Saison 4, Épisode 4 — Les Oreos de Proust

Cette semaine, je vais commencer à contacter ceux qui ont offert de lire des parties du livre. Je suis extrêmement heureux d’une belle partie, et je viens d’écrire la fin, qui m’a fait pleurer. Elle partage un peu avec la fin de la Grande Fête, mais moins que vous ne le pensez. Je l’ai lue en traduction à un ami américain et il m’a dit qu’il pouvait entendre les larmes, et que c’était vraiment un moment puissant.

Il y a une histoire là, liée à la Seconde Guerre mondiale mais jamais racontée ici, que je trouve encore plus puissante que tout ce que j’ai à dire. Sûrement, personne ne pensiez que le Devoir de Mémoire n’y apparaîtrait pas ? Je l’ai presque coupée du livre, car le gouvernement français m’a envoyé un courriel qui disait qu’il faudrait 6 mois pour vérifier un fait important. Mais ce week-end, j’ai trouvé la preuve dont j’avais besoin grâce à l’aide d’un musée américain. Ce n’est pas un livre académique, mais je dis des trucs d’ouf parfois, et il m’est important que tout le monde sache que c’est de non-fiction.

Surtout la partie avec M. Descarottes.

J’ai chopé une rhume cette semaine, et ma voix n’est pas complètement là. L’enregistrement est assez bon, mais l’épisode est plus court que souhaité.

Avez-vous vu les « starter packs » générés partout cette semaine par ChatGPT ? Pour les chanceux qui ne savent pas de quoi je parle, ce sont de fausses photos de figurines d’action, typiquement d’après une photo de la personne qui les a postées, avec quelques accessoires qui iraient avec une telle figurine. Veuillez ne pas confondre ces photos avec le « starterpack SourdAveugle » chez Il Est Quelle Heure, ce qui était de l’humour sur une chose réelle. On gaspille de sacrées quantités d’énergie pour ce n’importe quoi. Je ne devrais pas faire de la polémique sur ce sujet, mais croyez-moi, j’en ai envie, et vous êtes les bienvenus à le dénoncer dans les commentaires.

Ça fait un moment depuis mon dernier lot de macarons, alors j’en ai fait ce week-end.

Un lot de macarons au chocolat en gros-plan. Les coques sont sans fautes-- ni bulles ni bosses.

Je vous ai raconté une histoire d’Oreos la semaine dernière, mais la vérité, c’est vous avez gâché mon goût pour nos produits industriels. Pas les vôtres — j’adore les Savaroises et les Chamonix — mais je n’achète guère les nôtres. Pourtant, je n’ai pas envie de travailler comme ça pour chaque goûter !

Notre blague se traite du bon âge pour sortir seul. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Singulier, Fin du Monde, et La Mariée de Schrödinger. Il n’y a pas de Bonnes Nouvelles cette semaine.

Sur le blog, il y a aussi Les Oreos au Coca, ma critique d’un cookie de folie, Ici et là, notre série de faits divers, et Je découvre Marie-Flore, la dernière entrée du Projet 30 Ans de Taratata.

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Assiette de madeleines faites maison par Justin Busch

Dimanche avec Gilberte

Cette semaine on dit au revoir à « Du côté de chez Swann ». J’ai lu les 60 dernières pages, ce qui comprend toute la partie intitulée « Noms de pays : Le nom ». Il n’y aura pas de « Dimanche avec Marcel » la semaine prochaine ; on recommencera en deux semaines avec « À l’ombre des jeunes filles en fleurs ».

Dans cette partie, on revient vers la narration du personnage principal, la version fictive de Proust lui-même. Au début du livre, il nous avait dit que sa famille prenait parfois des vacances à Balbec, dans le Finistère. Maintenant, d’autres lieux le rejoignent :

Même au printemps, trouver dans un livre le nom de Balbec suffisait à réveiller en moi le désir des tempêtes et du gothique normand ; même par un jour de tempête le nom de Florence ou de Venise me donnait le désir du soleil, des lys, du palais des Doges et de Sainte-Marie-des-Fleurs.

J’ai chanté les louanges de Santa Maria del Fiore dans ces pages au passé, Florence étant le destin que je souhaitais pour moi-même pendant une décennie. Venise, en revanche, est la seule ville au monde entier où j’ai perdu la tête en pleurant à cause des prix. Même Paris n’a jamais eu cet effet sur moi.

Naturellement, Proust étant Proust, il suit une dizaine de pages d’extases sur le voyage qu’il va prendre vers les deux villes italiennes, qui se termine par :

on dut me mettre au lit avec une fièvre si tenace, que le docteur déclara qu’il fallait renoncer non seulement à me laisser partir maintenant à Florence et à Venise mais, même quand je serais entièrement rétabli, m’éviter, d’ici au moins un an, tout projet de voyage et toute cause d’agitation.

C’est-à-dire qu’il vient de nous faire perdre du temps encore une fois. Cette habitude de Walter Mitty von Münchausen n’est pas aussi drôle que Proust ne le pense.

Au lieu de ces voyages, Françoise — qui travaille désormais pour la famille du narrateur après la mort de la tante Léonie, Françoise la farceuse aux asperges — commence à amener le narrateur aux Champs-Élysées, où il voit parfois Gilberte Swann. Le narrateur la voit souvent de cette façon :

Seule, près de la pelouse, était assise une dame d’un certain âge… et pour faire la connaissance de laquelle j’aurais à cette époque sacrifié, si l’échange m’avait été permis, tous les plus grands avantages futurs de ma vie. Car Gilberte allait tous les jours la saluer ; elle demandait à Gilberte des nouvelles de « son amour de mère » ; et il me semblait que si je l’avais connue, j’aurais été pour Gilberte quelqu’un de tout autre, quelqu’un qui connaissait les relations de ses parents.

Après 500 pages juste pour apprendre qu’Odette n’est apparemment pas la mère de Gilberte, j’aimerais bien savoir de qui on parle ! (N’oubliez pas que l’intérêt de Gilberte pour notre héros est sa relation avec l’écrivain Bergotte. C’est ridicule.)

Mais notre narrateur se convainc que Gilberte devrait tomber amoureux de lui. Elle a d’autres idées :

Puis, elle ne m’avait encore jamais dit qu’elle m’aimait. Bien au contraire, elle avait souvent prétendu qu’elle avait des amis qu’elle me préférait, que j’étais un bon camarade…

On appelle ça le « friend zone », con ! Sortez ! Mais il va nous offrir plus de preuves qu’elle ne pense pas de lui ce qu’il pense d’elle :

Et il y eut un jour aussi où elle me dit : « Vous savez, vous pouvez m’appeler Gilberte, en tous cas moi, je vous appellerai par votre nom de baptême. C’est trop gênant. »

Un jour, juste avant Noël, Gilberte lui dit :

en tous cas si je reste à Paris, je ne viendrai pas ici car j’irai faire des visites avec maman. Adieu, voilà papa qui m’appelle.

M. Je-saisis-pas-les-allusions se pense :

« Je vais recevoir une lettre de Gilberte, elle va me dire enfin qu’elle n’a jamais cessé de m’aimer, et m’expliquera la raison mystérieuse pour laquelle elle a été forcée de me le cacher jusqu’ici… »

À mon pire, je n’ai jamais souffert de tels délires.

Une vingtaine de pages plus tard arrive le choc des chocs :

Vous savez qui c’est ? Mme Swann ! Cela ne vous dit rien ? Odette de Crécy ?

On m’avait dit que ce n’était pas le cas. Et pas juste Proust — ce critique anglophone avait écrit qu’elles n’étaient pas la même personne ! Mais j’ai aussi lu qu’il y avait plusieurs incohérences à travers les brouillons différents. Je ne sais plus.

Il y a dix pages de plus où Mme Swann se promène dans le Bois de Boulogne dans l’imagination du narrateur, alors que le monde passe des chevaux aux automobiles autour d’elle. Et je n’ai toujours aucune idée de ce qui est « Le Nom » ; les notes à la fin de la version anglaise indiquent que « Noms de pays » fait référence aux pensées du narrateur sur les noms de Venise et de Florence.

Avec ça, « Du côté de chez Swann » est terminé, et si c’était la fin d’Odette de Crécy et Charles Swann dans l’histoire, ça me conviendrait très bien. Je remarque avec l’aide de Politologue que la popularité du prénom « Odette » a explosé pendant la publication de la Recherche, puis a eu une chute libre après la SGM, au point où vous ne connaissez probablement pas d’Odette personnellement (à moins que ce soit votre grand-mère). Charles a retenu un plus grand succès, probablement dû au général. Mais il nous reste 5 tomes de plus, et personne ne disparaît jamais vraiment chez Proust. Sauf Mme Sazerat, la gagnante de ce tome, car on n’a jamais entendu un mot méchant sur elle !

Je découvre Marie-Flore

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la deuxième des trois chanteuses à apparaître avec Julien Clerc. Cette semaine, c’est Marie-Flore.

Très inhabituellement pour un artiste de nos jours, son nom de scène est en fait son prénom. Marie-Flore Pol est née à Clichy-la-Garenne, mais en quelque sorte, a réussi à garder privée sa date de naissance. Heureusement, avec seulement 4 albums à couvrir, je ne dois pas les lier à des périodes différentes de sa vie, alors ce ne sera pas un problème.

Photo de Marie-Flore en concert, débout devant un clavier et un micro.
Marie-Flore, Photo par Blueberry-026, CC BY-SA 4.0

Ce que l’on sait, c’est qu’elle a quitté la fac après sa première année pour se concentrer sur sa carrière en musique, et que ça fait assez longtemps qu’elle s’est fait découverte sur MySpace. ([Un véritable dinosaure, donc. Mais ce type était là avant qu’il ne soient des réseaux sociaux. — M. Descarottes]) Et qu’est-ce qu’elle faisait là ? Des chanson en anglais, comme Jeanne Added ou Jain. C’est comme ça qu’en 2009, elle sort un album intitulé ‘More than 30 seconds if you please » (Plus de 30 secondes s’il vous plaît).

Je veux être gentil, car je trouve sa voix très agréable ici, et la musique en plus, mais il y a deux ans, mon lecteur Bernard a dit quelque chose qui s’applique un peu ici :

les jeunes chanteurs ou chanteuses qui ont les 3/4 de leur répertoire en anglais — mal prononcé et probablement incompréhensible — ont aussi une très mauvaise prononciation en français. A mon avis, inconsciemment, ils choisissent l’anglais devant un public français (qui ne comprend pas l’anglais) pour éviter qu’on constate qu’ils prononcent mal dans les deux langues.

Commentaire sur 30 ans de Taratata, 1ère partie

C’est un peu injuste de mon côté. Je peux comprendre la moitié de ce morceau, « While You Were There » (Pendant que tu étais là), et je vous dis souvent que ma compréhension même en anglais est très mauvaise dès qu’il y a de la musique en jeu pour mon attention.

Cinq ans plus tard, en 2014, elle sort un deuxième album en anglais, By The Dozen (Par la douzaine), cette fois avec une maison de disques. Avec des sous-titres professionnels pour le clip de sa première piste, « Number Them » (Compte-les), il faut avouer qu’il y a des fois où ses voyelles sont simplement les mauvaises — je n’aurais jamais deviné qu’elle chantait « seems » et « bleak » :

J’ai eu du mal avec « Dizzy » du même album. J’avais plus de succès avec « Sweet to the taste » (Sucré au goût). J’ai trouvé un enregistrement en live de sa chanson « Trapdoor » (trappe) de la même époque, mais c’est si réverbérant que je ne peux rien comprendre. Sa technique avec la guitare me semble prometteuse. Mais ça nous donne un indice important — elle chante si proche du micro, il semble qu’elle est sur le point de l’avaler ! Elle avait besoin d’un ingénieur et un producteur à ce point.

Mais je crois que je comprends l’autre problème. On lui a dit, correctement, que la pire chose que les Français font en parlant anglais est la prononciation très mauvaise des voyelles dites « lax » (Wikipédia les dit « bref », assez proche, mais pas identique). Elle compense trop pour ça en réduisant même les voyelles fortes. La stratégie n’est pas mauvaise — je la trouve toujours agréable, juste difficile à comprendre. C’est le contraire de ce qui arrive d’habitude — je n’aime pas écouter la plupart des Français parler anglais, même si je peux les comprendre. La même critique s’applique à la chanson éponyme de l’album :

Je n’ai guère mentionné la musique elle-même, souvent soit acoustique soit avec juste quelques effets. Elle paraît aimer le genre de folk, mais je la trouve difficile à classer. Ses chansons ont tendance à se ressembler, les unes aux autres.

En 2019, elle sort un troisième album, Braquage, cette fois en français. C’est un changement de nuit en jour ! Tout à coup, sa prononciation est très facile à suivre, et elle se révèle avoir la voix d’un ange, comme la plupart d’entre vous. Elle dit, « M’en veux pas », et je ne peux que dire, « D’accord ! » :

Braquage, la chanson éponyme, est trop « disco » pour moi, mais montre toutes les mêmes qualités vocales. Je savais qu’il y avait une belle voix sans les difficultés d’anglais !

En 2022, elle sort son dernier album, « Je sais pas si ça va ». La chanson éponyme est un triomphe, exactement ce que son premier album aurait pu être si enregistré en français. Encore une fois, c’est largement à elle, sans trop d’instruments en accompagnement :

« Je sais qu’il est tard » sonne très proche — comme beaucoup de sa musique — mais montre à bon effet sa « voix d’annuaire téléphonique », mon plus haut compliment (c’est-à-dire, je m’en fiche si elle lit l’annuaire à haute voix, tant qu’elle continue). Avec « 20 ans », j’ai décidé que mon avis restait valide, alors j’ai arrêté.

Que penser de Marie-Flore ? Il n’y a pas beaucoup de grandes idées musicales originales ici — elle profiterait vraiment d’un bon producteur — mais elle écrit de bonnes paroles et les livre toujours de façon agréable. Un de ces quatre, quelqu’une d’entre vous va enfin me croire qu’avec une telle voix, on peut me manipuler facilement, et je me compterai quand même chanceux.

Ma note : J’irais au concert si vous avez une place de trop.

Le mensonge de Macchu Picchu

Deux nouvelles ont croisé mon bureau aujourd’hui, et bien qu’elles ne soient pas liées en soi, les deux ont un thème en commun.

La première est quelque chose évoquée par le changement d’écran de connexion de mon ordinateur par Microsoft. Cette fois, c’était les ruines de Macchu Picchu. J’ai réduit la taille du fichier pour vous le montrer (c’est légal de faire ça aux États-Unis ; je n’ai pas hâte de découvrir sous quelles lois je peux être poursuivi vu l’adresse, mais il n’y a pas de publicités ici pour des raisons) :

Vue des ruines de Macchu Picchu d'en haut
Macchu Picchu, ©️Microsoft, Fair use à taille réduite

Ça a évoqué quelque chose que je ne vous ai pas dit en 2023. À l’époque, mon ex faisait son tout pour m’empêcher d’amener La Fille en France. (Elle savait probablement ce qui arriverait quand il s’avérerait que j’avais raison — exactement ce qui s’est passé, avec les notes parfaites et l’enthousiasme.) Je vous ai dit ça. Mais je n’ai pas mentionné qu’elle essayait de me convaincre qu’en quelque sorte, il me fallait l’amener plutôt au Pérou, car Macchu Picchu était censé fermer définitivement. ([Je n’approuve pas. Ils mangent mes cousins. — M. Descarottes])

Avant de continuer de lire, veuillez vous conduire au CHU le plus proche.

Imaginez maintenant ce qui arriverait si j’osais dire à madame quoi faire : changer un vêtement ou coupe de cheveux, peu importe lui dire où aller en vacances. HAHAHAHAHA !

Punaise, vous êtes tous en PLS ! Le SAMU, au secours !

Ah, la plupart d’entre vous ont survécu. Bon, comme j’allais dire, ne perdez pas de temps en demandant pourquoi elle ne pouvait pas faire ça, si c’était important. Mais j’étais curieux si ça s’est passé, si c’était désormais impossible d’y aller.

Et si je vous disais qu’en fait, le gouvernement péruvien vient d’augmenter le nombre de circuits disponibles pour faire la visite, de 7 à 10 ? (Lien en français — au site gouvernemental officiel !)

Qu’est-ce qui s’est passé ? D’accord, ma source était tout sauf fiable, mais cette fois, il s’est avéré qu’elle avait cru un escroc commun parmi les vendeurs de tours. Par exemple, voici un lien vers un article (en anglais) intitulé « Des raisons pour lesquelles Macchu Picchu pourrait fermer en 2025 ». C’est de l’alarmisme sans fondation. J’ai trouvé une belle poignée de tels articles, mais il n’y a aucune raison pour les faire connaître.

L’autre nouvelle est tout à coup partout dans mes sources habituelles : France with Véro, Everything French, l’humoriste Paul Taylor. Tout le monde parle du fait qu’un quart des expatriés britanniques s’installent en Nouvelle-Aquitaine. (Moi, je demande quel était le problème avec la vieille.) Mais il s’avère que c’est un chiffre connu depuis 2017 quand l’INSEE a publié une étude à cet égard. Mais ce qui m’intéresse ici est le fait que tout le monde qui en parle maintenant, le fait pour remarquer que ces gens n’apprennent pas la langue française.

J’ai abordé ce sujet pendant la Grande Fête du Tour, les expatriés qui n’apprennent rien et font comme Emily in Paris. Mais cette fois, le lien que je vois n’a rien avec le statut d’être expatrié. C’est plutôt le manque de savoir. En 2023, je ne m’intéressais pas à un voyage péruvien, et franchement, pas maintenant non plus, mais il m’a fallu 5 minutes avec Google pour trouver la vérité. Paul Taylor, dans le sketch lié en haut, parle de gens qui passent des décennies en France sans apprendre la langue. Dans les deux cas, j’ai la même question :

Comment est-ce que l’on peut s’impliquer dans une situation à l’étranger sans faire le moindre effort pour en savoir plus ?

Non, mais sérieusement. Si j’allais dépenser des milliers de dollars ou de livres pour voyager ou déménager quelque part, je chercherais quelque chose. Un livre, un site de tourisme, un agent de voyages, quoi que soit, mais je ne ferais rien, et évidemment, je ne sais pas de quoi je parle. ([Comme d’hab. — M. Descarottes])

Ici et là

Le livre continue à bien avancer, mais je n’ai eu le temps pour rien rechercher hier. Alors bienvenue dans un autre « Ici et là ».

Il m’a fallu 3 ans, mais hier matin, j’ai enfin entendu quelqu’un gagner la valise RTL sur Les Grosses Têtes. Je ne l’écoute pas tous les jours, et j’écoute typiquement la valise seulement le mercredi à cause de mon horaire. (C’est compliqué et sans intérêt.) J’avais commencé à croire que c’était comme le tirage à sort américain « Publisher’s Clearing House Sweepstakes » (lien en anglais). C’est illégal de faire de la publicité pour un tirage à sort qui ne donne jamais des prix, et c’est bien connu depuis des décennies, alors je suis certain que l’on le gagne de temps en temps. Mais si vous posiez la question à une centaine d’américains, je doute que quiconque sache la dernière fois où c’est arrivé.

En lisant Il Est Quelle Heure hier, j’ai reçu le plus grand compliment qu’un écrivain peut recevoir en n’importe quelle langue. Au-delà du fait qu’il m’a fait rire, je l’apprécie plus que je ne peux l’exprimer.

Avez-vous entendu parler du chocolat Dubaï ? La Fille m’avait demandé si je pouvais en faire pour elle il y a un mois, et j’ai dû lui expliquer que je manque d’équipements pour ça. Mais elle fait du bon travail tout le temps, alors j’ai commandé une version d’un chocolatier de luxe à LA. Ça m’a coûté un bras — 55 $ pour 250 grammes ! (Frais de livraison compris.) Pourtant, je dois vous dire, c’était follement bon. Si ça avait coûté 35 $, je ne m’en plaindrais pas.

Je suis les conseils de Filimages, et je ne vais pas bientôt écrire sur ce qui arrive en ce moment aux États-Unis. Avant avril, je vous auriez dit quelque chose de complètement différent que ce que j’écrirais en ce moment. Comme d’habitude vous pouvez vous attendre à lire des choses ici qui sont très différents du Monde ou du Figaro, mais quand on parle des droits de douane, même si j’ai ma critique de l’UE, la semaine dernière m’a écœuré comme rien d’autre. Sachez que je paye cher personnellement à cause de ce qui arrive, mais je n’en dirai plus.

Puis-je me plaindre encore une fois sur Instagram ? Tant pis, je le fais quand même. Je commence à remarquer un comportement vraiment énervant de la part d’autres personnes. Je reçois une notification d’abonnement. Je vérifie le compte de l’autre personne, car tant qu’elle n’est pas visiblement un escroc, j’ai l’habitude de suivre ceux qui me suivent. Mais peu après avoir reçu la notification que je la suis en retour, l’autre personne se désabonne de mon compte. C’est extrêmement malpoli, et pas du tout drôle.

Je remarque de plus en plus une tendance sur les réseaux sociaux où les Français semblent croire qu’il y a une tendance aux États-Unis de détourner les paroles d’une chanson de Lady Gaga de « I don’t wanna be friends » (je ne veux pas être des amis) en « I don’t wanna be French » (je ne veux pas être Français). Je me rejoins à la grande majorité de ce clip par Roya Venturera, américaine mais en français, où elle explique que ça n’arrive pas. Elle connaît TikTok beaucoup mieux que moi, mais je dirais que les seuls clips que j’ai vus à propos de ce sujet sur d’autres réseaux sont tous tournés par des européens, tout comme son expérience. Ce n’est pas à dire qu’il n’existe aucun exemple, juste que ce serait étonnant si une tendance sur la France existait, mais les algorithmes la cachaient de moi tout court.

Ai-je mentionné qu’il y aura deux chapitres dans le livre sur les stéréotypes aux deux côtés ? Et qu’il y aura presque 300 notes de bas de page — c’est un livre populaire, pas académique, mais comme je dis tout le temps, ne me croyez pas sur parole. J’ai des espoirs pour ce projet, car je suis juste assez arrogant pour croire que j’ai un message utile.

([Donneur de leçons impérialiste ! — M. Descarottes]) Oui, il sera là aussi.

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Les œufs de Saint-Marc

Il y a des semaines, on a partagé la vidéo suivante dans le groupe de Facebook, Everything French. La moitié est en anglais, mais c’est par une expatriée, Eva Bonnet, et se traite du truc le plus bizarre dans la prononciation de la langue — si c’est vrai :

Le dialogue se déroule entre deux personnages, jouée par la même personne car Instagram exige que tout le monde se comporte comme un schizophrène de nos jours. L’australienne pose des questions autour de la prononciation de « f» dans « œuf », au singulier et au pluriel. La française (encore une fois, la même personne), explique que l’on ne prononce pas le « f » au pluriel… sauf dans certains cas.

Quels sont ces cas ? Selon elle, on dit deux et trois œufs sans le « f », mais quatre et cinq avec, puis six sans, sept à neuf avec, et recommence à dix sans le « f ».

S’il y a la moindre vérité derrière tout ça, je ne veux plus jamais entendre à quel point le français est logique ! Mais c’est ici où les choses deviennent compliqués. Elle avoue tout au début de la description de sa vidéo (écrit en anglais, désolé) qu’elle n’est pas complètement sérieuse — puis elle insiste que c’est comment fait les Français la plupart du temps. Elle offre une explication autour de la liaison, mais ça ne peut avoir rien à voir le nombre, vu que la liaison impliquerait plutôt le mot qui suit « œufs ».

Pourtant, dans les commentaires sur Everything French, où la moitié des membres sont des francophones de naissance, il y a plein de désaccord entre les autochtones sur la réalité de ce phénomène. Certains disent que c’est une tendance régionale, sans préciser la région ; d’autres disent que ça n’existe pas du tout ; une personne, la fille d’expatriés, mais australienne elle-même, dit que la vraie règle est que le « f » se lâche après les nombres qui se terminent par « x » ou « s ». Ce qui expliquerait certainement les observations du clip, mais dans ce cas, quel cauchemar !

Plus récemment, j’ai vu un clip de l’humoriste Paul Taylor, expatrié britannique qui travaille en France depuis une quinzaine d’années (et de qui j’ai appris BEAUCOUP de la langue en 2020) :

Ici, il raconte avoir reçu une demande de sa femme d’acheter une lessive dite « Saint-Marc », mais sa prononciation lui donne l’impression que c’est plutôt « sain mare », car elle ne prononce pas le « c ». Ne sachant pas quoi faire, il le répète à un vendeur qui lui donne le bon produit, mais il croit que monsieur a tort. Il finit par dire ça à sa femme, qui lui répond que ça n’a aucun sens, car « mare » est féminin, donc l’adjectif devrait être « saine » s’il avait raison. Selon Paul Taylor, c’est parce qu’il y a une règle où on laisse tomber le « c » parce qu’il y a « Saint » devant. C’est drôle, mais il n’a pas l’habitude de dire de fausses choses sur la langue, alors je dois demander : a-t-il raison ?

Franchement, j’ai du mal à croire que ces deux sont réels, mais je vous connais assez bien que je dois poser les question !

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour parler de la chose que je suis le plus ravi de ne pas trouver dans la langue.

Les Oreos au Coca

Aujourd’hui je vous raconte quelque chose qui s’est passé en novembre, mais c’était la Grande Fête du Tour alors j’ai pris les photos, puis oublié complètement de les partager. Ce ne sont plus disponibles. Alors…

Un loisir que je ne me permets pas assez souvent, c’est de vous montrer nos pires idées en malbouffe. Peut-être que c’est difficile à croire, mais en fait je me sens horriblement coupable si je donne de fausses impressions des États-Unis. (Je suis surtout sensible en ce moment car il y a deux chapitres du livre qui se traitent des stéréotypes aux deux côtés de l’Atlantique.) Je profite d’imaginer vos réactions, mais en fait, ce n’est pas typique de la vie quotidienne américaine. On ne mange certainement pas ce genre de truc souvent chez moi — la dernière fois où j’avais acheté un paquet d’Oreos était probablement en 2012, peut-être en 2013.

Mais j’ai quand même les goûts d’un enfant de 5 ans ([Et votre cuir chevelu, quel âge a-t-il ? Pas 5 ans, c’est certain ! — M. Descarottes]). Alors quand les complotistes anti-Shakespeare de la National Biscuit Company… ô, maintenant je dois l’expliquer avant de continuer.

Il y a tout une industrie de complotisme chez les anglophones autour de l’idée que la seule personne qui n’a pas écrit les œuvres de William Shakespeare était le nommé monsieur. Un autre noble, une femme juive, son rival Ben Jonson — tout le monde sauf l’homme attesté par les acteurs du Old Globe Théâtre où il travaillait. Une théorie dit que c’était en fait Francis Bacon, un philosophe et scientifique de l’époque, et qu’il « signait » les textes avec des anagrammes de « Baconis », c’est-à-dire « Par Bacon » en latin. Un prof d’anglais qui enseignait mon père à la fac, qui ne croyait pas à ces théories, a dit de celle-ci « Ça prouve également que Shakespeare était un produit de la société Nabisco ! » Nabisco, le fabricant des Oreos, était originalement nommé la National Biscuit Company, en français, la Compagnie Nationale de Biscuits. Je ne peux donc pas mentionner Nabisco sans penser à Francis Bacon.

De toute façon, l’année dernière, en partenariat avec Coca-Cola, Nabisco a sorti des Oreos au goût du fameux soda. Voici le paquet :

Paquet d'Oreos avec une fausse « bouteille » de Coca-Cola imprimée en haut. C'est en fait un tas des biscuits, qui ont un côté rouge et un côté noir.

Voici des photos des deux côtés des cookies. Un côté est rouge et porte soit le nom « Coca-Cola » soit l’image de deux bouteilles :

Côté rouge d'un cookie Oreo, montrant les deux bouteilles en relief.

L’autre côté est noir et porte le dessin traditionnel des Oreos :

Côté noir avec le nom Oreo au centre

Le goût est, incroyablement, exactement celui du soda. Après en avoir goûté un, j’ai dû l’ouvrir pour voir comment ils ont réussi l’affaire. La réponse, c’est qu’il y a de touts petits morceaux de sucre pétillant dans la crème, parfumés avec les mêmes produits chimiques que le soda :

Photo de la garniture de crème vanillée en gros-plan. On peut apercevoir les cristaux de sucre pétillant, aussi colorés rouge.

Je ne peux même pas imaginer qu’un tel produit soit vendu en France. Je note que bien que de nombreux produits de la gamme Oreo soient disponibles chez Carrefour, ils ont tous le même parfum à la vanille. Il y a une dizaine de parfums aux États-Unis, tous grâce à des produits chimiques hyper-artificielles.

Et vous vous demandez pourquoi une boîte de Chamonix, avec son goût de vraies oranges, suffit pour me faire pleurer. C’est tout autre monde.

Saison 4, Épisode 3 — La vérité sur Swann

Seulement une personne a remarqué mon détail préféré de tout le billet du 1er avril ! À propos de ça, Guy-François a quelque chose à dire à la fin de cet épisode.

J’étais très mécontent de me débarrasser de toutes les blagues que j’avais préparées pour « Je découvre Suzane », mais de plus en plus, je dois faire attention à ce qui pensera un internaute — ou un employeur — qui trouve un article par hasard et n’a pas le contexte du blog entier. Mais c’est vrai qu’elle partage son nom de scène avec mon ex, alors je vais les raconter ici quand même (j’allais les parsemer au fil de l’article, pas toutes dans un paragraphe).

Mais c’est quoi le problème avec le prénom Océane ? Je le trouve assez beau. Elle ne pouvait pas choisir un nom de scène moins effrayant ? Peut-être ajouter un « e » à Adolf pour le rendre féminin, Adolfe ? Gengisse, d’après le Khan des Mongols, ça n’aurait pas marché ?

Pourtant, ce prénom. Erszébet, d’après la comtesse hongroise, réputée de se baigner dans le sang de filles ? Elle ne l’aurait pas aimé ?

Staline ? Lénine ? Ces noms ne lui auraient pas plu ?

Il y avait un joueur dans la NFL nommé Stalin. Beaucoup plus récemment que vous ne le pensez ! Alors ça peut arriver.

Suite à une soirée de jeux de plateaux de l’OCA vendredi, la recette du Paris-Brest du livre vient d’être révisé. Je préfère le praliné caramélisé à celui de la recette originale, même si (ou parce que, vu où vous êtes) c’est plus de travail. Mais j’ai maintenant une plainte contre la recette de Gaston Lenôtre telle qu’elle se trouve dans la Bible. Son temps de cuisson n’est pas assez long — il conseillé 30 minutes. Il faut le faire 40 minutes pour une si grande pâtisserie, et j’ai le Paris-Brest tombé pour le prouver (pas celui en bas). Ceux qui se souviennent de ce qui veut dire les yaks sur ce blog peuvent se rassurer — ce sera abordé dans mon livre !

Le Paris-Brest livré

J’ai fini par utiliser 13 œufs vendredi, et si ça ne prouve pas à quel point j’aime l’OCA, aucune preuve n’existe. (Le prix a bien baissé ailleurs dans le pays, mais la Californie a adopté une loi l’année dernière pour exiger que les œufs soient sans cage, bio, et pondus par des poules qui ont le droit à 40 semaines de vacances l’année, afin d’assurer que nos prix restent chers. Seulement 8 états haïssent leurs habitants comme ça.)

Je me sens obligé, vu mes commentaires sur Proust ces dernières semaines, et surtout hier, de dire qu’au-delà d’un moment en 5e, où j’ai frappé un autre élève qui m’avait frappé, je n’ai jamais frappé ni giflé une autre personne. Même mon ex a dit ça sous peine de parjure, en ajoutant que je ne lui avais jamais dit même un seul gros mot non plus. En écrivant sur Suzane, il m’est arrivé dans l’esprit que je devrais être bien clair sur ce point. C’est strictement une façon d’exprimer à quel point certains personnages m’énervent.

Notre blague se traite d’une blonde américaine. Nos articles sont :

Les gros-titres sont Californien, Bus, et Herbe. Les Bonnes Nouvelles se traitent d’une association qui recycle les vêtements.

Sur le blog, il y a aussi C’est pas le 1er, version avril 2025, ma revue mensuelle de mes blogs préférés, Anatomie d’une farce, le processus derrière mon poisson d’avril, et Je découvre Suzane, sur la chanteuse qui a apparu dans Les 30 Ans de Taratata.

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Assiette de madeleines faites maison par Justin Busch

Dimanche avec Mme Cottard

On reprend Du côté de chez Swann. Cette fois, j’ai avancé de 40 pages, et atteint la fin de la partie dit « Un amour de Swann ». Il nous reste 60 pages pour terminer ce pavé, étant la entièreté de « Nom de pays : Le nom », un titre bien mystérieux. Je ferai mon tout pour que la semaine prochaine soit la fin de Swann (est-ce que ça rime à vos oreilles comme aux miennes ?) Mais ne vous inquiétez pas, les amoureux de travaux douloureux, il nous reste 5 tomes de suite !

On plonge tout de suite dans un jeu digne des années collégiennes — n’oubliez pas que ce sont censés être des adultes :

Odette lui avait dit, avec un regard souriant et sournois qui l’observait : « Forcheville va faire un beau voyage, à la Pentecôte. Il va en Égypte », et Swann avait aussitôt compris que cela signifiait : « Je vais aller en Égypte à la Pentecôte avec Forcheville. »… Alors il voulait apprendre si elle était la maîtresse de Forcheville, le lui demander à elle-même.

Puis on lui envoie une lettre anonyme pour lui dire :

…qu’Odette avait été la maîtresse d’innombrables hommes (dont on lui citait quelques-uns parmi lesquels Forcheville, M. de Bréauté et le peintre), de femmes, et qu’elle fréquentait les maisons de passe.

Comme je vous ai dit il y a des semaines, tout le monde sauf Swann, même moi, savait déjà qu’Odette était une cocotte et non pas du Creuset ! Mais ne vous inquiétez pas, notre Swann ne se permet pas à croire aux preuves des yeux :

Quant au fond même de la lettre, il ne s’en inquiéta pas, car pas une des accusations formulées contre Odette n’avait l’ombre de vraisemblance.

Comme il me rappelle moi-même !

Il parle à Odette des contenus de la lettre, sans divulguer leur source, et elle lui rassure que ce sont tous des mensonges. Mais pour cette acte d’omission, Proust nous dit :

En somme il mentait autant qu’Odette parce que, plus malheureux qu’elle, il n’était pas moins égoïste.

L’obsession de Swann ne le permet pas d’arrêter. Il l’affronte afin de demander :

Tu te souviens de l’idée que j’avais eue à propos de toi et de Mme Verdurin ? Dis-moi si c’était vrai, avec elle ou avec une autre.

Elle est offensée, mais ne le nie plus, ce qui amène Swann à penser quelque chose d’imbecile :

Il voulait que la chose affreuse qu’elle lui avait dit avoir faite « deux ou trois fois » ne pût pas se renouveler. Pour cela il lui fallait veiller sur Odette.

C’est pratiquement la demande de mariage, ce dernier. Mais Swann étant un véritable Sherlock Holmes, il doit continuer son enquête parmi des gens de réputation sans faute :

Quelquefois il allait dans des maisons de rendez-vous, espérant apprendre quelque chose d’elle, sans oser la nommer cependant. « J’ai une petite qui va vous plaire », disait l’entremetteuse. Et il restait une heure à causer tristement avec quelque pauvre fille étonnée qu’il ne fît rien de plus. Une toute jeune et ravissante lui dit un jour : « Ce que je voudrais, c’est trouver un ami, alors il pourrait être sûr, je n’irais plus jamais avec personne. »

Combien de mots y a-t-il en français pour les bordels ? On a vu « maison de passe » et « maison de rendez-vous » juste pendant les 100 dernières pages, et je connaissais déjà « maison close ». Je crains à même dire le mot « maison », de peur que l’on en tire la mauvaise idée !

Il ne reste que de trouver un dernier label de qualité venant d’une autre personne de confiance. Ça nous arrive sous la forme de Mme Cottard, amie des Verdurin, qui rencontre Swann dans la rue et lui dit :

« Quand Odette est quelque part, elle ne peut jamais rester bien longtemps sans parler de vous. Et vous pensez que ce n’est pas en mal. Comment ! vous en doutez ? » dit-elle, en voyant un geste sceptique de Swann…Mais elle vous adore !

On peut certainement faire confiance aux amis des Verdurin !

Pourtant, il s’avère que Proust nous amenait le long du mauvais chemin tout ce temps. Juste après cette conversation, Swann se pense :

Jadis ayant souvent pensé avec terreur qu’un jour il cesserait d’être épris d’Odette, il s’était promis d’être vigilant, et dès qu’il sentirait que son amour commencerait à le quitter, de s’accrocher à lui, de le retenir. Mais voici qu’à l’affaiblissement de son amour correspondait simultanément un affaiblissement du désir de rester amoureux. 

Et après un rêve bizarre où Odette le quitte pour Napoléon III, sauf que c’est vraiment Forcheville, il décide de la quitter définitivement, avec les mots qui terminent « Un amour de Swann » :

« Dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour, pour une femme qui ne me plaisait pas, qui n’était pas mon genre ! »

Je n’ai jamais connu un si fort désir de gifler Proust et Swann également qu’en lisant ces mots. On a passé la première partie du livre en entendant encore et encore qu’il avait épousé une femme de mauvaise réputation. Puis on a passé la grande majorité du livre avec l’histoire qui semblait être celle de cette femme. Et maintenant il s’avère que ce sera probablement toute autre personne ! (Il faut se souvenir que pour Proust, « définitivement » veut dire « jusqu’à 10 pages plus tard ».)

Pas cool, Marcel. Pas cool du tout.

Je découvre Suzane

On continue maintenant le Projet 30 Ans de Taratata avec la première des trois femmes qui ont chanté avec Julien Clerc (Suzane, Marie-Flore, Sandrine Kiberlain). Les 3 travaillant à l’unisson, je ne pouvais distinguer personne pendant l’émission originale. Suzane ayant la plus petite discographie, on commence avec elle.

Suzane en concert, Photo par EddyLlrg, CC BY–SA 4.0

J’avais originalement planifié quelques blagues sur son choix de nom de scène, car c’est celui de mon ex. Mais il s’est avéré que j’avais des plaintes sincères cette fois, alors afin de les aborder de façon honnête, je les ai supprimées toutes.

Suzane est née Océane Colom à Avignon en 1990. Dès ses 7 ans, elle a commencé à étudier la danse classique, puis le chant au lycée. Mais la jeune Océane déprime au lycée et le quitte en terminale, sans obtenir son bac. Il faut ajouter que je compatis énormément. On a suivi des chemins très différents, mais être dépressif, c’est un combat de toute une vie.

On passe par presqu’une décennie entière perdue avant qu’elle ne reprenne sa carrière musicale, ayant découvert la musique électronique. À partir de 2018, elle commence à sortir des singles, à commencer avec L’insatisfait. Celle-ci montre du talent vocal, mais aussi une attitude qui est déjà fatiguée de la vie. Il faut noter qu’elle montre dans ce clip qu’elle se souvient bien de sa carrière de danse :

En 2020, Mme Colom sort son premier album, Toi Toi, qui comprend ses 4 premiers singles ainsi qu’une dizaine de nouveaux morceaux. Je dois vous dire, son style hyper-électronique n’est pas ma tasse de thé, mais j’ai presque tout écouté quand même. Suzane est parmi les gens les plus faciles à comprendre pour moi. Son articulation est excellente, et elle n’utilise pas trop d’effets pour sa voix, inhabituel dans ce genre.

Je note un autre single sorti avant le premier album, qui finit par en faire partie, l’éponyme « Suzane ». C’est une autocritique plutôt amère malgré son énergie, au point où j’aurais pu la prendre pour l’un de mes billets dans la série des boulettes. Encore une fois, je compatis :

Cependant, il faut dire qu’il y a des limites à mon empathie. Elle ne laisse aucun doute qu’elle déteste les hommes, ce que l’on entend clairement dans « SLT » :

Avec de telles paroles que :

Hey salut bonne meuf, t’es vraiment très charmante
Tu sais j’te mangerais pour le 4 heures, t’es si appétissante
J’te ferai pas la bise mais si tu veux on peut baiser

elle montre exactement ce qu’elle pense est le comportement des hommes. C’est ici où je dois aborder qu’elle est lesbienne, et ne cache pas ses avis sur ce sujet. J’essaie ici de garder mon objectivité, mais j’ai subi 3 ans de harcèlement aux mains d’une patronne lesbienne qui se moquait de mon statut de célibataire — devant des clients parfois — en offrant souvent des critiques des hommes en général. Elles ont le droit à leur avis, mais je ne m’intéresse pas trop à le payer.

C’est dommage car elle montre un sens de l’humour plutôt caustique dans « Le potin » :

Encore une fois, il y a de nombreux points forts dans son travail. Si je ne me sentais pas ciblé par sa colère, on pourrait bien s’entendre.

Son deuxième et dernier album, Caméo, sort en 2022. Il commence avec une autre chanson dirigée envers elle-même, intitulée « Océane ». Elle reconnaît son succès des deux dernières années, mais ça lui pose plus de problèmes :

Je suis plus sympathique à son point de vue qu’elle ne l’imagine. Les doutes et la haine de soi restent présents, même si elle commence à trouver une façon de vivre.

Le deuxième single de l’album, Belladonna, continue de montrer ses capacités en tant que chanteuse, même si je ne suis pas sûr que je l’aie compris. Sa voix reste en bonne forme

J’ai franchement adoré « Un ticket pour la Lune », où elle chante « Je suis pas à ma place, ; je serai peut-être mieux dans l’espace ». Quand elle traite des thèmes d’être mal à l’aise, elle a mon attention.

« La fille du 4ème étage », en revanche, est une autre histoire du comportement horrible et d’abus commis par des hommes. J’ai envie de savoir si ce sont ses témoignages de sa propre vie, ou si elle a juste du mal à imaginer qu’un homme pourrait ne pas être un monstre.

Cet album finit sur une note extrêmement inhabituelle. La chanson éponyme de l’album, « Caméo » dure moins qu’une minute et manque des instruments synthétisés. C’est une autre preuve qu’il y aurait un sacré album sans tous les appareils électroniques.

Que penser de Suzane ? Elle est une chanteuse talentueuse, peu importe son genre musical de choix. Il y a des moments puissants dans sa musique, et quand elle n’évoque pas certains sujets dont je suis sensible, je profite même de l’écouter. En même temps, je galère à imaginer que je me sentirais bien à l’aise à l’un de ses concerts. Je ne changerais pas de chaîne, mais je n’ai pas hâte d’aller à un concert non plus.

Ma note : je ne change pas de chaîne, mais c’est le plus que je peux faire.