Poor-boire

« Poor », c’est le mot anglais pour « pauvre ». Gardez-le en tête.

Je dois räler sur les États-Uniens aujourd’hui. « Mais Justin », me dites-vous, « on croyait tous que vous détestiez ce mot. Changement d’avis ? Votre abonnement au fan-club de José Bové a été enfin validé ? » Nan, rien de ça — j’ai mangé chez McDo mardi, pour une chose — mais je réserve le droit d’utiliser ce mot pour mépriser mes con-citoyens depuis des années (ce que je crois est son intention, évidemment), et hier, quelque chose s’est passé qui m’a propulsé en orbite.

Mettons la scène. En 2022, j’ai écrit un article pour expliquer une tendance lamentable en ce qui concerne les pourboires aux États-Unis. En général, à mon avis, les européens comprennent mal les raisons derrière ce que l’on a fait pendant la période avant-Covid. Les pourboires étaient limités aux serveurs, barmans, coiffeurs et chauffeurs de taxis. (Ça fait mal aux yeux pour moi, d’écrire « barmans » au lieu de « barmen ».) Souvent, on laissait quelques dollars dans les chambres d’hôtel pour remercier le personnel d’entretien, mais pas comme les autres, ce n’était pas en fonction du montant. Mais comme j’ai expliqué dans cet article-là, c’était limité aux gens qui ne faisaient pas partie du SMIC pour des raisons historiques. C’était donc un sale tour après le Covid quand tout à coup, tout le monde avec un lecteur de carte de crédit a commencé à demander des pourboires simplement parce qu’il y avait des tablettes qui allaient avec. Tout genre de personne sans le droit aux pourboires — et il y a bien des lois sur ce sujet — a désormais la main ouverte, tandis que toute idée de service a bien disparu. On n’a jamais tant payé pour si peu.

Mais au-delà du fait que je considère cet article un must du blog, afin de ne pas se faire avoir aux États-Unis et aux « Quelques arpentes de neige », comme disait Voltaire, je ne comptais pas sur y revenir. La situation n’a pas changé. Au moins, c’était ce que je croyais.

J’AVAIS TORT. (Au cas où ce ne serait pas clair.)

Hier, j’ai dû m’inscrire à un événement pour le lycée de La Fille, un dîner qui aura lieu en mai, ouvert à toutes les familles qui participent aux groupes musicales de l’école. (C’est gratuit pour les élèves, 40 $ l’adulte.) Je n’ai jamais, jamais une fois de la vie, vu ce qui m’attendait à la caisse :

Capture d'écran du site Zeffy. Il y a un total de 40 $, suivi par une demande d'ajouter 17, 20 ou 22 % en paiement facultatif à Zeffy.

C’est une demande de pourboire, à presque exactement les mêmes pourcentages que dans les restos où 15 % était la norme jusqu’en 2020 (on voit habituellement 18 %, pas 17 %). Les frais en question vont uniquement à Zeffy, le site qui fait la facture — rien au lycée, ou au resto qui abritera l’événement.

Pour être bien clair, on voit souvent sur les sites qui aident les associations à but non-lucratif des demandes de payer les frais de traitement. Aux États-Unis, MasterCard et Visa facturent typiquement 3 % aux clients. Par contrat, on n’est pas censé récupérer ces frais au client. À chaque fois où on voit dans un resto « 3 % de plus pour payer avec une carte de crédit », c’est une violation du contrat entre les sociétés de crédit et les restos. Mais qui va vraiment s’en plaindre si une asso caritative veut ne pas payer ces frais et demande aux donateurs de faire un plus grand don à cet égard ? Personne, et ce n’est pas moi qui va écrire à MasterCard sur le sujet.

Cependant, c’est une chose quand il s’agit d’une dépense légitime pour une association. Les taux des pourboires n’ont rien à voir avec les dépenses professionnelles des associations, ou les entreprises comme Zeffy qui les vendent des services. C’est juste que tout le monde ici s’habitue à voir une demande de payer 18/20/22 % à chaque fois où on paye par carte (peu importe si la demande est de coutume). Je trouve ça immonde et avide. J’allais même écrire une lettre. Puis j’ai décidé de vérifier si GoFundMe, le site le plus grand aux États-Unis pour organiser des cagnottes, demandait toujours 3 % pour les cartes de crédit comme dans mes souvenirs.

Capture d'écran du site GoFundMe. Après le total de 10 $, il y a une demande de pourboire en anglais, avec un montant initial de 16,5 %.

NOPE. Ils disent même que c’est un « tip » (pourboire), et qu’ils ne facturent rien aux associations. J’ai laissé le pourcentage exactement comme je l’ai trouvé. 16,5 %, c’est la pratique d’un bandit de grand chemin, pas la marge qui va avec les services pour les associations caritatives.

Par rapport, Leetchi — ce qui sonne à mes oreilles comme « leech », le mot anglais pour une sangsue — facture un peu si les dons dépassent 100 € :

Capture d'écran de Leetchi. Les frais sont 0 % pour moins de 100 €, 6 % de 100 € jusqu'à 10 000 €, et 1,5 % pour tout montant plus grand.
Capture d’écran

J’ai testé une cagnotte choisi par hasard, et je n’y ai pas vu une demande pour n’importe quel montant ; après les détails de paiement, il y a deux conditions à accepter et c’est tout.

Capture d'écran de paiement chez Leetchi. Après les détails de paiement, il n'y a que deux conditions à accepter, avec des cases à cocher pour dire oui ou non. Puis le bouton pour finaliser le paiement.

Je n’ai même pas de mot pour ces gens. Comme dirait mon ex, « Ça ne fait jamais du mal à demander ». Mais je ne suis pas d’accord avec madame. Il y a une telle chose que la honte. Au Japon, quand j’y ai visité en 1996, tous les employés à l’hôtel ont refusé des pourboires, car ce n’était pas la coutume. Au contraire de ce qui pensent certains de mes amis européens, il était une fois, avant 2020, les Américains qui n’avaient pas le droit aux pourboires auraient fait pareil. Mais maintenant, plus personne n’a honte de se faire passer pour un mendiant. Moi, je ne payerai jamais ces poor-boires.

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