Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Au secours !

La Fille est rentrée à la maison la semaine dernière avec une nouvelle. « Papy », m’a-t-elle dit, « j’ai ta prochaine Langue de Molière ». « Excusez-vous », ai-je répondu, « mais c’est ‘Papa’, pas ‘Papy’. » « Mais tu as connu les dinosaures. C’est ce qui dit ma mère. Tu ne veux pas que je lui dise que tu as dit qu’elle avait tort, n’est-ce pas ? » Elle m’a eu. « Alors, ma grande, qu’est-ce que tu veux raconter à ton arrière-daron ? » Et c’est ainsi que l’on a notre note hebdomadaire.

Peut-être que vous avez eu la malchance d’être sur un bateau qui commence à couler. Le capitaine, ou si c’est assez grand, le chargé de communication, prend le micro de la radio et supplie de l’aide avec une expression bizarre en anglais : « May Day! » May Day, c’est le 1er mai, particulièrement dans son aspect de jour férié communiste (raison pour laquelle on fête les ouvriers en septembre aux États-Unis). Bien sûr, en Angleterre, c’est plutôt une fête païenne, la nuit de Walpurgis, où tout le monde danse autour d’un mât pour cacher les débauches de la nuit du 30 avril.

Ou peut-être que c’était choisi comme appel de détresse en honneur de l’une des méchantes les plus inhabituelles des films de James Bond, aussi May Day, apparue dans Dangereusement vôtre (tourné en partie au Château de Chantilly) :

Grace Jones dans le rôle de May Day, ©️United Artists, Fair use

Mais en fait, selon La Fille, c’est un peu de français mal formé, « m’aidez », quand la commande devrait être plutôt « aidez-moi ». Il s’avère qu’elle se trompe légèrement — c’est en fait tronqué d’une plus longue commande, « Veuillez m’aider », mais il n’y a pas un centime de différence entre les deux sons.

D’où vient ce choix pour l’appel universel ? Remontons le temps jusqu’en 1923. C’est Frederick Stanley Mockford, chargé de radio à l’aéroport Croydon (Londres avant Heathrow), qui a été chargé par ses supérieurs à trouver un appel qui serait compris par tous les pilotes. Étant exactement comme moi, il a raisonné que le monde entier comprenait juste les deux côtés de la Manche, car tout le trafic venant de l’étranger venait du Bourget à l’époque. Il fallait donc trouver quelque chose de raisonnable en anglais et en français. Vu que « Help me! » (Aidez-moi) est difficile à prononcer en français, mais la transcription phonétique de « Venez m’aider » marchait bien en anglais, le choix de privilégier le français était assez évident.

Mais « mayday/m’aider » est réservé aux situations où il y a un risque de perdre des vies. Qu’est-ce que l’on est censé dire si on est juste con et n’a plus d’essence pour son bateau ? Encore une fois — mais je ne le savais pas jusqu’au moment de faire ces recherches — c’est la langue française à l’honneur. On dit « panne panne », transcrit en anglais comme « pan pan« , pour dire que l’on est en panne. On fait semblant de dire qu’en anglais, « pan » veut dire « Possible Assistance Needed » (Besoin d’assistance possible), mais en fait, je sais la vérité. C’est-à-dire qu’il ne reste que les pizzas de la chaîne Little Caesar’s dites « Pan Pan », anciennement vendues deux à la fois (lien à une pub en anglais), à manger. On savait tous que cette situation était la catastrophe, même s’il n’y avait pas de vies en jeu. (Des toilettes, oui.) C’est ainsi que le sens d’une urgence est préservé à travers les deux langues.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour donner rendez-vous à un certain M. Paul Bismuth et un canard.

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