Dimanche avec le prince de Foix

On reprend maintenant « Le Côté de Guermantes ». Cette fois, j’ai avancé de 40 pages.

Après avoir refusé plusieurs invitations de Mme de Guermantes, le narrateur accepte d’aller chez elle une fois qu’elle propose une soirée où il pourra rencontrer plus de comtes et de princesses. Pourtant il se dit :

L’amitié que me témoignaient « la tante Villeparisis » et Robert avait peut-être fait de moi pour Mme de Guermantes et ses amis, vivant toujours sur eux-mêmes et dans une même coterie, l’objet d’une attention curieuse que je ne soupçonnais pas.

Il se flatte comme seulement une autre personne que j’aie jamais connue.

Puisqu’il veut montrer que lui aussi, il peut laisser tomber des noms dans une conversation, il lui dit :

je connaissais aussi M. de Charlus, lequel « avait été très bon pour moi à Balbec et à Paris ».

Ça étonne madame, qui explique :

Avouez qu’il est drôle ! et, ce qui n’est pas très gentil de ma part à dire d’un beau-frère que j’adore et dont j’admire la rare valeur, par moments un peu fou.

Avec ça, Mme de Guermantes quitte la soirée et le narrateur réfléchit :

N’y avait-il pas eu un moment où je ne reprenais vie et force que si j’avais, échafaudant toujours de nouveaux projets, cherché quelqu’un qui me ferait recevoir par elle et, après ce premier bonheur, en procurerait bien d’autres à mon cœur de plus en plus exigeant ?

Avec ça, on atteint la fin de la deuxième partie selon l’édition originale de Gallimard, et commence la troisième et dernière partie. Naturellement, il revient immédiatement sur le sujet de Mme de Stermaria :

Les jours qui précédèrent mon dîner avec Mme de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. 

Moi aussi, je trouve l’attente insupportable. Ça fait plus de 800 pages depuis le moment où on a entendu parler de Mme S., et toujours pas un mot de sa part ! Le narrateur se met à la tâche de gâcher le Bois de Boulogne pour moi :

Posséder Mme de Stermaria dans l’île du Bois de Boulogne où je l’avais invitée à dîner, tel était le plaisir que j’imaginais à toute minute…l’île du Bois m’avait semblé faite pour le plaisir parce que je m’étais trouvé aller y goûter la tristesse de n’en avoir aucun à y abriter.

On saute 8 pages juste pour mentionner que ce cochon pense à inviter Albertine pour un rendez-vous après le rendez-vous, mais décide de ne pas le faire car :

Mme de Stermaria se donnerait dès le premier soir, je n’aurais donc pas besoin de convoquer Albertine chez moi, comme pis aller, pour la fin de la soirée. 

Mais il convoque Albertine pour aller avec lui avant le rendez-vous, pour choisir le menu ! Je ne plaisante même pas un peu.

Cependant, après tout ça, quand il envoie une voiture pour la retrouver, le chauffeur revient avec cette note :

« Je suis désolée, un contretemps m’empêche de dîner ce soir avec vous à l’île du Bois. Je m’en faisais une fête. Je vous écrirai plus longuement de Stermaria. Regrets. Amitiés. »

HAHAHAHAHAHAHA !

Comme un autre con de ma connaissance, le narrateur se pense :

Elle me dit qu’elle ne peut dîner avec moi à l’île du Bois. On pourrait en conclure qu’elle pourrait dîner avec moi ailleurs. Je n’aurai pas l’indiscrétion d’aller la chercher, mais enfin cela pourrait se comprendre ainsi.

Ne retenez pas le souffle, mon gars.Et peu après, il s’avère que j’ai raison :

Plus tard, j’appris un absurde mariage d’amour qu’elle fit avec un jeune homme qu’elle devait déjà voir à ce moment-là et qui lui avait fait sans doute oublier mon invitation. 

Mais quelle surprise, qui frappe à la porte juste au moment de cette déception ? Saint-Loup, son auteur (avec sa lettre farfelue). Ce même Saint-Loup, après un moment, annonce qu’il a mis sa graine de sel là où aurait dû se taire :

« Tu sais, j’ai raconté à Bloch, me dit Saint-Loup, que tu ne l’aimais pas du tout tant que ça, que tu lui trouvais des vulgarités. Voilà comme je suis, j’aime les situations tranchées », conclut-il d’un air satisfait et sur un ton qui n’admettait pas de réplique. J’étais stupéfait. Non seulement j’avais la confiance la plus absolue en Saint-Loup, en la loyauté de son amitié, et il l’avait trahie par ce qu’il avait dit à Bloch…

Je vous épargnerai les détails de leur dîner dans un café avec une foule de nobles qui font semblant d’avoir de l’argent. Mais là, il y a un certain prince de Foix, et on apprend que lui et Saint-Loup :

Mais le prince de Foix…appartenait non seulement à cette coterie élégante d’une quinzaine de jeunes gens, mais à un groupe plus fermé et inséparable de quatre, dont faisait partie Saint-Loup. On ne les invitait jamais l’un sans l’autre, on les appelait les quatre gigolos…

J’ai dû vérifier mon dictionnaire Oxford pour être sûr, mais c’est loin d’un compliment chez moi, ce surnom. C’est un curieux choix d’ami, Saint-Loup. Je ne suis pas sûr qu’il soit le chic type dont on a entendu parler au moment de sa présentation. Mais ils nous reste un peu plus de 3 tomes pour en savoir plus !

6 réflexions au sujet de « Dimanche avec le prince de Foix »

  1. Avatar de C'est en lisant...C'est en lisant...

    Pardon pour le commentaire « sacrilège  » que voici (parce que pas du tout culturel mais totalement réaliste) mes innombrables visionnages de séries asiatiques dont de la téléréalité de dating me prouvent que les regroupements de personnes en quête de relations sentimentales sont toujours compliquées par les individus qui se mêlent des relations d’autrui en se croyant « bien intentionnés ».

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