Saison 4, Épisode 39 — Adieu Brigitte et 2025

C’est le dernier épisode de l’année, mais il faut évidemment commencer avec la triste nouvelle d’hier — Brigitte Bardot nous à quittés. Pas comme beaucoup de monde, le seul film d’elle que j’ai vu, c’est son premier rôle, Le trou normand, un film que j’ai principalement vu à cause de Bourvil. Cependant, même si on n’a jamais rien vu de son côté, c’est absolument impossible de ne pas la connaître, partout au monde. C’est elle qui a donné le nom à une classique de la pâtisserie française, la tarte tropézienne, pendant son séjour dans la ville pour tourner Et Dieu… créa la femme. Plus tard, elle sera connue pour sa défense passionnée des droits des animaux. Reposez en paix, Madame Bardot.

Cet épisode marque une étape que j’espère n’aura plus jamais lieu dans l’histoire de cette balado, à partir de la semaine prochaine. C’est la première fois où j’ai enregistré et monté l’épisode en étant presque complètement sourd de l’oreille gauche. Mon médecin me rassure que le problème ne durera pas — il s’agit d’un blocage à cause d’une infection — mais je ne peux absolument rien entendre de ce côté depuis 4 jours. Avec mon casque audio, si j’enlève le côté droit, je peux entendre juste un peu, mais le volume est si bas par rapport à l’autre côté que ça ne sert à rien.

Il y a trois articles cette semaine, pour la première fois depuis plusieurs mois, car je voulais finir avec un épisode dont la durée était plus proche de mes 22 minutes souhaitées. Aussi, je ne voulais pas lâcher l’histoire de notre tradition familiale.

Je veux que vous sachiez quel genre de personne est La Fille. Peut-être que vous vous souvenez du chaos autour de mon anniversaire, qui avait lieu pendant une semaine autrement chez sa mère. Elle n’a pas eu le temps pour faire des achats cette fois-là, et pas avant Noël non plus. Alors samedi, elle m’a demandé de l’amener chez Target pour faire quelque chose, mais que je ne le recevrais pas jusqu’à deux semaines plus tard.

J’ai tout de suite deviné qu’elle allait acheter une carte cadeau Nintendo pour m’acheter un Alarmo (lien en français), car elle n’a pas de carte de crédit. Je lui ai dit de ne pas faire ça, car c’est beaucoup trop cher, même si elle sait que c’est ce dont j’ai vraiment envie. Elle était choquée que j’aie deviné son plan, mais toute autre chose aurait été prête le même jour. Alors, au lieu de ça, elle m’a acheté quelques petites choses de l’univers Nintendo :

De gauche à droite : une poupée Maskass, une veilleuse en forme de Bloc ?, des chaussettes Mario

Elle se sentait énormément coupable de ne pas avoir eu le temps pour faire des achats, même si je ne m’en plaignais pas du tout.

Vraiment, je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter une telle fille.

Nous étions chez Lucille’s BBQ samedi soir, et j’y ai vu la voiture la plus prête pour les fêtes de Noël de tous les temps :

C'est une voiture complètement recouverte en fils de lumières de Noël -- principalement violettes, bleues, rouges et vertes, mais aussi quelques jaunes.

Notre blague traite d’un bar. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Walmart, Whisky et Âge.

Sur le blog, il y a aussi La visite du Père Nougat, ma dernière visite chez Surfas de l’année, La bûche « Truffe framboise », notre bûche de Noël et Ici et là, la dernière entrée dans cette série de nouvelles personnelles.

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Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec Elstir

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 30 pages.

Notre héros, enfin debout après sa nuit d’ivresse, fait l’enquête parmi les clients de l’hôtel sur les identités des filles qu’il avait vues à la plage. Personne ne sait rien. Il lui semble :

Qui eût pu connaître maintenant en elles, à peine mais déjà sorties d’un âge où on change si complètement, telle masse amorphe et délicieuse…

Personne ne sait rien pour la même raison que l’on ne trahit pas des innocents à Jeffrey Dahmer !

Pendant un autre dîner à Rivebelle avec Saint-Loup, le narrateur aperçoit un artiste, une connaissance de Swann, qu’il ne reconnaît vraiment pas, mais qui attire son attention.

Un soir que nous demandions au patron qui était ce dîneur obscur, isolé et retardataire : « Comment, vous ne connaissez pas le célèbre peintre Elstir ? » nous dit-il.

Naturellement, nos deux arrivistes doivent en profiter :

Mais attardés à un âge où l’enthousiasme ne peut rester silencieux… nous écrivîmes une lettre signée de nos noms, où nous dévoilions à Elstir dans les deux dîneurs assis à quelques pas de lui deux amateurs passionnés de son talent, deux amis de son grand ami Swann, et où nous demandions à lui présenter nos hommages.

Je me souviens aussi d’une époque quand on passait des notes par des intermédiaires à d’autres personnes dont on avait envie de les flatter. Ça s’appelle les années lycéennes. Bravo, les gars.

Cependant, contre toute attente, ça marche :

Il ne m’en demanda pas moins d’aller le voir à son atelier de Balbec, invitation qu’il n’adressa pas à Saint-Loup

Encore une fois, le narrateur a cette idée curieuse où il faut renoncer exactement aux gens autour de soi qui l’aiment :

Peut-être alors vécut-il seul, non par indifférence, mais par amour des autres, et, comme j’avais renoncé à Gilberte pour lui réapparaître un jour sous des couleurs plus aimables, destinait-il son œuvre à certains, comme un retour vers eux, où sans le revoir lui-même, on l’aimerait, on l’admirerait, on s’entretiendrait de lui…

Je ne sais pas ; je pensais avant de lire Proust que si on aimait un autre, on faisait des efforts pour le garder proche. Mais c’est dans ce contexte qu’il reprend la chasse aux Mademoiselles Simonet, sans avoir la moindre idée de qui il parle. Sérieusement.

je n’eus jamais la certitude absolue qu’aucune d’elles — même celle qui de toutes lui ressemblait le plus, la jeune fille à la bicyclette — fût bien celle que j’avais vue ce soir-là au bout de la plage, au coin de la rue…

À partir de cet après-midi-là, moi, qui les jours précédents avais surtout pensé à la grande, ce fut celle aux clubs de golf, présumée être Mlle Simonet, qui recommença à me préoccuper…

Mais c’est peut-être encore celle au teint de géranium, aux yeux verts, que j’aurais le plus désiré connaître.

La réunion des amis de Stephen Stills recommencera bientôt.

Dois-je vous dire qu’encore une fois, il va sacrifier quelque chose d’important pour chasser aux jupes ? Nan, il le fera pour moi !

Ma grand’mère, à qui j’avais raconté mon entrevue avec Elstir et qui se réjouissait de tout le profit intellectuel que je pouvais tirer de son amitié, trouvait absurde et peu gentil que je ne fusse pas encore allé lui faire une visite. Mais je ne pensais qu’à la petite bande…

De toute façon, vous souvenez-vous qu’il vient de mentionner « celle aux clubs de golf » ? Quelle surprise, ses nouveaux loisirs :

Ma grand’mère me témoignait, parce que maintenant je m’intéressais extrêmement au golf et au tennis et laissais échapper l’occasion de regarder travailler et entendre discourir un artiste qu’elle savait des plus grands, un mépris qui me semblait procéder de vues un peu étroites.

Bravo, la grand-mère ! Elle a du sens. Et puisqu’il écoute toujours la dernière personne à qui il parlait :

Je dus finir par obéir à ma grand’mère avec d’autant plus d’ennui qu’Elstir habitait assez loin de la digue

Proust parle de ses tableaux de « le port de Carquethuit » et « les églises de Criquebec », et il semble que ces lieux n’existent pas. Tant mieux pour décrire en détail toutes les couleurs des eaux, de comment :

le peintre avait su habituer les yeux à ne pas reconnaître de frontière fixe, de démarcation absolue, entre la terre et l’océan.

Je ne sais rien des inspirations derrière le personnage d’Elstir, mais entre le manque de « frontière fixe », le milieu vaguement normand de Balbec, et son commentaire que :

l’effort d’Elstir de ne pas exposer les choses telles qu’il savait qu’elles étaient, mais selon ces illusions optiques dont notre vision première est faite, l’avait précisément amené à mettre en lumière certaines de ces lois de perspective

j’imagine que le tout est un argument pour l’impressionnisme de Monet et son cercle.

La visite au studio termine sur quelques pages de conversation entre le narrateur et Elstir sur les qualités artistiques de représentations du Jugement dernier dans les statues de plusieurs églises. Ça montre qu’Elstir est beaucoup plus d’un érudit que d’autres personnages que nous avons rencontrés au fil de ces livres (toux… Bergotte… toux), mais ce qui nous attend la prochaine fois, c’est qu’en sortant du studio, Mlle Simonet atteint enfin un prénom, un que nous avons déjà croisé il y a des mois. C’est peut-être la nièce des Bontemps, les amis de Mme Swann.

Albertine.

Ici et là

J’espérais publier la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata pour l’année aujourd’hui, mais ça prend une sacrée quantité de temps. Au lieu de ça, quelques anecdotes personnelles :

La Fille et moi sommes allés à South Coast Plaza hier pour les soldes après-Noël. Apparemment, je n’ai rien appris de l’après-Halloween cette année, mais un exemple servira pour illustrer La vita nuova, comme disait Dante. (Il faut comprendre, le choix de références, c’est soit ça soit Inferno. Je suis de mauvais humeur.)

Pendant des décennies, l’une de mes habitudes est d’aller aux soldes de la marque Harry & David, fournisseur de fruits et de bonbons. Les prix des produits de cette entreprise sont follement chers, mais tout le monde sait qu’après Noël, tout se vend pour -50 %. Et le produit que La Fille et moi aimons le plus, c’est un mélange de fruits recouverts de chocolat : des myrtilles, des cerises et des abricots. Au fil des années, le prix a augmenté, bien sûr, mais même il y deux ans, 1 livre de ce mélange coûtait 15 $ avant Noël, et 7,50 $ après. C’était toujours vendu dans un sac en plastique. Mais à vrai dire, dès que j’ai vu cette pancarte chez Macy’s, j’ai su que rien n’allait pas aller comme d’habitude :

Ça dit que pour les fruits secs et bretzels, c’est 1 achète, 1 moins 50 %. C’est une chute pour la remise.

Voici notre achat cette année :

Boîte verte de la marque Harry & David avec un haut en plastique pour voir les fruits là-dedans : deux genres de cerises, des myrtilles et des abricots, tous recouverts de chocolat.

C’est les mêmes fruits, et un peu plus que 1 livre — 18 onces au lieu des 16 dans un livre. Et le prix ? Oh, moins 50 %, rien à craindre — sauf que le prix sans solde est désormais 40 $ ! Alors nous avons payé 20 $ pour ce qui aurait coûté 7,50 $ au passé. ([Mais non, car le poids a augmenté, ingrat. — M. Descarottes])

Félicitations, vous avez vu la dernière boîte de ces bonbons de ma vie. Je ne voulais pas quitter le magasin sans acheter quelque chose, car le trajet est beaucoup plus long de notre nouvel appartement. Mais si j’avais su, nous ne serions pas allés au centre commercial.

D’accord, vu l’augmentation du prix de chocolat, je m’attendais à une hausse. Mais de peut-être 20 %, pas de doubler. Les cerises de la marque Marich sont également bonnes et ne coûtent que 24 $ le livre.

J’ai une bonne nouvelle sur autre chose. Il y a deux semaines, je vous ai dit que je suis tombé dans mon appartement à cause d’un médicament. J’ai cessé de le prendre jusqu’à mon prochain rendez-vous. Le 24, j’étais chez le cardiologue, qui l’avait ordonné. Il a dû avouer que ma tension artérielle était bonne sans le médicament — exactement ma plainte il y a 9 mois — et il a coupé la dose. Je sais déjà que je peux en prendre moins sans problèmes. C’est un grand soulagement — je n’aime pas ignorer les conseils des docteurs, mais il n’y a aucune raison pour laquelle je devrais avoir ce problème à mon âge !

Vous n’avez aucune idée du point auquel cette année était un cauchemar à cause de ce fichu cachet. J’étais fatigué et pris de vertige tous les jours avec le truc.

Voulez-vous entendre quelque chose de vraiment bête pour finir ? Je suis à moitié fini avec la traduction de mon livre. Mais j’ai trouvé une erreur si stupide là-dedans, envoyée à toutes les maisons d’édition, que moi, je ne lirais plus à leur place. J’ai écrit :

 Les Français croient, pas sans raison, que les Américains ont une relation malsaine avec ces boissons, vu qu’il nous faut attendre nos 18 ans pour en prendre légalement.

Mais c’est faux ! L’âge est 21 ans — 18 est uniquement pour voter et servir dans l’armée ! Comment est-ce que je pouvais faire une si bête erreur ?

([Plutôt facilement. — M. Descarottes])

La tradition

Je ne sais pas vous, cher lecteur, mais parfois, après des heures debout en cuisine avant Noël, je suis épuisé. (Et au cas où ce ne serait pas clair, je pense à Jours d’humeur.) Alors, plutôt qu’avoir grand-chose aujourd’hui, juste l’histoire d’une tradition de Noël.

Notre tradition familiale date des 3 ans de La Fille. Nous étions à South Coast Plaza, le grand centre commercial de notre région (voici mon tour en français), elle a vu Santa Claus là pour des photos avec les enfants, et elle m’a dit « Je veux que le Père Noël me serre dans ses bras. » (En anglais. Soyons raisonnables.) Elle ne voulait rien demander, juste ça. J’ai les photos, mais comme vous savez, je suis interdit par sa mère de publier des photos d’elle en ligne. Mais j’étais presque déçu qu’elle ne voulait rien, alors je lui ai dit « Tu sais quoi ? Quand un enfant est vraiment sage, le Père Noël lui donne un chocolat énorme. »

La veille de cette ce Noël-là, nous avons fait des brownies, et en a laissé deux sur une petite assiette avec un verre de lait. Voici le moule :

C'est un moule jetable en aluminium avec des brownies, recouverts avec des pépites de chocolat partout.

Le matin de Noël, je l’ai réveillée et elle m’a demandé, « Peut-on voir si le Père Noël nous a apporté un cadeau ? » Quand elle a vu une assiette avec juste quelques miettes, ainsi qu’un cadeau emballé, elle a dit « Le Père Noël l’a adoré ! » Voici le cadeau :

Carton d'un Hershey Kiss de 200 grammes, visible car un côté est en plastique translucide.

C’est un Hershey’s Kiss géant de 200 grammes (normalement, ils font 5 grammes). Elle a dit : « Le chocolat ! Je l’ai gagné ! » et une fois goûté, « J’aime le Père Noël ! » Depuis ce temps-là, chaque année, nous faisons quelque chose pour le Père Noël, et il apporte toujours un Hershey’s Kiss géant, souvent avec d’autres choses.

Pour info, pendant 6 ans, à travers nos deux cobayes, il y avait toujours un cadeau pour eux, avec l’emballage signé « Rudolphe le renne au nez rouge ». J’avais acheté un cadeau pour M. Descarottes l’année dernière, mais il est mort avant Noël.

Ces dernières années, il est devenu difficile de maintenir cette tradition. Hershey’s continue de produire le bon chocolat ; le problème se trouve dans nos magasins — aucun ne le stocke plus. L’année dernière, j’ai dû lui donner 3 petits Hershey’s Kisses de 50 grammes chacun, car c’était tout ce qui se vendait dans les magasins. Et cette année, je n’ai même pas vu ces derniers, juste des sacs avec les bonbons de 5 grammes. Mais je m’attendais à ça, alors, j’ai commandé à Hershey’s en ligne. Et cette fois, c’était un monstre de 454 grammes (1 livre) :

Mais nous sommes loin des jours où je devais tout faire en cuisine. Cette année, La Fille m’a dit « Je veux faire les cookies pour le Père Noël. » Et elle a choisi une recette de Péla pour ça, ses « cookies américains ». Tout ce que j’ai fait, c’était de casser les œufs et enfourner et sortir les cookies du four. C’est autrement son travail à elle. Voici des photos :

Boudin de pâte à cookies, tranché en 14 tranches de 1,5 cm chacune
9 cookies sur un Silpat, prêts à enfourner
Assiette pleine de cookies aux pépites de chocolat, 14 au total
Vue en gros plan de plusieurs cookies ; deux sont en haut, des parties de 4 autres sont visibles en bas.

Ça dit, certaines choses ont changé depuis le début en 2013. Elle me dit « Je sais que tu es Santa », et bien que je le nie vivement, elle ne me croit pas. Mais après avoir reçu son chocolat hier matin, ce qui l’attendait juste en bas de, euh, son bas de Noël, elle a dû avouer : « Je n’ai vu le rouleau de papier nulle part, et je n’ai rien entendu non plus. Je ne sais pas comment tu l’as fait, « le Père Noël ». »

Que puis-je dire ? Le Père Noël a ses secrets.

Découpe de la bûche truffe framboise avec son coeur rose, de la mousse au chocolat, un brownie au fond, et recouverte de ganache au chocolat

La bûche « Truffe framboise »

Pour cette bûche, je me suis posé la question : « C’est quoi votre combinaison de parfums préféré ? » Puis je me suis souvenu du fait que c’est du gianduia avec des mûres de Boysen, comme dans le gâteau gianduia chez Extraordinary Desserts, mais que c’est impossible d’imiter son gâteau pour manque d’ingrédients. Alors, après ça ? C’est sans question le chocolat avec des framboises, comme dans le macaron Saint-Valentin. Par hasard, c’est aussi un gâteau chez Extraordinary Desserts, dit « Truffe framboise » (en français ; n’oubliez pas que Mme Krasne était élève de Gaston Lenôtre lui-même). J’ai donc décidé de créer ma propre version de cette combinaison. Voici le résultat :

Découpage de la bûche ; on peut voir la base de brownie, la mousse au chocolat avec sa couuleur marron, un cœur rose à la framboise, et une peau de ganache au chocolat

Allons le préparer !

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Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Fa la la

D’abord, avez-vous fini vos devoirs de Noël ? Les cadeaux sont bien emballés, la bûche est prête, pas d’autres tâches ? Non ? Allez, Langue de Molière peut attendre.

Sinon, c’est notre édition spéciale de Noël, et le Père Justin va vous raconter des choses pour vous faire dire « Nan, mais sérieusement ! » (Au fait, c’est où Jours d’humeur ?)

Cette semaine, on commence avec une question posée par une amie dans un groupe privé sur Facebook : pourquoi dit-on parfois « la Noël » au lieu de « le Noël » ? D’abord, j’étais étonné -/ je n’ai jamais entendu ça ! Puis je me suis dit « Et pourquoi êtes-vous étonné, vous ? Vous entendez peut-être 10 minutes de français tous les jours, et la moitié de ça est des pubs sur RTL. Selon vos expériences, l’expression la plus connue en France est « Je peux pas, j’ai Grand Frais. » Il y a plein de choses que vous n’avez jamais entendu ! » J’ai dû avouer que le type avait raison. Puis, il me semblait : si on dit ça, ça doit être à cause d’omettre « fête », comme « la (fête de) Saint-Valentin ». Mais c’est Langue de Molière, où nous ne devinons pas, nous recherchons.

Il s’avère que de nombreuses sources disent que c’est exactement ça. Radio Canada cite l’Office québécois de la langue française :

Noël admet aussi le genre féminin lorsqu’il est précédé de l’article défini singulier, sans épithète. « C’est probablement par ellipse de « fête de » que l’on dit la [fête de] Noël », mentionne le site Internet de l’Office québécois de la langue française.

« La » Noël ou « le » Noël ?

La vedette de nombreux billets dans cette série, Sandrine Campese du Projet Voltaire, ajoute que :

Condamnée dans le Dictionnaire grammatical du mauvais langage (1813) car trop provinciale, la tournure est pourtant utilisée par certains auteurs pour son élégance et sa poésie. 

Cinq choses essentielles à savoir sur le mot « Noël »

Attendez, il y a un « Dictionnaire grammatical du mauvais langage » ? Je veux bien le voir ! Mais pourquoi « trop provinciale » ? Il s’avère que c’est fortement lié à certaines régions, et non seulement en France elle-même :

En Provence, la tradition de dire “la Noël” est encore vivace. Cette région, connue pour ses fêtes de Noël riches en coutumes et en folklore, utilise “la Noël” pour souligner l’aspect festif et communautaire de cette période. Par exemple, les Provençaux préparent “le gros souper” et les treize desserts, des traditions ancrées dans la culture locale, où “la Noël” est célébrée avec une grande ferveur.

“La” ou “le” Noël ?

Radio Canada nous dit que c’est uniquement la Noël en Haïti :

En Haïti où j’ai grandi, je n’ai jamais entendu parler de  »le » Noël. C’est toujours  »la » Noël. On chante  »la » Noël, on parle de  »la » Noël.

Alors qu’au Congo, faites comme vous voulez :

En République démocratique du Congo, la dénomination de la célébration est laissée à l’appréciation de chacun, selon l’Ontarien Elie Kabeya Mfwamba. « Il y en a qui disent Noël, il y en a qui disent la Noël. Et il n’y a pas vraiment de problème en tant que tel », dit-il.

Mais selon le conseiller linguistique de Radio Canada, Guy Bertrand, on peut même l’écrire au pluriel :

« Dans ce cas, Noël s’écrit avec une minuscule et peut s’écrire avec la marque du pluriel. On peut dire je vous ai apporté un petit noël ou encore je vous ai apporté de petits noëls. »

Ouf, j’espère que le bonhomme Noël m’apporte un Doliprane après ça. Quoi, vous ne connaissez le bonhomme ? C’est la faute à George Sand, selon Mme Campese :

George Sand. C’est la romancière qui attesta en 1855 l’expression « père Noël ». Avant, on parlait plutôt de « bonhomme Noël », tandis qu’en Belgique et dans le nord de la France, c’est saint Nicolas – équivalent du Santa Claus anglo-saxon – qui distribue les cadeaux aux enfants.

Et avec ça, j’ai une bûche à sortir du congélateur. Noël !

Quoi, vous ne saviez pas que c’était un cri de joie au XIVe ? Notre dernier fait divers vient de Mme Campese :

Aux XIVe et XVe siècles, « Noël ! » était le cri de réjouissance que poussait le peuple pour saluer un événement heureux, par exemple la naissance d’un héritier du trône ou l’arrivée d’un grand personnage.

Pourtant, personne ne cri « Noël » à mon arrivée. Je suis offensé.

Il y a trop de comptes à régler avant la fin de l’année, alors Langue de Molière vous reverra l’année prochaine, en vous souhaitant une un Joyeux Noël.

La visite du Père Nougat

Je vous ai promis que nous allions revenir sur ma visite chez Surfas ce week-end. Vraiment, qu’est-ce que je ferais sans 3-4 visites chez eux chaque année ? Alors, d’abord, voici mes achats, 109 $ au total :

Une boîte de poudre de cacao, deux barres de nougat de Montélimar, une bouteille de vanille liquide, 2 paquets de sachets roses d'Alsa, une boîte de sel guérandais et deux boîtes de crème de marrons

C’est, euh… pas beaucoup pour l’argent, me dites-vous. Et vous avez raison. En partie, c’est ce que j’appelle depuis le début du blog « l’impôt import » — bien avant cette année, tout ce que j’achetais de France avait déjà tendance à coûter entre 3 et 4 fois son prix chez Carrefour. Mais il y a un produit américain ici, la vanille liquide, qui coûte 40 $ pour ses 236 ml — c’est fait entièrement de vanille de Madagascar, alors je l’accepte. Qu’est-ce que tout ça coûterait chez Carrefour ?

Une boîte de 200 ml d’extrait de vanille Vahiné fait 6,15 €. 2 barres de 100 grammes de nougat Chabert et Guillot, le fabricant ici, n’est pas disponible — mais 1 barre de 200 grammes coûte 5,05 €. 16 sachets de levure chimique d’Alsa ? 1,60 €. 2 pots de 250 grammes de crème de marrons de Faugier ? 3,28 €. Et 454 grammes de poudre de cacao ? Dites-donc, c’est du Guittard, meilleur que Poulain ou la marque du magasin, alors allons chez Valrhona. Ils ne la vendent pas directement aux amateurs, mais Meilleur du Chef nous vendra 500 grammes pour 18,90 €. Ce panier fait 34,98 €. Si on échange ça en dollars pour faire la comparaison directe, c’est 41,18 $. 2,64 fois plus cher chez moi. Excusez-moi une seconde.

WAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! C’est injuste, c’est vraiment trop injuste !

Merci, je ne me sens même pas un peu mieux, mais j’ai dû faire ça. De toute façon

Chaque décembre, on peut compter sur Surfas à vendre des produits européens qu’ils ne stockent pas d’habitude. C’est donc inutile de les chercher sur leur site web, mais j’ai de nombreuses photos.

En entrant, il y a plein de boîtes de truffes au chocolat de chez Mathez. À vrai dire, jamais goûtées, alors je ne connais pas le niveau de qualité :

Boîte dorée avec une photo de truffes au chocolat sur l'étiquette

Juste derrière ça, il y a quelque chose de spectaculaire, des pannetones signés Dolce et Gabbana, la maison italienne de mode. Évidemment, quelqu’un d’autre est le producteur, mais les boîtes sont dessinées par les créateurs. Les prix sont époustouflants — 85 $ chacun, mais la boîte est un « showstopper », comme on dit en anglais (mon dictionnaire le rend « clou d’un spectacle ») :

Pyramide de boîtes de panettone

Je ne connais pas non plus les palets de Pont-Aven, mais le site web est prometteur :

De petites boites rouges de palets de Pont-Aven, avec un dessin d'un couple qui danse. Du nougat entoure les palets.

On peut voir dans cette photo qu’il y a plein de nougat : du Chabert et Guillot à gauche, et un produit italien à droit.

Les produits vendus sous le nom Maxim’s, d’après le resto parisien, me semblent très touristiques. Je ne suis pas sûr qu’ils valent le coup, mais je ne dirais pas non si on m’en offrait un :

J’ai essayé de faire de pâtes de fruits d’Auvergne pour le Tour, mais trop difficile sans les bonnes purées Boiron (disponibles chez Surfas, mais pour des prix dignes de Louis Vuitton). Je goûterais cette marque si je n’avais pas épuisé mon budget :

Boîte ronde de pâtes de fruits aux fruits rouges, de la marque Cruzilles

Je ne vais pas mentir, j’ai trouvé les biscuits roses de Reims trop industriels. Mais ça sent la maison de les voir :

Je suis sûr que cette huile d’olive aux truffes noires est exactement ce qui promet l’étiquette. Mais rien ne fait peur comme les prix des produits aux truffes (sauf pour les œufs au début de l’année) :

Bouteille d'huile d'olive aux truffes noires.

Les pains d’épices de la marque Fortwemger m’ont gravement déçu il y a 3 ans. Mais des biscuits bonhommes m’ont quand même tenté :

Sacs de biscuits en forme de bonhommes

Ce gâteau de voyage au chocolat avait l’air très bon, et venait de Saint-Rémy-de-Provence. Mais je peux probablement faire pareil :

Gâteau de voyage sans son carton

J’ai découvert La Maison d’Armorine pendant le Tour. Les « cœur de celtes », des caramels au beurre salé recouverts de chocolat, ont l’air super. Mais, budget.

Boîte de caramels au beurre salé

Il y avait de nombreux panettones moins chers qu’en haut. Mais toujours 40 $. C’est un pain cher.

3 parfums de panettone

100 grammes de palmiers coûtent 6 $. Merci, mais sans cannelle, les orejas sont des palmiers. Je peux avoir 5 ou 6 fois cette quantité pour le même argent, faits maison :

Boîte de palmiers

Je n’avais pas de glacière avec moi, mais 16 $ pour 125 grammes de beurre est de la folie, même si ça vient de la Maison Bordier. C’est typiquement entre 4-5 € en France.

Du beurre Bordier au frigo.

Surfas est vraiment pour les pros. On y achète de l’huile d’olive ou du vinaigre 5 L à la fois :

Le choix de champignons est dingue :

Une douzaine de genres de champignons séchés

Vous ne connaissez probablement pas la sauce Sriracha (à gauche). C’est basé sur un produit thaïlandais, mais fabriqué à Los Angeles. La fumée de l’usine est si épicée que les voisins ont tenté un procès contre le fabricant (lien en anglais).

Deux genres de sauce piquante asiatique. La sriracha est dans une boîte grande mais de largeur étroite, avec des bouchons verts en plastique.

J’espérais trouver du sel de Camargue, ce que j’utilise dans ma cuisine. Malheureusement, il y avait de nombreux sels, mais largement de la fleur de sel, et largement de Guérande. C’est pour ça que j’ai fini par acheter du sel guérandais. (Maldon, aussi dans les photos, est britannique.)

Toute visite chez Surfas sans La Fille finit par un déjeuner chez Shamshiri Grill, mon resto persan préféré. Le kebab koobideh est le meilleur :

Deux kebabs de bœuf, du riz blanc à moitié coloré jaune avec du safran, deux tomates grillées et des oignons grillés

Il y avait du baklava et d’autres desserts persans sur le comptoir, mais j’ai déjà eu assez à manger !

Je ne quitte jamais Surfas sans dépenser, mais je suis toujours content d’y aller !

Saison 4, Épisode 38 — Les vacances d’ivresse

Je suis bien au courant des manifestations des éleveurs cette semaine, alors d’abord, une petite blague sur ça que j’ai vue ce week-end :

C'est un panneau écrit à la main, tenu dans l'air pendant une manif, qui dit : « À cause des grévistes ma belle-mère ne pourra pas venir à Noël. Tenez bon les gars ! »

Mais honnêtement, c’était exactement la raison pour laquelle je voulais vraiment trouver de Bonnes Nouvelles cette semaine. J’ai abandonné après une heure de recherches. C’est juste la mauvaise semaine, je suppose.

La SNCF sait mieux que n’importe qui comment me torturer. Je suis sûr que beaucoup d’entre vous ont vu cette image dans vos courriels. C’est soit Strasbourg soit Colmar, je ne suis pas sûr duquel.

Photo d'une place décorée pour Noël avec un gros sapin.

Je viens de sortir le brouillon de mon premier bulletin pour la nouvelle année pour l’OCA. Mes recettes cette fois sont deux classiques du blog, la galette des rois de Valrhona et les pancakes chocolat-fraise pour Chandeleur. Je ne suis pas sûr si elles sont trop compliquées pour le groupe, mais je voulais publier une galette des rois. Et c’est ma seule et unique recette de Chandeleur où je suis complètement satisfait des photos.

Il y a une nouvelle qui a toute mon attention en ce moment, l’histoire d’un maire qui a démissionné plutôt que célébrer le mariage d’un étranger sous OQTF. J’espère ne jamais recevoir un tel ordre, évidemment, mais il y a tant de complexités dans cette histoire, je ne sais pas du tout quoi penser. Il m’étonne que l’on peut rester dans le pays 3 ans après l’ordre, mais apparemment, une fois que ça arrive, ce n’est plus censé être une barrière au mariage. La citoyenne européenne est finlandaise plutôt que française, ce qui rend la question du titre de séjour encore plus compliqué pour M. OQTF. Je peux atteindre mes 200 ans, et je ne suis pas sûr que ce sera assez de temps pour comprendre la loi française.

J’ai vu une autre nouvelle où des végétaliens subissent du cyberharcèlement à cause de publier leurs recettes. Bof, je ne soutiens pas leur projet, mais c’est ridicule de les harceler.

Une meilleure note pour finir ? J’étais chez Surfas samedi pour acheter plus de sachets roses ainsi que d’autres choses. Regardez ce qui était là :

Carton plein de barres de nougat de Montélimar.

Je craignais que j’aille finir 2025 sans même une bouchée de nougat de Montélimar, mais je suis sauvé ! Malheureusement, à 8,95 $ la barre de 100 grammes, je n’allais pas en acheter beaucoup. 2 barres, c’était tout. On en parlera plus demain, car c’était un trajet intéressant.

Notre blague traite d’un malentendu avec le Camarade Staline. Nos articles sont :

Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine. Les gros-titres sont Le Glaude et Maternité.

Sur le blog, il y a aussi Deux petites anecdotes, sur la tentative de mon ex de parler français, Les orejas, une recette de palmiers mexicains pour l’anniversaire d’une amie, Le visiteur inopportun, sur un robot qui a visité mon blog et Final Fantasy V vaincu, la fin de notre série sur jouer à ce jeu en français.

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Assiette de madeleines à l'orange et au chocolat, avec un côté trempé dans du chocolat noir.

Dimanche avec Copernic

On reprend maintenant « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ». Cette fois, j’ai avancé de 22 pages.

La dernière fois, c’était au tour de Mlle Simonet d’attraper l’œil du narrateur. Enfin, presque :

Je ne savais pas laquelle de ces jeunes filles était Mlle Simonet, si aucune d’elles s’appelait ainsi, mais je savais que j’étais aimé de Mlle Simonet et que j’allais grâce à Saint-Loup essayer de la connaître.

Mais Saint-Loup ne s’intéresse pas à l’aider, de peur que ça embête sa propre copine. Alors le narrateur tourne vers une direction familière — penser à son avenir littéraire, d’où sort ce joyau :

Peut-être certains chefs-d’œuvre ont-ils été composés en bâillant.

Peut-être certains chefs-d’œuvre ont-ils été lus en bâillant aussi. Je dis ça, je dis rien.’

Saint-Loup et le narrateur dînent enfin à Rivebelle, où ce dernier fait la comparaison entre les tables et « autant de planètes », disant des serveurs :

leur course perpétuelle entre les tables rondes finissait par dégager la loi de sa circulation vertigineuse et réglée.

Encore une fois, il essaye trop :

ce restaurant de Rivebelle réunissait en un même moment plus de femmes au fond desquelles me sollicitaient des perspectives de bonheur que le hasard des promenades ne m’en eût fait rencontrer en une année

Mais exceptionnellement pour Proust, ce dîner ne s’étend que sur 8 pages, après lesquelles Saint-Loup s’excuse pour aller avec d’autres amis dans un casino. Le narrateur revient au Grand-Hôtel en pensant que

Je ne faisais, du reste, en somme, que concentrer dans une soirée l’incurie qui pour les autres hommes est diluée dans leur existence entière… quand est encore lié à la fragilité de leur cerveau le livre dont la prochaine mise au jour est la seule raison de leur vie. 

Comme je comprends ! Nous les auteurs doivent faire attention à être prétentieux sur le processus d’écrire ! #DesSubventionsPourLesCerveaux (L’incurie en question, c’est qu’il a bu un peu plus que d’habitude, dont des verres de porto. On dirait que sa voiture était un Uber à cheval.)

Être un peu ivre a d’autres conséquences :

Je dois du reste dire que cette insignifiance où tombaient les choses les plus graves… finissait par comprendre même Mlle Simonet et ses amies.

Elle s’échappera peut-être à son sort ?

Je ne connaissais aucune des femmes qui étaient à Rivebelle, et qui, parce qu’elles faisaient partie de mon ivresse comme les reflets font partie du miroir, me paraissaient mille fois plus désirables que la de moins en moins existante Mlle Simonet.

Dites-donc, on a une expression pour exactement ce phénomène en anglais, les « binocles de bière » (« beer goggles »). Faites pas ça, Marcel, vous avez des fantômes à poursuivre !

Il nous dit qu’en fait, ces mêmes femmes du resto connaissaient toutes Saint-Loup, qui était sorti avec pas mal d’entre elles. Et il imagine les potins de la soirée, surtout sur sa maîtresse actuelle :

Il faut qu’il soit tout de même une fameuse truffe. Elle a des pieds comme des bateaux, des moustaches à l’américaine et des dessous sales !

Miaou, dirait-on.

M. Gueule de Bois passe quelques pages en décrivant le fait de s’endormir, puis se réveille à quelque chose de familier après une nuit d’ivresse :

Enfin je voyais clairement : « deux heures de l’après-midi ! »

Ouaip, ça arrive, mon gars. Même moi, je le sais.

Avec ça, l’aventure du dîner et de ses suites se termine. Mais non sans une dernière pensée prévisible :

Tout à coup je me rappelai la jeune blonde à l’air triste que j’avais vue à Rivebelle et qui m’avait regardé un instant… Il me semblait qu’elle m’avait remarqué, je m’attendais à ce qu’un des garçons de Rivebelle vînt me dire un mot de sa part… Il serait bien difficile de la voir, de la voir sans cesse. Mais j’étais prêt à tout pour cela, je ne pensais plus qu’à elle. 

Qui est-elle ? Aucune idée. Est-ce que l’on fera sa connaissance prochainement ? Exactement autant que pour la fille de la gare, Mlle de Stermaria et Mlle Simonet, j’espère !

Final Fantasy V vaincu

Nous avons parlé en trois fois de l’expérience de jouer à Final Fantasy V en français (première, deuxième, troisième). Aujourd’hui, c’est la finale — nous discuterons la dernière partie et la récompense pour gagner, mais aussi quelques différences entre le vocabulaire du jeu en anglais et en français.

Comme je vous ai dit quand j’ai repris le jeu il y a quelques semaines, en 2021, j’avais réussi à atteindre la dernière étape du jeu, juste pour être facilement tué par un méchant beaucoup trop puissant pour moi. On pourrait dire « Mais Justin, c’est le genre de jeu où vous pouvez sauvegarder vos progrès et même quitter le donjon si c’est trop difficile. Pourquoi ne pas faire ça ? » Ah, mais vous voyez, on a parlé du problème que le monde change à plusieurs fois — et si on rate des trucs importants avant les changements, impossible de les récupérer plus tard.

C’est pourquoi, cette fois, j’ai utilisé — horreur ! — une solution écrite par quelqu’un d’autre (lien en anglais). J’ai honte, parce que ce jeu vient de l’époque quand un bon joueur pouvait vraiment tout explorer soi-même. (Le monde a bien changé avec Final Fantasy VII — il fallait acheter un guide imprimé, et depuis ce temps, c’est pareil pour beaucoup de jeux vidéo.)

Alors, nous sommes dans le donjon final, la « fissure interdimensionnelle » ouverte quand notre ami Exdeath a fusionné les deux mondes d’avant. Les règles de la physique telles que l’on les connaît sont suspendues — largement pour que ce donjon puisse récapituler tout ce qui s’est passé ailleurs.

Après un région désertique pour commencer, on se retrouve dans une forêt comme celle où Exdeath est né. Une fille charmante essaie de tuer le parti. Cette bataille n’est pas difficile :

Fille inconnue : « Cette forêt est si paisible... Pourquoi ne pas vous y reposer... pour l'éternité ! «

Dès que le parti sort de la forêt, il se trouve devant un château qui flotte dans les airs. Pourquoi flotte-t-il ? Ne posez pas de question — parce que c’est cool, c’est pourquoi !

Parti devant le château. Il y a évidemment du ciel partout au-dessous.

Le parti entre et se trouve dans un donjon. Là, après avoir battu plusieurs vieux sorciers, ils rencontrent une fille qui dit qu’elle y était prisonnière :

Elle part. Mais quand le parti atteint la salle du trône, il entend une voix :

Voix inconnue : «Vous pouvez essayer de fuir, mais vous n'irez pas bien loin... »

C’est la fille du donjon ! Apparemment, quand elle vous a embrassé pour l’avoir sauvée, c’était un piège. Elle se transforme en un homme portant une armure.

Il s’avère que l’homme s’appelle Halicarmasse, comme le jardin de l’Antiquité :

Homme : « Vous allez périr des mains du souverain de ce château, Halicarasse ! »

C’est ici où la solution a commencé à être utile. La dernière fois, je vous ai montré une bataille contre un mime. Je ne l’ai jamais battu avant, ou si je l’avais fait, je ne m’en souviens pas. Cette fois, j’ai fait maîtriser ses pouvoirs à trois membres du parti — ils pouvaient donc tous copier mes meilleures attaques. Avec ça, Halicarnasse a vite perdu.

On monte un escalier et le parti se retrouve en haut du château. Un dragon s’approche du parti. C’est Twintania. Je ne l’ai jamais battu avant. Cette fois, mes mimes l’ont vit tué avec le sort Météore. 3 fois par tour, c’est trop pour lui !

On affronte enfin Exdeath. Peu importe la quantité de temps passé en préparant, il vient d’avoir le pouvoir du néant :

Puis il fait quelque chose de vraiment effrayant. Il se transforme en arbre — car il est né dans la forêt !

Il jette un sacré sort, et tout semble perdu :

Exdeath : « Mouah ha, ha, ha... Et maintenant ! Vous allez périr à l'intérieur du néant ! »

C’est ici où les fantômes de vos prédécesseurs, les Guerriers de l’Aube, apparaissent pour vous encourager. Au fil du jeu, on les a regardés tous mourir.

Après ce moment touchant, nous revenons à nos arbres, et Exdeath dit que c’est pas grand-chose de perdre le néant, la source de ses pouvoirs :

La bataille finale commence. Exdeath se transforme en arbre plus… menaçant ?

Exdeath apparaît comme un tronc avec des racines qui s'entendaient partout.

Avec une bonne dose de Météore, trois fois par tour, il périt assez vite. Il y a un discours digne de la liste de clichés — « Non ! C’est impossible ! »

Le néant reste là, mais sans Exdeath, les fantômes s’en débarrassent en vous renvoyant au monde :

On revoit le parti un an après la bataille. C’est Krile, la petite-fille de Galuf qui l’a vu mourir aux mains d’Exdeath qui raconte ce qui s’est passé :

Krile : «C'est comme si notre combat n'avait été qu'un cauchemar...»

On voit les deux princesses qui ont été séparées pendant leur jeunesse réunies sur les trônes de leur royaume :

Krile : «Le chancelier de Tycoon a l'air heureux. »

Elle pense à hériter le royaume de son grand-père :

Krile : « Je pourrais devenir reine ! Ça n'arrivera jamais... Mais... je ne refuserais pas !»

Au début du jeu, Bartz, le personnage principal, voyageait avec un chocobo, un oiseau jaune assez grand pour monter comme un cheval. Son chocobo, Boko, a épousé un autre, Koko. Ils ont des enfants. C’est MIGNON !

Krile revient dans la forêt où son grand-père est mort. Elle pleure et dit qu’elle est maintenant toute seule. Mais elle a tort :

Bartz : « Qu'est-ce que tu racontes? Tu n'es pas seule. »

Elle réjouit de revoir ses amis du parti :

Krile : « Vous êtes tous venus ! »

Avec ça, les 4 amis partent pour de nouvelles aventures.

Trois membres du parti montent sur des chocobos, alors que Krile monte sur son dragon.

Il y a un message spécial pour le joueur à la fin des crédits, car c’est une reprise 30 ans après le jeu original :

Nous adressons nos plus profonds remerciements à tous nos fans à travers le monde, tant ceux d'hier que ceux d'aujourd'hui, ainsi qu'aux équipes dévouées qui ont contribué à façonner la version originale des jeux.

Et avec ça, c’est la fin du jeu. Il m’a fallu 20 ans pour atteindre ce moment. Final Fantasy V n’est pas à la hauteur de IV ou VI, mais j’ai toujours regretté que je ne pouvais pas le vaincre. Comme les développeurs, je vous remercie pour avoir supporté cette quête, parce que je sais que ce n’est pas typique des contenus ici. Il y a quelque chose de spécial, d’avoir vaincu ce jeu dans une nouvelle langue, après l’avoir raté dans la vieille — c’est un symbole d’une vie différente.

Ça dit The End, la fin.