J’avais planifié tout autre chose pour Langue de Molière aujourd’hui, mais un débat intéressant se passe en ce moment à cause de quelque chose qui apparaît dans chaque numéro du bulletin de l’OCA depuis janvier 2025.
Pour les veinards qui n’ont pas la référence du gros-titre, elle est basée sur les paroles d’une « chanson » du rappeur Ice-T, « 99 Problems« , sortie en 1993. Une décennie plus tard, Jay-Z a sorti une chanson plus connue, avec le même refrain. Avec toute la misogynie typique de ce genre de musique, ça dit « I got 99 problems but a b—- (mot extrêmement offensif pour une femme) ain’t one. » Ça se traduit grosso modo, de façon plus propre, « J’ai 99 problèmes mais une chienne n’en pas un. »
Alors, le bulletin. Je ne suis pas censé reproduire ses contenus en public, mais c’est largement car il y a des numéros de téléphone et des adresses e-mail là-dedans. On peut facilement voir sur la partie publique de notre site web qu’il y a deux événements intitulés « Soirée Nanas » et « Soirée Mecs ». Ce que vous ne pouvez pas voir, c’est que la soirée nanas date d’il y a une décennie, et la soirée mecs… son histoire commence début 2025 car l’organisateur — un chic type, pour être clair — se demandait pourquoi sa femme avait un événement pour laisser les enfants à la maison avec lui, mais il n’y avait rien dans l’autre sens.
Alors, il a écrit une description que j’ai mise dans le bulletin et pendant presque deux années, personne ne l’a jamais corrigée, jusqu’à maintenant. Je crois que citer cette petite partie ne pose pas de problèmes :
Les femmes ont eu leurs soirée nana…
Un membre du bureau a suggéré de corriger ça à :
Les femmes ont eu leur soirée nanas
D’abord, il faut dire que le nom de l’événement était « soirée nanas », alors rien que pour ça, il faut ajouter le « s » à la fin. Mais l’autre partie de la correction était de supprimer le « s » de « leurs », et là, je suis moins certain que c’est correct.
La pensée derrière ça, c’était que « je pense qu’il n’y avait qu’une seule soirée nanas ». Mais ça dépend de comment on compte !
Il n’y a qu’un événement tous les deux mois, toujours organisé par la même personne. Dans ce sens, c’est la série d’objets qui est seule et unique. On dirait donc « leur », parce qu’il y a plusieurs personnes auxquelles la série appartient, « les femmes » au début de la phrase, mais la série d’événements est un objet au singulier, alors on dirait « leur ».
Mais si on considère qu’il y a 6 soirées par année et que la personne lambda n’est pas un logicien qui va raisonner selon des catégories, ce qui appartient aux femmes est la soirée de février, la soirée d’avril, etc. — du point de vue de son calendrier, c’est plusieurs événements, alors on écrirait « leurs », car ce sont plusieurs objets qui appartiennent à plusieurs personnes.
C’est moins évident que l’on ne le pense, non ? Je peux le voir des deux points de vue — et c’est pour ça que je ne corrige que les erreurs les plus évidentes quand on m’envoie un texte, car même en tant que rédacteur, j’hésite à dire que je sais mieux.
Vraiment, ce document est le truc le plus travaillé au monde, avec 8 paires de yeux qui le lisent tous les deux mois, dont je suis de loin le moins éduqué en grammaire — pourtant, il reste des fautes ! Le français n’est pas une langue, c’est un casse-tête !
Au fait, puisque l’objet de la phrase est quelque chose qui continue sans début ni fin connus, dirait-on « les femmes avaient » plutôt que « les femmes ont eu » ?
Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec l’histoire de la Révolution originalement planifiée pour cette semaine.
