Lindsay, la cavalière de l’Apocalypse

Quelque chose d’horrifiant se passe en ce moment dans le Massachusetts et je crois que sa signification ne sera pas bien appréciée à l’étranger. Je parle du procès de Lindsay Clancy pour le meurtre de ses trois enfants. Elle est sur le point d’échapper à la culpabilité bien que ses propres avocats avouent qu’elle les a tués et la raison pour ça va déchirer les États-Unis.

Je dis parfois que mon test de santé mentale pour mes concitoyens, c’est de demander si O.J. Simpson est coupable d’avoir tué son ex-femme et son ami. Il était un ancien joueur de football américain, qui est tombé sur les deux pendant une balade à Brentwood, une banlieue de LA parmi les quartiers les plus riches de la ville. Quand la police l’a recherché, O.J. a pris la fuite, dans la poursuite la plus célèbre de ma vie, qui a duré presque 4 heures à la télé. Le sang des victimes se trouvait dans sa voiture, des empreintes identiques à celles de ses chaussures étaient à la scène du crime, il saignait d’une blessure d’un couteau — si vous ne croyez pas qu’il a poignardé les deux après avoir lu les preuves, vous êtes un imbecile ou un menteur. Je suis loin du seul qui pense ça.

On peut me dire « oui, mais je ne l’aurais pas reconnu responsable à cause des erreurs de la police dans l’enquête », et je dirai que cette personne n’est pas un imbecile. Mais si on me dit « non, il n’a pas poignardé les deux », puis je ne m’intéresserai plus jamais à quoi que ce soit venant de sa bouche. Il faut savoir qu’un jury composé de 8 femmes noires, un homme noir, 2 femmes blanches et un homme hispanique l’a reconnu non-coupable. O.J. était lui-même noir, et ses avocats ont transformé le procès en une question de couleur.

C’est ce qui se passe en ce moment avec Lindsay Clancy. Elle a étranglé ses 3 enfants, de 5 ans, 3 ans et 8 mois. Ses avocats en disent autant. Cependant, ils insistent qu’elle devrait être reconnue non-coupable à cause d’une psychose post-partum. Il y a un assez bon résumé des faits dans Madame Figaro.

Ce qui vous ne lirez pas dans ce journal, ni dans le seul article du Monde, qui se concentre sur la maladie mentale, c’est que les femmes du pays ont adopté Mme Clancy comme leur O.J. Il y a des manifs quotidiennes dans la rue devant la salle du tribunal (PBS, WBUR — liens en anglais). Sa famille a reçu plus d’un million de dons dans une cagnotte sur le site GoFundMe, de femmes qui insistent sur son innocence — pas besoin de me croire sur parole , c’est ce qui disent les donateurs dans les commentaires. Une supportrice de Mme Clancy vient d’être arrêtée pour harcèlement du jury (lien en anglais), pour les avoir pris en photo dans le parking du tribunal.

Pas comme M. Simpson, parmi les athlètes américains les plus célèbres du XXe siècle, Mme Clancy est une inconnue. Mais — encore une fois, contre les aveux de ses propres avocats — beaucoup d’Américaines insistent que c’était en fait son mari Patrick (lien en anglais) qui a tué les enfants, qu’elle n’est pas simplement non coupable à cause d’une maladie mentale, mais en fait innocente. Ça malgré le fait que l’on sait hors question que son mari n’était pas à la maison, qu’elle avait recherché comment étrangler une personne, et bien sûr, qu’elle avoue l’avoir fait physiquement.

Le jury délibère depuis une semaine déjà — et vu les aveux, c’est beaucoup de temps. Ils ont dit 3 fois maintenant au juge qu’il n’y a pas d’unanimité, ce qui annulera le procès si ce sera la décision finale. Et ils ont le choix de la reconnaître coupable d’homicide involontaire au lieu de meurtre, alors ce n’est probablement pas ça, mais que certains jurés insistent sur son innocence absolue. C’est ici où je mentionne que la majorité des jurés sont des femmes, et que plusieurs ont commencé à s’habiller en rose, le symbole choisi par ses manifestants.

J’ai essayé ici de vous donner les faits, mais ce procès est déjà devenu la suite de celui d’O.J. On croit à sa culpabilité ou pas selon son genre, tout comme on croyait à la culpabilité d’O.J. selon sa couleur. Mais pas comme dans le cas d’O.J., qui insistait jusqu’à la fin de sa vie qu’il cherchait « le vrai tueur », Lindsay Clancy avoue avoir tué ses enfants. Je vous laisse à décider quel est le message que l’on veut communiquer en clamant son innocence, en insistant que son mari l’a fait, mais on ne vit plus dans la même réalité, et ça, c’est inquiétant.

Une réflexion au sujet de « Lindsay, la cavalière de l’Apocalypse »

  1. Avatar de Bernard BelBernard Bel

    La psychose puerpérale (https://fr.wikipedia.org/wiki/Psychose_post-partum) est peut-être moins rare qu’on le dit pour rassurer. Je me souviens d’une jeune femme (mentalement très solide) qui plusieurs fois avait échoué à accoucher à domicile et subi des césariennes. Elle disait que souvent, à la date d’anniversaire de l’enfant, elle ressentait une envie très forte de jeter son bébé dans le feu, et qu’elle devait sortir précipitamment de la maison pour se calmer.

    Donc cette hypothèse doit être, à mon avis, sérieusement prise en compte dans le procès. Elle n’innocenterait pas Lindsay Clancy pour autant puisqu’elle serait internée en psychiatrie.

    Reconnaître sa culpabilité obligerait aussi à identifier le mobile de ces meurtres (ou assassinats).

    Il me semble que les militantes (sauf celles qui accusent le mari !) veulent mettre en exergue le problème de la psychose puerpérale. Comme d’autres l’ont fait précédemment (« Maman Blues » en France) pour distinguer (et soigner) l’effondrement maternel de la dépression post-partum.

    Aimé par 1 personne

    Répondre

Laisser un commentaire