Aujourd’hui, Langue de Molière trait d’un sujet loin d’habituel, mais bien dans l’idée originale de Light&Smell (veuillez vous souvenir que c’était son idée !), d’écrire sur les faits étonnants en traduisant entre les deux langues. Cette fois, je veux parler d’un clip amusant d’un australien, où c’est un peu difficile de faire une bonne traduction qui garde l’humour et l’aspect surréaliste du contexte original.
Ce clip est parmi les mèmes les plus connus, les plus bien-aimés chez les internautes anglophones. Le voilà :
Il faut dire que si le nombre de vues semble être moins qu’étonnant, c’est seulement parce qu’il y a tant de copies !
Ce qui se passe, c’est qu’une poignée de policiers sont là pour arrêter un homme, un certain Jack Karlson devant un restaurant chinois. Dans les infos qui vont avec le clip, il est faussement identifié sous le nom Charles Dozsa, un homme réputé en Australie à l’époque — 1991 — pour être un « dine-and-dasher », quelqu’un qui mange sur place puis quitte vite le resto pour éviter la facture. (J’aimerais bien savoir s’il y a une bonne expression pour ça en français !) Mais en fait, M. Karlson (lien en anglais) était pire que ça. Il avait assez d’une histoire de voler les cartes de crédit aux autres que la société américaine American Express avait embauché un détective privé (lien en anglais) en Australie pour le suivre, et c’était cette personne qui avait téléphoné la police.
Cependant, même si M. Karlson n’était pas l’homme le plus honnête au monde, il était certainement malin. Dès qu’il a aperçu une caméra, il a commencé à faire une crise. La police avait cru qu’il était un autre criminel, encore plus notoire, et avait prévenu un journaliste, Chris Reason, d’être là. Même si vous ne comprenez pas exactement ce qu’il dit, c’est évident qu’il joue pour la télé, rien qu’en l’écoutant. Mais qu’est-ce qu’il dit ?
Quand on l’entend pour la première fois, il dit aux policiers : « Mais vous venez de m’assurer que je pouvais parler. » Un policier lui répond : « Nous ne t’avons rassuré de rien. Tu es en état d’arrestation. » Karlson dit : « En quoi ? » Et c’est là, à 0:18, où il entre dans le Panthéon d’Internet. Il s’adresse à la télé :
« Messieurs, ceci est la démocratie manifeste. »
Et c’est après ça que les problèmes de traduction commencent. Il se plainte du traitement brutal de ceux qui le tiennent :
« Regardez le « headlock » ici. »
C’est quoi un « headlock » ? Mon dictionnaire bilingue ne le connaît pas, et Google rend « prise de tête », mais cette expression veut dire le plus souvent qu’une situation est compliquée. M. Karlson veut dire que sa tête est très littéralement retenue dans les mains des policiers. Mais si vous regardez la vidéo entre 0:20 et 0:30, personne ne touche à sa tête.
À 0:27, il ment pour la caméra, en criant « Enlève ta main de mon pénis ! » En 2020, il a avoué dans une interview à la télé que personne ne touchait au truc — mais c’est quand même évident dans le clip. Néanmoins, il continue : « Voici le type qui a touché à mon pénis avant. » Pendant quelques secondes, lui et la police se parlent, l’un sur l’autre. Puis, il lance l’autre réplique de légende, qui contient deux problèmes de traduction en trois courtes phrases :
D’abord, à 0:35, il crie : « What is the charge ? » J’ai rendu ça dans le gros titre comme « C’est quoi la plainte ? » Mais le dictionnaire Oxford indique que ce n’est pas le seul choix, et peut-être même pas le meilleur :

Sur cette épreuve, on pourrait dire également « inculpation », « poursuite » ou « plainte ». Il me semble de ces exemples que le choix pourrait dépendre du parti qui parle : la police dirait : « On vous arrête sous l’inculpation de vol », le procureur dirait « Voici les poursuites », et l’accusé dirait « plainte », mais ce n’est qu’une impression. Je n’ai vraiment aucune idée.
Karlson continue : « Manger un repas ? Un « succulent » repas chinois ? » Ce mot « succulent » est l’autre problème. Le dictionnaire Oxford indique qu’il n’a qu’un sens botanique en français. Cette plante, Delosperma cooperi, se considère un « succulent » également en français qu’en anglais — c’est un mot qui veut dire que les tiges et/ou les feuilles contiennent plein d’eau :

Cependant, en anglais, on l’utilise aussi comme adjectif pour la nourriture, et là, le dictionnaire est inutile. Merriam-Webster, le dictionnaire de choix américain, donne deux sens pour ce mot : 1) plein de jus, juteux, et 2) moelleux et savoureux. Je me demande si l’exemple d’usage, « a succulent meal », est un clin d’œil.

Mais peut-être que je n’aurais pas dû faire confiance au dictionnaire Oxford. Dans le Trésor de la Langue française, on trouve sens B :
Dont la saveur est exquise, délicieuse. Synon. délicieux, excellent, exquis, fameux, savoureux.
Succulent
Ai-je mentionné que le pire problème avec les dictionnaires bilingues, c’est qu’aucun ne relie tous les sens possible dans les deux sens ? C’est vrai.
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour faire la manif.

En France, un “dine-and-dasher” est quelqu’un qui « file à l’anglaise ». Car les touristes anglais étaient réputés pour partir sans payer ! 😉
Une partie de texte n’est pas très compréhensible : « Il avait assez d’une histoire de voler les cartes de crédit… » Je crois que vous vouliez dire : « Il avait tant l’habitude de voler les cartes bancaires… »
Mais oui, « succulent » est couramment utilisé pour désigner un plat très savoureux. 🙂
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Merci de la correction. Je voulais mettre l’accent sur le fait que son histoire lui valait l’honneur d’un détective privé !
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