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Sans avoir vu

Si vous êtes ici depuis longtemps, vous savez peut-être que je suis grand fan de la guide touristique Véro Savoye, qui écrit en anglais sous le nom France With Véro. Récemment, dans son groupe privé sur Facebook, elle a partagé ses pensées sur un post ailleurs, en anglais. Je considère qu’il serait une erreur de citer Véro directement, vu que son groupe est payant, mais le sujet me dérange, alors je vais partager l’original, et ce sera notre point de départ.

Texte d'un post sur Facebook, traduit ci-dessous
Capture d’écran

Ceci vient d’un groupe public, Expats move to France, mais j’ai coupé le nom d’utilisateur, car mon but n’est pas de le rendre célèbre. Je vous préviens, c’est bien con, mais je traduirai la majorité de ce post :

Toulouse, Lyon ou Bordeaux…

Nous déménagerons en octobre et choisissons entre ces 3 villes. C’est embêtant mais nous n’avons visité aucune, et nous déménagerons sans avoir vu. Le temps et des devoirs familiaux ne le permettront…

Nous cherchons une ville pleine d’espace pour promener les chiens, avec de bons transports, près de la nature, des gens sympas… des musées et des galeries, de beau temps et assez d’expatriés pour faire des amis anglophones, près des aéroports et du TGV. Une grande ville nous va bien tant qu’il y a des quartiers plus « village ».

Alors, je vais ajouter quelques détails biographiques tirés de son profil public : c’est une new-yorkaise, artiste, qui voyage parfois à Paris pour son travail. Dit autrement : bobo. (Comme si ce n’était pas déjà évident !)

Basilique Saint-Sermin à Toulouse, Photo par Didier Descouens, CC BY-SA 4.0,

Véro a été étonnée par ce post, et moi aussi. Ce n’est pas une collection de villes très évidente, autre que « nous ne voulons pas vivre dans le Nord du pays ». Mais comment peut-il arriver que l’on s’en fout d’où vivre, mais être si certain quant au temps ? (J’ai une théorie — ils veulent quitter les États-Unis avant la prochaine élection législative, en novembre 2026.)

Il me semble, vu leur liste de vœux, qu’ils cherchent New-York-en-France ; si je me sentais un peu plus grincheux, je dirais Paris, mais à vrai dire, ce serait injuste envers Paris. On peut certainement trouver tout ça à Paris, mais même si Montmartre a son côté « village », j’ai hâte de voir leurs visages en se promenant par le Moulin Rouge et voyant les commerces voisins ! Le film est trompeur !

Si vous avez l’impression d’avoir déjà rencontré ce couple, en 2024, on a parlé d’un autre couple très similaire, qui a fini par quitter Nîmes pour revenir aux États-Unis. Comme leurs prédécesseurs, il me semble qu’ils cherchent la France pour ne pas être les États-Unis, mais pas vraiment pour être la France.

Véro a donné sa propre liste de raisons pour ne pas aller vivre en France, mais je ne la partagerai pas. Disons que je la trouve un peu plus pessimiste que moi, même si je suis d’accord avec elle que les journaux sont pleins d’exemples de tout ce qu’elle dit. Franchement, je m’inquiète le plus sur établir une relation avec un docteur assez vite pour avoir des ordonnances pour mes médicaments. Mais autre que ça ? Si ce couple venait sur ce blog, ils découvriraient assez vite que les transports ne sont pas comme à Paris partout. Bien sûr, il faut savoir lire les commentaires, et il me semble que ni l’une ni l’autre ne parle français. Véro ajoute aussi qu’elle prédit que les deux auront une chaîne YouTube pour se plaindre des fonctionnaires français, et là, j’avoue que je sais de quoi elle parle. J’ai vu les expériences de certains amis avec des époux étrangers. Ça me fait aussi peur pour le titre de séjour.

Mais je reviens encore et encore à leur indifférence à connaître la ville avant de déménager. « Bordeaux, Toulouse, ça m’est égal » — quoi ? Je soupçonne qu’il s’agit d’un couple vegan — je n’ai pas de preuves, mais je crois que je connais le type. Je ne suis pas sûr qu’ils survivront au pays du cassoulet. La salade lyonnaise risque de ne pas convenir à leur goût non plus !

Je ne peux pas dire que je sais que je m’épanouirai en France. Je le crois, je l’espère, mais jusqu’au moment où je suis là, qui sait vraiment ? Mais ces deux ? J’aimerais dire qu’il y a un couple à Nîmes qu’ils devraient consulter, mais c’est déjà trop tard pour ça.

La fin du monde approche

C’est la semaine que je déteste la plus au monde, celle avant la Saint-Valentin, avec des courriels sans cesse pour me vendre des offres de dîner pour 2, ainsi que d’autres bibelots pour me faire honte à cause d’être célibataire. Mais cette année, j’ai vu quelque chose de si choquant qu’à votre place, je commencerais à paniquer à l’idée que l’Apocalypse approche de sa fin.

Mettons la scène. En 2023, je vous ai parlé de l’impôt célibataire, l’idée états-unienne que les célibataires devraient payer deux fois ce qui payent les couples, et ne pas avoir le droit de manger dans certains restos non plus. (« Mais Justin », me dites-vous, « vous détestez le mot ‘états-unien’. Que se passe-t-il ? » Ben oui, et je déteste les gens qui me prennent pour une piñata et veulent m’exclure comme ça.) À l’époque, je vous ai même montré cet exemple, de comment je suis barré du resto BOA Steakhouse à Santa Monica, car célibataire :

Je me cite pour l’expliquer :

À gauche, ça dit « Plus on est de fous, plus on rit : BOA exige 2+ personnes pour réserver une table ». À droite, même temps, même resto. Ils ne manquent pas de tables ; ils préfèrent juste les laisser vides qu’accepter des clients célibataires.

Pour info, j’ai vérifié, et ça reste le cas chez BOA. Mais Fleming’s, un concurrent de menu et de prix très similaire, fait tout autre chose cette année :

Capture d’écran

Le gros-titre dit « Réservez la Saint-Valentin 3 plats ». Le début de la phrase suivante a failli me faire une crise cardiaque. « Que vous leviez un verre soit à la romance soit à l’amitié soit juste à votre amour de la bonne nourriture et du bon vin… » Quoi ? Vous voulez me dire que pour la Saint-Valentin, je ne suis pas être obligé d’y aller en couple ? Mais ça continue : « Notre carte pour une personne met en vedette un filet et une queue de homard farcie au crabe… »

Désolé, mais quoi ? Vous voulez me dire non seulement que vous accepteriez une réservation de ma part, mais qu’il y a une carte spéciale en plus ? On est toujours aux États-Unis ? Non, pas les États-Unis mexicains, les autres. Au nord. SÉRIEUSEMENT ?

Dès que j’ai vu ce courriel, j’ai appelé un ami pour lui dire : « Je ne sais pas si je devrais pleurer de rires, car après 16 ans seul, je suis enfin accepté quelque part, ou pleurer car les restos sont évidemment sur le point de mourir. Mais il y aura des larmes en tout cas ! »

Il faut ajouter que je ne vais pas y aller. Ce menu coûte 108 $, et je ne dépense pas de telles sommes pour moi-même. Mais l’idée que ça existe tout court, c’est sincèrement choquant. Les choses doivent aller très mal pour que l’on pense à accueillir des clients célibataires. Je vais vous montrer une dernière preuve à cet égard :

Vous pouvez voir qu’il ne reste que deux places le 14 pour 1 personne, à 20h45 et à 21h. Mais nous ne sommes pas limités au bar ou à la terrasse — la capture d’écran à droit montre que je peux choisir la salle à manger, non seulement la terrasse !

Je ne sais même pas comment réagir. Tout ça me semble impossible. Je vous ai rappelé BOA pour vous montrer que ce n’est pas juste mon imagination, que les restos préféreraient laisser des tables vides plutôt que d’accepter un client célibataire. C’est sincèrement la première fois dans mes souvenirs — même avant mon mariage — où on fait de la publicité pour dire que les clients célibataires sont bienvenus. Si c’est vraiment où nous sommes, soit il n’y a plus assez de couples soit il n y a plus assez de personnes avec assez d’argent pour payer deux places.

Mais peut-être qu’il n’y a pas de crise. Peut-être que le resto veut juste sauver les femmes du Comté d’Orange des Dilbert du monde, dont moi :

C'est la BD Dilbert, qui montre l'ingénieur Dilbert et une femme à table en 3 cases. La traduction est dans l'article.

Dans la première case, Dilbert dit à la femme à table avec lui : « Personne ne veut prendre plus que la moitié de ce qui reste du dernier donut. » Dans la deuxième, il y a la chute de sa blague : « C’est pour ça que je l’appelle le donut de Zénon ! Hihi ! », référence à la paradoxe de Zénon, où on n’arrive jamais à parcourir toute une distance, car à chaque moment, il reste la moitié. Dans la dernière case, une serveuse dit « J’ai entendu un peu de ça. Tu veux changer en alcool fort ? » et madame répond « Dépêche-toi ! »

Mais nous étions tous là avant sans que ça n’arrive. Pour autant que je plaisante ici, si les restos n’ont plus envie de discriminer les célibataires, l’économie doit aller très, très mal, peu importe la raison.

Libellé

J’ai un épilogue malheureux pour mes recherches sur la mystérieuse sauterelle du gouverneur californien. D’une part, je suis peu enclin à l’aider quand les gros titres se moquent de lui, comme celui-ci :

Gros titre du New York Post qui dit en anglais : Gavin Newsom attacks Trump’s wildfire rebuild order in bizarre rant: ‘Piss on the grasshoppers to hear them sing’
Capture d’écran

En français, ça dit :

Gavin Newsom s’en prend à l’ordre de reconstruction des zones incendiées de Trump dans un discours décousu : « Pisser sur les sauterelles pour les entendre chanter. » [Traduction de Google ; je me sentais paresseux]

D’autre part, j’ai fait mes devoirs et je sais que c’est injuste à dire que c’était un « discours décousu », ou comme beaucoup d’internautes ont dit, un mensonge de sa part. Et je dois vous dire avant de continuer que ce type ne me rendrait JAMAIS le service — il a trompé son meilleur ami avec la femme de ce dernier quand il était maire de San Francisco et l’ami était le gérant de sa campagne pour un second mandat ! Mais je crois quand même à défendre la vérité, et la vérité est qu’il était maladroit mais pas menteur (cette fois).

Alors, même avant d’écrire mon post pour le blog, j’ai écrit un tweet avec une capture d’écran de ma découverte sur Wikipédia, et j’ai répondu à plusieurs comptes avec une copie dudit tweet. Par exemple, en réponse à cette expatriée française qui dit en anglais que « C’est probablement du dialecte de The French Laundry. Nous les autochtones français n’ont jamais entendu parler de cette plaisanterie. » :

Cependant, même deux jours plus tard, personne ne m’a répondu. Et je sais pourquoi. Pour me récompenser, j’ai reçu la notification suivante de Twitter :

Nous avons ajouté à votre compte un libellé temporaire susceptible d'impacter sa visibilité. En savoir plus ici.

J’ai donc cliqué sur ici pour en savoir plus. Voici l’explication :

Pourquoi mon compte comporte-t-il un libellé ?
La transparence est très importante sur X. C'est la raison pour laquelle nous vous informons que nous avons constaté que votre compte contient potentiellement des spams ou qu'il est impliqué dans d'autres formes de comportements inauthentiques. Il est interdit de se livrer à des comportements qui manipulent X ou impactent de manière artificielle la découverte et l'amplification des contenus.

Et en plus :

Qu'est-ce que cela signifie pour mon compte ?
La visibilité de votre compte peut être limitée et l'accès à son contenu peut aussi être temporairement restreint. Il peut, par exemple, être exclu des tendances, des réponses et des notifications de recommandations. Vous trouverez plus d'informations au sujet de cet impact temporaire sur votre compte ici. Nos systèmes automatisés font parfois des erreurs et nous travaillons à leur amélioration.

J’ai cliqué sur les liens internes visibles dans ces captures d’écran, et il s’avère que je ne peux rien contester, car mon compte n’a pas été suspendu.

Je suis déçu, car l’une de mes réponses était au journal d’où est venue la capture d’écran en haut. J’aurais aimé au moins l’expliquer au journaliste, même s’il n’y avait pas de correction. J’aurais aussi aimé le discuter avec les bilingues qui ont fait partie de ce fil — qu’ils acceptent mes recherches ou pas, j’aurais au moins aimé entendre leurs raisons. La seule personne qui m’a répondu du, avant que je n’ai posté les copies qui ont produit ce résultat, m’a dit qu’à son avis, M. Newsom se trompait de « pisser dans un violon ». Mais ça me semble peu probable, car il a aussi dit « chanter », et ça ne fait partie que de l’expression du Sud-Ouest, même s’il s’est trompé d’insecte.

À vrai dire, Twitter ne sert plus à rien de mon point de vue. Il n’y a eu que 144 clics pour visiter ce blog pendant tout 2025 venant de ce site-là. Je suis là pour ne pas perdre quelques connaissances. Mais évidemment, inutile de m’y engager, car il cache déjà tous mes posts qui partagent des liens, raison pour laquelle j’ai créé le compte !

Mais sincèrement, c’est dommage. Je croyais que j’avais quelque chose à ajouter à cette nouvelle.

Train à négligeable vitesse

Il va vous surprendre, car je chante les louanges de la SNCF ici de temps en temps, mais je suis amèrement contre tout effort de construire un système de TGV californien. Les raisons n’ont rien à voir avec la technologie et tout à voir avec la politique. Aujourd’hui, je vais vous raconter l’histoire tout à fait lamentable de la SNCF en Californie, une histoire qui n’est pas du tout de sa faute, complètement car le Californistan de l’Ouest est simplement impossible à supporter.

Train Coaster à Oceanside, Photo par Edwang2, CC BY-SA 4.0

Pendant presqu’une décennie, je prenais des trains pour faire le trajet entre San Diego, Irvine et Los Angeles. C’était une situation cauchemardesque. Le matin, je prenais des trains « Metrolink » d’Irvine à Oceanside, une banlieue de San Diego. À Oceanside, je devais changer de train au Coaster pour aller à mon bureau à San Diego — Metrolink étant le système de Los Angeles et d’Orange County, et le Coaster de San Diego. La nuit, pour les retours, je prenais le Coaster à une station différente, puis changeais de train pour prendre Amtrak, le système national. Pourquoi ne pas utiliser Metrolink ? Parce que l’horaire de Metrolink ne comprenait pas la nuit à l’époque, au moins pas allant vers Oceanside. Je vous dis ça pour que vous compreniez que le système était très dysfonctionnel.

Ce qui rend les trains encore moins efficaces en Californie, c’est qu’il n’y a qu’une voie unique partagée dans les deux sens le long de la côte. Les rails appartiennent aux sociétés de trains de marchandises, et ils ont acheté juste assez de propriété pour construire les voies. Même il y a 20 ans, c’était déjà impossible d’agrandir les voies car trop d’autres trucs ont été construits autour des rails. Metrolink, Coaster, Amtrak — tous louent les voies ferrées à ces autres entreprises, et doivent patienter quand un train de marchandises est sur la voie. Impossible d’utiliser les vieux rails pour un système TGV. Il faudrait construire de nouvelles lignes ferroviaires — sauf que c’est aussi impossible, car il y a déjà des rues et des autoroutes partout.

Mais les électeurs de l’État sont têtus, et personne ne peut leur expliquer rien, alors en 2008, ils ont voté pour adopter une loi (lien en anglais) qui dépenserait 10 milliards de dollars pour construire un TGV californien entre San Francisco et Los Angeles. C’était censé coûter 33 milliards au total et finir en 2020.

Ça fait 17 ans ; combien de gares sont servies, selon vous ?

Oh, mais c’est mignon ! Que ce soit gentil de votre part de penser que même une gare existe, même un kilomètre de rails ! Mais on a dépensé plus de 15 milliards (lien en anglais) à ce point, pour littéralement rien. On dit que ça coûtera 106 milliards pour l’achever.

« Mais Justin », me dites-vous, « quel rapport avec la SNCF ? » Ah, vous voyez, nous voulions au début que la SNCF prenne en charge ce projet. Mais à partir du début, nous avons montré que nous n’étions pas sérieux.

En 2010, nos députés ont décidé de punir la SNCF pour la Seconde Guerre mondiale :

Un projet de loi, présenté par le démocrate Bob Blumenfield, risque fort de lui mettre des bâtons dans les roues. Le député estime « normal que l’argent du contribuable aille uniquement à des entreprises prenant leurs responsabilités ».

Il demande aux sociétés de transport candidates de faire amende honorable sur leurs actes pendant la Guerre. « J’ai présenté ce texte de loi en pensant à deux survivants de l’Holocauste qui vivent dans ma circonscription de San Fernando. »

La SNCF rattrapée par son passé en Californie

À la fin, le gouverneur Schwarzenegger a refusé à adopter cette loi, mais dans les coulisses, la situation allait de pire en pire.

En 2012, la SNCF a proposé de construire une ligne ferroviaire entre LA et San Francisco en suivant l’autoroute I-5 — exactement celle que je vous ai montré pendant mes vacances de l’année dernière. Ça évite les problèmes de la côte que j’ai expliqués au début. En plus, la société avait même trouvé des investisseurs privés (lien en anglais). Mais la Californie a refusé parce que ce plan aurait sauté des villes sur la côte comme Santa Barbara et Santa Cruz. 14 ans plus tard, c’est bien évident que nous n’avions pas de meilleurs plans.

Mais ce que personne ne savait jusqu’en 2022, quand le New York Times a décidé que c’était enfin acceptable de commette un acte de journalisme sur les événements de 2012, c’était le vrai jugement de la SNCF sur la Californie. La bonne citation, traduit en français par L’Écho Touristique :

« Ils ont dit qu’ils partaient pour l’Afrique du Nord, qui était moins politiquement dysfonctionnelle. Ils sont allés au Maroc et les ont aidés à construire un système ferroviaire. Le train à grande vitesse marocain a été mis en service en 2018 » conclut le New York Times.

Californie : le fiasco du premier TGV américain

Alors vous voyez, c’est rien que la vérité — la Californie est en fait plus politiquement dysfonctionnelle que l’Afrique !

Le don de plaquettes, version 2026

C’est encore une fois le temps pour mon appel annuel pour donner des plaquettes. (Voici les appels de 2023, 2024, et 2025.) Puisque les abonnés sont grosso modo les mêmes que l’année dernière, je ferai une introduction plus courte.

Fin 2021, Sadie Winberg, une fille de 13 ans et nièce d’une copine de classe au lycée, a eu un accident vasculaire cérébral. Il s’est avéré qu’elle était atteinte de leucémie. Une collecte de sang a été planifié pour les traitements à venir, mais elle n’a même pas survécu jusqu’à fin janvier. J’étais horrifié par la mort d’une fille d’un an de plus que la mienne. Alors j’ai fait un don de plaquettes — essentiel pour tous les cancers — mais en même temps, j’ai décidé que ce serait une tâche annuelle.

Chaque année, ses parents organisent un concours en souvenir de Sadie. Voici l’affiche pour le concours qui a eu lieu le week-end dernier :

Affiche du concours "Because of Sadie 5km" (À cause de Sadie)

Mais égoïste que je suis, il est important pour moi qu’à chaque fois, tout tourne autour de moi. C’est pour ça que je porte toujours un t-shirt en français, souvent avec les paroles de Nos Célébrations, mais cette fois, mon t-shirt du chef Michel Dumas. Pire que ça, parce que j’aime l’attention, j’écoute toujours un playlist fait du concert Central Tour d’Indochine. Ne me croyez pas sur parole, voici deux captures d’écran :

Pas juste tout le concert, mais comme je l’aurais aimé, sans Punishment Park ou Christine and the Queens, et avec deux fois de plus de Nos Célébrations, Alice et June, Un été français et L’Aventurier. Je ne fais pas ça car je les aime, mais parce que les souvenirs d’être là me font pleurer, et puisqu’il ne faut pas bouger les bras pendant le don, tout le monde pense que je souffre pour le faire. Vous pouvez même presque voir la différence entre le moi du début et le moi de la fin :

En plus, à la fin tout le monde m’a posé des questions comme : « Pourquoi as-tu crié ‘Lyon’ plusieurs fois ? » (Car Nico le hurle dans Alice et June — voici le bon moment) et « Pourquoi est-ce que tu ne peux pas regarder un film et ne pas chanter, comme les autres ? » (Car je déteste Hollywood et vous n’avez pas de films français.) Il y a un risque que je plaisante dans les paragraphes précédents, mais à vous de décider quelles parties sont sincères. Non, à part ces deux questions, je fais ce que je fais car je veux que tout le monde attribue le mérite aux Français et me pose des questions sur la France. (Croyez-moi, à la fin, il y avait des questions sur Indochine !)

Alors, pourquoi les plaquettes et non le sang entier ? Parce que les cancers, mais surtout ceux du sang comme la leucémie, attaquent la moelle osseuse, qui produit les plaquettes. Les patients atteints de leucémie, les Sadie, ont donc besoin — et les plaquettes périment après 5 jours, alors il n’y en a jamais assez. Je donne aussi du sang entier au fil de l’année, et c’est facile — 20 minutes, pas 2 heures, avec une aiguille, pas deux. Mais c’est les plaquettes qui sont les plus importantes.

En France, vous avez l’Établissement français du sang. Cependant, il n’est pas le cas que toutes les maisons de dons peuvent prendre des dons de plaquettes. Voici la liste. Croiriez-vous que l’on accepte des dons de sang même à Aurillac ? C’est vrai, même si ça aurait étonné Belmondo dans Un singe en hiver. Voici l’examen pour vérifier si vous pouvez en donner. Merci de votre attention ; c’est vraiment ma cause préférée.

Deux pépites

J’ai passé tout le soir (le mot « soirée » ne s’applique pas chez moi, de peur que l’on ne me prenne pour quelqu’un qui fait la fête) en traduisant les recettes de mon livre. Je mens parfois dans tel ou tel post que « je ne regrette rien » ([HA ! Il y a même une statue officielle pour ses regrets au Jardin des Tuileries ! — M. Descarottes]), mais une chose que je regrette certainement, c’est de ne pas avoir gardé des mesures en unités nord-américaines au fil du Tour. Traduire tous les « grammes » et « millilitres » en « onces » et « tasses », c’est du boulot. Surtout car on mesure beaucoup de choses en volume, non en poids.

Je n’ai donc rien préparé. Heureusement pour moi, je garde toujours des pépites pour ces situations. En voici deux :

D’abord, le français a bien gâché ma compréhension de l’anglais. (Les bêtises de mes compatriotes aussi, mais laissez tomber. Ceci, c’est de votre faute.) Il y a une marque de pommes devenue très populaire pendant les 18 derniers mois. Vous verrez ce paquet exactement comme je le vois :

C'est un sac plié, qui semble dire "SMIC Crisp"

Que diable ? Quel cinglé a nommé un genre de pommes d’après le SMIC ? Mais je suis récemment passé par des cartons chez Costco qui expliquent mon erreur :

C'est un carton géant qui dit "COSMIC Crisp"

Ce n’est pas « SMIC », mais « COSMIC » ; c’est-à-dire « cosmique » (« crisp » se traduit par « croquant » ou « croustillant »). J’en ai assez de tous les nouvelles variétés de pommes avec des noms trop publicitaires : Honeycrisp (littéralement, Mielcroquant), SugarBee (SucreAbeille), et ainsi de suite. Balivernes ! Vendez-moi la pomme et je déciderai pour moi-même si je l’aime.

L’autre chose, c’est que je vous reconnais coupable de nous vendre de la malbouffe. Voici autre chose chez Costco :

« Mais Justin », me dites-vous, « Delici est une marque belge, rien à voir avec nous. » Pas si vite. Le carton dit en bon français à droite : « Made in France », exactement comme se trouvait anciennement sur le site de l’Élysée :

Ça dit en partie : « Boule à neige, mug en porcelaine, peluche ou marinière, encouragez le 100% made in France et « en même temps » participez à la sauvegarde du patrimoine de l’Élysée. »
Capture d’écran de l’Archive d’Internet

Mais le carton dit aussi : « Fabriqué en France ». Et que se trouve-t-il dans ces pots ? « S’mores soufflé », un dessert fait « à la crème de guimauve et aux miettes de Graham crackers », pour traduire l’inscription sur le carton. Disons que le premier ingrédient est hyper-artificiel, et quant aux Graham crackers, je ne les donnerais pas à manger aux prisonniers. Comme dit Wikipédia en français :

Le révérend presbytérien Sylvester Graham recommandait par ailleurs des aliments fades, non épicés et peu gras, comme remède aux « pulsions charnelles » qui éloignaient les hommes du Christ… Les biscuits Graham devaient ainsi participer à éloigner les jeunes des « périls de la débauche », comme la masturbation.

Biscuit Graham

Je n’aime pas les Speculoos, mais je mangerais une tonne de Biscoff avant une boîte de ces trucs. Tout ça pour dire : je note que Delici me mentionne pas ce produit sur sa liste de produits en français. Je crois donc que c’est produit juste pour le marché américain.

J’avoue, je pense parfois à acheter ce dernier truc. Au nom de critiquer un produit fabriqué en France et de soutenir l’économie française, vous comprenez. Mais je ne sais pas ce qui me fait le plus peur : que je ne l’aime pas — ou que je l’aime !

Assemblée Générale 2026

Je sais à quoi vous vous attendez le dimanche, mais je vous rappelle qu’il n’y avait que 35 numéros de Dimanche avec Marcel l’année dernière, malgré que le fait que ça a commencé début janvier. Vu l’importance de cet événement pour moi, vous pouvez attendre un peu — vous aurez Mar-cel-di d’ici deux jours. On va terminer ENFIN « À l’ombre jaune des jeunes filles en fleurs ». Samedi soir a vu l’Assemblée générale de l’OCA et des choses que j’ai hâte de raconter.

La journée n’est pas bien allée avant l’Assemblée. Je savais qu’il me faudrait environ 3 heures pour tout préparer. Mais La Fille m’avait demandé d’aller dans un centre commercial avec ses amies. Je ne savais pas que nous serions là pendant presque 4 heures ! Et j’avais pris un rendez-vous pour elle chez le coiffeur à 16h en plus. Heureusement que j’ai eu les deux heures les plus productives de ma vie en cuisine entre les deux.

J’ai choisi de faire de la ficelle picarde, connu aux amateurs du Tour comme Mon dîner axonais. Mais je voulais faire assez pour 16 personnes cette fois, pas 4 ou 8 comme dans la recette originale. Alors que mes crêpes cuisinait, j’ai coupé mes légumes — j’aurais été perdu sans l’appli Horloge de mon portable !

Alors, voici un aperçu de mes crêpes :

Mais c’est les légumes et le poulet qui étaient le vrai travail. J’ai acheté 6 échalotes, et couper et faire cuire le tout, c’était du travail :

Et si vous aimez ça, j’ai dû acheter 900 grammes de champignons de Paris — il m’a fallu 4 assiettes et deux poêles pour les couper, puis les faire cuire !

J’ai dû finir la tache après le rendez-vous chez le coiffeur. J’ai gardé les duxelles — le mélange de champignons et d’échalotes dans un gros saladier, et j’ai fait cuire le poulet en revenant à la maison :

Puis je pouvais augmenter les duxelles avec de la « sour cream », la version américaine de la crème fraiche :

Le saviez-vous ? On peut râper du fromage très vite dans un robot cuisinier, tant qu’il ne vous dérange pas d’avoir quelques gros morceaux à la fin, qui ne passent pas par le disque :

Avec ça, je suis finalement passé au montage :

En fait, j’ai mis les 5 dernières dans un deuxième plat rectangulaire, du Creuset.

Je sais, vous voulez voir la découpe. J’ai réussi à avoir mon propre plat :

Découpe de la ficelle picarde -- la crêpe, les duxelles et le poulet sont tous là

Mais voici toute l’assiette. Certains autres ont du talent ! Les lentilles étaient très similaire à notre recette de lentilles du Puy. C’est du coq au vin en haut à gauche — c’était super. La purée de pommes de terre au centre ? Une merveille.

Mais en haut de la photo, il y a un petit truc d’américain que vous ne reconnaissez certainement pas, à moins que vous n’étiez passé du temps aux États-Unis. C’est une amuse-bouche dite « pig in a blanket » (cochon sous sa couverture). J’ai pris deux photos de proche pour vous amuser :

C’est un petit hot-dog, emballé dans de la pâte brisée ou de la pâte feuilletée — cette fois, c’est la pâte brisée. Vous voyez ? On a bel et bien adapté des techniques bien françaises ! On dirait que c’est notre idée d’un saucisson brioché.

Maintenant, j’ai une surprise à partager. Nous avons eu un invité très spécial, M. Dimitri Demianenko, Consul-Adjoint à Los Angeles. D’habitude, je ne publie pas de photos de personnes, mais vu qu’il est fonctionnaire dans son rôle officiel ici, je crois que ça ne pose pas de problèmes :

Il nous a rappelé que cette année fait le 250e anniversaire des efforts de la France pour aider la Révolution américaine, ainsi que le 140e anniversaire de La Liberté éclairant le monde à New York. J’avais espéré lui parler, mais il me semblait que je n’aurais pas l’opportunité. Puis il a pris une photo avec le bureau, dont moi, et j’ai eu ma chance.

C’est ici où vous dites : « Mais c’est Justin à un événement social. Où sont les plaintes ? » Super, merci de me connaître si bien !

J’étais ravi de me présenter, mais dès qu’il a entendu mon accent, il a changé en anglais. J’ai du interrompre — je ne suis pas très malin, interrompant un fonctionnaire comme ça — pour dire « Pas besoin, je parle français. » Comme M. de Norpois avec le narrateur, il a posé des questions sur moi — voilà, c’est un peu Dimanche avec Marcel après tout. Il m’a demandé si je suis déjà allé en France. Alors maintenant le gouvernement est au courant de mon aller-retour pour voir Indochine ! Puis, il a posé la question, celle qui m’énerve la plus.

Dans mon livre j’ai écrit :

 Beaucoup de monde me demandent si je cherchais une relation amoureuse, ou si j’en avais déjà avec une Française. C’est quelque chose qui me met toujours mal à l’aise. J’avoue, c’est très inhabituel pour quelqu’un comme moi de rejoindre un tel groupe, sans liens déjà forgés ailleurs.

Alors oui, ça fait deux années de suite avec cette question. Dis-donc (il m’a tutoyé), si j’avais déjà un chemin vers un titre de séjour, penses-tu que je me soucierais de faire la connaissance d’un fonctionnaire ?

Ben, je plaisante. Grosso modo. Mais je l’ai surpris un peu en lui disant qu’à mon avis, les Français sont les gens les plus accueillants au monde. J’ai l’impression qu’il n’entend pas ça trop souvent des Américains !

Autre plainte ? C’était le mari allemand d’un membre assis à côté de moi. Soit il a lu ce blog, soit c’est juste comment se comportent ces gens !

Bon, une dernière chose. J’ai rencontré l’une des bénévoles qui m’a aidé à corriger le livre, quelqu’un qui a fait ça sans jamais me rencontrer. J’ai eu l’opportunité de la remercier. Peut-être que M. le consul ne l’entend pas souvent, mais c’est un bon rappel de pourquoi je dis ce que je dis sur la France !

Ici et là

Ce soir, je serai à l’Assemblée Générale de l’OCA, où à moins qu’il y ait une mauvaise surprise, je serai élu pour une autre année comme éditeur de La Dépêche, notre bulletin. Puisque la formule est toujours ce que l’on appelle un « potluck » en anglais — un mot inconnu pour mon dictionnaire bilingue — tout le monde, dont moi, doit apporter un plat salé pour le dîner. Les potlucks ne sont pas définis par les plats salés, seulement le fait que tout le monde est obligé d’apporter quelque chose. Pour ma part, je vais apprendre encore un autre plat du Tour, cette fois, de la ficelle picarde. Je n’ai appris qu’après la fin du Tour que ce plat ne date qu’au XXe siècle, et les années 50 en plus. Tant pis côté traditionnel, mais ça reste l’un de mes préférés.

Ça va coûter cher. 11 $ de viande, 10 $ de champignons, 5 $ pour le fromage, 5 $ pour la « sour cream » (l’ingrédient le plus proche de la crème fraîche ici, mais pas identique), 3 $ pour le lait, 3 $ pour les échalotes — à ne pas mentionner le lait et les œufs déjà sous la main. Et je sais qu’il y aura ceux qui n’apportent qu’une baguette de 5 $ de chez Ralphs. Mais je me sens hyper-sensible après l’accueil des brownies ces deux derniers mois, alors ça doit être franchouillard et du travail.

Passons aux Grosses Têtes d’hier. J’ai eu un bon 15 minutes en PLS entre une question et l’invité musical. D’abord, la question, qui commence à 1:13:20 au lien. Il s’agissait d’un ministre britannique du XIXe siècle, Robert Peel. J’ai commencé à écouter juste après le moment où M. Ruquier avait mentionné que l’on parlait d’un britannique, alors j’étais persuadé qu’il s’agissait d’un ministre français. Et j’avais certainement étudié M. Peel au lycée, mais puisque j’ai raté le début de la question, j’ai décidé qu’il devait être quelqu’un qui écrivait son nom de famille Pills, comme le chanteur Jacques Pills. M. Peel a donné son nom à quelque chose, la réponse cherchée par M. Ruquier. Si on m’avait posé la question en anglais, j’aurais tout de suite répondu : « La police de Londre, qui se surnomment les « bobbies », « Bobby » étant un surnom pour les Robert. » Mais puisque je me trompais du nom, je ne l’ai pas eu avant Franck Ferrand à 1:15:00.

Il s’est avéré que M. Ruquier voulait poser une question qui évoquerait l’anglais car l’invité portait un nom anglais. Enfin, de l’anglais à la sauce française, car je vous rassure, tout le monde réagirait au nom de même façon que moi ! Je parle de Lilly Wood and the Prick, qui ont été présentés à 1:15:40 au lien.

Lilly Wood and the Prick, Photo par Nicolas Esposito, CC BY 2.0

Comment puis-je expliquer le problème ? « Lilly Wood » pourrait bel et bien être le nom d’une femme américaine ou britannique. J’avais du mal à comprendre le dernier mot, car M. Ruquier le prononçait comme s’il s’écrivait « Preak », ce qui ne signifie rien. Mais j’ai recherché les paroles que j’ai entendues, et ça m’a amené à « prick ».

Ça peut vouloir dire piqûre, soit comme pour un vaccin soit venant d’une abeille. Mais c’est également de l’argot pour… euh… le sexe masculin. OMD, je n’arrive toujours pas à le croire !

Quant à la chanson, Swear (lien aux paroles), de leur nouvel album Christina, c’était pas mal comme musique — mais sa prononciation de l’anglais n’était pas très bien. J’ai entendu « the pressure’s on » (la pression se mit) comme « the precious oil » (l’huile précieuse), et « the wrong to your right » (le mal par rapport à ton bien) comme « the road to your right » (la rue à ta droite). J’ai écouté d’autres chansons plus tard, et j’en conclus qu’elle est plutôt douée quand elle utilise un accent américain, mais presque incompréhensible quand elle utilise un accent britannique. (J’approuve quand même son message, « Nous ne reviendrons jamais en Californie ».

Apres, il y avait une publicité pour Cdiscount que je regrette de ne pas avoir enregistré. On a dit quelque chose comme « c’est un air fryer, mais on le dit en français ». J’ai complètement raté le mot duquel ils parlaient ! J’aimerais tellement que les publicités fassent partie de la version podcast des émissions, car elles sont souvent intéressantes !

Dernière chose — je vous ai dit que j’ai repris Duolingo pour aider une amie. Hier, je crois que l’appli m’a trompé, mais je poserai la question. Voici une bonne réponse selon le hibou vert :

La phrase est « Heureusement que Maman n'a rien vu ! »

Je croyais qu’après une expression émotionnelle — je suis heureux/content/ennuyé que… — on utilisait le subjonctif. Mais c’est bien l’indicatif ici, après « heureusement que ». Duolingo utilise de l’IA pour créer tous les exemples de nos jours, alors je ne sais pas — est-ce correct ?

Regardez, je pose de telles questions, pourtant je me crois capable d’écrire un bulletin bimensuel en français. L’audace !

Les sons qui me manqueront

Je n’en parle pas souvent, mais je crois que vous savez tous qu’il n’y aucun son que j’aime autant que celui de la SNCF :

Je l’aime tant que je l’ai installé comme le son de mes SMS, et j’ai écrit un tutoriel sur comment l’installer sur les iPhones. Ça fait 3 ans depuis ce temps-là, et à ce point plus personne n’est surpris quand je reçois un texto aux événements de l’OCA, car tout le monde le sait — ce n’est pas un train, c’est Justin.

Gare Saint-Lazare par Claude Monet, Photo par Sailko, CC BY 3.0

Alors, j’étais tout sauf content d’entendre la nouvelle cette semaine que la SNCF abandonnerai ce son, d’ici mi-2026. Je l’ai probablement déjà entendu en live pour la dernière fois. Vous croyez probablement que je taquine, et c’est ma faute à moi pour avoir travaillé dur pour gagner la réputation, mais j’ai pleuré en regardant cette nouvelle :

Mais la nouvelle, c’est encore pire que ça. Le son des métros parisiens, les 5 notes à la guitare, disparaîtra en plus !

Ça fait mal au cœur — ce sont la bande-sonore de ma France !

Je suis bien d’accord avec le clip d’Instagram, qui disent que les critiques pensent que le nouvel son pour les deux ressemble à Windows XP. Voilà :

Et pour mettre mes cartes sur la table, j’étais un utilisateur d’OS/2 quand tout le monde adoptait Windows 95, et nous avions ceci :

Alors, mon problème n’a rien à voir avec le vibraphone ou le marimba. C’est entièrement car vous aviez les sons parfaits pour les transports… et je ne vais plus jamais les entendre aux gares.

D’accord, il y en a probablement pour me dire : « Et vous, Justin, vous vous souciez de nous, pour qui le son des années 90 nous manque ? » :

Ouais, c’est pas mal, mais à ces gens, je dirais : « Allez, écrivez votre propre blog pour vous en plaindre ! Cette plainte est la mienne ! »

J’ai au moins trouvé une ressource inestimable en préparant ce billet. C’est la chaîne YouTube Transports Sonores, avec à peu près 300 enregistrements. Vous pouvez y entendre des joyaux comme cette annonce du RATP pour le Réveillon du Nouvel An en 5 langues : français, anglais, espagnol, allemand et italien !

Alors, vous savez qui sera aussi déçu que moi ? L’ancien membre de Pink Floyd, David Gilmour, qui a fait une chanson du son de la SNCF. Ne me croyez pas sur parole ; voici un reportage sur le sujet :

Et le produit final (voici les paroles, avec traduction) :

Vous voyez ? Ce n’est pas juste moi qui adore ces sons !

Anaïs et Samantha

La plupart du temps, je suis ravi de ne plus être un utilisateur actif du site Quora. Mais de temps en temps, ses courriels me mènent toujours à des histoires intéressantes, et celle-ci est passionnante.

Selon le post que j’ai lu (lien en anglais), l’histoire a commencé en 2012, quand une élève à la fac, Anaïs Bordier, regardait des vidéos sur YouTube, quand elle s’est dit « L’américaine dans ce clip me ressemble parfaitement. » Alors, elle a vérifié la date de naissance de l’actrice, et quelle surprise — c’était la même que la sienne ! Et en plus, malgré le fait que l’une est américaine et l’autre est française, les deux sont nées à Busan en Corée du Sud.

Évidemment, il s’agit de deux filles adoptées par d’autres personnes. Mais quand on creuse un peu plus profondément, c’est absolument dingue que les deux se soient retrouvées.

Wikipedia nous dit que la vidéo en question s’appelle « High School Virgin » (Puceau lycéen), tourné par un utilisateur (inactif de nos jours) dit « Kevjumba ». Il n’était pas difficile de la trouver :

Le compte est pourtant un remplacement pour l’original, alors impossible de savoir combien de personnes l’a vu. Mais c’est certainement le clip d’un amateur, non une production professionnelle. Ça dit, selon Wikipedia en anglais, en mai 2008, il était dans le top 5 de créateurs sur YouTube — avec 187 milliers d’abonnés. On oublie que ce n’était que le début, et les chiffres n’étaient pas du tout comme maintenant. Mais ça suffisait certainement pour lui d’être en tête des listes et recommandé aux utilisateurs.

Et il s’avère qu’Anaïs était déjà capable en anglais. Son compte Instagram date jusqu’en avril 2012, et le deuxième post a une légende en anglais. Elle habitait à Londres à l’époque, car elle était là pour faire des études. En mai de cette même année, les deux se sont rencontrées en personne à Londres, et Wikipedia nous dit qu’elles avaient déjà appris que l’ADN correspondait parfaitement.

En 2015, il y avait un documentaire, Twinsters, tourné par le mari de Samantha,, qui est passé à la télé américaine — mais inaperçu pour moi car je n’ai jamais regardé la bonne chaîne. Ça fait 1 heure et demi et je n’ai pas tout regardé, mais les 5 premières minutes sont un truc de folie :

Les deux ont fait une visioconférence sur Skype, et rien qu’en regardant une capture d’écran, c’est bien évident — pour ce qui ça vaut, c’est Samantha à gauche et Anaïs à droite :

Capture d'écran des deux sœurs ; l'écran est divisé en deux. À gauche, Samantha est plus proche de la caméra , et son front est coupé en haut. À droite, Anaïs est plus loin, et on voit sa tête entière.
Capture d’écran de Twinsters

En regardant le début du documentaire, il s’avère que le sommaire sur Quora est un peu trompeur. En fait, c’était un ami d’Anaïs — aussi un Français bilingue — qui avait vu le clip, puis lui l’avait envoyé à cause des similarités.

Mais il m’étonne que les deux se soient rencontrées. Il n’y a aucune preuve que Samantha a jamais appris le français. Si Anaïs n’avait pas appris l’anglais, ne s’intéressait pas à s’expatrier à Londres, et n’avait pas d’autres amis bilingues, cette histoire n’arriverait pas. C’est toute une série de coïncidences incroyables !

Il y a un épilogue intéressant. 10 ans le premier documentaire, les deux ont tourné une suite de 30 minutes pour YouTube. Là, l’accent d’Anaïs a changé de façon dramatique. Dans le documentaire original, elle sonne très britannique, mais avec certains indices qui me disent qu’elle est francophone de naissance. Dans la suite, elle sonne presque américaine — il y a toujours des tics avec les voyelles, mais son accent me rappelle fortement les voix des asiatiques nés aux États-Unis à des parents immigrants. J’imagine que les deux ont beaucoup parlé pendant la décennie entre les deux !