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Le japonais avec Duolingo

Je pars bientôt pour le Japon, alors on va se concentrer sur ce sujet pendant les deux semaines prochaines. Je vous promets que pas du tout comme mes mésaventures à Boston,quand je ne pouvais penser qu’à la France, vous n’entendrez parler que du Japon et de la culture japonaise. Il y aura quand même des liens — et si je vous disais que le mot japonais pour le pain, c’était « pan », pourriez-vous deviner d’où ça venait ?

Ah oui, je vous ai dit ça il y a trois ans. Alors je vous rappellerai l’autre truc que j’ai dit en même temps:

Mais on dit en japonais « arubaito » pour le boulot, d’après l’allemand « arbeit ». (Savez-vous où on trouve ce mot ? Je dis ça, je dis rien.)

En fait, je vais essayer de fermer la bouche sur la Seconde Guerre mondiale cette fois. J’avais un grand-oncle qui a servi dans le Pacifique à l’époque, et disons que j’ai des avis forts dans ce cas. Mais moi et ma grande gueule, nous nous sommes déjà trop coûtés à cet égard, à commencer par la fille de l’histoire du meurtrier que je connaissais. Elle avait plein d’autres raisons pour me haïr, racontées au lien, alors je dirai simplement : ne tombez jamais amoureux d’une fille venue d’un pays dont vous n’êtes pas prêt à chanter ses louanges. Parce que la vie est drôle comme ça, il y en a eu 3 autres par le passé, mais après la première, j’ai appris à fermer la bouche. Pourtant, ça n’a rien amélioré, donc moi voilà.

Pendant la semaine dernière, j’ai étudié furieusement avec Duolingo. Si je savais où trouver mes vieux manuels, ce serait une meilleure utilisation de mon temps — Duolingo épuise vite « l’énergie » dans chaque lesson alors même sans faire d’erreurs, il faut regarder beaucoup de pubs.

Alors, je vais vous donner un petit goût d’apprendre le japonais, façon hibou vert. C’est dommage qu’au contraire du français, Duolingo n’explique pas les formes des verbes. Où les verbes français se terminent tous en -er, -ir, -re, etc., il y a beaucoup plus de formes en japonais — -mu, -bu, -nu, -ru, -ku, etc. — mais beaucoup moins de conjugaisons. Par exemple :

Exercice pour lire les caractères du verbe "yomu", conjugué dans le présent

Ici, on voit le verbe « yomu », qui veut dire « lire ». Duolingo veut juste que l’on apprend à lire les caractère, mais ce n’est pas complètement évident comment ça se fait. En haut, il y a le kanji, prononcé « yo », suivi de 3 caractères dans l’alphabet hiragana : mi, ma, su. On prononce donc ce verbe « yomimasu ». « Mais Justin », me dites-vous, « où sont les romaji, les caractères de l’alphabet latin ? » Bonne question ! Alors que l’on tape sur le clavier latin, Duolingo remplace chaque paire de caractères par son équivalent en hiragana. Alors, j’ai tapé « yo », et sur l’écran a apparu le premier des 4 caractères que je pouvais taper. 3 en sont pareils à l’exemple car Duolingo teste ma connaissance de l’alphabet en faisant ça. Je n’ai jamais oublié la grande majorité des lettres.

Mais le verbe n’est pas « yomimasu » ; c’est « yomu ». -imasu, c’est la conjugaison du présent — pour toutes les personnes ! Dans ces deux exemples, on apprend à dire « Je joue au foot/basket », et le verbe est juste « shimasu », le présent de « suru ». Duolingo ne le mentionne pas.

Remarquez qu’il y a un caractère entre les noms et les verbes, prononcé « o ». Ça s’appelle une « particule » — on les utilise pour indiquer le rôle du nom précédent. Dans ce cas, c’est l’objet. Au fait, il n’y a pas de sujet dans ces phrases, alors on sait qu’il s’agit de la personne qui parle. On pourrait dire « watashi wa » pour indiquer ça (watashi = moi, et wa = sujet), mais c’est facultatif et aucun autochthon ferait pareil.

Quand plusieurs noms partagent le même rôle, on ajoute « to » entre les noms (« et »), et la particule apparaît après le dernier. Ici, Eddy dit « Oui, je regarde la télé et des films ». Sauf qu’il dit « terebi » (télé) et « eiga » (film) sans pluriel ni article. On n’utilise ni l’un ni l’autre dans de tels cas.

Il y a beaucoup de pratique pour les kanjis, dont le bon ordre pour les traits, mais sans expliquer que les parties comptent pour quelque chose. Voici des captures d’écran qui montre qu’il y a de moins en moins d’instructions à suivre. C’est le « yo » de « yomu » que l’on a déjà vu. Dans les deux premières captures, il y a des guides pour chaque trait, et l’appli vous montre où commencer. Dans la troisième, il y a juste où commencer. On finit par « Souvenez-vous de tout, tout seul ! »

Je ne suis pas sûr que Duolingo soit aussi efficace pour le japonais que le français. J’ai sauté 10 % du cours avec ce que je savais déjà. Mais il y a plein de règles très régulières en japonais, et l’appli ne fait rien pour apprendre ça aux élèves.

Des réflexions sur Lyhanna

Ce week-end, j’ai suivi les mêmes nouvelles que le reste d’entre vous. Je ne croyais pas que j’allais les mentionner, parce que ce n’est pas en général un blog d’actualités, sauf que j’ai vu quelque chose qui m’a fait pleurer. Je n’exagère pas du tout. Et après, j’ai décidé que c’était trop important pour laisser tomber.

Ne vous trompez pas à cause du fait que c’est l’humoriste Arnaud Demanche qui apparaît dans l’aperçu de ce clip. Il prête son compte Instagram à une jeune femme, Olympe, pour qu’elle puisse parler franchement de son propre cauchemar :

Ces histoires me brisent le cœur. J’ai lutté pour rester dans la vie de La Fille, une bataille qui m’a coûté comme vous ne le comprendrez vraiment. C’est pour ça que je pouvais bien comprendre quand plusieurs amies, des mères toutes, ont posté des appels pour la peine de mort pour les Jérôme Barrella du monde. Certainement, je comprends le père au Texas qui a surpris un inconnu en train de violer sa fille de 5 ans — et a tué ledit inconnu (lien en anglais) avec des coups de poing. Je ferais pareil sans regret.

Ça devient plus compliqué quand le parent décide plus tard de se venger du criminel. En 1984, en Louisiane, un certain Jeffrey Doucet a kidnappé un garçon de 11 ans, Jody Plauché, et l’a emmené en Californie, où il l’a violé. Heureusement, il a été reconnu par un citoyen qui a fait appel à la police, qui l’a renvoyé en Louisiane pour être jugé. Mais le père de Jody, Gary Plauché, est allé à l’aéroport local et a tiré sur M. Doucet, qui est mort un jour plus tard. Gary Plauché a été reconnu coupable, mais a reçu 7 ans de prison avec sursis, alors il n’est jamais allé en prison. Ça ne me dérange pas, mais il faut avouer que c’est imprudent de tirer sur d’autres personnes dans un espace public. Et s’il avait tué la mauvaise personne ?

Néanmoins, le temps que ces tragédies arrivent, c’est déjà trop tard pour les enfants. On ne manque pas d’histoires pareilles aux États-Unis où les soi-disant responsables pour protéger les enfants échouent horriblement. En Virginie-Occidentale en 2025, Miana Moran (lien en anglais), une fillette de même âge que Lyhanna, est morte pour manque de nourriture — car sa « belle »-mère refusait de la nourrir, et elle ne pesait que 20 kg au moment de sa mort. L’office dit « Child Protective Services » (Service de la protection des enfants) avait visité la famille sans rien faire. Dans le Michigan, il y a 3 mois, deux garçons ont été sauvés (lien en anglais) après que CPS a ignoré 8 plaintes pendant les 3 années précédentes — c’était seulement l’intervention d’un hôpital qui a enfin mis une terme aux mauvais traitements. Il y a 2 ans, à Baltimore, Gerald et Bernice Byrd (lien en anglais) ont été arrêtés après la mort de leur fille de 5 ans, Zona, qui ne pesait que 8 kg. 3 autres enfants mal nourris ont été trouvés à la maison en même temps. Cette histoire est particulièrement horrible parce que les parents gardaient plein de nourriture dans un coffre-fort dans leur chambre. Selon une députée, CPS était au courant des problèmes depuis 5 ans sans agir.

Je ne mentionne pas ces histoires pour dire « Voilà, c’est pire ici. » C’est plutôt parce que M. Darmanin lui-même a dit que c’était en même temps un « immense échec » mais pas « un manque de moyens ». Je suis mal placé à évaluer ces propos, ainsi que celui d’Olympe ci-dessus, qu’il y a 70 000 dossiers exactement comme le sien. Ce que je sais avec certitude, et je peux multiplier les exemples toute la journée sans problème, c’est que ce genre de problème, où les autorités en sont bien au courant, mais ne font rien jusqu’à ce que ce soit trop tard, c’est universel. Les britanniques ont certainement un mot à dire sur le sujet.

Puisque M. Barrella a été placé en garde à vue — et apparemment, son frère aussi — j’espère que la famille ne se débrouillera pas de façon Gary Plauché. Ça dit, si quelque chose arrive à ce monsieur et il meurt avant le début du procès, ce n’est pas moi qui posera des questions. Mais ce que l’on doit à Lyhanna, à Zona — à Olympe, pour qui il n’est pas trop tard — c’est d’exiger mieux partout.

Le Système D en action

Juste un petit mot avant Proust, car je suis à une soirée de jeux après un après-midi pas comme les autres. J’allais faire des éclairs au chocolat. J’ai préparé ma pâte à choux et j’ai essayé de pocher des éclairs plus fins que d’hab, façon L’Éclair de Génie :

Mais entre ça et mon four trop imprévisible quand la température est supérieure à 180 °C, c’était la catastrophe :

Mais j’avais déjà préparé de la crème pâtissière ! Quoi faire quand il ne reste que 2 heures avant l’événement ? On ne panique pas, on fait de la pâte sucrée, on la met au frigo, et on part au supermarché pour des fraises. Le temps que je suis revenu, c’était toujours un peu plus mou que souhaité, mais on fait ce que l’on peut. Voici le résultat final :

Je n’ai pas eu le temps de dîner, mais quand tout le monde s’attend à vos pâtisseries, il faut faire des sacrifices, n’est-ce pas ?

Re-adieu, hibou vert

Je suis malgré moi-même un gros menteur au sujet de Duolingo. En 2022, je vous ai dit « C’est fini ». En 2023, j’ai dit « Adieu, hibou vert ». Et oui, j’étais de retour en 2025 d’abord pour aider une utilisatrice aveugle, mais quand une chère amie m’a demandé d’y rester pour l’aider avec un « friend streak » (une séquence de jours de suite en partenaire avec un ami), je ne pouvais pas lui dire non. ([Voulais et pouvais sont parfois des synonymes. — M. Descarottes]) J’aurais dû apprendre la leçon de Sean Connery devant un assez grand tas d’argent pour reprendre le rôle de James Bond : « Jamais plus jamais ». Ou comme on a dit dans Le Secret de Brokebacl Mountain, « J’aimerais savoir comment te quitter. » (Hyper-romantique, ça ; je vous jure que je ne l’ai pas écrit !)

Mais j’ai trouvé une « bonne » raison pour retourner. À l’époque quand j’ai fini le cours la première fois, il n’y avait pas de « Duolingo score », un chiffre entre 1 et 130 censé montrer le niveau de l’utilisateur. Avec mes vieilles données, Duolingo a décidé que le mien n’était que 108. Je n’accepte pas ça. Je reste un membre de mon groupe d’utilisateurs, je sais donc ce qui veut dire un 130, et croyez-moi, si une personne qui pose des questions telles que « là ne peut pas signifier ‘ici’, non ? » a un 130, l’échelle ne vaut rien — mais je ne suis pas derrière ce type. Alors, voilà, je ne le suis plus :

C’est mignon, ce champignon atomique, hein ? Je suis sǔr que les utilisateurs japonais l’apprécient vraiment. Mais la légende m’a fait rire : « Je peux communiquer au travail ! » Pas si vous ne savez pas comment utiliser ‘là’, les amis. Et pour aller avec, ce graphique pour partager, qui dit : « J’ai terminé le cours de français sur Duolingo. »

Comme à chaque autre fois, revisitons ce que l’on appelle en français le « best-of » de ce retour.

On dit que la flatterie ne mène à rien. Chez moi, c’est absolument le contraire ! On dirait que Duolingo a bien compris le tout premier post de ce blog :

Pourtant, l’appli n’a pas bien compris que parler aux animaux est exactement ce que l’on fait ici :

À quoi bon parler français à mon chat ?

([Cobaye. Pas chat. Et je ne suis pas le tien. C’est l’envers. — M. Descarottes])

On sait apparemment que j’ai presque suivi un chemin italien :

Allez, finies les siestes et fini le repos, je me mets à l'italien !

Finies les histoires stupides sur Eddy, le personnage que je déteste le plus, qui rate tous ses rendez-vous et est complètement nul en cuisine. On dirait qu’il est exactement ce que les Américaines pensent des pères célibataires :

Vraiment, cette appli aime taquiner les célibataires de façon cruelle ; au moins, pas gentille — qui veut ceci ?

C'est l'association de ceux qui aiment être seuls.

Ce qui me manquera le moins, c’est les erreurs. Dans cet exemple, Duolingo dit que j’ai tort car j’ai choisi « him » (pronom pour un homme ; d’habitude, « lui ») au lieu de « her » (pronom pour une femme ; « elle » comme sujet, mais « lui » en français comme COI). Dans ce cas, les deux sont également possibles car le français ne donne aucune idée du genre :

Exercice de traduire : « Il put lui parler sur le parvis. » J'ai reçu une mauvaise note pour traduire « lui » comme homme plutôt que femme.

Mais l’appli a bien compris ce qui compte :

Ça en vaudra la peine quand je mangerai des croissants.

Peut-être que certains d’entre vous se souviendront que c’est comment j’ai redécouvert Moulin — après quelques leçons, je voulais manger un vrai croissant pour la première fois en une décennie !

Et pour conclure avec le hibou vert ([Pour l’instant. — M. Descarottes]), ce que je désire toujours le plus, même si c’est dans la bouche d’Eddy :

Je vais en France pour approfondir ce que j'ai appris.

Premier tour californien

Langue de Molière est annulée cette semaine, car je ne suis pas arrivé à choisir un sujet. Mais j’ai encore une fois 6 semaines de sujets dans mon fichier (en partie grâce à l’aide d’une lectrice diligente), et la colonne fera une pause pendant mes vacances, alors la semaine prochaine, elle sera de retour. Mais hier, on a eu le premier tour californien, pour le gouvernement de l’État. Je suis mécontent, comme prévu, même si certains des pires cas ne se sont pas passés.

Le plus important, c’était le choix d’un nouveau gouverneur, pour remplacer Gavin Newsom. Comme dit Le Canard enchaîné aujourd’hui :

Gros titre du Canard enchaîné : « Les violences après la victoire du PSG ne l'impressionnent pas. Macron : 'Dans un an, moi aussi je me casse !' »

Dans sept mois, le gouverneur, lui aussi il se casse. Et puisque c’était la première fois en 8 ans où il n’y a vraiment personne qui est « l’héritier », n’importe quel con pouvait se présenter — et beaucoup l’ont fait. Voici mon scrutin — juste pour le poste de gouverneur :

Scrutin californien, page 1 de 3, avec 3 colonnes de choix pour le poste de gouverneur.

Je vous épargnerai de la tâche — il y a 61 noms sur le scrutin. Originalement, j’allais vous donner une petite idée de pourquoi personne dans cette liste ne mérite le rôle, mais j’ai enfin décidé que ce serait contre l’esprit du blog, car je n’exprime pas officiellement d’avis. Mais sachez que je ne veux que personne sur cette liste gagne le poste.

J’ai quand même eu mon petit autocollant qui dit « j’ai voté », en anglais une fois, et deux fois en espagnol, coréen, chinois et vietnamien :

Autocollant blanc avec un petit drapeau américain et les mots "j'ai voté" en anglais, espagnol, coréen, chinois et vietnamien.

Oui, j’ai certainement fait des taches d’encre sur un bout de papier. Pauvre arbre qui est mort pour ça !

Autour de San Francisco

Désolé, j’ai oublié — sincèrement — « Le Côté de Guermantes » à la maison. Au lieu de ça, je vous présente des vues de notre journée à SF.

La fac qui nous a invité ici est au Texas, alors il faut comprendre que St. Patrick’s Seminary est à l’Église catholique, pas à eux. Cependant, il me semblait que ce séminaire serait intéressant de prendre en photo. Sans que je le dise, vous ne croiriez jamais que c’est en Californie.

À l’intérieur, il y a une chapelle. C’est presque complètement en chêne. Dix vitraux racontent la vie du Christ ; les quatre autres montrent les saints Patrick, Francis (d’où San Francisco), Charles Borromeo, et le Bon Pasteur.

Je n’ai pas pu y rester pendant le programme, ouvert uniquement aux élèves, alors je suis parti pour le domaine viticole Guglielmo, dont on a parlé pendant mon dernier voyage à la région :

Cette fois, c’était ouvert, alors j’ai payé 20 $ pour goûter les vins. Je regrette de vous dire que rien n’était à la hauteur de mes attentes — j’aurais toujours dit qu’il s’agissait d’un bon rapport qualité prix plutôt que de vins hauts de gamme, mais sauf pour le vin pétillant du début, tous étaient décevants. Je dirais que c’est pourtant pour le meilleur — c’est encore une autre preuve que ma Californie a bel et bien disparu, et je peux quitter le cadavre qui porte son nom sans regrets.

Après son événement, La Fille et moi sommes partis pour Fisherman’s Wharf. Nous avons dîné chez Boudin comme avant, avec de jolies vues de l’île d’Alcatraz, avec son ancienne prison. Comme dirait sa mère, après avoir vu l’institution pour La Fille, on a vu la mienne.

Notre journée a fini chez Ghirardelli, mon fournisseur préféré de chocolat après Valrhona. Ils vendent maintenant un chocolat façon Dubaï :

Des sacs de bonbons Ghirardelli, tous verts, avec la légende « façon Dubaï » (mais en anglais)

Mais nous étions là pour des sundaes, et ça, ce n’est jamais décevant. Au chocolat pour moi, mais à la dubaiennre pour La Fille (vous pouvez apercevoir de la pâte à pistache dans la deuxième photo) :

Bonjour de San Francisco

L’approche de mes 50 ans m’a évidemment rendu lent et pas trop malin, car il y a 4 ans, je vous aurais dit « J’ai envie de pain au levain de la boulangerie Boudin » ou de chocolat Ghirardelli, ou quoi que ce soit. Puis les élèves attentifs du blog auraient pu dire « Oh non, pas encore », en devinant où j’allais. Cependant, je l’ai déjà divulgâché, alors jouer au naïf ?

Mais notre raison pour être ici est plutôt inhabituelle. La Fille a été invitée à écouter le baratin publicitaire d’une fav toute neuve, l’Université d’Austin. Ce soir, il n’y avait qu’un dîner pour accueillir les familles. Demain, elle fera partie d’un cours d’histoire comme ils l’enseignent, pour voir si elle s’y intéresse.

Je dois faire semblant de m’endormir bientôt, alors je vous donnerai juste quelques bonnes raisons pour y aller et pour ne pas le faire.

Les arguments pour :

  • Il y a des tas d’argent derrière ce projet, genre l’Oncle Picsou. En conséquence, ils rassemblent vite non seulement des profs de qualité et des bâtiments, mais on ne paye que pour y vivre — il n’y a pas de frais pédagogiques. Aux États-Unis, ça vaut quelque chose.
  • Au programme, ils se concentrent sur les Grands Livres de l’histoire. Ils parlent de former le caractère des élèves, non seulement de cocher les cases et des salaires éventuels. Ça m’intéresse beaucoup.

Les raisons contre :

  • Ayant ouvert les portes il y a deux ans, ils ne sont pas encore accrédité. C’est toujours un risque avec une nouvelle fac, mais quand on pense à devenir docteur, comme La Fille, ça pose des problèmes.
  • Certains noms liés au projet font la polémique rien qu’en les évoquant. Imaginez qu’il y avait une Université Bolloré ou une Hautes-Études Pigasse. C’est pareil avec l’homme d’affaires Joe Lonsdale.

En ce moment, je ne suis pas prêt à dire oui ou non. Mais le dîner d’accueil m’a au moins persuadé qu’il faut en savoir plus avant de prendre une décision. Je serai très curieux des avis de La Fille après le cours aujourd’hui !

Plainte sur l’accessibilité

Je dois me plaindre de quelque chose. Je sais, encore un jour qui se termine par une voyelle, mais ça m’a coûté 20 minutes de remplir des formulaires sur un site web cette semaine, et il n’y a aucune excuse.

Il était une fois, j’étais utilisateur fanatique des portables de la marque BlackBerry. Si je pouvais toujours porter un BlackBerry 8800 — mis à jour — je le ferais pour le reste de mes jours sans plaintes. Et vous savez que ne pas avoir de plaintes, c’est mon compliment le plus enthousiaste !

Photo d'un BlackBerry -- il y a un clavier physique, avec toutes les touches QWERTY, ainsi qu'un petit trackball pour naviguer.
BlackBerry 8820, Auteur inconnu, CC BY 4.0

Ce qui m’a fait changer des BlackBerry aux iPhone, c’était « pinch-to-zoom », pincer pour zoomer. C’était un miracle pour lire les sites web à l’époque, qui avaient souvent 3 ou 4 colonnes, et un aspect très rétréci vu sur des portables. Puis, les graphistes ont mal rangé le bordel.

Il faut dire que je compatis énormément avec les graphistes. Je ne connais aucun autre métier où tant de « clients » s’attendent à du travail « gratuit » en échange de « se faire connaître ». Peut-être que c’est différent en Europe, mais aux États-Unis, ils sont maltraités comme personne d’autre.

Mais en revanche, ils ont ruiné l’idée de « pincer pour zoomer » comme technologie d’assistance. Il y a environ15 ans, on a eu la pire idée de l’histoire des ordinateurs, la soi-disant conception réactive. C’est l’idée qu’une page ou une appli devrait changer sa mise en page selon la taille disponible — si vous avez jamais remarqué une page qui change d’aspect quand vous tournez votre portable, vous avez l’idée.

Je peux comprendre ça d’exactement un point de vue. Il y a certainement plus d’espace sur l’écran d’un ordinateur de bureau qu’un portable. Alors, ben, ayez des pages différentes pour ces deux cas. Mais plus j’affine, plus je trouve ce qui font les graphistes simplement hostile aux utilisateurs. Des exemples :

Voici l’accueil d’ESPN, le plus grand site de sports américains. Dans cette vue, je tiens le portable en mode portrait :

Capture d'écran qui montre les résultats d'un match de basket --il y a deux vidéos et deux gros titres.

On est d’accord que les liens pour les gros titres sont en caractères gras, oui ? Super. Alors, je change en mode paysage et…

Capture d'écran qui montre les résultats d'un match de basket --il y a quatre vidéos et deux gros titres, et la taille de tout le texte est bien réduite.

Tout à coup, les gros titres ne sont plus en caractères gras, la police est plus petite, et il y a des kilomètres d’espace blanc absolument inutiles, avec des barres qui ne servent à rien aux côtés. Heureusement, on peut toujours pincer pour zoomer, comme ça :

Même page que la dernière photo, mais agrandi -- seulement 3 vidéos sont visibles et le texte est plus grand.

Mais, à quoi sert de réduire la taille du texte comme ça, dès que l’on a plus d’espace ? C’est complètement sans logique !

Au moins pincer pour zoomer marche dans cette situation. Voici le mode portrait du site web des écoles d’Anguille-sous-Roche (je choisis une partie sans données personnelles) :

Capture d'écran d'une fenêtre avec la légende "Resources"

Et si je le mets en mode paysage ?

Même fenêtre "Resources", mais maintenant avec de grosses barres grises aux deux côtés.

Tout l’espace est gaspillé, avec des barres énormes aux côtés. Mais pire, si je pince les données, la page est à largeur fixe. Je ne peux pas ajuster la taille pour la lire plus facilement ! Et ça, je trouve impardonnable, car les graphistes ne devraient pas avoir un avis sur mes souhaits à cet égard. Si je veux agrandir la page, ça les offense comment ?

En fait, ils ont laissé un moyen pour tricher. Si je pince les parties de la page avec des données, la largeur fixe est imposée. Mais si je pince l’espace blanc, je peux agrandir la page :

Fenêtre "Resources" après avoir grandi la page

Pourquoi pas agrandir la page comme ça si on change de mode ? On a évidemment fait l’effort pour montrer un conception différente selon la taille de l’écran — mais le résultat est complètement inutile. Tout cet espace blanc ne sert à rien du tout.

Encore plus stupide, avec certains de ces sites, ainsi que celui de l’hôpital où travaille mon médecin — si je remplis un formulaire, puis change de taille, la page se recharge et je perds mon travail ! Ça n’a aucun sens. C’est une sorte de vengeance bizarre de la part des graphistes : « tu nous as offensé en n’aimant pas notre œuvre telle qu’elle, alors il faut que nous te punissions ! » Comment ça ? C’est où la logique ?

Je ne comprends pas la fétiche pour l’espace blanc. Je ne sais pas si vous avez la même tradition dans les lycées et les facs français que l’on a aux États-Unis, de produire des livres dits « yearbooks ». Mon dictionnaire bilingue le rend « album de promotion », mais note que c’est un usage américain. Ces livres offrent des photos de tous élèves d’une école, par promotion, ainsi que des photos des clubs, des bals scolaires, etc. J’ai travaillé sur 6 livres de ce genre à travers mes 4 années lycéennes ainsi que les deux premières à la fac. Tout ça, c’était imprimé, et on a bel et bien appris la tradition depuis Gutenberg — on cherche toujours à réduire l’espace blanc, à ne pas gaspiller d’espace. Apparemment, des siècles de sagesse ne comptent pour rien face aux graphistes modernes, mais surtout quand il s’agit de rendre le texte plus lisible.

Dimanche avec une bombe géante

Pas de Proust cette semaine, parce que j’ai des nouvelles, et elles ne sont pas bonnes.

Vous savez tous que j’ai quitté Elbe-en-Irvine pour la ville voisine d’Anguille-sous-Roche (nommée d’après son habitante la plus célèbre, mon ex). Ça nous a amené plus proche d’une autre ville, Garden Grove (littéralement, Bosquet de Jardins — un nom hyper-ironique vu le manque de plantes vertes là-bas).

Nous sommes très, très malins en Californie, de façon que vous galérez à comprendre vraiment, alors dans un accès de génie, on a mis une fabrique aérospatiale au milieu d’un grand lotissement plein de milliers de maisons. Ne me croyez pas sur parole, voici une carte ; l’épingle rouge est où se trouve GKN Aerospace, une entreprise britannique qui trace ses racines au Pays de Galles, et à Fokker — oui, la même entreprise qui a fabriqué des avions pour la Luftwaffe pendant la Première Guerre mondiale. (Nous sommes tous en colère contre ces types en ce moment, alors je cherche des faits comme ça — et je m’en fous du fait que les Allemands ne disaient pas le mot « Luftwaffe » jusqu’en 1935.)

Connaissez-vous le produit chimique « méthacrylate de méthyle » ? Super, personne dans le Comté d’Orange non plus jusqu’à vendredi. Il s’avère que GKN fabrique des tonnes de ce produit au milieu de toutes ces maisons. C’est un produit qui peut exploser à partir de 100°. Celsius ? Ah non — Fahrenheit. Ça veut dire environ 37,8 °C.

Ce que l’on sait, c’est qu’il y a environ 26 000 litres de ce truc dans des réservoirs de stockage, et normalement, on garde une température d’environ 50 °F. Vendredi, on s’est rendu compte que la température avait augmenté jusqu’à 77 °F. À partir de ce moment, 40 000 personnes ont été évacuées. Ce chiffre continue d’augmenter, au fait. L’article est déjà dépassé par des événements, mais voici un sommaire en français par 20 Minutes.

Les pompiers arrosent les réservoirs avec de l’eau depuis vendredi soir — mais la température continue de hausser. Il faisait 90 °F dans les réservoirs samedi soir. On dirait que cette stratégie est un échec.

On nous dit que ça finira par un de deux résultats — soit une explosion géante, soit une fuite qui pourrait atteindre chez moi.

Il est fort probable que je pars pour San Diego demain matin si rien ne change ce soir. Peut-être que j’aurais dû faire ça déjà. Ne vous inquiétez pas pour moi — ça cause des rougeurs et de la peau irritée, mais pas de cancer pour autant que l’on sache.

Franchement, je préférerais l’explosion. Tant pis pour les maisons, mais ça voudrait dire qu’il serait moins probable que l’on soit tous empoisonnés. Je n’ai vraiment pas envie de faire partie d’une expérience pour vérifier le lien entre ce produit et le cancer, d’accord ?

On est 1934 aux États-Unis

Peut-être que c’est difficile à croire, mais j’aime critiquer les États-Unis moins que vous ne le pensez. Comme j’ai écrit dans un certain manuscrit :

[T]out comme moi, les Français n’ont pas de critiques plus sévères qu’eux-mêmes. (À moins qu’il ne s’agisse d’un étranger qui se lance dans l’affaire – puis ils n’ont pas de défenseurs plus passionnés.)

Nous sommes pareils à cet égard — l’une des raisons pour lesquelles j’aime tant la France. Il y a certaines choses dont j’adore me plaindre — les âneries de grammaire anglaise de mes compatriotes, le manque de distance sociale — mais en fin de compte, ce ne sont pas graves en soi. Et je suis souvent le premier à vous dire qu’il ne faut pas croire aux plaintes hystériques sur le fascisme du pays, car j’ai toujours la même question : les camps, où sont-ils ?

Je regrette de vous dire que ce n’est plus de la hystérie sur Twitter, même s’ils restent théoriques. Ce qui suit n’apparaît ni dans Le Monde ni dans Le Figaro au moment où j’écris, mais c’est assez logique — il s’agit du premier tour d’une législative.

Le premier tour texan a eu lieu en mars. Mais c’est juste pour élire les candidats de chaque parti pour un deuxième tour en novembre. Si personne ne réussit avec 50 % des voix au premier tour, il y a un deuxième tour au printemps et l’élection de novembre est un troisième tour entre les partis. Dans ce cas, ce sera la semaine prochaine.

Pendant le premier tour, le 3 mai, le parti Républicain avait 3 candidats et les résultats ont été les suivants :

Capture d'écran des résultats du premier tour : Maureen Galindo reçoit 29 % des voix, Johnny Garcia 27 %, et le tiers 23 % (les reste allant à divers autres).
Capture d’écran, NBC News

C’est donc les candidats avec les meilleurs résultats, Maureen Galindo et Johnny Garcia qui s’affronteront mardi prochain pour sélectionner qui affrontera un Démocrate en novembre.

Le 13 mai, Mme Galindo a publié un clip sur Instagram pour livrer un message dégoûtant, mais à quoi peut-on s’attendre ? C’est le Texas, et on sait, non ?

C’est une occupation musulmane des États-Unis. En fait, je pensais ce matin, peut-être que Johnny Garcia et les autres qui le soutiennent ou n’importe qui soutenu par le Qatar devrait être jugé pour trahison… Je m’inquiète du génocide des juifs payé par le Qatar, et je m’inquiète qu’il va l’apporter ici en plus.

Interview de Maureen Galindo sur Radio publique texane

Personne ne s’inquiétait de ces propos. Aucun membre de son parti n’a condamné ce propos d’une occupation musulmane. Le Texas, après tout. Puis, dans un autre clip le 19 mai sur son compte Insta, maintenant supprimé, elle a enfin abordé le sujet de créer des camps, façon Nazi. Mais juste ceux de concentration, pas ceux de la mort comme Auschwitz. On n’est pas de monstres ! Je traduis une citation :

Je transformerai le centre de détention de Karnes en prison pour musulmans américains et anciens membres des Frères musulmans impliqués dans le trafic d’êtres humains. (Ce sera également un centre de castration pour pédophiles, qui seront probablement la plupart des musulmans.)

CBS News

Ça a enfin provoqué des condemnations tardives, d’autres candidats locaux au Texas, jusqu’au leader du parti Républicain dans le Congrès. Mais je vous rappelle que personne n’avait eu rien à dire plus tôt sur les propos d’une occupation par les musulmans ou l’idée de les juger pour trahison et…

Quoi ? Je viens de recevoir une note…

Je vous dois tous mes excuses les plus sincères pour les erreurs de traduction dans mes citations ci-dessus. En fait, Maureen Galindo et Johnny Garcia sont du parti Démocrate. Et il n’y avait aucune mention de musulmans dans ses propos. Elle a plutôt dit que les États-Unis étaient sous occupation israélienne, qu’il fallait emprisonner les « sionistes américains » et les membres de l’ICE, et que c’était « la plupart des sionistes qui sont des pédophiles ».

Elle fait la distinction que les « vrais juifs » ne soutiennent pas Israël et sont « des victimes des faux juifs (les sionistes) » :

Capture d'écran d'un post sur Insta. C'est de plusieurs pages au total, mais cette page se termine par : « Les vrais Juifs sont des victimes des faux Juifs (Sionistes). »
Post original sur Insta

J’ai dû le rechercher, mais selon un sondage de février 2026, 9 sur 10 juifs américains disent qu’ils soutiennent le droit d’Israël d’être un « état juif », mais seulement un tiers se disent « sionistes ». J’ai du mal à voir la différence entre ces propos, mais il me semble que la différence, c’est que c’est maintenant acceptable de dire que le pays est « sous occupation » dans un des deux cas. On le sait parce que ce propos est passé sans plainte. Et que fait-on pour résister à une occupation ?

J’ai écrit tout ça pour surprendre, bien sûr. Mais sachez que ce mardi a vu le défait d’un député Républicain dans le Kentucky, M. Thomas Massie. Et quand il a donné un discours ce soir-là, il a dit qu’il lui fallait du temps pour apparaître sur le plateau car « il me fallait du temps pour trouver Ed Gallrein [son adversaire, pas juif] à Tel Aviv ». M. Massie a perdu, mais il a quand même récolté 45 % des voix.

J’écris souvent sur la SGM car je la crois, comme a dit le général Eisenhower, « la Grande Croisade ». Mais c’était grand exactement parce que c’était contre une puissance diabolique. Ce que je vois ici, c’est la croissance d’exactement le même complotisme qu’en Allemagne. Ce discours de « qui sont les vrais et les faux » me rappelle les lois de Nuremberg : combien de temps reste-t-il avant que l’on parle des « Deutschblütiger » (1/8 ou moins juif par sang), les « Mischling » (1/2 juif) et bien sûr, les « Juden » qui devront porter des étoiles jaunes ? (Je vous conseille encore une fois le Mémorial de Caen.)

Je croyais jusqu’à cette semaine que l’on n’était pas les années 30 aux États-Unis. Je me suis trompé. En même temps, j’espère que vous serez d’accord que la raison est bien plus compliquée que l’on n’aimerait la penser.