement n’a pas arrivé à obtenir son extradition. Diekmann est parti à l’enfer le 29 juin pendant la bataille de Normandie.

On termine ce récit avec un court métrage tourné par le journal France Libre Actualités en septembre 1944. Les allemands ont tout détruit. Je ne pourrais jamais rien ajouter ; les images parlent pour eux-mêmes.

5 réflexions au sujet de « Le massacre d’Oradour-sur-Glane »

  1. Light And Smell

    Il y a eu tellement d’horreur durant cette guerre, et ce massacre fait partie de ceux qui marquent durablement la mémoire collective… Merci d’avoir rappelé cette date anniversaire qu’à ma grande honte j’avais oubliée.

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  2. Náriël

    La première fois que je me suis rendue à Oradour sur Glane, c’était avec ma mère et j’étais une toute jeune ado et cette déambulation dans ce village m’avait déjà profondément marquée.
    La deuxième fois, c’était au lycée lors d’un voyage scolaire pour ma spécialité biologie et les profs ont intégré Oradour sur Glane au programme et c’était toujours aussi marquant.
    Je m’y suis rendue une troisième fois, une fois devenue adulte, et je n’ai jamais réussi à trouver les mots exacts pour décrire ce que j’ai ressenti.
    Poignant, émouvant et essentiel pour ne pas oublier…
    Merci d’avoir rappelé ce massacre qui a malheureusement tendance à tomber dans l’oubli.

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