J’ai du mal à ne pas penser à la situation de samedi soir, mais « heureusement » (il n’y a pas assez de guillemets pour ça), j’ai pensé à une autre anecdote qui m’est arrivée il y a une décennie et qui bien expliqué la situation sans nommer personne. Évidemment, je change les noms.

Alors, il y a 12 ans, La Fille avait une copine de classe, Ghislaine, à la maternelle. Je voyais les parents, Marguerite et Gaston, souvent en cherchant nos enfants à la fin de la journée, mais nous n’habitions pas très proche, l’un des autres. Cependant, il y avait un niveau de familiarité, et plus les filles grandissaient, plus les deux devenaient amies.
Aux États-Unis, ce qui serait la dernière année à la maternelle en France se trouve typiquement à l’école primaire, l’année que nous appelons « kindergarten » : notre 1ère est le CP français. (À partir du 6e, la France compte à rebours, nous comptons par ordre croissant. Miam, je veux un croissant maintenant.) Alors, cette année de kindergarten était dans une école publique (la maternelle était privée), et les heures étaient bien plus courtes qu’avant.
Marguerite a proposé à plusieurs parents, non seulement moi et mon ex, d’embaucher une prof de yoga pour enseigner nos filles une fois par semaine chez elle et Gaston. Nous avons dit oui, et c’était une assez grande réussite que ça a duré jusqu’à la fin du CP, 2 ans au total.
Puisque je travaillais à la maison, tout comme Gaston — nous sommes bien avant le Covid — j’avais l’habitude de chercher La Fille à l’école, de l’amener à la maison, puis d’y rester jusqu’à la fin de la leçon avant de rentrer. Nous parlions pendant les leçons, et je dirais que nous sommes devenus amis. Nous avons commencé de planifier d’autres choses ensemble : des journées à Disneyland, jouer ensemble dans les parcs du quartier, aller au ciné, vous avez l’idée. Pour être clair, Gaston était là pour presque tout.
J’étais entraîneur pour les équipes de foot de La Fille pendant 4 ans, 6 fois de 8 saisons possibles. La première année a eu lieu pendant le kindergarten, et c’était une assez grande réussite que Marguerite est devenue bénévole pour m’aider en été 2016, ce que l’on appelle « team mom » ou « mère de l’équipe », responsable du goûter après les matchs. Mais cet été, il y avait un problème.
Il y avait déjà l’un de ces parents-là sur notre liste. Victor savait que sa fille, 6 ans, allait être une star pour notre équipe olympique, et devrait donc jouer attaquante vedette pendant tout le match. (Elle n’est pas sur ce chemin de nos jours, mais laissez tomber ; ce n’est pas du tout sa faute.) Notre ligue avait une règle — chaque fille devait reposer pendant un quart — et en plus, j’avais l’habitude de changer les postes chaque quart, afin que tout le monde puisse expérimenter tous les rôles.
Un jour, Victor n’était pas content parce que sa fille avait commencé le jeu sur la touche, puis je l’ai mis dans les buts pour le deuxième quart. À mi-temps, il m’a affronté, et étant plus grand et plus gros que moi, menacé de me frapper. Sa femme était gênée, et pour ma part, j’ai failli appeler la police. Après ça, Victor a commencé de me dénoncer aux parents pendant tous les autres matchs.
Je dois avouer que ce n’était pas ma meilleure saison non plus. Je souffrais de la diabète sans reconnaître que j’avais besoin de médicaments, que l’exercice ne suffisait plus, et j’avais très peu d’énergie. Ça faisait plusieurs années que je n’avais pas consulté de médecin, et la faute était bien à moi. Gaston voyait ça, et ne voulait plus que sa fille joue sur mon équipe, sans rien dire. Honnêtement, je ne suis pas offensé par cette décision. Mais il a fait tout autre chose.
En automne, quand les nouvelles listes sont sorties, j’étais bien surpris quand Ghislaine ne soit pas dans mon équipe. Marguerite était aussi surpris, parce que son nouvel entraîneur n’était rien d’autre que Victor. Elle m’a dit d’appeler le gérant de la ligue et demander ce qui s’est passé. Et le gérant m’a dit : « Je ne vois pas de problème. C’est écrit sur sa demande d’inscription que les parents veulent que Victor soit son entraîneur ! » J’ai appelé Marguerite pour lui dire ça.
Un jour plus tard, elle m’a appelé à nouveau, et je pouvais entendre les larmes à travers le coup de fil. Son mari avait fait la demande exprès, sans lui dire. Elle s’est excusée, mais j’ai compris le vrai message :
À l’avis de Gaston, j’étais trop proche de Marguerite, avec tout le temps passé dans sa maison, même s’il était là pour savoir que rien n’est jamais arrivé. Il n’était pas toujours là pour les rendez-vous dans les parcs, et je n’allais jamais le convaincre qu’ils étaient aussi innocents que ce qu’il voyait avec ses propres yeux. Il me disait de cette façon « Éloignez-vous de ma femme » (et rappelez que selon moi, « vous » n’existe pas en anglais !), et depuis ce jour-là, au-delà de quelques bonjours aux écoles, je ne leur parle plus.
C’est ça la raison pour laquelle je fais hyper-attention en tout ce que je fais envers les femmes : pourquoi les interviews de 5 Minutes Avec étaient sans vidéo, pourquoi je n’ai jamais envoyé une demande d’ajoute à une femme (sauf une fois, et je le regrette toujours), et ainsi de suite. Si toutes les lectrices du blog faisaient des comparaisons entre les courriels échangés entre moi et elles pour des raisons diverses, je suis bien satisfait qu’elles seraient toutes d’accord que je n’ai rien tenté, que je m’excuse parfois même de les avoir contactées.
Vous comprenez maintenant pourquoi j’étais en pleine panique quand une femme mariée a accepté mon offre de covoiturage sur le forum de l’OCA pour aller voir Arnaud Demanche ?
Quand j’ai des amies françaises, c’est parce qu’elles m’ont proposé l’amitié à chaque fois, qu’il s’agit des expatriées ou de celles en France. De mon point de vue, si un mari ou un petit ami veut lire tous les messages entre nous, soyez le bienvenu — il n’y a absolument rien de coquin, sauf une fois pour me taquiner, et ce n’est pas venu de moi. (Ça m’a tué, mais je suis fiable.) Je ne fais pas d’appels sans avoir d’abord écrit. Si j’écris une carte postale ou une lettre, c’est toujours adressée à toute la famille si je connais les noms. Et pourtant… et pourtant…
Samedi, un moment Gaston est quand même arrivé.

Il y des gens qui se vexent facilement 🤔🩵
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Certains hommes manquent sérieusement de confiance en eux… et en leurs proches.
Anecdote : l’entreprise où je travaille a une barre en Amérique du Nord, nous sommes installés à New-York pour quelques activités, et à Montréal. J’ai peu de contacts avec New-York, mais je connais quelques personnes qui sont allés à Montréal, tous m’ont parlé de la formation obligatoire qu’ils ont là-bas, où les hommes apprennent à ne jamais monter seuls avec une femme dans un ascenseur, à ne jamais faire de réunion en tête à tête entre un homme et une femme dans une pièce close…
Mon impression d’homme français, c’est que ces règles rendent la vie bien compliquée… mais je ne sais pas quelle proportion de femmes ont eu des problèmes suite à ce genre de situations…
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J’ai du mal à comprendre ce comportement entre hommes et femmes.
Manque de confiance chez certains ou certaines, certainement.
Mais les règles établies entraînent je crois de drôles de situations comme celle que tu nous racontes.
Un de mes premiers emplois se trouvait justement dans un milieu uniquement masculin, et je n’ai jamais eu de problème. Et tout au long des années, dans d’autres emplois, non plus.
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Il y a une pièce (de théâtre) de William Shakespeare qui s’appelle « Beaucoup de bruit pour rien ». 😉
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D’accord, j’ai assisté à une représentation de cette pièce de théâtre.
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Je redis ce que j’avais écrit dimanche: on ne peut pas tout contrôler. Je crois que la première histoire vous a vraiment marqué et c’est inutile ee vous justif^er pour le reste. Vos intentions étaient innocentes mais on ne contrôle pas les émotions des autres. J’ai aussi un Gaston et c’est vraiment désagréable de payer pour rien.
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Cette formation me semble absolument typique. Quand je suis allé à la fac pour la première fois, il y avait une semaine d’activités dite « Orientation » (mon dictionnaire donne « cours d’introduction ») pour instruire les nouveaux élèves dans les bons comportements, ainsi que comment naviguer le campus. La plupart était banale. Mais il y avait une réunion à laquelle nous étions tous obligés d’assister, sur les relations entre les sexes. Et là, on nous a expliqué que chaque homme dans la salle était un violeur en attente. Ça 30 ans avant MeToo !
Quand j’essaye d’expliquer aux Français pourquoi la bise me rend mal à l’aise, c’est parce que ceci est mon milieu culturel. Sans le vivre, c’est difficile à croire.
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Je comprends ton extrême prudence mais il est vraiment dommage d’en arriver à ce genre de situation où tout le monde se suspecte de comportements inappropriés. Il y a de quoi devenir parano.
J’imagine que tu dois trouver certains de mes articles très étranges et aux antipodes de tes anecdotes… 🙂
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J’ai dû feuilleter dans le fil de tes articles après ceci, car rien ne m’est arrivé à l’esprit. Je sais très bien que les photographes travaillent souvent avec des mannequins ; au-delà ça, un genre de photographie qui n’apparaîtrait jamais ici car je fais des efforts de vider mes photos de gens (de peur que l’on va m’accuser de quoi que ce soit, bien sûr), je ne suis pas sûr de quoi tu parles.
Je n’étais pas paranoïaque comme ça avant ma dernière année au lycée, mais depuis ce temps, oui. Derrière la discussion récente ici sur la question de si j’ai les yeux assez ouverts sur ce qui m’attend en France, personne n’a compris que je donnerais TOUT pour ne pas vivre comme ça.
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Sur ce sujet-là en particulier, il est certain que les mentalités sont très différentes. On évoque souvent ce choc entre le monde latin et le monde anglo-saxon. Mais les choses changent…
Je faisais allusion à mes articles consacrés au nu artistique. Il y a toujours des gens qui croient que j’ai des relations sexuelles avec les modèles. Ce sont eux les pervers ! 😀 Ils confondent nudité et sexualité.
En plus, je fais aussi du nu masculin… (je ne veux même pas savoir ce que ces pervers s’imaginent).
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Ah. Non, j’ai suivi un cours d’histoire d’art au lycée — les nus en soi ne me scandalisent pas ! Ça dépend du but.
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