Remplacé

D’habitude, je n’écris qu’une fois par jour, et ce post est, sans vergogne, largement pour rétablir mon horaire. Mais, je ne l’écrirais pas si quelque chose d’hilarant n’était pas arrivé !

Le nouveau robinet

Alors, la grande majorité de mécaniciens et gardiens en Californie du Sud sont des immigrés mexicains (ainsi que les cuisiniers dans les restos rapides, les jardiniers, les nettoyeurs à sec, et certains autres posts). En général, ils n’apprennent que la moindre quantité d’anglais dont ils ont besoin pour interagir avec leurs employeurs et leurs clients. D’où la polémique, mais je n’écris pas pour me lancer dans le sujet. Je le dis juste pour vous expliquer que le mec entré dans mon appartement pour réparer — enfin, remplacer — le robinet a eu trois appels téléphoniques pendant sa visite chez moi, tous en espagnol, tous sur haut-parleur.

Je ne dis jamais aux personnes qui ne le savent pas que je comprends leurs conversations dans d’autres langues. Si elles pensent que c’est la sécurité grâce à l’obscurité, elles méritent tout ce qui leur arrivent. Je ne ferai rien avec cette info, mais ce que j’ai clairement entendu pendant sa conversation avec une femme qui n’était pas évidemment une collègue, c’était (je traduis) :

Ne t’inquiète pas, l’époux n’est pas à la maison.

Époux est la traduction la plus exacte de « esposo », après tout. (Je dirais « mari » s’il avait dit « marido » — voilà, je reste en bonne forme.)

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

Du vide

Langue de Molière apparaît un jour à l’avance cette semaine car les saloparesseux (j’invente les meilleurs mots) qui « travaillent » pour mon immeuble m’ont fait un appel vers 14h hier pour me dire que personne n’allait venir chez moi pour réparer le robinet. Pas de cuisine de mon côté en ce moment.

Il y a des semaines, je vous ai écrit une petite ([Pour lui — M. Descarottes]) note sur nos explorations à venir dans les départements d’Outre-mer. Je voulais finir par dire que je ferais le même niveau d’effort là qu’ailleurs. Mais je n’avais qu’une expression dans l’esprit, et pire, en anglais. C’était « to the best of my abilities ». Traduite littéralement, on dirait « au meilleur de mes compétences/capacités ». Mais dès que je l’ai écrit, je me suis dit « J’ai l’impression que c’est trop anglais. Faites plus de recherches, Justin ! »

Et la première chose que j’ai trouvée m’a dit exactement ça. Sur le site d’un logiciel, un correcteur de grammaire, j’ai trouvé les conseils suivants :

Capture d’écran de LanguageTool

Mais c’est quoi LanguageTool ? C’est un logiciel allemand développé avec des fonds de l’UE (lien en anglais même quand on choisit « français »). Alors, c’est à qui, cette plainte ? Honnêtement, je ne suis pas sûr. Après ce message d’un logiciel, presque tous les résultats de Google viennent soit du Québec soit du gouvernement canadien. Le « Juridictionnaire » du gouvernement canadien la dénonce comme « barbarisme » ! La Vitrine linguistique de l’Office québécois de la langue français dit qu’une autre expression, « au meilleur de ma connaissance », aussi traduite exactement d’un anglicisme, est déconseillé pour cette raison. En revanche, j’ai du mal à trouver une source hexagonale qui dit la même chose.

Il y a des fois, pas souvent, mais des fois quand même, où je jurerais que les québécois étaient prêts à dire « un est déconseillé car trop proche de l’anglais « one ». Dites plutôt « non-pluriel » ou « l’unité moins que deux ». » Je les adore, j’ai adopté pas mal de vocabulaire québécois, mais ça sent un peu obsédé.

De toute façon, j’ai fini par choisir « dans la pleine mesure de mes moyens » exactement comme l’a suggéré LanguageTool. Mais la semaine dernière, comme je fais souvent en mentionnant le prochain sujet de ce billet, j’ai écrit que celui-ci serait « dans la vide mesure de mes moyens », un calembour qui ne fonctionne pas bien à moins que vous connaissiez l’expression anglaise.

Les québécois proposent une expression pour couvrir les deux cas :

Au sens de « de mon mieux »

Pour rendre ce sens, on pourrait substituer à la locution calquée des expressions comme de mon mieux, du mieux que je peux (ou que j’ai pu).

L’expression déconseillée au meilleur de ma connaissance

Mais ça me suggère que l’on pourrait remplacer l’adjectif par son contraire, exactement comme ce que j’ai fait — « pire » pour « mieux », et « vide » pour « plein » — exactement comme nos jeux de mots avec ces expressions en anglais, ce que j’ai fait la semaine dernière. Même si ça me semblait moins qu’idéal. Sinon, les québécois ne s’en plaindraient pas autant.

Dans ce cas, j’ai encore une fois du mal à en tirer une leçon. Il me semble qu’il n’y a pas de polémique hexagonale sur cette locution. Et franchement, « du mieux que je peux » me semble aussi un peu proche du sens littéral de l’expression anglaise, juste avec un verbe (peux) à la place d’un nom (capacités). J’éviterai la traduction littérale, car on peut sentir la réaction québécoise depuis chez moi, mais cette fois, j’ai l’impression que c’est moins « barbare » que l’on aimerait me le dire.

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine avec des accusations.

Saison 3, Épisode 30 — Coup de foudre pour la Guyane

J’ai fait une erreur horrible il y a deux jours ; j’ai publié l’article sur Les Craquantes 1 heure trop tôt, complètement par hasard. Je vous ai expliqué il y a longtemps pourquoi je publie juste après 9h du matin en France tous les jours ; il me faudra vite régler cette situation. (C’est le stress de devoir publier avant minuit que je veux éviter.)

Croyez-vous au karma ? Je ne suis ni hindou ni bouddhiste mais je le crains quand même. Hier, quelque chose est arrivée pour mettre en danger mes progrès vers la fin du Tour ce mois-ci — l’échec catastrophique du robinet de ma cuisine. J’ai évité de justesse des crocodiles une inondation. C’est ma récompense pour avoir mentionné que j’ai réussi l’horaire du Tour le mois dernier. Il me faudra des jours pour les réparations (pas par moi ; il me manque les compétences).

Au moins La Fille et moi venons de voir LE MEILLEUR FILM DE TOUS LES TEMPS. Naturellement, je parle de Transformers : le commencement. Je ne le savais pas, mais c’était le film que j’attends depuis mes 7 ans. Désolé Louis, désolé Bourvil, mais c’était PAR-FAIT. Pas d’êtres humains nulle part, enfin les 2 heures sur Cybertron auxquelles j’attendais toute ma vie ! Il sortira en France le 23 octobre.

Avant d’entrer dans la salle, j’ai vu un seau à pop-corn en forme de décoration traditionnelle pour le Jour des morts au Mexique. Je l’ai acheté pour mon amie à Rouen. Je suis extrêmement jaloux du seau. Il va passer le reste de sa vie en France. Au fait, c’était le dernier disponible !

Vous pouvez me croire ou pas, mais je fais mes excuses à chaque colis venant de France pour lui avoir fait passer ses jours en exil.

Le nouveau jeu Zelda est sorti il y a une semaine, mais je ne l’ai pas touché du tout jusqu’à la rentrée de La Fille. En fait, je ne l’ai toujours pas touché, car c’est elle qui a tenu la manette toute cette semaine. Il y avait un puzzle qui allait avec, offert par les magasins de chez Cible — désolé, Target (le logo explique tout — au fait, on prononce souvent le nom de cette chaîne avec un faux accent français). Voilà :

Elle joue à celui-ci en anglais, et franchement, je suis d’accord. Il y a plein de jeux de mots et de références qui comptent sur une connaissance de la série en anglais (par exemple, « Grumble grumble« ). Mais grâce à Julie, j’ai récemment appris que les Loftwings (une sorte d’oiseau géant) s’appellent Célestriers en français, et j’aime ce nom beaucoup mieux ! (Même en anglais, on dit « destrier » pour les chevaux des chevaliers.)

Notre blague traite de tricher. Les Bonnes Nouvelles traitent d’une crèche dans un endroit inattendu. Nos articles sont :

Les gros-titres sont : Pierre, Voyelle, et Iguanes.

Sur le blog, il y a aussi C’est le 1er, version octobre 2024, ma revue mensuelle de mes blogs préférés, Les Craquantes, l’histoire d’une photo et ses autographes, et La polémique WordPress, l’histoire de nouvelles qui vont mettre le bordel dans un mauvais état pour les utilisateurs du logiciel.

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La polémique WordPress

Je ne crois pas que j’écrive ce post, mais je viens d’apprendre des choses sur un procès lié à WordPress qui pourrait poser des problèmes au futur pour ses utilisateurs. La plupart de mes sources sont en anglais, mais il s’avère que ce procès est maintenant bien connu parmi la presse francophone (au moins la partie consacrée à la technologie).

Détail de Boxing, from the Games and Sports series (N165) for Old Judge Cigarettes – print, issued by Goodwin & Company, Photo par The Metropolitan Museum of Art, Domaine public

Le contexte, c’est qu’il y a deux entreprises qui s’appellent « WordPress », avec des domaines presqu’identiques, wordpress.org et wordpress.com. La première est une association à but non-lucratif qui gère le logiciel dit WordPress. La deuxième est une entreprise dit « Automattic », un jeu de mots sur le nom de son fondateur, un certain Matt Mullenweg, qui était aussi co-fondateur de l’association. Automattic héberge tous les sites « wordpress.com », dont celui-ci, mais n’est pas le seul hébergeur disponible. En revanche, elle a une relation unique avec l’association, ayant le seul droit d’utiliser les marques et logos de WordPress sans limites. Pourtant, le changement pour renommer son appli « Jetpack » est venu du fait que même là, l’entreprise n’est pas censée se représenter comme le seul fournisseur du logiciel.

Le problème, c’est que l’autre grand spécialiste en hébergement de sites de WordPress, une entreprise dite « WP Engine » n’a jamais rien contribué au développement du logiciel WordPress. (Plus précisément, la quantité d’effort est minuscule par rapport à celle d’Automattic.) Mais le problème avec cela, c’est que WP Engine n’est pas obligé de contribuer au développement du logiciel. C’est « open source » (lien en français) ; c’est-à-dire que le logiciel n’est pas payant en soi, et n’importe qui peut le copier et l’utiliser à nouveau.

Selon le site Développez, ainsi que The Verge et Ars Technica (deux derniers en anglais), M. Mullenweg a exigé que WP Engine commence à payer 8 % des revenus à Automattic pour le droit d’utiliser le nom WordPress ainsi que le logo. WP Engine a dit « non », alors WordPress.org — l’association à but non-lucratif — a répondu par désactiver son droit d’accéder aux serveurs de l’association pour obtenir des mises à jour. WP Engine a lancé un procès contre Automattic, et de son tour, Automattic vient de faire démissionner 8 % de ses employés, tous ceux qui ne sont pas d’accord avec ses décisions.

Il y a un dicton parmi les avocats anglophones, et j’imagine que les francophones ont quelque chose de similaire : « Une partie qui se représente a une folle pour cliente ». On pourrait dire que c’est un dicton intéressé, car les avocats ne gagnent pas d’argent dans ce cas. Mais il y a de bonnes raisons en plus, et numéro un — je vous dis ça en tant que fils d’un avocat ainsi que quelqu’un qui a survécu deux procès avec mon ex — c’est que quoi que l’on dise peut être utilisé devant le tribunal. Ce qui dit son avocat, pas autant. Apparemment, personne n’a dit ça à M. Mullenweg.

Il participe à un fil sur le site Hacker News (en anglais) pour discuter le procès. Là, pendant les 3 derniers jours, il mentionne tout genre de conversation qu’il a eu avec des employés de WP Engine, dont Heather Brunner, la PDG de l’entreprise, qui il a essayé d’embaucher pour WordPress.org. Ça apparaîtra dans les documents rendus au juge, je vous rassure, mais présenter son côté en public comme ça, ça mettra de l’eau aux bouches des avocats de WP Engine !

On dirait que ces affaires n’impliquent pas directement les utilisateurs de WordPress.com, moi et vous tous. Mais si vous avez aimé le niveau de service aux clients jusqu’à ce point (il le dit avec un maximum de sarcasme), ça ne va pas s’améliorer avec 8 % des employés de moins. On va payer les frais des avocats pour ceci, et les revenus pour ça chez Automattic viennent des cotisations de sites comme celui-ci (je paye 96 $/année pour le plan « Premium »). Il n’est pas difficile à imaginer comment ça affectera les frais d’Automattic à l’avenir.

Je suis plus sympathique aux plaintes d’Automattic que vous ne le pensez. Ils font la grande majorité des travaux sur le logiciel open source. J’utilise tout genre de tel logiciel dans mon quotidien, et je comprends l’investissement. Mais cette histoire de 8 % des revenus d’un utilisateur, ça n’ira nulle part dans un tribunal américain, et il m’étonne qu’ils aient choisi ce chemin au début.

Les Craquantes

Aujourd’hui, j’ai quelque chose de complètement inattendu pour vous tous. Les deux lecteurs qui ont moins de 30 ans, vous n’aurez aucune idée de quoi je parle. Le reste d’entre vous vont me prendre pour un américain — non, encore plus que d’hab. Mais en vidant ma chambre chez mes parents récemment, j’ai trouvé quelque chose que j’avais égaré il y a des décennies.

Pendant les années 80, au-delà des Transformers et GI Joe, mon émission préférée à la télé était The Golden Girls, connue dans les pays francophones sous les noms Les Craquantes ou Carré de dames. À quel point c’était connu, je ne sais pas. J’ai horriblement du mal à trouver des clips en français, ce qui me dit que ce n’était pas la réussite énorme en France que c’était aux États-Unis. Et ça me rend perplexe, car les Français connaissent souvent des échecs aux États-Unis dont je ne m’en souviens pas du tout, comme Tonnerre mécanique ou Manimal. (On parle ici d’une émission qui a duré pendant 7 ans contre deux annulées pendant leur première année.)

Comment est-il arrivé qu’un garçon de 9 ans aimait une émission sur 3 dames âgées de 60 ans et une autre de 80 ans autant qu’une série sur des robots géants ? On parle de 4 actrices comiques de la télé qui étaient toutes bien-aimées du public avant le début de la série. Je ne les connaissais pas du tout de leurs séries des années 70, mais l’humour marchait d’une façon que même moi, je pouvais le comprendre.

Par exemple, une fois, les quatre sont dans un resto italien quand elles se rendent compte que les prix sont beaucoup plus chers qu’attendus. La plus vieille, Sophia, dit « Ne vous inquiétez pas, j’ai un vieux tour sicilien pour éviter les factures. » Elle verse du sel dans son vin puis appelle le serveur et commence à le gronder : « Dites-donc, est-on censé enlever les chaussettes avant d’écraser les raisins ? » Elles finissent par recevoir le dîner gratuitement !

Alors, pourquoi est-ce que je vous raconte tout ça ? J’ai un cousin, Steven Haft, qui travaillait en tant que producteur chez Disney à l’époque. Peut-être que vous avez entendu parler d’un film qu’il a produit avec un humoriste, un certain Robin Williams, Le cercle des poètes disparus ? (À ne pas oublier, les producteurs ne sont pas les réalisateurs, mais plutôt des hommes d’affaires.) Deux de ses associés sur le film étaient Paul Witt et Tony Thomas, aussi des producteurs des Craquantes. Alors un beau jour en 1988, cette photo avec les autographes des stars est arrivée chez moi :

Haute résolution en cliquant

Mais ne me croyez pas complètement sur parole. Avec la photo, il y avait une lettre, adressée à mon père :

Je la traduis pour vous :

1er novembre, 1988

Bonjour Michael,

Diane (ma mère) me dit que les garçons sont de grands fans des « Craquantes ».

J’ai demandé à Paul Witt et Tony Thomas, mes amis qui produisent l’émission, obtenir ces photos signées personnellement.

J’espère qu’ils en profiteront.

Bisous à la famille, Steven

La papeterie dit « The Dead Poets Society » en bas, le titre en VO du film que j’ai mentionné avant. Quand on a un tel tube, on veut que tout le monde le sache !

Mon cousin et moi ne parlent que très rarement — il est de même âge que mes parents et habite sur la Côte Est. La relation est plutôt distante — on parle d’un cousin au troisième degré — mais oui, on se connaît. Peut-être qu’une autre fois, je vous raconterai plus d’histoires sur lui, car il est intéressant. Mais vu que j’ai enfin trouvé cette photo, j’ai la partager !

Je découvre la Guyane

On continue maintenant le Tour avec le 973, la Guyane. C’est le département le vingt-quatrième moins peuplé, et les habitants se nomment guyanais. C’est notre troisième séjour dans l’Outre-mer.

Comment est-ce que la Guyane est devenue une partie de la France ? L’histoire française trace ses origines jusqu’en 1503, mais la colonie n’a aucune importance jusqu’à la fondation de Cayenne en 1643. Pas comme les îles antillaises françaises, la Guyane n’a jamais séparé du pays depuis ce temps-là. Elle devient un département pour la première fois en 1797, puis colonie pénale, et est devenu définitivement département depuis la fin de la SGM.

Avant de continuer, il n’y a pas d’étoiles Michelin mentionnées dans cet article. Ce n’est pas du tout un commentaire sur la qualité de la Guyane — le Guide vert ne la visite pas. Michelin est une entreprise privée et a le droit de ne pas publier sur n’importe quel lieu s’ils ne veulent pas dépenser l’argent. Mais vu leur excellent travail sur les îles antillaises, je ne peux pas comprendre ce choix. Cet article ne pourrait pas exister sans le site du Comité du Tourisme. Pour ce que ça vaut, notre tour se concentre largement sur la côte, un choix nécessité par la disponibilité de photos.

On commence notre tour de la Guyane à la préfecture, Cayenne. Notre premier arrêt est le Musée Alexandre-Franconie, consacré aux cultures guyanaises. Les collections comprennent des objets historiques, des tableaux qui appartenaient au sénateur Victor Schœlcher (qui nous avons rencontré en Martinique), et de l’histoire naturelle. La Cathédrale Saint-Sauveur — c’est Un Coup de Foudre, il va y avoir une église dans chaque département — à été originalement construite dans les années 1820, mais le bâtiment moderne date d’un siècle plus tard, avec une orgue qui vient du Jura. Il faut visiter le Marché des fruits et légumes, le plus grand du département, pour des fruits cultivés nulle part ailleurs en France, tels que la grenadille (dite maracuja là-bas). Le Jardin botanique abrite, sur 3 hectares, des orchidées, des plantes carnivores, et la Maison de la vanille, une collection de nombreuses espèces de cette plante. Mais attention aux caïmans !

Au sud-est de Cayenne, on visite les Marais de Kaw à Régina, réserve naturelle pleine de faune telle que les caïmans, les iguanes, et les jacanas noirs, ainsi que de flore comme les jacinthes d’eau et des nénuphars. Puis on revient vers la côte pour visiter le Fort Diamant, les ruines d’un fort stratégique du milieu du XIXe siècle. Les plages de Rémire-Montjoly sont un bon endroit pour chercher les tortues du département. Juste à l’ouest de Cayenne, à Kourou, on passe par les Îles du Salut, trois îlots volcaniques à 11 km de la côte. L’île Royale abrite l’ancien bagne.

Aux alentours de Kourou, on visite le Centre spatial guyanais (CSG), la base de lancement de l’Agence spatiale européenne. En plus des lancements, on peut y visiter le Musée de l’Espace, avec des expositions sur les satellites et les opérationnels du CSG. Puis, on conduit presque 200 km à l’ouest à la ville de Saint-Laurent du Maroni. Ici on visite le Camp de la Transportation, ancien bagne originalement planifié pour les « ecclésiastiques non sermentés » pendant la Révolution, mais pas mis en service que jusqu’au temps de Louis Napoléon. On suit le fleuve Maroni vers l’intérieur, d’abord à Papaichton pour visiter les Abattis Cottica, de nombreux îlets au milieu du fleuve, entourés par des « arbres dépassant les 60 mètres de haut ». On finit au milieu du Parc amazonien, à Maripa-soula, une petite ville dans ce grand parc régional, qui nous permet la rencontre de nombreuses cultures — amérindiennes, brésiliennes, et surinamese, parmi d’autres.

Qui sont les personnages les plus connus de la Guyane ? Christiane Taubira, ancienne ministre de la Justice, est née à Cayenne, ainsi qu’Henri Salvador, musicien, Kevin Séraphin, joueur de basket, et Marc Barrat, réalisateur de 3 téléfilms de la série « Meurtres à ». Tariq Abdul-Wahad, né Olivier Saint-Jean, joueur de basket, est né à Maisons-Alfort. Alicia Aylies, 87e Miss France, a été d’abord élue Miss Guyane (mais est née en Martinique).

Que manger en Guyane ? Heureusement pour moi, le piment de Cayenne est en fait du Mexique, et la ville de Cayenne tire son nom d’une « caïenne », un genre de réchaud sur les bateaux. Alors que l’on y trouve des plats créoles des Antilles, la Guyane met en vedette de la cuisine amérindienne, souvent à base de manioc, et la cuisine bushinenguée, du Suriname, où on mange plein de légumes inconnus en Europe, tels que le sorossi et les feuilles de dachine (les racines sont connues chez moi sous le nom de taro). Il y a donc un colombo guyanais, comme notre dîner martiniquais, mais aussi le bami, des pâtes à la sauce soja importées par des immigrés indonésiens dans le Suriname, et le nassi, du riz cuit de même façon. Je ne ferai pas le fricassé d’iguane, peu importe vos demandes. En dessert, il y a les dizé milés, des beignets fourrés de « crène impériale » et les catalinas ou cucas, une pâtisserie à base de noix de coco et de farine de blé. Pour boire, il y a le rhum guyanais, dit tafia, ainsi que de nombreux jus à base des fruits locaux.

Oups

Hier, j’ai subi une dévitalisation pour la première — et j’espère la dernière — fois de ma vie. C’est une bonne chose que je n’ai pas dépensé le prix d’un billet d’avion pour voir Indochine, car entre ça et la couronne qui l’a suivi… l’argent pour une telle visite n’est plus là. Je ne suis pas dans le bon état pour finir mon billet sur la Guyane, et j’ai toujours du maaaaal à la joue et à la dent où la roulette a été passée, alors à cause du mauvais jugement qui va avec la douleur, j’écrirai sur mes regrets venant de la dernière soirée de tarot.

Caïn venant de tuer son frère Abel, de Henri Vidal, Jardins des Tuileries à Paris, France, Photo par Alex E. Proimos, CC BY 2.0

Pour être clair, je crois que je n’ai pas « brûlé mes ponts » comme on dit en anglais (c’est-à-dire mettre un terme à ses relations avec d’autres personnes, en général de façon dramatique). Mais si j’ai raison, c’est dû à ma différence culturelle préférée, que les Français sont beaucoup plus capables de vivre une différence d’avis. Je n’aurais jamais dit soit une chose soit l’autre en anglais à un groupe d’américains, surtout de californiens.

Je vous ai dit que vous connaissiez déjà l’un des deux secrets que je ne voulais pas révéler à ce groupe. Ce n’est pas la pire chose, c’est juste que je sais que personne au sein de l’OCA ne lit ce blog, alors je peux raconter mes mauvaises expériences ici, et je ne les mentionne jamais aux autres membres. Je parle en ce cas de « La Boulette ». J’espère que la raison sera assez évidente — je n’ai pas besoin de cafarder sur moi-même dans un groupe de connaissances en commun. Mais à l’instant, il me semblait que je n’avais pas de choix. J’explique.

Il y a très peu de personnes célibataires qui font partie de l’OCA. Soit on fait partie d’une jeune famille qui veut grandir ses enfants à l’étranger, soit on fait partie d’un vieux couple marié qui voulait prendre sa retraite ici. (Je ne vois surtout pas la logique de ce dernier groupe — les prix sont chers et la nourriture… — mais ça fait la plupart de mes connaissances.) Évidemment, des choses arrivent dans la vie — on divorce, quelqu’un meurt d’une maladie inattendue, etc. — mais en général, les gens qui sont là sont venus en couple.

Si j’ai tiré une leçon de La Boulette, c’était « défense de pécher dans cet étang ». J’ai rejoint l’OCA pour pratiquer la langue, et si j’offense qui que ce soit, je perdrai mon seul moyen d’interagir avec des natifs. Je sais que je n’ai même rien fait à cet égard, mais je dois rester au-dessus de tout soupçon. En revanche, en quelque sorte, tout le monde pense que c’était ma raison pour apprendre la langue ! Vous n’avez aucune idée de combien de monde m’ont demandé si c’était mon but. C’est souvent la deuxième ou troisième question que je reçois quand je raconte mon parcours à une nouvelle connaissance !

Dans ce cas, c’était un homme du groupe de tarot qui l’a évoqué. Devant une femme célibataire d’environ le même âge (je crois ; je ne demande jamais cette info !), pendant notre pause pour le dessert, il a suggéré que nous devions sortir ensemble parce que, et je le cite, « Pourquoi pas ? ».

Et oui, c’est assez logique ! On partage le tarot comme intérêt en commun, on se connaît depuis des années, elle ne coupe jamais mes desserts comme s’ils sont faits à base de choux de Bruxelles. C’est mieux que rien. Mais sans même un moment pour réfléchir, j’ai lancé « Jamais avec un membre de l’OCA ! » Puis j’ai expliqué que j’ai déjà évité le groupe de cinéphiles pendant six mois, car sur un malentendu, ça n’a pas du tout marché. (Je ne suis pas assez malin pour avoir dit ça au bon moment.) Au moins, je n’ai pas rendu le nom.

Je ne dis pas que j’allais faire autrement, mais j’imagine que ça n’aura rien fait du bien au cas où je changerais d’avis dans l’avenir.

L’autre chose, c’était que l’on s’est lancés dans une conversation sur la présidentielle de novembre. Je ne dirais jamais rien à d’autres américains sur le sujet. Mais dans ce groupe, j’ai partagé certaines des mêmes choses que vous avez entendues ici, mais encore plus fortement. Je n’ai pas envie de lancer dans une polémique ici, mais je vous préviens souvent que la bataille politique aux États-Unis est loin d’être le combat entre les bons et les méchants. Je n’oserais même pas dire autant en anglais.

Je dois vraiment me féliciter pour tout ça. Dans le cours d’une seule soirée, j’ai réussi à ouvrir la bouche sur deux choses dont j’essaye de les éviter à tout prix. Sans même avoir rien bu !

Portrait de Molière par Nicolas Mignard

La mauvaise épitaphe

C’était un post dans un groupe privé sur Facebook qui m’a mis au courant qu’il y avait une erreur gravée sur la pierre tombale de la chanteuse Dalida. C’est un peu subtil, car tout est correct comme écrit :

Tombe de Dalida, Photo par Thomon, CC BY-SA 4.0

Vous l’avez vue ? C’est évident que la pierre a originalement dit « Dalida nous a quitté », puis a été corrigée en ajoutant un « s » dans l’espace entre « quitté » et « le ». Comme vous pouvez imaginer, le traitement de ce sujet sur Facebook était…moins que respectueux. Mais c’est Langue de Molière ici, et mon but n’est pas de me moquer de Dalida, mais de comprendre l’erreur, car celle-ci est un vrai casse-tête.

On dit que les participes après le verbe « avoir » n’accordent avec le complément d’objet direct (COD) que dans les cas où le COD a déjà été mentionné. Le Bescherelle montre ce point avec les exemples suivants :

J’ai invité des amis.

Tu les as invités pour la soirée.

Comment accorder un participe passé employé avec avoir ?

J’espère que l’on sera d’accord que je ne fais que rarement des erreurs de ce genre.

Il n’y a pas non plus de question si « nous » peut être placé avant un verbe sans accord. On dit sans problème :

Il nous a parlé.

Elle nous a frappé.

Il semblerait donc que « Dalida nous a quitté » ressemble à ces derniers exemples. J’espère que l’on sera d’accord que c’est au moins logique même si on finira par dire que c’est quand même faux.

Il y a de nombreux articles qui se traitent de cet exemple de « quitter ». On utilisera celui de Sandrine Campese du Projet Voltaire. Elle explique :

C’est la présence du pronom « nous » qui vient tout bouleverser ! Car ici « nous » répond à la question « qui ? » : « Il a quitté qui ? », « nous » ! « Nous » est donc complément d’objet direct (COD). Or, lorsque le participe passé est employé avec l’auxiliaire avoir mais que le COD est placé avant, le participe passé s’accorde en genre et en nombre avec le COD. Ici, « nous » est masculin pluriel (le masculin étant le genre retenu sans plus d’informations), d’où « quittés ». Si « nous » n’avait représenté que des femmes, on aurait écrit « il nous a quittées ».

Pourquoi écrit-on « Il nous a quittés » mais « Il nous a parlé » ?, Sandrine Campese

Madame Campese explique pourquoi ce n’est pas comme « Il nous a parlé » :

Dans le cas précédent, nous avons vu qu’il modifiait l’accord car il était COD (question « qui ? »). Quelle est sa fonction ici ? On pose la question « il a parlé à qui ? », « à nous » ! « Nous » est complément d’objet indirect (COI). Par conséquent, le participe passé parlé reste invariable.

Je comprends la différence entre un COD et un COI. Mais je ne suis pas complètement convaincu. On peut écrire :

Elle a quitté Sandrine et Bob.

On n’écrit pas « quittés » ici. Mais si on posait la question de Mme Campese, « Elle a quitté qui ? », on écrirait « Elle leur a quittés. » Encore une fois, je comprends la question d’ordre. Mais vous aurez remarqué ce qui n’apparaît pas sur la pierre tombale :

Dalida a quitté qui ?

En linguistique, on construit souvent de tels tests pour l’existence d’une structure. Il y a l’idée d’une « trace », un objet qui n’est pas dit à haute voix, mais qui bloque l’introduction d’un mot à sa place. On la démontre comme ça :

Je mange une pomme.

Qu’est-ce que je mange (trace) ? ✅

Qu’est-ce que je mange une pomme ? ❌

La première phrase montre que « mange » peut prendre un objet après. La deuxième montre l’idée de la trace, qui est là dès que l’objet bouge pour devenir une question. Si la trace n’était pas réelle, la troisième phrase aurait du sens, car on pourrait insérer un objet après le verbe, tout comme on a vu avec le premier exemple. Je suis bien satisfait que les traces sont réelles.

Mais ce jeu de traces et de tests, c’est ce qui fait un linguiste. La personne lambda ne pense pas comme ça ; pourtant, nous avons deux structures, apparemment identiques, qui ne peuvent pas être distinguées sauf par cette méthode. En tant que linguiste, je le comprends. En tant qu’être humain (tout autre chose), je ne l’aime pas.

Juste pour être sûr, la mienne va dire « Tout seul encore ? Mince ! »

Langue de Molière vous reverra la semaine prochaine pour écrire dans la vide mesure de mes moyens.

Bannière qui dit « C'est le 1er » avec des dessins de 3 desserts : bûche de Noël, religieuse, macaron à la framboise

C’est le 1er, version octobre 2024

Je continue de copier Light & Smell avec des listes de mes articles préférés au premier du mois. Ça vient d’Allez vous faire lire, mais je ne suis pas exactement ses règles.

Il me semble que Mathilde’s little things a supprimé son blog — il n’y a pas de tel message, mais des erreurs se produisent à chaque fois — mais elle reste très active sur Instagram. Les2olibrius a annoncé que son blog est en congés pour l’avenir prévisible, comme on dit en anglais.

Nouveaux à moi :

Rien, mais j’ai un tas à explorer grâce à Marie-Luce.

Les habituels :

Actif ailleurs :

Mathilde’s little things continue de poster sur Instagram, dont la cérémonie annuelle pour le 11 septembre à New York et sa visite à la Sphère de Las Vegas.

À encourager :

Rien de nouveau chez Sharmi’s Cakes, Filimages, Le site du Shifâ’, Planète Opalie, Je suis sur la route, Maman Lyonnaise, Un déjeuner en Provence, Bonheur des yeux et du palais, Carnets d’une plume, L’Atelier du Phoenix, La bibliothécaire, Planète Vegas, Grain de Sable, Bonheurs culinaires, et Le journal des Jum’s. Laissez-leur de gentils commentaires pour les encourager à reprendre !

Saison 3, Épisode 29 — Martine en Martinique

Avouez-le, vous ne vous attendiez pas à ce que je garde l’horaire de 3 départements en un mois. Moi non plus.

J’ai eu plusieurs conversations étonnantes à la soirée de tarot samedi. Je ne sais pas si j’en écrirai, mais c’était une soirée pas comme les autres. Je n’ai rien bu — sauf pour une fois très regrettée, je ne bois jamais rien à ces événements — pourtant on a réussi à me faire lâcher deux choses que j’avais gardées secrètes jusqu’à ce point. (Vous connaissez tous l’une des deux, la fameuse « Boulette ».) Et ça ne l’épuise pas !

Vous serez ravis, ou déçus, je ne sais pas lequel, de savoir que vous aurez du mal de vous débarrasser de moi pour au moins une autre année. Je viens de renouveler le domaine :

C’est si cher car je dois payer une agence européenne pour garder le domaine à mon nom. Mais pas comme aux États-Unis, où je suis en concurrence avec un chirurgien (qui travaille à quelques km de chez moi), un avocat, un musicien et un ingénieur pour les droits à mon nom — bon, notre nom — en France, je peux être moi-même. Dans plusieurs sens, vraiment.

Cette nouvelle date déjà d’un peu plus d’une semaine, mais je ne l’ai entendue que vendredi. SI JE L’AVAIS DITE COMME BLAGUE…tout le monde m’aurait dit « Arrêtez, Justin, c’est trop lourd, ça, et vous êtes un obsédé ! » POURTANT, c’est M. Donald Tusk, premier ministre de Pologne, qui a dit, « Si vous voyez des soldats allemands, s’il vous plaît, ne paniquez pas. Ils sont là pour aider. » Ne me croyez pas sur parole.

C’est M. le président Reagan qui a dit « Les 9 mots les plus effrayants dans la langue anglaise sont « Je suis du gouvernement et je suis ici pour aider » ». (Évidemment, je ne peux pas conserver le nombre de mots.) J’imagine que les mots les plus effrayants en polonais sont identiques, mais avec « allemand » après gouvernement. (Ou avant. On parle du polonais, pas du français. Je ne sais pas où ils mettent leurs adjectifs.)

En parlant de blagues, oui, il y en a une sur Martine dans cet épisode.

Je suis ravi de vous montrer les progrès de La Fille en français. Elle a du travail à faire quant aux conjugaisons, mais vous n’aurez aucun problème à comprendre ce qu’elle veut dire :

DQ est Dairy Queen (lien en français canadien), une chaîne de glaciers. Honnêtement, l’erreur m’impressionne — ça montre une connaissance des participes et de l’accord, même si mal utilisés. Au fait, gna-gna.

Notre blague traite de la mémoire. Les Bonnes Nouvelles traitent de la doyenne des vendangeurs. Nos articles sont :

Les gros-titres sont : Bien Entendu, Martine, et Gâté.

Sur le blog, il y a aussi Je suis de retour, le compter rendu par M. Descarottes de son intervention chirurgicale, Mon dîner martiniquais, le colombo de poulet et gratin de bananes, et Le Robinson, le gâteau de ce nom.

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