Archives pour la catégorie Projet 30 Ans de Taratata

Je découvre Sheila

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la chanteuse après Julie Zenatti, Sheila. Elle a chanté sa propre chanson sur le plateau, « Bang Bang ».

Sheila sur le plateau de l'émission 30 Ans de Taratata

Sheila est née Annie Yvonne Jeanne Gisèle Chancel en 1945 à Créteil. Ayant échoué des tentatives d’entrer l’Opéra national de Paris et la Maîtrise de Radio France pendant son adolescence, en 1960 elle entame une carrière de chanteuse avec un groupe amateur. Les Guitares Brothers. Ce groupe fait son début dans un casino breton, mais réussit enfin à passer une audition chez le Golf-Drouot. Là, le producteur Claude Carrère fait signer un contrat de 10 ans à ses parents, et lui donne le nom de scène « Sheila ». Carrère n’est pas un héros de cette histoire ; son plan d’affaires était de signer beaucoup de jeunes artistes pas chers et gagner les droits d’auteur — un modèle très commun dans ce secteur peu scrupuleux. Puisque elle a enregistré plus de 600 chansons, je me concentre sur sa carrière jusqu’au début des années 80.

Son premier tube est « L’école est finie » de 1963, écrit par Carrère et son partenaire commercial, Jacques Plait. C’est #1 en France ainsi qu’en Wallonie, une chanson très agréable et plein d’entrain.

D’autres singles — « Le Sifflet des copains » et « Papa t’es plus dans l’coup » suivent rapidement, et son premier album est une réussite. 1964 voit plus de singles à ce niveau, comme « Vous les copains, je ne vous oublierai jamais », une reprise de « Doo Wah Diddy Diddy », est un autre classé #1, et « Hello, petite fille », #5. Son deuxième album, Écoute ce disque, est encore un succès.

C’est ici où la tragédie frappe. Ce rythme de travail est épuisant : Sheila s’évanouit sur scène à l’âge de 18 ans et doit quitter les tournées pendant un an. Elle lâche pendant une interview avec France Dimanche que ses traitements pour l’anémie comprennent des hormones mâles et en conséquence, une rumeur la suivra pendant des décennies, qu’elle est en fait un homme. Même son accouchement en 1975 sera traité de faux pour cacher son sexe. Franchement, de toutes les choses que j’ai apprises en écrivant cette série, celle-ci est de loin la pire — elle n’a rien fait, et c’est injuste de façon qu’être méprisé pour infidélité (comme beaucoup de ces artistes) ne l’est pas.

Hors scène, Carrère hausse son rythme de travail dans le studio. 1965 voit 4 singles dans le top 10, dont le #1 « Le folklore américain ». J’aime très bien cette chanson avec son aire de cow-boy, même si à vrai dire, ça doit beaucoup plus à l’imagination française qu’à la musique américaine — ça ne me rappelle rien de mon côté de l’Atlantique :

1966 voit 3 tubes de plus, dont « L’heure de la sortie », qui s’écoule à plus de 300 000 exemplaires, et « Bang-bang », classé #2 et son choix pour Taratata. Le premier est très typique de Sheila. Le dernier est plus mélancolique que d’hab jusqu’à ce point, l’histoire d’un garçon avec qui la narratrice a grandi, le titre faisant référence au jeu de gendarmes et de voleurs.

1967 est aussi réussie que les années précédentes — « Adios amor », malgré le titre espagnol, est largement en français. C’est ce que vous les anglophones appelez un « slow », et atteint le #1 :

Avec plus de trois quarts d’un million d’albums vendus chaque année, il semble que Sheila est la reine de la chanson française. Mais on verra les premiers signes d’une chute. Son tube classé #1 de 1968, « Petite fille de français moyen » ne se vend qu’à 250 000 exemplaires, et n’a pas l’air d’un classique comme pas mal de ses autres jusqu’ici :

Apres 6 ans en haut des classements, Sheila n’aura rien dans les top 5 en 1969, « Arlequin » étant sa meilleure vente (#6, 200 000 exemplaires). 1970 est aussi une déception, même si « Reviens, je t’aime » atteint la 4e place. Franchement, c’est plus de la même chose et quelque chose doit changer.

1971 verra une sacrée rentrée. « Les Rois Mages » ne sera pas seulement #1 en France et en Wallonie, mais dans le top 10 en Espagne et en Argentine ! Ce n’est même pas un grand changement de style, mais de technique de production — avec ses effets de chorus, le son est hyper-moderne pour son époque.

En 1972, la tragédie frappera encore, mais lentement. Elle rencontre un chanteur nul et pas digne de son talent, Guy Bayle, dit Ringo. Les deux sortiront « Les gondoles à Venise » en duo en 1973, quand ils s’épouseront. Ce sera le dernier #1 pour Sheila en France (les Belges sont plus faciles). Ils vivront une histoire d’amour tendue jusqu’à leur divorce en 1979.

Même si Sheila n’aura plus jamais la première place, il y aura une dernière triomphe. Elle tournera vers le disco en 1975, quand « C’est le cœur » (une reprise de « Doctor’s Orders » en anglais) s’écoulera à 400 000 exemplaires, et « Quel tempérament de feu » à 500 000. La meilleure année de sa carrière suivra en 1977 avec plus de 1,6 millions de ventes, dont « Singin’ in the Rain », une reprise disco d’une chanson américaine, qui atteint le top 5 même en Suède :

Il faut que je ne mens pas. Cette chanson, dans sa version originale, était l’une de mes préférées jeune, au point où je l’ai même chantée dans un concours en primaire. Je trouve cette version disco horrible. Mais c’était l’époque, alors il faut lui pardonner.

En 1979, une collaboration avec Nile Rodgers — invité spécial pour ce Taratata de légende — donnera lieu au dernier single de sa carrière à dépasser 400 000 ventes, Spacer. Le clip sent bien Star Wars :

Son dernier tube de conséquence, Gloria, atteindra la 8e place et se vendra à 300 000 exemplaires en 1982, mais il n’est qu’une reprise — et traduction très fidèle — d’une chanson de même nom par Laura Branigan, chanteuse américaine. Après cette chanson, Sheila se rompra enfin avec Claude Carrère ; il y aura des procès entre eux, et elle considère qu’avec son influence, il a bien gâché sa carrière. Elle connaîtra encore plus de tragédie quand son deuxième mari souffrira deux crises AVC et son fils unique meurt d’une surdose de cocaïne.

Mais avec deux décennies de réussites sur la scène française, que penser de Sheila ? Elle n’a jamais eu l’habitude d’écrire ses propres chansons, alors c’est difficile de lui attribuer le même niveau de mérite qu’une Véronique Sanson ou bien une Zazie (Sheila a plus de talent vocal, mais c’est évident que Zazie a fait le maximum avec ses atouts). Pourtant, sa carrière des années 60 seule serait déjà assez pour l’assurer une place importante dans la chanson française, et même si les nouveautés des 30 dernières années n’ont rien de spécial, c’était bien évident en regardant Taratata qu’elle reste une artiste bien-aimée en live.

Ma note : j’irais au concert si vous avez une place de trop.

Je découvre Sylvie Vartan

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Sylvie Vartan, car Julie Zenatti avait chanté sa « La plus belle pour aller danser ». Les élèves les plus studieux du blog se souviendront que j’aime parfois laisser des références à cette chanson, même dans des recettes. Ça fait des mois depuis la dernière entrée dans cette série — j’espère la terminer avant les 35 Ans de Taratata !

Sylvie Vartan, Photo par
Eric Koch pour Anefo, Domaine public

Ceci est l’un des articles les plus difficiles à écrire du Projet, parce que selon Wikipédia, Mme Vartan a enregistré plus de 1 500 chansons en dix langues. Je ne garde pas de statistiques, mais je crois que le plus grand nombre de chansons que j’ai écoutées pour un artiste dans cette série est environ 70, pour Eddy Mitchell. Je me limite à ses œuvres en français et en anglais, et principalement à sa carrière des années 60 et 70.

Sylvie Vartan est née Силви Жорж Вартан en Bulgarie en 1944 — personne sauf Agathe ne sait lire ça, moi absolument compris. Pourtant, elle est aussi bulgare que moi ou vous — son père est arménien et sa mère est hongroise, mais les deux parents se retrouvaient en Bulgarie à cause de travail. Son père était là en tant qu’attaché de presse à l’ambassade française, et sa mère y est née à cause du travail de son père. C’est à Sofia où elle a son premier rôle d’actrice au ciné, à l’âge de 7 ans. Les critiques sont nulles, et la famille doit fuir en France. Non, je plaisante sur ça — la famille quitte la Bulgarie à cause de la vie sous l’emprise soviétique.

Sylvie fait son début en 1961 avec « La panne d’essence » en duo avec Frankie Jordan. C’est une chanson qui sent bien l’arnaque, avec des paroles qui suggèrent que le jeune couple qui est en panne d’essence l’est parce que le garçon du couple l’a planifié, si vous me suivez. Moi, je montrerai mon bloc à couteaux au premier garçon qui veut conduire La Fille quelque part. Il y a une quinzaine là-dedans, tous bien aiguisés.

C’est un tube, alors notre Sylvie fait ce qui lui semble bon et quitte le lycée deux mois avant de passer les examens pour son bac.

En 1962, elle sort son premier album, Sylvie. Ça marque le début d’une longue histoire d’adapter des chansons américaines au marché francophone. Parmi ses premiers tubes est « Moi je pense encore à toi », pas exactement une traduction de « Breaking Up Is Hard To Do » par Neil Sedaka, mais sur le même air :

Cette même année, Sylvie Vartan rencontre un certain Johnny Hallyday, qui l’invite de faire la première partie de son tour. Il est déjà évident que les deux sont en couple, même si le mariage n’aura lieu qu’en 1965.

En 1963, elle sort un autre album, intitulé Twiste et chante, un titre si évidemment une traduction du tube des Beatles que j’ai presque sauté écouter la piste phare. En automne de cette année, elle et Johnny enregistrent des albums à Nashville, aux États-Unis (malgré ayant un nom qui se termine par -ville ; je sais, c’est bizarre). Son album, À Nashville. La première piste, « Si je chante » est encore une autre reprise américaine, mais un nommé Charles Aznavour lui en écrit une autre, « La plus belle pour aller danser », originalement pour son rôle dans le film Cherchez l’idole :

En 1965, elle sort un album en anglais, Gift-wrapped from Paris (littéralement, Emballé en cadeau de Paris — toujours Paris, bande d’obsédés), un album de reprises sauf pour ce duo avec Johnny écrit en franglais :

Cet album est… une expérience bizarre. Ses voyelles sont bonnes, mais il n’y a pas de liaison en anglais. ‘My Boyfriend’s Back » et « I Heard Somebody Say » sont intéressantes, mais je n’ai pas envie d’acheter cet album.

On saute Il y a deux filles en moi de 1966 pour le plus intéressant 2’35 de bonheur de 1967. Je croyais le titre quelque chose de Gainsbourg, mais en fait, c’est plutôt doux, une chanson sur garder un enregistrement de son amour pour écouter quand l’autre est loin :

L’homme du duo n’est pas Johnny, mais Carlos, qui fait son début avec cette chanson.

1967 voit aussi l’album Comme un garçon, avec une piste phare classée #2 en France :

1968 voit une tragédie — Sylvie est percutée par une camionnette, qui tue son amie Mercedes Mendès et renvoie Sylvie à l’hôpital. Mais l’année voit aussi une réussite — l’album Sylvie Vartan est plus connu sous le nom La Maritza, d’après son tube de légende :

Comme les premiers mots me parlent : « La Maritza, c’est ma rivière, comme la Seine est la tienne ». Il y a un paragraphe sur exactement ça dans mon livre.

Et ce n’est même pas le plus grand tube par ventes de l’album — ce titre est remporté par Irrésistiblement, un autre #2 en France. Mais c’est « La Maritza » qui aura la plus d’importance au fil des décennies.

1970 voit un accident encore plus grave, avec Johnny au volant de la voiture. Sylvie doit aller à New York pour subir de nombreuses interventions chirurgicales. Elle passera la moitié de l’année à l’étranger et Johnny, lui, il rencontre une certaine Nanette Workman, chanteuse canadienne qui fera partie de son album de 1971, mais avec qui il poursuit une liaison. En 1972, le couple réconcilie, mais selon Johnny, ce sera la raison de leur divorce en 1980.

En 1973, Sylvie sort l’album J’ai un problème, avec deux duos avec Johnny, dont la piste phare. Quand Johnny chante « On récolte la vie que l’on sème », il faut le dire — il savait déjà.

1974 voit un retour au début des années 60, avec un autre album plein de reprises américaines traduites en français, Shang shang a lang. Il faut dire qui Sylvie apporte à la piste phare plus de talent vocal que les Bay City Rollers.

En 1976, elle sort Qu’est-ce qui fait pleurer les blondes ?, avec une piste phare beaucoup plus optimiste que le titre ne le suggère. Mais en 1977, elle revisite un autre tube des Bay City Rollers, ce qui lui vaut un classement #4 pour « Petit rainbow » :

On finira sur son premier tube des années 80, « Nicolas », adapté d’une chanson hongroise. Au fil de sa carrière jusqu’à ce point, il y avait souvent des orchestres derrière elle, typiques du « Mur de son » des années 60 et 70. Voici un morceau beaucoup plus personnel, avec moins de production. Des mois plus tard, elle sortira un autre album, Bienvenue Solitude, un clin d’œil vers une nouvelle vie sans Johnny — une vie qui sera, il faut ajouter, sa propre réussite, mais comme la carrière de Julien Clerc, devra autant au fait qu’elle était déjà une star qu’autre chose.

Que penser de Sylvie Vartan ? La comparaison avec Julien Clerc est exactement la bonne. C’est une carrière remplie de reprises de chansons étrangères, mais si je trouve ça un peu trop commercial, ça lui permettait le temps et les opportunités pour enregistrer une belle poignée des meilleurs exemples de la chanson française. C’est un monstre de la scène française, et si je dois ajouter qu’elle méritait mieux dans sa vie privée, il faut aussi dire que l’Histoire se souviendra d’elle pour ses contributions à la musique, pas à la presse populaire.

Ma note : J’achète l’intégrale.

Je découvre Julie Zenatti

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la chanteuse qui a suivi Cats on Trees, Julie Zenatti. S’il vous dérangeait ces dernières entrées que je n’étais pas très enthousiaste de mes sujets, cette fois, je vous rassure, vous allez finir par appeler le 17 ou le 114 à cause d’un excès d’enthousiasme !

Julie Zenatti sur Taratata, Capture d’écran, ©️Banijay

Julie Zenatti est née en 1981 à Paris, fille d’une famille italienne et juive algérienne. À ses 13 ans, un employé de la maison de disques EMI la découvre dans un karaoké, et lui fait signer son premier contrat. C’est ainsi qu’elle sort en 1995 son premier single, Il restera de toi :

Cependant, c’est trop de pression pour une si jeune fille — quoi, beaucoup de stars des années 60 se sont lancées à cet âge ! — et sa famille rompe le contrat pour qu’elle puisse aller au lycée. Ça ne l’empêche pas d’être considérée comme candidat pour représenter la France à l’Eurovision en 1996.

En 1997, elle joue dans le rôle de Fleur-de-Lys, dans la comédie musicale « Notre-Dane de Paris », qui connaît un si grand succès qu’elle quitte le lycée pour se consacrer à la musique. Avec un nouveau contrat chez Columbia, en 2000, elle sort son premier album, Fragile, un double disque d’or selon la vieille signification, 200 000 disques, pas les normes abaissées de nos jours. Parmi les singles de l’album se trouve « Si je m’en sors », ce qui montre qu’à ses 19 ans, elle est déjà un produit fini, sans jamais avoir assisté à un conservatoire :

Écoutez aussi « Why » ; son articulation est par-faite.

En 2002, elle sort son deuxième album, Dans les yeux d’un autre, pas aussi bien accueilli que le premier, même si toujours un disque d’or. Le plus grand tube de l’album est « La vie fait ce qu’elle veut », qui s’écoule à 42 000 exemplaires.

Vous savez quel était le plus grand tube de l’année aux États-Unis en même temps ? Freaking « How You Remind Me » de Nickelback, avec plus de 7 millions de ventes mondialement, dont 250 000 en France. Alors que vous aviez Julie Zenatti. Je n’ai même pas de mots. Allez, vous avez donc tous raté la chanson éponyme de l’album, avec l’une des rimes les plus parfaites de tous les temps.

Son prochain album, Comme vous…, sort en 2004. Avec de l’aide de J-J Goldman et Axel Bauer, cet album se vend à 200 000 exemplaires encore une fois. Le grand tube et unique single est « Je voudrais que tu me consoles ». À vos ordres, chérie.

C’est plus électrique que ses autres chansons à ce point, avec trop d’effets pour une voix qui n’a pas besoin de la tricherie à la sauce logiciel, mais très agréable quand même. « L’amour s’en fout » est plus de Julie comme on la connaissait avant ; « Rendez-moi le silence » aussi.

Après cet album, Julie Zenatti fait une pause pour doubler Barbie dans plusieurs films animés. Puis, la catastrophe. Son quatrième album, La Boîte de Pandore, sort en 2007 et ne se vend qu’à 30 000 exemplaires. Qu’est-ce qu’il y a, la France ? Avez-vous même écouté la première piste, « Je voudrais une chanson » ? Ne me répondez pas, je le sais déjà. Non. Et vous avez donc raté quelque chose de créatif et original, avec des cornemuses, des accordéons, même un gong. Écoutez et pleurez votre erreur :

Pire suivra. En 2010, son cinquième album, Plus de Diva, ne se vend qu’à 17 000 exemplaires, ce qui lui coûtera son contrat chez Columbia. C’est dommage ; « Comme une geisha » est plus bruyante que d’hab pour elle, mais je l’aime. « Sweden Syndrome », en revanche, est plus de Julie comme toute la France l’aimait, juste du piano et cette voix :

En 2015, elle est de retour sur Capitol Music avec Blanc, un album qui atteint brièvement la 13e place dans les classements, mais j’ai l’impression qu’il ne se vendait pas trop non plus. Le premier single de l’album est « D’où je viens ». Je l’adore, mais peut-être que le pays ne voulait pas être rappelé que « Je suis jolie, même démaquillée » :

Vous n’avez certainement pas entendu « Pars sans rien dire » et « Si tu veux savoir », et tant pis. Elle reste à la hauteur de son talent, et je peux l’écouter toute la journée.

En 2017, elle sort un album de reprises, « Méditerranéennes ». C’est difficile pour moi de dire quoi penser de cet album, car elle a choisi de travailler avec de nombreuses autres chanteurs et chanteuses, dont certaines que je ne peux pas distinguer d’elle. Je peux dire que « La Maritza » avec Élisa Tovati est bien faite, et que j’adore la guitare espagnole de « Adieu mon pays » avec Enrico Macias, et « L’Amoureuse de Casbah », avec 7 chanteuses au total, est une chanson bien arabe qui vaut bien l’écoute.

Ce dernier album marque la fin de son séjour chez Capitol, alors j’imagine que c’était encore un autre échec commercial. Son prochain album, Refaire danser les fleurs, sorti en 2021, est auto-édité et n’a même pas de page Wikipédia. Yikes. « Tout est plus pop » est un départ stylistique pour elle ; un commentaire sous le clip fait la comparaison avec France Gall, et je suis d’accord :

Cependant, la chanson éponyme est, encore une fois, Julie telle que tout le monde l’aimait au début.

Et c’est peut-être ça le problème. Elle a tout le talent d’une Véronique Sanson, mais pas les ventes. Mais pour autant que j’adore tout ce qu’elle fait, il n’y a ni un succès emblématique tel que « Chanson sur ma drôle de vie » ni une mélodie dont tout le monde a envie de la fredonner encore et encore.

En juin de cette année, Julie vient de sortir son dernier album, Le chemin, avec la maison Bayard Musique. Le premier clip, Païenne, a été tourné dans l’église parisienne Saint-Étienne-du-Mont, et elle s’est embarqué sur une série de concerts dans des églises. Je l’aime, mais vous le saviez déjà :

Que penser de Julie Zenatti ? Moi, j’adore sa voix comme seulement Véronique Sanson et Catherine Ringer avant, et peut-être Jeanne Added de plus. Et il y a eu un moment où il a semblé que la France serait d’accord. Mais quelque chose n’est pas bien allé du tout. Je pense au Temps d’Amour sur le plateau de Taratata où elle était sans conteste la chanteuse la plus douée du groupe, et je ne peux pas comprendre le fossé qui sépare mon avis de celui des Français.

Ma note : Épousez-moi, Julie ! Je vous apprécierez même si vos compatriotes ne le font pas. Et je cuisine ! Mais punaise, c’est qui ce Benjamin ?

Je découvre Cats on Trees

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Cats on Trees, qui a suivi Adrien Gallo sur le plateau. Le duo a chanté une chanson, Le Temps Est Bon, par une chanteuse québécoise, alors suivant mes règles pour le projet, je ne vais pas écrire sur cette autre artiste, car il s’agit uniquement de la chanson française dans son sens continental. Si je faisais autrement, j’aurais dû écrire sur Gwen Stefani déjà, et AC/DC plus tard. Alors, Cats on Trees.

Cats on Trees en concert, Photo par Gyrostat, CC BY-SA 4.0

Ce n’est pas la première fois où j’écris sur un artiste français qui travaille principalement en anglais — on a déjà parlé de Jain et de Jeanne Added, ainsi que de Marie-Flore. Mais c’est la première fois où il ne s’agit pas d’un soliste (à moins que vous insistiez sur le début de la carrière d’Adrien Gallo). Cats on Trees — Des chats sur des arbres en anglais — est un duo composé de chanteuse/pianiste Nina Goern et batteur Yohan Hennequin. Le duo se sont rencontrés à Toulouse, où ils jouaient aux mêmes instruments dans un groupe local dit Aeria Microcosme. Pour autant que je puisse découvrir, il me semble que le seul album de ce groupe-là est sorti en 2007 ; voici un clip, « Seule » :

C’est très ambiant, cette musique. Mais les deux ont déjà d’autres idées, et forment leur propre duo cette même année. En 2009, ils sortent un EP auto-édité de 7 chansons, Uli, et j’ai du mal à le décrire. Autre que le titre de ce clip, « Hallo Mrs. Jones » (Allô Mme Jones), tout est en allemand (selon Paroles.net) et je ne comprends rien :

Il n’y a rien de l’EP sur leur chaîne officielle, et je ne suis pas arrivé à trouver leurs autres chansons de l’époque. Cependant, ça leur vaut assez d’attention pour faire la première partie pour Benjamin Biolay en 2012.

En 2013, Cats on Trees sort un album éponyme, sans les titres du passé. Les critiques sont positives, et l’album se vend à 220 000 exemplaires et est nommé aux Victoires de la musique en 2014, dans la catégorie « Album révélation ». Qu’est-ce qu’il révèle ? Voici le premier single de l’album, « Sirens’ Call » (L’Appel des Sirènes) :

Je dois être honnête. J’ai eu une très mauvaise réaction à la voix de Nina Goern en français sur Taratata. Elle a une qualité que les britanniques appellent « fruity » (ça veut dire tout autre chose aux États-Unis ; ne l’utilisez jamais chez moi à moins que vous aimeriez voir une gendarmerie de l’intérieur). Littéralement « fruité », mon dictionnaire Oxford préfère le rendre par « timbré », mais avec des synonymes en anglais qui me laissent perplexe. Je ne sais vraiment pas quel est le bon mot en français ; je veux dire qu’il y a une certaine faiblesse. Même si le ton est correct, ça manque de qualité musicale, et le chanteur doit presque chuchoter, car la puissance n’est pas là. Fiona Apple est l’exemple parfait chez les anglophones. Une Véronique Sanson ou une Catherine Ringer ne mériteraient jamais cette description. (À noter ; ce n’est pas ma plainte sur Gaëtan Roussel.) Et ce n’est pas uniquement une question de prononciation en anglais (celle de Nina n’est pas bonne — un peu britannique, mais les voyelles sont toutes mauvaises) ; Sandrine Kiberlain n’est pas bonne en anglais, mais est absolument charmante en français.

Franchement, vous savez grosso modo déjà comment finit ce billet, mais elle est capable en tant que pianiste, et Yohan est assez bon à la batterie, alors voyons si la musique peut sauver la note finale. Alors quoi d’autre sur cet album ? Jimmy, une collaboration avec Calogero, est pas mal ; Tikiboy montre les compétences des deux en tant qu’instrumentistes ; Flowers a une mélodie agréable. J’ai dû arrêter Wichita dès que j’ai entendu sa prononciation du nom.

En 2016, Cats on Trees fait partie d’un album de reprises de Daniel Balavoine. Elle chante mieux en français qu’en anglais sur cette reprise de « Aimer est plus fort que d’être aimé » :

2018 voit leur deuxième album, Néon, un album un peu plus « disco » que le premier. Le premier single de l’album est « Keep on Dancing » :

Encore une fois, la musique est pas mal, mais… Nina prononce le mot « fun » comme si c’est « fen », un marais anglais. La voyelle ne vient pas de la même partie de la bouche. Je ne suis pas fan de l’accent de Jain, mais elle m’a conquis avec son enthousiasme. Et Sandrine Kiberlain fait des clins d’œil envers ses difficultés — j’ai fondu pour « Je te ferais rire with my accent. » Nina livre ses mauvaises prononciations en toute sincérité, et je ne profite vraiment pas de la critiquer. Mais elle a monté de petits couteaux sur un coton-tige et me poignarde dans le tympan encore et encore.

Sur le même album, l’autre single est Blue, qui pourrait être une tres bonne chanson en anglais dans les mains de Véronique Sanson, ou bien Jeanne Added. Mais encore une fois, j’ai dû l’arrêter sur les mots « I celebrate the day ». Tikiway revisite le personnage de Tikiboy à bon effet, et Birthday est aussi agréable en tant que musique, tant que vous ne comprenez pas l’anglais.

L’album le plus récent, Alie, est sorti en 2022. « Please Please Please » est apparu l’année précédente. J’oserais dire qu’elle a suivi un cours d’anglais pendant le Confinement ; les accents sont sur les bonnes syllabes, et croyez-moi, c’est une amélioration.

She Was a Girl pourrait trouver du succès aux États-Unis sur les chaînes « alternatives ». Mais je suis prêt à finir.

Que penser de Cats on Trees ? Les deux sont évidemment des musiciens talentueux, et à part l’effet réverbe, Nina n’utilise pas trop de logiciels sur sa voix. Je la félicite sincèrement pour ça. Il faut avouer que personne ne peut me rappeler Fiona Apple et réussir ici. Et comme Jeanne Added, ses textes en anglais sont logiques et ne contiennent pas de fautes. Mais où Jeanne Added et Véronique Sanson ont complètement maîtrisé l’anglais, Nina chante l’anglais pour les Français. Ou les Norvégiens — j’ai eu un moment où ça m’a semblé juste. Il m’est évident que son anglais s’est un peu amélioré. Cependant, Fiona Apple sait prononcer l’anglais, et Nina… est une bonne pianiste. Heureusement, la prochaine entrée de cette série est une chanteuse extraordinaire.

Ma note : Je change de chaîne.

Je découvre Christophe

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Christophe, parce que notre dernière entrée, Adrien Gallo, a chanté l’une de ses chansons pendant le spectacle.

Christophe en 2014, Photo par Thesupermat, CC BY-SA 3.0

Daniel Bevilacqua est né en 1945, à Juvisy-sur-Orge, en Essonne. Sa famille est d’ascendance italienne, son arrière-grand-père étant venu pour établir un commerce en fumisterie. À ses 16 ans, il choisit le nom de scène Christophe d’après une médaille de saint Christophe, un cadeau de sa grand-mère. Naturellement, ce choix est suivi immédiatement par la fondation de son premier groupe, « Danny Baby et les Hooligans », dont le chanteur est censé être un nommé Danny, sauf que c’est désormais Christophe joué par un Danny. À vous de déchiffrer la logique.

Mais c’est en 1965, en tant que soliste, qu’il gagne enfin l’attention du public avec son premier single, le célèbre « Aline ». Il s’agit d’une ancienne petite amie, mais je me suis trompé la première fois où je l’ai écouté, en pensant qu’elle avait noyé. Si on fait plus attention, c’est juste un dessin dans le sable d’une plage qui disparaît dans la pluie.

Cette chanson pue son époque, ou plutôt plusieurs années plus tôt — faites la comparaison avec « Smoke Gets In Your Eyes » de The Platters, de 1959. À l’avis du chanteur Jacky Moulière, Aline pue encore plus sa chanson « La Romance », et il intente un procès pour plagiat à Christophe,, qui durera jusqu’à la fin des années 70, quand Christophe gagnera enfin. À mes oreilles, c’est moins le cas que pour George Harrison des Beatles et « My Sweet Lord« , mais à la place de M. Moulière, j’aurais fait pareil.

Néanmoins, avec ce tube dans la poche, en 1966 il sort un album, d’abord intitulé « Christophe », mais plus tard changé en « Aline ». Là, il a d’autres tubes, dont « Les marionnettes ». Ça suffit pour lui valoir une place aux côtés de Johnny, d’Eddy Mitchell et de Françoise Hardy dans la « photo du siècle », qui regroupe 46 stars de l’époque. Ça fait, il tourne son attention vers le marché italien, et sort une traduction de son album en 1967.

Puis, il ne sort pas de nouvelle musique jusqu’en 1972, avec un autre album intitulé Christophe. Cette fois, le grand tube est « Main dans la main », beaucoup trop sucré pour mes oreilles. Vous ne subirez de telles paroles que « Nous serons tous deux comme des amoureux, Nous serons si bien main dans la main » à mes mains, c’est certain.

Sur le même album se trouve aussi « Mal », sortie en 1971 en tant que single et qui a aussi connu un grand succès. C’est encore une autre chanson d’amour disparu : « Je me souviens, D’un prénom qui me fait mal, D’une robe, D’un soulier de premier bal ». Je me sens comme si je suis dans la présence d’un maître chanteur à minettes.

Mais il est sur le point de devenir tout autre chose. En 1973 sort l’album « Les paradis perdus », à ne pas confondre avec les pains perdus, complètement différent des premiers albums. Voici la piste éponyme :

C’est hallucinant d’écouter « Avec l’expression de mes sentiments distingués » fait avec des extraits de sa musique jusqu’à ce point, une piste qui cherche à mettre tout ça en vue arrière. Ce n’était pas un tube de l’album, mais j’aime très bien « Du pain et du laurier », une petite « tranche de la vie » qui n’a rien d’amoureux.

Son prochain album, « Les mots bleus », apparaît en 1974, avec des paroles presque entièrement à Jean-Michel Jarré, qui étonnera le monde avec Oxygène deux ans plus tard. C’est un peu d’un retour en arrière, avec plus d’amours perdus :

Il faudrait que je lui parle 
A tout prix 

Je lui dirai les mots bleus 
Les mots qu’on dit avec les yeux 
Parler me semble ridicule

Mais l’album n’est pas tout comme ça ; « Le Dernier des Bevilacqua » imagine un autre passé, où il a grandi en Italie. C’est très long, mais comme rien d’autre de son catalogue jusqu’à ce point. « Drôle de vie » est plus « Christophe à l’ancienne » quant aux contenus, mais la musique est beaucoup plus sombre que d’hab pour lui. Peut-être que j’aurai sa dernière phrase gravée sur ma pierre tombale : « Si j’ai raté ma sortie, C’est peut-être qu’après tout, je n’ai rien compris. »

1976 voit Samouraï, un album qui n’a pas cartonné. Il y a un hommage à John Lennon sur l’album, « Merci John d’être venu », mais je trouve l’album plutôt complaisant. Ah oui, il s’agissait d’un hommage à John Lennon !

1978 est l’occasion d’encore un autre album peu apprécié par le public, Le Beau Bizarre, mais les critiques l’adorent. Libération le classe parmi les 100 meilleurs albums de l’histoire de rock, en 89e place. Ce même classement met Rumours de Fleetwood Mac en 85e place et The No Comprendo en 52e ; pourtant, ce sont carrément parmi les 10 meilleurs. Qu’est-ce qu’il y a, Libé ? En tant que saxophoniste, je suis gravement déçu par le bas niveau de mon instrument sur la piste éponyme, ce qui gâche une chanson autrement intéressante. Nettoyez votre instrument, M. René Morisure !

En 1980, Christophe sort un album, Pas vu, pas pris, et ressort Aline en disque 45 tours. Le dernier se vend à plus d’un million de copies ; l’album passe sans remarque pour autant que je sache. C’est dommage — j’ai tellement bien aimé « Méchamment rock&roll » :

Nous allons finir avec son dernier grand succès, le single Succès fou, qui vend plus de 600 000 exemplaires en 1983. Wikipédia considère que la chanson « achève de le cataloguer comme chanteur pour midinettes ».

Je ne sais pas. La chanson en soi est très agréable, très années 80 avec sa boîte à rythmes. Et le saxophone est joué à haut niveau cette fois (je ne suis pas arrivé à trouver le nom du musicien). Mais c’est quoi le « succès fou » ?

Avec les filles j’ai un succès fou
Ouh…
Le charme, ça fait vraiment tout
Ouh…
Un p’tit clin d’œil pour un rendez-vous
Ouh…

Comme le chien d’Obélix, c’est son idéfix.

Après cette chanson, il sort quelques projets très personnels, et comme beaucoup d’artistes vers la fin de sa carrière, des albums en duo avec de plus jeunes artistes. Il y avait un dernier album original en 2016, Les vestiges du chaos, disque d’or à 60 000 exemplaires vendus, mais ce n’est pas le genre de chose qui rendait Christophe un immortel de la chanson française.

Que penser de Christophe ? Tout au long de cet article, je n’ai rien dit de ce que je pense de sa voix. Toujours très aiguë, plus il vieillissait, moins il réussissait à me convaincre. Je trouve qu’Aline est son meilleur travail, mais honnêtement, ça suffit pour assurer sa place dans le panthéon. Je l’aime le plus quand il tente des expériences au-delà de ses sujets habituels. J’envisage d’ajouter quelques pistes à ma collection, et si c’est surprenant qu’il ne s’agisse pas de ses tubes autre qu’Aline, ça montre qu’il y avait du talent de son côté, avec quelque chose pour tous.

Ma note : Je serais allé au concert si vous aviez une place de trop.

Je découvre Adrien Gallo

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec Adrien Gallo, qui a suivi Alain Chamfort sur le plateau. Là, il a chanté « Aline » de Christophe, alors pas de bon points pour deviner qui sera le prochain artiste de cette série.

Adrien Gallo avec BB Brunes à l’Armada de Rouen, Photo par Agostinho, CC BY-SA 3.0

Il y a certains artistes qui sont apparus sur le plateau en tant que représentants d’un plus grand groupe, et d’autres qui sont apparus en tant que solistes. Adrien Gallo a fondé un groupe, BB Brunes, en 2006, dont il était le chanteur, mais il a entamé une carrière solo en 2014, et a été présenté comme soliste pendant l’émission. Cependant, puisqu’il continue d’être actif dans le groupe, et écrit une belle partie de sa musique, je traite de sa carrière avec le groupe pour commencer.

Adrien Gallo est né à Paris en 1989, fils d’un réalisateur de télé et une criminologue. Sa première guitare était le cadeau d’un ami de la famille, l’humoriste des Charlots, Luis Rego. À partir de 2000, lui et certains amis à l’école ont créé un groupe, Hangover (gueule de bois en anglais), dont les paroles étaient en anglais. Vu qu’il n’avait que 11 ans à l’époque, j’aimerais bien savoir à quel point ils comprenaient l’anglais ! Mais c’est en 2005 qu’un ami acteur, Jules Sitruk, partage leur maquette à son père, Claude, qu’ils changent de nom. Le « BB » est apparemment un hommage à la chanson de Serge Gainsbourg, Initials BB, et Brunes fait référence au boulevard Brune, où ils faisaient des répétitions.

En 2006, BB Brunes sort son premier single, Le Gang. Ça me rappelle fortement Iggy Pop ou The Ramones — dont la voix plaintive du chanteur. M. Gallo n’a que 17 ans dans ce clip, alors il lui reste de la maturité à venir.

Le single est rapidement suivi d’un album entier en 2007, Blonde comme moi. Sur cet album, la piste Mr Hyde a moins le son « garage », comme on dit du Gang et des influences nommées en haut. BB baise, en revanche, est si bruyant que je ne peux rien comprendre sans paroles écrites. Et vu que les paroles comprennent, « Mes ovaires sont prêts », c’est probablement pour le mieux.

Deux ans plus tard suit l’album « Nico Teen Love », rien à voir avec le Nico le plus fréquemment cité sur ce blog, mais tout à voir avec la nicotine. La piste éponyme me semble plutôt quelque chose des années 90 venant de Seattle, genre Nirvana ou Pearl Jam :

Mais ils n’ont pas abandonné leurs racines ; M la maudite est plus de la même chose du premier album.

En 2010, le groupe sort un EP tout en anglais, mais dont j’ai du mal à vous donner le bon titre — c’est soit BB Brunes soit EP anglais. La chanson « Taste of a Baby » (Le goût d’un bébé OU Les goûts d’un bébé — le titre est ambigu) a un titre suffisamment déroutant que j’ai dû l’écouter. Hélas, ça veut dire le premier choix. Beurk. « For Ever and Ever and Ever Ever Ever » (À jamais et à jamais, etc.) sonne comme une centaine de groupes britanniques des années 60. Si vous m’aviez donné ce dernier clip sans me dire que ça venait d’un groupe français, j’aurais pris M. Gallo pour un britannique.

En 2013, BB Brunes sort « Long courrier », qui ne renonce pas exactement leurs racines de punk, mais aurait pu venir directement des années 80. Le premier single, « Coups et blessures », ne sonne comme rien d’avant de chez eux :

La voix de M. Gallo, 27 ans ici, a en fait mûri. Quant à la chanson « Stéréo », c’est un régal pour les fans de Douglas Adams qui connaissent la poésie des Vogons : « swimming pool » rime avec « houle », « poule » et « swinging foule ».

En 2014, Adrien sort son premier album solo, Gemini. Est-ce le même type qui est chanteur de BB Brunes ? J’ai du mal à y croire ! Écoutez « Monokini » et découvrez son côté Barry Manilow ! Mais sa chanson « Copacabana » n’a rien à voir avec celle de M. Manilow.

Au fait, le correcteur de mon portable veut changer le nom de M. Manilow en « Manille », le chien d’Il Est Quelle Heure. Ne me croyez pas sur parole :

Capture d'écran qui montre 3 corrections proposées : Manille, Manila, et Manilas.

Quant au reste de Gemini, c’est hyper– commercial ; écoutez « Crocodile », qui semble plus produit qu’écrit.

En 2017, BB Brunes est de retour avec Puzzle, un album qui sera nommé aux Victoires de la Musique pour meilleur album de rock, mais perdra à Shaka Ponk. Je ne sais pas. Ça sonne beaucoup plus proche de Gemini que de leurs travaux de plus tôt ; « Éclair éclair » est un tube pour eux, mais c’est trop « pop » pour mes goûts :

« Pyjama », du même album sonne au début comme s’ils écoutaient du Bernard Lavilliers, mais le reste est aussi électronique que le premier clip. « Origami » fait pareil : un geste vers le Japon pour commencer, puis plus de musique électronique.

En 2019, Adrien Gallo sort un autre album solo, « Là où les saules ne pleurent pas ». Encore une fois, c’est un départ du son de BB Brunes, mais dans tout autre direction que Gemini. La chanson éponyme est largement une ballade avec une guitare acoustique :

Ailleurs dans le même album, nous voyons Adrien au piano pour la première fois, en duo avec Vanessa Paradis :

J’ai l’impression que cet album n’a pas été une réussite — les infos sur ses classements m’ont échappée — pourtant, je le considère parmi son meilleur travail. Et ça nous amène au résumé.

Que penser d’Adrien Gallo ? Il est évidemment un musicien talentueux, avec une carrière de deux décennies à ce point, dont plusieurs albums de platine. Mais je trouve que je suis moins qu’enthousiaste. Quand il poursuivait une vision artistique moins commerciale, sa voix n’était pas à la hauteur. Quand sa voix a enfin mûri, la musique n’était plus à mon goût. J’espère qu’au futur, il y aura enfin un album de son côté qui montre son talent sans chasser si évidemment l’approbation des classements.

Ma note : J’irais au concert si vous avez une place de trop.

Je découvre Jacques Dutronc

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata en revisitant un musicien qui n’était pas sur scène lui-même, mais dont sa musique a été reprise par l’un de nos sujets. Je parle cette fois de Jacques Dutronc — en quelque sorte, j’ai oublié de mentionner que sa chanson « Fais pas ci, fais pas ça » a été chantée par Alain Chamfort pendant le spectacle.

Jacques Dutronc en 1966, Photo par W. Veenman, CC BY-SA 3.0

Jacques Dutronc est né — très inhabituellement pour un musicien de sa génération — sous le nom Jacques Dutronc en 1943, à Paris. Au Golf-Drouot, pendant les années 50s, il fait la connaissance d’Eddy Mitchell et Johnny Hallyday, deux ados qui trouveraient plus tard du succès sous les noms de Claude Lemoine et Jean-Philippe Smet. Mais pour notre Jacques, la vie cachait une mauvaise surprise — en 1959, il tombe gravement malade, victime de la maladie de Bouillaud, alors il doit passer un an entier à la maison, sans sortir. On l’aurait cru le narrateur de la Recherche. Puisque Duolingo n’a pas existé à l’époque, il s’apprend la guitare pendant ce temps.

Une fois capable de sortir en 1960, il s’intègre à un groupe de rock, El Toro et les Cyclones, et offre ses services en tant que compositeur à d’autres groupes. Pour les Fantômes, il écrit une chanson purement instrumentale, Fort Chabrol. Peut-être que vous la reconnaîtrez ; Françoise Hardy a fait une reprise em 1962 :

En 1963, les Cyclones doivent disperser à cause du service militaire obligatoire. Mais après son service, Jacques sera embauché par la maison de disques Alpha, ainsi qu’une autre maison Vogue, déjà connue pour ses stars Johnny Hallyday et Françoise Hardy. C’est comment il arrive en 1963 qu’il écrit un tube pour Mme Hardy, « Va pas prendre un tambour ». Mais elle ne le remarque pas.

Mais en 1966, Vogue décide de lancer Jacques en tant qu’artiste lui-même, et il sort « Et moi, et moi, et moi », avec Alain Chamfort au piano. C’est une réussite, alors un album suit le plus vite possible, intitulé « Jacques Dutronc ». Là se trouve plusieurs autres tubes, dont « Les cactus » :

« J’aime les filles », son prochain disque 45 tours, paraît en 1967, suivi un an plus tard par un tube qui atteint la 5e place dans les classements français, « Il est cinq heures, Paris s’éveille ».

Sur le même disque 45 tours se trouve aussi « Fais pas ci, fais pas ça ». Mais entre ces 2 disques, en août 1967, quelque chose de plus important lui arrive — Françoise Hardy le remarque enfin, et les deux deviennent un couple.

1969 voit son troisième album, L’Opportuniste, où j’adore la chanson éponyme — mais je la croyais à Indochine pendant des années !

Cet album voit aussi des expériences avec le jazz manouche, dont « À tout berzingue ». Plus tard, ce genre sera celui qui fera la renommée de son fils Thomas. Il aime autant ce genre que son album suivant, L’Aventurier (il continue de piquer des idées à l’Indochine du futur), le met en vedette pour sa chanson son éponyme.

Les années 70 verront plusieurs albums, tous intitules « Thomas Dutronc ». Sur le premier, de 1971, se trouve « Restons français, soyons gaulois », le truc le plus années 70s de tous les temps. 1972 voit un autre album éponyme, cette fois largement écrit par Serge Gainsbourg. C’est bien évident — le tube « Elle est si » contient des paroles très gainsbourgesques : « Elle est si grosse, elle est si laide, etc. ». Peut-être que Gainsbourg se trouvait drôle ; il n’a jamais été ma tasse de thé.

1975 voit un dernier album éponyme — et le temps entre les albums augmente car il poursuit désormais une carrière d’acteur. Là se trouve la chanson le moins Coup de Foudre possible, « La France défigurée », où il se plainte des « poulets hormonés » et des « forêts coupées ». Mais nous sommes toujours dans les Trente Glorieuses ! On aurait pu faire un joli échange, sa France pour ma Californie. Oui, oui, l’herbe est plus verte ailleurs, je le sais, mais celle-ci tombe mal sur mes oreilles :

En 1978, Thomas Dutronc est né, mais il fera plusieurs décennies avant que la musique ne devienne entreprise familiale.

En 1980, après une absence de la musique encore plus longue, il est de retour avec « Guerre et pets », une autre collaboration avec Gainsbourg. L’album est un disque d’or, mais les seuls tubes sont une reprise du Temps d’amour et une chanson hyper-Gainsbourg, L’hymne à l’amour, un discours magistral déclamé plutôt que chanté sur des guitares électriques.

1982 voit un album enfin libre de Gainsbourg, « C’est pas du bronze ». Si ça se vend un peu moins que son prédécesseur, il faut aussi dire que « Tous les goûts sont dans ma nature » et « L’Autruche » montrent, de façons très différentes, plus de la joie du début de sa carrière. CQF…Dutronc, sorti en 1987, est plein de synthétiseurs, typique de l’époque mais très loin de ses sons d’avant — je n’aurais jamais deviné que « À nous deux (CQFD) » ou « Europe n’roll » (très agréable) étaient à lui.

C’est ici où j’arrête. En 1991, il se sépare de Françoise Hardy, sans que les deux divorcent. Peut-être qu’il n’est pas une coïncidence qu’il ne sort qu’un album original pendant toute cette décennie ; cependant, il y a de nombreuses intégrales. Mais à ce point, il est aussi devenu un symbole nostalgique, et au-delà de sa collaboration avec Johnny et Eddy en tant que « Les Vieilles Canailles » — pour faire des reprises de leur propre musique ! — les 20 dernières années de sa carrière sont largement consacrées à des concerts plutôt que de la nouvelle musique.

Que penser de Jacques Dutronc ? Si la somme de sa carrière était ses travaux des années 60s, ça suffirait pour le rendre l’une des plus grandes stars de tous les temps. S’il avait seulement écrit la musique du « Temps de l’amour », il aurait été l’un des compositeurs les plus importants de la chanson française. Qu’il y ait eu une quinzaine d’années truffées d’autres disques d’or, c’était juste la cerise sur le gâteau.

Ma note : J’achète l’intégrale.

Je découvre Alain Chamfort

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata, cette fois avec Alain Chamfort. J’évitais ce moment à cause de sa discographie énorme, mais il faut continuer tôt ou tard.

Alain Chamfort assis devant un piano avec un micro en haut
Alain Chamfort en 2008, Photo par Sylvain lasco, CC BY-SA 4.0

Alain Le Govic est né en 1949 à Paris, mais a grandi dans le Val-d’Oise. Il apprend le piano à partir de sa plus jeune enfance mais plutôt que poursuivre des études formelles, de ses 11 ans, il commence à s’intégrer à une série de groupes qui jouent soit du jazz soit du rock.

Son premier succès vient en 1966 avec un groupe dit Les Mods. « Je veux partir » sonne comme une centaine de groupes britanniques de l’époque, et à vrai dire, le seul qui m’impressionne de ce groupe est le saxophoniste, mais un certain Jacques Dutronc y entend quelque chose que je rate, et invite le groupe à le rejoindre à la télé pour jouer « Et moi et moi et moi » ensemble.

Après ça, M. Le Govic quitte Les Mods pour se joindre au groupe de Jacques Dutronc, où il restera pendant 2 ans. Pendant ce temps, ils sortiront ensemble plusieurs chansons dont Les cactus (déjà écouté ; pas fan) et J’aime les filles — c’est Alain qui joue du piano au début ici :

Mais Alain Le Govic veut être chanteur ainsi que pianiste, et il ne va pas avoir cette opportunité en tant que pianiste pour un chanteur. Cependant, même avec l’aide d’Étienne Roda-Gil — vous vous souvenez peut-être de lui de notre article sur Julien Clerc — il sort une série de 5 albums de 45 tours (c’est-à-dire des albums courts de 4-5 chansons chacun, les « c’est quoi le vinyle ? ») qui sont tous des échecs.

En 1971, M. Le Govic sert en tant que choriste pour la chanteuse Séverine quand elle remporte l’Eurovision pour Monaco. Il n’est pas considéré un gagnant du concours de cette façon, mais ça l’aide à attirer l’attention d’un certain Claude François :

C’est M. François qui trouve le nom Le Govic trop breton (il pensait quoi de l’écrivain Auguste Le Breton, qui a adopté ce nom exprès ?). Les deux choisissent le nom Chamfort d’un dictionnaire. Et vous trouvez mes méthodes extrêmes. Équipé d’un nouveau nom de scène, Alain Chamfort sortira une série de singles et 45s qui le gagneront, selon Wikipédia, la réputation de « chanteur à minettes ». Je n’avais jamais entendu cette expression avant. Mais dès que j’ai entendu « L’Amour en France », je l’ai malheureusement comprise ; c’est le genre de chanteur qui aurait ciblé les lectrices de « Jeune et Jolie ». (Où est-ce que ce type trouve ces références ?)

C’est donc Claude François qui est le docteur Frankenstein de cette histoire, mais avec son amour-propre de légende, Chamfort ne pouvait pas supporter longtemps cette collaboration et quitte la maison de disques gérée par François en 1975, mais pas avant d’enregistrer Le temps qui court afin de me mettre en PLS 50 ans plus tard. Comment ça ? C’est une reprise d’une chanson de Barry Manilow, l’Alain Chamfort américain des années 70s. (Ne me demandez pas comment il est arrivé que j’ai assisté à un concert de M. Manilow en 1993, mais soyez sages et un de ces quatre, je vous le raconterez.)

Début 1977, il se retrouve à Hollywood, où il est censé avoir fait les chœurs pour l’album de Véronique Sanson de ce nom. Cependant, j’ai écouté quelques pistes et n’arrive pas à entendre une voix masculine. L’expérience l’impressionne suffisamment qu’il y enregistre son propre album cette même année, Rock’n rose, avec les frères Porcaro (plus tard le groupe de légende Toto), et Serge Gainsbourg en tant que parolier. L’album n’est pas un grand succès, mais « Joujou à la casse » montre que les minettes sont en arrière-vue, et pour le meilleur :

Cette collaboration donnera lieu à son plus grand succès, Manureva, le premier single de son prochain album, Poses, aussi enregistré en Californie. Il s’agit d’un navigateur, Alain Colas, disparu avec son voilier, ledit Manureva, et si le style disco semble hors place, il n’y a pas de question sur son statut de tube :

Avec la formule en place, en 1980 Chamfort sort encore un autre album enregistré à LA, avec des paroles de Gainsbourg, Amour Année Zéro. Ça vend 200 000 exemplaires en France, beaucoup moins que Poses, mais toujours un disque d’or. L’album est très électronique, avec des synthétiseurs partout ; bienvenue dans les années 80s. Bambou est le grand tube de l’album, qui voit la fin de la collaboration Chamfort-Gainsbourg :

Les reste des années 80s voient une série d’autres albums du même style, donnant lieu à des coups mineurs — classés entre 30 et 40 à leur meilleur — tels que La fièvre dans le sang et Souris puisque c’est grave.

Les années 90s ne connaissent pas beaucoup de succès pour lui. En 1994, il remporte une Victoire de la musique pour le clip officiel de « L’ennemi dans la glace ». Ce clip n’a que le son, mais on peut entendre que c’est un changement complet du style — pas plus de synthétiseurs, plus lente, des cordes. Il me semble qu’il cherchait à nouveau le son de Barry Manilow !

À la fin du siècle, il perd son contrat avec sa maison de disques. Il y aura un petit rebondissement en 2004 quand il gagnera encore une fois une Victoire pour le clip des Beaux Yeux de Laure, mais la vérité, c’est que depuis ce temps-là, aucun single d’Alain Chamfort n’est classé plus haut que 128 en France. J’arrête ici parce que c’est bien évident que malgré son appel nostalgique, ses contributions du XXIe siècle n’ont pas la même place dans le Panthéon de la chanson française.

Que penser d’Alain Chamfort ? C’est une histoire très curieuse ici — il a échoué assez souvent dans sa carrière qu’il est surprenant qu’il ait fini par recevoir autant d’opportunités pour faire un « come-back » (ne me regardez pas comme ça ; c’est mon dictionnaire bilingue qui rend ce mot). Cependant, pendant un quart de siècle, beaucoup de légendes ont voulu travailler avec lui — Dutronc, François, Gainsbourg, même Lio. C’est un témoignage à son talent, et même si j’ai du mal à identifier un tube que j’aime particulièrement, il est souvent au moins agréable. C’est lui l’exemple parfait de sa note.

Ma note : j’irais au concert si vous avez une place de trop.

Je découvre Antoine

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata, cette fois avec Antoine. « Mais Justin », vous me dites, « il a 80 ans et n’était pas sur scène cette nuit-là ». Et vous avez raison. Cependant, c’était sa chanson « Les Élucubrations » jouée par Tryo, notre dernier groupe, alors il faut continuer avec leur source. Ce sont les règles du Projet, après tout.

Antoine à une séance d’autographes, Photo par David.Monniaux, CC BY-SA 3.0

Pierre Antoine Muraccioli est né en 1944 à Madagascar. Sa famille était là parce que son père était ingénieur en travaux publics — alors il a aussi habité à Saint-Pierre-et-Miquelon, au Cameroun, et à Marseille, tous avant ses 12 ans, avant de s’installer en Haute-Savoie. Il est devenu élève-ingénieur et a suivi un parcours plus comme le mien que j’aimerais penser. Nous nous déprimions tous les deux pendant ces études à cause de chagrins d’amour — mais où j’ai changé de cours, il a continué et obtenu un diplôme avec un classement très bas. D’autre part, il a utilisé cette expérience pour se lancer dans l’écriture de musique, où il a connu un plus grand succès que moi, alors j’imagine qu’il serait offensé par la comparaison. De toute façon

En 1965, toujours un élève à la fac, Antoine sort son premier single, Autoroute européenne N° 4. Là, il est l’homme orchestre, jouant de la guitare et de l’harmonica, ainsi que chantant. À mes oreilles, il sonne exactement comme Iggy Pop ou Three Dog Night, mais ces autres commençaient leurs carrières en même temps, alors impossible qu’ils se connaissaient. C’était juste dans les eaux, comme on dit en anglais.

L’important, c’est que ça lui vaut l’opportunité de sortir son premier album en 1966, intitulé « Les Élucubrations d’Antoine », d’après ce qui serait son plus grand tube. Cette chanson doit être le premier « diss track » au monde — ce que les rappeurs américains appellent une chanson écrite pour insulter d’autres rappeurs. Ici, il se fout de la gueule d’Yvette Horner (qui il suggère devrait quitter son accordéon) et de Johnny Hallyday, qui devrait être dans une cage. En anglais, on dirait qu’il fallait avoir des couilles en laiton pour tenter une telle chose !

Peut-être la chanson qui montre la plus sa personnalité sur cet album est « Qu’est qui ne tourne pas rond chez moi ? » où il annonce « Je ne croooooooois à rien ! » Antoine est là pour épater la bourgeoisie, comme on dit. Et tout le monde l’aimait, sauf pour Johnny, qui rétorque avec « Cheveux longs et idées courtes », où il dit que personne ne change le monde en criant dans un micro.

Son prochain disque, sorti aussi en 1966, « Antoine rencontre Les Problèmes » est largement du à ce dernier groupe, mieux connu plus tard comme Les Charlots. Antoine n’écrit que deux chansons pour cet album, dont « Contre-élucubrations problématiques », où il se moque de Johnny : « Nous ferons ce qu’il faut pour être les premiers, Ta cage est déjà réservée ». Fallait pas mordre à l’hameçon, Johnny. L’autre contribution d’Antoine est « Je dis ce que je pense et je vis comme je veux », où il s’assied dans un Volkswagen Combi et se comporte en général comme un sale hippie :

L’année suivante, 1967, voit un troisième disque avec un changement de direction, « Je reprends la route demain ». La chanson éponyme continue l’attitude insouciante, mais la musique est moins « caféinée », si vous me suivez, plus introspective. J’ai eu du mal à trouver d’autres morceaux de cet album.

Tout change radicalement plus tard en 1967 quand il sort encore un autre album. Cette fois, il a coupé les cheveux — quoi ? — porte désormais une moustache, et chante des choses qui pourraient venir d’un roman satirique de Douglas Adams. Ça commence avec une autre chanson éponyme, « Madame Laure Messenger, Claude, Jérémie, et l’Existence de Dieu », où deux poissons rouges se disputent sur ce dernier sujet :

J’ai eu du mal d’en trouver plus sur YouTube, mais Internet Archive a tout l’album disponible gratuitement. Il y a plus d’une diversité de styles — « L’anniversaire de Beethoven » ne sonne comme rien d’autre jusqu’à ce point — et si « Je partirai bientôt » a un peu le même air de « Je m’en fous et je quitte », cette fois, c’est plus… joyeux ? Je doute que c’était une réussite vu la difficulté de retrouver l’album, mais il semble s’en profiter plus.

Je saute plusieurs albums difficiles à trouver, mais en 1970, il sort Ra Ta Ta, un autre album où la chanson éponyme est étonnante vu son début. Il mène le public en applaudissant, et les paroles ne semblent pas lourdes du tout :

Encore une fois difficile de trouver d’autres chansons de l’album, mais j’ai trouvé un autre clip avec « J’aime le bon vin » ainsi que Ra Ta Ta. Cette fois, c’est un conte de son goût pour boire le vin de Communion. Je l’ai mis au bon moment dans ce lien.

En 1971, il sort un autre album, Larraldia, dont j’ai trouvé au moins le single ‘Scusez-moi, m’sieur Antoine, en duo avec Danièle Gilbert, inconnue pour moi avant. C’est assez charmant ; les paroles sont des questions peu importantes avec des réponses marrantes :

En 1974, il part en voyage autour du monde pendant 6 ans, en voilier. Apparemment, il enregistrait pendant ce temps ; j’ai trouvé tout son album de 1976, Corcovado, complet dans une seule vidéo sur YouTube. Mais c’est ici où j’arrête. Sa musique est largement difficile à trouver, avec presque aucune info disponible sur ses classements et son accueil par le public. Le fait qu’il y a des clips de l’INA ici me dit qu’il continuait de trouver un rapport avec son public en live, mais c’est assez évident que sa carrière à partir de « Madame Laure Messenger » est largement une réaction contre son image originale. Et ses voyages, qui continuaient après son retour en 1980, me disent qu’il voulait vraiment juste tout plaquer. Je compatis énormément.

Que penser d’Antoine ? Il me semble qu’il était plus qu’un coup étonnant, mais que le renommé n’était pas à son goût. Et ça va ; la vie des stars est souvent moins heureuse que nous ne le pensons. Mais entre le fait que sa musique après les deux premiers albums reste largement cachée, et son manque d’intérêt à régler la situation, je n’ai franchement pas envie d’en creuser plus. Il faut ajouter, cependant, que le sale caractère personnel de ses premiers albums se révèle une fausse image pour la publicité vu ce qui s’est passé après.

Ma note : Je ne change pas de chaîne, mais je ne le suis pas plus loin.

Je découvre Tryo

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec l’artiste qui a immédiatement suivi Julien Clerc et son trio de chanteuses, Tryo. Quoi ? Vous dites que vous avez des souvenirs d’un certain « Ed Sheeran » sur scène pendant 10 minutes ? C’est sans doute un faux souvenir créé par le Matrix, mais c’est pour exactement ce moment que j’ai mis en place une règle contre écrire sur les étrangers qui ne gagnent pas leurs vies en France. Alors, Tryo.

Photo de trois membres de Tryo en concert à Brest
Tryo en concert, Photo par Jeremy Kergourlay, CC BY-SA 4.0

Comme a dit Nagui en les présentant, « Ils sont deux ; pourtant le groupe s’appelle Tryo ». Il y a en fait 3 membres du groupe, mais beaucoup des groupes n’étaient pas complets pour la diffusion. Cependant, comme disaient les couvertures des 4e et 5e tomes du Guide du voyageur galactique, c’était la trilogie de plus en plus mal nommée. En fait, il y avait 4 membres au début, et leur premier album, Mamagubida, sorti en 1998, porte les deux premières lettres des prénoms de cinq personnes, dont leur producteur.

Leur premier single est « L’hymne de nos campagnes », une ode aux idées de Rousseau de revenir dans la nature :

Je ne pouvais guère comprendre « Pour un flirt avec la crise » sans des paroles à lire. Le titre semble être une référence à « Pour un flirt avec toi » de Michel Delpech, mais il s’agit plutôt d’une sorte de cri contre les Klaus Schwab du monde, le technocrate qui « fait du gringue à sa secrétaire ». J’ai dû écouter « France Télécom », car un tel titre invite des questions, mais « Merci France Télécom, D’avoir pu permettre à nos hommes, D’ajouter aux bruits de la ville et des klaxons, La douce sonnerie du téléphone » ne me semble particulièrement pas une réponse à quelque chose que l’entreprise a fait.

À ce point, j’en avais assez de leur premier album — il n’y a pas beaucoup à dire sur la musique en tant que musique. Soit les messages vous intéressent soit pas, car c’est largement juste les chanteurs avec un guitariste pour accompagnement. Je suis donc passé à leur deuxième album, Faut qu’ils s’activent, sorti en 2000. Il n’y avait pas de tube de cet album, alors j’ai commencé par « Con par raison », qui me semblait un titre drôle :

Mais il s’avère être un autre message plutôt lourd, racontant des histoires d’un riche et d’un pauvre, puis demandant « Lequel de ces deux types est l’pire pour la nation ? » Je ne sais pas vous, mais je préfère la sorte d’art qui me mène à poser ces questions moi-même, pas celle qui donne des leçons. « La débande » est une chanson courte mais drôle, avec le refrain « Il est temps de suivre la route des Boys Band avant que notre arc débande ! », ce qui se moque des Backstreet Boys et N’Sync de l’époque. « Paris », source du titre de l’album, est plus mélodique que beaucoup de leur travail à ce point, mais sarcastique à souhaits sur les prix élevés de la ville. (Je considère que « Je découvre Paris » me permet de dire ça sans être hypocrite.)

En 2003, ils sortent Grain de sable, qui connaît plus de succès, étant un disque double or. « Sortez-les » marque un changement de direction, loin du reggae des premiers albums :

Le son est différent, mais les messages restent lourds : « Noyez-nous de publicités, Engraissez-nous jusqu’à éclater » n’a aucune subtilité. On me dit que « Désolé pour hier soir » était un grand succès, mais encore une fois, je ne pouvais rien comprendre sans des paroles écrites. « Sur ce coup la man, t’as été un homme t’as ramené le croisé de Jackie Sardou et d’un Pokémon » est plutôt amusant.

J’ai décidé qu’ils avaient un album de plus pour me convaincre qu’il y avait plus à découvrir, alors ici, je suis passé à « Ce que l’on sème », disque platine de 2008. J’ai commencé avec le titre le moins politique possible, « El dulce de leche », qui sent plutôt mon coin du monde :

Si je l’ai bien compris, les paroles parlent d’un réfugié chilien qui déménage en France :

Il n’avait pas idée
On dira inconscience
À quel point lui coûtait
D’être bloqué en France
Rejoindre le pays
L’odeur de l’orchidée
Le temps n’a pas enfoui
El dulce de leche

Je n’ai rien contre les chiliens, mais j’avais espéré autrement. Je craignais le titre « Quand les hommes s’ennuient » vu le point de vue de tout autre chose à ce point, et c’était au niveau de mes attentes, même si je dois noter que la musique elle-même est plutôt belle :

Les paroles comprennent :

Quand les hommes s’ennuient, ils s’enivrent de sexe
De vin jusqu’à la lie, et d’amours trop complexes

S’inventent des tempêtes, se prennent dans le courant
Des guerres trop coquettes, des caprices d’enfants
Font tanguer le bateau, quand la mer est parfaite
Quand les hommes s’ennuient, ils deviennent si bêtes

Merci, mais j’ai plus qu’assez de la haine de soi pour être homme aux États-Unis, en anglais. Je n’ai pas besoin de la chercher ailleurs. Et je ne me reconnais pas dans cette description non plus.

Que penser de Tryo ? On leur dit « engagés ». Je ne dis pas que je dois être d’accord avec un artiste sur tout. Mais je trouve chez eux exactement ce que je n’aime pas chez mes con-citoyens, la politique en tant qu’idée fixe. Ce qui me déçoit ici, c’est que j’étais vraiment impressionné par leur représentation sur le plateau de Taratata, avec Les Élucubrations d’Antoine. J’ai l’impression qu’un concert de leur part serait plutôt énergique. Mais deux heures de leçons à donner, pas envie.

Ma note : je change de chaîne.