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Bardot à Claremont

Les lecteurs ici depuis le plus longtemps se souviendront d’une série, « Je critique », où je visitais des entreprises françaises autour de Californie du Sud (largement des restos et des pâtisseries, mais pas seulement). Ça fait belle lurette ([La lurette, est-elle vraiment belle ? — Équipe 1er degré]) depuis la dernière entrée, mais suite à un trajet inattendu, je reprends quelque chose que j’ai mentionné — en 2023.

Je devais passer par Claremont, le village où je suis allé à la fac. La raison n’est pas importante, mais vu que j’étais là, je me suis dit : « Soit vous allez visiter le centre commercial où vous traîniez tout le temps, soit vous allez aller chez Bardot, qui a remplacé votre resto préféré. » Rouler par Montclair Place a suffi pour me convaincre que la première option ne valait pas la peine (la chute des centres commerciaux ici est un développement lamentable).

Évidemment, le restaurant porte son nom à l’honneur de l’ancien footballeur des années 30, Charles Bardot. Non, je plaisante, on sait tous qu’il s’agit de Brigitte. Serait-ce un resto à la française, à la californienne, ou tout autre chose ? Je devais savoir.

En ce qui suit, toutes les photos de l’architecture ou de la cuisine sont à ma résolution typique, mais celles des cartes sont à plus haute résolution pour les lire de proche si souhaité.

Voici l’extérieur :

À gauche, il y a un parasol de table géant au-dessus d'une ardoise et un bureau de réception. Il y a un bâtiment de deux étages en brique, avec le nom "Harvard Square" visible sur un panneau noir. L'entrée du resto n'est pas bien visible.

Et voici la terrasse, où j’ai dîné. Les meubles ont changé, mais l’ambiance était très familière.

Un gros auvent beige couvre 3 rangs de tables. Il y a deux lampes blanches posées vers le centre en décoration. Des buissons sont partout aux bords.

Voici la porte du resto de plus proche, car la porte de la première photo est en fait pour les autres magasins du bâtiment :

Le nom Bardot est en gros lettres argentées sur une porte en verre.

Quand on entre, il y a des tables à l’intérieur :

C'est très chic -- des banquettes en cuir noir, le mur à droit couvert en miroirs, un néon rose qui étend de l'un bout de la pièce à l'autre sur le plafond.

À gauche de ça, l’ancienne salle à manger a toujours quelques tables, mais le bar prend la majorité de l’espace. J’aimais anciennement manger également à l’intérieur que sur la terrasse, mais le choix d’aller dehors était très facile, car je déteste être assis dans les bars.

Dernière vue du resto, de ma table :

C’est une ambiance très agréable, non ? Les lampes ne sont pas à mon goût, mais il n’y a rien de mauvais. À noter, il n’y a pas d’élèves dans cette foule, et oui, ils sont là depuis 5 semaines déjà. Vous allez voir que c’est trop cher pour eux.

Voyons enfin la carte, à commencer par les boissons alcoolisées. Les vins californiens que je reconnais — Rodney Strong, Caymus, Justin (aucune relation) — sont de qualité. Les cocktails sont tous à 18 $, alors je n’allais jamais en commander un. Il y a quelques bières familières ici — Kronenbourg, Stella Artois, Duvel — mais ce sont largement californiennes. Cependant, 8 $ pour Coors, une bière des stations-service, c’est scandaleux. Les autres sont raisonnables.

J’ai oublié de prendre des photos des pages d’entrées et des salades. ([Oublié, rien. On sait tous que vous donniez les salades à M. Descarottes. — le lecteur biche*]) Mais voici les cartes des burgers, de pâtes et de plats principaux :

C’est cher mais pas de folie. 20 $ pour un burger de qualité n’est pas cher en Californie du Sud de nos jours, alors 25 $ pour un burger de 200 grammes au gorgonzola et au gruyère, c’est trop pour tous les jours, mais une fois, je ne m’en plains pas. Les pâtes sont toutes chères vu leurs contenus. Les plats principaux étant largement entre 40 et 50 $, ça risquait de me faire pleurer. (Ça dit, l’ancien Harvard Square Café coûtait 20-25 $ pour la majorité des choses à l’époque, pas pire vu l’inflation.)

Heureusement, il y avait aussi la carte déjeuner, ici posée au centre de la photo :

Choix de 8 salades, burgers et sandwiches à tarif réduit pour le déjeuner.

J’ai décidé de commander le sandwich « short rib »,plat de côte, cuit de façon similaire à notre plat italien de pappardelle. Pour 25 $ avec des frites, c’était pas mal :

Je ne peux pas manger comme ça tous les jours, mais c’était exactement le bon choix. La viande était tout ce dont j’espérais, si cuite moins longtemps que pour les pâtes afin de garder sa forme. Le pain brioche était bon, mais il y en a meilleur en France. Les frites étaient bonnes comme accompagnement, mais dans le Pas-de-Calais, tout le monde les trouveraient pas assez cuites (car évidemment seulement une fois en les goûtant).

Mais la meilleure raison pour y aller, c’était le dessert. La carte n’est pas grande, mais il y avait les seuls mots dont j’ai envie de voir dans cet espace, « tarte Tatin ». C’était ici, dans son prédécesseur, où j’ai découvert cette tarte. Pas le même propriétaire, pas la même équipe, mais je devais savoir.

7 choix : crème brûlée, tarte Tatin, gâteau au chocolat, cheesecake à la new-yorkaise, et des glaces.

Je n’osais pas m’attendre à ce qui est arrivé :

À gauche, une coupe de glace à la vanille. À droite, une tranche de tarte Tatin, avec du caramel versé sur l'assiette, légèrement saupoudrée de sucre glace.

La glace est dans une coupe au lieu d’être sur la tarte, et le bout est plus mince qu’avant, mais c’est exactement la tarte de mes souvenirs d’il y a 30 ans. On dirait que c’est ma tarte Tatin de Proust. Voici un gros-plan :

Gros-plan de la tarte. Les pommes sont en couches, et le fond est plus épais que typique chez les Français.

Si je pouvais manger cette tarte tous les jours, je serais l’homme le plus heureux du monde. Mais à vrai dire, je sais maintenant que ce ne serait pas complètement à vos goûts. Il y a une pâte feuilletée au fond, mais c’est plus épaisse que les vrais Français l’étalent, et elle était un peu molle à cause du jus des pommes. Vous préféreriez probablement qu’elle soit plus croustillante. Mais moi, je m’en fiche. Il n’y avait rien au monde que j’ai voulu plus pendant mes années universitaires que de dîner sur cette terrasse avec une certaine Dana, et tout le monde qui me connaissait à l’époque savait que ce serait le dessert. Je ne croyais pas que je revoie jamais cette tarte après la fermeture du Harvard Square Café il y a une décennie ; pourtant, la voilà.

Claremont est à 50 km de chez moi, et vu le prix d’essence et le traffic, j’ai dépensé la moitié du repas (au total, 52 $ après taxe et pourboire) pour l’aller-retour. Et si j’y revenais, ce serait probablement pour visiter mon autre resto préféré de l’époque, Tutti Mangia (oui, italien ; je suis rien que prévisible).

Si Brigitte Bardot pouvait le voir, approuverait-elle ? Probablement pas. Ce n’est pas particulièrement français hormis la carte de desserts, et la carte est pleine de viande (il y a des salades ; voici la preuve). La nourriture est bonne, mais le rapport qualité prix n’a rien de spécial. Cependant, s’il y avait une centaine de miracles, et je me trouvais sur un cinquième rendez-vous avec quelqu’un, savez-vous ce que je ferais ? Je dirais, «!Nous allons rouler à Claremont, nous allons nous promener autour du village, puis nous allons dîner chez Bardot. » Je connais déjà le dessert.

Qualité : Bon.

Rapport qualité prix : Moyen pour vous ; inestimable pour moi.

Recommandation : J’y reviendrais.