Mon tout premier souvenir est de l’attentat contre M. le président Reagan. Né vers la fin de 1976, je ne me souviens pas du tout du mandat de M. le président Carter, ni de la présidentielle de 1980. Mais je me souviens très bien de regarder la télé et entendre le nom John Hinckley Jr. Le pauvre con a dit plus tard qu’il l’a fait afin d’attirer l’attention de Jodie Foster, ce qui le rend la personne la plus malchanceuse de tous les temps. Mais à l’époque, s’il y avait du monde qui approuvait, les cons restaient silencieux.
Il y a une histoire amusante (lien en anglais) de ce jour-là. Quand M. Reagan était sur le point de subir une intervention chirurgicale, il a dit au chirurgien, « Dis-moi, s’il te plaît, que tu es un Républicain. » Et le chirurgien lui a répondu, « M. le président, aujourd’hui nous sommes tous des Républicains. » En fait, le chirurgien était un membre du parti Démocrate. Cependant, à l’époque, on pouvait toujours s’entendre, au moins pendant les pires moments. Pas plus.
Quand Hinckley est sorti de prison, il a établi un compte Twitter, et les réponses m’ont fait honte pour mon pays. Celle-ci était typique :

Ça dit « Salut John bienvenue sur Twitter, ravi que tu sois ici. Grand fan de ton ancien travail !! » Imaginez si on avait dit une telle chose à quelqu’un qui avait essayé de tuer Obama. Il serait impossible que cette capture d’écran (que j’ai prise hier) existe, car Twitter aurait supprimé le tweet, et banni le compte. Mais ça s’est passé sans plainte.
Ce dont je veux parler maintenant, c’est que l’environnement de la violence politique aux États-Unis est bien autre que ce que vous ne pensez.
La presse américaine a fait son tout pour vous faire croire que Trump est Hitler. Voici la dernière couverture de The New Republic, magazine de gauche :

Une récitation de la manif de Charlottesville jusqu’au 6 janvier 2021 ne vous dirait rien que vous n’avez pas déjà entendu. Mais une telle récitation manquerait des incitations de l’autre parti — et la violence qui a eu lieu.
En 2017, il y a eu une fusillade lancée par un militant du parti Démocrate contre les députés du parti Républicain. James Hodgkinson, le tireur, était anciennement bénévole de la campagne présidentielle (lien en anglais) du sénateur Bernie Sanders. À l’époque, c’était justifié, par — parmi d’autres — un éditeur pour Bloomberg, publication financière appartenant à l’ancien candidat Démocrate Michael Bloomberg, avec la suggestion qu’une loi proposée qui aurait réduit les bienfaits d’assurance sociale était aussi de la violence. C’est certainement le message que M. Hodgkinson a reçu du sénateur Sanders, qui a dit que les gens mourraient par des milliers (lien en anglais). En 2020, M. Sanders a fini en deuxième place du premier tour du parti Démocrate.
En 2020, le leader des Démocrates au Sénat, M. Chuck Schumer, se tenait devant le bâtiment de la Cour suprême en disant « Je veux te le dire Gorsuch. Je veux te le dire Kavanaugh. Vous avez récolté le tourbillon et vous payerez le prix. Vous ne saurez pas ce qui vous aurez frappé si vous procédez avec ces décisions horribles. » En juin 2022, un homme armé d’un pistolet a été arrêté (lien en anglais) devant la maison du juge Kavanaugh et a avoué à la police que c’était une tentative d’assassinat. Vous ne trouverez aucune mention de cet homme, Nicholas Roske, dans les archives du Monde. Ni Le Figaro. Ni Franceinfo.
Un autre problème, c’est que tous les candidats Républicains sont Hitler selon notre presse et leurs adversaires. En 1948, M. le président Truman a dit de Thomas Dewey (lien en anglais) qu’un victoire républicaine « apportera une menace fasciste à la liberté américaine ». En 1964, le journaliste Daniel Schorr, connu nationalement, a dit du sénateur Goldwater (lien en anglais) qu’il a donné une interview à Der Spiegel afin d’appeler à l’extrême-droite allemande. Une fois Goldwater a été sélectionné, le gouverneur de Californie a dit que « la puanteur du fascisme est dans les airs ». Plus récemment, M. le vice-président Biden a dit en 2012 que Mitt Romney, le candidat républicain, allait restaurer l’esclavage. En quelque sorte, on a évité l’esclavage ainsi que les centres d’extermination. Si vous pensez à répondre que cette fois est la bonne, sachez que Messrs Obama et Biden lui ont déjà souhaité bon rétablissement, ce qui serait bizarre s’ils le croyaient vraiment Hitler.
Le dernier problème, c’est qu’il est devenu légitime de publier des fantasmes d’assassiner les présidents républicains pendant les deux dernières décennies. En 2004, le romancier prestigieux Nicholson Baker a publié Checkpoint (paru en français sous le nom Contrecoup), un roman centré sur ses fantasmes de tuer George W. Bush, en ce moment-là le président. En 2006, un film britannique, La mort du président, a repris ce fantasme et est sorti aux États-Unis sans censure. En 2018, le New York Time a publié une nouvelle qui imaginait que le Service secret aiderait les russes à assassiner M. Trump. Les fous du pays voient l’approbation de nos médias.
Dans cet environnement, la question n’est pas si ce genre de rhétorique produira des tentatives. Je viens de vous donner deux exemples récents au-delà de la dernière. Le problème est que tout le monde condamne de tels propos seulement d’un côté. Anciennement, tout le monde condamnait les Hinckley du pays. Il nous faut recouvrir cet esprit.


































































