Saddam Hussein, le père des Bret’s

D’abord, merci d’avoir été attrapé par le pire piège à clics de l’histoire de ce blog. Cependant, cette semaine, j’ai vu un clip de l’INA où il s’est avéré qu’en fait, il y a un lien important entre l’ancien dictateur et les chips bretonnes. Alors, pour commencer, le voilà :

Je suis largement l’histoire présentée dans le clip, mais où il mentionne juste que « quelque chose » s’est passé, j’offre plus de faits et de noms spécifiques.

Notre histoire commence en 1987. Cette année-là, une association de 2 300 producteurs de pommes de terre bretons a signé un accord pour fournir 15 000 tonnes de leurs produits à l’Irak.

Passons maintenant en 1990. Un jeune Justin est en train de mourir d’ennuis car il est en soi-disant « vacances » avec ses parents et son petit frère dans le New Jersey. Tous les jours, la famille rend visite à encore une autre famille de cousins dont il n’en a jamais entendu parler. Puis, un jour pendant son séjour, l’Irak envahit son voisin, le Koweït. C’est partout dans les actus, et Justin doit remercier ce M. Hussein, parce que ses parents éteignent la chaîne de radio nostalgique –finalement ! — pour écouter les nouvelles. Les producteurs bretons ont tout autre avis, parce que l’embargo qui suit leur coûte 60 % de leur marché.

Saddam Hussein avec le Premier ministre du Koweït, M. Alaa Hussein Ali, en 1990, Photo par Iraqi News Agency, Domaine public

En 1993, après plusieurs années de ventes catastrophiques, les producteurs autour de Pontivy, dans le Morbihan, décident de montrer leur colère en versant des milliers de tonnes pommes de terre dans la rue devant la préfecture. Pourquoi cette année et pas en 1992 ? Dans le clip, André Dorval, à l’époque responsable de pommes de terre pour le Conseil départemental de jeunes agriculteurs de Finistère, explique qu’après la chute du marché iraquien, environ 130 000 tonnes de pommes de terre ont trouvé un nouveau marché en Algérie. Mais — et je sais que ce sera choquant — en 1993 en Algérie il y a un état d’urgence, qui commencera par le jugement au tribunal de 79 militaires pour sympathie islamiste, passera par l’assassinat d’un ancien chef d’État, et finira par la fermeture des ambassades étrangères. Alors le taux d’importations baissera de 90 %.

C’est donc en 1994 qu’un industriel breton, Alain Glon, fond la société Altho pour transformer les pommes de terre sur place en Bretagne. En 1995, sa première usine ouvre ses portes à Saint-Gérand, aussi dans le Morbihan, et pendant sa première année, transforme environ 5 000 tonnes de pommes de terre en chips pour d’autres marques.

C’est seulement en 2010, qu’Altho commercialise ses chips sous sa propre marque, les célèbres chips aromatisées Bret’s. Au fil des années, la marque lance des chips au goût de pastis, de brie, de sauce barbecue — si vous pouvez l’imaginer, c’est fort probable qu’ils aient déjà testé l’idée !

Alors, on peut clairement voir que sans Saddam Hussein, il n’y aurait jamais eu des chips Bret’s. Et vous pensiez jusqu’à maintenant qu’il n’était qu’un bon à rien !

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