Archives mensuelles : janvier 2026

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec un éclair au café

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 25 pages ; il ne me reste que 100 dans ce tome. J’espère le finir en janvier, car je suis bien prêt à quitter Balbec.

J’avoue, j’ai dû rechercher les Albertine sur Politologue. C’était assez populaire à l’époque de Proust — 1 000 naissances par année entre 1902 et 1914, mais la dernière année à voir 200 nouvelles Albertine, c’était 1937, et il n’y a qu’une dizaine par année de nos jours. Mais c’était un choix raisonnable pour une jeune fille fictive au moment du roman.

Graphisme du nombre de naissances par année entre 1900 et 2019 pour les Albertine.
Capture d’écran

Le narrateur reprend ses pensées sur, euh, ses pensées :

Variation d’une croyance, néant de l’amour aussi, lequel, préexistant et mobile, s’arrête à l’image d’une femme simplement parce que cette femme sera presque impossible à atteindre. Dès lors on pense moins à la femme, qu’on se représente difficilement, qu’aux moyens de la connaître… L’amour devient immense, nous ne songeons pas combien la femme réelle y tient peu de place.

Encore une fois, Gilberte dit « Nan, il déconne ! » à Mlle de Stermaria.

Que connaissais-je d’Albertine ?

C’est lui qui l’a dit !

dans la série indéfinie d’Albertines imaginées qui se succédaient en moi heure par heure, l’Albertine réelle, aperçue sur la plage, ne figurait qu’en tête

Je pense au film « The Wall », réalisé par Pink Floyd pour aller avec son album du même nom, surtout cette scène :

Je ne souhaite pas faire la comparaison entre Albertine elle-même et le défilé de marteaux marchants sans cesse. C’est juste l’aspect infini.

Le narrateur rejoint Elstir, qui lui offre un esquisse fait pour une de ses peintures. Mais au lieu de l’accepter :

— J’aurais beaucoup aimé, si vous en possédiez, avoir une photographie du petit portrait de Miss Sacripant ! Mais qu’est-ce que c’est que ce nom ? — C’est celui d’un personnage que tint le modèle dans une stupide petite opérette. — Mais vous savez que je ne la connais nullement, monsieur, vous avez l’air de croire le contraire.

Elstir se tut. « Ce n’est pourtant pas Mme Swann avant son mariage », dis-je…

Et c’est exactement un portrait d’Odette. Tout est lié dans ce roman, et de façon étroite ! Mais y avait-il une relation entre Elstir et madame ? La réponse est indirecte, mais poser la question est d’y répondre à l’affirmatif.

Serait-il possible que cet homme de génie, ce sage, ce solitaire, ce philosophe à la conversation magnifique et qui dominait toutes choses, fût le peintre ridicule et pervers, adopté jadis par les Verdurin ? Je lui demandai s’il les avait connus, si par hasard ils ne le surnommaient pas alors M. Biche. Il me répondit que si…

« Il n’y a pas d’homme si sage qu’il soit, me dit-il, qui n’ait à telle époque de sa jeunesse prononcé des paroles, ou même mené une vie, dont le souvenir ne lui soit désagréable et qu’il ne souhaiterait être aboli… »

Dit autrement, « Oui, et Gilberte aurait pu être ma fille ! » J’aurais dû le deviner : comme la règle de Nostradamus, toute coïncidence qui peut être la réalité est la réalité chez Proust. C’est une version extrême du fusil de Tchekhov. Avec ça, il part de chez Elstir, ce que j’aurais juré était déjà arrivé.

Le marquis de Saint-Loup quitte enfin Balbec, ce que j’aurais aussi juré était arrivé, et la grand-mère du narrateur a un cadeau pour lui :

Je lui dis qu’il était grand admirateur de Proudhon et je lui donnai l’idée de faire venir de nombreuses lettres autographes de ce philosophe qu’elle avait achetées

La réunion des poulets qui soutiennent KFC est déclarée ouverte !

Mais ne vous inquiétez pas, ce noble admirateur de Proudhon apprécie vraiment le cadeau :

Saint-Loup avait si peur d’avoir mal remercié ma grand’mère qu’il me chargeait encore de lui dire sa gratitude le surlendemain, dans une lettre que je reçus de lui de la ville où il était en garnison.

Notre petit manipulateur, qui voulait utiliser Odette pour s’approcher de Gilberte, Gilberte et de Norpois pour s’approcher de Bergotte, et Mme de Villeparisis pour s’approcher de Mlle de Stermaria, utilise maintenant Elstir :

Quand, quelques jours après le départ de Saint-Loup, j’eus réussi à ce qu’Elstir donnât une petite matinée où je rencontrerais Albertine

J’espère — sincèrement — qu’un jour il paiera ce comportement.

Étant lui-même, à la fête :

Il y avait bien une jeune fille assise… où je ne retrouvais pas l’entité que j’avais extraite d’une jeune cycliste se promenant coiffée d’un polo, le long de la mer. C’était pourtant Albertine. Mais même quand je le sus, je ne m’occupai pas d’elle. 

JPPJPPJPPJPP ! (Explication.)

Il voulait tant ce moment que :

Au moment où Elstir me demanda de venir pour qu’il me présentât à Albertine, assise un peu plus loin, je finis d’abord de manger un éclair au café…

Je rentrai en pensant à cette matinée, en revoyant l’éclair au café…

quelques mois plus tard, à mon grand étonnement, comme je parlais à Albertine du premier jour où je l’avais connue, elle me rappela l’éclair

Je suis gravement tenté de remplacer les madeleines qui font les couvertures de ces billets par une assiette d’éclairs au café !

Des achats chez myPanier en 2022 -- des pralines roses, une tablette de chocolat, une barre de nougat, deux paquets de beurre d' Isigny et une boîte d'Anis de Flavigny

La très mauvaise idée

Il y a deux mois, je vous ai dit que j’allais prendre en charge le « Guide Pratique » de l’OCA, un document qui explique aux expatriés comment faire aux États-Unis. Je suis ici maintenant pour vous dire que je suis un con, et que c’était une grave erreur.

Pour être hyper-clair, le guide est une merveilleuse idée. Je ne peux rien partager, parce que c’est réservé sur la partie du site web uniquement pour les abonnés, mais je crois que je peux le décrire. Il y a une douzaine de chapitres, qui couvrent de tels sujets comme : comment avoir son permis de conduire, le système d’éducation pour ses enfants et comment faire ses courses — dont où trouver des produits français en ligne. Je dois avouer que des 38 sites mentionnés dans cette dernière catégorie, je ne connaissais que 11 avant de me lancer. Environ une douzaine sont inutiles pour moi — je n’ai rien à foutre chez Yves Rocher — mais d’autres lacunes sont gênantes.

Par exemple, voici un site pour commander du foie gras élevé en France. Pas de produits canadiens comme ceux que j’ai achetés pour mon dîner rhodanien. Et un autre site qui vous vendra 190 d’Anis de Flavigny pour juste 35 $ !

Des achats chez myPanier en 2022 -- des pralines roses, une tablette de chocolat, une barre de nougat, deux paquets de beurre d' Isigny et une boîte d'Anis de Flavigny

Attendez, ce dernier, c’est horrible. Je payais 6 $ la boîte de 50 grammes chez myPanier. D’autre part, comme dit la Blague de la Semaine du 19 septembre 2022, « Madame, quand je n’en ai plus, moi aussi, je les vends pour 6 € ». On ne peut plus rien commander à myPanier, après tout.

Mais ce n’est pas le problème, ni l’erreur. Le problème, c’est que je ne savais pas avant d’accepter cette responsabilité, que l’ancienne éditrice utilisait M$ Publisher pour éditer ce document de 65 pages et presque 1 000 liens. Et ce logiciel n’existera plus après octobre de cette année.

« Ah, Justin », me dites-vous, « c’est pas grave du tout. Ce logiciel vient de M$, la même entreprise irresponsable de Word. Sûrement ils ont planifié exactement quoi faire, et ont sorti un outil pour convertir entre les deux formats sans soucis ! »

HAHAHAHAHAHAHAHA ! Ce que j’adore le plus chez les Français, c’est votre humour pince-sans-rire ! Oh, punaise, vous êtes sérieux, car il vous semble impossible que cette entreprise dise « Allez vous faire voir chez les grecs ! » à ses clients.

Pourtant, c’est exactement ce qui est arrivé. Ne me croyez pas sur parole, voici ce qui dit M$ sur ce sujet :

Remarque : Même si vous pouvez exporter une partie ou la totalité de votre composition dans Word, vous ne pouvez pas enregistrer la totalité de votre composition (texte, graphismes et mise en page) d’un document Word en une seule étape.

Enregistrer une composition en tant que document Word, Microsoft

C’est pire que ça : alors que l’on peut enregistrer le texte uniquement dans un document Word d’un coup, s’il y a des graphismes, ou si le texte contient une mise en page compliquée…

Copier et coller une page ou des objets sur une page

Enregistrer une page, deux pages en face à face ou des objets sur une page en tant que fichier image… Les utilisations possibles incluent un calendrier, une couverture de livre ou une composition qui inclut un tableau ou que vous n’avez pas besoin de modifier dans Word.

Super. Ce document contenait de nombreux graphismes, change entre 1 et 2 colonnes souvent, et contient une belle quantité de tableaux en plus.

Il y a des solutions tiers, comme ce convertisseur gratuit en ligne. J’ai aussi fait des expériences avec Canva, où j’ai essayé d’importer le fichier PDF qui est le produit final. Il suffit de dire qu’après 30 secondes avec les résultats de Canva, j’ai abandonné. Mais le convertisseur a donné des résultats moins que suffisants aussi. Par exemple, il pense que le pied de page est unique pour chaque page, et a donc créé quelque chose de différent pour chacun, bien que je veuille avoir juste les numéros de page et une note que c’est la propriété à l’OCA.

Alors, pendant des semaines, petit à petit, j’essaie de régler tous les problèmes du document converti, car il y avait des centaines au début. J’espère le terminer enfin ce week-end. Plus tard, je créerai un document tout neuf soit en Word soit en Canva, sans la mise en page originale, mais l’important en ce moment, c’est de sortir de notre dépendance à un logiciel qui va disparaître.

C’est la deuxième fois que je dois sauver mon association d’un tel choix. Heureusement pour eux, je suis bénévole, n’est-ce pas ?

Au fait, mes excuses pour l’anglicisme informatique ci-dessus. En anglais, on dit M$ pour Microsoft, mais je doute que ça se traduise en M€. Je ne connais pas l’humour de mes homologues français !

Les vraies baguettes

C’est quoi le truc le plus important dans la cuisine française ? On penserait que ma réponse serait les macarons parisiens, vu les folles quantités qui sortent de mon four chaque année (dont 300 d’un coup). Mais peut-être que vous vous souvenez de mon plus grand regret après mon troisième voyage en France : je n’ai toujours pas acheté une baguette dans une boulangerie. Je n’arrive pas à penser à un rituel quotidien plus important à la vie française (et pas super pour les diabétiques en plus). Que ce soit une bonne idée d’en manger quotidiennement ou pas, la vraie baguette française n’est pas le pain levain de chez Boudin, alors comme souvent, si j’en veux, je dois le faire pour moi-même. Et dans ce cas, pour mes invités en plus !

3 baguettes cuites sur un moule à baguette en métal perforé
Haute résolution en cliquant

Allons les préparer !

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Le grand tour

Ça fait des mois où j’ai envie de vous montrer mes efforts de vivre à la française dans le nouvel appartement. Mais jusqu’à ce week-end, il restait trop de cartons partout. Cependant, le salon et la cuisine étaient enfin prêts, assez pour avoir des invités, et c’est presque tout ce que je voulais vous montrer. (Vous allez rire pour l’autre chose.)

Alors, je ne sais pas comment s’organisent les appartements typiques en France, mais en Californie, il y a une grande pièce qui sert également comme salle à manger et salon, et il n’y a pas de mur entre les deux. De plus en plus, c’est commun dans les maisons aussi — on appelle ça « open » (ouvert) plutôt qu’avouer que c’est juste une façon d’économiser sur les matériaux.

Dès que l’on entre, on voit le joyau de chez moi, l’affiche qui annonce « Bienvenue aux Français ». C’est l’affiche de Londres que j’ai acheté au Mémorial de Caen, et c’est directement en face de la porte d’entrée.

L'affiche a un gros-titre « À tous les Français », suivi du texte de l'appel du 18 juin 1940. La signature du général de Gaulle apparaît en bas. Le cadre est en bois d'érable.

Commençons quand même avec la salle à manger. On peut voir la table ronde avec un plateau en verre où chaque plat du blog a été photographié — je l’ai acheté en 2010, quand j’ai dû meubler mon propre appartement après 8 ans de vie conjugale. (Si je vous disais la vraie histoire sur les meubles partagés, vous m’appelleriez tous un gros menteur. Les lois californiennes en ce qui concerne le divorce permettent de sales tours.) Les 4 sièges viennent de la même époque. Pour accueillir 4 invités, j’ai emprunté un siège à mes parents. Les sets de table blancs viennent de la même époque aussi — quand La Fille avait ses 5 ans, je les ai remplacés avec des sets arc-en-ciel pour elle, mais j’ai gardé les originaux pour exactement de tels moments. Derrière la grande table ronde, il y a un petit table rectangulaire avec un plateau en verre. Anciennement, c’est où j’avais un aquarium. Mais j’avais déjà arrêté d’élever des poissons avant de commencer mes leçons de français — j’étais très doué et aussi très mauvais en tant qu’éleveur, et une autre fois, j’expliquerai de quoi je parle.

Les élèves d’IKEA remarqueront trois étagères « Kallax » dans la photo. Toutes datent depuis 2020 — j’avais besoin de plus d’espace pour ma bibliothèque de films et tous mes nouveaux outils de cuisine ! D’abord, examinons les deux à gauche — c’est le mur le plus long de la pièce, mais ces deux photos sont aussi à haute résolution, au cas où vous auriez envie de fouiller parmi mes disques et mes livres.

Bibliothèque en forme de cube, avec 4 étagères au total. Sur les 2 en haut, il n'y a que des DVDs et des Blu-Rays français, dont une vingtaine de films de Louis de Funès ainsi que des coffrets de Fantômas, de la 7e Compagnie, des Gendarmes de Saint-Tropez et de Belmondo. En bas, il y a des disques anglophones -- Father Brown de la BBC, Star Wars, le Seigneur des Anneaux, Indiana Jones et Matrix.
Bibliothèque à 4 étagères en forme de cube. En haut à gauche, une théière et des bouteilles d'eau ; à droite, des boites de pâtes, mes tapis en silicone et de gros sacs de sucre vanillé. En bas à gauche, des poches à douille ; en bas à droite, ma collection de livres de cuisine en français.

Vous avez sûrement remarqué qu’il y a quelque chose au-dessus de la première étagère. Voilà :

C’est un piège à fantômes des films « SOS Fantômes », qui sert en tant que seau à pop-corn. Il repose sur un petit tapis turc. Qui me l’a vendu ? Notre ami Mehmet. L’autre chose est un vieux calendrier que Disneyland a envoyé à ses abonnés il y a une décennie. Ça contient des affiches des attractions du parc, largement des années 60. Je peux le prendre en photos si vous en avez envie.

Voici l’autre étagère Kallax, bien stockée avec des outils de cuisine. La théière est du Creuset, ainsi que la poêle en fonte émaillée. En bas à droite, il y a une grosse boîte de bâtons de chocolat pour fabriquer des pains au chocolat.

Maintenant, j’ai la surprise des surprises pour la plupart d’entre vous (certains l’ont vue déjà). Au-dessus des deux premières étagères, il y a une affiche de Rabbi Jacob :

Affiche de la version restaurée 4K de Rabbi Jacob. Cadre en bois d'érable, avec un passe-partout vert de même couleur que le chewing-gum dans l'usine du film.

Et au-dessus de la table rectangulaire, de La Grande Vadrouille :

Affiche de la version restaurée 4K de La Grande Vadrouille, avec de Funès sur les épaules de Bourvil en premier plan, et  la Tour Eiffel en arrière plan. En haut, la légende dit : « Le film préféré des Français fête ses 50 ans ! ». Cadre en bois d'érable, passe-partout en bleu un peu plus foncé que le ciel derrière la Tour Eiffel.

J’ai commandé les deux à un magasin à Lyon, Loulou Affiche. Ce magasin porte ma recommandation la plus haute — les prix étaient raisonnables, et l’emballage était impeccable. Une amie lyonnaise qui connaissait le magasin a correctement deviné les contenus du colis rien qu’en voyant l’adresse.

Dans la cuisine, il y a un souvenir précieux :

Essuie-mains en vert clair avec un bord orange. Il y a un dessin du fromage Livarot cousu sur un côté.

C’est l’essuie-mains que j’ai reçu de la maîtresse de Flanel, le chat voyageur à la fin de notre rencontre à Lisieux.

Le four et la cuisinière sont efficaces, mais il y a un problème. Pouvez-vous le deviner ?

Cuisinière et four. Il y a une grosse cocotte du Creuset posée sur la cuisinière, et 4 bobines en fer pour chauffer les casseroles.

Les bobines en métal de la cuisinière réchauffent à chaque fois que le four se met en marche !

Je n’ai pas de plaintes sur les comptoirs. J’ai assez d’espace pour tout mon électroménager, et mon tapis en silicone pour étaler les pâtes rentre bien sur le comptoir en bas.

Alors, le salon. C’est le même téléviseur plasma et la même chaîne stéréo que j’utilise pour regarder tous mes films depuis le début . Les haut-parleurs viennent de l’entreprise californienne Revel, et ont été fabriqués ici. La caisse de basse vient d’une entreprise dite Hsu Research, encore plus près de chez moi.

Le canapé a presque autant d’années que La Fille. Les haut-parleurs aux côtés viennent aussi de chez Revel, mais ne sont pas encore branchés — je dois faire attention avec les fils.

Entre la télé et le canapé, il y a une table basse :

Table basse en bois de cerisier. Il y a un tissu au-dessus, et em bas, des boites pour des jeux vidéo.

Ah, quelque chose a attrapé votre œil, hein ? C’est un chemin de table du magasin niçois Tissus Toselli — mais je l’ai acheté chez Moulin. Ça m’a coûté 40 $. Je ne m’en plains pas.

Je gardais une chose pour la fin de ce tour, et nous voilà. Mes invités ont utilisé la salle de bain de La Fille. Voici ce qu’ils ont vu en y entrant :

C'est un rideau de douche avec Mario, Luigi et Toad, avec des blocs briques et ? en haut. un super champignon et des pièces à gauche, et un drapeau d'arrivée à droit.

Ouais, même si c’est une pièce que mes invités vont voir, je n’ai pas honte de signaler que c’est d’abord chez La Fille !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Maître-D

Cette semaine, Langue de Molière fait la rencontre avec Dimanche avec Marcel afin de nous amener enfin à une blague dans ma tête depuis des années. 5 années, pour préciser.

D’abord, revenons à un moment que j’ai mentionné dans Dimanche avec les de Stermaria, sans citer ces phrases exactes — juste la partie directement avant qui parlait des habitués de l’hôtel :

Ce petit groupe de l’hôtel de Balbec regardait d’un air méfiant chaque nouveau venu, et, ayant l’air de ne pas s’intéresser à lui, tous interrogeaient sur son compte leur ami le maître d’hôtel. Car c’était le même — Aimé — qui revenait tous les ans faire la saison et leur gardait leurs tables… [caractères en gras ajoutés — Justin]

À l’ombre des jeunes filles en fleurs

En anglais, on a emprunté « maître d’hôtel » au français il y a longtemps, mais de façon tronquée :

Entrée du dictionnaire Merriam-Webster pour "maitre d'"
Capture d’écran

On n’utilise que très rarement le mot « hôtel » après l’apostrophe, et presque jamais l’accent circonflexe. Si vous cliquez le lien de la photo, vous verrez que le circonflexe n’apparaît dans aucun des 5 exemples. Mais l’important ici, c’est que je veux que vous voyiez que l’on dit « maitre d' » en anglais. Sachez aussi que la traduction de « maître », c’est « master ».

Sautons du coq à l’âne ; restez avec moi, et je promets que l’on reviendra sur le sujet original. Parmi mes jeux vidéo préférés de tous les temps se trouve le chef-d’œuvre de chez Capcom pour la NES, ainsi que l’arcade, Bionic Commando. Dans ce jeu, on joue dans la peau d’un soldat équipé d’un bras bionique qui « lui permet d’attraper diverses surfaces afin de se propulser ou de s’y laisser pendre » (merci, Wikipédia, j’allais avoir du mal à expliquer ça). Mais l’arcade et la NES ont une différence importante. Voici une statue du méchant à la fin de la version arcade :

Jeu NES (alors pas trop réaliste) avec une statue en pierre gris d'un homme habillé en uniforme militaire, avec une casquette militaire, une longue barbe et des lunettes de soleil. Elle n'a pas de bras droit.
Capture d’écran

Je ne sais pas vous, mais à mon avis, il ressemble le plus au chanteur Billy Gibbons de ZZ Top. C’est la barbe follement longue :

Billy Gibboms porte une longue barbe, des lunettes de soleil, et un chapeau Stetson.
Billy Gibbons en tour à Tours, Photo par Tilly antoine, CC BY-SA 4.0

Mais le jeu de l’arcade est beaucoup plus court que le grand classique de la NES, et n’a pas d’histoire détaillée comme ce dernier. Pendant la grande majorité du jeu de la NES, on croit que le méchant est un certain Generalissimo Killt :

Generalissimo Killt menace le joueur, Capture d’écran par PPLToast, CC BY 3.0

Mais juste avant la fin du jeu, il s’avère que le vrai méchant est en fait le chouchou de Hollywood, ressuscité juste à temps :

Capture d’écran

Ouais, c’est le leader allemand de la Seconde Guerre mondiale. Il dit « Tu m’as réveillé d’un long sommeil. Maintenant, je n’ai plus besoin de toi. » Au Japon des années 80, ça ne faisait pas polémique, et le jeu était connu sous le titre « Top Secret : La Résurrection d’Hitler ». Mais afin de le sortir en Amérique du Nord, Nintendo a insisté que le développeur doive enlever toute référence aux Nazis. Alors quand le generalissimo vous dit qu’il était en train de ressusciter le dictateur, il utilise un nom différent :

Capture d’écran

En particulier, il dit « Je viens d’éteindre le dispositif de résurrection. Master-D ne reviendra jamais. »

Et maintenant vous le voyez. Hitler est devenu « Master-D », alors une fois que j’ai appris un peu de français, j’ai enfin compris qu’il avait été renommé « maître d’hôtel ».

Si seulement il avait dit au joueur « Muskatnuss, Herr Müller ! » . Mais le jeune moi ne l’aurait pas compris.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec un billet pas mal.

Saison 4, Épisode 40 — Un jour sans galette

Je n’arrive pas à le croire, mais c est le premier Jour des Rois du blog sans une galette ni autre recette pour la journée (en 2022, c’était Les haguignettes, une recette normande, mais autrement, c’est toujours une galette). À vrai dire, après tout le temps en cuisine dimanche, je suis trop fatigué — et il me reste trop de sucreries pour en vouloir plus.

(Si vous avez jamais vu L’Invasion des profanateurs, c’est ici où vous dites : « Qui êtes-vous et où est Justin ? »)

Aimeriez-vous entendre un moment de choc culturel — et thermique ? Je sais que la climatisation n’est pas partout en France comme aux États-Unis, mais il m’étonne que même après 20 ans ici, il y en ait qui ne s’y habituent pas. Il faisait chaud chez moi après des heures de cuisine, et l’une des invités m’a demandé d’ouvrir la fenêtre. J’ai offert la clim, mais elle préférait la fenêtre. Je n’ai pas l’habitude de l’ouvrir, alors j’ai oublié que je l’avais fait. Hier, je me demandais toute la journée : « Le chauffage, est-il en panne ? Il fait froiiiiiiiid ! » C’était la fenêtre. Je vous rassure, elle est fermée maintenant !

Je dois partager une super nouvelle, puis cafarder sur quelqu’un. Aux États-Unis, il faut réussir un écrit pour avoir ce que l’on appelle un « learner’s permit » (on pourrait dire « permis d’élève ») avant d’avoir son permis de conduire. Lundi, La Fille a passé son examen et l’a réussi avec une note de 40/45. En 6 mois, elle pourra passer l’examen pour avoir son permis.

On passe au cafardage. Il faut montrer deux documents comme preuves que l’on habite à l’adresse qui sera sur le permis. Ooooooooon — je n’ose pas dire qui — a décidé que puisque le nom de La Fille n’apparaissait pas sur les factures des services publics, ces documents ne comptaient pas, bien que le gouvernement dise autrement. Cette personne a donc donné à La Fille une carte postale de son lycée avec les dates de quelques concerts. Naturellement, le fonctionnaire qui traitait des données de La Fille ne l’a pas acceptée. Quelle surprise complètement prévisible. Bravo, Celle-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom.

Vous savez sûrement que je dis parfois que je me sens à l’aise autour des Français car on a les mêmes défauts. Parmi les pires défauts que la France partage avec la Californie, c’est que l’on adore nos squatteurs. Mais vous n’avez toujours pas la solution la plus californienne à ce problème. Pour quelques milliers de dollars, on peut embaucher un type qui squattera dans votre propre maison avec un sabre de samouraï (lien en anglais), pour convaincre les mauvais squatteurs à partir. Je ne plaisante même pas. Cet article date de septembre, mais il est tout à coup devenu très célèbre.

Au fait, je ne l’ai pas mentionné hier, mais j’ai suivi les conseils de la majorité ici, et il n’y avait pas de musique avec le dîner. Je vous écoute soigneusement, même quand ça veut dire ne rien écouter !

Notre blague traite d’un club de retraités. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Cohérence et Dulcinée.

Sur le blog, il y a aussi Le bilan de l’année 2025, le sommaire de l’année dernière, C’est le 1er, version janvier 2026, ma revue mensuelle de mes blogs préférés, La planification, où je me souciait du dîner de dimanche soir, et La honte nationale, sur le choix de symboles au World Trade Center.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Le dîner, enfin

La balado est reportée d’un jour cette semaine pour des raisons qui seront bien évidentes. Dimanche soir, j’ai eu enfin des invités pour la première fois en 10 ans, et il s’agissait de 4 personnes pour qui je ferais tout. On parle de deux couples qui m’ont accueilli trop de temps pour compter chez eux pendant les 3 dernières années, pour des événements de l’OCA, et ça fait longtemps dont je veux rendre la faveur.

Je n’ai jamais publié des photos de ma chambre, ni dans le vieil appartement ni dans l’actuel, et c’est peu probable que ça change. Disons que le salon était parfait, la cuisine acceptable vu le niveau de travail, et ma chambre, mi-Mogadiscio, mi-Porte de la Chapelle. Bon, pas de Colline du Crack, mais il reste beaucoup de cartons pas rangés. Si j’avais 20 mètres carrés de plus, il n’y aurait pas de problème, mais ce n’est pas l’appartement que je loue. Plus tard cette semaine, vous aurez le tour du salon et de la cuisine — je suis sincèrement fier de ce que j’ai fait dans ces pièces.

On penserait que j’aurais plein de photos des plats, mais en fait, non. Il y a deux raisons pour ça : 1) vous avez déjà vu des exemples de tous sur ce blog, et 2) plus l’heure s’approche, moins je veux faire des pauses pour prendre des photos ! Cependant, il y avait quand même une nouveauté, et vous aurez la recette plus tard cette semaine.

Alors, la carte. Pour commencer, l’apéro : un mélange de fruits secs, du fromage brie, deux genres de fromage de chèvre local, mes biscuits salés préférés au monde entier (les Raincoast Crisps canadiens, aux raisins secs, romarin, et noix de pécan), et… et… des baguettes 100% maison.

Plateau d'apéro : baguette largement cachée derrière un bol de fruits secs, deux fromages de chèvre, un rond de brie, et 4 tas des biscuits "Raincoast Crisps" qui séparent les fromages.

La baguette est presque invisible dans cette photo. Ayez une autre avec les trois :

Plaque à trois baguettes, avec une baguette bien cuite dans chaque puits.

Je vous dirai deux choses sur ces baguettes : 1) elles exigeaient une sacrée quantité de travail, et 2) je ne dois pas d’excuses à Moulin. On pet trouver mieux partout en France. Mais pas ici.

Après ça, les trois plats étaient la soupe VGE de mon dîner rhodanien, le thon à la basquaise de mon dîner basco-béarnais et la bûche « Truffe framboise » du dernier Noël. Chacun est un boulot en soi, mais je voulais que ces amis comprennent exactement ce qu’ils signifient pour moi.

Voici les soupes VGE juste avant d’être dorées et enfournées :

Il y a 5 ramequins, chacun recouvert de pâte feuilletée.

Je regrette mon choix de viande — la première fois, je croyais que paleron voulait dire filet. Cette fois, j’ai acheté le bon paleron. À mon avis, c’était un peu trop dur. Mais la pâte ? Je sais ce que fais là. Et c’était fait hier matin afin de ne pas avoir le goût du congélateur. (S’ils avaient ouvert mon congélateur, ils n’auraient rien trouvé — je l’utilise très peu.)

Voici la bûche avant d’y mettre la ganache au chocolat. C’est amélioré car je me souviens de toutes les choses que je changerais après avoir essayé une recette pour la première fois. Il n’y a que deux feuilles de gélatine au lieu des trois de Noël ; pourtant, avec plus de temps au congélateur la veille du dîner, c’était aussi stable qu’avant.

Bûche faite de mousse au chocolat et à la framboise posée sur une grille au-dessus d'une grosse assiette.

J’ai dû acheter deux bouteilles d’alcool : du vermouth pour la soupe, et du vin blanc pour faire cuire le thon :

À gauche, une bouteille de vermouth Dolin blanc de 375 mL. À droite, une bouteille de Clos du Bois 2023. C'est un vin blanc inoffensif, mais pas plus.

Le vermouth est de la marque Dolin, un produit de Chambéry. J’ai dû l’acheter en souvenir de mon amie regrettée, Pascale. Le vin est un pinard californien bas de gamme, Clos du Bois. Pourquoi ai-je acheté cette bouteille ? Parce que je n’allais pas utiliser que la moitié, alors elle avait l’atout le plus important : un bouchon à vis. Sérieusement, c’est tout.

Mais j’avais déjà la bouteille la plus importante sous la main :

Une bouteille de vin Bourgueil AOP 2021. C'est un vin rouge du Val de Loire.

C’était un cadeau de mon amie rouennaise quand je lui ai rendu visite en 2023. Je la garde depuis ce temps-là, en attendant une opportunité de la partager avec des Français. Je ne peux pas boire autant tout seul, et il m’était important de la garder pour des gens comme elle, de vrais amis.

Mais je dois vous dire : je ne m’attendais pas à ce qu’ils restent jusqu’à minuit quand on est déjà dimanche. Je leur avais dit que je n’ai pas l’habitude de me coucher tôt (comme vous le savez tous), mais lundi n’est pas un jour férié ici. Ce que je ne savais pas, c’était que l’un des deux couples, qui m’accueille déjà pour les soirées de jeux de plateaux, apporterait plusieurs jeux de cartes. On a joué pendant deux heures et demi après le dessert.

J’ai toujours des larmes aux yeux. Je veux tellement faire ce dîner depuis des années. Et c’est enfin arrivé. Mais vous avez vu le niveau d’effort. Ai-je raison quand je dis : c’est bon de me connaître ?

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec Mme Elstir

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 20 pages.

La visite chez Elstir — quel nom bizarre ; le son ne me rappelle aucune langue de ma connaissance — continue, et le narrateur réussit à faire déprimer Elstir, car il essaye de le flatter : « je prononçai le mot de gloire. » En résultat :

Ceux qui croient leurs œuvres durables — et c’était le cas pour Elstir — prennent l’habitude de les situer dans une époque où eux-mêmes ne seront plus que poussière. Et ainsi en les forçant à réfléchir au néant, l’idée de la gloire les attriste parce qu’elle est inséparable de l’idée de la mort.

Vous vous flattez trop, Elstir. Je n’ai jamais entendu parler de vous jusqu’à la semaine dernière.

De toute façon, le narrateur croyait qu’il avait perdu sa chance avec la bande de filles en allant chez Elstir. Mais :

Tout à coup y apparut, le suivant à pas rapides, la jeune cycliste de la petite bande avec, sur ses cheveux noirs, son polo abaissé vers ses grosses joues, ses yeux gais et un peu insistant

Uh-oh. Ayez un pneu crevé tout de suite, mademoiselle — vous pouvez me remercier plus tard, mais ne vous approchez pas… et, tant pis :

Elstir me dit qu’elle s’appelait Albertine Simonet… Cette fois j’avais situé dans un milieu interlope des filles d’une petite bourgeoisie fort riche, du monde de l’industrie et des affaires. C’était celui qui de prime abord m’intéressait le moins, n’ayant pour moi le mystère ni du peuple, ni d’une société comme celle des Guermantes.

Je déteste son arrivisme. « Moi, qui ne fais pas partie de l’aristocratie, je suis trop bon pour traîner autour des bourgeois, juste les Guermantes. » (Ce n’est pas une citation ; c’est moi dans sa peau.) Avec son attention habituelle, toujours ciblant le prochain jouet :

Je ne savais guère ce qu’était Albertine Simonet. Elle ignorait certes ce qu’elle devait être un jour pour moi. 

La pire erreur de ma vie — et il y en a plein, mais celle-ci est sans question la pire — c’est que j’ai rencontré une fille à un déjeuner à la fac et réussi à m’en souvenir. Vous la connaissez sous le nom « mon ex ». Alors je ne compatis pas avec ce type quand il se plaint de ne pas s’être souvenu d’elle ailleurs :

si je veux remonter jusqu’à la jeune fille que je croisai le jour où j’étais avec ma grand’mère, il me faut ressortir à l’air libre. Je suis persuadé que c’est Albertine que je retrouve… mais toutes ces images restent séparées de cette autre parce que je ne peux pas lui conférer rétrospectivement une identité qu’elle n’avait pas pour moi au moment où elle a frappé mes yeux ; quoi que puisse m’assurer le calcul des probabilités, cette jeune fille aux grosses joues qui me regarda si hardiment au coin de la petite rue et de la plage et par qui je crois que j’aurais pu être aimé, au sens strict du mot revoir, je ne l’ai jamais revue.

C’est une façon très longue de dire qu’il est persuadé qu’il y avait encore une autre qu’il aurait dû poursuivre dans la bande de filles.

Avec ça, le narrateur reprend sa pire habitude, traiter les gens comme des outils :

Elstir tout en peignant me parlait de botanique, mais je ne l’écoutais guère ; il ne se suffisait plus à lui-même, il n’était plus que l’intermédiaire nécessaire entre ces jeunes filles et moi.

La pauvre Mme Elstir entre dans le studio et interrompt la conversation. Le narrateur a une mauvaise impression d’elle :

Je la trouvai très ennuyeuse ; elle aurait pu être belle, si elle avait eu vingt ans, conduisant un bœuf dans la campagne romaine ; mais ses cheveux noirs blanchissaient ; et elle était commune sans être simple, parce qu’elle croyait que la solennité des manières et la majesté de l’attitude étaient requises par sa beauté sculpturale à laquelle, d’ailleurs, l’âge avait enlevé toutes ses séductions. 

Mais ne vous inquiétez pas :

Plus tard, quand je connus la peinture mythologique d’Elstir, Mme Elstir prit pour moi aussi de la beauté.

Il faut le dire : son avis sur les femmes est presque toujours superficiel et une question d’aspect.

En quittant enfin le studio d’Elstir, il revoit encore la bande de filles et comme d’hab, la possibilité de rencontrer l’objet de ses passions produit l’effet inverse de celui attendu :

La certitude de la présentation à ces jeunes filles avait eu pour résultat, non seulement de me faire à leur égard jouer, mais éprouver, l’indifférence.

À vraie dire, La Recherche me semble de plus en plus être la version bourgeoise française du Don Quichotte. Ce gars construit des châteaux dans les airs toute la journée, et la seule chose qu’il craint vraiment, c’est de rencontrer la réalité. Heureusement, il a enfin quitté Elstir, alors peut-être que l’histoire avancera un peu la prochaine fois !

La honte nationale

Ce n’est pas du tout le post dont j’avais envie d’écrire. Mais hier, dans l’État de New York, le gouverneur a commis, à mon avis, l’acte le plus honteux de ma vie. Si on a hâte de dire « Mais le 6 janvier », une différence importante est que personne ne parlera contre ce que madame a fait. Même quelques sénateurs républicains ont voté pour destituer M. Trump après ce jour-là. Cette fois, on parle d’une capitulation à la terreur.

Antenne du One World Trade Center illuminée en vert, Photo par le Gouvernement de l’État de New York

Avant de continuer, imaginons un contexte français qui serait pareil. Imaginez que demain, Mme Rima Hassan annoncera : « On va fêter l’Islam en illuminant le Bataclan avec la couleur du drapeau de l’État islamique. » M. Zohran Mamdani, le nouveau maire de New York, n’a pas fait cette annonce. Mais Mme Kathy Hochul, le gouverneur de l’État de New York, l’a faite à son honneur.

Je ne cache pas que je n’approuve pas le choix des new-yorkais. Ce n’est pas moi, ce n’est même pas M. Mamdani, qui dit qu’il ne se croit pas un citoyen. C’est sa mère :

He is not an Uhmericcan (American) at all. He was born in Uganda, raised between India and America. He is at home in many places. He thinks of himself as an Ugandan and as an Indian.

Il n’est pas un américain du tout. Il est né en Ouganda, élevé entre l’Inde et l’Amérique. Il est à l’aise dans beaucoup d’endroits. Il se croit un Ougandais et un Indien. [Ma traduction]

Interview avec Mira Nair, Hindustan Times (archivé)

Mais encore une fois, ce n’est pas lui qui a fait l’acte honteux. Pour fêter son investiture, Mme Hochul a proclamé (la dernière ligne) que janvier 2026 sera le mois du patrimoine musulman-américain :

Capture d’écran

Même ça, ce n’est pas honteux en soi. Selon le texte, « Les musulmans-américains ont un impact important sur notre paysage politique. » C’est un choix de mots époustouflant, « impact », surtout dans le New York, mais c’est l’annonce de la fête pour le soir-même qui est la honte nationale :

Capture d’écran

Ça dit : « Ces 16 sites emblématiques seront illuminés en vert à l’honneur du mois du patrimoine musulman-anéricain : 1 World Trade Center… ». Dit autrement, le tout premier site mentionné est exactement le bâtiment construit pour remplacer le World Trade Center original.

Parce que je voulais être juste, j’ai vérifié d’autres fois où des sites ont été illuminés à l’honneur de telle ou telle raison. Ce sont largement les mêmes choix à chaque fois : Memorial Day, la Ryder Cup, la Fête du travail (liens en anglais). Je devinerai donc que personne n’a pensé au problème — à partir de Mme le gouverneur.

Mais je suis bouche bée. Ce n’était pas les boudhistes qui ont fait tomber les « Twin Towers. » Ce n’était pas les israéliens — même s’il y a plein de complotistes qui disent ça. Ce n’était même pas le club de tricoteuses d’East Teaneck, dans le New Jersey. Illuminer le nouveau World Trade Center dans exactement la couleur des destructeurs de l’ancien n’est pas une façon de montrer que l’on s’entend avec l’Islam. C’est une façon de leur dire que nous avons soumis.

La planification

Je vous ai dit dans le bilan de l’année 2025 que je vais accueillir des invités chez moi dimanche. Puisque j’essaie de garder un ton optimiste pour les bilans, je ne vous ai pas dit que je suis désormais en plein panique. Heureusement, vous êtes tous ici pour aider avec la planification.

C'est une salle à manger avec un surtout de table en métal argenté de Christofle. Les murs sont dorés comme on trouve souvent dans les palais, Les sièges sont en cuir et en bois, et il y a trois candélabre à 10 branches devant la fenêtre, elle même recouverte d'un rideau blanc.
Salle à manger au palais du Louvre, Photo par Thomon, CC BY-SA 4.0

D’habitude, quand je vais chez les autres pour les événements de l’OCA, il y a de la musique. Pas très forte, afin de ne pas interrompre les conversations, mais quand même. Je dois vous dire, c’est plutôt étranger à moi, parce que je ne joue jamais de la musique comme fond sonore. Si je l’écoute, c’est tout ce que je fais. En voiture, évidemment c’est plus important à faire attention à la route — raison pour laquelle je préfère Les Grosses Têtes en voiture !

Alors, je dois rassembler une liste de lecture, ou comme dites vous les anglophones, une playlist. J’imagine que 3 heures de contenus suffisent. Mais rien ne devrait être trop bruyant. Pas d’Alice et June, pas des Histoires d’A. Il me semble que j’ai une belle demi-heure d’Indochine acoustique pour ça — quelques chansons enregistrées du concert à la Tour Montparnasse, des trucs de l’album Singles Collection, peut-être que « Le Lac » n’est pas trop bruyant. J’ai l’intégrale de Marie Laforêt, ainsi que celle de Téléphone, et tout l’album de Véronique Sanson, « De l’autre côté de mon rêve ». Il y aura du Sandrine Mallick et du Nicolas Moro. Je n’hésiterai pas à emprunter aux 30 Ans de Taratata, surtout pour les représentations d’Eddy Mitchell. Il y a un peu des Rita Mitsouko que je peux utiliser, comme 1928 de l’album La Femme Trombone, ou Même Si de l’album Variété. Mais je me sens comme si j’en ai besoin de plus. Vos suggestions sont les bienvenues !

Il me faudra avoir quelque chose pour grignoter avant d’aller à table, j’imagine. Un américain servirait un plateau de fromage et de biscuits salés avant le dîner. Mais j’ai l’impression que le fromage est toujours entre le plat principal et le dessert en France. Je ne veux pas faire un faux pas !

Les boissons posent un problème. Je n’ai pas l’habitude de boire que de l’eau et du thé glacé sans sucre. J’aurai une bouteille de vin blanc, et j’ai dit à un des deux couples qu’un vin rouge sera le bienvenu s’ils veulent apporter quelque chose. Mais je ne sais pas quoi servir d’autre. Je ne vois que très peu de sodas aux événements de l’OCA. C’est toujours du vin et de l’eau. Y a-t/il un autre bon choix non-alcoolisé ?

Au fil du Tour, je ne dirais pas que j’étais paresseux quant aux accompagnements, mais je ne faisais pas trop car les dîners étaient tous pour une personne. Le plat principal sera (je gâche la surprise pour vous, mais pas pour les invités) le thon à la basquaise. Je n’ai plus de riz de Camargue, mais je ne crois pas que ce soit le bon accompagnement non plus. L’écrasé de panais était une star du Tour, mais peut-être pas avec du thon. Vos suggestions sont aussi les bienvenues pour ça !

Quant au pain, doit-il être une baguette, ou puis-je servir un pain de mie maison ? J’en ai un bon du livre d’Apollonia Poilâne, mais mes baguettes ne sont pas à la hauteur. Il me faudrait en acheter. C’est quoi le bon choix ?

Comme vous pouvez voir, j’ai pensé principalement au menu, mais vu que je ne suis pas trop expérimenté en accueillant des invités en général, et surtout des Français, il y a des détails qui m’échappent !