Archives de l’auteur : Justin Busch

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A propos Justin Busch

Les aventures d'un américain qui est tombé complètement amoureux de la France

Elle a tout plaqué pour des hommes français

Aujourd’hui, je ne suis pas trop fier pour partager un vrai appât à clics venant d’un maître de ce genre de contenus, le journal britannique The Guardian. Les algorithmes de Facebook savent que je cliquerai sur tout article qui traite soit des bêtises amoureuses soit de la France, et cette histoire mélange bien les deux. Vous allez a-do-rer l’autrice de cette histoire, et par adorer, je veux dire détester.

C'est un dessin d'un couple qui s'embrasse sur un pont avec la Tour Eiffel en arrière-plan, apparu dans une vidéo dans un vol d'Air France. Je l'ai pris en photo pour me plaindre des stéréotypes amoureux vendus sans cesse.
Vidéo de sécurité d’Air France, Photo par Justin Busch

Il s’agit du témoignage de Juhea Kim, qui avait 31 ans au moment où tout s’est déroulé en 2018. Madame est autrice de deux romans et un recueil de nouvelles, tous publiés depuis 2022. Ses deux romans ont été publié dans 7 pays, alors à l’avis des maisons d’édition, elle a quelque chose d’utile à dire. (Je ne cache pas très bien mon avis sur ce sujet, hein ? Mais je ne fais pas d’efforts non plus.)

La pauvre Juhea commence son histoire en nous racontant son premier rendez-vous avec un certain Thomas, ce qui a lieu dans son appartement grenoblois, et par « son », je veux dire celui de madame. Il s’avère qu’après une décennie de vie à New York, où elle travaillait comme éditrice d’un magazine qu’elle avait fondé, elle en avait marre des hommes américains. Et pourquoi ? Parce que selon elle, et je vais la citer en anglais d’abord, afin que vous ne pensiez pas que j’exagère :

New York men – or at least the ones I dated – seemed to think that, if they were more than 6ft tall and in finance or law, they were masters of the universe.

Ça dit : « Les hommes new-yorkais — ou au moins ceux avec qui je suis sortie — semblaient penser que s’ils faisaient plus de 6 pieds de hauteur et travaillaient en loi ou en finance, qu’ils étaient les maîtres de l’univers. »

Voilà. Sans gêne, elle vient de vous dire qu’elle suivait exactement la règle de 6-6-6. Déçu que ces hommes qu’elle avait aidé à couronner, en leur montrant que tout autre homme n’était même pas digne d’un regard, ne se souciaient pas assez d’elle, elle a décidé de partir pour la France, car elle avait entendu parler de ses amies que les expatriés étaient « plus bizarre » par rapport à ceux qui restaient à la maison, mais meilleurs que les autres choix. Son plan est donc de passer 3 mois en France, à chacun de Grenoble, Nice et Paris, dans cet ordre. C’est pour « travailler sur son roman », mais aussi pour avoir des rencontres sur Tinder.

Elle revient sur Thomas, venu chez elle. Selon elle : « Avant que nous ne nous sommes déshabillés, nous avons discuté les sentiers, et il m’a fait une promesse de faire de la randonnée ensemble. » Super. Ils se revoient tout le mois, mais quand elle est sur le point de quitter Grenoble, elle est déçue à découvrir qu’il avait mis à jour son profil Tinder. Quoi ? Elle allait partir à toujours ; à quoi s’attendait-elle ?

Elle n’a pas de relation pendant son mois à Nice. Ses parents lui rendent visite, et elle « ne veut pas de drame ». Dans cette partie, elle chante les louanges de la France et des Français : ils ne sont pas aussi malpolis que le reste du monde ne le pense et on a même cédé sa place à elle dans une queue. J’ai dit largement la même chose après ma première visite, alors je ne la critique pour ça.

Mais à Paris, elle trouve Gaëtan, un professeur de droit, encore une autre rencontre de Tinder. Et c’est ici où j’ai autant de plaintes sur elle qu’avec sa description des hommes américains. Elle nous dit que les Français sont amoureux des histoires d’amour, que ce n’est pas réservé aux relations sérieuses, sans se soucier de s’ils peuvent utiliser la personne rencontrée pour autre chose. Quoi, elle a déjà oublié Thomas ? Tout ça car Gaëtan se révèle soucieux d’elle et fait attention pendant leurs conversations. Elle fait la comparaison entre lui et les hommes américains, ceux qu’elle a déjà évalué selon leurs salaire et hauteur : selon elle, les Français ne font pas de commentaires comme « Tu travailles pour ton propre compte, quoi ? », et c’est rafraîchissant. Mais elle oublie qu’elle se met en compagnie de personnes qui gagnent plus qu’elle et savent bien que c’est son critère pour leur parler : encore, à quoi s’attendait-elle ?

Selon elle, sa seule plainte sur Gaëtan est qu’il est honnête quand elle lui pose une question sur le dîner qu’elle a préparé pour lui. C’est un chapitre dans mon livre, « Apprendre en faisant » : tout le monde est plus au courant des normes, même si pas doués personnellement. Je ne le vois pas comme une critique — c’est plutôt la raison pour laquelle on estime les cuisiniers français aux États-Unis. Mais elle cherchait plutôt la réponse américaine (aussi mentionnée dans le livre), un compliment insincère pour ne pas offenser.

Gaëtan reste en contact avec elle après son retour aux États-Unis, jusqu’au moment où elle trouve une autre femme. Mais c’est ici où sa méchanceté se révèle. Au début, elle a parlé de David, son ex américain, avec qui elle restait amis après la rupture, pendant des années. Il avoue encore une fois qu’il l’aime toujours, et elle finit par le marier. Il n’était pas assez bon des années plus tôt, car pas un homme de la règle 6-6-6, mais après quatre ans de rupture et d’aventures décevantes avec d’autres hommes qui passent un filtre algorithmique — ou qui sont exotiques, car étrangers — elle se contentera de lui. Le mot anglais que je cherchais pour ça, « settle for », est beaucoup plus péjoratif, alors vos traductions sont les bienvenues.

Je suis étonné, absolument étonné, qu’une romancière puisse manquer si complètement de conscience de soi. Il n’y a aucun moment où elle reconnaît qu’elle traite le reste du monde d’exactement la façon qu’elle n’aime pas, et elle confond des affaires Tinder avec des jugements profonds sur le caractère national de deux peuples, dont le sien. J’étais bouche bée tout au fil de la lecture de son article. Mais franchement, cet article censé être sur la France illustre parfaitement tout ce que j’essaie de vous dire sur ce sujet dès le départ !

Pas cette fois

Peut-être que le jeu le plus bête de l’industrie musicale est les soi-disant « préventes » pour les billets de concert. On cherche tous les fans, les seules personnes qui vont acheter les billets, on les donne un faux « code » pour la prévente afin de donner l’impression de faire partie d’un club, puis on les vend tous les billets. Puis le jour de la « vente publique », l’événement est déjà complet, et il n’y a rien à faire.

Vu mon gros titre, évidemment je n’irai pas au concert de Rush à LA en 2026. Mais je vais quand même me plaindre un peu du processus. Plus qu’un peu. Je me sens en même temps déçu et indifférent.

La veille, je me suis connecté au site de Ticketbâtard — désolé, Ticketmaster ; le surnom malpoli rime mieux en anglais — et j’ai vu le suivant :

L’important est juste la première phrase du deuxième paragraphe. Ça dit : « Les prix pour cet événement ont été fixés à l’avance par le tour, à 98,40 $ à 995,01 $, frais de service compris. » Je m’attendais donc à des prix sous ma limite de 150 $.

Je dois avouer la vérité : j’étais en retard pour m’enregistrer pour la queue virtuelle. J’ai reçu une notification qu’un colis hyper-important venant de France a été livré à un point relais. J’avais hâte de le récupérer et j’ai oublié de regarder l’horloge. Cependant, 15 minutes après le lancement de la prévente, j’ai fait la queue pour me retrouver enfin face au cauchemar :

Capture d'écran qui montre une place disponible pour 225 $.

Cette place n’est pas proposée par un revendeur ; c’est Ticketmaster lui-même. Ça coûte 50 % de plus que ma limite ; pourtant, ça se trouve dans ce que l’on appelle les « nosebleed seats » — c’est-à-dire les places assez hautes pour faire saigner le nez. Ceci était presque le plus loin du plateau possible. Il n’y avait plus de places à 98 $ disponibles, mais franchement, j’ai horriblement du mal à imaginer où se trouvent ces places, ou si elles existent tout court.

Je suis donc déçu. Mais en même temps, je craignais dès que j’en ai entendu parler que ce tour ait pour but de récolter un maximum d’argent pour un minimum de travail de leur côté. 150 $ n’est pas une petite somme ; j’étais prêt à payer plus que le minimum selon eux. Cependant, il n’y avait pas de « réunion d’esprit » possible, comme disent les économistes.

Et c’est d’où l’indifférence. Quelque chose qui m’impressionne chez Indochine depuis le début, c’est qu’ils ne font pas de telles choses. Il y avait deux catégories de prix pour le Central Tour, et je n’ai payé que 80 €, et un peu de plus pour les frais. Et ce n’est pas parce qu’Indochine est moins populaire que Rush ; Stade de France accueille plus de quatre fois le nombre de personnes que le Kia Forum, et Indo l’a rempli avec la plus grande foule de l’histoire de France jusqu’à ce moment. Nicola Sirkis a dénoncé Oasis pour ces pratiques l’année dernière, et a refusé de jouer aux côtés des Rolling Stones pour la même raison.

Cette différence d’attitudes est exactement pourquoi Rush est le symbole de mon passé, et Indochine de mon avenir (enfin, j’espère). Il serait faux, complètement faux, de dire qu’il n’y a pas de gens comme Nico chez moi, ou des gens avides en France. Et je ne dirais jamais qu’un autre devrait faire le choix pour eux. Mais je crois qu’il est absolument juste de dire qu’il y a des tendances liées à la culture, et que je trouve que les deux sont des produits de leurs pays. (À cet égard, n’oubliez pas que Rush vient de Canada — j’adore les Québécois, mais considère les anglophones comme les mêmes qu’ici.)

Il est possible que vendredi, quand la « vente publique » est censée avoir lieu, que je réussisse à acheter un billet. Mais ça ne changera pas mes avis ici. Si les places moins chers attendent, ce serait encore pire — ça dirait qu’ils voulaient profiter le plus d’exactement leurs fans les plus passionnés, ceux qui les soutenaient quand ils étaient actifs. Sinon, ce sera simplement plus de la même chose. Pas vraiment le souvenir d’eux que je voulais garder, une raison pour laquelle j’aurais été aussi heureux si ce tour n’avait jamais eu lieu.

Saison 4, Épisode 29 — M’enfin, les voisins !

Il n’y aura pas de balado la semaine prochaine, car je passerai tout dimanche en apportant le plus de cartons possible au nouvel appartement avant les déménageurs. Chaque carton m’économisera environ 10 $. Il y aura des choses que je ne pourrai faire moi-même — les meubles, les haut-parleurs — mais les contenus de la cuisine ou mes vêtements, oui.

Je ne sais pas qui me manquera moins : le voisin à l’étage, Lourdpas, ou le voisin du dessous, qui a joué un joli concert de rock samedi pendant des heures. Il serait super d’avoir un voisin qui sait vivre autour d’autres personnes, n’est-ce pas ? Il n’y aura pas de voisin à l’étage où nous allons : le bâtiment n’a que deux étages, et nous serons en haut.

M. Descarottes a prédit que je visiterais Miguel’s dimanche. Il avait raison ; voici ma quesadilla (une tortilla frite avec du fromage et dans ce cas, du bœuf) :

Quesadilla de carne asada : une tortilla pliée autour d'un mélange de bœuf grillé et du fromage cheddar, frite jusqu'à ce que le fromage fonde.

J’entends parler que les billets les moins chers pour Rush coûteront 98 $ ; cette info vient directement de Ticketbâtard. On verra à midi. Je payerais ça, mais seulement si je paye la valeur nominale ; pas de revendeurs pour moi.

Amie du blog Péla a posé une question importante en réponse aux propos de M. Descarottes :

Et que dit il du gouvernement Américain ?
Parce qu’entre nous, c’est « la merde » un peu partout !

Commentaire de Péla

J’espère que je n’ai jamais offensé en partageant ses pensées sur la politique française. Dès le début en 2020, je suis hyper-sensible au fait qu’il me faut comporter comme un invité, et que c’est absolument le cas que certaines choses sont drôles dans la bouche d’un ami ou un membre de la famille, mais autre chose dans la bouche d’un étranger. J’étais étonné de voir que des heures après sa publication, sa « loi Groland » semblait être dépassée par la réalité. Quand j’écris de telles choses, ce sont tirés de pensées que je vois d’internautes français — la frustration que certains échappent à la justice, ou que certains engrangent — filtrés par sa personnalité unique. Mais il n’y a jamais de la méchanceté derrière ça — après tout, j’espère vivre exactement ce que je souhaite pour vous à l’avenir !

Cette semaine, je tenterai donc une « version américaine ». Mais je crains que l’humour ne fonctionne pas — à moins que vous connaissiez David Gergen (la traduction américaine de Bruno Le Maire, un type qui retournait encore et encore), ça risque de tomber mal. J’essaierai quand même, car je ne suis pas trop fier pour manger mes propres croquettes pour chien, comme on dit en anglais (lien en anglais).

Si vous aimiez le « shrekking », vous allez a-do-rer le « chatfishing », venant bientôt à des anglicismes chez vous ! (Lien en anglais.) Adapté de « catfishing » (lien en français), ou on adopte une fausse personnalité pour les applis de rencontres, il s’agit d’utiliser ChatGPT pour écrire vos messages sur lesdites applies. Jamais besoin de vous inquiéter que c’est un robot par ici — c’est malheureusement toujours juste moi.

Et puisque nous en parlons, en novembre je vais critiquer le film le moins probable du blog : canadien (pas le problème), en anglais (déjà peu probable), considéré un navet (hein ?) et comédie romantique. Quoi ? Disons qu’il s’agit de la seule et unique sorte d’histoire qui pourrait attirer mon attention vu tout ça.

Pour finir avec une histoire hyper-Coup de Foudre, voici le compte rendu d’un noble britannique de 79 ans qui cherche désespérément sur Tinder une femme qui peut lui donner un héritier. C’est complètement vrai (lien en anglais) — mais ça sent une histoire de brouteur au point où personne ne le prend au sérieux !

Notre blague traite d’un braquage de banque, et nous vient des Grosses Têtes. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Carottes et Concours. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine.

Sur le blog, il y a aussi Mon bébé vient de m’écrire une lettre, sur le premier rejet de mon livre (par le premier éditeur de Proust), Un retour complètement inattendu, sur le retour de Rush, À plus dans le bus, sur comment aller au concert de Rush, et J’ai eu envie de vous revoir, sur la nouvelle chanson de Véronique Sanson.

Si vous aimez cette balado, abonnez-vous sur AppleGoogle PlayAmazonSpotify, ou encore Deezer. J’apprécie aussi les notes et les avis laissés sur ces sites. Et le saviez-vous ? Vous pouvez laisser des commentaires audio sur Spotify for Podcasters, qui abrite la balado. Bonne écoute !

Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec des tortillas

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Avec ce billet, on se lance dans la seconde partie du livre, « Noms de pays : le pays ». Il n’y aura pas de Dimanche avec Marcel la semaine prochaine, car je passerai plutôt Dimanche avec Une tonne de boîtes. Cette fois, j’ai avancé de 25 pages.

On commence avec une note malpolie pour renvoyer Gilberte :

J’étais arrivé à une presque complète indifférence à l’égard de Gilberte, quand deux ans plus tard je partis avec ma grand’mère pour Balbec. 

C’est quoi Balbec ? Ne le cherchez pas sur une carte ; c’est une station balnéaire fictive. On dit que c’est inspiré de la ville de Kerplougastennsac’h, dans le Finistère. Non, je plaisante, la ville se nomme Beg Meil. Mais Balbec vient encore plus fortement de Cabourg, dans le Calvados, particulièrement le Grand Hôtel, qui existe vraiment. Vous ne serez pas surpris d’apprendre que le restaurant du Grand Hôtel s’appelle Le Balbec. C’est ça le marketing. Mais la carte ne contient pas de madeleines, et pire, il y a ce cauchemar — si je suis à Cabourg, je ne cherche pas de faux desserts mexicains !

MAÏS & TORTILLAS 18
Mais en différentes textures (grillé, crémeux, mousseux, croquant et glacé), guacamole au piment jalapeño, tortillas à la farine de mais. Pour accentuer les saveurs, nous vous invitons à découvrir une liqueur de maïs du Mexique (2cl - 8€).
Capture d’écran de la carte

Je vous jure, si je mange une tortilla de plus cette semaine… ([À noter, sur les calendriers Américains, la semaine commence avec dimanche, pas lundi. Il sera chez Miguel’s dimanche, rassurez-vous. — M. Descarottes])

Je n’ai aucun commentaire sur la prochaine citation. Je vais juste vous laisser chercher le sujet de cette phrase.

Mais enfin le plaisir spécifique du voyage n’est pas de pouvoir descendre en route et de s’arrêter quand on est fatigué, c’est de rendre la différence entre le départ et l’arrivée non pas aussi insensible, mais aussi profonde qu’on peut, de la ressentir dans sa totalité, intacte, telle qu’elle était dans notre pensée quand notre imagination nous portait du lieu où nous vivions jusqu’au cœur d’un lieu désiré, en un bond qui nous semblait moins miraculeux parce qu’il franchissait une distance que parce qu’il unissait deux individualités distinctes de la terre, qu’il nous menait d’un nom à un autre nom ; et que schématise (mieux qu’une promenade où, comme on débarque où l’on veut, il n’y a guère plus d’arrivée) l’opération mystérieuse qui s’accomplissait dans ces lieux spéciaux, les gares, lesquels ne font pas partie pour ainsi dire de la ville mais contiennent l’essence de sa personnalité de même que sur un écriteau signalétique elles portent son nom.

Juste avant de partir, un docteur dit à notre héros :

« Je vous réponds que si je pouvais seulement trouver huit jours pour aller prendre le frais au bord de la mer, je ne me ferais pas prier. »

Il reste 400 pages dans ce tome. Ça veut dire que les 300 précédentes, qui s’étalent sur au moins un an, se sont déroulés plus vite que ce qui m’attend ?

J’interromps ce billet pour vous conseiller que si vous avez des pensées suicidaires, veuillez appeler le 3114, ou d’autres lignes d’écoute si besoin.

Le narrateur mentionne que le train pour Balbec passe par :

la cathédrale de Saint-Lô, avant qu’il se fût éloigné vers le couchant.

J’ai eu une pensée émue en pensant que Proust ne savait pas ce qui était arrivé à cette église, dont sa beauté a été gâchée par l’Histoire.

Le narrateur et sa grand-mère y voyagent séparément, afin qu’elle puisse passez une nuit chez une amie sur la route. Le narrateur pense de son arrivée :

Et peut-être était-il moins pénible pour moi de sentir l’objet admirable de mon voyage placé avant la cruelle première nuit où j’entrerais dans une demeure nouvelle et accepterais d’y vivre.

« La cruelle première nuit » ?!? Dites-donc, mon gars, je me suis enregistré dans trois ibis budget différents pendant mon voyage en 2023. Et vous, vous allez vous enregistrer dans un hôtel où le truc le plus pénible est un dessert à la guacamole pour 18 €. Non, je ne sais pas combien de francs de l’époque de Proust ça veut dire.

Devinez qui va accompagner le narrateur :

Mais devant la clarté de son regard, devant les lignes délicates de ce nez, de ces lèvres, devant tous ces témoignages absents de tant d’êtres cultivés chez qui ils eussent signifié la distinction suprême, le noble détachement d’un esprit d’élite, on était troublé comme devant le regard intelligent et bon d’un chien à qui on sait pourtant que sont étrangères toutes les conceptions des hommes…

Ça ne vous parle pas ? Françoise la cuisinière est de retour — et je vous promets, si on sort avec moi, je ne ferai jamais la comparaison entre elle et un chien comme ça ! Des drôles de compliments de notre Marcel !

Et à moi pourtant ma propre voix me donnait du plaisir

Nan, vous plaisantez !

Il voit du train une fille :

la belle fille me donna aussitôt le goût d’un certain bonheur… d’un bonheur qui se réaliserait en vivant auprès d’elle.

Son cœur d’artichaut est encore pire que le mien ! Heureusement pour cette fille, le train quitte la gare avant qu’il ne puisse lui faire une Gilberte.

Et c’est ici où nous arrêtons, avec son arrivée à Balbec-en-terre, à ne pas confondre ni avec Balbec-plage ni avec Balbec-dans-l’espace (j’ai inventé l’un des deux). En deux semaines, on découvrira ce qu’il fera sur place.

J’ai eu envie de vous revoir

Les billets vont devenir plutôt courts jusqu’à mercredi prochain, car j’ai des choses à faire. Heureusement pour moi, hier héroïne du blog Véronique Sanson a décidé de faire quelque chose d’étonnant, et voilà, post sans effort.

En 2024, elle a embarqué sur un tour dit « Hasta Luego », ce qui m’inquiétait, parce que c’est de l’espagnol pour « À plus tard ». Je croyais que c’était donc son adieu, même si rien de la sorte n’a été annoncé.

Cependant, le 10, c’est-à-dire hier, elle a lancé une nouvelle tournée appelée « J’ai eu envie de vous revoir », et pour la fêter, elle a sorti une nouvelle chanson de même nom, sa premier single depuis « Et je l’appelle encore » en 2016. Le voilà :

J’ai du mal à transcrire toutes les paroles par oreille, mais j’ai au moins ça de la première moitié :

J’ai eu envie de vous revoir
<qqch>
Alors j’ai enfilé mes bottes
Pour venir vous retrouver
Et tout le monde, de ce qu’il reste
Je veux le partager
Avec le temps qui rit, qui laisse
De la <qqch> sur mon clavier
Et j’ai peur, si vous sachiez
Qu’avec le temps je vous oublie
Vous qu’aviez tant rempli ma vie
Je voulais vous dire… merci

Il y a une autre strophe de même taille, mais ça donne une assez bonne idée du thème. C’est impressionnant — sa voix est plus grave que pendant les années 70 ou 80, mais reste assez claire et pas du tout râpeuse. En tant que musique, ce n’est pas à la hauteur de sa « Drôle de vie », mais presque rien ne l’est.

C’est une note de remerciement en forme musicale, et j’imagine qu’elle ne planifie pas beaucoup d’autres nouveautés. Qui sait combien de temps reste dans sa carrière ? Pas moi, certainement. Mais de mon côté, je suis reconnaissant pour tout ce qu’elle m’a donné, surtout le vol magique vers la France pour la première fois, où j’écoutais « Drôle de vie » en boucle, et m’en foutais du fait que je portais une masque de taille enfant, trop serré, jusqu’à mon arrivée. C’était Véronique Sanson la bande-sonore de la meilleure semaine de ma vie, et pour ça, je voudrais lui dire merci.

Le remaniement Descarottes

([Avec une planche Ouija, j’ai réussi à contacter M. Descarottes. Il regarde les actualités françaises avec inquiétude, et m’a envoyé ses pensées. — Justin])

Bonjour, les amis, je vous ai manqué horriblement depuis décembre, je le sais. L’année dernière, vous avez raté une opportunité importante — me charger du gouvernement — et maintenant, qu’est-ce qui se passe ? Les gouvernements français durent moins longtemps qu’une belle litière du Petit Rongeur ! Avec moi, vous auriez eu au moins deux semaines entre ma candidature et l’événement malheureux.

M. Descarottes dans sa cage, nez contre les barres, avec un regard qui dit « Vous ne voulez pas me donner à manger tout de suite ? »

Mais il est évident que certaines choses devront changer selon les exigences du moment. J’ai mes priorités, après tout… et, euh, je me soucie de vous aussi !

  • La Maternelle nationale : Bien sûr, il y a des différences importantes entre les partis. Mais sérieusement, un jour ? Les enfants de 4 ans doivent faire plus d’efforts que ça pour s’entendre. Alors, on va copier les meilleures universités américaines, qui croient aussi que leurs élèves sont des bébés (Georgetown, Brown, Michigan), et installer une salle avec des craies de cire, des briques Lego et des souffleurs de bulles de savon dans l’Assemblée nationale. Toute personne souhaitant une vote de censure pendant les 90 premiers jours d’un nouveau gouvernement devra d’abord y passer une semaine. Télévisé sur LCP. Des cobayes seront disponibles pour caresser, et il faudra le faire. Souvent.
  • La loi Groland : Saviez-vous que sur Canal+, il y a un documentaire sur un pays qui effectue des remaniements toutes les 20 minutes ? Alors, personne ne sera désormais autorisé à être ministre dans deux gouvernements de suite. En plus, Bruno Le Maire est interdit tout court de rentrer dans un tel poste, car en quelque sorte, c’est sa faute à lui. Cependant, Rachida Dati peut rester car le gros la trouve mignonne. Mais sans responsabilités, car le reste d’entre vous en a assez.
  • Jours fériés : Toute personne souhaitant supprimer des jours fériés sera invité à montrer l’exemple. En commençant par perdre ses week-ends. Des champs de carottes gouvernementaux seront plantés afin de leur fournir le bon endroit pour leur nouveau loisir obligatoire — récolter. Il sera aussi télévisé.
  • Dons obligatoires de légumes : J’étais dégoûté à découvrir les tonnes de pommes de terre gaspillées dans les Landes. Il y a un meilleur usage pour ça. Tout légume qui n’est pas vendu au moment de sa récolte sera donné à manger aux animaux de la région. Toute personne qui n’est pas éligible pour servir au gouvernement à cause de la loi Groland sera obligé de travailler en livrant ces légumes à mes cousins et amis. Ça aidera à encourager les anciens ministres à ne pas chercher réintégrer le gouvernement, à moins qu’ils ne profitent de travail honnête. J’ai l’impression que ça mettra définitivement un terme au manège des dernières années.
  • Nouvelles recherches biologiques : La dernière fois, je vous ai parlé de mon plan de cultiver une nouvelle variété de carotte dans chaque département. Il y a une recherche encore plus importante : le clonage. Le budget du CNRS sera doublé, et tous les fonds seront dirigé vers le but le plus important au monde : me cloner. Regardez la photo en haut : vous ne pouvez pas dire non à ce visage, non ?

Le plan Descarottes : car un cobaye sait mieux régler les choses que cette bande !

À plus dans le bus

Avouez-le, vous ne connaissez pas d’autre étranger qui dit de telles choses.

De toute façon, notre billet du jour concerne une question posée par ami du blog Filimages en lisant le prix époustouflant pour stationner une voiture pour le concert de Rush a LA, 51 $. Il m’a dit : « il me semble plus judicieux d’y aller en bus ou en covoiturage ». À chaque fois où j’entends le mot « bus » d’un Français, je ne peux que secouer la tête, sourire et penser : « Ne perdez jamais l’espoir ». La vérité, c’est que je savais déjà ce qui m’attendais. Mais je lui ai dit quand même que je ferais l’enquête.

Il faut se souvenir que bien que la France ait 20% de la population américaine, une bonne fraction, les États-Unis fait environ 18 fois les kilomètres carrés. Il y a des choses qui sont bien logiques en France, mais qui ne marcheraient jamais aux États-Unis — et ça avant de considérer qu’en général, chaque ville ou comté est responsable de ses propres transports en commun. S’il faut croiser une frontière importante, comme entre Los Angeles et Orange, on ne trouvera pas de coordination entre les deux.

Alors, j’ai mis les deux points de terminaison dans Google Maps pour rechercher une route par transports en commun. Je dois le faire parce que la prochaine fois où je prends un bus en 22 ans de vie dans le comté d’Orange sera… la dixième ? La cinquième ? Non. La première-ième. Ouaip. Il y a des choses qui ne se font pas ici. Ce n’est pas à dire qu’il n’y a pas de bus ici, mais très peu et en général, ils ne vont pas là dont j’ai besoin.

Afin de ne pas publier mon adresse exacte, j’utilise ici celle de l’aéroport local, très proche de chez moi. Ça ne change rien d’important. Supposons que je voulais arriver à temps pour un concert à 20h. Le Kia Forum est à 70 km de chez moi. À quelle heure penseriez-vous qu’il me faudrait partir ?

Capture d'écran du sommaire du trajet proposé par Google

16h24, ça vous parle ? Oui, il s’agit d’un trajet de 3 heures et 22 minutes, avec 5 transferts ainsi que deux promenades de 1 à 1,5 km chacune. Le tout ne coûterait que 13,75 $ mais qu’est-ce qu’il y a, d’accord ? J’explique.

La première étape serait de prendre un bus de l’aéroport jusqu’à la gare de Tustin, pour prendre le train régional dit Metrolink. Rien de grave, c’est juste qu’un type a été fusilé à la station-service à côté de cette gare il y a des mois. À vrai dire, il y a des années sans fusillades tout court à Tustin, et je ne m’inquiète pas trop pour cette partie. En fait, il serait plus logique de me garer dans le parking de cette gare. C’est gratuit.

Capture d'écran du trajet de Tustin à Union Station

On prend ensuite le Metrolink jusqu’à Union Station, au centre-ville de LA. En fait, c’est la mauvaise direction, bien à l’est de notre destination, mais il faut le faire afin de se transférer au bon système, car c’est le seul moyen de passer d’Orange County à LA pour atteindre leur métro. Il nous faut 1 heure pour ça, et Union Station est la maison des SDF, mais on veut prendre des transports en commun, quoi ?

Capture d'écran du trajet d'Union Station jusqu'à Pico

Puis on peut prendre la ligne À du métro de LA. Ça ne prend que 11 minutes et 5 arrêts. Le quartier de Pico n’est pas trop mauvais.

Capture d'écran du trajet de Pico à Crenshaw

Puis il faut se transférer à la ligne E, destination Exposition et Crenshaw. Merveilleux. Nous sommes pas loin du quartier des émeutes de 1992. En tant qu’homme blanc, je ne suis pas le bienvenu dans ce quartier. Mais nous voulons vraiment prendre les transports en commun.

Capture d'écran du trajet de Crenshaw jusqu'au centre-ville d'Inglewood

On prend la ligne K au centre-ville d’Inglewood. Inglewood se traduit comme « Porte de la Chapelle », ou peut-être « Colline du Crack ». En fait, ici nous sommes à 4 km du point d’origine des émeutes, Florence et Normandie (ce sont les noms en anglais des rues, je n’ai rien traduit). Heureusement, je ferais ce trajet en été, alors à 19h22, mon arrivée à Inglewood est avant le coucher du soleil. Ce qui est bon, car…

Capture d'écran de la dernière étape, la balade entre Inglewood et le Kia Forum.

Il nous reste une balade de 1,5 km à pied afin d’atteindre le bon endroit. Il est 19h46, alors je suis là juste à temps pour le concert.

3 heures plus tard, c’est le temps pour rentrer. Tout ira bien, j’en suis sûr.

Attention, quoi ? Il me faut patienter jusqu’à 3h54 du matin afin de prendre les mêmes étapes à l’envers ? HAHAHAHAHAHA… non. Le prix est bon, mais peu importe, car à 1h du matin, je me serai fait agresser au couteau. Désolé, mais ça m’est déjà arrivé à LA en 1997, raison pour laquelle je refuse de marcher au-delà de Beverly Hills. Quelle coïncidence, cette fois-là, j’allais aussi à un concert de Rush au Forum !

Et maintenant vous comprenez tous pourquoi je roule en voiture chaque fois où je dois aller à Los Angeles.

Un retour complètement inattendu

Je viens de vous parler de l’histoire triste de mon groupe préféré anglophone, Rush. Naturellement, ce blog étant ce qu’il est, dès que j’ai écrit « Le groupe a pris sa retraite en 2015 à cause de la santé défaillante de Neil, qui est mort d’un cancer du cerveau en janvier 2020. », les deux membres survivants ont annoncé qu’après 10 ans d’absence, ils voudraient jouer ensemble encore une fois. Il m’étonne de voir à quel point j’ai des sentiments mitigés.

C'est une photo d'un feu rouge au vert, le nom Rush, et les mots "Fifty Something Tour" (Tour pour la cinquantaine)
Annonce du « Fifty Something Tour », ©️Rush

En 2023, je vous ai parlé du tour que le chanteur du groupe a fait pour promouvoir son livre. J’étais très mécontent des places à 500 $ pour un événement sans concert, donc sans équipe, sans instruments — toutes les choses qui pouvaient justifier un prix aussi gonflé. Je crains que cet événement sera plus de la même chose.

Il n’y aura que 12 dates dans 7 villes. L’une de ces villes sera Los Angeles. Il coûtera 51 $ juste pour stationner sa voiture dans le parking de l’arène. Mais ça dit, c’est à Inglewood, et je serais exactement aussi ravi de laisser ma voiture dans la rue quelque part à Clichy-sous-Bois. Alors oui, je payerais ces frais exorbitants — mieux vaut être cambriolé de façon légale, je suppose. Cependant, et c’est important — seulement si le prix du billet reste dans des limites raisonnables.

Je payerais jusqu’à 150 $ pour un tel billet, le stationnement pas compris. L’arène en question peut accueillir 20 000 personnes pour un match de basket, mais pour un concert, ce sera plutôt 15 000. Il y aura une loterie pour même avoir le droit d’acheter un billet, et Ticketmaster a l’habitude de se vendre des billets, puis les vendre comme des billets de revente, alors je ne garde pas beaucoup d’espoir. Et je ne payerai certainement pas 500 $ pour un billet censé être vendu pour 100 $ ou quoi que ce soit, quelque chose qui arrive tout le temps avec Ticketmaster. (Au fait, les efforts à combattre les revendeurs sont quelque chose que j’estime énormément chez Indochine.)

Mais mettons le prix de côté. Ce ne sera pas Rush comme je le connais, car il y aura quelqu’un d’autre que Neil Peart derrière la batterie. J’entends parler qu’Anika Nilles, le batteur embauché pour ce tour est assez douée (Neil a remporté plus de victoires de meilleur batteur que n’importe qui pendant sa carrière), mais pendant une décennie, on nous disait : « Oh non, il n’y a pas de Rush sans tous nous trois. » L’idée qu’ils feraient comme Mötley Crüe ou AC/DC et « prendre sa retraite » encore et encore juste pour se faire payer avec des prix époustouflants me met mal à l’aise. Honnêtement, je me sens manipulé.

Il faut comprendre que tout au fil de sa carrière, alors que chacun des trois musiciens ont remporté des prix des magazines consacrés à leurs instruments, les critiques ont toujours détesté Rush. C’est la musique des nerds, avec des signatures temporelles inhabituelles, des paroles sur la science-fiction ou des sujets philosophiques, et un sens de l’humour plutôt comme le mien. (Je ne suis pas perplexe sur ce sujet.) Rush pouvait remplir des arènes comme celle de LA, mais jamais, jamais de stades. Pour gagner l’argent, ils devaient donc monter plus de spectacles que les Metallica du monde. Si l’idée est de ne pas travailler souvent, et vider les poches de fans désespérés quand ils en ont besoin, ça ne m’intéressera pas du tout.

En 1980, ils ont sorti une chanson, « The Spirit of Radio », L’Esprit de la radio, qui critiquait exactement ce genre de comportement dans leur industrie. C’était l’une de leurs plus populaires, et je n’ai jamais assisté à un concert où ils ne l’ont pas jouée. Le 13, le jour de la loterie, on verra combien ils veulent pour une place, et on saura si ça signifie toujours quelque chose, ou si c’était juste le produit de la jalousie.

Mon bébé vient de m’écrire une lettre

Connaissez-vous la chanson « The Letter » du groupe des années 60, The Box Tops ? J’ai été vraiment impressionné par la reprise par un chanteur italien, Zucchero, pendant le spectacle des 30 Ans de Taratata. Le refrain est mon titre du jour. Je l’évoque parce que, moi aussi, on vient de m’écrire une lettre hier. La voilà :

Bonjour,
Nous vous remercions de nous avoir adressé votre manuscrit que nous avons lu avec attention.
Malheureusement, notre comité de lecture n’a pas été suffisamment enthousiasmé par ce texte pour pouvoir s’engager à le publier chez Calmann-Lévy.
Nous vous remercions cependant de votre confiance et espérons que vous trouverez un accompagnement de valeur chez l’un de nos confrères.
Bien à vous, Le service éditorial

C’est la première réponse que j’ai reçue, mais pas la première maison à laquelle j’ai envoyé mon manuscrit. En fait, ça fait presque exactement un mois chez eux. Je me demande donc : est-ce que le manuscrit attendait trois semaines, puis on a lu ma lettre d’introduction, dit « Hahaha, non » et a envoyé ça ? Ou est-ce que l’on a vraiment passé des heures en le lisant avant de prendre une décision réfléchie ? Impossible de dire.

Mais en réfléchissant à ce processus, il m’est arrivé à l’esprit qu’essayer à publier avec une maison d’édition est exactement comme utiliser une appli de rencontres, une autre activité dont je ne profite pas. Comment ça ?

On commence avec les profils… désolé, les formulaires de soumission de manuscrit. Là, on poste les demandes, genre « Je ne m’intéresse qu’à ceux que… ». Voici des exemples de maisons avec qui je n’ai pas d’espoir d’une relation :

NOUS SERONS HEUREUX DE LIRE VOS TEXTES, SI VOUS PENSEZ QU’ILS CORRESPONDENT À NOTRE LIGNE ÉDITORIALE. PAR EXEMPLE, NOUS N’AVONS PAS POUR PROJET DE PUBLIER DE POÉSIE, DE THÉÂTRE, NI DE THÈSES.

Calmann-Lévy

Nous vous informons que nous traitons les envois de manuscrits par voie électronique uniquement et lorsqu’ils concernent les domaines du feel good, de la comédie romantique et de la romance.

J’ai Lu

404 publie des livres-jeux, des fanfictions et des jeux centrés sur la pop-culture. Vous pouvez nous envoyer votre manuscrit, accompagné d’une note de présentation (résumé, genre, public visé, bio) à l’adresse

404 Éditions

Alors, en plus de votre profil… désolé, votre manuscrit, vous êtes censé leur écrire des notes pour expliquer pourquoi vous seriez un bon parti pour eux. Et pour ça, il faut bien fouiller dans leur profil… désolé, leur catalogue, afin de trouver juste les bons livres qui prouvent que vous avez raison.

Dans le cas de Calmann-Lévy, je savais que ça allait être un boulot, car c’est l’une des maisons d’édition les plus vieilles de France et les plus prestigieuses au monde. On ne trouve pas beaucoup de recettes dans leur ligne. Pourtant, j’ai trouvé deux livres où, entre les deux, je dirais qu’une soumission de ma part n’a pas été juste un coup d’arrogance. Je cite ma lettre de présentation :

J’espère que mon manuscrit trouvera sa place chez Calmann-Lévy parce que votre ligne éditoriale comprend deux livres dans un style similaire : D’abord, Souvenirs Friands de Jean-Robert Pitte utilise ses recettes en tant que moyen pour raconter ses souvenirs. Et comme Ce que j’ai appris de vous de M. Barnier, Un Coup de Foudre met en vedette tout un panel de Français, des gens que j’ai rencontrés partout dans le pays. 

Si vous lisez les extraits disponibles aux liens, c’est dingue à quel point Un Coup de Foudre le livre a des points en commun avec les deux. Chaque chapitre de Souvenirs Friands se termine par une recette ; le livre de M. Barnier est plutôt un livre entier de profils comme la douzaine dans le mien. D’autre part, ces deux sont des hommes de renom. Ces mêmes choses ne sont pas forcément intéressantes venant de ma bouche.

Tout comme les applis de rencontres, après avoir fait tout cet effort, votre chérie promet de vous écrire de même façon que Gilberte. Cet exemple vient de J’ai Lu :

Après réception, nous ne vous recontacterons que dans le cas où nous souhaiterions donner suite à votre projet. Merci et bonne chance dans votre démarche.

Calmann-Lévy, par contre, est plus typique en proposant un délai maximum :

Dans la mesure du possible, nous nous efforçons de répondre dans un délai de trois mois.

J’apprécie qu’ils ont au moins répondu. D’autres maisons vous dirent uniquement que si vous n’aviez rien entendu après le délai cité, ils ne s’y intéressent pas. Et franchement, ça, c’est le truc le plus appli de rencontres de tout.

Jeune, mon autrice préférée était Madeleine L’Engle, surtout pour sa série dite Kairos. C’est bien connu aux États-Unis que son premier roman, Un raccourci dans le temps, à été rejeté par 26 maisons d’édition (lien en anglais). Mais au moins elle avait les lettres en preuve. De nos jours, ça fonctionne beaucoup plus comme les applis, et franchement, ce n’était pas une coïncidence que je leur ai dit adieu dans ces pages il y a un an.

Saison 4, Épisode 28 — C’est pas Cannes ici

Commençons avec une bonne nouvelle — pas de majuscules, c’est juste personnel. Depuis vendredi, je suis stressé car j’étais en retard à soumettre ma demande de bail pour notre prochain appartement. Si quelque chose ne s’est pas allé, j’allais avoir une fin de mois très intéressante, sens malediction. Cependant, dimanche aprèm, j’ai reçu le contrat — nous déménagerons à temps. Les billets du 16 au 22 ne seront pas grand-chose, mais peu importe.

Alors, continuons avec les mauvaises nouvelles. Je viens de me rendre compte que la différence entre les bails — nous déménageons dans un immeuble moins cher — payerait un appartement de rêve dans mon quartier de rêve, celui de la Cathédrale de Rouen. Pas un assez grand pour nous deux, mais pour moi-même, certainement. Les prix chez moi sont vraiment à pleurer.

Autre chose, je vais enfin encadrer plusieurs affiches afin de les accrocher dans le nouvel appartement. Je n’avais pas voulu mettre des trous dans les murs chez moi, mais dans le prochain, je m’en fiche. Cependant, il y a une autre chose qui a changé. Vous les verrez plus tard, mais sachez que plusieurs sont de l’art original de mon ancienne bande-dessinée préférée, Les Aventures du Docteur McNinja. J’avais tardé une décennie après les avoir achetées de peur que si je sortais avec quelqu’un, puis elle voyait que c’était mon idée de comment décorer, ce serait la fin. Il me semble que ce n’est plus une raison, et non pas parce que le monde s’est adapté à mes goûts douteux.

C’est quand même mon but de vous montrer tout une fois fini. J’aimerai mieux la cuisine, et je pourrai finalement utiliser ma casserole française en cuivre, achetée il y a 12 ans sans savoir que ça ne marche pas avec les cuisinières à induction. Je pourrai mettre en vedette tous mes achats français des 5 dernières années, et ça me fait plaisir aussi. Je viens d’acheter des affiches de Rabbi Jacob et de La Grande Vadrouille, qui me seront envoyées par Colissimo. Je dois espérer qu’elles n’arriveront pas trop vite, car je les ai faites envoyer à la nouvelle adresse.

Je serai très curieux de voir si je pourrai reprendre mes enregistrements pour ma chaîne YouTube. Peut-être que vous vous souvenez du changement effectué par le propriétaire de mon immeuble qui l’a rendu impossible, une porte en verre trop réfléchissante.

S’il n’y a pas de miracle cette semaine, mardi prochain (pas demain ; le 14) vous aurez ma critique du livre qui a rendu une certaine maison d’édition celle dont je rêvais. Ça n’aura rien d’amer — je suis sincèrement admiratif de ce livre, et je crois que ça montre que le mien aurait bien rentré dans sa ligne éditoriale. Mais ce n’est pas à moi de juger. J’aimerais tellement savoir si c’était au moins assez intéressant pour mériter plus d’un jour avant de prendre une décision. Aucune maison n’envoie plus de lettres à cet égard.

Notre blague traite des différences entre avoir une copine et une femme. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Ours et Logique. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine.

Sur le blog, il y a aussi La malchance, sur la vie de Neil Peart, C’est le 1er, version octobre 2025, ma revue mensuelle de mes blogs préférés, Ni l’un ni l’autre, sur des choix que je n’aime pas, et Le film du blog, où je passe des notes à chez Gaumont sur la distribution souhaitée pour le film à venir.

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