Proust pour le plaisir et le profit

J’ai entendu les plaintes. « Justiiiiiiiiiin », me disent-certains-d’entre-vous, « c’est assez déjà avec ce maudit livre ! Dépêchez-vous et finissez de lire Proust ! Passez à autre chose ! » Je comprends — et pour être clair, ce n’est pas ça un jour à l’avance. C’est juste que j’ai besoin de râler et afin de le rendre plus amusant, je vais vous montrer comment je suis devenu un méchant à cause de ce livre.

Mais d’abord, remontons le temps pour expliquer quelque chose. Il y a des années, je vous ai dit que je porte l’eau de toilette Déclaration de Cartier depuis 2012. Il y a une petite histoire ridicule derrière ça, très moi et pourtant jamais mentionnée.

Pendant 12 ans, je n’ai jamais une fois porté d’eau de toilette. Pourquoi ? Parce que la dame qui deviendrait mon ex m’avait dit tout au début qu’elle y était allergique. Afin de ne pas poser des problèmes, j’ai tout de suite arrêté. Puis, une fois que le divorce a été finalisé en 2012, je me suis dit, « Alors, vous, vous avez besoin d’une nouvelle image, et ça comprend un parfum. Mais lequel ? » J’ai donc commencé à visiter Bloomingdale’s tous les week-ends afin de tester deux eaux de toilettes à la fois. Pourquoi deux ? Je n’ai que deux poignets pour tester, non ? Si je voulais évaluer chacune sans les confondre, c’était la limite.

Après quelques semaines, je me suis dit, « Ça prend trop de temps et vous devez en finir plus vite. Alors, arrêtez avec les trucs de chez Polo ou de chez Armani, car vous le savez — le bon choix doit être français. » C’est ainsi que j’ai décidé que j’allais juste choisir entre les produits de chez Cartier. Et c’est comme ça que j’ai acheté cette bouteille de Déclaration, ce que vous pouvez voir reste à 2/3 plein, même 14 ans plus tard. Je ne savais pas que je ne trouverais pas beaucoup d’occasions de l’utiliser.

Bouteille d'eau de toilette Déclaration, où les lettres sont à moitié effacées.

« Que diable », me dites-vous, « quel rapport avec Proust ? » Alors, hier soir je devais assister à un dîner de fin d’année pour la fanfare de La Fille. Comme l’année dernière, on devait s’asseoir côté-à-côté. Pas comme l’année dernière, nous allons bientôt avoir un rendez-vous… « Espèce de chien, elle est mariée ! Et pas à vous ! » Veuillez arrêter de m’interrompre. Nous allons avoir un rendez-vous chez le médiateur car selon elle, elle a le droit de me dire quels vols je dois choisir pour mes vacances (qui ne seront pas en France, très malheureusement). En me habillant, je me suis donc pensé, « Que ferait un personnage de Proust à votre place ? Quelque chose de Mlle Vinteuil, ou de Rachel, ou de Françoise peut-être ? » Ah, Françoise ! Notre petit chérubin qui a pourtant cuisiné des asperges pendant tout un été car :

leur odeur donnait à la pauvre fille de cuisine chargée de les éplucher des crises d’asthme d’une telle violence qu’elle fut obligée de finir par s’en aller.

Dimanche avec Françoise

C’est comme ça que j’ai fini par bien m’arroser de Déclaration avant de partir pour ce dîner.

Mais ne vous inquiétez pas. Madame a fini par arriver si en retard que l’odeur avait déjà disparu.

Tout ça dit, ce n’est pas de quoi j’avais envie de râler. Voici le dîner lui-même, 40 $ pour ce rien — et ce n’est même pas ma plainte non plus :

Assiette avec une petite salade verte, un petit pain, un peu de spaghettis et un petite suprême de poulet rôtie.

Non, ma plainte, c’est que je n’ai jamais de la vie vu autant d’ados se comporter de façon si irrévérencieux à un événement formel. On a eu l’idée d’imprimer la photo du prof de musique sur un drapeau américain, puis d’avoir le clown le plus énervant de la fanfare jouer l’hymne nationale sur un sousaphone — de façon très mauvaise. Le prof se sentait obligé de faire ses excuses pour ça une fois qu’il a repris la parole. On était tous censés être là pour l’attribution des prix — meilleur jouer de chaque instrument, ce genre de truc. Mais les élèves ont eu plutôt l’idée de décerner « le plus de bâtons laissés tombés » parmi les batteurs, par exemple. Ce dîner n’était pas du tout comme celui de l’année dernière.

Je sais, je sais, ils ne sont que des enfants. Mais où étaient les adultes ? Et vu mon propre comportement, qui suis-je pour m’en plaindre ?

3 réflexions au sujet de « Proust pour le plaisir et le profit »

  1. Avatar de FilimagesFilimages

    Je ne comprends pas pourquoi ton ex peut t’imposer ses volontés sur ta vie personnelle, après tant d’années. En plus, ça a l’air à sens unique.

    Tu aurais dû prendre le flacon de parfum avec toi et en remettre juste avant qu’elle arrive. 😉 😈

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    1. Avatar de Justin BuschJustin Busch Auteur de l’article

      Voilà, c’est pourquoi l’une de mes répliques préférées de tout le ciné vient du premier film des Pirates des Caraïbes, quand le capitaine Barbossa explique que « c’est plus une sorte de guide général qu’un véritable règlement ». Il y a un accord que nous deux avons signé en 2012, et l’un d’entre nous le suit sans question tandis que l’autre fait comme elle veut. Et si elle veut, par exemple, réserver un vol pour elle-même à 1h du matin à un jour où l’échange de garde est censé avoir lieu à 8h, puis ça veut dire simplement que moi, je dois revenir bien plus tôt de mes propres vacances la veille pour l’aider. Parlant dans l’abstrait, bien sûr.

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