Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Mar-cel-di avec Andrée

On reprend pour la dernière fois « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 84 pages. Ça veut dire que j’ai sélectionné moins pour citer cette fois, afin de couvrir autant de pages. Mais j’étais prêt à passer au prochain tome.

Pas surprenant que le narrateur a un type :

Si… Albertine avait quelque chose de la Gilberte des premiers temps, c’est qu’une certaine ressemblance existe, tout en évoluant, entre les femmes que nous aimons successivement

Des pages et des pages suivent où le narrateur va ici et là avec Albertine et Andrée. Il y a plusieurs pages sur les dentelles vénitiennes, mais même si j’ai visité Burano, l’île où ces trucs sont fabriqués, pas envie d’en parler. Mais je note une mention curieuse de leurs visites :

Il y avait des jours où nous goûtions dans l’une des fermes-restaurants du voisinage. Ce sont les fermes dites des Écorres, Marie-Thérèse, de la Croix d’Heuland, de Bagatelle, de Californie, de Marie-Antoinette

Des drôles de noms, ces deux derniers !

La bande joue à des jeux que j’aurais cru plus adaptés aux enfants :

nous jouions à des jeux qui jusque-là m’eussent paru ennuyeux, quelquefois aussi enfantins que « La Tour Prends Garde » ou « À qui rira le premier »

Le traducteur a rendu « La Tour Prends Garde » comme « Roi du Château ». J’ai du mal à trouver le vrai jeu, mais il y a un film de même nom avec Jean Marais ; je l’imagine nommé pour le jeu. Il y a aussi une chanson.

Encore une fois, je me demande combien de temps se passe à Balbec :

À plusieurs reprises Robert de Saint-Loup me fit dire que puisque je n’allais pas le voir à Doncières, il avait demandé une permission de vingt-quatre heures et la passerait à Balbec.

On revient au collège, il me semble :

Après s’être appliquée à bien tracer chaque lettre, le papier appuyé à ses genoux, elle me l’avait passé en me disant : « Faites attention qu’on ne voie pas. » Alors je l’avais déplié et j’avais lu ces mots qu’elle m’avait écrits : « Je vous aime bien. »

Il passe encore des pages où Albertine et Andrée se disputent sur la question de comment leur amie Gisèle aurait dû répondre à son examen de littérature. Elle a choisi d’écrire sur :

Sophocle écrit des Enfers à Racine pour le consoler de l’insuccès d’Athalie

Les lycéens français doivent écrire vraiment de telles lettres ? Vous m’étonnez !

On passe vite sur la partie où le narrateur essaie de choisir entre la bande de ses amies par leurs mains. Je ne cite que ce qu’il dit sur la gagnante :

La pression de la main d’Albertine avait une douceur sensuelle qui était comme en harmonie avec la coloration rose, légèrement mauve, de sa peau.

Cherchez cette partie dans le texte original pour un moment bien fétichiste. C’est prolongé.

Le narrateur souffre de la maladie des collégiens, où il imagine que les filles ont envie de partager les louanges sur ses amies avec lesdites amies :

Je rejoignis Andrée, recommençai à lui faire des éloges d’Albertine… Et pourtant je n’ai jamais appris qu’Albertine les eût sus.

J’en suis aussi coupable. Mais c’est une bêtise. Quoi, il pense qu’Andrée ne sera jalouse ?

À écouter les charmantes choses qu’elle me disait d’une affection possible entre Albertine et moi, il semblait qu’elle eût dû travailler de toutes ses forces à la réaliser. 

Toi con ! Mais on est bel et bien dans les griffes de l’étape où on fait son tout pour reporter le moment où il faut tenter sa chance en avouant ce que l’on pense :

Je savais maintenant que j’aimais Albertine ; mais hélas ! je ne me souciais pas de le lui apprendre… la vivacité déjà grande de mon amour pour Albertine eut pour effet que ce fut successivement à Rosemonde et à Andrée que je proposai de monter avec moi, et pas une fois à Albertine

J’y reconnais le moi lycéen, et je ne pardonnerai jamais ça à Proust.

Dois-je ajouter que :

c’est qu’elle [Andrée] pensait que j’aimais Albertine. Et probablement n’en était-elle pas heureuse. Elle était généralement en tiers dans mes rendez-vous avec son amie.

On dit « troisième roue » en anglais, comme tenir la chandelle.

Puis Albertine va partir de Balbec, et la conversation a lieu, ou presque :

« Oui, me dit-elle, je passe cette nuit-là à votre hôtel et même comme je suis un peu enrhumée, je me coucherai avant le dîner. Vous pourrez venir assister à mon dîner à côté de mon lit et après nous jouerons à ce que vous voudrez… Venez tôt pour que nous ayons de bonnes heures à nous », ajouta-t-elle en souriant.

Ce à quoi vous vous attendez n’arrive pas. Plutôt l’envers !

« Finissez ou je sonne », s’écria Albertine voyant que je me jetais sur elle pour l’embrasser. Mais je me disais que ce n’était pas pour rien faire qu’une jeune fille fait venir un jeune homme en cachette, en s’arrangeant pour que sa tante ne le sache pas, que d’ailleurs l’audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions… Albertine avait sonné de toutes ses forces.

Pas si vite, Marcel !

Après des pages de digressions sur la relation entre Albertine et la famille d’Andrée, le narrateur lui parle enfin de ce qui s’est passé, et Albertine le reproche :

Allez, si vous tenez à mon amitié, vous pouvez être content, car il faut que je vous aime joliment pour vous pardonner. Mais je suis sûre que vous vous fichez bien de moi. Avouez que c’est Andrée qui vous plaît. Au fond, vous avez raison, elle est beaucoup plus gentille que moi, et elle est ravissante ! Ah ! les hommes !

Mais il nous dit :

Mais pour que j’aimasse vraiment Andrée, elle était… trop semblable à moi. 

Cependant, sans tarder sur une dizaine de pages où il pense à nouveau à choisir une autre fille de la bande, on atteint enfin la fermeture de Balbec pour l’hiver. Albertine part avant les autres, revenant à Paris sans dire au revoir à personne, mais le reste du monde suivent assez vite. Le narrateur nous dit :

En somme j’avais bien peu profité de Balbec, ce qui ne me donnait que davantage le désir d’y revenir.

Après 730 pages de ce tome, Marcel, je comprends au moins la première partie de votre pensée. Mais j’avoue que j’aimerais tellement voir le Grand-Hôtel de Cabourg dans la vraie vie et même dîner au restaurant Le Balbec — j’ai l’impression d’y avoir vécu pendant des mois, et il fallait être quelque chose de spécial pour inspirer tout ça.

9 réflexions au sujet de « Mar-cel-di avec Andrée »

  1. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

    Marcel est un scénariste de Kdrama, c’est sûr et certain maintenant !
    Mais si j’apprécie de voir ces évolutions de romances (pas très romantique ici !) en téléfilm… C’est assez barbant à lire… Et pire à relire !
    Tu es un véritable saint, à ce niveau-là !
    Et justement parce que tout ceci est largement différent de ce que nous apprécions et vivons… nous allons vivre plus longtemps ! J’ai mis un lien à la fin de mon dernier article avec une info que j’ai trouvée : une chercheuse aurait pu affirmer que la lecture allonge la vie parce qu’elle nous transporte dans un univers différent du nôtre et que notre connaissance d’univers différents améliore notre santé intellectuelle !
    Donc chouette ! Tes 80 pages correspondent à X minutes d’existence supplémentaires !

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